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Briser l’Empire signifie rompre avec les Saoudiens

Par : Zineb

Par Tom Luongo – Le 2 septembre 2021 – Source Gold Goats ‘n Guns

Dire que l’Arabie saoudite a été le pivot des objectifs de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient et en Asie centrale est un euphémisme. Pendant plus de cinquante ans, les Saoudiens ont contribué à soutenir la politique étrangère américaine en exportant leur pétrole dans le monde entier et en ne recevant que des dollars en retour.

Leur monnaie, le Riyal, est indexée au dollar américain depuis que le secrétaire d’État de l’époque du président Nixon, Henry Kissinger, a négocié l’accord qui a donné naissance au système dit des pétrodollars.

Au cours des décennies qui ont suivi, le pétrodollar a été un mot à la mode que beaucoup, dont moi-même, ont utilisé pour expliquer l’architecture des ambitions impériales des États-Unis. À bien des égards, il a joué un rôle crucial dans ce contexte, à certains moments. Mais il était surtout nécessaire pendant les premières années de la mise en place de l’étalon-dollar, pour aider à légitimer ce nouveau régime monétaire et fournir un marché pour la dette américaine dans le monde entier afin de remplacer l’or.

Après cela, ce ne fut que l’aspect d’un jeu beaucoup plus grand construit sur un schéma de Ponzi en constante expansion de fausse monnaie. En réalité, le système bancaire parallèle des eurodollars est beaucoup plus important que celui des pétrodollars.

Cela dit, je ne l’ignore pas complètement, car je comprends qu’il s’agit d’argent réel qui change de mains pour des biens réels, plutôt que de grandes quantités de dollars qui soutiennent un système financier de plus en plus fragile. Le commerce réel est important et la monnaie avec laquelle il s’effectue l’est tout autant.

Les États-Unis ont défendu avec acharnement le pétrodollar en partant en guerre contre tout pays qui osait offrir du pétrole sur les marchés internationaux dans une autre monnaie que le dollar, comme l’Irak sous Saddam Hussein. Mais les temps changent, tout comme la structure des marchés de capitaux.

Ainsi, lorsqu’on évalue la santé du système des pétrodollars et son importance aujourd’hui, il est important de réaliser que le marché du pétrole est beaucoup plus fragmenté en termes de paiement qu’il ne l’a été depuis le début des années 1970.

En tant que système, le pétrodollar a toujours été voué à une mort lente. Selon moi, les premiers signes de cette évolution ont commencé fin 2012, après que le président Obama a finalement utilisé l’arme nucléaire financière contre l’Iran, à savoir l’expulsion du système de paiement SWIFT, sans pratiquement aucune raison.

Au début de l’année, j’ai écrit un article expliquant pourquoi, dans les négociations, il ne faut jamais recourir au nucléaire et comment Obama a commis la plus grosse erreur stratégique, peut-être dans l’histoire des États-Unis, en menaçant d’abord les Suisses au sujet du secret bancaire, puis l’Iran.

Le fait que l’administration Obama ait politisé SWIFT comme elle l’a fait a mis fin à une ère de la finance internationale. Le système financier mondial a mis fin à toutes les illusions qu’il avait sur qui était en charge et qui dictait les conditions.

Le problème, c’est qu’une fois qu’on y est, on ne peut plus revenir en arrière, comme l’a fait remarquer {Jim} Sinclair il y a plus de dix ans.

Menacer la Suisse de  l’expulser de SWIFT n’était pas un signe de force, mais un signe de faiblesse. Seules les personnes faibles intimident leurs amis pour les soumettre. Cela montrait que les États-Unis n’avaient aucun autre moyen de pression sur la Suisse que SWIFT, un signe clair de désespoir.

Et c’est ce que les États-Unis ont fait en appuyant sur le gros bouton rouge « effacé de l’histoire ».

La Suisse a cédé. Sa fameuse confidentialité bancaire fait désormais partie de l’histoire.

L’Iran, en revanche, en 2012, face à une menace similaire de la part d’Obama, n’a pas cédé et a forcé Obama à mettre sa menace à exécution. Une fois que vous avez débloqué l’arme nucléaire, vous ne pouvez plus menacer avec des armes moins puissantes, elles n’ont aucune influence. C’est une leçon que Donald Trump apprendra à ses dépens en 2018.

L’Iran a fait fi du pétrodollar pour vendre son pétrole en concluant un accord d’échange de biens contre du pétrole avec l’Inde. Les experts américains en politique étrangère se sont moqués de l’Iran à l’époque. Puis nous avons découvert que la Turquie blanchissait les ventes de pétrole pour l’Iran par le biais de ses banques en utilisant de l’or.

Sa monnaie, le Rial, a depuis lors fait l’objet d’attaques constantes de la part des États-Unis, le plus vicieusement sous le président Trump qui a cherché à faire ce qu’Obama n’a pas pu faire, conduire les exportations de pétrole de l’Iran à zéro. L’objectif était un changement de régime.

J’ai chroniqué cela en détail, au cours de ces quatre dernières années, en disant explicitement que la stratégie était stupide et à courte vue. Elle n’a pas fonctionné. Elle ne pouvait pas fonctionner.

La résistance de l’Iran à l’intimidation de Trump n’a fait que renforcer les structures de pouvoir existantes là-bas et endurcir le peuple iranien pour qu’il devienne plus désagréable, plus dédaigneux vis-à-vis de l’Amérique et, probablement, des Américains.

Tout ce que cela a fait, c’est de forcer l’Iran à développer des plans alternatifs et à trouver de nouveaux marchés. Ces alternatives impliquaient de développer de meilleures relations avec la Chine, la Russie et la Turquie, ce que les États-Unis se sont efforcés de saboter. Tant que l’Iran respectait sa parole, fournissait du pétrole et se comportait comme un partenaire fiable en matière de diplomatie, les accords finissaient par se concrétiser.

L’investissement de 400 milliards de dollars sur 20 ans de la Chine l’année dernière est le point culminant de cette résistance et de cette ingéniosité. C’est le tourbillon provoqué par les politiques pro-Israël, anti-Iran et les politiques confuses de Trump à l’égard de la Syrie et de l’Afghanistan.

Dans l’intervalle, les États-Unis ont sanctionné la Russie, qui vend une grande partie de son pétrole dans un certain nombre de devises différentes, dont certaines sont encore des dollars. La Chine a lancé il y a quelques années un contrat à terme sur le pétrole libellé en yuan, qui est finalement convertible en or à Shanghai.

Les États-Unis commercent toujours avec la Chine et la Russie et pourtant, personne n’a eu raison de réclamer la mort du pétrodollar à l’époque. Ces choses sont un processus, pas une étape. Le fait est que le pétrodollar ne dépend pas du fait qu’il soit un monopsone dans le commerce du pétrole. Le système fuit depuis près d’une décennie maintenant.

L’Iran est un exemple de la raison pour laquelle le Davos ne parviendra à rien de plus que la forme la plus limitée de son Grand Reset. La Russie aussi. La nécessité est mère de l’innovation. Poutine ne cesse de le répéter. Et lui, comme les Mollahs en Iran, ont été la risée des experts américains en politique étrangère de K Street.

Mais, cet article ne concerne pas l’Iran, la Russie ou la Chine. Il s’agit de l’Arabie Saoudite.

Maintenant que la situation de l’Afghanistan est pratiquement réglée sur le plan géopolitique, la question est de savoir quelles en seront les retombées. Pendant des années, nous avons vu la coalition qui voulait atomiser la Syrie se diviser, petit à petit. Ce fut d’abord le Qatar, qui a défié le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MbS), isolé tout comme l’Iran. Le Qatar a survécu.

Ensuite, c’était la Turquie, qui fait constamment volte-face sous la direction du président Erdogan en essayant de combler les vides de pouvoir découlant des succès militaires de la Russie en Syrie et des succès diplomatiques dans la région qui ont fait échouer les plans des États-Unis, de l’OTAN et d’Israël dans cette région.

Lentement, petit à petit, la Russie et la Chine se sont installées dans ces espaces pendant qu’Erdogan essayait et échouait…. encore et encore et encore.

Ainsi, la présence américaine en Afghanistan faisant désormais officiellement partie de l’histoire, de grands changements s’opèrent rapidement et furieusement dans toute la région.

Et le plus important est l’accord vague mais significatif de coordination de la défense entre la Russie et l’Arabie Saoudite. Car maintenant, après avoir réussi à contrôler le baril de pétrole marginal produit dans le monde, la Russie contrôle l’OPEP+ 1. C’est un accord nominal de partage du pouvoir avec les Saoudiens, mais en fin de compte, avec Trump hors jeu, les Saoudiens ont réalisé qu’il leur restait très peu d’amis, voire aucun, dans le monde.

J’ai fait cette leçon d’histoire pour vous rappeler que ce moment n’est pas arrivé par hasard. Il s’est construit sur une décennie d’erreurs de politique étrangère américaine. Des erreurs qui ont tenté de faire perdurer les avantages et le récit du pétrodollar bien plus longtemps qu’ils n’auraient dû.

Le système aurait dû mourir il y a des années. Mais il a continué à boiter en cédant à la soif de sang de MbS au Yémen, en Syrie et au Liban. Plutôt que de subventionner les objectifs de politique étrangère des États-Unis, il a subventionné l’illusion continue de la famille royale saoudienne qu’elle était un courtier du pouvoir mondial.

Cela a continué jusqu’à ce que Trump soit renversé et que Biden soit installé. Depuis lors, MbS et le reste de la Maison des Saoud ont compris à quoi ressemblait leur avenir et dans quelles mains il se trouvait.

Celles de la Russie.

Nous avons vu des négociations en coulisses entre Riyad et Téhéran, entre Riyad et Damas. La Syrie revient au sein de la Ligue arabe. L’Iran et les Saoudiens mettent un terme au désastreux conflit au Yémen.

Le moment est venu de réclamer la paix et de trouver une solution garantissant une stabilité relative. Alors, comment le pétrodollar intervient-il dans tout cela ?

Pour l’instant, ce n’est pas le cas. Ceux qui pensent que le pétrodollar est mort à cause de cet accord s’avancent beaucoup. Avec des prix du pétrole aux alentours de 70 dollars (pétrole brut Brent), il n’y a pas de menace immédiate pour l’avenir du gouvernement saoudien. Ils peuvent gérer un léger déficit budgétaire à ces prix pendant longtemps. Il n’y a pas de pression sur le Riyal à ces prix.

Ce qu’ils ne peuvent pas gérer, c’est le pétrole dans les 30 ou 40 dollars pendant un certain temps. C’est ce qui fait exploser le déficit budgétaire.

Donc, pour l’instant, tant que les États-Unis ne se mettent pas davantage à dos MbS, il n’y a aucune raison pour que ce qui reste du pétrodollar ne puisse pas rester en place.

À cette fin, le fléau de l’existence du Davos, Southfront.org, dont la diffusion est fortement censurée par Big Tech, spécule que les États-Unis pourraient sanctionner l’Arabie saoudite pour cet accord avec la Russie.

Les États-Unis exhortent leurs alliés à éviter les grands accords de défense avec la Russie, a déclaré un porte-parole du département d’État, commentant la signature d’un accord de coopération militaire entre la Russie et l’Arabie saoudite.

« Nous continuons d’exhorter tous nos partenaires et alliés à éviter les nouveaux accords majeurs avec le secteur de la défense russe, ce que nous avons clairement indiqué avec … la loi CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act) », a déclaré le porte-parole au média d’État russe RIA.

Bien qu’il s’agisse d’une spéculation, cette déclaration du Département d’État a été faite avant que les Saoudiens ne s’assoient et ne signent un accord avec les Russes au plus fort de la retraite honteuse et désordonnée des États-Unis de Kaboul.

En matière d’insultes géopolitiques, celle-ci était plutôt énorme.

Ce sera donc la prochaine étape à franchir. Si j’ai raison et que l’objectif de ceux qui sont derrière l’administration Biden (dont la date limite d’utilisation est similaire à celle du pétrodollar) est de démanteler les États-Unis autant que possible, alors nous verrons Lindsey Graham et d’autres se tordre les mains ensanglantées en se lamentant sur la nécessité de sanctionner nos amis de longue date en Arabie saoudite.

Ce sera aussi nauséabond que prévisible.

Et ce sera un acte délibéré de destruction d’une partie encore significative de la demande étrangère pour le dollar américain. Bien entendu, cela fait directement le jeu du Davos, qui s’emploie activement à saper la confiance dans les États-Unis sur les plans politique, économique, culturel et social. Parce qu’à la minute où les États-Unis font cela, la seule action rationnelle de MbS est de rompre l’indexation du Riyal au dollar et de le laisser flotter librement.

À 70 dollars le baril, l’effet sur le Riyal sera minime.

Cela dit, cela permettrait une forte baisse des prix du pétrole au niveau international, car les Saoudiens, qui ont besoin d’un prix du pétrole élevé pour financer leur État-providence, n’auront plus besoin d’autant de dollars pour leur pétrole. Il faut donc s’attendre à ce que le Davos tente de favoriser cette évolution. Ils ont déjà essayé lorsque les EAU ont tenté de torpiller la solidarité de l’OPEP+ il y a quelques semaines.

Si le pétrole devait chuter brusquement, disons dans les 40 dollars, cela créerait une inflation massive en Arabie Saoudite en raison d’une forte baisse du Riyal, désormais exposé aux forces du marché. Et les Saoudiens devraient alors procéder au même ajustement douloureux que la Russie a connu en 2015-17, lorsqu’elle a finalement mis fin à sa politique de rouble fort.

