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Voici la raison pour laquelle l’Australie a annulé son contrat d’achat de sous-marins français

Par : Wayan

Pour se protéger de l’hostilité des États-Unis.


Par Moon of Alabama – Le 16 septembre 2021

Hier, les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie ont annoncé que ce dernier pays achèterait des sous-marins à propulsion nucléaire pour défendre les intérêts des États-Unis contre la Chine :

La prochaine flotte de sous-marins de l'Australie sera à propulsion nucléaire dans le cadre d'un plan audacieux qui mettra au rebut un programme controversé de 90 milliards de dollars visant à construire jusqu'à 12 sous-marins de conception française.

Selon ABC, l'Australie utilisera des technologies américaines et britanniques pour configurer sa prochaine flotte de sous-marins dans le but de remplacer ses sous-marins actuels de classe Collins par d’autres plus adapté à la détérioration de l'environnement stratégique.

Il s’agit d’une victoire énorme mais à court terme pour les États-Unis, avec un prix de consolation pour la Grande-Bretagne et une perte stratégique de souveraineté et de contrôle budgétaire pour l’Australie.

Il s’agit aussi d’une nouvelle gifle des États-Unis à la France et à l’Union européenne. L’accord mettra en colère la Nouvelle-Zélande, l’Indonésie et, bien sûr, la Chine. Il bouleversera le régime international de non-prolifération nucléaire et pourrait conduire à une nucléarisation militaire accrue de la Corée du Sud et du Japon.

L’Australie possède actuellement 6 sous-marins de classe Collins. Il s’agit de sous-marins à moteur diesel basés sur des modèles suédois mais partiellement construits en Australie. Ils sont relativement lents et ont une portée et une endurance moyennes. Ils ont été construits entre 1990 et 2003 et sont principalement destinés à un usage défensif. Il y a eu beaucoup de problèmes pendant la construction car l’Australie n’a pas les capacités techniques et la profondeur industrielle pour fabriquer des produits aussi compliqués. L’histoire opérationnelle de ces sous-marins est également assez mitigée, plusieurs scandales s’étant succédé. Ils doivent être modernisés pour être utilisés pendant une autre décennie.

Dans les années 2010, l’Australie a commencé à chercher une nouvelle génération de sous-marins. Après une longue discussion, elle a décidé de s’en tenir à des engins à propulsion conventionnelle. Les nouveaux sous-marins devaient à nouveau être construits en Australie d’après une conception étrangère.

L’Allemagne, le Japon et la France ont été invités à faire des propositions. Le constructeur naval public français Naval Group (DCNS) avait remporté la commande pour 12 nouveaux bateaux et un contrat de 50 milliards d’euros. Ironie du sort, le modèle français de Shortfin Barracuda à propulsion conventionnelle proposé par la France est basé sur son propre modèle de classe Barracuda à propulsion nucléaire. Pour l’Australie, la France a donc dû concevoir une centrale conventionnelle pour un sous-marin qui a été conçu à l’origine, comme tous les sous-marins français, pour fonctionner avec un réacteur nucléaire à uranium faiblement enrichi (UFE). Il était tout à fait évident que cette conversion inhabituelle se heurterait à des difficultés et à des retards.

En juin dernier, Peter Lee, alias Chinahand, écrivait à propos de ce programme retardé :

Le programme a officiellement "quelques problèmes" et le Premier ministre australien Scott Morrison a eu une entrevue avec le président français Macron pour tenter de remettre le projet sur les rails.

Bien que le contrat ait été signé en 2016, la construction n'a pas encore commencé, et le premier sous-marin du programme ne sera pas lancé avant une autre décennie. Au moins.

Cela ne cadre pas avec l'ambition déclarée de la marine australienne de déployer sa puissance armée contre une invasion de Taïwan par la RPC qui pourrait se produire au cours des prochaines années. On parle donc de dépenser quelques milliards de dollars pour moderniser la flotte actuelle de sous-marins de classe Collins en guise de palliatif, ou même de se procurer en urgence des sous-marins allemands.

Il est également question d'annuler, de menacer d'annuler et/ou de modifier le contrat des sous-marins d'attaque pour faire mieux. Et peut-être orienter le projet vers l'Allemagne ou vers le choix de l'Amérique, le Japon.

Il s’avère que le constructeur choisi par l’Amérique pour les sous-marins australiens n’est pas le Japon mais les États-Unis eux-mêmes.

Nous apprenons maintenant que les discussions sur l’abandon du contrat avec les Français en faveur de la construction de sous-marins nucléaires par les États-Unis avait déjà commencé en avril 2020 et ont été finalisées lors d’un sommet entre les États-Unis, l’Australie et la Grande-Bretagne au début du mois de juin 2021. Cela s’est donc passé avant que le Premier ministre Scott Morrison ne rencontre le Président français Macron pour remettre le projet franco-australien sur les rails !

Ce que le Premier ministre n'a pas dit à Macron au cours de ce long dîner à Paris - et peut-être la raison pour laquelle le président français pourrait être particulièrement fâché - c'est que Morrison avait, un jour ou deux auparavant, déjà conclu un accord informel avec le président américain Joe Biden et le Premier ministre britannique Boris Johnson pour une prolongation d'un accord de partage de la technologie nucléaire.

Cette révélation donne une nouvelle tournure à la réunion tripartite du 12 juin à Carbis Bay, en Cornouailles, entre les deux PM et le président américain. ...

ABC croit savoir que le gouvernement fédéral a commencé à explorer l'option du sous-marin à propulsion nucléaire il y a environ 18 mois, lorsque Linda Reynolds était encore ministre de la défense.

En outre, le 30 août, les ministres français et australiens des affaires étrangères et de la défense se sont rencontrés et ont publié une déclaration commune sur la coopération bilatérale dans un certain nombre de domaines politiques. La coopération en matière de défense en faisait partie :

Les deux parties se sont engagées à approfondir la coopération dans le domaine de l'industrie de la défense et à renforcer leur avantage capacitaire dans la région. Les ministres ont souligné l'importance du programme de sous-marins du futur. Ils ont convenu de renforcer la coopération en matière de recherche scientifique militaire par le biais d'un partenariat stratégique entre le groupe des sciences et technologies de la défense et la direction générale de l'armement.

Seize jours plus tard, la France apprenait qu’elle avait perdu un énorme contrat de défense en raison d’un revirement à 180 degrés de son « partenaire » australien. Il n’est donc pas étonnant que les Français soient furieux :

Le gouvernement français a réagi à la décision de l'Australie de rompre un contrat de sous-marins avec la France d'une valeur de plus de 50 milliards d'euros pour acquérir des sous-marins à propulsion nucléaire de fabrication américaine.

"C'est un coup de poignard dans le dos. Nous avions établi une relation de confiance avec l'Australie, et cette confiance a été trahie", a déclaré le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian dans un entretien accordé à France Info jeudi matin. Le Drian a ajouté qu'il était "en colère et très amer de cette rupture", ajoutant qu'il avait parlé à son homologue australien il y a plusieurs jours et qu'il n'avait reçu aucune indication sérieuse au sujet de cette démarche.

En vertu d'un accord annoncé mercredi par le président américain Joe Biden, l'Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis formeront une nouvelle alliance appelée AUKUS, dans le cadre de laquelle les trois pays partageront entre eux des technologies avancées. Dans le cadre de ce nouveau pacte, Canberra abandonnera son accord sur les sous-marins avec la France.

Les Français accusent, à juste titre, les États-Unis de cette décision :

Dans une déclaration publiée avant l'interview, Le Drian et la ministre des Armées Florence Parly ont dit : "Cette décision est contraire à la lettre et à l'esprit de la coopération qui prévalait entre la France et l'Australie."

Le communiqué poursuit : "Le choix américain d'écarter un allié et partenaire européen comme la France d'un partenariat structurant avec l'Australie, alors que nous sommes confrontés à des défis sans précédent dans la région indo-pacifique... témoigne d'un manque de cohérence que la France ne peut que constater et regretter."

L’ambassadeur de France aux États-Unis a été un peu moins direct avec cette pique :

Philippe Etienne @Ph_Etienne - 2:43 UTC – 16 Sep 2021

Fait intéressant, il y a exactement 240 ans, la marine française a vaincu la marine britannique dans la baie de Chesapeake, ouvrant la voie à la victoire de Yorktown et à l'indépendance des États-Unis.

Il existe des raisons militaires de préférer les sous-marins nucléaires aux sous-marins à moteur diesel, si l’on envisage d’assiéger une côte étrangère éloignée de la sienne. Les sous-marins nucléaires (SSN) sont plus rapides et peuvent rester en mission beaucoup plus longtemps que ceux à moteur diesel (SSK).

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Mais les bateaux nucléaires présentent également de nombreux inconvénients. Ils sont plus grands et plus chers que les navires conventionnels. Ils coûtent près de 50 % de plus. Ils nécessitent également une infrastructure dédiée et une formation nucléaire très spécialisée pour les équipages. L’Australie ne dispose pas et ne peut pas fournir le combustible nécessaire aux réacteurs nucléaires.

Le prix des nouveaux sous-marins que l’Australie devra payer sera beaucoup plus élevé que celui des sous-marins français. Quelque 3 milliards de dollars ont déjà été engloutis dans le contrat français. La France exigera à juste titre une compensation supplémentaire pour l’annulation. Le nouveau contrat avec les États-Unis ou le Royaume-Uni coûtera plus cher que le contrat français mais ne comprendra que 8 bateaux au lieu de 12. Comme trois bateaux sont nécessaires pour en garder un en mer (pendant que les deux autres sont en formation ou en maintenance), la capacité réelle de patrouille de la marine australienne passera de 4 à 2-3 sous-marins en mer.

Un prix beaucoup plus élevé pour des bateaux moins nombreux et plus compliqués, cela va bouleverser le budget de défense de l’Australie pour les décennies à venir.

Si le passage à la propulsion nucléaire était la seule raison de l’Australie pour changer de cheval, elle aurait pu s’en tenir à la conception originale du Barracuda français. Celui-ci présente l’avantage d’utiliser de l’uranium faiblement enrichi, disponible dans le commerce. L’Australie ne serait pas dépendante de la France pour les nouveaux approvisionnements en combustible. Les bateaux britanniques et américains utilisent des réacteurs nucléaires avec de l’uranium hautement enrichi (HEU 60%). Comme l’Australie a maintenant décidé d’acheter ces bateaux, elle sera à jamais dépendante de ces fournisseurs.

Les partisans de la non-prolifération et l’AIEA vont s’insurger contre cet accord. Quel sera le degré de supervision de l’UHE ? Qui y aura accès ?

Les sous-marins à propulsion nucléaire sont également perçus comme des armes offensives, et non comme des armes défensives raisonnables. Il y a plus de pays sur cette carte que la seule Chine.

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Le fait que l’Australie, qui ne compte que 25 millions d’habitants, achète des sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire ne sera pas bien accueilli par son voisin du nord, l’Indonésie, dix fois plus peuplé. D’autres pays voisins, comme la Nouvelle-Zélande, rejettent toute utilisation de combustible nucléaire et ne laisseront pas entrer dans leurs ports les navires ou bateaux qui en utilisent.

Le nouveau contrat va également bouleverser les plans australiens de fabrication des sous-marins sur son propre sol. Alors que le projet français était prêt à démarrer la phase de construction proprement dite au début de l’année prochaine, l’ensemble du projet de sous-marin va maintenant entrer dans une nouvelle phase de définition de 18 mois, après laquelle des contrats réels devront être négociés et signés. Entre-temps, il faudra s’occuper des centaines d’ingénieurs australiens qui se sont déplacés en France pour aider à la conception et des spécialistes qui ont été engagés par Naval Group en Australie. L’Australie ne dispose pas de beaucoup de personnes possédant ces connaissances. Que vont-ils faire en attendant que le nouveau projet démarre réellement ?

Le Royaume-Uni proposera à l’Australie d’acheter des sous-marins de classe Astute fabriqués en Grande-Bretagne, tandis que les États-Unis offriront probablement la version plus petite de leurs sous-marins de classe Virginia. Étant donné que les deux pays disposent de chaînes de production actives pour ces sous-marins, il ne sera pas judicieux, d’un point de vue économique, de construire en Australie même plus que quelques petites pièces pour ces sous-marins . Les États-Unis exerceront toutes les pressions nécessaires pour s’assurer que leur offre remportera la course. Un indice de cela est que l’Australie a également annoncé qu’elle allait acquérir des missiles américains Tomahawk à longue portée qui seront utilisés avec les sous-marins.

Le premier des bateaux français destinés à l’Australie devait être prêt au début des années 2030. L’Australie devra maintenant attendre une dizaine d’années supplémentaires avant d’obtenir de nouveaux navires.

Sa gamme de Collins actuelle nécessitera plus qu’un simple carénage pour être maintenue aussi longtemps. Cela va coûter cher. Les Allemands pourraient s’engouffrer dans la brèche en proposant leurs sous-marins de type 214 à propulsion par hydrogène. Bien que ces bateaux soient beaucoup plus petits, ils offrent une longue endurance, peuvent être approvisionnés assez rapidement et coûtent beaucoup moins cher que les sous-marins à propulsion nucléaire.

Dans l’ensemble, je ne vois aucun avantage pour l’Australie dans cette décision.

Quelle est alors la raison de cette initiative ?

Cela s’appelle du chantage.

La Chine est de loin le premier partenaire commercial de l’Australie. Les « stratèges » américains et australiens affirment que les sous-marins sont nécessaires pour protéger de la Chine les routes commerciales maritimes de l’Australie avec son principal partenaire commercial…qui est la Chine. Cela n’a, comme le montre cette scène, aucun sens.

La seule raison pour laquelle l’Australie s’est tournée politiquement et militairement contre la Chine est le chantage qu’exercent les États-Unis. Il y a deux ans, le politologue « réaliste » américain John Mearsheimer est venu en Australie pour expliquer aux Australiens (voir la vidéo à 33 minutes) comment cela fonctionne.

Comme le résume Caitlin Johnstone :

"Maintenant, certaines personnes disent qu'il y a une alternative : vous pouvez marcher avec la Chine", a déclaré Mearsheimer. "Exact, vous avez un choix ici : vous pouvez marcher avec la Chine plutôt qu'avec les États-Unis. Il y a deux choses que je dirai à ce sujet. Numéro un, si vous marchez avec la Chine, vous devez comprendre que vous serez notre ennemi. Vous décidez alors de devenir un ennemi des États-Unis. Parce qu'encore une fois, nous parlons d'une compétition sécuritaire intense."

"Vous êtes soit avec nous, soit contre nous", a-t-il poursuivi. "Et si vous faites un commerce important avec la Chine, et que vous êtes amical avec elle, vous sapez les États-Unis dans cette compétition sécuritaire. Vous nourrissez la bête, de notre point de vue. Et cela ne va pas nous rendre heureux. Et quand nous ne sommes pas contents, il ne faut pas sous-estimer à quel point nous pouvons être méchants. Il suffit de demander à Fidel Castro."

Les rires nerveux de l'auditoire du think tank australien ont ponctué les observations incendiaires de Mearsheimer. La CIA est connue pour avoir tenté de nombreuses tentatives d'assassinat contre Castro.

Voilà donc ce qu'il en est. L'Australie ne s'aligne pas sur les États-Unis pour se protéger de la Chine. L'Australie s’aligne sur les États-Unis pour se protéger des États-Unis.

Joe Biden a peut-être oublié le nom du Premier ministre australien. Mais Scott Morrison se souvient pour qui on attend de lui qu’il travaille. En 1975, les États-Unis et le Royaume-Uni ont lancé un coup d’État contre le Premier ministre australien Gough Whitlam, qui faisait avancer son pays vers l’indépendance. Peu de gens aux États-Unis s’en souviennent, mais les politiciens australiens si. Depuis, leur pays a toujours fait ce qu’on lui disait de faire.

C’est ce qui explique toute cette histoire.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

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Quinze ans plus tard, le film d’Al Gore, « Une vérité qui dérange », s’avère être un tissu d’inexactitudes.

Par : Wayan

Par Paul A. Nuttall − Le 15 septembre 2021 − Source Russia Today

Le film d’Al Gore sur le changement climatique a été salué comme révolutionnaire lors de sa sortie en fanfare mais, dans l’intervalle, la fameuse vérité s’est avérée ne pas être une vérité du tout.

Il y a quinze ans aujourd’hui, Al Gore, candidat malheureux à la présidence des États-Unis, sortait ce que l’on peut décrire comme un film d’épouvante intitulé « Une vérité qui dérange : l’urgence planétaire du réchauffement climatique et ce que nous pouvons faire pour y remédier ». Le film a connu un succès mondial et Gore a remporté un Oscar ; il a également reçu le prix Nobel de la paix.

Gore avait réussi à rendre sexy le réchauffement de la planète. Tout le monde voulait être de la partie pour montrer qu’il était respectueux de l’environnement, en particulier les célébrités. Et tous les autres durent s’inscrire à l’ordre du jour car, comme on l’entend encore si souvent aujourd’hui, « c’est la science qui le dit ».

Je me souviens que lorsque je suis devenu membre de la commission sur l’environnement du Parlement européen, il y a maintenant plus de dix ans, on m’a envoyé un exemplaire du DVD et du livre. Je pense qu’ils ont été conçus pour être notre bible, en particulier lorsque nous nous livrons à des discours alarmistes sur le réchauffement climatique… ce que la commission n’a cessé de faire. C’est pour cela que j’ai arrêté d’y aller.

Mais le film n’était pas seulement destiné aux adultes, ou aux députés européens crédules, il était conçu pour effrayer nos enfants. Les écoles du monde entier ont montré le film et le livre complémentaire est apparu dans leurs bibliothèques. En conséquence, les enfants ont été terrifiés par l’imminence de la catastrophe climatique, ce qui a conduit à une « anxiété climatique«  et donne aujourd’hui encore des nuits blanches à nos petits.

Cependant, les problèmes ont commencé à arriver pour « Une vérité qui dérange ». En 2007, la Haute Cour d’Angleterre et du Pays de Galles a jugé que le film contenait neuf inexactitudes scientifiques liées au « contexte alarmiste et à l’exagération. » À partir de ce moment, les écoles ont dû fournir un contrepoids aux arguments « unilatéraux«  contenus dans le film.

Mais, je m’égare. J’ai voulu écrire cet article pour marquer le quinzième anniversaire de la sortie de « Une vérité qui dérange » et voir comment certaines des prédictions apocalyptiques de Gore se vérifient aujourd’hui. J’en ai choisi trois – mais j’aurais pu en aborder beaucoup, beaucoup d’autres.

La première est que le niveau des mers pourrait s’élever de 6 mètres dans « un avenir proche », entraînant la submersion de villes du monde entier et laissant des millions de personnes sans abri. On pourrait croire qu’il s’agit d’une scène tirée du film catastrophe de 2004 « Le jour d’après », mais ne vous inquiétez pas, elle est tout aussi irréaliste.

Les villes n’ont pas été submergées et la dernière fois que j’ai visité les Pays-Bas, il y a quelques années, je n’ai pas eu besoin d’utiliser un tuba. Même le GIEC, qui n’hésite pas à recourir à des tactiques alarmistes, a prédit en 2007 que le niveau des mers n’augmenterait que de 0,59 cm à 60 cm au cours de ce siècle.

Gore lui-même était tellement préoccupé par l’élévation du niveau de la mer qu’il a acheté une propriété de 8 millions de dollars en bord de mer à Los Angeles quelques années plus tard. En effet, ces satanés Démocrates adorent dire aux gens comment vivre, mais mettent rarement en pratique ce qu’ils prêchent… La récente fête d’anniversaire de Barack Obama où personne ne portait de masque en est un autre exemple.

Quoi qu’il en soit, la deuxième prédiction erronée de Gore est que les calottes glaciaires du pôle Nord auraient fondu au milieu de la dernière décennie. Il a fait cette affirmation en 2008 lors d’une interview en Allemagne à l’occasion de la conférence sur le climat COP15.