C’est pourquoi on dit à Biden de supplier publiquement pour une baisse des prix du pétrole. Cela n’a rien à voir avec le fait d’aider les consommateurs américains et tout à voir avec le fait d’appâter les pays arabes pour qu’ils désindexent leur monnaie du pétrodollar et espèrent faire s’effondrer les prix du pétrole dans la confusion.

Donc, annoncez le variant Mu du COVID-11/09.

Les Saoudiens, pour leur part, ont bien appris les leçons de ce qui se passe quand on se lance dans une guerre des prix avec la Russie. Vous perdez. Donc, au lieu de se battre contre la Russie pour des parts de marché, ils ont décidé de coordonner la production pour que tout le monde y gagne pendant que les États-Unis continuent à se débattre avec la réalité que leur empire n’est pas seulement en train de s’effondrer, mais qu’il est activement démantelé de l’intérieur.

Et vu où nous allons, je dirais que ceux qui rient maintenant ne sont pas au Département d’État.

Tom Luongo

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

  1. En cas d’augmentation de la demande, la Russie, en tant que principal producteur de pétrole à fort coût d’exploitation en provenance de l’Arctique, peut décider du prix du baril de pétrole au niveau mondial, NdT

À partir d’avant-hierVos flux RSS

Une « apocalypse stratégique » en Afghanistan : Un bouleversement sismique en préparation depuis des années

Par : Zineb

La Chine est plus déterminée à façonner la région que ne le pensent de nombreux analystes.


Par Alastair Crooke – Le 23 août 2021 – Source Strategic Culture

Un énorme événement géopolitique vient de se produire en Afghanistan : l’implosion d’une stratégie occidentale clé pour gérer ce que Mackinder, au 19ème siècle, appelait le Heartland asiatique. Le fait que cela ait été accompli, sans combat et en quelques jours, est quasiment sans précédent.

Cela a été un choc. Pas seulement un de ces chocs éphémères que l’on oublie vite, mais un choc profondément traumatisant. Contrairement à l’impact psychologique du 11 septembre, le monde occidental traite cette expérience comme le deuil d’un « être cher ». Il y a eu des larmes ministérielles, des bravades et une entrée simultanée dans les trois premières étapes du deuil : tout d’abord, le choc et le déni (un état d’incrédulité et d’engourdissement des sentiments) ; ensuite, la douleur et la culpabilité (pour nos alliés réfugiés à l’aéroport de Kaboul), et enfin, la colère. La quatrième étape est déjà en vue aux États-Unis : la dépression – car les sondages montrent que l’Amérique bascule déjà dans un profond pessimisme à l’égard de la pandémie, de l’économie et des perspectives, ainsi que de la voie sur laquelle la République américaine est engagée.

Les rédacteurs du New York Times ont clairement indiqué qui était cet « être cher » :

[La débâcle afghane est] tragique parce que le rêve américain d’être la « nation indispensable » dans un monde où règnent les valeurs des droits civils, de l’émancipation des femmes et de la tolérance religieuse – s’est avéré n’être qu’un rêve.

Michael Rubin, représentant du think tank belliciste AEI, a prononcé un éloge funèbre de la « dépouille » :

Biden, Blinken et Jake Sullivan pourraient rédiger des déclarations sur les erreurs commises lors des précédents déploiements de l’OTAN, « et sur la nécessité pour Washington de se concentrer sur ses intérêts fondamentaux plus à l’ouest ». Et les responsables du Pentagone et les diplomates pourraient contester avec indignation toute diminution de l’engagement de l’Amérique, mais la réalité est que l’OTAN est un cadavre qui continue de bouger.

Un article antérieur, reflétant la fureur à l’égard de Biden – et le sentiment d’une apocalypse stratégique qui s’est abattue sur Washington – est mieux compris dans ce cri d’agonie, toujours de Michael Rubin :

En permettant à la Chine de promouvoir ses intérêts en Afghanistan, Biden lui permet également de couper l’Inde et d’autres alliés américains de l’Asie centrale. En d’autres termes, l’incompétence de Biden met désormais en péril l’ensemble de l’ordre libéral de l’après-guerre… Que Dieu vienne en aide aux États-Unis.

Rubin dit clairement le rôle que l’Afghanistan a toujours joué réellement : perturber l’Asie centrale, pour affaiblir la Russie et la Chine. Au moins, Rubin nous épargne l’hypocrisie de la sauvegarde de l’éducation des filles (d’autres, proches du complexe militaro-industriel américain, continuent de répéter le mantra de la nécessité de redéployer les troupes en Afghanistan et de la poursuite de la guerre – et donc des ventes d’armes – en Afghanistan, en partie pour « protéger » les droits des femmes). Rubin conclut : « Au lieu de renforcer la position de l’Amérique face à la Chine, Biden l’a plutôt saignée à blanc ».

En Grande-Bretagne également, le président de la commission des affaires étrangères, Tom Tugenhadt, a déploré l’erreur stratégique de Biden et la nécessité de ne pas abandonner, mais de persévérer : « Il ne s’agit pas seulement de l’Afghanistan », écrit-il, « il s’agit de nous tous. Nous sommes engagés dans un conflit sur la façon dont le monde fonctionne. Nous voyons des puissances autocratiques comme la Chine et la Russie contester les règles et rompre les accords que nous avons conclus… ».

Tugenhadt croit que : « Nous pouvons renverser la situation. Nous devons le faire. Il s’agit d’un choix. Jusqu’à présent, nous avons choisi de perdre ». De nombreux faucons à Washington reconnaissent que c’est, bien sûr, impossible. Cette époque est désormais révolue – en effet, ce que les événements des derniers jours en Afghanistan représentent, c’est un paradigme perdu.

Nombreux sont ceux qui en veulent profondément à Biden (bien qu’ils aient des intentions contradictoires), et qui sont également perplexes quant à la façon dont cela a pu se produire. L’explication, cependant, est peut-être encore plus troublante. La situation était devenue intolérable – il y a une limite à la durée pendant laquelle une élite corrompue, coupée de ses racines au sein de son propre peuple, peut être soutenue par une culture étrangère en déclin.

Cependant, les exhortations du Premier ministre britannique lors d’une téléconférence avec Biden, selon lesquelles ce dernier doit préserver « les acquis » des vingt dernières années en Afghanistan, font littéralement rêver.

La question de fond n’est pas seulement celle de la transformation des talibans, mais plutôt celle d’un bouleversement sismique dans la géopolitique. Les services de renseignement occidentaux étaient tellement absorbés par la lutte contre le terrorisme qu’ils n’ont pas vu la nouvelle dynamique en jeu. Cela peut certainement expliquer l’évaluation faite par l’administration Biden des longs mois qu’il faudrait avant que le régime de Ghani ne risque de tomber.

Il y a de nombreuses années, avant le retrait soviétique de l’Afghanistan en 1979, j’étais basé à Peshawar, au Pakistan, près de l’Afghanistan. J’étais responsable des rapports diplomatiques sur la guerre et de l’engagement avec les dirigeants afghans pendant l’ère soviétique. J’ai appris à connaître les talibans, qui venaient d’être forgés par les services secrets pakistanais, sous la direction du général Hamid Gul. Ils étaient alors : intensément bornés, géographiquement et politiquement sectaires, xénophobes, tribaux et rigidement inflexibles.

En tant que descendants de Pachtounes, et aussi plus grand groupe ethnique minoritaire d’Afghanistan, ils tuaient les autres ethnies sans raison : les chiites Hazaras en particulier, en tant qu’apostats, étaient tués. Ils détestaient Ahmad Chah Massoud, le « lion du Panshir » et un héros de la résistance aux Soviétiques, parce qu’il était Tadjik. Une partie de leur fondamentalisme était alimentée par les souches radicalisées de l’islam, le déobandisme et le wahhabisme – exportations d’Arabie saoudite et de Dar al-Islam Howzah en Inde. Mais la plupart du temps, il s’agissait d’anciennes traditions tribales connues sous le nom de Pachtounwali.

Les talibans que nous voyons aujourd’hui sont une coalition bien plus complexe, multiethnique et sophistiquée, ce qui explique pourquoi ils ont été capables, à une telle vitesse, de renverser le gouvernement afghan installé par les Occidentaux. Ils parlent d’inclusion politique afghane et se tournent vers l’Iran, la Russie, la Chine et le Pakistan pour une médiation et pour faciliter leur place dans le « Grand Jeu ». Ils aspirent à jouer un rôle régional en tant que gouvernement islamiste sunnite pluraliste.

C’est pourquoi ils ont donné des assurances explicites à ces partenaires extérieurs clés que leur accession au pouvoir n’entraînera ni un bain de sang de règlements de comptes, ni une guerre civile. Ils promettent également que les différentes sectes religieuses seront respectées, et que les filles et les femmes pourront être éduquées et le seront.

L’arrivée au pouvoir des talibans a toutefois été préparée pendant des années, et des acteurs extérieurs clés ont joué un rôle crucial dans la supervision de cette métamorphose. Plus concrètement, à mesure qu’un consensus sur l’avenir était atteint avec les talibans, ces puissances extérieures – la Chine, l’Iran, la Russie et le Pakistan – ont amené leurs alliés afghans (c’est-à-dire les autres minorités afghanes, qui sont presque aussi nombreuses) à la table des négociations aux côtés des talibans. Les liens de ces derniers avec la Chine remontent à plusieurs années. L’Iran s’est également engagé auprès des talibans et d’autres composantes afghanes, dans la même veine, depuis au moins deux décennies. La Russie et le Pakistan se sont engagés conjointement, en décembre 2016.

À la suite de cette action concertée, les dirigeants talibans se sont adaptés à la realpolitik de l’Asie centrale : ils voient que l’OCS représente le paradigme stratégique régional à venir, qui peut leur permettre de sortir de l’isolement du à leur statut d’« intouchables » politiques et leur ouvrir la voie pour gouverner et reconstruire l’Afghanistan, avec l’aide économique des États membres de l’OCS.

La guerre civile reste un risque : on peut s’attendre à ce que la CIA tente de dresser une contre-insurrection afghane contre le nouveau gouvernement – la voie n’est pas difficile à prévoir : les actes de violence et les assassinats seront (et sont) attribués aux talibans « terroristes ». Il s’agira probablement d’opérations sous faux drapeau. Et l’on se demande également (surtout en Occident) si l’on peut faire « confiance » aux talibans ou s’ils respecteront leurs engagements.

Il ne s’agit toutefois pas d’une simple question de « confiance ». La différence aujourd’hui réside dans l’architecture géopolitique extérieure qui a donné naissance à cet événement. Ces partenaires régionaux extérieurs diront (et ont dit) aux talibans que, s’ils violent leurs assurances, ils retrouveront leur statut de paria international : ils seront à nouveau classés comme terroristes, leurs frontières se fermeront, leur économie s’effondrera – et le pays sera à nouveau en proie à la guerre civile. En bref, le calcul est fondé sur l’intérêt personnel, plutôt que sur la présomption de confiance.

La Chine est plus déterminée à façonner la région que ne le pensent de nombreux analystes. On dit souvent que la Chine est purement mercantile, qu’elle ne s’intéresse qu’à l’avancement de son programme économique. Pourtant, la province chinoise du Xinjiang – son ventre islamiste – partage une frontière avec l’Afghanistan. Cela touche à la sécurité de l’État, et la Chine aura donc besoin de stabilité en Afghanistan. Elle ne tolérera pas que des insurgés d’origine turque (encouragés par l’Occident) se déplacent de l’Afghanistan vers le Turkménistan ou le Xinjiang. Les Ouïgours sont ethniquement turcs. Nous pouvons nous attendre à ce que la Chine soit ferme sur ce point.

Ainsi, non seulement les États-Unis et l’OTAN ont été contraints de quitter le « carrefour de l’Asie » dans un désarroi extrême, mais ces développements ouvrent la voie à une évolution majeure des plans de corridors économiques et commerciaux régionaux de la Russie et de la Chine. Ils transforment également la sécurité de l’Asie centrale en ce qui concerne les vulnérabilités chinoises et russes dans cette région. (Jusqu’à présent, les États-Unis se sont vus refuser une base militaire alternative en Asie centrale, relocalisant leurs forces en Jordanie).

Pour être juste, Michael Rubin avait « à moitié raison » lorsqu’il a dit que « plutôt que de renforcer la position de l’Amérique face à la Chine, Biden l’a saignée à blanc », mais seulement à moitié. Car l’autre moitié manquante est que Washington a été dépassé par la Russie, la Chine et l’Iran. Les services de renseignement occidentaux n’ont absolument pas réussi à percevoir la nouvelle dynamique intérieure afghane c’est à dire les acteurs extérieurs qui soutenaient les négociations des talibans avec les tribus.

Et ils ne voient toujours pas tous les dominos extérieurs qui se mettent en place autour d’un pivot afghan, ce qui change tout le calcul pour l’Asie centrale.

D’autres pièces de ce puzzle de changement de paradigme sont devenues visibles dans le sillage de l’arrivée au pouvoir des talibans : un domino est tombé avant même la « déroute de Kaboul » : la nouvelle administration iranienne a repositionné stratégiquement le pays en donnant la priorité aux relations avec les autres États islamiques, mais en partenariat avec la Russie et la Chine.

Le Conseil national de sécurité iranien a ensuite refusé d’approuver le projet d’accord de Vienne pour une relance du JCPOA (le deuxième domino à se mettre en place).

Pendant la déroute, la Chine et la Russie ont (« par hasard ») fermé l’espace aérien au-dessus du nord de l’Afghanistan en raison de leurs exercices militaires conjoints qui se déroulaient dans cette région – et, pour la première fois, les deux puissances ont exercé un contrôle militaire conjoint. Cela représente le troisième (et très important) domino, bien qu’il ait été à peine remarqué par l’Occident.

Enfin, le Pakistan s’est lui aussi repositionné stratégiquement, en refusant d’accueillir toute présence militaire américaine sur son territoire.

Et enfin, un dernier domino : l’Iran a été invité officiellement à rejoindre l’OCS (ce qui impliquerait en fin de compte que l’Iran rejoigne l’Union économique eurasienne (UEEA), offrant ainsi au pays un nouvel horizon économique et commercial – à défaut de la levée du siège de son économie par les États-Unis.

Ainsi, non seulement les États-Unis et l’OTAN ont été contraints de se retirer de ce nouveau lieu stratégique, mais ces développements parallèles ouvrent la voie à une évolution majeure du plan de corridor régional économique et commercial de la Russie et de la Chine.

La Chine jouera un rôle clé à cet égard. La Chine et la Russie ont reconnu le gouvernement taliban, et la Chine construira probablement un oléoduc le long du « corridor des cinq nations« , pour acheminer le pétrole iranien vers la Chine, via le nord de l’Afghanistan. Elle poursuivra probablement par un corridor nord-sud, reliant finalement Saint-Pétersbourg, via l’Afghanistan, au port iranien de Chabahar, situé de l’autre côté du détroit d’Oman.

Iran and Afghanistan Inaugurate Cross-Border Railway

Pour l’Occident, cette concaténation de dominos qui tombent a à peine été comprise.

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Extrait du carnet de notes : vers qui le Davos se tournera-t-il après Biden ?

Par : Zineb

Par Tom Luongo – Le 24 août 2021 – Source Gold Goats ‘n Guns

Avec l’effondrement de l’Afghanistan et l’incapacité manifeste de Joe Biden à gérer la situation, le temps presse pour la bande du Davos, qui doit trouver un moyen d’éviter que la situation ne déraille complètement.

L’opposition à la vaccination obligatoire et à l’utilisation publique des données médicales privées augmente bien plus vite que prévu. Elle révèle l’étendue de l’inutilité des personnes qu’ils ont installées dans les lieux de pouvoir du monde entier pour effectuer le Grand Reset.

De la Nouvelle-Zélande au Canada, de la France à la Maison Blanche, la bande du Davos pensait qu’elle pouvait jouer à l’empereur Palpatine et simplement « légaliser le Grand Reset » et que tout s’arrangerait tout seul. Ce n’est clairement pas le cas.

Les histoires qui nous parviennent d’Australie sont aussi profondément troublantes que l’échec du retrait d’Afghanistan de Biden. Elles mettent en évidence la rapidité avec laquelle les petits tyrans se sont transformés en tueurs inhumains d’êtres sans défense, par exemple les chiens de sauvetage en Australie qui ont été abattus et gazés pour avoir été exposés au COVID-11/09.

Mais, là encore, c’est le problème fondamental des collectivistes de tous poil. Ils détestent les choses qu’ils veulent protéger. Les mêmes personnes qui criminalisent la « maltraitance des animaux » font ensuite du lobbying, financent et créent par le biais des impôts des camps de concentration pour chiens au refuge local du comté.

Pour eux, la vie est bon marché. Tellement bon marché qu’ils en réduisent la valeur à zéro afin de justifier leur désir de dominer les autres, en masquant leur peur d’un monde hostile et imprévisible. Ce qui est fait aux chiens en Nouvelle-Galles du Sud va s’étendre aux humains non-vaccinés si cela n’est pas stoppé net.

Une fois que la déshumanisation commence, elle ne s’arrête pas tant que les tyrans ne sont pas renversés et vaincus. De plus, lorsqu’un groupe est poussé au bord de l’extinction, il est en mesure de se défendre plus durement que jamais auparavant.

Les menaces existentielles sont comme ça.

Alors, que le ciel vienne en aide aux tyrans d’outre-mer, car il y a une place spéciale dans le four EZ-Bake de Dante (dédicace à Dennis Miller) pour les personnes qui gazent les chiens de sauvetage.

A chaque saison, Baratte, Baratte, Baratte…

Ce que je veux dire, c’est que cette opposition croissante à la Nouvelle Normalité telle que promue par la bande du Davos force une accélération de leurs plans. J’en ai déjà parlé. Et quand vous voyez un changement à 180 degrés dans un récit médiatique, vous devez le prendre au sérieux.

Parce que cela signifie que quelque chose de significatif a changé.

Les médias et Washington se sont retournés contre Biden dans un virage à 180 degrés, tout comme ils l’ont fait pour la théorie de la fuite du laboratoire COVID-11/09 une fois qu’il est devenu utile pour le Davos de le faire et que le Dr Fauci a été pris en flagrant délit de mensonge au Congrès par Rand Paul.

Maintenant, je crois fermement que le désordre à Kaboul était un chaos planifié. Il a été conçu pour faire passer les États-Unis pour une bande de crétins maladroits. Je laisserai de côté, pour l’instant, le fait que le retrait désordonné de l’Afghanistan était destiné à y semer le chaos, laissant derrière lui des milliards d’armes pour aider l’armée afghane et d’autres à s’en prendre aux talibans et à entraver leur capacité à former un gouvernement.

Biden a été désigné pour porter le chapeau de cette situation. Il n’y est pas préparé et n’est même pas capable de comprendre la vitesse à laquelle cela se passe. C’est presque comme si, comme nous, il était perdu dans La Baratte, comme l’exprime Amos Burton dans la série The Expanse de James S.A. Corey. Un petit rappel …

La Baratte est ce moment où, « les règles du jeu changent ». Quel jeu ?

Amos : {de The Expanse} « Le seul jeu. La survie. Quand la jungle se détruit et se reconstruit autrement. Des gars comme toi et moi, on finit par mourir. Ça ne signifie pas grand chose. Ou alors on survit et ça ne veut rien dire non plus. »

L’idée de la Baratte d’Amos, cependant, est que tandis que les règles changent, la société elle-même continue de fonctionner. En ce moment, beaucoup de gens essaient d’analyser la situation politique en termes de Baratte, le flux et le reflux habituels de la lutte pour le pouvoir.

En fait, je ne crois pas que nous soyons dans la Baratte habituelle des événements. Cela ressemble à quelque chose de très différent.

Revenons à Biden, parce qu’il est clair qu’il ne survivra pas à cette situation. S’il n’avait pas passé toute sa vie au service des pires formes de corruption, j’aurais presque de la peine pour lui, car la maltraitance des personnes âgées fait honte à toute société, tout comme le gazage des chiens de sauvetage. Mais, comme je l’ai dit, nous avons affaire à des gens qui n’ont pas d’âme, pas de cœur et seulement l’envie inextinguible qui habite ceux qui n’ont pas ces choses et qui cherchent un sens à leur existence vide de sens.

Donc, Biden n’est pas fait pour cette vie sur le devant de la scène. Il est rapidement mis à l’écart, tel un autre chien abattu pour ouvrir la voie au servage mondial.

Je crois que l’Europe commence à m’énerver

À l’inverse, avez-vous remarqué que le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne obtiennent tous un laissez-passer pour faire sortir leurs ressortissants de Kaboul, alors qu’ils étaient au courant de la situation là-bas ?

Avez-vous remarqué les bêlements désespérés de gens comme Tony Blair et le ministre des Affaires étrangères de l’UE, Josep Borrell, à propos de la perte de l’Afghanistan ?

De toute évidence, il s’agit de détourner l’attention de l’agitation civile croissante dans notre pays, mais le but réel est de creuser davantage le fossé entre l’Europe et les États-Unis sur tous les sujets.

Dans leur esprit imbibé de pouvoir et de mondialisme, comment les idées du Davos peuvent-elles survivre si elles ne peuvent pas exploiter la vache à lait américaine pour dépenser des milliards de dollars afin de protéger leurs intérêts en Asie centrale ?

Le gouvernement de Boris Johnson vient de voter en faveur de l’outrage à Biden pour sa débâcle en Afghanistan.

L’équipe de Biden a mal géré le retrait d’Afghanistan en sachant très bien ce qui allait se passer. Les couteaux sont déjà sortis pour son conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan, son secrétaire d’État Antony Blinken et son secrétaire à la défense Lloyd Austin.

Macron, Merkel et les Britanniques, qui sont vraiment des incapables, connaissaient tous la situation dans le pays. Admettre l’échec de Biden en Afghanistan est la seule chose sur laquelle les néocons et les néolibéraux sont vraiment d’accord.

Ainsi, le fait qu’ils se retournent contre lui par le biais des médias montre clairement que les règles du jeu ont à nouveau changé.

Dans le même temps, Alex Mercouris a eu raison de dire que Kamala Harris est également mise sur la touche parce qu’elle n’est pas en Afghanistan, ou du moins à l’étranger, pour coordonner avec ces alliés étrangers la gestion de la situation et faire sortir les Américains piégés là-bas.

Elle est à Singapour et au Vietnam, où elle se fait taper dessus par la presse et se moque des Américains laissés pour compte, tout en faisant des déclarations fades et vaguement dociles sur les revendications de la Chine en mer de Chine méridionale.

Ce que l’on voit ici, c’est la vieille rengaine : « Nous faisons tout mieux que les Américains ». Cela contribue également à atténuer le choc de la dissonance cognitive que les gauchistes subissent à mesure que tout s’écroule. Ils arriveront rapidement à la conclusion qu’ils ont « élu » un champignon du dimanche comme président, au lieu d’un type qu’ils détestaient pour la seule raison que les architectes de cette tragédie afghane leur avaient dit qu’il était un nazi.

La programmation est profonde, des deux côtés du spectre politique.

Beaucoup se réveillent, mais ce n’est peut-être pas suffisant avant que tout n’explose.

Nous en sommes aux prémices de la mise en scène du discours de sortie de Biden. Mais comme nous sommes également entrés dans un nouveau jeu, les anciennes règles ne s’appliquent pas nécessairement.

La grande question est maintenant de savoir ce qui va se passer ensuite.

Kamala Caméléon

Je veux croire que le Davos a déjà calculé quelle est sa meilleure ligne de conduite. Je vais commencer par dire que je ne pense pas que Kamala Harris soit la solution pour eux, à moins que l’objectif soit que le prochain président soit tellement détesté par une Amérique en colère et confuse que le pays se déchire littéralement en deux.

Ce n’est pas une hypothèse déraisonnable.

Le problème est qu’elle est peut-être le plus gros problème qu’ils ont maintenant, parce qu’elle n’est dans l’équipe de personne d’autre que l’équipe Harris. Je pense que c’est peut-être pour cela qu’elle est à Singapour maintenant, pour voir si elle peut s’attirer les bonnes faveurs et être autorisée à prendre la relève.

Se débarrasser de Biden ne sera pas difficile à ce stade.

Donc, Harris, bien qu’elle soit détestée par tout le monde, n’est pas non plus qualifiée pour le poste de président. Ceci étant dit, elle n’est pas pour autant dénuée des qualités nécessaires à une comploteuse et une assoiffée de pouvoir. Elle et Obama doivent s’entendre à merveille.

Cela dit, je suis sûr qu’elle a planifié son parcours jusqu’à la présidence, même si le Davos, qui, à mon avis, peut vouloir quelque chose de différent, quelqu’un de plus prévisible en ces temps post-Baratte.

Si l’indignation de l’opinion publique à propos de l’Afghanistan atteint un quelconque pic de fièvre, à cause, disons, d’images semblables à celles de Benghazi montrant des Américains se faisant tirer dessus et traîner dans les rues de Kaboul, diffusées tous les soirs dans ce qui passe pour des informations aux États-Unis, alors Biden devra démissionner.

Alors que Biden se soumet au calendrier de retrait des talibans et que le 20e anniversaire du 11 septembre approche… cela semble-t-il vraiment si irréaliste ?

Ils tirent sur les chiens de sauvetage, n’est-ce pas ?

Si nous ajoutons à cela la preuve définitive par les audits que les Démocrates ont triché lors des élections, alors nous avons le chaos maximum et Harris n’y survit pas non plus. Rappelez-vous, le Davos a utilisé le pivot sur l’origine du COVID-11/09 pour fomenter un sentiment anti-chinois aux États-Unis.

Utiliser les audits pour pivoter et délégitimer Harris en même temps semble à la fois cohérent et très possible.

Maintenant, pourquoi cela ne signifierait-il pas une remise en place de Trump ? Eh bien, la Cour suprême a-t-elle fait quelque chose de notable, en dehors de se recroqueviller, depuis que le Davos a mis la pression l’été dernier ?

Quand je dis que je pense que les États-Unis sont en train d’être liquidés, je suis sérieux.

Je ne vois pas Kamala Harris, l’ultime recrue de la diversité politique, survivre à ça. En fait, les Démocrates seraient en plein désarroi si les audits commençaient à causer de réels troubles au niveau de la base. Les élections de mi-mandat sont déjà une cause perdue. Donc, le temps est essentiel pour mener à bien cette opération.

Peut-être suis-je trop réducteur ici, car Harris a de nombreuses cartes à jouer au sein de l’appareil du parti Démocrate, mais seulement si sa position est considérée comme légitime et seulement si les Démocrates ont plus de deux longueurs d’avance sur la foule en colère.