Techniquement, il n’a pas inventé cette affirmation hyperbolique lui-même, il l’a simplement extraite d’une étude alarmiste sur le climat. Mais comme Gore l’a diffusée au monde entier, elle lui appartient. Et un simple coup d’œil à une carte, ou même à des photographies récentes prises depuis l’espace, révèle que, oui, ces calottes polaires sont toujours là.

Enfin, et je pense que c’est le meilleur, Gore a affirmé que « le réchauffement de la planète, ainsi que la coupe et l’incendie des forêts et d’autres habitats essentiels, causent la perte d’espèces vivantes à un niveau comparable à l’événement d’extinction qui a éliminé les dinosaures il y a 65 millions d’années ». Il n’est pas nécessaire d’être un génie pour voir que c’est tout simplement faux.

Les scientifiques pensent que les dinosaures – et 70 % des animaux et des plantes de la Terre – ont été anéantis lorsqu’un astéroïde de 10 kilomètres de large s’est écrasé sur la péninsule du Yucatan. Et Dieu merci, cela s’est produit, car il y a de fortes chances pour que nous ne soyons pas là aujourd’hui si cela n’avait pas été le cas. Quoi qu’il en soit, l’affirmation de Gore selon laquelle le léger réchauffement auquel nous assistons aujourd’hui pourrait avoir le même effet que cet astéroïde est si ridicule que je ne suis même pas sûr qu’elle justifie une réfutation.

Ce que je dirai, c’est que les scientifiques estiment qu’il y a entre 8,7 et 10 millions d’espèces différentes sur Terre. Avant cette étude récente, ils estimaient qu’il pouvait y en avoir entre 3 et 100 millions. Je me demande donc comment ils peuvent savoir si le nombre d’espèces augmente ou diminue alors qu’ils ne savent même pas exactement combien d’espèces il y a ?

Quoi qu’il en soit, je pense que nous sommes tous d’accord pour dire que les affirmations de Gore sont plus farfelues que les slogans entendus lors d’une manifestation d’Extinction Rebellion. Mais les alarmistes climatiques ne sont pas stupides, et ils ont appris de leurs erreurs. Bien qu’ils n’aient pas atténué leurs hyperboles, ils ont réalisé qu’ils avaient besoin d’une personne plus pratique pour faire ces déclarations farfelues.

Vous voyez, Gore était la Greta de son époque. La différence, cependant, est que Gore, en tant qu’ancien politicien, n’était pas imperméable à la critique. Les alarmistes climatiques ont appris qu’il valait mieux avoir pour porte-parole une adolescente irréprochable plutôt qu’un ancien politicien coriace. Tout cela est très sinistre quand on y pense.

Quoi qu’il en soit, quinze ans se sont écoulés et de nombreuses affirmations de Gore se sont avérées être des foutaises hyperboliques, mais cela n’empêche pas les alarmistes climatiques de continuer à faire des allégations similaires. Et j’espère vraiment que je serai là dans quinze ans pour écrire un autre article sur la façon dont les histoires effrayantes qui émanent de Greta ne se sont pas révélées exactes. Sauf si je suis mort de chaleur ou sous l’eau d’ici là, ce dont je doute fort.

Paul A. Nuttall

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

Biden est il en train de perdre l’Arabie saoudite ?

Par : Wayan

Par William Engdahl − Le 6 septembre 2021 − Source New Eastern Outlook

L’ignominieux retrait américain d’Afghanistan a creusé un trou dans le système de domination globale américain d’après 1945, un vide de pouvoir qui aura probablement des conséquences irréversibles. Pour l’instant, on peut se demander si les stratèges de Biden à Washington – car il ne fait manifestement pas de politique – ont déjà réussi à perdre le soutien de son plus gros acheteur d’armes et de son allié stratégique régional, le Royaume d’Arabie saoudite. Depuis les premiers jours de l’investiture de Biden, fin janvier, la politique américaine pousse la monarchie saoudienne à opérer un changement radical de sa politique étrangère. Les conséquences à long terme pourraient, elles aussi, être énormes.

Dès la première semaine de son entrée en fonction, l’administration Biden entamait un changement radical dans les relations américano-saoudiennes. D’abord en annonçant un gel des ventes d’armes au Royaume pendant qu’elle examinait les contrats d’armement de Trump. Puis, fin février, les services de renseignement américains ont publié un rapport condamnant le gouvernement saoudien pour le meurtre du journaliste saoudien du Washington Post, Adnan Khashoggi, à Istanbul en octobre 2018, ce que l’administration Trump avait refusé de faire. Puis Washington a enlevé la direction Houthi de sa liste terroriste tout en mettant fin au soutien militaire américain à l’Arabie saoudite dans sa guerre contre les forces Houthi soutenues par l’Iran, un geste qui a enhardi les Houthis à poursuivre les attaques de missiles et de drones contre des cibles saoudiennes.

La politique du Pentagone après le 11 septembre

Si le prince héritier saoudien, Mohammed bin Salman, a jusqu’à présent pris soin d’éviter une rupture avec Washington, certaine initiatives prises depuis que Biden est au pouvoir sont significatives. La principale est une série de négociations secrètes menées avec l’ancien ennemi juré, l’Iran, et son nouveau président. Des pourparlers avait débuté en avril, à Bagdad, entre Riyad et Téhéran pour explorer un éventuel rapprochement.

La stratégie géopolitique de Washington au cours des deux dernières décennies a consisté à attiser les conflits et à plonger l’ensemble du Moyen-Orient dans le chaos, dans le cadre d’une doctrine approuvée par Cheney et Rumsfeld après le 11 septembre 2001, parfois appelée « Grand Moyen-Orient » par l’administration de George W. Bush. Cette doctrine a été formulée par feu l’amiral américain Arthur Cebrowski, qui faisait partie du bureau de transformation des forces de Rumsfeld au Pentagone après le 11 septembre. L’assistant de Cebrowski, Thomas Barnett , a décrit la nouvelle stratégie de chaos délibéré dans son livre publié en 2004, The Pentagon’s New Map : War and Peace in the Twenty-first Century, juste après l’invasion américaine non provoquée de l’Irak. Rappelons que personne n’a jamais trouvé de preuves des armes de destruction massive de Saddam.

Barnett était professeur à l’US Naval War College, puis stratège pour le cabinet israélien Wikistrat. Comme il l’a écrit, l’ensemble des frontières nationales du Moyen-Orient post-ottoman découpées par les Européens après la Première Guerre mondiale, y compris l’Afghanistan, devaient être dissoutes et les États actuels balkanisés en entités sunnites, kurdes, chiites et autres entités ethniques ou religieuses afin de garantir des décennies de chaos et d’instabilité nécessitant une « forte » présence militaire américaine pour contrôler tout cela. C’est ainsi que se sont déroulées deux décennies d’occupation catastrophique des États-Unis en Afghanistan, en Irak et au-delà. C’était un chaos délibéré. La secrétaire d’État Condi Rice a déclaré en 2006 que le Grand Moyen-Orient, alias le Nouveau Moyen-Orient, serait réalisé grâce à un « chaos constructif ». En raison d’une énorme réaction de l’Arabie saoudite et d’autres pays de la région, le nom a été enterré, mais la stratégie du chaos a perduré.

Les révolutions de couleur du « printemps arabe » d’Obama, qui ont été lancées en décembre 2010 avec les déstabilisations de la Tunisie, de l’Égypte et de la Libye par les réseaux des Frères musulmans soutenus par les États-Unis, ont été une nouvelle application de la nouvelle politique américaine de chaos et de déstabilisation. L’invasion par procuration de la Syrie par les États-Unis a ensuite suivi, tout comme le Yémen avec la révolution des Houthis contre le président Ali Abdullah Saleh en 2012, soutenue secrètement par les États-Unis.

Le conflit actuel entre Téhéran et Riyad trouve ses racines dans cette stratégie Cebrowski-Barnett/Pentagone-CIA. Elle a provoqué et alimenté la scission entre le Qatar pro-Frères musulmans et Riyad anti-Frères musulmans en 2016, après quoi le Qatar a cherché le soutien de l’Iran et de la Turquie. Elle a provoqué la triste guerre par procuration en Syrie, entre les forces soutenues par l’Arabie saoudite et celles soutenues par l’Iran. Elle a provoqué la guerre par procuration entre l’Arabie saoudite et Téhéran au Yémen, et l’impasse politique au Liban. Aujourd’hui, le régime saoudien, sous la direction de MBS, semble s’engager dans un virage majeur en s’éloignant de cette guerre chiite-sunnite pour la domination du monde islamique et en recherchant la paix avec ses ennemis, dont l’Iran.

Téhéran est la clé

Sous l’administration Trump, la politique est passée d’un soutien apparent des États-Unis à l’Iran sous Obama avec le JCPOA nucléaire de 2015, au détriment des Saoudiens et d’Israël, à un soutien unilatéral de Trump-Kushner à l’Arabie saoudite et à Israël, à la sortie du JCPOA, à l’imposition de sanctions économiques draconiennes contre Téhéran et à d’autres mesures incarnées en dernier lieu par les accords mal conçus d’Abraham visant Téhéran.

MBS et les Saoudiens lisent clairement les intentions de Washington et s’efforcent de désamorcer les multiples zones de conflit qui les ont conduits dans une impasse tracée par les États-Unis. Washington sous Trump avait nourri MBS d’armes à profusion (payées par les pétrodollars saoudiens) pour alimenter les conflits. Cela a été une catastrophe pour les Saoudiens. Maintenant qu’il est devenu clair qu’une administration Biden ne signifie également rien de bon pour eux, MBS et les Saoudiens ont commencé un pivot stratégique pour mettre fin à tous ses conflits au sein du monde islamique. La clé de tout cela est l’Iran.

Discussions en coulisse

En avril, les Saoudiens ont entamé la première des trois négociations bilatérales visant à stabiliser leurs relations avec l’Iran, des pourparlers secrets en Irak, puis à Oman. Bagdad a un intérêt majeur dans une telle paix car la politique américaine en Irak depuis 2003 a été de créer le chaos en opposant une majorité de chiites à une minorité de 30% de sunnites pour semer la guerre civile. En juillet, le Premier ministre al Kadhimi a obtenu la promesse de Biden de mettre fin à la présence des troupes américaines d’ici la fin de l’année.

Les discussions par canaux détournés entre Téhéran et Riyad porteraient sur la position de l’Iran à l’égard de Washington dans le cadre des politiques du Pentagone voulues par Biden, ainsi que sur la volonté de l’Iran de réduire sa présence militaire en Syrie, au Yémen et au Liban. Les discussions indirectes entre les États-Unis et l’Iran sur un retour à l’accord nucléaire de 2015 ont été suspendues après les élections iraniennes de juin. L’Iran a également annoncé qu’il intensifiait l’enrichissement de son uranium.

Les pourparlers entre l’Arabie saoudite et l’Iran ont réuni des personnalités de haut niveau des deux parties, dont le chef de la direction générale des renseignements saoudiens, Khalid al-Humaidan, et le secrétaire adjoint du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Saeed Iravani. Les protestations en cours en Iran concernant le coût économique du déploiement de troupes et de l’aide apportée à des groupes tels que le Hezbollah au Liban et en Syrie et les Houthis au Yémen, seraient en augmentation. Cette situation, à un moment où les difficultés économiques causées par les sanctions américaines sont graves, incite fortement Téhéran à faire un compromis dans le cadre d’un rapprochement avec Riyad. Si cela se produit, ce sera un coup dur pour la stratégie américaine de chaos régional.

Alors qu’aucun accord n’est encore à portée de main, un quatrième entretien vient d’être annoncé qui indique une volonté de forger un compromis dès que le gouvernement du président iranien nouvellement élu, Ebrahim Raisi, sera approuvé par le Majlis ou parlement. Un accord ne sera pas facile, mais les deux parties se rendent compte que le statu quo est une option perdante.

Dans le même temps, l’Iran, sous la direction de Raisi, joue la carte de la fermeté avec les négociateurs de Biden. Le guide suprême iranien, Ali Khamenei, exigerait que l’administration Biden lève toutes les sanctions contre l’Iran et l’indemnise pour les dommages qu’elles ont causés, et que l’Iran soit reconnu comme un État au seuil du nucléaire ayant la capacité de produire une bombe nucléaire dans un court laps de temps. Les sanctions américaines imposées en 2018 ont provoqué une hausse annuelle de 250 % des prix des denrées alimentaires et une chute libre de la monnaie, les recettes pétrolières s’étant effondrées. Raisi subit une énorme pression intérieure pour que cela change, bien que le Washington de Biden refuse à ce jour de lever les sanctions comme condition préalable à la reprise des négociations du JCPOA.

Pour Téhéran, la question est de savoir s’il est préférable de faire confiance à un rapprochement avec les États arabes sunnites du Golfe dirigés par l’Arabie saoudite ou de s’en remettre à Washington, dont le bilan de promesses non tenues est mis en évidence par sa sortie catastrophique de Kaboul.

Plus récemment, Téhéran a renoué des relations avec les talibans afghans et du matériel militaire américain provenant d’Afghanistan et pris par les talibans aurait été vu en Iran, ce qui suggère une coopération étroite entre l’Iran et l’Afghanistan qui joue contre Washington. Dans le même temps, l’Iran a convenu d’une coopération économique stratégique de 400 milliards de dollars sur 25 ans avec la Chine. Cependant, jusqu’à présent, Pékin semble faire preuve de prudence en évitant de défier les sanctions américaines de manière majeure et cherche également à resserrer ses liens avec l’Arabie saoudite, les États arabes du Golfe et Israël. Un rapprochement entre l’Arabie saoudite et l’Iran permettrait d’alléger davantage les pressions exercées sur ce pays.

L’effondrement spectaculaire de la présence américaine en Afghanistan donne à toutes les parties une idée claire du fait que, quel que soit le président américain, les pouvoirs institutionnels américains poursuivent en coulisse un programme de destruction et qu’on ne peut plus compter sur eux pour tenir leurs promesses de soutien.

Les implications d’un véritable accord entre l’Arabie saoudite et l’Iran constitueraient un pivot majeur en termes géopolitiques. En plus de mettre fin à la guerre au Yémen et en Syrie, cela pourrait mettre fin à l’impasse destructrice au Liban entre le Hezbollah soutenu par l’Iran et les principaux intérêts saoudiens dans ce pays. C’est ici que les récentes négociations sur les armes entre Riyad et Moscou deviennent plus qu’intéressantes.

Le rôle central de la Russie

Dans ce cocktail géopolitique d’intérêts concurrents, le rôle de la Russie devient stratégique. La Russie est la seule grande puissance militaire étrangère qui a pour objectif de mettre fin aux guerres par procuration entre sunnites et chiites et de créer une stabilité dans toute l’Eurasie et au Moyen-Orient, un défi direct à la stratégie Cebrowski-Barnett de Washington, qui consiste à instaurer délibérément l’instabilité et le chaos.

En avril de cette année, le président russe Vladimir Poutine et une délégation de chefs d’entreprise ont effectué une rare visite à Riyad, la première de Poutine en 12 ans. La rencontre était annoncée comme une réunion de partenariat énergétique, mais il est clair qu’elle était bien plus que cela. Des accords d’une valeur de 2 milliards de dollars ont été conclus dans les domaines suivants : pétrole, espace et navigation par satellite, santé, ressources minérales, tourisme et aviation. Les deux pays ont convenu de coopérer pour stabiliser les prix du pétrole, ce qui constitue une avancée majeure. Poutine et MBS ont souligné que le pétrole et le gaz naturel continueraient à jouer un rôle majeur dans les années à venir, ce qui constitue une gifle pour l’agenda vert de Davos. Le fonds souverain russe RDIF a également ouvert son premier bureau étranger à Riyad.

Pris isolément, cet événement était intéressant, mais le fait qu’il ait été suivi, quatre mois plus tard, par une visite du vice-ministre saoudien de la défense, le prince Khalid bin Salman, en Russie, à l’occasion du Forum technique militaire international annuel (ARMY 2021), près de Moscou, donne une nouvelle signification aux liens croissants entre l’Arabie saoudite et la Russie, à un moment où Biden et ses collaborateurs « recalibrent » les liens américano-saoudiens, comme l’a dit le département d’État, quoi que cela signifie. Khalid a tweeté : « J’ai signé avec le vice-ministre russe de la Défense, le colonel général Alexandre Fomin, un accord entre le Royaume et la Fédération de Russie visant à développer la coopération militaire conjointe entre les deux pays. » Bin Salman a également ajouté : « J’ai rencontré le ministre russe de la Défense, Sergey Shoygu, pour explorer les moyens de renforcer la coopération militaire et de défense et j’ai discuté de notre effort commun pour préserver la stabilité et la sécurité dans la région. » Notamment, la Russie a mené des exercices militaires conjoints avec l’Iran au cours des dernières années et est également bien placée pour favoriser une détente entre l’Arabie saoudite et l’Iran.

Les pourparlers de Moscou ont eu lieu quelques semaines seulement après que le Pentagone et l’administration Biden ont annoncé qu’ils retiraient huit systèmes antimissiles Patriot d’Arabie saoudite, de Jordanie, du Koweït et d’Irak, ainsi qu’un système THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) du Royaume saoudien, et qu’ils accéléraient le retrait des troupes américaines de la région, des mesures qui ne renforcent guère la confiance en Washington en tant que protecteur de l’Arabie saoudite. La meilleure technologie de défense antimissile au monde, le système de défense aérienne S-400, est fabriquée en Russie, tout comme un large éventail d’autres équipements militaires.

Toutes ces mesures prises par les Saoudiens ne vont évidemment pas conduire à une rupture du jour au lendemain avec Washington. Mais il est clair que la monarchie saoudienne a compris, notamment à la suite de l’abandon abrupt de l’Afghanistan aux talibans par Biden, que la dépendance continue à l’égard du parapluie de sécurité américain dont elle bénéficie depuis les chocs pétroliers des années 1970 est une illusion qui s’estompe. MBS se rend clairement compte qu’il s’est fait avoir par Trump et maintenant par Biden. Les plaques tectoniques de la géopolitique du Moyen-Orient et de l’Eurasie sont en train de bouger et les implications sont stupéfiantes.

William Engdahl

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

Le 11 septembre, vingt ans plus tard

Par : Wayan

Par The Saker − Le 11 septembre 2021 − Source The Saker blog

Vingt ans se sont écoulés depuis le 11 septembre, alors où en sommes-nous aujourd’hui ?  Je vais donner mes réponses courtes sous forme de points et vous laisser ensuite réfléchir à vos propres conclusions.  Voici les miennes :

De nombreux ingénieurs, architectes, chimistes, chercheurs et autres ont prouvé au-delà de tout doute raisonnable que le 11 septembre était une démolition contrôlée.

Il existe une prépondérance de preuves très fortes, bien qu’indirectes, que les Israéliens étaient profondément impliqués et qu’ils avaient des complices à l’intérieur des États-Unis.

À partir des deux éléments ci-dessus, je pense qu’il est raisonnable de supposer que les Israéliens travaillaient avec les néoconservateurs américains sur un projet commun.

Certaines parties d’Al-Qaeda (qui est une création de la CIA en premier lieu !) ont été activées par les États profonds américains et israéliens (qui essaient toujours de diriger les Takfiris), mais seulement pour jouer le rôle de pigeon (il y avait bien quelques Saoudiens et vrais avions, mais ils n’ont pas abattu de bâtiments à New York).

Je ne sais toujours pas ce qui s’est réellement passé au Pentagone, mais je pense que nous pouvons considérer l’idée que les avions au-dessus de Washington et de New York ont été pilotés à distance comme une bonne hypothèse de travail (qui doit encore être prouvée).

Les armes à énergie dirigée, les missiles de croisière nucléaires de la marine russe, les mini-bombes nucléaires et autres sont de la grossière désinformation répandue par l’État profond américain pour troubler ceux qui cherchent la vérité au sujet du 11 septembre.  Elles n’ont été que modérément efficaces et n’ont convaincu qu’un genre, disons, spécifique de « vérificateurs » qui ont tous été rejetés comme des idiots (au mieux) par le mouvement dominant autour du 11 septembre.

La vérité sur le 11 septembre est en train d’acquérir lentement le « statut JFK », c’est-à-dire que « tout le monde soupçonne ou sait, mais personne ne s’en soucie vraiment ».  C’est une vieille info, surtout dans une société dont la capacité d’attention se situe entre 2 minutes et 2 jours.