Crise de nerfs due au 25e amendement

Ceci étant dit, si je me trompe et qu’il s’agit de la Baratte habituelle des événements, nous assistons à une remise en cause de la compétence de Biden par le 25e amendement. Tous les chemins mènent au président Harris, c’est ce que dit le 25e amendement.

… à moins qu’il n’y ait pas de vice-président. Harris devrait d’abord démissionner, et elle n’a rien fait qui puisse provoquer ça.

En fait, son éloignement de l’Afghanistan est le geste le plus intelligent que je l’ai vu faire.

Cela conduit au scénario attendu, à savoir que Harris accède à la présidence et choisit probablement la présidente du parlement Nancy Pelosi comme vice-présidente et présidente du Sénat. Pour faire passer sa désignation, Nancy va passer un accord avec Mitch McConnell et c’est tout. Ce sera un bon accord pour les Républicains.

Nancy décroche le gros lot et deux années supplémentaires à D.C. contre une année restante sur son probable dernier mandat au Congrès. Dans le même temps, McConnell sait qu’il la neutralisera lorsque les Républicains gagneront les élections de mi-mandat (en supposant qu’elles aient lieu). Elle vit le rêve d’être la deuxième femme vice-présidente.

Mais, si Biden se retire en disgrâce à cause de la combinaison de la fraude électorale, de l’Afghanistan et de quelque chose d’autre que nous n’avons pas encore planifié, alors Harris devra le suivre.

A ce moment-là, les choses deviennent bizarres. C’est là que nous savons que nous sommes dans un monde post-Baratte. Passer en revue la liste des Démocrates qui pourraient correspondre au profil disponible dans un tel scénario est problématique car elle est si courte qu’elle est pratiquement inexistante.

Et si Harris doit également démissionner sous la menace d’un impeachment, le dernier acte de Biden en tant que président serait de nommer un nouveau vice-président conformément au 25e amendement.

Voici les parties pertinentes du 25ème amendement.

Section 1. En cas de révocation du président, de sa mort ou de sa démission, le vice-président devient président.

Section 2. En cas de vacance du poste de vice-président, le président nommera un vice-président qui prendra ses fonctions après confirmation par un vote majoritaire des deux chambres du Congrès.

Lorsque Nixon a démissionné, cela relevait normalement de la section 1. Gerald Ford était vice-président. Nixon a démissionné en état de disgrâce pour le Watergate et Ford a pris le pouvoir, a ensuite gracié Nixon et a perdu contre Jimmy Carter en 1976.

Les choses deviennent intéressantes avec la section 2. Et celle-ci n’entre en jeu que si Harris est inacceptable au regard du Davos et est contrainte de démissionner avant. Le dernier acte de Biden sera alors de nommer un nouveau vice-président qui assumera alors la présidence avant de démissionner.

Et là, je soutiens que Nancy Pelosi ne deviendra pas la première femme présidente.

Pelosi est exclue parce qu’elle ne survivrait jamais à un vote majoritaire du Sénat. Mitch McConnell, qui verrait là l’occasion ultime de briser les Démocrates pour la prochaine génération, pourrait même sourire.

Ils ont besoin de quelqu’un de compétent pour diriger les choses, suffisamment jeune pour tenir jusqu’à la fin du mandat et, surtout, loyal envers Obama et le Davos. Cette personne ne doit pas susciter la révolte des gens normaux ni être ouvertement partisane pour ceux qui vivent dans le centre du pays.

L’objectif est d’avoir une personne neutre sur laquelle personne n’a d’opinion tranchée, mais qui est bien au fait des choses qui comptent.

Hillary est hors jeu. C’est une marchandise dépréciée. Le Davos n’a pas besoin d’elle.

Je ne la vois même pas vouloir le poste à ce stade. Elle a des rêves de crème glacée.

Alors, qui reste-t-il ? Aucun des candidats à la présidence lors des primaires. Ce sont tous des clowns, à l’exception de Tulsi Gabbard bien sûr, mais elle a quitté la politique dans une rare démonstration d’humanité de la part de quelqu’un qui a passé du temps à D.C. Les autres ont été choisis spécifiquement pour nous amener à un ticket Biden/Harris ou Harris/le lâche.

Cette personne peut, cependant, être totalement inacceptable pour les mêmes catégories de la population américaine déjà classées parmi les « terroristes nationaux » et les « semi-citoyens sous-humains »… c’est-à-dire les libertariens, les constitutionnalistes, ceux qui refusent de se faire vacciner et qui voient le mondialisme comme le cauchemar corporatiste qu’il est vraiment…. en bref, des gens comme vous qui lisez cet article.

Mitch McConnell n’aimerait rien tant que de nous coller au train après ce qui s’est passé le 6 janvier. Il va pouvoir jouer au faiseur de roi avec un candidat « neutre ».

Merde, Janet Davos t’aime !

Alors, qui est cette personne ? La réponse m’est apparue en un éclair alors que je répondais à quelqu’un sur Twitter et j’ai honte d’admettre qu’il m’a fallu tout ce temps pour la trouver.

La réponse, bien sûr, est la secrétaire au Trésor Janet Yellen. Elle remplit toutes les conditions.

Femme, apparemment apolitique, connaissant bien Washington, ancienne directrice de la Fed et troll de Davos jusqu’au bout des ongles.

Et, pour couronner le tout, elle est la seule personne qui pourrait s’opposer de manière crédible à Jay Powell à la Fed, qui a clairement quitté la sphère du Davos en défendant le dollar et la Fed. Selon mon dernier article, si la Fed est vraiment en train de fomenter une crise du dollar pour réaffirmer sa primauté dans le panthéon des banques centrales, alors Yellen serait la seule personne qui achèverait le tour de force du Davos en virant Powell, neutralisant la Fed et mettant fin au chaos.

Le Davos doit réaffirmer son contrôle ici et restaurer notre foi en La Baratte. Yellen est juste la personne qui doit s’assurer que tout cela se produise.

Je sais ce que vous pensez, cependant, qu’il semble exagéré de mettre un banquier central non élu à la tête d’un pays puissant ? Qu’est-ce que tu fumes, Tom ?

Je vous avais dit que les banquiers centraux allaient arriver !

Attendez-vous donc à ce que la présidente Yellen soit nommée dans les six prochains mois par le Davos, comme Mario Draghi a été nommé en Italie. Ils n’ont pas beaucoup de temps pour mettre tout cela en place, et encore moins pour faire partir Biden.

Avec la présidente Yellen, la prise de contrôle de l’Occident par les banques centrales serait complète avec cet arrangement. Je ne sais pas si ça marcherait comme le prévoit le Davos, mais c’est, à mon avis, la solution la plus propre à leur problème actuel.

Pour cette seule raison, je pense que c’est le scénario le plus probable, car les choses s’enveniment rapidement avec Biden.

Si vous n’aimez pas ça, il y a une niche pour chien avec votre code QR dessus.

Tom Luongo

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Un été long, chaud et violent

Par : Zineb

L’idéologie de l’exclusion est en train de se retourner contre elle-même. Au sein des sociétés occidentales, et pas seulement vis-à-vis des adversaires étrangers de l’Occident. Désormais, ce sont des segments clés de la société nationale qui sont réprouvés et exilés de la pleine participation à leurs sociétés.


Par Alastair Crooke – Le 16 août 2021 – Source Strategic Culture

Quelque chose de « grand » se prépare-t-il ? On a l’impression que c’est possible. De graves problèmes se préparent dans les sociétés occidentales et les élites commencent à s’impatienter. Nous pouvons l’observer dans la manière dont l’Establishment tente de préserver la narration relative au virus (« tout le monde doit être vacciné »), tout en agissant simultanément pour la modifier, en imputant toute faille narrative au variant Delta. Sir Andrew Pollard, professeur d’infectiologie et d’immunologie pédiatriques à l’Université d’Oxford, affirme catégoriquement qu’il est « impossible » d’atteindre l’immunité collective, maintenant que le variant Delta circule.

En fait, il affirme que le vaccin ne peut pas faire ce qui a été promis, c’est-à-dire instaurer une immunité collective ; pourtant, le professeur continue d’exhorter tout le monde à se faire vacciner. De même, un conseiller principal du SAGE (Scientific Advisory Group for Emergencies) auprès du gouvernement britannique déclare sans ambages que les mesures d’isolement contre le Covid ne peuvent plus être justifiées.

En bref, leurs arguments vont dans tous les sens. La directrice du CDC, Walensky, a déclaré la semaine dernière que le vaccin ne prévient pas l’infection par le Covid et n’empêche pas non plus la personne vaccinée de transmettre l’infection par le Covid, y compris par le variant Delta ; les données montrent un taux d’infection également réparti, indépendamment du statut vaccinal, ce que reconnaît la directrice Walensky. En tant que tel, c’est un aveu qui sape l’ensemble de l’argument en faveur des vaccins obligatoires. Selon la directrice, le seul avantage du vaccin à l’heure actuelle est vraisemblablement qu’il pourrait réduire la gravité des symptômes.

Si une personne vaccinée et une personne non vaccinée ont la même capacité à porter, excréter et transmettre le virus – avec ou sans symptômes – alors quelle différence un passeport ou une carte de vaccination font-ils ? Selon le CDC, les personnes vaccinées et non vaccinées qui entrent dans un restaurant, un magasin, au sein d’un groupe, un lieu de réunion ou un lieu de travail présentent exactement le même risque pour les autres personnes présentes, alors en quoi la présentation d’une preuve de vaccination fait-elle la différence ?

Les infections (que le récit, encore une fois, attribue au variant Delta) montent en flèche : Israël en est un bon exemple. Il s’agit de la société la plus vaccinée (et, selon l’éminent commentateur israélien Nadav Eyal, elle aurait reçu des vaccins Pfizer de « meilleure qualité » que ceux du Royaume-Uni), et pourtant elle connaît une augmentation spectaculaire des nouveaux cas – les cas graves ont bondi de 70 % en une semaine seulement. Le nombre de cas graves a été multiplié par 10 environ depuis le début du mois de juillet : 90% des cas graves sont des personnes de plus de 50 ans ; et 95% des personnes de plus de 50 ans sont vaccinées.

Le Premier ministre israélien, Naftali Bennett, prévient que les cas pourraient quadrupler en trois semaines et que les autorités se préparent à de nouveaux confinements (même si les confinements se sont avérés inefficaces pour arrêter le virus). La plupart des Israéliens ont pris le vaccin Pfizer à ARNm.

Là encore, les contradictions flagrantes dans le récit établi sont frappantes : les confinements sont-ils justifiés, ou non ? Antony Fauci a déclaré que la récente flambée d’infections était une « pandémie de personnes non vaccinées » et que 99 % des décès concernaient des personnes non vaccinées. Mais ce n’est qu’un mensonge. Les propres données du CDC indiquent que seulement 15% des personnes décédées n’avaient pas été vaccinées.

Il n’est pas surprenant que le public se méfie de plus en plus des affirmations de la « science ».

Que se passe-t-il ? Eh bien, nous ne sommes pas des scientifiques. Cependant, c’est au printemps 2021 que l’on a commencé à entendre dire que les vaccins à ARN messager avaient un sérieux problème d’ADE (facilitation de l’infection par les anticorps). Une fois que la protection initiale des vaccins s’est dissipée (un processus qui dure quelques mois), les personnes qui ont été vaccinées sont beaucoup plus susceptibles de tomber gravement malades en cas de nouvelle exposition au Covid que les personnes qui ne l’ont pas été.

En effet, si cela s’avère exact, les gouvernements américain et européen se retrouvent avec un désastre auto-infligé sur les bras. Le discours a donc, sans surprise, pris une autre tournure : il ne suffisait plus de vacciner 70 % de la population (pour obtenir une « immunité collective »). Non, désormais, tout le monde, sans exception, y compris les personnes ayant une immunité naturelle, devait être vacciné. Après tout, si tout le monde se fait vacciner, il est plus facile de prétendre que ce qui se passe est un nouveau variant désagréable plutôt qu’une ADE induite par le vaccin, puisque personne ne serait en mesure de désigner un groupe témoin non vacciné qui s’avérerait nettement moins vulnérable.

Certains vaccins Covid introduisent de l’ARNm (ARN messager) dans les cellules musculaires. Ces cellules (autrefois saines) sont ainsi conduites par l’action de cet ADN synthétique à fabriquer des protéines synthétiques spike qui constituent la principale arme d’attaque du virus. Il s’agit d’une forme de thérapie génique. Si ces cellules créaient une réponse immunitaire contre la protéine (qu’elles ont elles-mêmes contribué à créer), cela empêcherait en théorie le virus d’infecter l’organisme. La réalité semble toutefois être que les problèmes du système cardiovasculaire, les saignements et la formation de caillots, sont tous associés à la protéine spike du Covid, qui, au lieu de rester dans le tissu musculaire, circule dans tout le système cardio-vasculaire.

Certains scientifiques affirment qu’il est clairement prouvé que les vaccins font que les cellules des muscles du bras fabriquent des protéines spike, qui passent ensuite dans la circulation sanguine, et que cette protéine spike, à elle seule, est presque entièrement responsable des dommages causés au système cardiovasculaire. D’autres scientifiques ne sont pas d’accord.

Un chercheur a observé que le problème central est constitué de caillots microscopiques dans les plus petits capillaires de ses patients. Il a déclaré : « Les caillots sanguins se forment au niveau des capillaires. Cela n’a jamais été observé auparavant. Il ne s’agit pas d’une maladie rare. C’est un phénomène absolument nouveau ». Le Dr Hoffe a surtout souligné que ces micro-caillots sont trop petits pour être visibles sur les tomodensitométries, les IRM et les autres tests conventionnels, et qu’ils ne peuvent être détectés qu’à l’aide du dosage sanguin des D-dimères : « Et donc, nous comprenons finalement que la raison pour laquelle les poumons ne fonctionnent pas, n’est pas due à la présence du virus. C’est parce que des micro-caillots de sang sont là… ».

C’est compliqué ! Le fait est que les « infections post-vaccinales » sont de plus en plus fréquentes et que, vraisemblablement, plus le pourcentage de la population de la région vaccinée avec l’ARNm est élevé, plus elles seront graves. Les variants, bien sûr, seront accusés. Et les médias grand public essaieront de dire que les variants sont entièrement la faute des non-vaccinés, même si la question ne peut pas être aussi facilement réduite à un mème manichéen pro ou anti-vaxx.

Pourquoi alors les élites s’accrochent-elles autant à leur récit explicitement contradictoire ? Il est clair qu’elles craignent une réaction populaire brutale s’il s’avère que certains vaccins sont préjudiciables à la santé. Mais la raison la plus profonde est que les élites américaines et européennes sont enfermées dans un échange intérieur mortel de « missiles » narratifs intelligents. L’argumentation ou la stratégie rationnelles sont exclues. Quiconque sort la tête de la « tranchée narrative » sera éliminé. Le boycott, la honte et l’exclusion des plateformes fonctionnent et sont les outils de prédilection actuels.

Ce qui est différent aujourd’hui, c’est que cette idéologie d’exclusion est en train de se retourner contre elle-même. Au sein des sociétés occidentales, et pas seulement vis-à-vis des adversaires étrangers de l’Occident. Désormais, ce sont des segments clés de la société nationale (et pas seulement les dirigeants étrangers) qui sont humiliés et exclus de la pleine participation à leurs sociétés – et menacés de sanctions – qui, si elles sont appliquées, pourraient détruire leurs moyens de subsistance.

Ce sont principalement les « non-vaxxés » qui sont jugés moralement inadéquats, mais le champ d’application de la nouvelle idéologie morale s’étend plus largement, et inclut ceux qui n’adhèrent pas sans réserve à l’agenda vert et aux droits des LBGTQ. Les médias de l’Establishment insistent sur le fait que ces récits politiquement orientés sur la vaccination, l’« urgence » climatique et les droits des LBGTQ représentent la nouvelle « ligne de démarcation », qui définit la majorité par rapport à la minorité.

Pourquoi le maintien de la « ligne de démarcation » est-il plus important que la clarification de l’approche politique du virus ? La plupart des membres de l’élite savent que le Covid n’est pas la menace que leur propagande véhicule ; mais le récit leur donne l’occasion d’exercer leur pouvoir par le biais d’un « jugement moral », et donc ils mentent – et ils continuent de mentir sur les données, parce qu’ils pensent que le mensonge sera accepté comme une réalité.

Le « revers de la médaille » de cette approche du mensonge utile n’est pas seulement la protection de la narration, mais plutôt la possibilité pour la « majorité » de se sentir pieuse et supérieure à ceux qu’elle est déterminée à blesser.

Une épidémie persistante, combinée à des pertes d’emplois importantes, à une récession prolongée et à un endettement sans précédent, créera inévitablement des tensions sociales qui se transformeront probablement en une réaction politique brutale – un été long, chaud et furieux. L’implosion de la confiance dans le leadership et la crainte d’un bouleversement social peuvent toutefois implanter une pathologie plus profonde. Elle peut produire l’état spirituel qu’Emile Durkheim appelait « l’anomie » ; le sentiment d’être déconnecté de la société ; la conviction que le monde qui nous entoure est illégitime et corrompu ; que nous sommes invisibles : un « numéro » ; l’objet impuissant d’une répression hostile, imposée par « le système », le sentiment qu’il ne faut faire confiance à personne.

Et pourtant, cela ne s’arrête pas là. L’Establishment, qui sent le désespoir, a réagi à la crise des vaccins en déplaçant ses efforts sur un autre flanc du front de la guerre culturelle : l’idéologie moralisatrice est montée en puissance. Le code rouge de l’« urgence » climatique a été lancé, promettant des conséquences vraiment effrayantes si les nouvelles restrictions de l’utilisation de l’énergie et les « confinements » n’étaient pas acceptés par le public. Le Washington Post a clairement exprimé le sous-texte : le nationalisme et le populisme trumpiste ne peuvent être tolérés dans le cadre de la confrontation avec une urgence climatique mondiale. Le message est truffé de propos empreints de supériorité morale et de piété.

Voilà donc les sujets de tension qui préoccupent la « rue », mais qu’en est-il de ceux de l’élite ? Que se passera-t-il s’ils deviennent encore plus désespérés alors que leurs plans de rééquilibrage s’effondrent, que leurs économies sombrent, que leurs chaînes d’approvisionnement sont perturbées, que les pénuries se répandent et que l’inflation monte en flèche ? Vont-ils « faire le dos rond » et déclencher un nouveau Lehman Brothers ?

Est-ce le moment pour eux d’abandonner le système bancaire commercial existant au profit d’un système de banque centrale centré sur les monnaies numériques émises par la banque centrale, les applications de paiement remplissant la plupart des fonctions des anciennes banques commerciales ? Est-ce la façon de sécuriser les oligarques ? Il est beaucoup plus facile de bloquer d’éventuelles faillites et crises financières lorsque la BC contrôle une monnaie numérique : elle détermine si le déposant peut ou non puiser dans son portefeuille, elle peut bloquer ou même déduire des fonds de celui-ci, et elle peut autoriser ou interdire des dépenses à partir de celui-ci, en appuyant sur un bouton numérique.

Cela fonctionnera-t-il, ou cela risque-t-il de provoquer un retour de bâton intolérable ? Le moment est-il donc venu de faire diversion ? L’Iran s’approche-t-il du seuil nucléaire (il l’a peut-être déjà atteint) ? La Russie menace-t-elle l’Ukraine ? La Chine se prépare-t-elle à envahir Taïwan ? Il existe une panoplie de possibilités de diversion déjà préparées dans la cuisine narrative et qui peuvent être facilement utilisées en cas de besoin.

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

L’horizon s’éclaircit

Par : Zineb

Le discours de Raïssi constitue un défi particulier pour l’Occident, car il est fondé sur les valeurs de la révolution éthique qui sont à la fois étrangères et incompréhensibles pour cette élite métropolitaine.


Par Alastair Crooke – Le 16 août 2021 – Source Al Mayadeen

Il y a des moments où des lueurs de clarté brillent à travers le brouillard de la guerre narrative. Le discours d’investiture du président Raïssi ce mois-ci a été l’une de ces lueurs d’espoir. L’Iran se repositionne stratégiquement : les années passées à essayer de trouver un modus vivendi avec l’Occident n’ont fait que démontrer aux deux partenaires de cette « liaison » peu romantique qu’une relation n’est tout simplement pas possible. En effet, comme l’a laissé entendre Raïssi, cela a non seulement manqué de couler l’Iran, mais l’a aussi laissé avec une maison en désordre. Raïssi doit d’abord remettre de l’ordre dans sa maison, a-t-il dit, puis ouvrir la diplomatie à un cercle d’interactions plus large et plus diversifié. Les huit dernières années ont été étouffantes. Il faut ouvrir une fenêtre.Shafts of Clarity

Tout cela peut sembler quelque peu banal : une question de réorganisation intérieure. Cela peut donner cette impression, mais ce n’est pas le cas. C’est loin d’être banal. Précédée par le coup d’État de 1953, la révolution de 1979 a été un « os coincé dans la gorge des Américains » ; et la guerre de sept ans avec l’Irak, qui a suivi, n’a pas réussi à déloger cet « os ». Et maintenant, les espoirs américains d’enchaîner l’Iran avec les entraves de fer du JCPOA semblent avoir disparu à l’horizon.

Il s’agit ici du symbolisme plus large de ce moment – et de l’éclairage qu’il renvoie – sur une lacune clé non exprimée : ni les États-Unis, ni « Israël » (et bien sûr l’UE), n’ont la moindre idée d’un plan « B ».

Le caractère symbolique de ce point ne doit cependant pas être occulté par l’absence d’un plan « B » occidental. L’Iran est un « pivot » de la région et un « influenceur » du monde musulman. La Russie à Munich, puis la Chine à Anchorage, se sont lavées les mains de toute tentative de « diplomatie » transactionnelle avec l’Occident. Ce signal iranien d’aliénation – malgré des tentatives répétées – trouve un large écho.

La raison de ce manque de compréhension mutuelle n’est pas difficile à identifier : l’approche sous-jacente, profondément moralisatrice, de l’hyper-libéralisme particulier épousé par les élites occidentales a limité le discours politique à des positions morales simplistes, présentées comme évidentes et jugées moralement impeccables (aux yeux de cette élite métropolitaine).

Aujourd’hui, débattre du pour et du contre de la realpolitik n’est pas loin d’être une entreprise interdite. En effet, les changements dans le paradigme stratégique mondial, ou même les défis plus larges auxquels il est confronté, ne sont pas abordés de manière sérieuse. Car cela exigerait du réalisme et une compréhension stratégique que les leaders d’opinion occidentaux majoritaires rejettent comme défaitiste, voire immorale. Un plan « B » n’a donc jamais été envisagé – tant les élites étaient convaincues que l’Iran devait, bien entendu, choisir de réintégrer l’Ordre occidental.

Le discours de Raïssi constitue un défi particulier pour l’Occident, car il est fondé sur les valeurs de la révolution éthique qui sont à la fois étrangères et incompréhensibles pour cette élite métropolitaine.

Le problème de l’absence de plan « B » (étant donné les capacités de dissuasion de l’Iran) est toutefois crucial. La « guerre de l’ombre » d’Israël, les pressions exercées par les sanctions américaines et ses diverses tentatives de fomenter une « révolution de couleur » ont toutes échoué. Et la « grande guerre » est aujourd’hui au-delà des capacités de chacun. L’Occident en conclura que tout ce qui peut être fait, c’est de renforcer l’application des sanctions et de donner à « Israël » le « feu vert » pour poursuivre son entreprise d’attrition de l’Iran, en dépit de son échec patent.

Voici le dilemme : le repositionnement stratégique de Raïssi ne concerne pas seulement un rééquilibrage vers la Chine et la Russie ; son message était également celui du retour de la République iranienne à l’« indépendance » et à la « résistance » (contre les « puissances tyranniques »). Cela signifie que tout retour d’« Israël » à sa « guerre de l’ombre » contre l’Iran ne sera plus accueilli par une « patience stratégique », mais plutôt par des représailles réciproques calibrées : douleur pour douleur.

Tel est le risque. Un cycle orchestré par les Israéliens d’assassinats ou de sabotages dont ils pourraient nier en être les instigateurs – et auquel l’Iran riposterait – pourrait rapidement dégénérer en guerre.

Bien sûr, l’alternative évidente serait qu’« Israël » négocie une désescalade avec l’Iran. Mais il est peu probable que cela se produise, car l’ancien Premier ministre Netanyahou a poussé « Israël » si loin à droite – à la fois politiquement et culturellement – qu’« Israël » est acculé. Il ne peut plus résoudre la question palestinienne, que ce soit sous la forme de deux ou d’un seul État (après que les Palestiniens de 1948 se soient soulevés pour soutenir le Hamas lors de la récente guerre de Gaza), et encore moins trouver une solution à sa « guerre » avec l’Iran.

Les États-Unis ont un remède facile à proposer : se détourner du Moyen-Orient pour se tourner vers la Chine. Mais que peut faire « Israël » ?

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Alors que l’accord de Vienne s’estompe, l’option militaire est-elle de plus en plus chimérique ?

Par : Zineb

La perspective du JCPOA s’éloignant, l’Occident envisage, comme on pouvait s’y attendre, des options militaires.


Par Alastair Crooke – Le 7 août 2021 – Source Al Mayadeen

Les États-Unis se détournent rapidement du JCPOA. Rob Malley, négociateur en chef américain, a fait part ce week-end de ses doutes croissants quant à la possibilité d’un accord avec l’Iran. Raïssi et sa nouvelle équipe de politique étrangère ont promis d’exiger une « mise en œuvre adéquate » du JCPOA, si les négociations de Vienne reprennent en septembre ou en octobre.As JCPOA Deal Fades, Is the Military Option More a Chimaera?

La perspective du JCPOA s’éloignant, l’Occident envisage, comme on pouvait s’y attendre, des options militaires. Lundi, le ministre israélien de la défense, Gantz, a déclaré qu’« Israël » devait prendre des mesures « dès maintenant » à la suite de l’attaque par drone de la semaine dernière contre un navire exploité par Israël près d’Oman. « Israël », les États-Unis et le Royaume-Uni ont rejeté la faute sur Téhéran, mais l’Iran dément.