Le véritable objectif du 11 septembre était de créer un « prétexte patriotique » pour lancer la Grande Guerre contre le Terrorisme et transformer l’ensemble du Moyen-Orient en une entité obéissante comme l’est la Jordanie.

La Grande Guerre contre le Terrorisme a été un échec total et l’une des pires campagnes militaires de l’histoire.

Le plan visant à créer un « nouveau » Moyen-Orient a totalement échoué et a finalement résulté en un environnement anti-israélien plus fort qu’avant le 11 septembre.  Le fait que des médailles soient distribuées à la tonne ne signifie rien : après l’échec de Grenade, l’oncle Shmuel a distribué plus de médailles que de participants à toute l’opération.

L’Empire anglo-sioniste est mort le 8 janvier 2020 et les États-Unis, tels que nous les connaissions, sont morts le 6 janvier 2021 (voir ici pour une discussion détaillée de ces dates et du contexte), presque exactement un an plus tard.

En étant assassiné par les États-Unis, le général Soleimani a remporté la plus grande victoire de sa vie.

Les États-Unis devront quitter l’Irak et la Syrie plus tôt que prévu.

L’entité sioniste qui se fait appeler « Israël » traverse actuellement une crise politique majeure, voire une crise existentielle, et est désormais dans les cordes et désespérée.  Elle le cache juste bien mieux que les propagandistes américains.  Mais les Palestiniens le sentent, tout comme un bon nombre d’Israéliens.

Biden et « Biden » se battent maintenant pour leur vie politique non seulement à cause de « Kaboul » mais aussi à cause de la façon dont Biden vient de déclarer la guerre à ceux qui refusent les vaccins.

Les anti-vax peuvent être beaucoup de choses, mais personne ne peut leur nier les qualités suivantes : ils sont très fortement motivés, pour eux la question n’est pas médicale, mais une question d’image de soi, d’identité et de résistance à la tyrannie.  D’accord, certains céderont finalement, mais beaucoup ne le feront pas.  C’est pourquoi je crois fermement que la « déclaration de guerre » de Biden contre les « déplorables » non vaccinés (il n’a pas utilisé ce mot, mais son mépris et sa haine étaient évidents) est une énorme erreur.  Au moins aux États-Unis, je crois qu’il y a beaucoup d’anti-vax qui préfèrent mourir dans une fusillade plutôt que d’être vaccinés (ce qui, selon eux, nuira à leur santé ou les tuera dans quelques années).  En d’autres termes, je ne crois pas que « Biden » ait les moyens de forcer plus de 80 millions d’anti-vax à se faire vacciner, en fait, son discours tout entier a été une gifle très agressive au visage de millions d’Américains.  La violence est presque inévitable maintenant.  D’abord des incidents isolés, mais peut-être aussi quelque chose de plus important.

L’économie américaine n’est pas en croissance ou en reprise.  Ce n’est qu’un jeu de chiffres ou de « statistiques » au sens où l’entend Churchill.  La vérité, c’est que le pays se désagrège et devient lentement un « tiers-monde » (d’accord, il y a déjà beaucoup de régions « tiers-mondisées » aux États-Unis, mais elles vont encore s’agrandir).  La véritable économie chinoise est environ 1,5 fois plus importante que la véritable économie américaine.  Point, set et match pour la Chine.  Par ailleurs, l’économie russe réelle est comparable ou supérieure à l’économie allemande réelle, et l’économie russe s’est à peu près remise de la crise du COVID (mais ce n’est pas fini, les cas sont toujours en hausse dans certaines régions de Russie).

L’armée américaine a totalement perdu sa capacité à fonctionner comme une véritable armée.  Idem pour l’OTAN.  Ils ont été publiquement humiliés à peu près partout où ils ont mis les pieds. Ce processus est désormais irréversible. Point, set et match pour la Russie, la Chine et l’Iran.

Sur le plan interne, les États-Unis perdent leur cohésion et ce processus centrifuge est accéléré par les politiques internes vraiment insensées de « Biden » (rien que le Woke et la Covid sont une déclaration de guerre contre des millions d’Américains).  Je ne suis pas du tout convaincu que « Biden » puisse mettre au pas des États comme la Floride ou le Texas.  Je ne ferai pas d’autres commentaires sur la situation interne des États-Unis, mais il fallait le mentionner.

Conclusions

Comme pour toutes les politiques néoconservatrices, elles semblent initialement « brillantes » pour finir en un abject bourbier et les néoconservateurs sont détestés par à peu près tout le monde.

Les Talibans ont gagné la Grande Guerre contre le Terrorisme (même à son meilleur, l’oncle Shmuel « contrôlait » environ 40% du pays, au maximum !)

Toute la zone B (Russie / Chine) et une grande partie de la zone A (Occident) s’en rendent compte maintenant (qu’ils l’admettent ouvertement ou non).

Il y a de fortes chances que le désastre public en Afghanistan oblige maintenant les Européens à prendre leurs distances par rapport à un Big Brother clairement sénile, dément et faible.

Le noyau de l’anglosphère (Royaume-Uni/CA/NZ/AUS) semble se consolider autour des « États-Unis de Biden », ce qui pourrait les mettre sur une trajectoire de collision avec l’UE.  Nous n’en sommes pas encore là, mais c’est vers cela que nous nous dirigeons.

La pandémie de COVID a effectivement « explosé » toutes les sociétés de la zone A, qui sont maintenant toutes dans un état de pré-guerre civile de faible intensité.  Je ne vois pas ce que l’on pourrait faire pour changer cela.

La pandémie de COVID ne fera qu’empirer, ce qui ne fera que déclencher davantage de tentatives de la part des gouvernements de la zone A pour essayer de forcer leur population à « obéir », ce qui, à son tour, ne fera que déstabiliser davantage tous, je répète, TOUS les régimes au pouvoir dans la zone A.

La conclusion est la suivante : Le 11 septembre et la Grande Guerre contre le Terrorisme étaient des succès tactiques initiaux, de très courte durée, qui ont abouti à un désastre stratégique ou, mieux, à un effondrement stratégique de l’empire anglo-sioniste et des États-Unis.

Et, enfin, ceci.  Je ne peux pas le prouver, mais ma lecture de l’histoire moderne et des effondrements de régimes m’amène à croire ce qui suit :

J’ai toujours dit que les politiques américaines, internes et externes, ne sont pas vraiment le résultat d’une planification minutieuse, mais plutôt le résultat de divers intérêts/entités qui utilisent leur influence et leur pouvoir pour « tirer » les politiques américaines dans le sens qu’ils souhaitent.  Et comme il y a BEAUCOUP d’intérêts/entités différents, surtout dans les cas importants, ce que nous voyons n’est pas un « résultat politique » mais seulement un « vecteur de somme », un « résultat » qui est la somme de toutes les différentes pressions et de la force relative des personnes qui exercent ces pressions.

Je pense que ce processus n’a été qu’amplifié, mais d’un ordre de grandeur. Ce que nous voyons aujourd’hui dans les élites dirigeantes américaines, c’est un énorme « couvre tes arrières », « cours pour ta vie », « protège-toi et ton avenir » et même « attrape tant que tu le peux encore » et PAS, je répète, PAS de « vraies » politiques.  Ceux qui croient à une grande conspiration ne réalisent pas que ce qui s’est passé à Kaboul n’est pas l’exception, c’est la règle !  Kaboul a été un projecteur géant qui a finalement montré le vrai visage de l’armée américaine à la planète entière : pas le genre d’hallucinations patriotiques délirantes à la Tom Clancy ou Hollywood, mais la « vraie réalité » filmée « sur le terrain » par des téléphones portables bon marché mais omniprésents, par des militaires afghans et même américains/OTAN !

Le problème pour les patriotes délirants est le suivant : loin d’être des « agents de Poutine » ou quoi que ce soit de ce genre, les millions de personnes qui possèdent des téléphones portables avec appareil photo (aussi vieux et bon marché soient-ils) produisent un tel volume de données brutes qu’il est impossible de les supprimer.  Il en va de même pour les Israéliens, qui ont payé un prix énorme en termes de « perte de propagande de guerre », puisque les Palestiniens (et un certain nombre d’Israéliens aussi !!) utilisent désormais leurs téléphones portables plus efficacement que n’importe quelle roquette palestinienne ou n’importe quel kamikaze. C’est également ce qui a fait échouer les récentes élections américaines : l’omniprésence des téléphones portables (et des caméras de vidéosurveillance).

Si l’on imagine la machine de propagande américano-israélienne comme un animal énorme et puissant (des MILLIARDS sont investis dans cette machine), on peut considérer les pauvres gens opprimés qui ont des téléphones portables bon marché comme des fourmis rouges.  Concluons en disant que le temps n’est pas du côté du gros animal puissant et lourd, mais du côté des fourmis rouges.

Andrei

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

L’Europe peut-elle créer sa propre armée ?

Par : Wayan

Par Vladimir Odintsov – Le 9 septembre 2021 – Source New Eastern Outlook

Ces derniers temps, on entend de plus en plus souvent dans l’Union européenne le fait que les Européens ont besoin d’une force armée commune. Le nombre de ces déclarations a sensiblement augmenté, surtout dans le contexte de l’échec des États-Unis et de l’OTAN en Afghanistan.

« L’Amérique quitte l’Afghanistan non seulement vaincue mais humiliée », écrit le quotidien français Le Figaro. La chute de Kaboul a ébranlé le monde qui s’était rassemblé autour de l’Amérique. Le retrait américain d’Afghanistan, et la manière dont il s’est produit, prive les États-Unis de leur capital confiance et enterre l’idée de garanties de sécurité de leur part, souligne le journal. Dans le même temps, les États-Unis sont aujourd’hui en position de faiblesse, sans unité au sein du pays. Le Figaro suggère donc à l’Europe de créer une nouvelle alliance qui contribuerait à défendre la sécurité et les frontières du continent, sans reposer sur les épaules des États-Unis.

Malgré toutes les déclarations du président américain Joe Biden, l’OTAN reste pour l’instant une alliance divisée, selon le Wall Street Journal. En effet, les membres du bloc ne parviennent toujours pas à s’entendre sur des questions telles que les menaces communes et le réarmement de l’Europe. Et comme l’alliance ne parvient jamais à s’entendre sur des objectifs géostratégiques communs, elle reste une coquille vide. Alors que Washington considère la Chine comme un problème militaire et économique personnel, injectant de la sinophobie dans la politique de l’OTAN, l’Europe la considère comme une opportunité économique, percevant au plus l’Empire céleste comme un défi stratégique. Le marché asiatique est considéré comme trop important pour la prospérité de l’Europe, elle ne veut donc pas provoquer le mécontentement de Pékin.

Tandis que la Pologne, la Roumanie et les États baltes considèrent la Russie comme une menace et cherchent délibérément à créer la tension, L’Europe occidentale, très prudente, craint ouvertement de risquer sa croissance économique, la faisant passer avant le bien-être de ses voisins, sur lesquels l’URSS dominait autrefois. Quant à Berlin, elle entend travailler avec la Russie et non s’y opposer avec une approche intégrée de mesures politiques et économiques, souligne le journal. Quant à la France, ses priorités sécuritaires se concentrent sur le sud, vers la Méditerranée et l’Afrique, plutôt que vers l’est. Ces intérêts européens disparates empêchent un consensus à l’échelle de l’OTAN sur les menaces effectives.

Il n’est donc pas surprenant qu’après le retrait d’Afghanistan, les ministres des affaires étrangères et de la défense de l’UE aient commencé à discuter à Brdo, en Slovénie, le 2 septembre, de la meilleure façon d’assurer la sécurité européenne à l’avenir, sans continuer à dépendre des États-Unis. L’Afghanistan a montré que l’Europe était trop dépendante des États-Unis, a noté la chaîne de télévision allemande Das Erste, de sorte que des propositions d’unités européennes communes de réaction rapide placées sous un commandement conjoint sont maintenant examinées. Et pour que l’Europe devienne plus indépendante des États-Unis, Josep Borrell, Haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, exige la création de troupes similaires. Mais aucune date n’a encore été fixée. Nous parlons d’un nombre de militaires allant de 5 000 à 50 000, mais dans tous les cas, il s’agit d’un commandement global. Dans le même temps, il convient de rappeler que l’UE dispose déjà de ce que l’on appelle des « groupes de combat » qui ont été formés à cette fin. Ils sont en état d’alerte depuis 2007. Cependant, ils n’ont jamais été utilisés jusqu’à présent. En partie parce qu’une telle décision ne peut être prise qu’à l’unanimité, et bien sûr, parce qu’ils n’ont pas les mêmes capacités que, par exemple, l’armée américaine.

Il convient également de noter que l’idée de forces armées européennes communes est apparue dans le Vieux Continent il y a plus de 70 ans – depuis la création de l’Union de l’Europe occidentale en 1948, une union qui s’occupait de l’organisation de la défense collective européenne. Cependant, cette idée n’a pas été reconnue car les États-Unis, qui n’ont jamais voulu une Europe trop unie, encore moins militairement, ont imposé une alliance nord-atlantique qui leur a permis de dominer le continent. Et la Grande-Bretagne a toujours été opposée à l’émergence d’une armée européenne qui, selon Londres, aurait un impact négatif sur le rôle des États-Unis dans les affaires européennes.

Les discussions sur une politique européenne commune de sécurité et de défense ont repris après l’effondrement de l’Union soviétique, les capitales européennes estimant qu’avec la disparition de l’Union soviétique, le danger d’une confrontation militaire sur le continent avait disparu. De plus, l’Union européenne s’était déjà renforcée politiquement et économiquement. Par conséquent, sa propre force militaire pouvait assumer la responsabilité de l’état des affaires dans le monde avec l’Amérique. Le Brexit a ramené les politiciens européens à réfléchir sur cette idée, puisque l’Angleterre n’était plus un obstacle sur le chemin pour étendre et approfondir la coopération dans la sphère militaire.

Si nous parlons d’aujourd’hui, il est impossible de ne pas mentionner que l’Allemagne a initié l’actualisation de ce processus, ayant fait l’expérience de la pression américaine en premier. Il n’est donc pas surprenant qu’au forum de Davos, Angela Merkel ait sévèrement critiqué les actions américaines contre l’Europe et appelé l’Union européenne à prendre son destin en main. Dans le même temps, elle a souligné l’importance de la création d’un fonds de défense européen, l’Europe ayant pris la mauvaise habitude de « s’en remettre aux États-Unis ».

Le vieux projet de Bruxelles de créer une armée européenne a pris forme en 2017. En décembre 2017, les dirigeants européens ont officiellement lancé le programme de coopération structurée permanente (PESCO) pour la sécurité et la défense. De nombreux experts ne doutent pas qu’Angela Merkel et Jean-Claude Juncker soient les véritables auteurs du projet d’armée européenne et du pacte de défense européen. Il convient également de rappeler à cet égard que Juncker est un ancien partisan de l’idée des « États-Unis d’Europe ». Et une telle structure devrait, bien entendu, être en mesure d’assurer sa propre sécurité en toute indépendance. Avec l’avènement de la PESCO, une image complètement différente est apparue. Selon les experts occidentaux : L’UE, en dépensant de l’argent dans le domaine militaire, peut développer ses propres forces armées et produire ses propres armes.

Quant à l’idée de créer un corps de réaction rapide paneuropéen, ce n’est pas nouveau non plus. Au printemps dernier, 14 nations, dont l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne, ont proposé, sur la base d’un rapport de menace classifié, de créer une unité militaire commune qui serait utilisée dans des « scénarios nécessitant une intervention immédiate ». Selon les plans alors annoncés par les politiciens, à l’avenir, en plus de la force de réaction rapide, une division de l’armée de l’air et un groupe de troupes de soutien au combat devaient faire partie de l’armée paneuropéenne. Toutefois, en raison des désaccords existants au sein de l’UE, la mise en œuvre de cette stratégie a été suspendue au stade des discussions.

De manière générale, la volonté de l’Europe de se protéger sans les États-Unis se heurte depuis longtemps à l’opposition active de Washington. Par exemple, en 2009-2010, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique et les Pays-Bas ont tenté de faire retirer les armes nucléaires américaines de leurs territoires. Mais Washington, avec l’aide de la Pologne et des États baltes, a réussi à faire adopter un nouveau concept stratégique de l’alliance, lors du sommet de l’OTAN à Lisbonne, qui met l’accent sur la nécessité de localiser les armes nucléaires américaines sur le continent européen.

C’est pourquoi on peut être sûr que dès que les États-Unis sentiront, ne serait-ce qu’un instant, que l’unification militaire de l’Europe menace leurs positions dans l’Ancien Monde, ils feront tout pour l’empêcher. L’idée de certains pays européens de ne plus dépendre des États-Unis en créant leur propre armée semble donc encore difficile à mettre en œuvre.

Vladimir Odintsov

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

La Chine met des gardes fous à « l’opium spirituel » que sont les jeux en ligne

Par : Wayan

Par Tom Fowdy – Le 31 aout 2021 – Source Russia Today

Nous vivons une nouvelle ère fascinante de réformes socialistes, très ambitieuses et radicales, qui ne visent qu’un seul résultat : gagner la bataille technologique contre l’Amérique.

L’ampleur de la révolution sociale de Xi Jinping s’intensifie chaque jour, et rien ne semble à l’abri de sa portée. En plus de la réorganisation spectaculaire des cours particuliers, de la mise à mal des grandes entreprises technologiques et de la campagne contre la culture des stars, l’État chinois s’intéresse désormais à ce qu’il perçoit comme l’utilisation excessive des jeux en ligne chez les jeunes. De nouvelles réglementations strictes visent à limiter leurs activités sur les plateformes de jeux en ligne à seulement trois heures par semaine, en les décrivant comme un « opium spirituel » et en soulignant qu’elles ont un impact négatif sur la santé mentale des enfants, tout en cherchant à faire en sorte que les enfants se concentrent davantage sur leur éducation.

Il s’agit d’un autre effort pour aligner la société chinoise sur ses priorités nationales, et d’une autre indication que les intérêts des « grandes entreprises » ne représentent pas toujours les intérêts de la société dans son ensemble, comme de nombreux pays occidentaux le supposent. George Soros a récemment exprimé son inquiétude, mais c’est probablement plus un signe que la Chine est sur la bonne voie qu’autre chose.

L’évolution et la croissance des jeux vidéo ont complètement changé nos vies et notre façon de nous divertir. En l’espace d’une quarantaine d’années, les jeux vidéo et les consoles ont transformé les activités récréatives et les passe-temps de millions de personnes, reléguant les jeux de société familiaux classiques au rang d’antiquités. Tous les enfants des années 1990 ont grandi avec différentes consoles, de la Playstation à la Nintendo, en passant par la XBox et des plateformes en ligne comme Steam. Outre son impact sur les modes de vie, le jeu moderne a également donné naissance à une méga industrie qui se chiffre en centaines de milliards.

La Chine possède une énorme part de ce gâteau. Mais c’est là que réside le problème aux yeux de Xi. L’industrie des jeux vidéo s’efforce de perpétuer ses produits et d’accaparer une part toujours plus grande du temps et des ressources des jeunes, même si cela perturbe leur développement social et éducatif. Si les jeux sont amusants et divertissants, ils ne correspondent pas au monde réel. Les efforts qu’on y consacre n’aboutissent jamais vraiment à quelque chose de tangible ou de valable, et c’est pourquoi la Chine s’y oppose fermement, en disant effectivement « ça suffit : Les enfants doivent se concentrer sur les vraies priorités de leur vie ». Et la priorité numéro un est l’éducation, pas l’univers fantastique des jeux.

Il s’agit d’une mauvaise nouvelle pour les plus grands conglomérats de jeux chinois, tels que Tencent, qui ont déjà été frappés par le vaste remaniement de Pékin, mais il y a une sagesse innée dans tout cela, et elle est liée à l’intensification de la lutte technologique de la Chine avec les États-Unis et à sa propre vision du développement.

Cette sagesse est la suivante : La Chine devrait développer de meilleures entreprises de semi-conducteurs, d’intelligence artificielle et de puces technologiques haut de gamme, et non des entreprises de jeux vidéo de plus en plus grosses. S’il y a un message qui ressort des événements de ces derniers mois, c’est que la force économique d’un pays ne se définit pas seulement par le nombre de « Mark Zuckerberg » qu’il possède. Xi articule sans relâche une vision directe et claire de l’économie chinoise et s’appuie sur les principes socialistes pour la défendre. Il a décidé que certaines choses sont plus importantes que d’autres pour l’économie de la Chine et son développement stratégique. Il ne s’agit pas simplement de savoir qui a le plus de milliardaires ou les plus grandes entreprises, mais le défi avec les États-Unis signifie qu’il y a des domaines très spécifiques dans lequel le pays doit exceller, et son avenir stratégique et son succès en dépendent. C’est pourquoi Xi s’est attaqué aux jeunes et aux habitudes de jeu dans le cadre de son approche globale de l’éducation, en mettant également fin au soutien scolaire à but lucratif.

Mais comment cette limite de trois heures va-t-elle être appliquée ? Qui dira aux enfants « tu as eu tes trois heures, éteins maintenant ! », surtout si les parents ne sont pas coopératifs ? La Chine va sans aucun doute faire peser la charge réglementaire sur les sociétés de jeux pour qu’elles l’appliquent, et les punira si elles ne le font pas. Compte tenu de la manière dont la Chine moderne gère l’identité et les données, les gens pourraient être obligés de s’inscrire sur des plateformes de jeux pour vérifier leur âge et leurs documents d’identité, qui limiteront ensuite leur temps en conséquence. Il existe sans doute des moyens de contourner ces limites – il suffit de demander aux centaines de millions de Chinois qui utilisent des VPN (réseaux privés virtuels qui masquent votre identité réelle ou votre localisation) – et l’efficacité de cette mesure n’est pas évidente, elle dépend en grande partie de la volonté des parents d’être responsables et de discipliner leurs enfants.

En résumé, la Chine dit clairement qu’elle ne veut pas, n’a pas besoin et n’apprécie pas les joueurs. Il s’agit d’un passe-temps qui est fondamentalement une distraction, quelque chose qui est acceptable avec modération, mais pas en tant qu’addiction à grande échelle, étant donné qu’il a une faible valeur sociale. En le qualifiant d’« opium spirituel », la Chine évoque métaphoriquement un puissant souvenir historique : elle est enfermée dans une nouvelle « guerre de l’opium » contre l’Occident, avec une série de pays qui veulent imposer leurs préférences idéologiques, économiques et stratégiques à la Chine, tout comme les Britanniques ont cherché à le faire au XIXe siècle avec leurs exportations de drogue depuis le sous-continent indien.

Mais cette fois, Pékin a décidé que ce type d’asservissement ne pourra plus jamais se reproduire. Xi ne veut pas d’une société de joueurs, il veut une société d’ingénieurs, de scientifiques, de médecins et d’innovateurs ; le genre de personnes qui peuvent faire en sorte que Pékin gagne la course technologique et prenne le dessus dans la lutte avec l’Amérique. Ce faisant, il utilise les principes les plus forts du collectivisme contre la nature individualiste des sociétés occidentales, où les enfants font à peu près ce qu’ils veulent. Il s’agit d’une nouvelle ère de réforme socialiste, très ambitieuse et radicale, sans équivoque. C’est une expérience fascinante.

Tom Fowdy

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

Scandale derrière la fausse approbation du vaccin Pfizer par la Food and Drug Administration

Par : Wayan

Par William Engdahl – Le 30 août 2021 –  Source New Eastern Outlook

L’autorité gouvernementale américaine chargée de la réglementation des médicaments, la Food and Drug Administration [FDA dans la suite du texte,NdT], vient d’annoncer qu’elle avait approuvé le vaccin génétique à ARNm de Pfizer et BioNTech. Mais dans quelles conditions ?

Ce supposé nouveau statut est utilisé par l’administration Biden et de nombreux États et entreprises pour imposer la vaccination obligatoire. Le conseiller Covid de Biden, Tony Fauci du NIAID, en conflit d’intérêts notoire, s’appuie sur cette décision pour pousser à une vaccination nationale obligatoire dans tout le pays. Ce qui n’est pas révélé, c’est le cloaque de corruption et de conflits d’intérêts entre la FDA et les grandes entreprises pharmaceutiques, dont Pfizer, qui sont à l’origine de cette approbation précipitée. Et il ne s’agit pas d’une approbation complète pour le vaccin de Pfizer, mais seulement pour le vaccin juridiquement différent de BioNTech.

« …le cachet final d’approbation » ?

Le 23 août, la FDA annonçait l’approbation totale de la substance génétiquement modifiée qu’est l’ARNm de Pfizer. Mais en réalité pas tout à fait, lorsque l’on étudie les documents complets de la FDA. M. Fauci, dont le NIAID a des intérêts financiers dans le vaccin, a qualifié la décision de la FDA de « cachet final d’approbation ». Or, elle est tout sauf finale ou issue d’une évaluation médicale impartiale, scientifique et rigoureuse. Il s’agit plutôt d’une décision à motivation politique prise par une FDA dont la corruption dépasse l’imagination.

Revenant sur sa déclaration de 2020 selon laquelle elle tiendrait des audiences normales du comité consultatif de la FDA, avec des experts indépendants pour discuter de la demande d’approbation complète de Pfizer, la FDA a maintenant déclaré au British Medical Journal (BMJ) qu’elle pensait qu’une réunion n’était pas nécessaire avant d’accorder l’approbation complète d’un des vaccins le plus controversé de l’histoire moderne. Le BMJ cite Kim Witczak, un défenseur de la sureté des médicaments qui représente les consommateurs au sein du comité consultatif de la FDA sur les médicaments psychopharmacologiques : « Ces réunions publiques [de la FDA] sont impératives pour instaurer la confiance, en particulier lorsque les vaccins ont été commercialisés à la vitesse de l’éclair dans le cadre d’une autorisation d’utilisation d’urgence. »

Witczak poursuit avec une note alarmante : « Il est déjà inquiétant que l’approbation complète soit basée sur des données prises sur une période de seulement six mois alors que les essais cliniques ont été conçus pour être étendus sur deux ans. Il n’y a plus eu de groupe de contrôle après que Pfizer ait offert le vaccin aux participants du groupe placebo, avant la fin des essais. » Relisez ça, lentement. Pendant les essais, Pfizer a détruit le propre groupe de contrôle à mi-parcours ! Et l’utilisation de ce vaccin à ARNm depuis six mois dans le monde entier a entraîné des effets secondaires catastrophiques qui ont été officiellement totalement ignorés. Est-ce de la « science », Dr Fauci ?

Le refus de la FDA et de sa directrice par intérim, Janet Woodcock, de convoquer son comité consultatif sur les médicaments pour discuter des décisions de Pfizer et de BioNTech est d’autant plus choquant qu’en juin, trois membres de ce même comité ont démissionné en signe de protestation pour avoir été ignorés au cours d’une autre approbation de médicament. La radio NPR a rapporté : « Trois experts ont maintenant démissionné d’un comité consultatif de la Food and Drug Administration après que l’agence a approuvé un médicament contre la maladie d’Alzheimer appelé Aduhelm, contre les souhaits de presque tous les membres du panel. » L’un des trois, le Dr. Aaron Kesselheim, dans sa lettre de démission du comité consultatif de la FDA (10 juin 2021), écrivait :  » Tant pour l’eteplirsen que pour l’aducanumab, les décisions des administrateurs de la FDA d’ignorer les recommandations claires du comité consultatif ont conduit à l’approbation de deux médicaments hautement problématiques qui offrent peu de preuves qu’ils seraient significativement bénéfiques pour les patients… Avec l’eteplirsen, l’AdComm (comité consultatif) et le propre personnel scientifique de la FDA ont signalé qu’il n’y avait pas de preuves convaincantes que le médicament fonctionnait ; ces deux groupes n’ont pas été écoutés par les dirigeants de la FDA…  »

Le refus de la FDA de convoquer son comité consultatif pour la décision de Pfizer est d’autant plus étonnant que les Centres gouvernementaux de contrôle des maladies (CDC), dans leur banque de données officielle VAERS pour l’enregistrement des effets négatifs des vaccins, ont enregistré 8 508 rapports de décès suite à l’injection du vaccin à ARNm de Pfizer au cours des sept derniers mois, un nombre supérieur à celui de tous les vaccins combinés au cours des 30 dernières années.  En refusant une audition publique, la FDA a évité toute discussion sur ces chiffres alarmants de décès, sans parler des dizaines de milliers d’effets secondaires graves, dont des crises cardiaques, des caillots sanguins, des fausses couches, des paralysies permanentes, provoqués par les injections de Pfizer-BioNTech. La déclaration publique de Fauci, avant l’approbation, selon laquelle il s’attendait à cette approbation, est également une influence contraire à l’éthique, mais c’est le moindre des crimes.

Approbation truquée

Il semble que la FDA ait usé d’une ruse astucieuse en rendant des décisions distinctes pour un vaccin Pfizer Inc. et BioNTech, largement utilisé aux États-Unis, et une autre décision pour le vaccin similaire du partenaire allemand de Pfizer et développeur de la plate-forme d’ARNm, BioNTech de Mayence. C’est seulement BioNTech qui a obtenu l’approbation de la FDA, mais sous réserve de la réalisation d’une série de tests supplémentaires sur des groupes sélectionnés, notamment des nourrissons, des femmes enceintes et des jeunes, d’ici 2027. Le vaccin américain, le vaccin Pfizer-BioNTech Covid-19, n’a obtenu qu’une extension de son autorisation d’utilisation d’urgence (EUA), et non une approbation complète !

Dans sa lettre séparée adressée à Pfizer, la FDA déclarait : « …Le 23 août 2021, ayant conclu que la révision de cette Autorisation d’Urgence est appropriée pour protéger la santé ou la sécurité publique en vertu de la section 564(g)(2) de la Loi, la FDA réédite la lettre d’autorisation (d’utilisation d’urgence) du 12 août 2021 dans son intégralité avec des révisions incorporées pour clarifier que l’autorisation restera en place pour le vaccin Pfizer-BioNTech COVID-19 pour l’indication et les utilisations précédemment autorisées… » (c’est nous qui soulignons).

Dans une note de bas de page de la lettre, la FDA admet qu’il existe deux entités et deux vaccins juridiquement distincts : le vaccin Covid-19 de Pfizer-BioNTech et le vaccin Comrinaty de BioNTech GmbH de Mayence, qui a son propre nom commercial. La FDA écrit que « les produits sont légalement distincts avec certaines différences… ». Légalement distincts signifie deux vaccins séparés. Si vous trouvez cela déroutant, c’est normal. Ce n’est qu’en vertu d’une décision de l’Autorisation d’Urgence que Pfizer est actuellement exemptée de la responsabilité des vaccins. Certains avocats qualifient la ruse de la FDA de tactique classique du « j’attire et change le produit », une forme de fraude basée sur la tromperie.

Le Dr Robert Malone, vaccinologue américain et concepteur de la technique de l’ARNm, a accusé la FDA de jouer un « jeu de passe-passe bureaucratique » avec sa prétendue approbation précoce du vaccin Covid-19 de Pfizer. Il cite les deux lettres distinctes de la FDA : « Il y a une lettre pour Pfizer et une lettre pour BioNTech. Le New York Times et le Washington Post se sont trompés. L’autorisation n’est pas pour Pfizer. L’autorisation est pour BioNTech, et elle ne sera accordée qu’au moment où le produit BioNTech sera disponible… »

Ajoutant aux irrégularités bizarres, dans ses deux lettres séparées, l’une à BioNTech et l’autre à Pfizer, la FDA supprime à plusieurs reprises le lieu de fabrication du vaccin qu’elle approuve. Pourquoi cela ? Est-ce en Chine où BioNTech a un accord conjoint avec Fosun Pharma de Shanghai pour produire et commercialiser conjointement le vaccin Comirnaty pour le COVID-19 ? Pourquoi ont-ils besoin de cacher ces données de localisation au public ? Cela révélerait-il toute la fraude ?

Conflits d’intérêts entre la FDA et Pfizer

En 2019, Pfizer a procédé à une nomination très conflictuelle au sein de son conseil d’administration. Elle a en effet embauché Scott Gottlieb, qui venait de démissionner de la tête de la FDA trois mois plus tôt. Si cela donne l’apparence d’un énorme conflit d’intérêts, c’est que c’en est un. Aux côtés de Gottlieb au conseil d’administration de Pfizer siège le Dr Susan Desmond-Hellmann, qui a dirigé la Fondation Bill et Melinda Gates jusqu’en 2020. La Fondation Gates est à l’origine de chaque élément clé de la ruée vers le vaccin contre le covid et possède des actions de Pfizer par-dessus le marché.

Une autre personne qui fait le lien entre Pfizer et Gates est le professeur Holly Janes, experte en biostatistique à Seattle, ville natale de Gates, au centre de recherche sur le cancer Fred Huff. Janes est également membre du comité des vaccins de la FDA jusqu’en 2023. Elle a notamment co-conçu les essais controversés des vaccins à ARNm de Pfizer et Moderna pour le NIAID de Fauci depuis son centre de Seattle, qui est également financé par la Fondation Gates.

Janes est professeur au centre de recherche sur le cancer Fred Hutchinson, division des vaccins et des maladies infectieuses, connu sous le nom de Fred Hutch. Auparavant, elle avait reçu des fonds de recherche de la Fondation Gates pendant une période de six ans, lorsqu’elle a travaillé pour la Fondation Gates de 2006 à 2012 afin de développer « un soutien statistique et de conception d’étude pour des essais précliniques de performance des vaccins. » Le professeur Janes a également participé au développement du programme de suivi des données sur les vaccins à l’université John Hopkins.

La personne qui dirige la FDA en tant que « directrice par intérim » est Janet Woodcock. La qualifier de « sans tâches » serait un peu léger. Elle est à la FDA depuis 1986, presque aussi longtemps que Fauci au NIAID. Woodcock était le choix de Biden pour diriger la FDA, mais l’opposition massive de 28 groupes, dont des procureurs généraux d’État et des groupes de citoyens, a forcé à ce qu’elle soit nommer « intérimaire », ce qui ne nécessite pas d’examen par le Congrès.

Mme Woodcock fut directement responsable de l’approbation par la FDA d’opioïdes mortels, malgré les objections de ses propres scientifiques et autres conseillers. Il y a vingt ans, alors qu’elle dirigeait l’unité responsable de la FDA, Mme Woodcock a joué un rôle déterminant dans l’approbation d’un opioïde puissant, le Zohydro, bien que le propre comité consultatif scientifique de la FDA ait voté à 11 contre 2 pour que le médicament ne soit pas commercialisé parce qu’il n’était pas sûr. Le site en ligne Drugs.com publie : « L’hydrocodone (Zohydro) peut ralentir ou arrêter votre respiration. N’utilisez jamais le Zohydro ER en plus grande quantité ou pour une durée plus longue que celle prescrite. Avalez-le entièrement pour éviter d’être exposé à une dose potentiellement mortelle. L’hydrocodone peut créer une accoutumance, même à des doses régulières. » Woodcock a ensuite approuvé la vente d’une pilule narcotique très forte, l’OxyContin, comme étant « plus sûre et plus efficace que d’autres analgésiques », sur la base des fausses allégations du fabricant, aujourd’hui en faillite, Purdue Pharma. Depuis, quelque 500 000 Américains sont morts des suites d’une dépendance aux opioïdes.

Woodcock est clairement la personne clé de la FDA derrière la décision trompeuse du 23 août concernant Pfizer, veillant à ce qu’il n’y ait pas d’audiences consultatives publiques pour examiner les données pertinentes. Il serait pertinent de savoir quelles discussions ou communications ont eu lieu avec son ancien patron, maintenant directeur de Pfizer, Scott Gottlieb.

Pourquoi ?

De nombreuses questions restent sans réponse dans cette histoire tordue de corruption à la FDA et chez Pfizer. Ce théâtre a-t-il été monté à la hâte par l’administration Biden pour accélérer la vaccination forcée de millions d’Américains incertains ou sceptiques à l’idée de prendre un vaccin d’urgence ou expérimental ? Pourquoi les médias grand public et les politiciens exercent-ils une telle pression pour que chaque homme, femme et maintenant enfant des États-Unis soit vacciné ? Les vaccins sont-ils vraiment sûrs alors que les cas d’effets indésirables après avoir reçu le vaccin Pfizer sont si nombreux ? Pourquoi la FDA a-t-elle refusé de laisser son comité indépendant sur les vaccins s’exprimer ?

Il faut rajouter que, depuis le 14 août, Pfizer n’impose pas la vaccination de ses propres employés. De même, la Maison Blanche de Biden ne rend pas obligatoire la vaccination de son personnel. Ce sont toutes des questions sérieuses qui exigent des réponses sérieuses et honnêtes.

William Engdahl

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

Retour de bâton de la politique étatsunienne de sanctions contre la Syrie

Par : Wayan

Par Moon of Alabama – Le 7 septembre 2021

L’hostilité des États-Unis envers l’axe de la résistance en Iran, en Irak, en Syrie et au Liban conduit à des objectifs contradictoires. Si les États-Unis veulent isoler la « résistance », ils veulent aussi conserver leur rôle dominant au Liban. Ces objectifs sont désormais en conflit. Les États-Unis se trouvent donc dans une situation où ils devront lever les sanctions contre la Syrie pour pouvoir concurrencer politiquement le Hezbollah au Liban.

Les États-Unis avaient assiégé économiquement le Liban pour le contraindre à obéir :

Après l'échec d'Israël à perturber ou à vaincre le Hezbollah lors de la guerre de 2006, la victoire de l'Axe de la Résistance dans le conflit syrien et la portée militaire et stratégique croissante du Hezbollah, les États-Unis ont mis en place une politique visant à affamer le Liban et à déstabiliser l'économie du pays. Mais le sac à malices de Washington était vide, à part cette dernière arme de sanctions/siège. ...

Israël veut que les États-Unis fassent l'impossible : faire pression sur le Liban pour qu'il désarme le Hezbollah et reprenne les négociations sur la frontière contestée de la mer Méditerranée pour l'extraction du gaz. ...

Entre-temps, les Libanais ont perdu confiance dans un système bancaire qui a confisqué leurs économies il y a près de deux ans, et dans une banque centrale soutenue par les États-Unis qui a contribué à l'effondrement de la monnaie locale. Le gouvernement libanais en faillite a, à son tour, supprimé la plupart des subventions sur l'essence nécessaire au fonctionnement des hôpitaux, de l'électricité, des transports et des boulangeries.

Le pays n’a plus de réserves monétaires pour importer du pétrole ou de l’essence et pour produire de l’électricité. Les coupures de courant durent désormais 22 heures par jour. Il n’y a plus de gouvernement fonctionnel pouvant résoudre ces problèmes.

Le Liban est donc plongé dans une récession extrêmement profonde au cours de laquelle le taux de pauvreté est passé de 40 % à plus de 80 %. De plus, aucun politicien ou chef de faction libanais n’osera attaquer le Hezbollah, car il est trop puissant pour être battu. De même, personne, à l’exception peut-être d’Israël ou des États-Unis, ne souhaite que le Liban retourne à l’époque de la guerre civile.

Le Hezbollah a aidé ses membres à traverser la crise en leur fournissant de la nourriture subventionnée. Mais il ne peut pas soutenir tout le Liban. Ce qu’il peut faire par contre, avec ses amis en Syrie et en Iran, c’est briser le siège que les États-Unis imposent au pays.

L’Iran avait proposé de fournir du pétrole au Liban en échange de lires libanaises (sans valeur). Mais le gouvernement libanais n’a pas accepté cette offre car les États-Unis l’ont menacé de sanctions supplémentaires.

Le Hezbollah s’est engouffré dans la brèche. Trois pétroliers ont quitté l’Iran et sont en route pour la Syrie. Leur chargement sera raffiné dans une raffinerie syrienne. De là, le diesel et l’essence seront acheminés au Liban où le Hezbollah organisera la distribution.