L’Establishment américain d’aujourd’hui, cependant, souhaite ardemment laisser derrière lui sa vieille « guerre contre le terrorisme » centrée sur le Moyen-Orient, pour passer à sa nouvelle « menace » flambant neuve : la « concurrence entre grandes puissances » – avec une cible épinglée sur la poitrine de la Chine. Le fait est que les conflits au Moyen-Orient ne suffisent plus à faire sortir un électeur américain de son lit (ces matins-ci), mais que dans un système politique américain radicalement polarisé, la seule chose qui suscite des applaudissements bipartites sur le terrain est de dénigrer la Chine. La Chine est la seule question perçue comme potentiellement capable de rassembler les Américains « en guerre », un jour ou l’autre.

La « grande guerre » est également problématique pour des États-Unis divisés. Ainsi, aujourd’hui, l’Amérique suit une stratégie qui consiste à infliger à ses ennemis une douleur par « milliers de coupures ». Cela semble plus facile et moins coûteux pour les États-Unis. La Chine doit être tourmentée par l’occidentalisation de Taïwan, et simultanément « inculpée » pour ses « abus » au Xinjiang et pour le Covid. La Russie est harcelée à propos d’à peu près tout ce qui se passe sous le soleil, et le bourbier ukrainien est maintenu en ébullition (en cas de besoin pour les États-Unis). Mais ces deux États comprennent que les États-Unis – bien que toujours dangereux – ont perdu leur avantage militaire mondial et sont entrés dans l’entropie politique.

Dans ce contexte, que faut-il penser de l’option militaire à l’égard de l’Iran ? Ici, au Moyen-Orient, les États-Unis et « Israël » ont également perdu leur « avantage militaire », cédant la place à des nuées de missiles intelligents et de drones en essaim. Le Dr Uzi Rubin, fondateur et premier directeur de l’Organisation de défense antimissile d’« Israël » au « ministère israélien de la Défense », écrivait en octobre 2019, au lendemain de « la frappe aérienne la plus dévastatrice » sur la raffinerie d’Abqaiq de Saudi Aramco, que « c’était aussi une attaque surprise ressemblant par son audace, sinon par son ampleur, à l’attaque surprise japonaise de 1941 sur Pearl Harbour ». En un sens, on pourrait se souvenir de septembre 2019 comme du « septembre noir » de l’Arabie saoudite. Il a indiqué qu’« Israël » était également vulnérable à ce type d’attaque.

Si une attaque militaire directe contre l’Iran est problématique en raison des nouvelles capacités de dissuasion de l’Iran de type « Pearl Harbour », et si des représailles occidentales pour l’incident du pétrolier sont également problématiques parce que (comme le note le correspondant israélien pour la défense, Ben Caspit) le « prêté pour rendu » dissimulé du pétrolier – entre « Israël » et l’Iran – se poursuit depuis environ deux ans (avec « Israël » en tête d’environ 12 points, contre 5 pour l’Iran). Le résultat final est qu’« Israël » serait le plus vulnérable dans ce « jeu ».

Quelle sera la prochaine étape ? Une balkanisation américano-israélienne de l’Iran multiethnique pour renverser le gouvernement ? C’est une vieille chimère. Comme l’admet un autre Israélien, Raz Zimmt, vétéran de l’observation de l’Iran par les Forces de défense israéliennes, la « balkanisation de l’Iran » relève probablement du « fantasme ». Les manifestations déclenchées par une grave crise de l’eau dans le Khuzestan, dans le sud-ouest de l’Iran (où les MeK seraient implantés), se sont déroulées principalement dans des zones à majorité arabe. (Les ethnies arabes – principalement chiites – représentent environ un tiers de la population de la province).

La réalité, écrit Raz Zimmt, est que l’Iran existe en tant qu’État civilisationnel distinct depuis des siècles, et que le degré d’intégration des minorités au sein de la société iranienne réduit considérablement le risque pour la cohésion nationale de l’Iran.

Par exemple, les Arabes vivant en Iran sont majoritairement chiites, ce qui renforce leur attachement à un pôle civilisationnel chiite et a grandement déjoué les efforts visant à mobiliser leur soutien pendant la guerre Iran-Irak. Des membres de minorités ethniques ont également occupé des postes à responsabilité au fil des ans, notamment le guide suprême Khamenei (à moitié azéri du côté de son père).

Les dirigeants israéliens se sont réjouis de l’intention de la Grande-Bretagne de déployer des forces spéciales contre les auteurs présumés de l’attaque du navire Mercer par un drone, mais ils s’inquiètent également de l’isolement potentiel d’« Israël », alors que les États-Unis tentent de se retirer de la région et que l’évolution négative du sentiment à l’égard d’« Israël » handicape son influence sur la politique intérieure américaine. D’un point de vue réaliste, que peut faire « Israël » ?

La plus grande préoccupation d’« Israël » est ce qu’il appelle le « projet de précision » : l’arsenal de missiles de précision du Hezbollah qui est considéré par « Israël » comme un « briseur d’égalité » stratégique, transformant le Hezbollah en une force capable de paralyser « Israël » pendant une période substantielle, en cas d’affrontement militaire. Et une confrontation avec le Hezbollah, en soi, pourrait déclencher une guerre sur plusieurs fronts. Le Premier ministre Bennett prendra-t-il ce risque ? Rappelons qu’il était le commandant d’artillerie qui a été sanctionné pour avoir ordonné en 1996 des tirs d’artillerie provoquant le massacre de Kufr Kana au Liban, tuant 102 civils et un certain nombre de fonctionnaires des Nations unies. Peut-être l’ancienne blessure est-elle encore présente ?

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Et si l’Afghanistan était plus qu’une simple guerre ratée ?

Par : Zineb

Par Tom Luongo – Le 16 août 2021 – Source Gold Goats ‘n Guns

L’empire américain est en chute libre. Bien. L’Afghanistan est retourné au contrôle nativiste comme prévu. Les « gardiens de chèvres » restent invaincus. La rapidité de la prise de pouvoir par les talibans ne me surprend pas, car le travail préparatoire était en cours depuis des années.

Seul le département d’État américain, sous la direction de Mike Pompeo et maintenant d’Antony Blinken, s’y est opposé. Si vous êtes en colère ce matin, vous pouvez remercier les diplomates russes qui ont lancé ce processus en décembre 2016 en ouvrant le dialogue entre les talibans et les puissances asiatiques, le Pakistan menant les discussions.

Je ne peux pas dire que je verse des larmes ici, sauf pour toutes les pertes des deux côtés. La guerre n’est jamais juste.

Donc, bien que je sois heureux de voir cette fin, je suis également triste de voir cette fin pour ce qu’elle est, un acte planifié de vandalisme géopolitique par l’administration Biden Obama pour assurer un effondrement complet du système politique américain.

Nous sommes en train d’être liquidés par la bande du Davos au moment précis où leur Grand Reset est le plus vulnérable.

20 ans comme esclave de guerre

Pendant 20 ans, nous, les libertariens, avons prévenu que ce jour viendrait et maintenant il est là. Vaut-il mieux tard que jamais ?

Je pense que cette question n’est pas pertinente. Les coûts sont incalculables. Ils le sont toujours.

Vous entendrez beaucoup d’absurdités utilitaires sur les 2 200 milliards de dollars, etc. Ce que vous ne voyez pas, comme nous le rappelle Henry Hazlitt, ce sont les coûts réels – les opportunités perdues, les vies afghanes et américaines perdues, la bureaucratie renforcée, le capital détourné du travail productif – qui découlent de la poursuite d’une guerre sans fin pour une démocratie impossible.

Avant l’Afghanistan, y avait-il un département de la sécurité intérieure ? Le Patriot Act ? La loi sur les commissions militaires ? Une guerre globale contre le terrorisme ?

Font-ils partie de ces 2 200 milliards de dollars ? Non. Ils n’en font pas partie. Et pourtant nous les avons payés quand même.

Ce n’est pas comme si l’Amérique ne combattait pas déjà une série de guerres idéologiques ingagnables (drogues, pauvreté, démocratie, individualisme) dans la poursuite de l’idéal néoconservateur/néolibéral d’« exceptionnalisme » qui a été vendu à un trop grand nombre d’entre nous comme un chemin vers un monde sans péché. Malheureusement, trop de gens y ont cru par loyauté envers un gouvernement qui ne peut rien faire d’autre que mentir.

Ces péchés se reflètent dans la génération d’hommes et de femmes qui ont fait la mauvaise guerre pour les bonnes raisons, en servant leur pays et leur famille. Le cœur de chacun devrait se serrer devant l’énormité des pertes subies par tous.

Nous sommes tous plus appauvris aujourd’hui physiquement, moralement et spirituellement à cause de cette guerre.

Le regretté Justin Raimondo a passé sa vie à nous mettre en garde contre cela :

Raimondo m’a appris à comprendre que la politique étrangère est une guerre menée par d’autres moyens, et que c’était la partie la plus importante de notre politique nationale. L’orthodoxie de la politique étrangère ne peut jamais être remise en question dans la sphère publique.

Elle est verboten.

Parce que c’est ce qui conduit l’Empire et tous les avantages qui en découlent pour ceux qui en ont la charge.

Pendant une génération, nous avons envoyé des jeunes hommes et des jeunes femmes dans un broyeur à viande sans autre raison réelle que de protéger le commerce de l’opium de la CIA et d’avoir des troupes prêtes à attaquer l’Iran si les bonnes circonstances se présentaient.

Et ceux qui l’ont fait ont prouvé qu’ils n’ont plus jamais le droit de parler de ce sujet. Ce sont eux les méchants ici.

Chaque fois que j’enlève mes chaussures et que je me fais scanner à l’aéroport, je me souviens de cet échec lamentable, non pas d’une politique, mais d’une philosophie fondamentale de gouvernement. Nous, les Américains (oui, même les libertariens qui ont mis en garde tout le monde à ce sujet), sommes coupables des échecs non seulement en Afghanistan, mais aussi dans tous les autres endroits où nous faisons pression sur l’Iran et, par extension, sur la Russie pour qu’ils se soumettent.

Pour quelle raison ? Une théorie géopolitique désuète sur le monde – la théorie de Mackinder du Heartland – à laquelle les personnes au pouvoir s’accrochent comme Linus à sa couverture pour justifier leur soif de sang et leur avarice ?

Il est temps de cesser ces enfantillages et de retourner dans nos quartiers, nos maisons.

Je me réjouis de l’effondrement mimétique de millions de personnes au centre du spectre politique américain. Ils posent la bonne question, « Au nom de Dieu, à quoi bon tout ça à la fin ? »

La foule anti-interventionniste dont je suis fier de faire partie se réjouit en ce moment, mais ce n’est pas le moment de jubiler.

C’est le moment de prouver que vous compatissez à nos pertes afin que personne ne doive mourir à nouveau pour une cause aussi ignoble qu’un pipeline ou la démocratie. Que l’envie de se battre pour sa famille, son pays est noble mais que cette noblesse s’arrête au rivage. Le message maintenant est que nous voulons ce que vous voulez, reconstruire les liens de la société civile que ces scélérats ont bombardé sans remords ; ces scélérats qui ont jeté et étripé vos enfants sur l’autel de leur malveillance.

Vous pouvez commencer par vous souvenir de ces 2 minutes de Ron Paul en 2009.

Ron Paul’s #WhatIf speech. pic.twitter.com/1K0ZpYFGsu

— Being Libertarian (@beinlibertarian) August 15, 2021

Discours devant la Chambre des représentants des États-Unis, 12/02/09 : « Et si notre politique étrangère du siècle dernier était profondément viciée et ne servait pas les intérêts de notre sécurité nationale ? Et si nous nous réveillions un jour et réalisions que la menace terroriste est une conséquence prévisible de notre ingérence dans les affaires des autres ? Et n’a rien à voir avec le fait que nous soyons libres et prospères. Et si soutenir des régimes répressifs au Moyen-Orient mettait en danger à la fois les États-Unis et Israël ? Et si l’occupation de pays comme l’Irak et l’Afghanistan – et le bombardement du Pakistan – était directement liée à la haine dont nous sommes l’objet ? Et si, un jour, nous nous rendions compte que la perte de plus de 5 000 militaires américains au Moyen-Orient depuis le 11 septembre n’est pas une contrepartie équitable à la perte de près de 3 000 citoyens américains ? Et si l’on réalisait enfin que la guerre et les dépenses militaires sont toujours destructrices pour l’économie ? Et si toutes les dépenses de guerre étaient payées par le processus trompeur et maléfique de l’inflation et de l’emprunt ? Et si l’on se rendait enfin compte que les périodes de guerre portent toujours atteinte à la liberté individuelle ? Et si les conservateurs, qui prêchent un petit gouvernement, se réveillaient et réalisaient que notre politique étrangère interventionniste fournit la plus grande incitation à étendre le gouvernement ? Et si le peuple américain se réveillait et comprenait que les raisons officielles d’entrer en guerre sont presque toujours basées sur des mensonges et promues par la propagande de guerre afin de servir des intérêts particuliers ? Et si, en tant que nation, nous prenions conscience que la conquête d’un empire finit par détruire toutes les grandes nations ? Et si le peuple américain apprenait la vérité : que notre politique étrangère n’a rien à voir avec la sécurité nationale et qu’elle ne change jamais d’une administration à l’autre ? Et si la guerre et la préparation à la guerre n’étaient qu’un racket au service d’intérêts particuliers ? Et si le président Obama se trompait complètement sur l’Afghanistan et que ce pays s’avérait pire que l’Irak et le Vietnam réunis ? Et si le christianisme enseignait réellement la paix et non les guerres d’agression préventives ? Que se passerait-il si mes inquiétudes sont totalement infondées – rien ! Que se passerait-il si mes inquiétudes sont justifiées et ignorées – rien de bon ! »

Le retour du roi tribal

C’est la première leçon de cet échec en Afghanistan qui met tout le monde en état de choc.