Après que cela a été connu et que les pétroliers sont partis – protégés par la menace du Hezbollah d’attaquer quiconque les toucherait – les États-Unis ont dû contrer l’offre. Ils ne pourraient plus soutenir la prétention d’être un ami du Liban s’ils étaient perçus comme ne faisant rien pour aider le pays alors que le Hezbollah et l’Iran lui apportent un soutien réel.

Les États-Unis ont donc proposé un plan plutôt étrange. L’Égypte augmentera ses approvisionnements en gaz naturel pour la Jordanie où il sera utilisé pour produire de l’électricité qui sera ensuite exportée vers le Liban. On ne sait pas encore par qui, ni comment, sera payé tout cela.

De plus, comme le Liban et la Jordanie n’ont pas de frontière commune, l’électricité devra être acheminée à travers la Syrie !

Le plan américain visant à apporter un soutien marginal au Liban nécessite donc une rupture des sanctions américaines contre la Syrie et son isolement diplomatique :

La Jordanie accueillera mercredi une réunion des ministres de l'énergie égyptien, syrien et libanais pour discuter du transport du gaz égyptien vers le Liban pour la production d'électricité, a déclaré le radiodiffuseur d'État Mamlaka.

Les États-Unis sont en pourparlers avec l'Égypte et la Jordanie au sujet d'un plan visant à atténuer le manque d'électricité au Liban, qui prévoit l'utilisation du gaz égyptien pour produire de l'électricité en Jordanie, laquelle serait transmise via la Syrie.

Une délégation libanaise de haut niveau s'est rendue à Damas samedi pour ouvrir la voie au plan soutenu par les États-Unis visant à atténuer les pénuries d'électricité au Liban.

Les sanctions américaines à l'encontre de Damas compliquent tout effort visant à aider le Liban via la Syrie, mais les diplomates affirment que Washington étudie les moyens de surmonter ces obstacles de toute urgence.

Les États-Unis devront maintenant lever les sanctions contre la Syrie pour gagner une guerre de relations publiques contre l’axe de résistance libanais. Certains paiements devront également être effectués à la Syrie pour reconstruire les lignes électriques nécessaires qui ont été détruites pendant la guerre.

En poussant à l’imposition de sanctions et de blocus à quiconque n’est pas d’accord avec la vision « occidentale » du monde, les États-Unis font échouer leurs propres objectifs politiques. Le risque que tout le Liban bascule du côté de la résistance les oblige maintenant à rompre leur propre politique de sanctions.

C’est une défaite diplomatique et une perte d’image que peu de gens au Moyen-Orient sont prêts à oublier de sitôt.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

Les plans des États-Unis pour se venger de l’Afghanistan ne mèneront probablement à rien

Par : Wayan

Par Moon of Alabama – Le 4 septembre 2021

Les États-Unis ne veulent pas la paix en Afghanistan. Il y a deux raisons à cela.

La première est la vengeance.

Qu’une prétendue superpuissance se fasse éjecter d’un pays par une guérilla locale est trop difficile à accepter. Le fait que la retraite se soit produite d’une manière plutôt humiliante, même si elle a été causée par l’incompétence des États-Unis et pas du fait des talibans, ne fait que renforcer ce sentiment.

L’esprit de vengeance était déjà visible dans les derniers jours de l’occupation américaine. Les forces américaines quittant Kaboul ont non seulement détruit les équipements militaires, mais aussi la partie civile de l’aéroport.

Murad Gazdiev @MuradGazdiev - 16:06 UTC - 1 Sep 2021

Les troupes américaines ont saccagé les deux terminaux civils lors de leur évacuation de l'aéroport de Kaboul.

Toutes les caméras de sécurité ont été cassées, les ordinateurs détruits, de nombreuses vitres brisées. Le câblage électrique a été coupé, les machines à rayons X ont été cassées et même les écrans d'arrivée/départ ont été renversés Images

Rien de tout cela n’était nécessaire ou n’avait de sens. Quelques jours plus tard, le secrétaire d’État américain a exigé que les talibans rouvrent l’aéroport pour permettre aux personnes les plus éduquées de fuir le pays.

Elijah J. Magnier @ejmalrai - 12:11 UTC - 3 sept. 2021

Aéroport de #Kaboul : les #US ont totalement détruit les radars et la tour de contrôle et ont ensuite supplié le #Qatar de réparer tout cela au plus vite pour permettre aux étrangers, aux collaborateurs afghans et à ceux qui avaient un visa adéquat de partir. Le Qatar a envoyé une équipe de techniciens et des pièces de rechange pour que l'aéroport fonctionne.

Les États-Unis continuent de retenir les réserves de la Banque centrale d’Afghanistan et ont empêché le FMI et la Banque mondiale de débloquer des fonds pour l’Afghanistan. Il s’agit d’un acte de vengeance touchant tous les Afghans.

Le New York Times tente de le justifier (faussement) par une prétendue étiquette terroriste posée sur les Talibans :

"C'est un nouveau monde", a déclaré Adam M. Smith, un haut responsable des sanctions au département du Trésor de l'administration Obama. "Je ne vois aucun autre cas dans lequel un groupe déjà désigné terroriste a pris le pouvoir d'un pays entier."

Il explique que le département du Trésor doit bientôt décider des exceptions, ou licences, qu'il accordera pour certains types de transactions. Il doit également déterminer si l'ensemble de l'Afghanistan, ou seulement les dirigeants talibans, reste sous sanctions afin que le monde sache quel genre de dialogue il peut avoir avec le gouvernement.

Bien que certaines sanctions datant de juillet 1999 puissent encore s’appliquer aux talibans, ceux-ci ne sont pas désignés comme un groupe terroriste et leurs dirigeants, comme le mollah Baradar, ne sont pas des ressortissants spécialement désignés (SDN) sur la liste des sanctions du Trésor américain. Sinon, les États-Unis n’auraient pas été en mesure de négocier officiellement avec eux.

Il ne fait pourtant aucun doute que les talibans dirigent désormais l’Afghanistan. Il n’y a aucune raison valable de leur refuser les fonds du gouvernement afghan. Ils ne sont pas corrompus comme le précédent gouvernement soutenu par les États-Unis. Ils n’ont pas besoin de l’argent pour eux-mêmes mais pour nourrir la population de leur pays.

La deuxième raison pour laquelle les États-Unis ne veulent pas la paix en Afghanistan est géopolitique. Comme l’analyse l’ancien ambassadeur indien M.K.Bhadrakumar :

Les services de renseignement américains ont fait de profondes incursions au sein des Talibans et ont acquis la capacité de les diviser, de les affaiblir et de les soumettre, lorsque le moment sera venu. Il est évident que les Talibans n'auront pas la vie facile. L'intérêt de Washington est de créer une situation "sans État" dans le pays, sans gouvernement central opérationnel, afin de pouvoir intervenir à volonté et poursuivre ses objectifs géopolitiques à l'égard des pays de la région.

L'objectif non avoué est de déclencher une guerre hybride dans laquelle les combattants d'ISIS transportés par avion par les États-Unis depuis la Syrie et transférés en Afghanistan, ainsi que des vétérans aguerris d'Asie centrale, du Xinjiang, du Caucase du Nord, etc. opèrent dans les régions entourant l'Afghanistan.

La Russie a reconnu ce danger, comme l’a expliqué hier son président Vladimir Poutine :

"En cas de désintégration [de l'Afghanistan], il n'y aura personne à qui parler en Afghanistan. Le Mouvement islamique d'Ouzbékistan (hors-la-loi en Russie) et bien d'autres sur le territoire de l'Afghanistan constituent une menace pour nos alliés et nos voisins. Et si nous nous souvenons que nous n'avons pas de restrictions en matière de visas et que les déplacements transfrontaliers sont en fait libres, il est clair que pour nous, pour la Russie, tout cela a une grande importance du point de vue du maintien de notre sécurité", a déclaré M. Poutine.

Cela signifie que les actions des États-Unis seront contrées. ISIS dans l’est de l’Afghanistan a déjà été vaincu une fois. Sans accès à l’Afghanistan, les États-Unis auront du mal à y insérer davantage de combattants.

Une partie du plan américain consiste à lever à nouveau des forces anti-talibans comme l’ancienne « Alliance du Nord » sous la direction d’Amrullah Saleh et d’Ahmad Massoud, opérateurs de la CIA, dans la vallée « invincible » du Panjshir.

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Mais il s’est avéré que Ahmad Massoud, qui a fait ses études à Sandhurst, n’est pas un combattant et un leader comme l’était son père Ahmad Shad Massoud et que la vallée du Panjshir peut très bien être conquise. Les défenses extérieures ont déjà été brisées. Jusqu’à présent, les talibans ont pris Dalan Sang et Shutul et franchi la porte de la route de la vallée du Panjshir sans grande résistance. Ils visent Bazarak, le centre administratif de la vallée du Panjshir. Ils ont également pris des positions sur les montagnes au-dessus de la vallée et mis en place des barrages au nord pour bloquer la route de fuite et les éventuels réapprovisionnements en provenance du Tadjikistan.

Les forces du Panjshir peuvent retarder la progression des talibans dans la vallée en posant des mines pour bloquer la route et en organisant de petites embuscades. Mais ils envoient déjà des enfants au combat car ils n’ont pas assez d’effectifs pour mener une bataille plus longue ou plus importante.

Pour l’instant, les talibans n’ont à craindre aucun défi, si ce n’est la désunion en leur sein. La formation d’un gouvernement prend plus de temps que prévu. Il semble qu’il y ait encore des discussions entre la faction Haqqani de l’est et les dirigeants kandaharis pour savoir qui y participe. Mais le conflit n’est pas aussi important que certains rapports le laissent supposer.

Aujourd’hui, le général Faiz Hamid, chef de l’Inter-Services Intelligence pakistanaise, et une délégation militaire de haut niveau sont arrivés à Kaboul. Le Pakistan comprend que le soutien de la Chine et de la Russie à l’Afghanistan dépend de la création d’un gouvernement d’unité afghan composé essentiellement de technocrates. ils joueront un rôle de médiateur auprès des talibans dans ce sens.

Le négociateur de l’accord de Doha, le mollah Baradar, internationalement respecté, est susceptible d’occuper la position de dirigeant du pays.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

La mise à mort de la vérité par la technocratie

Par : Wayan

Maintenant que le monde dans son ensemble, en tout cas les grandes puissances, se dirigent vers une technocratie, le problème du mensonge en politique, ainsi que le sens des mots « vérité » et « réalité », doivent être réévalués.


Par Paul Grenier – Le 22 août 2021 – Source National Interest

Pendant la période précédant l’invasion de l’Irak, en 2003, Washington proclamait au monde entier que l’Irak était en possession d’armes de destruction massive. Bien que l’administration Bush ne disposait d’aucune preuve réelle pour étayer cette affirmation, cela ne fut pas un obstacle à la poursuite du plan d’action souhaité. Les preuves nécessaires ont été inventées, et les preuves contradictoires ont été autoritairement reboutées. L’exemple suivant est instructif. José Bustani, le directeur fondateur de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), s’efforçait à l’époque de faire accepter l’Irak comme membre de l’OIAC, car cela aurait permis des inspections approfondies, et Bustani s’attendait pleinement à ce que ces inspections confirment ce que ses propres experts en armes chimiques lui avaient déjà dit, à savoir que toutes les armes chimiques de l’Irak avaient déjà été détruites, dans les années 1990 après la guerre du Golfe. La réponse de l’administration Bush à Bustani a été rapide : John Bolton, alors sous-secrétaire d’État, lui a donné vingt-quatre heures pour démissionner ou en subir les conséquences. Pour l’administration Bush, le renversement de l’Irak était une affaire bien trop importante pour que la vérité y fasse obstacle.

Comparez cela à la ligne de conduite adoptée par John F. Kennedy lors de la crise des missiles cubains. La crise elle-même a été déclenchée lorsque des avions espions américains ont photographié des sites de missiles SS-4 soviétiques à capacité nucléaire en cours d’installation sur le sol cubain. Contrairement aux armes chimiques irakiennes, ces armes de destruction massive étaient réelles et non inventées. Malgré cette preuve factuelle, et même si cela allait à l’encontre des conseils insistants de ses militaires, Kennedy refusa d’entrer en guerre. Il refusa d’envahir Cuba, sauvant ainsi, selon toute vraisemblance, le monde de l’Armageddon.

Mais il existe un point de comparaison encore plus instructif entre les deux cas : Les efforts constants de Kennedy, dans le sillage de la crise des missiles de Cuba, pour tenter de comprendre l’Union soviétique. Le discours qu’il prononce en juin 1963 à l’American University témoigne des efforts du président pour comprendre à la fois les motivations et la réalité complexe de l’adversaire soviétique. En décrivant les deux camps comme également pris au piège « d’un cycle vicieux et dangereux, la suspicion d’un côté entraînant la suspicion de l’autre », Kennedy montre un esprit influencé par l’Iliade d’Homère. Il a loué le peuple russe « pour ses nombreuses réalisations dans les domaines de la science et de l’espace, sa croissance économique et industrielle, sa culture et ses actes de courage ». Il a reconnu les pertes massives de l’Union soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale. Au lieu de déshumaniser l’adversaire de l’Amérique, il a fait le contraire ; il a souligné notre humanité commune : « Nous respirons tous le même air. Nous chérissons tous l’avenir de nos enfants. Et nous sommes tous mortels ».

Le contraste entre le niveau de réflexion atteint par Kennedy lors de son discours à l’American University et les banalités et mensonges si régulièrement proférés par les présidents américains depuis lors ne pourrait guère être plus dramatique. Que s’est-il passé ? Comment la qualité de la pensée et du leadership américains a-t-elle pu décliner de manière aussi rapide ?

Page Smith, dans son « Histoire des États-Unis » en huit volumes, revient à plusieurs reprises sur la compétition, pendant la majeure partie de l’histoire américaine, entre ce qu’il appelle une conscience chrétienne classique et une conscience laïque démocratique. Presque dès le début, selon Smith, la seconde l’a toujours emporté sur la première. Bien que cette étude de l’historien se termine avec l’administration de Franklin D. Roosevelt, je dirais que c’est Kennedy qui a brièvement rouvert la possibilité d’une Amérique incorporant au moins certains éléments importants de la perspective chrétienne classique. Avec l’assassinat de Kennedy, cette possibilité s’est refermée. Au moment où George W. Bush et Dick Cheney sont devenus les occupants de la Maison Blanche, la conscience chrétienne classique, à part quelques fioritures rhétoriques peu convaincantes, n’était déjà plus qu’un lointain souvenir. La politique, la culture et la société américaines étaient devenues profondément technocratiques. La conscience séculière, présente dès le début, a subi une transformation ; ou, peut-être serait-il préférable de dire, s’est concrétisée en une technocratie implicite dans son idée même.

Sous la technocratie, la raison, voire la rationalité, ne sont plus reconnues comme ayant une valeur intrinsèque. Elles n’obligent plus notre accord. Au contraire, elles sont désormais elles-mêmes soumises à notre volonté. La nature devient du mastic entre les mains de l’homme technologique : il n’est même plus possible de parler d’« homme ». Les acteurs qui agissent au sein de la société technologique refusent une telle dénomination. Ce sont eux qui décideront désormais technologiquement de ce que nous « sommes » et de qui nous sommes, jusqu’au cœur de notre existence biologique.

Ce milieu culturel américain présente deux aspects, deux vecteurs de fonctionnement. D’une part, nous avons les révolutionnaires de « gauche » et les adeptes des cours accélérés sur Karl Marx et Michel Foucault qui, en nombre surprenant, ont récemment fait irruption sur les campus universitaires américains. Et puis nous avons, d’autre part, le nombre étonnamment élevé d’entreprises mondiales et, en particulier, tous les grands géants des médias sociaux qui, en tant que groupe, ont embrassé cette « révolution ». Ces derniers, en particulier, contribuent à discipliner le discours public afin qu’il reste conforme à la nouvelle idéologie.

Le dernier livre de Rod Dreher, Live Not By Lies, constitue une introduction utile à ce nouveau monde woke. La méthodologie de Dreher repose sur une vaste comparaison entre les États-Unis et l’URSS/Russie. Au cours de ces comparaisons, Dreher tombe parfois lui-même dans le piège du raisonnement technologique, par inadvertance. Néanmoins, son analyse est révélatrice. Elle montre comment ces entreprises et ces soldats wokes expriment une seule et même « civilisation » profondément technocratique.

Dreher prend l’Union soviétique et ses satellites d’Europe de l’Est comme l’exemple paradigmatique d’un ordre politique fondé sur le mensonge. Mais quel genre de « mensonges » a-t-il à l’esprit ?

Tout d’abord, l’athéisme. Pour Dreher, la négation par le système soviétique de la vérité de la foi chrétienne, une négation rendue nécessaire par son credo marxiste-léniniste fondateur, le matérialisme dialectique, est majeur. Le point central, pour Dreher, est qu’un système fondé sur l’athéisme est lui-même, pour cette même raison, déjà fondé sur un mensonge.

Il accorde aussi une attention considérable aux défis moraux auxquels sont confrontés les croyants qui vivent dans une société qui considère la foi comme dangereuse, ou en tout cas comme quelque chose qui appartient entièrement au passé. Dans une telle société, il est difficile, et parfois même dangereux, de vivre ouvertement sa foi. Dans les années 1920 et 1930, lorsque plusieurs milliers de prêtres et de croyants orthodoxes ont été raflés et ont péri dans le goulag de Josef Staline, le danger était mortel. Bien qu’après la Seconde Guerre mondiale et la mort de Staline en 1953, la situation en Russie ait progressivement connu d’importants changements qui ont considérablement facilité la vie des croyants, il n’en reste pas moins que, pendant la majeure partie de la période soviétique, l’expression ouverte de la foi religieuse pouvait au minimum briser votre carrière.

Le deuxième exemple de « vie par le mensonge » cité par Dreher concerne l’exigence de conformité idéologique du système soviétique. Le matérialisme dialectique était l’idéologie régnante, et l’appareil du parti communiste faisait savoir quelle interprétation de cette idéologie devait être considérée comme faisant autorité. Dans un tel système, écrit Dreher, le Parti lui-même devenait « la seule source de vérité ». Les écoliers devaient dire ce que l’idéologie exigeait d’eux au lieu de refléter dans leurs papiers ce qu’ils pensaient honnêtement.

S’appuyant sur ces deux thèmes, Dreher établit une série de parallèles entre ce qu’il appelle l’empire totalitaire soviétique et le « totalitarisme mou » actuellement installé par les révolutionnaires woke. Ces derniers partagent avec les premiers bolcheviks ce que l’on pourrait appeler une faute sociologique. Ils divisent les gens en deux catégories, les oppresseurs et les opprimés. Pour les bolcheviks, les oppresseurs étaient la bourgeoisie propriétaire, et les opprimés étaient les pauvres sans propriété, les paysans et les ouvriers d’usine. Pour les révolutionnaires américains, les oppresseurs sont désormais les chrétiens blancs, masculins et hétérosexuels, tandis que les opprimés sont les minorités sexuelles et les personnes de couleur [et les femmes, NdSF].

Une telle pensée par catégories sociologiques entraîne un échec de la raison. Bien que Dreher n’utilise pas le terme, cela implique également l’adoption du moralisme. Dreher note comment, pour une génération nourrie par Marx et filtrée par Foucault, la raison objective n’existe pas. La rationalité n’est plus considérée comme également disponible entre tous. La raison ne fait plus autorité. Ce qui compte, c’est la position de pouvoir de chacun, et le pouvoir est considéré comme une fonction de la catégorie (oppresseurs ou opprimés) à laquelle quelqu’un appartient. La similitude avec les premiers bolcheviks est en effet très frappante. Du point de vue des praticiens actuels de la justice sociale et autres idéologies wokenistes, note Dreher, l’ennemi ne peut être raisonné. L’ennemi ne peut qu’être vaincu. Ceux qui résistent à l’imposition de nouvelles doctrines par les révolutionnaires sont, prétendument, « en train de pratiquer la « haine » ».

D’autre part, alors que le conformisme idéologique soviétique s’appliquait du haut vers le bas, dans le cas américain, il est plus distribué. Évoquant des thèmes qui rappellent l’essai controversé du metteur en scène russe Konstantin Bogomolov, « Le viol de l’Europe 2.0 », Dreher écrit :

Le totalitarisme [occidental] d’aujourd’hui exige l’allégeance à un ensemble de croyances progressistes, dont beaucoup sont incompatibles avec la logique – et certainement avec le christianisme. La conformité est forcée moins par l’État que par les élites qui forment l’opinion publique, et par les entreprises privées qui, grâce à la technologie, contrôlent nos vies bien plus que nous ne voudrions l’admettre.

Les géants des médias sociaux de la Silicon Valley intensifient encore la menace totalitaire. Citant Edward Snowden, Dreher note que l’État a désormais accès, à perpétuité, aux communications de chacun, et que si le gouvernement veut cibler quelqu’un, il n’y a plus aucune raison d’espérer que la loi soit un refuge. Le résultat est la propagation d’un « capitalisme de surveillance dans des domaines auxquels les tyrans orwelliens du bloc communiste n’auraient pu que rêver », et l’émergence de ce qu’il appelle un totalitarisme doux.

Il est significatif que Dreher cite à plusieurs reprises Hannah Arendt comme autorité en matière de totalitarisme. Il cite sa thèse bien connue selon laquelle le totalitarisme tend à prendre racine dans une société d’individus déracinés, solitaires et isolés. Ces individus atomisés sont des cibles faciles pour une idéologie qui offre un sens, la possibilité de faire partie d’une cause. Un autre thème arendtien clé est la réduction de la raison à un outil pour se donner de la consistance. Une idéologie, pour Arendt, est par définition un système fermé dépourvu d’ouverture au mystère qui est la marque de la raison classique. Selon Dreher, dans la mesure où les géants américains des médias grand public et sociaux encouragent la répétition constante de mèmes et de phraséologie empruntés à la théorie critique des races et à d’autres sources de jargon progressiste, ils encouragent précisément une pensée idéologique. Citant Arendt, Dreher note que ce qui convainc les masses, au point où elles deviennent sensibles au totalitarisme, « …ce ne sont pas les faits, ni même les faits inventés, mais seulement la cohérence du système dont ils font vraisemblablement partie. »

Aux États-Unis, écrit Dreher à un moment donné, il est difficile pour le commun des mortels de ne serait-ce qu’imaginer un monde où il faut constamment mentir pour simplement exister. À intervalles réguliers, il oppose l’URSS « totalitaire » aux États-Unis « libres et prospères ». Il entend par là, bien sûr, les États-Unis tels qu’ils étaient avant qu’ils ne soient attaqués par ce qu’il appelle les Social Justice Warriors (sjws, les révolutionnaires woke susmentionnés).

C’est ici, cependant, que Dreher lui-même glisse vers un certain style de pensée technocratique. Au lieu de comprendre d’abord l’ensemble du phénomène qui se présente à lui, il s’en sert pour marquer des points et mieux vendre son récit. Sa position de missionnaire l’emporte sur son souci de vérité.

La façon dont Dreher traite le phénomène de la Russie et de l’URSS tout au long du XXe siècle manque de nuance et est parfois tout à fait réductrice. Pour Dreher, l’ensemble de l’expérience soviétique a été uniformément « totalitaire » – comme s’il n’y avait pas de différences importantes entre 1937 et 1967. Pour Dreher, tout au long de son existence, on n’a trouvé dans l’empire soviétique que mensonges, souffrance et misère matérielle.

Il est vrai que l’URSS, même après la mort de Staline en 1953, était, à bien des égards, grise : elle connaissait des pénuries chroniques de produits de consommation, le service dans les magasins et les restaurants était grossier. Il y avait, surtout dans la première période, des persécutions religieuses. Les grandes œuvres de la philosophie religieuse russe (de V. Solovyov, S. Frank, N. Berdyaev, P. Florensky, etc.) ont disparu dans des archives secrètes. La Russie soviétique avait beaucoup de choses qui méritaient d’être condamnées dans des termes tels que ceux que l’on trouve en abondance dans le volume de Dreher.

Du coup, le lecteur n’a guère de raison de se douter qu’un certain nombre de monastères et d’églises ont été autorisés à rouvrir dans l’Union soviétique de l’après-guerre, ou que des Russes ordinaires ont été baptisés, et que ceux qui n’étaient pas communistes et soucieux de leur carrière pouvaient assister aux services religieux. La majorité, bien sûr, ne souhaitait plus le faire. L’idéologie matérialiste de l’État et la propagande antireligieuse ayant eu un certain impact.

S’il est indubitable que l’Union soviétique ne possédait pas plusieurs des véritables vertus de l’Amérique de la guerre froide, il est tout aussi vrai qu’elle ne possédait pas certains des véritables défauts de l’Amérique. L’URSS n’était pas un monde centré sur l’argent. Il était plus facile de nouer des amitiés durables, et pas seulement parce que l’on avait plus de temps à leur consacrer. Les gens pouvaient choisir de consacrer leur vie à des activités aussi inutiles – et pourtant la quintessence de l’humain – que l’étude de la poésie ou la pratique du piano. Les classiques de la littérature russe du XIXe siècle étaient encore enseignés, lus et vénérés. Et puis il y a le cinéma soviétique. Quelques exemples suffiront. La nuit du carnaval (1956) et L’ironie du sort (1976) d’Eldar Ryazanov sont des chefs-d’œuvre d’humanité et même de joie. Andrei Rublev d’Andrei Tarkovsky, sorti en 1971 (bien qu’il ait été édité), était imprégné d’un sens tragique et d’une beauté spirituelle. Pendant une grande partie de la période soviétique, les émissions de radio, de télévision et de théâtre destinées aux enfants étaient remarquables par leur chaleur et leur bon goût. Le contraste binaire de Dreher incarne précisément une logique technocratique de simplification excessive.

Le philosophe italien Augusto Del Noce a noté que, du point de vue de la civilisation technologique dirigée par l’Occident, la révolution marxiste en Russie était considérée globalement comme une chose positive, infiniment préférable à l’ordre tsariste antérieur, avec sa foi chrétienne embarrassante et son manque de démocratie. Le matérialisme marxiste permettrait à la Russie d’« évoluer » progressivement dans la direction nécessaire. En fin de compte, l’Occident, grâce à ses attraits supérieurs, surmontera le marxisme en s’appropriant les côtés négatifs du marxisme tout en abandonnant l’humanisme résiduel du marxisme. Déjà en 1969, Del Noce écrivait que la société technologique occidentale imitait la méthode marxiste dans le sens où elle rejetait ce que Marx avait rejeté – en premier lieu le christianisme et Platon. Par contre, la société technologique va à l’encontre du marxisme en instituant un individualisme absolu. Une telle inversion donne à « la civilisation technologique la fausse apparence d’être « une démocratie » et la continuité de l’esprit du libéralisme. »

Live Not By Lies de Dreher présente le thème classique d’une guerre froide entre un Ouest essentiellement bon et libre et un Est essentiellement mauvais et pas libre. Cela rend d’autant plus choquant le fait qu’un des interlocuteurs hongrois de Dreher observe que les trente précédentes années de « liberté » ont détruit plus de mémoire culturelle en Hongrie que toute autre époque précédente. « Ce que ni le nazisme ni le communisme n’ont pu faire, le capitalisme libéral victorieux l’a fait », lui dit un professeur hongrois. L’idée libérale occidentale a abouti à un déracinement plus complet de la personne du « passé et de ses traditions, y compris de la religion » que ce que l’ère communiste avait réussi à faire.

De même, Timo Krizka, cinéaste slovaque et chroniqueur de la persécution des fidèles à l’époque communiste, a déclaré que la prospérité et la liberté occidentales – la liberté telle que l’Occident la définit – n’avaient pas grand-chose à voir avec les aspirations de ces chrétiens qu’il avait fini par admirer. Ils avaient trouvé un sens même à leurs souffrances et vivaient dans la joie malgré le peu qu’ils possédaient. Ce que Krizka a découvert, écrit Dreher, c’est que « l’idée libérale séculaire de la liberté si populaire en Occident … est un leurre ». Il s’est avéré que le fait de se libérer de tout engagement contraignant (envers Dieu, le mariage, la famille) « est un chemin vers l’enfer ».

Cela renverse le thème narratif précédent de Dreher. Le mouvement qui s’éloigne du « mensonge » et qui, comme on nous l’avait laissé entendre, avait un caractère spatial – un mouvement qui s’éloigne de l’Est (de « la longue main de Moscou », du communisme, de la Russie, etc.) et qui se dirige vers l’Occident, idéalement vers les États-Unis, s’avère plutôt être de nature civilisationnelle. Bien sûr, Dreher nous dit que l’Occident lui-même évolue dans des directions analogues à l’ancien ordre communiste. C’est bien le cas. Mais nous voyons maintenant un point très différent émerger. Le cœur même de l’idéal de la civilisation libérale, un idéal, de plus, très ancien en Occident, s’avère, selon Dreher, être un mensonge.

Dreher cite le travail du philosophe catholique Michael Hanby, l’un des critiques les plus perspicaces de la modernité libérale. Hanby décrit ce qui pourrait s’avérer être le fil conducteur reliant le détournement actuel de l’Occident révolutionnaire de la nature biologique, de toute forme traditionnelle, et son apparente adhésion à une nouvelle « utopie » technologique aux qualités dystopiques évidentes. Les deux mouvements trouvent leur source ultime dans cette habitude de pensée qui a défini la modernité libérale pendant des siècles : le mythe du progrès et la science conçue comme le moteur de ce progrès. Pour Hanby, la révolution sexuelle en constante évolution « est au fond, la révolution technologique et sa guerre perpétuelle contre les limites naturelles appliquées extérieurement au corps et intérieurement à la compréhension de soi ».

Le défi que la pensée technocratique pose à la notion de vérité et de mensonge est fondamental. La perspective technologique se développe à partir du positivisme implicitement ou explicitement adopté, sinon par toute la « science » occidentale en tant que telle (certainement pas par toute la physique ou la science cognitive occidentale), du moins par le scientisme qui est à la mode dans le monde occidental éduqué depuis au moins le début du XIXe siècle.

Pour la science ainsi comprise, la connaissance ne peut avoir de valeur que dans la mesure où elle sert des fins pratiques. Mais si seul ce qui est du domaine de la réalité matérielle est reconnu comme réel, alors ce qui est privilégié par rapport à tout le reste est la transformation de la matière, une transformation orientée vers un contrôle toujours plus grand.

Une autre conséquence est la négation de la métaphysique et l’affaiblissement de la tradition. Del Noce aide à clarifier pourquoi cela doit être le cas. Si la notion platonicienne de vérité (qui n’est que « métaphysique ») ne fait plus autorité et si, par conséquent, la vérité ne peut plus être considérée comme étant au-dessus de nous, alors pourquoi devrions-nous la révérer, pourquoi la considérer comme quelque chose de sacré ? La société technologique rejette toute révérence de ce genre. Notez, cependant, ce qui se passe ensuite. Une vérité aussi banalisée devient rapidement ennuyeuse. D’où l’adoration de la nouveauté, d’où la destruction joyeuse de toute tradition, qui est en soi la seule « tradition » encore honorée par l’homme technocratique.

Certes, bien avant le début du XIXe siècle, la pensée occidentale (Francis Bacon, Niccolo Machiavel, John Locke et leurs héritiers) avait déjà rejeté la nature telle qu’elle était comprise par les traditions de la pensée aristotélicienne et platonicienne et les formes de christianisme de l’Orient et de l’Occident influencées par celles-ci. Dans cette conception antérieure, non technocratique, de la nature, toutes les choses créées ont une orientation significative vers leur forme idéale, ou telos. C’est leur nature. En l’absence d’une forme juste pour quoi que ce soit, en l’absence de nature, comme l’a également reconnu Martin Heidegger, tout ce qui reste est de la matière nue au sens d’une « ressource » attendant d’être modelée par une volonté extérieure. L’ordre technocratique est profondément volontariste.

Si ce que nous savons du monde n’est pas conditionné ou limité par ce que les choses sont, dans leur nature même, alors qu’est-ce qui nous empêche de remplacer ce qu’on appelait la nature par ce que nous fabriquons nous-mêmes ? Qu’est-ce qui nous dissuade de supposer que « ce qui existe de plus fondamental » est ce que nous fabriquons nous-mêmes ? Du point de vue du mode de connaissance technologique, comme l’a souligné le philosophe canadien George Grant, les processus de « connaissance » et de « fabrication » commencent à se confondre. Sous la technocratie, l’état d’esprit technologique atteint son apogée : désormais, le sens même de la vérité change, tout comme la notion de mensonge. La vérité est ce que nous fabriquons. Ce que l’on appelait autrefois un mensonge peut être considéré maintenant comme une simple étape de ce processus de fabrication.

La connaissance technologique ne nous laisse plus que deux façons d’être dans le monde : le contrôle ou le conflit. Il n’est plus possible de simplement « laisser être » ce qui n’est pas entièrement sous notre contrôle. Tout comme la vérité ne suscite plus de révérence, les « choses », quelles qu’elles soient – arbres, nations, rochers, visages humains – ne suscitent pas non plus de révérence. Comme le dit Grant, tout ce que nous pouvons devoir, au sens d’un devoir ou d’une obligation nécessaire envers un autre être, « est toujours provisoire par rapport à ce que nous désirons créer ». En d’autres termes, ce qui est « dû » à quelque chose est toujours d’abord soumis à notre propre volonté. La volonté technocratique est autonome et « libre » spécifiquement dans le sens où elle n’est pas entravée par un ordre, un telos ou une obligation antérieurs.

Le rationaliste de style kantien répondrait, bien sûr, que les lignes de démarcation, les principes limitatifs, sont, après tout, fixés ici par l’autonomie et la dignité a priori de chaque sujet, ou personne. Mais quelle est la source de cette dignité ? C’est que nous sommes des créatures capables de concevoir notre propre loi. Et pour cette loi ainsi comprise, faut-il autre chose que la cohérence ? Dans sa forme moderne et vulgarisée, la grandeur de la pensée d’Emmanuel Kant produit le prétendu « ordre fondé sur des règles » sur lequel les États-Unis fondent la légitimité de leur vision de l’ordre international. Mais un tel « ordre » se passe du droit, et ce dans plusieurs sens. Comme je l’ai soutenu ailleurs, un ordre fondé sur le droit exige précisément la permanence et la disponibilité de la vérité – au minimum une capacité à déterminer de manière fiable ce qui n’est pas vrai.

C’est précisément cette capacité qui n’existe plus dans l’ordre technocratique. Si la réalité et la vérité peuvent être créées, fabriquées, alors le waterboarding peut servir de moyen suffisamment fiable de découverte juridique. Le waterboarding, en tant que moyen d’interroger les prisonniers américains, est devenu populaire bien avant toute apparition de la gauche « woke » dans la vie américaine.

Cela nous amène à une omission notable dans le récit de Dreher sur ce que signifie « ne pas vivre de mensonges ». L’instrumentalisation de la raison est en effet une pratique répandue parmi ceux que Dreher appelle les Social Justice Warriors susmentionnés. L’utilisation, ou plutôt l’abus de la raison n’est cependant pas une invention originale des sjws. C’est depuis longtemps un trait caractéristique de la modernité libérale en tant que telle. En même temps, dans le développement historique actuel du technologisme volontariste, c’est l’État américain de sécurité nationale qui a affiné cette approche en faisant de cette instrumentalisation de la raison l’outil le plus vital de son arsenal. Le résultat a été ces « manipulations de l’information » qui ont remplacé ce qu’on appelait autrefois les « nouvelles ». En effet, ces manipulations de l’information ne sont plus le fait d’une seule agence, mais de l’ensemble du gouvernement et même de l’ensemble du bloc politique.

Alors pourquoi blâmer Black Lives Matter ? Si la « majesté de la loi » – représentée par l’État lui-même, même si l’État, sans le reconnaître, a corrompu le sens même de la loi – modèle pour le reste de la société d’une imposition volontariste de sa volonté, pourquoi être surpris lorsque les citoyens d’un tel gouvernement imitent de manière radicale ce que l’État lui-même a déjà béni ? Si la loi modèle le volontarisme comme la forme idéale (aujourd’hui technologiquement comprise) de la « raison » moderne, pourquoi s’étonner que la « raison » des citoyens soit également corrompue ?

Il ne s’agit en aucun cas de prendre le parti des wokes. Leur défense moralisatrice de catégories toujours nouvelles d’opprimés s’auto-détruit de toute façon. D’une part, Dreher décrit avec précision leur cynisme révolutionnaire vis-à-vis de la « vérité », leur rejet de la « raison ». D’autre part, il se peut que les révolutionnaires aient parfois raison de voir clair dans les tromperies d’un pouvoir qui se cache derrière un ersatz de « raison » – Foucault, après tout, n’avait pas entièrement tort. Le problème est le suivant : même les biens réels que les sjws peuvent occasionnellement défendre deviennent finalement sans défense dès que leur propre logique est adoptée. Comme l’a dit D.C. Schindler :

La dignité humaine repose sur le fait que, lorsque l’ordre social s’effondre, face à l’oppression et à la force aveugle du pouvoir, on peut toujours se positionner par rapport à la vérité. Mais si le fondement ultime de la vérité est lui-même suspendu… alors il n’y a pas d’endroit où se tenir.

Arendt, bien connue pour ses études sur le totalitarisme, est moins souvent considérée comme une personne préoccupée par la transformation des États-Unis en un tel système idéologique. Bien qu’elle n’ait peut-être pas utilisé le terme « technocratie », Arendt était très préoccupée par une tendance au sein de la haute politique américaine qui abandonnait son souci de la réalité, et donc son engagement envers l’ordre factuel qui existe indépendamment de notre volonté. Dans son commentaire sur les Pentagon Papers, par exemple, Arendt note que les hauts fonctionnaires de l’exécutif substituaient régulièrement au monde factuel un monde qu’ils avaient simplement fabriqué, un monde basé sur les apparences.

Arendt a fait allusion à des préoccupations similaires lorsqu’elle a écrit, dans son essai intitulé « Vérité et politique », que :

…enfin, et c’est peut-être le plus troublant, si les mensonges politiques modernes sont si gros qu’ils nécessitent un réarrangement complet de toute la texture factuelle – la création d’une autre réalité, pour ainsi dire, dans laquelle ils s’inséreront sans couture, fissure ou cassure, exactement comme les faits s’insèrent dans leur propre contexte original – qu’est-ce qui empêche ces nouvelles histoires, images et non-faits de devenir un substitut adéquat à la réalité et à la factualité ?

Y a-t-il des raisons suffisantes pour supposer que, déjà ici, Arendt pensait non seulement aux régimes infâmes des années 30 en Allemagne et en URSS, mais aussi aux États-Unis tels qu’ils évoluaient déjà à son époque ? Au moment où elle écrit cet essai, en 1967, deux mensonges majeurs se sont déjà institutionnalisés aux États-Unis, même si l’un s’avère plus réussi que l’autre. Le premier concerne la guerre du Vietnam. Les nombreux mensonges qui ont rendu cette guerre possible ont finalement été rendus publics lorsque Daniel Ellsberg a divulgué les « Pentagon Papers » en 1971. Arendt a consacré une attention considérable à ce rapport et à l’obsession malsaine de l’exécutif pour la « fabrication d’images« . D’autre part, les mensonges entourant les assassinats des années 1960 n’avaient pas encore, à l’époque, été rendus entièrement publics, et ils ne le sont toujours pas.

En ce qui concerne l’assassinat de John F. Kennedy, Arendt, dans sa dernière interview, en octobre 1973, remarquait :

Je pense que le véritable tournant dans toute cette affaire a été en effet l’assassinat du président. Peu importe comment vous l’expliquez et peu importe ce que vous savez ou ne savez pas à ce sujet, il est tout à fait clair que maintenant, vraiment pour la première fois dans une très longue période de l’histoire américaine, un crime direct a interféré avec le processus politique. Et cela a en quelque sorte changé le processus politique.