Les humains sont fidèles à leurs tribus.

Nous avons passé 20 ans à construire un gouvernement et une occupation militaire par la destruction, les bombardements et les pots-de-vin dans le but de saper la structure tribale de l’Afghanistan.

Il n’en reste pas une miette. Et pourtant, après 20 ans de propagande disant que ça marchait, nous sommes choqués au moment où nous annonçons que nous laissons ces mêmes personnes, qui ne nous ont jamais aimés, retourner à leurs racines tribales ?

Aucune quantité de violence ne crée cela. En fait, elle ne fait que durcir ce qui est déjà là. Les vagues notions de démocratie et de droits des femmes ne sont pas convaincantes.

Si ce que nous avions proposé au peuple afghan était ce qu’il voulait, il n’aurait pas fallu 20 ans pour le construire. Comme toujours, les néoconservateurs avaient tort. La preuve en est l’effondrement de tout l’édifice en 72 heures.

Les crétins au pouvoir ne pouvaient pas croire que les gardiens de chèvres allaient lire les feuilles de thé et prêter allégeance au groupe le plus puissant, les talibans ?

C’est pourquoi je n’ai pas été surpris par la rapidité de l’effondrement du gouvernement afghan et de son armée forte de 300 000 hommes.

Ils ont pris notre argent et l’ont utilisé pour survivre à l’occupation.

L’histoire regorge d’exemples de vice-rois rapidement déposés après l’effondrement de leur règne.

J’espère que les talibans tiendront les promesses faites aux Russes lors des pourparlers de Moscou en juillet. Si c’est le cas, la période chaotique sera aussi brève qu’elle peut l’être. L’effusion de sang supplémentaire sera minimisée et quelque chose de proche de l’ordre pourra émerger. Nous devrions tous nous réjouir de cela.

Lorsque vous poussez un peuple au bord de l’extinction, lorsque vous le forcez à revenir aux unités de base de la communauté, dans l’exemple de l’Afghanistan, son identité tribale, vous trouvez la limite vers laquelle ils se replieront.

Ayant perdu tout le reste, ils se battront toujours, et sans faillir, jusqu’à la mort pour leur famille. Pourquoi s’attendre à autre chose ? Vous ne le feriez pas ? Rien d’autre ne compte si ce n’est votre famille.

C’est pourquoi tous ceux qui sont allés en Afghanistan au cours des 150 dernières années ont échoué. Seuls l’orgueil démesuré et le solipsisme qui découle d’un pouvoir perçu comme illimité peuvent faire entendre une autre rengaine.

Les personnes qui ont constitué l’« armée » afghane ont été confrontées à un choix réel : se battre pour quelque chose envers laquelle elles n’avaient aucune loyauté ou se soumettre aux talibans, qui considèrent maintenant cela comme la victoire ultime sur l’Occident.

Le chemin pour sortir du servage

Ce même choix nous est rapidement proposé ici en Amérique, voire dans tout l’Occident. Nous sommes gouvernés par des apatrides et des occupants étrangers. Il y a un vice-roi qui se sporifie à la Maison Blanche. Il y a des pilleurs et des vandales qui se déchaînent sur Main Street, K Street et Wall Street.

Les tribunaux ont peur, détruisant l’état de droit, tandis que le Congrès est à court d’argent pour nous corrompre.

Et pourtant, nous avons l’impression d’avoir très peu d’amis ou même d’alliés temporaires. Mais nous avons également assisté à une vague massive de contre-mesures de la part de ceux qui croient encore en des notions aussi désuètes que la famille, la communauté et, oui, la tribu.

Dans mon dernier article, je disais qu’il était temps de s’attaquer à la source de la confiance. Non pas la confiance dans les valeurs de nos institutions, mais notre confiance dans ceux qui gèrent ces institutions.

L’effondrement de notre aventure en Afghanistan est censé nous faire profondément honte et nous humilier. Les vandales de D.C. gloussent de leur version du Collapsitarisme.

C’est ce qu’ils ont fait.

Les médias qui ont été leurs sténographes et nos ennemis ont été plongés dans un silence rare, certains nous implorant même d’autocensurer les images de leurs échecs.

La colère liée à cet effondrement est en train de s’installer chez des millions de personnes.

Mais nous devons rapidement dépasser cette honte. Nous devons maintenant faire preuve d’humilité, ce qui était l’éthique de l’Amérique d’avant l’Empire, et réaliser qui étaient les architectes de cette situation et les exclure du discours public. Ils n’ont plus le droit de parler dans des salles sacrées et de faire des incantations de mort et de destruction, en les maquillant en cause juste.

Ils n’ont plus le droit d’embobiner avec des éléments de langage préparés aussi pathétiques que trompeurs.

De : Bureau de presse du Président <Speaker.PressOffice@mail.house.gov>
Envoyé : lundi 16 août 2021 12:06 PM
Objet : Points de discussion de la Maison Blanche sur l'Afghanistan

Points de discussion de la Maison Blanche sur l'Afghanistan

POINTS CLES :
Le Président ne souhaitait pas entrer dans une troisième décennie de conflit et envoyer des milliers de soldats supplémentaires pour combattre dans une guerre civile que l'Afghanistan ne voulait pas mener par lui-même.

Il est clair, au vu des dernières semaines, que cela aurait été nécessaire - plus de troupes pour une durée indéterminée.

L'administration savait qu'il y avait une forte possibilité que Kaboul tombe aux mains des talibans.

Ce n'était pas une fatalité. C'était une possibilité.

Le président américain a déclaré en juillet que l'armée afghane avait la capacité de combattre les talibans. Mais ils devaient faire preuve de volonté. Malheureusement, cette volonté ne s'est pas matérialisée.

L'administration a prévu toutes les possibilités. Nous avions des plans pour parer à toute éventualité, y compris une chute rapide de Kaboul. C'est pourquoi nous avions des troupes prépositionnées dans la région pour se déployer comme elles l'ont fait.

Nous nous concentrons sur l'évacuation en toute sécurité du personnel de l'ambassade des États-Unis, des citoyens américains, des candidats aux visas spéciaux pour immigrants et de leurs familles, ainsi que des Afghans visés. Nous avons déployé 6 000 militaires américains en Afghanistan pour sécuriser l'aéroport et faire en sorte que les vols d'évacuation, ainsi que les vols commerciaux et les charters, puissent partir en toute sécurité.

Mais une guerre indéfinie était et reste inacceptable pour le Président.

DEMANDEURS DE VISAS SPECIAUX POUR IMMIGRANTS
L'administration a déployé 6 000 militaires américains en Afghanistan pour sécuriser l'aéroport et faire en sorte que les vols d'évacuation, ainsi que les vols commerciaux et les charters, puissent partir en toute sécurité.

Le président Miley et le secrétaire Austin travaillent à rétablir l'ordre à l'aéroport pour que ces vols puissent avoir lieu.

Beaucoup ont demandé pourquoi nous n'avons pas évacué plus de civils afghans, plus tôt. Une partie de la réponse est que beaucoup ne voulaient pas partir plus tôt : de nombreux Afghans à qui nous avons donné des visas pour venir aux États-Unis ont choisi de rester dans leur pays, toujours plein d'espoir.

Près de 2000 candidats aux visas spéciaux pour immigrants et leurs familles se trouvent aux États-Unis, et l'administration est prête à évacuer des milliers de citoyens américains, de candidats aux visas spéciaux pour immigrants et d'Afghans ciblés.

S'AGISSAIT-IL D'UN ECHEC DES SERVICES DE RENSEIGNEMENT :

Voici ce que le président n'était pas prêt à faire : entrer dans une troisième décennie de conflit et envoyer des milliers de troupes supplémentaires pour combattre dans une guerre civile que l'Afghanistan ne voulait pas mener pour lui-même.

Lorsque Trump a conclu l'accord de Doha, il y avait 13 000 soldats en Afghanistan. Lorsque le président américain a pris ses fonctions, il avait réduit le nombre de troupes à 2 500. Il est clair, au vu des dernières semaines, que cela aurait été nécessaire.

Le président n'était pas disposé à renvoyer des hommes et des femmes américains en Afghanistan pour une guerre indéfinie.

CONTRE-TERRORISME

Les États-Unis sont confrontés à des menaces terroristes dans des pays du monde entier, notamment en Syrie, en Libye et au Yémen. Nous n'avons pas de troupes sur le terrain dans ces pays. Nous avons des capacités de contre-terrorisme à distance. Et c'est ce que nous ferons en Afghanistan : prévenir, détecter et perturber les menaces terroristes grâce à nos capacités d’action à distance.

Et nous demanderons des comptes aux talibans pour qu'ils ne créent pas de havre de paix pour Al-Qaïda. S'ils le font, ils en subiront les conséquences.

Parce que si nous faisons cela, alors ceux qui appliquent le chaos du vice-roi seront également confrontés à un choix brutal. Je leur demande ouvertement, « Est-ce que c’est ça l’ordre ? »

Est-ce pour protéger cela que vous êtes prêts à mourir ?

Le changement arrive. Vous pouvez en faire partie ou courir vers les aéroports avec votre masque et votre QR code vaccinal à portée de main. Le Davos a essayé de briser notre esprit en brisant nos familles et nos tribus.

Ils nous font nous battre entre nous pendant qu’ils essaient de faire la pluie et le beau temps avec le vaccin contre la grippe. Nous nous croyons supérieurs à ces gardiens de chèvres afghans. Mais ils ont toujours leur identité.

Et maintenant ils ont récupéré leur pays.

J’ai gardé des chèvres, c’est un travail difficile. Bien plus dur que le travail que la plupart des Américains font aujourd’hui. Alors, rangez l’exceptionnalisme, éloignez-vous des ombres projetées sur le mur de la caverne et reconnectez-vous avec la lumière de la réalité.

Il y a deux semaines, j’ai imploré les forces de l’ordre de voir les choses telles qu’elles étaient et de se rappeler qui elles protègent et servent.

Vous avez maintenant l’occasion de nous prouver, en ces temps difficiles, que vous êtes nos amis et non les ennemis de la société civile. Vous avez l’opportunité d’aider à restaurer un véritable ordre. Ne faites pas les mêmes erreurs que nos soldats et leurs familles, en sacrifiant vos vies pour des gens qui vous méprisent.

Les guerres, sous toutes leurs formes, sont des rackets.

Car la grande révélation en Afghanistan, c’est que ce qui s’est passé là-bas peut arriver ici, rapidement. Ces gardiens de chèvres viennent de nous montrer comment vaincre un Empire à l’étranger. Maintenant il est temps de vaincre l’empire à l’intérieur.

Tom Luongo

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

L’échange de missiles narratifs intelligents pulvérise les critiques

Par : Zineb

Les narrations sont devenues des missiles de croisière intelligents : dites « l’Iran n’est pas une menace pour l’Amérique » ; dites « les Etats-Unis devraient cesser de recevoir des instructions de l’AIPAC » – et un missile narratif tombera du ciel, vous pulvérisant.


Par Alastair Crooke – Le 26 juillet 2021 – Source Al Mayadeen

Vieux, absurdes et inadaptés – comment décrire autrement les récits de politique étrangère de l’Amérique en ce qui concerne le Russiagate, mais plus particulièrement l’Iran ? Les ambitions nucléaires de l’Iran constituent une « menace » ; l’Iran est un « acteur malveillant », qui sape l’ordre fondé sur des règles, et sa nature est faite de « tromperie et de mensonge ».

Exchange of Smart Narrative Missiles Vaporizes Criticism

Pourtant, l’équipe Biden souhaite un accord avec Téhéran.

Il existe une contradiction évidente entre la narration américaine et l’intérêt actuel des États-Unis à s’engager avec l’Iran. Alors pourquoi Washington s’en tient-il à ces narrations qui sont si manifestement inadaptées ? Pourquoi tout est figé sur des récits anciens et absurdes de l’ère Obama, établis par des faucons néoconservateurs ? Ils entravent la marge de manœuvre de l’Amérique.

Le journaliste américain Matt Taibbi donne une réponse : les États-Unis sont enfermés dans un échange intérieur mortel de « missiles » narratifs intelligents ; l’argumentation ou la stratégie rationnelles sont « exclues ». Quiconque sort la tête de la « tranchée narrative » sera éliminé. La sécurité est dans le récit.

Taibbi écrit :

Voici ce que nous faisons maintenant, au lieu d’argumenter : nous lançons des termes comme « suprémaciste blanc », « transphobe », « théoricien du complot » et « fasciste », sachant que si les mots collent, ils mènent à des résultats : boycotts, licenciements, retrait des plateformes Internet, etc. Lorsque [une personnalité éminente est comparée – disons – à] Alex Jones, ils le font, sachant que Jones a été expulsé d’Internet – c’est donc une façon pas si subtile de voter pour ce même résultat.

C’est devenu notre style d’argumentation politique : asséner à quelqu’un une accusation à laquelle on ne peut pas répondre, puis, comme le dirait Lyndon Johnson, « faire en sorte que ce fils de pute la nie ».

C’est pourquoi tant d’efforts ont été déployés pour dénoncer l' »anxiété économique » comme un « code » pour le racisme, pourquoi Hillary Clinton a accusé Jill Stein et Tulsi Gabbard d’être des agents étrangers… Ce sont toutes des stratégies de préparation au débat. Lorsque Clinton s’en est pris à Gabbard, nous avons cessé de discuter pour savoir si l’intervention militaire en Syrie était une bonne idée ou non, et nous sommes passés à un débat pour savoir si Gabbard était complice d’un génocide. Dès le début, les détracteurs du Russiagate ont dû déterminer leur degré de motivation car ils allaient être accusés de soutenir Poutine ou Trump… Jusqu’où êtes-vous prêt à aller ? Combien pouvez-vous vous permettre d’en prendre ?

C’est devenu la norme, surtout dans la politique du parti Démocrate (mais aussi plus récemment du côté Républicain), d’embrasser cette forme maximaliste de débat au motif qu’elle fonctionne. Le retrait des plates-formes fonctionne, les boycotts fonctionnent, la honte fonctionne. Les deux partis l’ont fait, et le font encore aujourd’hui, sous une forme exacerbée : les Républicains de l’ère Bush parlaient du libéralisme comme d’un « trouble mental », voire d’une « trahison ». Aujourd’hui, les Républicains sont considérés comme la première « menace pour la sécurité nationale de la démocratie américaine ». Cette polarisation radicale n’inclut volontairement aucune vision pour l’autre moitié de l’Amérique – sauf une abjuration digne d’un autodafé, ou une carrière menée au bûcher.

La version la plus puissante, qui prévaut aujourd’hui chez les Démocrates, cherche à mettre en place une politique de non-engagement woke (ou d’annulation) – avec un bâton « raciste »/suprémaciste/« autre » privilégié, en utilisant des outils supplémentaires tels que la censure des plateformes et la surveillance nationale.

Les narrations sont devenues des missiles de croisière intelligents : dites « l’Iran n’est pas une menace pour l’Amérique » ; dites « les États-Unis devraient cesser de recevoir des instructions de l’AIPAC«  – et un missile narratif tombera du ciel, vous pulvérisant.

« L’Iran peut se plier aux exigences de négociation des États-Unis ; l’Iran peut se conformer au JCPOA ; il peut se soumettre aux inspections renforcées de l’AIEA«   – rien ne changera. Le discours restera verrouillé. L’Iran restera une « menace ».

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Les talibans d’aujourd’hui pourraient être véritablement « nouveaux » , et ce changement pourrait transformer le Moyen-Orient

Par : Zineb

Plus important encore, plutôt que d’avoir une perspective limitée à l’étroit territoire de Kandahar, les nouveaux jeunes dirigeants talibans veulent jouer le « Grand Jeu » stratégique.


Par Alastair Crooke – Le 20 juillet 2021 – Source Al Mayadeen

Une brise subtile souffle ; il est trop tôt pour l’appeler « un vent ». Mais un changement frappant s’est produit – et se produit encore. Est-ce suffisant ? Nous devrions être prudents, à juste titre ; cependant, les talibans que j’ai connus, lorsqu’ils ont commencé à se regrouper – une idée du général Hamid Gul des services de renseignement pakistanais – ne sont pas les talibans d’aujourd’hui. Peut-être devons-nous, nous aussi, éviter de nous enfermer dans des récits éculés. Suhail Shaheen, leur porte-parole, l’a fait remarquer en déplorant la « propagande lancée contre nous », et en laissant entendre que le monde devrait admettre que les talibans ont effectivement changé.Today’s Taliban May Be Truly ‘New’, and the Shift Could Transform the Middle East

Plusieurs de ces changements sont à couper le souffle : les talibans étaient un mouvement revanchard pachtoune étriqué, entièrement paralysé par une loi tribale rigide, et influencé par le salafisme saoudien et l’islamisme pakistanais intolérants.

Que voyons-nous aujourd’hui ? Les talibans s’engagent dans une vaste diplomatie avec l’Iran. Téhéran, semble-t-il, n’est plus un apostat, ni un ennemi idéologique et théologique. Les talibans cherchent désormais à intégrer l’Iran dans leurs intérêts stratégiques plus larges. Et plus extraordinaire encore, les Hazaras chiites afghans – à l’origine massacrés et affreusement réprimés par les talibans – sont désormais une composante des talibans ! Il existe également des « talibans tadjiks », alors qu’auparavant, les talibans étaient les ennemis jurés des forces du nord (principalement tadjikes) d’Ahmad Shah Massoud. Les talibans d’aujourd’hui ne sont plus un simple instrument de l’hégémonie pachtoune – peut-être jusqu’à 30 % d’entre eux sont tadjiks, ouzbeks ou hazaras. En d’autres termes, la graine de l’inclusion est déjà plantée.

Plus important encore, au lieu d’avoir une vision étriquée limitée à l’étroit territoire de Kandahar, les nouveaux jeunes dirigeants talibans veulent jouer le « Grand Jeu » stratégique. Leur vision s’est élargie. Ils le disent, de manière très ferme, à Moscou et à Téhéran : ils seront inclusifs, ils essaieront d’éviter les grandes effusions de sang et ils considèrent Moscou et Téhéran comme des médiateurs pour une nouvelle configuration afghane. Et il y a autre chose : l’Arabie saoudite et le Pakistan contrôlaient autrefois le robinet à fric. Maintenant, c’est la Chine. Depuis plusieurs années maintenant, les talibans cultivent la Chine – et la Chine cultive les talibans.

Mais nous devons garder les pieds sur terre. Les talibans ne sont pas autonomes. L’Inde et le Pakistan pèsent sur eux, et les narco-gangs (héritage des tentatives irréfléchies de la CIA d’acheter d’éminents chefs de guerre afghans) peuvent jouer les trouble-fête.

La question qui se pose ici – hormis les mises en garde ci-dessus – est de savoir si cela est suffisant. Suffisant pour quoi ? Suffisant pour que les États-Unis quittent la région, bien sûr. Il y a ici, une inhabituelle constellation d’intérêts importants. Tous les principaux acteurs veulent que les États-Unis quittent la région.

Ce n’est pas de la haute science géostratégique que de comprendre que le retrait américain de l’Irak et de la Syrie dépendra de ce qui se passe en Afghanistan. S’il y a un désordre monstrueux après le 31 août, d’autres retraits américains de la région deviendront beaucoup plus problématiques en raison de l’opposition intérieure américaine. Il est dans l’intérêt des talibans – tout comme de la Russie, de l’Iran et de la Chine – que l’Afghanistan n’humilie pas Biden en sombrant dans une (très possible) guerre civile sanglante.

Une « demande » difficile, mais comme le souligne Pepe Escobar, les poids lourds de l’Organisation de Coopération de Shanghaï, la Chine et la Russie, seront rejoints le 14 juillet à Douchanbé par les quatre « stans » d’Asie centrale, plus l’Inde et le Pakistan (l’Afghanistan et l’Iran participent en tant qu’observateurs).

Wang Yi et Lavrov diront probablement au ministre des affaires étrangères de Ghani, « en termes très clairs, qu’il doit y avoir un accord de réconciliation nationale, sans interférence américaine, et que cet accord doit inclure la fin de la filière opium-héroïne ». (La Russie a déjà obtenu des talibans la promesse ferme de ne pas laisser le jihadisme s’envenimer. La finalité : des tonnes d’investissements productifs, l’Afghanistan est incorporé à la Nouvelle route de la soie et – plus tard – à l’Union économique eurasiatique (UEEA).

Pourquoi les talibans devraient-ils accepter ? Eh bien, ils peuvent être les facilitateurs d’un retrait américain plus important (ou, les « gâcheurs »). Mais, s’ils sont patients – et acceptent d’attendre que l’attention des États-Unis se soit déplacée – ils peuvent permettre à Ghani de tomber quelques mois plus tard – en temps voulu. Les talibans pourraient alors prétendre être l’avant-garde d’un nouvel islamisme sunnite plus sophistiqué et plus inclusif, aligné sur un grand projet d’infrastructure de la Nouvelle route de la soie.

Comment cela est-il arrivé ? Le professeur Rabbani sourit peut-être de sa tombe. Il semble que les « nouveaux » talibans aient pris les vêtements politiques du leader tadjik.

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Le carcan du non sens de la narration occidentale

Par : Zineb

Les récits de Biden resteront des fantasmes, qui ne peuvent être mis en œuvre dans la réalité. En d’autres termes, ils ne peuvent être mis en œuvre sans déclencher une guerre majeure au Moyen-Orient – une guerre qui menacerait l’existence même d’ « Israël ».


Par Alastair Crooke – Le 13 juillet 2021 – Source Al Mayadeen


Lorsque le président israélien sortant a rencontré Biden dans le bureau ovale le mois dernier, tous les « récits porteurs » de l’Establishment mondial étaient exposés : l’« ordre mondial » imposé par les États-Unis, le renforcement de l’alliance arabe anti-iranienne, le blocage de la poussée nucléaire iranienne, l’arrêt du développement de l’arsenal militaire iranien – et l’Iran « ne réussira jamais à se doter d’une arme nucléaire sous « mon » mandat (c’est-à-dire celui de Biden) » .The Shackle of Western Non-meaningful Narrative

Cela semble difficile. Cela résonne chez nous, comme si les États-Unis dirigeaient le monde « depuis le front ». Mais tout cela, ce n’est que du bruit, car l’équipe Biden ne peut, en fait, mettre en œuvre aucun de ces récits. Ils restent des fantasmes, qui ne peuvent être mis en pratique dans la réalité : c’est-à-dire qu’ils ne peuvent pas être mis en œuvre sans déclencher une guerre majeure au Moyen-Orient – une guerre qui menacerait l’existence même d’« Israël ».

L’ordre mondial s’est effondré et ses « valeurs » n’appellent plus d’émulation ; l’Iran ne peut plus être forcé à entrer dans une « boîte de restriction nucléaire » – et comment Biden pourrait-il garantir (sans une guerre régionale majeure) qu’il n’y aura pas d’« arme » iranienne durant sa présidence ? Il en va de même pour les autres enjeux régionaux : les États-Unis vont « donner le coup d’envoi » d’une solution à deux États pour les Palestiniens, et Assad doit être tenu pour responsable du « massacre de son propre peuple ».

Comment Biden garantirait-il un État palestinien ? Et, au-delà de la transformation de la Syrie en un désert de fumée, comment va-t-il forcer les Syriens à abandonner leur dirigeant ?

Nous touchons là au cœur du dilemme du Moyen-Orient : la région s’est transformée au cours des quatre dernières années ; le monde prend de nouvelles directions, mais rien de tout cela ne peut être abordé – aucune de ces vérités n’est directement « regardée dans les yeux » dans le discours occidental, en raison du caractère sacré de ces schibboleths éculés. Et puisqu’il est impossible d’en parler, ou d’y réfléchir de manière critique en Occident, la capacité de la région à aller de l’avant est gravement atténuée.

Voici le problème : lorsque l’Establishment a finalement évincé Trump – et que sa « nouvelle normalité » a été proclamée – nous (le monde) étions déjà complètement déboussolés en vivant une réalité dans laquelle les faits n’avaient plus aucune importance, où des choses qui ne se sont jamais produites ont néanmoins eu lieu officiellement. Et d’autres choses qui se sont évidemment produites, ne se sont jamais produites – pas officiellement, du moins. Il s’est avéré que ces dernières n’étaient pas fondées sur la « science », et qu’elles méritaient donc d’être condamnées comme étant de l’extrémisme de droite, des théories du complot, des « fake news » ou autre chose, bien que les gens sachent qu’elles ne sont pas fausses. Et ils pouvaient le voir.

Il ressort clairement du récit de Biden que « ses maîtres » ne veulent absolument pas réfléchir aux nouvelles réalités stratégiques de la région, ni les aborder. Ils n’ont que faire d’un examen approfondi de ces nouvelles circonstances. Ils veulent, au contraire, aller dans la direction opposée à la pureté épistémologique. Ils cherchent à générer un grand nombre de réalités contradictoires, c’est-à-dire non seulement des idéologies contradictoires, mais aussi des réalités qui s’excluent mutuellement, qui ne peuvent pas exister simultanément et qui, bien sûr, ne servent qu’à embrouiller davantage les gens.

L’objectif est de « dévaloriser » toutes les valeurs nationales restantes, d’affaiblir la cohésion nationale – car son objectif logique n’est pas de créer une nouvelle idéologie ou un nouveau récit (il n’en a pas besoin), mais plutôt de prolonger un ordre unique, mondial et mercantile.

Bien sûr, même la Maison Blanche a toujours besoin de son « récit ». Mais le but, ici, de tout récit de l’Establishment, est de tracer une ligne Maginot, une frontière idéologique défensive, entre « la vérité » telle que définie par les classes dirigeantes et toute autre « vérité » qui contredit leur propre récit.

Les « classes dirigeantes » accréditées (telles que celles qui dirigent Bruxelles et travaillent au Congrès) savent que leur succès dans le monde est, en grande partie, le fruit de leur enthousiasme pour les récits officiels. Et leur espoir collectif est que l’adoption du « récit correct » leur assure un espace sûr et durable. D’un côté de cette « ligne Maginot », il y a donc la sécurité et un certain avancement, mais de l’autre côté, il y a la stigmatisation sociale et professionnelle, et la fin d’une carrière.

C’est là que réside le nœud du problème. Le Moyen-Orient (comme d’autres régions) est prisonnier de ce carcan de récits délibérément absurdes. Jusqu’à ce que le méta-récit d’un ordre mondial, soutenu par les « muscles » américains – et le récit subordonné d’un « avantage » israélien garanti sur le monde musulman, se fracture enfin, la région semble condamnée à une crise durable.

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

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