Sa déclaration « cela a en quelque sorte changé le processus politique » est remarquable. Elle fait référence à la naissance de l’utilisation systématique du « mensonge » qui change la réalité dans la politique américaine, l’utilisation d’une technologie capable d’assurer la création réussie d’une nouvelle réalité qui peut, comme Arendt l’a dit, se substituer à « la réalité et la factualité. » Dans cette même interview, à la question de savoir ce qui motive « l’arrogance du pouvoir » de l’exécutif, elle répond : « C’est vraiment la volonté de dominer, pour l’amour du ciel. Et jusqu’à présent, cela n’a pas réussi, car je suis toujours assise avec vous à cette table et je parle assez librement … d’une certaine manière, je n’ai pas peur. »

Dans le sillage de l’assassinat – je devrais dire les assassinats, car les décès de John F. Kennedy, Robert Kennedy et Martin Luther King faisaient bien sûr tous partie de la même série – l’atmosphère spirituelle et intellectuelle des États-Unis a subi un changement radical. L’humaniste de formation classique, pourtant déjà une rareté, a tout simplement disparu de la politique américaine. « Le sexe, drogue et rock-and-roll », le mysticisme, J.R.R. Tolkien, bien que de manière très différente, ont également servi à détourner beaucoup d’autres personnes du contact avec la vraie politique. Ceux qui étaient encore attirés par la politique ne pouvaient être que de deux types. L’un était l’« idéaliste » à la Ronald Reagan qui embrassait une version fantaisiste de l’Amérique et du monde en général. L’autre était le réaliste autoproclamé, le technocrate. Arendt, dans ses réflexions sur les Pentagon Papers, a décrit ces technocrates et « résolveurs de problèmes » comme des hommes intelligents qui, « à un degré plutôt effrayant », sont au-dessus de tout sentimentalisme. Ils mentent systématiquement, non pas parce qu’ils manquent de toute intégrité, mais simplement « parce que cela leur donne un cadre dans lequel ils peuvent travailler. » Le divorce total entre l’acte et sa signification profonde crée en effet le cadre idéal pour un travail sans fin.

Ce même type psychologique en est venu progressivement à occuper tous les bureaux de tous les buildings des think tanks de Washington et de Crystal City. Ce sont eux qui, après la chute de l’Union soviétique, ont élaboré les plans visant à décimer une demi-douzaine de pays au Moyen-Orient et en Asie centrale, après l’avoir déjà fait en Asie de l’Est et en Amérique centrale des années 1960 aux années 1980. Ce sont eux qui ont parsemé leurs discours de bons mots tels que « Tous les dix ans environ, les États-Unis doivent prendre un petit pays minable et le jeter contre le mur, juste pour montrer au monde que nous sommes sérieux ». Rien ne fournit une base plus vigoureuse pour l’action et le contrôle que la peur, et les technocrates se mettent donc volontiers à créer les menaces qui suscitent cette peur toujours si utile.

On pourrait continuer ainsi. D’une manière générale, l’impact de ces assassinats a été le suivant : il a contribué à l’émergence d’une culture américaine qui, si elle n’est pas littéralement terrifiée par la pensée, l’évite au moins autant qu’il est humainement possible. Il est plus sûr de s’en tenir au scénario pré-approuvé.

Maintenant que le monde dans son ensemble, ou en tout cas les grandes puissances, adoptent la technocratie, le problème du mensonge en politique, ainsi que la signification de la « vérité » et de la « réalité », doivent être réévalués. Il ne suffit plus de critiquer le mensonge en termes moraux. Seule une critique philosophique et théologique peut avoir un espoir d’adéquation avec le défi que représente la technocratie, notre nouvelle (anti) civilisation mondiale.

Une fois que le savoir technologique devient omniprésent, la « réalité » ne peut plus agir comme une limite ou une discipline contre le mensonge. Entre l’assassinat de Kennedy et aujourd’hui, en ce milieu d’année 2021, il y a eu de nombreux cas de création technocratique de nouvelles « réalités » englobantes accomplies par l’utilisation de ce que l’on appelait autrefois des « mensonges ». Le Russiagate vient certainement à l’esprit. Tout comme l’opération Timber Sycamore en Syrie. Tout comme ce fameux suicide dans une prison de New York, en août 2019, d’une personne également apparemment liée aux milieux du renseignement [Epstein, NdT]. Nous n’avons ni le temps ni l’espace pour développer tous ces exemples ici, et de toute façon, il serait inutile de le faire, sauf, peut-être, dans une nouvelle itération du Samizdat.

L’Empire romain a persisté pendant des siècles sans aucune dévotion notable à la vérité. C’est en tout cas l’avis de Simone Weil [la philosophe, NdSF]. La Rome antique a démontré l’efficacité de la combinaison du pouvoir absolu, d’une part, et du maintien d’une réputation de grandeur, d’autre part. Cette méthode de domination humaine reposait sur une abondante autopromotion complétée par un système de propagande omniprésent. Cette même propagande était d’autant plus convaincante qu’elle suscitait l’effroi par l’usage massif de la force déployée contre quiconque y résistait. Dans ses Réflexions sur les origines de l’hitlérisme, Weil a trouvé dans la Rome antique l’inspiration originelle de cette puissance qui, au moment même où elle écrivait, terrorisait la France et la majeure partie du reste du continent européen.

La Rome antique était avant tout un système volontariste, même si ce n’était pas, du moins au sens de ce terme que nous avons exploré plus haut, un système technocratique. Certes, sa conception de la nature et de la science différait grandement de celle de la Grèce antique. Ce qui préoccupait Rome avant tout, selon Weil, c’était son prestige. « Toutes ces cruautés [le traitement réservé par Rome à Carthage, entre autres massacres] constituaient le moyen d’élever son prestige. Le principe central de la politique romaine (…) était de maintenir son propre prestige dans toute la mesure du possible, et quel qu’en soit le prix. » Plus loin dans l’essai, elle ajoute que « rien n’est plus essentiel à une politique fondée sur le prestige que la propagande. »

Je me demande souvent si, si Simone Weil écrivait aujourd’hui, elle aurait vu dans les États-Unis le digne successeur de la Rome antique. Certains indices, parsemés dans ses écrits, laissent penser qu’elle aurait pu être encline à aller dans ce sens. Dans « A Propos de la question coloniale », elle écrit :

Nous savons bien qu’il existe un grave danger d’américanisation de l’Europe après la guerre, et nous savons ce que nous perdrions si cela devait arriver. Ce que nous devrions perdre, c’est cette partie de nous-mêmes qui s’apparente à l’Orient. … il semble que l’Europe ait périodiquement besoin de contacts authentiques avec l’Est afin de rester spirituellement vivante… l’américanisation de l’Europe conduirait à l’américanisation du monde entier.

Weil s’inquiète que la domination de l’Amérique après la guerre signifie que « l’humanité dans son ensemble perdra son passé. »

Ce que Weil craignait s’est presque déjà produit. Certes, que ce soit l’Amérique ou un autre pays qui agisse comme moteur de l’ordre technocratique n’a, en fin de compte, que peu d’importance. Tant qu’une grande puissance – les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Allemagne, etc. – adopte la technocratie, cela déclenche un mécanisme de rétroaction qui rend presque impossible pour toute autre nation de faire un choix civilisé. Aujourd’hui, la Russie craint clairement que le rejet de l’approche technologique ne fasse d’elle une proie facile pour les prédateurs extérieurs, et son alliance croissante avec la Chine n’est guère propice à l’abandon de la technocratie. Et pourtant, de toutes les grandes puissances, seule la Russie a les moyens historiques de s’engager résolument dans une autre direction.

Il fut un temps, qui semble s’être achevé au milieu de l’administration Trump, où les conseillers du Kremlin conseillaient d’embrasser la tradition russe, influencée par le christianisme byzantin, d’une rationalité fondée sur la métaphysique. Ils ont fait valoir qu’un tel traditionalisme constituerait un exemple attrayant, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Russie, et qu’il aurait l’avantage supplémentaire de relier la politique russe à quelque chose que de nombreux Russes ordinaires pourraient respecter et pour lequel ils éprouveraient de l’affection. (Le problème de la conciliation de la politique – en particulier d’une politique qui embrasse la vérité – et de la nécessité pour un public de ressentir une affection authentique pour son pays et son passé, est apparu au grand jour dans de nombreux pays ; aux États-Unis, il est au cœur même d’une crise nationale). En attendant, le résultat de ces efforts des conseillers du Kremlin reste, au mieux, assez ambigu. Les politiciens sont des pragmatiques. Ce qui n’apporte pas de résultats est généralement rejeté, et les ouvertures vers le monde extérieur fondées sur la « tradition » n’ont rien apporté à la Russie.

Est-il possible de terminer sur une note d’espoir ? Je ne peux pas parler pour la Chine. D’ailleurs, je ne peux pas non plus parler pour l’Angleterre, l’Allemagne ou la France. Quoi qu’il en soit, ce que j’ai vu de la Russie d’aujourd’hui suffit à entretenir l’espoir que, si les États-Unis ou toute autre grande puissance amorçait de manière inattendue une rupture avec le projet technocratique, pour embrasser au contraire la tradition de la rationalité qui considère la vérité comme sacrée, il y a de bonnes chances, dès aujourd’hui, qu’elle soit accueillie par la réciprocité de la Russie et, le cas échéant, par le pardon.

Nous devons, bien sûr, mettre de côté les notions romantiques sur les Russes. Certains sont matérialistes. Certains sont des technocrates. Certains sont des tricheurs. Comme tout autre peuple, les Russes ont beaucoup de défauts. Pourtant, il reste en Russie un contingent non négligeable de personnes qui n’ont pas encore oublié leur tradition millénaire et qui murmurent parfois, avec émotion, la phrase : « Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». Ces personnes, que l’on appelle des chrétiens, ont encore au moins une base solide sur laquelle s’appuyer en Russie. Pouvons-nous en dire autant en Occident ?

Paul R. Grenier est le président et fondateur de Centre Simone Weil pour la philosophie politique

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

L’establishment de la politique étrangère américaine est incroyablement stupide

Par : Wayan

Par Moon of Alabama – Le 3 septembre 2021

L’establishment de la politique étrangère américaine est incroyablement stupide :

A cause de son retrait de l'Afghanistan, Biden s’est mis à dos l'establishment de la politique étrangère, New York Times, 1er sept. 2021

"L'establishment de la politique étrangère s'est trompé en Irak, où les États-Unis sont allés trop loin", a déclaré Richard N. Haass, président du Council on Foreign Relations. "Nous nous sommes trompés en Libye, nous nous sommes trompés au Vietnam. Mais à part cela, au cours des 75 dernières années, l'establishment de la politique étrangère a fait la plupart des choses correctement."

Qu’est-ce que l’« establishment » de la politique étrangère a fait correctement ?  Il est amusant de constater qu’il ne cite pas un seul cas de réussite.  C’est probablement parce qu’il n’y en a pas.

"Ma plus grande inquiétude est que les États-Unis entrent peut-être dans une ère de sous-exploitation", a déclaré M. Haass, qui a servi dans l'administration de George W. Bush. "L'histoire montre qu'il y a autant de risques à ne pas aller assez loin qu'à aller trop loin."

Ne pas aller trop loin = ne pas mener et perdre des guerres d’agression illégales ? S’il vous plaît, quel est le risque avec ça ?

Voilà le vrai problème :

Micah Zenko @MicahZenko - 0:38 UTC - 3 sept. 2021

L'establishment de la politique étrangère ne fait généralement pas d'auto-analyse. Les dirigeants et les bailleurs de fonds ne l'exigent pas, l'accent est intrinsèquement orienté vers le futur, et l'analyse prédictive si infalsifiable que l'évaluation est impossible.

Ce phénomène va au-delà de l’establishment :

Pourquoi les États croient aux idées folles : Pas d’auto-analyse faite par les États et les sociétés – MIT, 10 janvier 2002

Les théoriciens de l'organisation notent que les organisations sont de piètres auto-évaluatrices ; je soutiens ici que les États souffrent du même syndrome.

Ce défaut d'auto-évaluation entrave l'apprentissage national et permet aux perceptions erronées de se développer. Les mythes, la fausse propagande et les croyances anachroniques persistent en l'absence d'institutions d'évaluation solides qui testent les idées en fonction de la logique et des preuves, et qui éliminent celles qui échouent. En conséquence, l'apprentissage national est lent et l'oubli est rapide. L'environnement extérieur n'est perçu que faiblement, à travers un brouillard de mythes et de perceptions erronées.

Les États qui perçoivent ainsi leur environnement de manière erronée sont condamnés à ne pas s'y adapter, même si les sanctions dues à cet échec sont élevées. Aveugles aux incitations auxquelles ils sont confrontés, ils réagiront de manière inappropriée, même s'ils acceptent en théorie la nécessité de s'adapter.

C’est également la raison pour laquelle les États-Unis écoutent, encore et toujours, les mêmes personnes toujours aussi stupides.

Micah Zenko @MicahZenko – 15:44 UTC – 21 Aout 2021

C'est triste de voir que tant d'experts, d'universitaires et d'anciens fonctionnaires, qui se trompent régulièrement et ne s'excusent même pas, continuent d’être sollicités pour leur sagesse en matière de politique étrangère.

Non seulement il n'y a aucune obligation de rendre des comptes, mais l'obstination à se tromper est constamment récompensée par les gardiens des médias, les groupes de réflexion, le secteur privé, etc.

Chaque intervention américaine invraisemblable ou guerre désastreuse a été fortement encouragée par des intellectuels et des experts publics - souvent les mêmes 3 ou 4 douzaines de personnes.

Enfin, étant donné que les États-Unis ont une telle influence sur le reste du monde, les débats sur les choix spécifiques en matière de politique étrangère ne peuvent continuer à être menés par les mêmes voix qui se trompent régulièrement. Le monde a besoin de bien mieux.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

Pour contrer l’hostilité des États-Unis, la Chine prend des décisions politiques axées sur son peuple

Par : Wayan

Par Moon of Alabama – le 1 septembre 2021

En décembre 2001, la Chine est devenue membre de l’Organisation mondiale du commerce. Cela a ouvert de nouveaux marchés pour l’industrie chinoise et a attiré de nombreux investissements étrangers.

La croissance de son PIB depuis lors est époustouflante.

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Ce développement a permis à la Chine de réaliser d’énormes investissements dans les infrastructures. Il a également généré les ressources nécessaires pour éliminer la pauvreté.

Ce n’est pas une coïncidence si ce développement s’est produit alors que les États-Unis gaspillaient leur argent dans des guerres au Moyen-Orient. Alors que les États-Unis se retirent peu à peu de ces guerres pour affronter la Chine, le pays doit se préparer à ce nouvel environnement.

L’introduction de plus en plus de caractéristiques capitalistes dans l’économie chinoise au cours des 20 dernières années a créé des déséquilibres. Les entreprises ont tenté d’ignorer ou d’influencer les structures et réglementations gouvernementales. Les entreprises ont abusé de leurs travailleurs. La spéculation des riches a créé des bulles sur les marchés immobiliers. Les excès culturels qui ont mis l’accent sur l’individualisme ont menacé l’unité nationale.

Ces déséquilibres ont fait que la description de l’économie chinoise en tant que « socialisme aux caractéristiques chinoises » semble vide. À long terme, ils entraîneraient le mécontentement d’une grande partie de la population à l’égard de l’establishment politique au pouvoir. Il était grand temps d’éliminer les excès que le développement ultra rapide avait engendrés.

Le gouvernement devait agir pour éviter de futurs conflits internes. Depuis la fin de l’année dernière, il le fait avec la même efficacité qui lui a permis d’arrêter et d’éliminer les épidémies de Covid-19. Il le fait impitoyablement, sans se soucier de la valeur des actions boursières ou l’intérêt des investisseurs.

Il y a six semaines, je me suis opposé à la position de Stephen S. Roach sur les nouvelles réglementations chinoises et j’ai expliqué pourquoi le grand public chinois ne se soucie pas des « investisseurs » et soutiendra ces mesures.

Depuis lors, la campagne de réglementation s’est poursuivie avec une rapidité et un rythme étonnants. Voici une collection de titres, publiés depuis ma dernière prise de position, qui détaillent le développement et le déluge de nouvelles réglementations et lois destinées à remettre les choses en ordre tout en maintenant la croissance économique de la Chine.

Le nouveau slogan de cette époque est désormais « prospérité commune », une politique qui réduira les grands écarts de richesse tout en maintenant des incitations monétaires raisonnables et l’économie de marché en vie pour permettre la poursuite du développement.

Un pamphlet, rédigé par une figure maoïste mineure, qui justifie ces mesures et les replace dans un contexte politique plus large a été largement publié par les organes du Parti communiste :

Un commentaire largement publié dans les médias d'État chinois décrit la répression réglementaire du président Xi Jinping comme une "révolution profonde" qui balaie le pays et avertit que quiconque résiste s'expose à des sanctions.

"Il s'agit du retour d’une part des capitaux vers les masses populaires, c'est la transformation d’une politique centrée sur le capital à une politique centrée sur le peuple", déclare le commentaire, ajoutant que cela marquait un retour à l'intention initiale du Parti communiste. "Par conséquent, c'est un changement politique, et le peuple redevient le corps principal de ce changement, et tous ceux qui bloquent ce changement centré sur le peuple seront écartés."

L’auteur poursuit en plaçant cette « transformation profonde » dans un contexte géopolitique plus large :

"La Chine est actuellement confrontée à un environnement international de plus en plus sévère et complexe. Les États-Unis ont mis en œuvre des menaces militaires, des blocus économiques et technologiques, des frappes financières et un siège politique et diplomatique contre la Chine", écrit Li.

"Les États-Unis ont également lancé une guerre biologique, une cyberguerre et tourné l'opinion publique contre la Chine."

"Si nous devons encore compter sur les grands capitalistes comme force principale de l'anti-impérialisme et de l'anti-hégémonisme, ou si nous coopérons encore à la stratégie de 'tittytainment' des États-Unis, nos jeunes perdront leurs vibrations fortes et masculines et nous nous effondrerons comme l'Union soviétique, avant même d'être attaqués", a-t-il ajouté, affirmant que les États-Unis avaient lancé une révolution de couleur contre la Chine par différents canaux.

La "transformation profonde" en cours en Chine vise à répondre aux attaques brutales et féroces des États-Unis ainsi qu'à la situation internationale compliquée actuelle, a-t-il déclaré.

Les restrictions imposées au secteur du divertissement sont loin d'être suffisantes, car les travailleurs et les personnes ordinaires devraient devenir les personnages principaux sur les écrans. Les gens bénéficieront de l'objectif de "prospérité commune" après la réforme des secteurs de l'éducation, de la médecine et de la propriété, a-t-il écrit.

Si cela ressemble à une révolution culturelle 2.0, il est certain qu’il n’y aura pas de saccages d’étudiants maoïstes dans les bibliothèques ou de camps de rééducation pour les membres du parti.

Le capitaliste prédateur George Soros affirme dans le Financial Times que ces mesures vont condamner l’économie chinoise. (Voir ici la réponse de Michael Hudson.) Mais les personnes qui, comme Soros, s’opposent à des réglementations strictes oublient qu’il n’y aurait pas de marché sans elles. Les entreprises qui ne regardent que la valeur des actionnaires ne sont pas saines et ne permettent pas une société saine. Il suffit de regarder Boeing et les camps de sans-abri dans les villes américaines.

En dehors de leur fondement idéologique, les nouvelles mesures réglementaires sont populistes. Les masses vont les apprécier. Elles garantissent la réélection du président Xi Jinping lors du congrès national du parti l’année prochaine.

Elles renforceront l’unité de la Chine dans sa compétition avec les États-Unis.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

Les États-Unis ont un plan pour la suite des événements en Afghanistan mais ce n’est pas un plan de paix.

Par : Wayan

Par Moon of Alabama – Le 31 août 2021

Secrétaire Antony Blinken @SecBlinken - 1:34 UTC – 31 août 2021

Je veux faire savoir aujourd'hui que le travail de l'Amérique en Afghanistan se poursuit. Nous avons un plan pour la suite, et nous le mettons en œuvre.

Le nom de code du plan que le secrétaire Blinken est en train de mettre en œuvre n’a pas été communiqué officiellement. Il sera probablement appelé « Eternal Revenge » ou quelque chose dans le genre.

Les États-Unis n’ont jamais été bon perdant. Le président Biden et Blinken non plus. Ils vont se venger du tollé que leur évacuation chaotique des troupes et des civils d’Afghanistan a provoqué. Les talibans en seront tenus pour responsables, alors même qu’ils avaient, à la demande des États-Unis, escorté des groupes de citoyens américains jusqu’aux portes de l’aéroport de Kaboul.

On peut anticiper ce que leur plan implique en examinant le processus qui a conduit à la résolution d’hier du Conseil de sécurité de l’ONU sur l’Afghanistan. La résolution complète n’a pas encore été publiée, mais le rapport de l’ONU en donne l’essentiel :

Le Conseil de sécurité exhorte les talibans à assurer un passage sûr hors d'Afghanistan.

Treize des 15 ambassadeurs ont voté en faveur de la résolution, qui exige en outre que l'Afghanistan ne soit pas utilisé comme refuge pour le terrorisme.

Les membres permanents, la Chine et la Russie, se sont abstenus.

Comme la résolution ne fait que « demander instamment », elle est évidemment minimale et non contraignante. Ce n’est pas ce que les États-Unis voulaient obtenir. Ils en voulaient une beaucoup plus forte, assortie de sanctions possibles (voir « tenir les talibans responsables » ci-dessous) si les talibans ne la respectaient pas.

Avant la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies, la France et la Grande-Bretagne avaient proposé de créer une « zone de sécurité » à Kaboul. Cette demande a été silencieusement abandonnée, probablement en raison des préoccupations de la Chine et de la Russie concernant la souveraineté de l’Afghanistan.

Le 29 août, Blinken s’était entretenu avec le ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, au sujet d’une résolution contraignante. Le compte rendu du département d’État sur cet appel a été minimal :

Le secrétaire d'État Antony J. Blinken s'est entretenu aujourd'hui avec le conseiller d'État et ministre des Affaires étrangères de la RPC, Wang Yi, de l'importance pour la communauté internationale de tenir les talibans responsables des engagements publics qu'ils ont pris concernant le passage en toute sécurité et la liberté de voyager des Afghans et des ressortissants étrangers.

Le compte rendu de la Chine révèle que les sujets de discussion ont été beaucoup plus nombreux que cela :

Selon Wang, la situation en Afghanistan a subi des changements fondamentaux, et il est nécessaire que toutes les parties prennent contact avec les talibans et les guident activement.

Les États-Unis, en particulier, doivent collaborer avec la communauté internationale pour fournir à l'Afghanistan l'aide économique, l'aide à la subsistance et l'aide humanitaire dont le pays a besoin de toute urgence, aider la nouvelle structure politique afghane à assurer le fonctionnement normal des institutions gouvernementales, maintenir la sécurité et la stabilité sociales, freiner la dépréciation de la monnaie et l'inflation, et s'engager rapidement sur la voie de la reconstruction pacifique, a-t-il ajouté.

Les États-Unis ont bloqué les réserves de la Banque centrale d’Afghanistan, ont arrêté tout paiement budgétisé à l’Afghanistan et ont ordonné au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale de bloquer leurs programmes pour l’Afghanistan.

Cela paralysera toutes les fonctions de l’État afghan. La Banque mondiale est par exemple actuellement chargée de payer les enseignants et le personnel médical afghans. L’Afghanistan connaît une sécheresse et devra importer de grandes quantités de nourriture. Avec ses avoirs étrangers bloqués, il n’a aucun moyen de le faire.

La Chine est clairement consciente que l’Afghanistan connaîtra une catastrophe humanitaire si les États-Unis poursuivent leur blocus économique.

Il y a aussi le danger du terrorisme auquel les États-Unis n’ont pas su faire face :

Wang a exhorté les États-Unis, sur la base du respect de la souveraineté et de l'indépendance de l'Afghanistan, à prendre des mesures concrètes pour aider l'Afghanistan à lutter contre le terrorisme et la violence, au lieu de pratiquer la politique du deux poids deux mesures ou de combattre le terrorisme de manière sélective.

La partie américaine connaît clairement les causes de la situation chaotique actuelle en Afghanistan, a noté Wang, ajoutant que toute action à entreprendre par le CSNU devrait contribuer à apaiser les tensions au lieu de les intensifier, et contribuer à une transition en douceur de la situation en Afghanistan plutôt qu'à un retour à la tourmente.

La Chine est particulièrement préoccupée par le « Mouvement islamique du Turkestan oriental » (MITO) basé dans l’est de l’Afghanistan, que l’administration Trump avait retiré l’année dernière de sa liste de terroristes, alors que l’organisation continue de cibler la Chine. L’administration Biden n’a fait aucune tentative pour renouveler la désignation terroriste du MITO.

La Russie a les mêmes préoccupations, comme l’a expliqué son représentant permanent, Vassily Nebenzia, après s’être abstenu de voter la résolution :

Nous avons dû le faire parce que les auteurs du projet avaient ignoré nos préoccupations de principe.

Tout d'abord, en dépit du fait que le projet de résolution a été proposé dans le contexte d'une attaque terroriste odieuse, les auteurs ont refusé de mentionner État Islamique et le "Mouvement islamique du Turkestan oriental", des organisations qui sont internationalement reconnues comme terroristes, dans le paragraphe sur le contre-terrorisme. Nous interprétons cela comme une réticence à reconnaître l'évidence et une tendance à diviser les terroristes entre "les nôtres" et "les leurs". Les tentatives de minimiser les menaces émanant de ces groupes sont inacceptables.

Deuxièmement, au cours des négociations, nous avons souligné le caractère inacceptable et les effets négatifs de l'évacuation du personnel afghan hautement qualifié pour la situation socio-économique du pays. S'il subit une "fuite des cerveaux", le pays ne sera pas en mesure d'atteindre les objectifs de développement durable. Ces éléments qui sont vitaux pour le peuple afghan n'ont pas été reflétés dans le texte de la résolution.

Troisièmement, les auteurs n'ont pas tenu compte de notre proposition d'indiquer dans le document les effets négatifs du gel des avoirs financiers afghans sur la situation économique et humanitaire du pays, et de mentionner le fait que l'aide humanitaire à l'Afghanistan doit impérativement respecter les principes directeurs de l'ONU, stipulés dans la résolution 46/182 de l'AGNU.

La première préoccupation mentionnée par Nebenzia reconnait les préoccupations chinoises. La deuxième est basée sur une préoccupation que les talibans avaient soulevée lorsqu’ils ont refusé de prolonger l’évacuation par les États-Unis de la population afghane éduquée. La troisième est la plus importante.

La Russie avait proposé de lever le blocage des avoirs afghans. Les États-Unis ont rejeté cette proposition. Il est donc évident que les États-Unis ont l’intention de les maintenir en place. Ils s’en serviront pour formuler des exigences que les talibans seront incapables de satisfaire.

Dans le même temps, les États-Unis utiliseront les membres de l’ISPK (ISIS-K) et de l’« Alliance du Nord » en Afghanistan pour poursuivre la guerre et rendre impossible toute tentative de gouverner l’Afghanistan de manière fructueuse.

Ils accuseront ensuite les talibans des mauvais résultats.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

La CIA utilise ISIS-K pour garder un pied en Afghanistan

Par : Wayan

Par Moon of Alabama − Le 29 août 2021

Il y a une autre histoire derrière les récents événements terroristes en Afghanistan. Nous allons tenter de la retracer.

Au fil des ans, plusieurs rapports publiés par le Réseau d’Analystes Afghans (AAN) concernant État islamique dans la province du Khorasan (ISKP ou ISIS-K) montrent que ce groupe est composés de militants venant de groupes pakistanais. Un rapport de 2016 décrit en détail comment ils ont été encouragés par l’État afghan :

Les combattants de État Islamique qui ont créé la filiale Khorasan étaient des militants pakistanais installés depuis longtemps dans les districts du sud-est de Nangarhar, dans les montagnes de Spin Ghar ou ses contreforts, de l’autre côté de la frontière où vivaient les groupes tribaux, du côté pakistanais de la ligne Durand.

Avant de choisir de rejoindre ISKP, ces militants opéraient sous différentes marques, principalement sous l'égide du Tehrik-e Taleban Pakistan (TTP). Depuis 2010, la plupart de ces militants arrivent à Nangarhar, principalement en provenance de groupes tribaux d'Orakzai, du Nord-Waziristan et de Khyber.

Le Pakistan affirme que TTP est soutenu par le RAW, les services secrets indiens. Ils pourraient également avoir contribué à financer une autre filiale, ISKP.

Dans l'espoir de les utiliser contre le Pakistan, le gouvernement afghan a commencé à courtiser certains de ces combattants, selon certains anciens vivant dans les tribus qui participent à l'établissement des relations et qui ont abrité les militants invités. ...

Toutefois, les efforts déployés par les services de renseignements afghans, la Direction nationale de la sécurité (NDS), pour courtiser les militants pakistanais dans le Nangarhar ne se sont pas limités au Lashkar-e Islam ou aux militants de Khyber. Des anciens des tribus et des habitants d'Achin, Nazian et Kot témoignent que des combattants des filiales d'Orakzai et de Mohmand, appartenant à différentes factions du TTP, ont été autorisés à circuler librement dans la province et à se faire soigner dans les hôpitaux publics. Lorsqu'ils se déplaçaient en dehors de leur centre dans les districts du sud de Nangarhar, ils n'étaient pas armés.

Lors de conversations confidentielles avec l'AAN, des représentants du gouvernement ont confirmé ce type de relations entre des militants pakistanais et la NDS, comme en ont les anciens des tribus et les politiciens pro-gouvernementaux de Jalalabad. Ils ont décrit cet état de fait comme une réaction de représailles à petite échelle au soutien institutionnalisé, plus large et de plus longue portée, apporté par le Pakistan aux talibans afghans dans leur lutte contre le gouvernement afghan.

Le NDS de l’État afghan était une agence proxy de la CIA. Au milieu des années 1990, le chef des services de renseignement de l’Alliance du Nord, Amrullah Saleh, a été formé par la CIA aux États-Unis. Après que les États-Unis ont renversé le gouvernement taliban, Saleh est devenu le chef de la NDS. La NDS entretenait également des relations étroites avec les services secrets indiens.

Alors que les États-Unis prétendaient combattre État islamique en Irak et en Syrie (ISIS), des rapports concordants émanant de diverses parties affirmaient que des membres du noyau dur d’ISIS avaient été extraits d’Irak et de Syrie par des hélicoptères américains banalisés et transférés à Nangarhar où ils ont renforcé les militants de l’ISKP.

Hadi Nasrallah @HadiNasrallah - 1:18 UTC – 28 Aout 2021

En 2017 et 2020, la chaîne syrienne SANA rapportait que des hélicoptères américains avaient transporté entre 40 et 75 militants ISIS de Hasakah, dans le nord de la Syrie, vers une "zone inconnue". La même chose a été signalée pendant des années en Irak par l'UMP, ainsi que des rapports selon lesquels des hélicoptères américains ont largué de l'aide à ISIS.

Comme le résume Alex Rubinstein :

La liste des gouvernements, des anciens responsables gouvernementaux et des organisations de la région qui ont accusé les États-Unis de soutenir l'ISIS-K est longue et comprend le gouvernement russe, le gouvernement iranien, les médias du gouvernement syrien, le Hezbollah, un groupe militaire irakien soutenu par l'État et même l'ancien président afghan Hamid Karzai, qui a qualifié le groupe d'"outil" des États-Unis ...

Comme en Irak et en Syrie, l’utilisation par la CIA d’islamistes ultra-militants a entraîné un retour de bâton, les militants attaquant de plus en plus l’État afghan. L’armée américaine a finalement jugé nécessaire d’intervenir contre eux. Mais la lutte sur le terrain a surtout été menée par les talibans, qui ont reçu à cette fin le soutien direct de l’armée de l’air américaine.

Les opérations des talibans ont été couronnées de succès et la propagation d’ISKP dans l’est de l’Afghanistan a été bloquée. Au lieu de s’emparer ouvertement de nouvelles zones, l’ISKP a alors eu recours à des attentats-suicides sensationnels contre des cibles vulnérables à Kaboul. En mai 2021, par exemple, une voiture piégée placée devant une école de filles hazara à Kaboul a tué plus de 90 personnes, dont la plupart étaient des enfants.

La CIA et la NDS disposaient aussi de militants qui luttaient contre les talibans. Ils avaient développé et construit des forces spéciales organisées en plusieurs bataillons (NDS-01 à -04 et la Khost Protection Force (KPF)). Ces escadrons de la mort contrôlés par la CIA disposaient de leur propre soutien par hélicoptère :

Depuis 2018, la CIA est engagée dans un programme visant à tuer ou capturer des chefs militants, nom de code ANSOF, précédemment Omega. Les effectifs de la CIA sont complétés par du personnel provenant du Commandement des opérations spéciales de l'armée américaine.

Mi-2019, l'ONG Human Rights Watch déclarait que "les forces de frappe afghanes soutenues par la CIA" ont commis "de graves abus, certains équivalant à des crimes de guerre" depuis fin 2017.

Le rapport 2019 de HRW note :

Ces forces d'attaque ont tué illégalement des civils lors de raids nocturnes, fait disparaître de force des détenus et attaqué des établissements de santé pour avoir prétendument soigné des combattants insurgés. Les victimes civiles de ces raids et opérations aériennes ont augmenté de façon spectaculaire au cours des deux dernières années.

Après la prise de Kaboul par les talibans, il est devenu évident que la CIA allait devoir mettre un terme à son programme de « lutte contre le terrorisme » et qu’elle perdrait le contrôle d’une grande partie de son activité (de drogue) en Afghanistan.

Alors que Kaboul tombait, au moins une de ses unités afghanes, soit quelque 600 soldats, a reçu l’ordre d’aider à garder l’aéroport de Kaboul.

NDS 01 Unit @NDS_Afghanistan - 11:50 UTC - Aug 17, 2021

Nous viendrons

Nous servirons aussi nos compatriotes.

#انشاء_الله #Kabul #ANDSF

Les forces afghanes de la CIA se sont chargées de garder les portes et les tours :

Les Américains ont fait appel à plusieurs centaines de commandos de la Direction nationale de la sécurité de l'ancien gouvernement afghan pour limiter l'accès à certaines portes de l'aéroport, afin d'empêcher la foule de submerger l'aéroport. ...

Les commandos de l'ancien NDS devraient être parmi les derniers à quitter le pays lors de l'évacuation, servant d'arrière-garde avant d'être évacués par avion, selon des responsables américains et afghans.

Certains membres de cette unité à la gâchette facile ont eu un incident de tir ami avec des soldats allemands. Les troupes afghanes de la CIA présentes à l’aéroport vont être évacuées. D’autres unités, dont les KPF, se rendraient dans la vallée du Panjshir, où une nouvelle « Alliance du Nord », dirigée par Amrullah Saleh et Ahmad Massoud, est censée se constituer. Les talibans tentent de les traquer.

Jeudi, un kamikaze a attaqué une porte de l’aéroport de Kaboul où de nombreuses personnes attendaient d’être évacuées. État Islamique en a revendiqué la responsabilité :

L'attentat suicide de jeudi à Kaboul et la panique qui a suivi ont tué plus de 150 civils (dont une trentaine de Britanno-afghans), 28 combattants talibans et 13 soldats américains.

Avant l'attentat, un porte-parole des talibans avait déclaré à RT qu'ils avaient averti les États-Unis de l'imminence d'une attaque par ISPK.

Il est difficile de comprendre pourquoi les États-Unis, après avoir été avertis, n’ont pas pris davantage de précautions contre une telle attaque.

La plupart des victimes de l’attaque n’ont pas été causées par le kamikaze mais par les gardes postés sur le mur et dans les tours de garde entourant l’aéroport.  « La plupart des victimes » avaient des blessures par balle sur le haut du corps et les balles venaient d’en haut. Cela a maintenant été confirmé par de multiples sources :

Sangar | سنګر پیکار @paykhar - 13:02 PM – 28 Aout 2021

"La plupart des victimes de l'explosion de l'#KabulAirport n'ont pas été tuées par l'explosion mais par les balles tirées sur elles par les Américains".

Faisal, de la chaîne Kabul Lovers, a interviewé des travailleurs humanitaires à l'hôpital d'urgence de #Kaboul et voici ce qu'ils ont à dire : video

Les médias américains tentent d’ignorer ces rapports. Ce n’est qu’au plus profond d’un long article du New York Times que l’on trouve ces lignes :

Pour la première fois, des responsables du Pentagone ont reconnu publiquement la possibilité que certaines personnes tuées à l'extérieur de l'aéroport jeudi aient pu être abattues par des membres des services américains après l'attentat suicide.

Les enquêteurs cherchent à savoir si les tirs provenaient des Américains postés à la porte d'embarquement ou de État Islamique.

Ce ne sont ni les Américains à la porte ni État Islamique, mais très probablement les escadrons de la mort afghans de la CIA postés dans les tours de garde qui ont causé le massacre.

L’analyse de l’attaque par le Washington Post est tout aussi trompeuse :

Plusieurs hommes armés ont ensuite ouvert le feu sur les civils et les forces militaires. Une filiale locale de État Islamique a revendiqué la responsabilité de l'attaque.

Deux jours après l’attaque la CIA, CNN, a publié une interview de Clarissa Ward avec un commandant présumé d’ISKP, qui aurait été enregistrée il y a deux semaines dans un hôtel de Kaboul. La raison pour laquelle CNN a flouté le visage de l’homme n’est pas expliquée.

Comme RT le titre de façon moqueuse :

« La CIA tweete une interview de la CIA par la CIA » : Les téléspectateurs réagissent à l’interview de CNN avec le commandant d’ISIS-K, qui a été soudainement diffusée et qui est « sinistrement prophétique ».

Un jour après l’attaque de l’aéroport, la CIA a également tué un « planificateur » présumé d’ISKP à Jalalabad qui n’avait rien à voir avec l’attaque de l’aéroport.

Dion Nissenbaum @DionNissenbaum - 10:43 UTC – 29 Aout 2021

Une vidéo exclusive du @WSJ montre les conséquences d'une attaque de drone américain, qui a utilisé un missile "Flying Ginsu", contre État Islamique en Afghanistan. Le Pentagone affirme qu'il n'y a pas eu de victimes civiles. Un témoin oculaire affirme qu'une femme figure parmi quatre blessés.

Une vidéo exclusive montre les conséquences d'une attaque de drone américaine en Afghanistan.

Dire qu’il s’agirait d’un missile « Flying Ginsu », qui ne contient pas d’explosifs, est incompatible avec les importants dégâts causés par des éclats d’obus, que l’on peut voir dans la vidéo ci-dessus.

Passons maintenant aux choses importantes.

Si ISKP est, comme indiqué ci-dessus, un produit de la CIA/NDS et si les gardes de l’aéroport qui ont tué la « plupart des victimes » de l’attaque sont des forces spéciales afghanes dirigées par la CIA, tout cela pourquoi faire   ?

Nous trouverons peut-être la réponse dans un autre article du New York Times intitulé :

Au milieu du chaos afghan, une mission de la CIA qui persistera pendant des années

Alors que la guerre d'Afghanistan touche à sa fin, la CIA s'attend à ce que son objectif principal s'éloigne progressivement du contre-terrorisme - une mission qui avait, en deux décennies, transformé l'agence en une organisation paramilitaire axée sur les chasses à l'homme et les meurtres - pour revenir à un espionnage traditionnel orienté vers des puissances comme la Chine et la Russie.

Mais les deux explosions mortelles de jeudi sont les dernières d'une rapide série d'événements qui se déroulent depuis l'effondrement du gouvernement afghan et la prise de contrôle du pays par les talibans et qui bouleversent ce plan. Tel un trou noir ayant sa propre attraction gravitationnelle, l'Afghanistan pourrait coincer la CIA dans une mission complexe de contre-terrorisme pour les années à venir.

La pauvre CIA, replongée dans une coûteuse mission de « contre-terrorisme » en Afghanistan et ailleurs, qui était censée prendre fin alors que… eh bien, alors qu’un groupe terroriste créé par la CIA envoie un kamikaze à l’aéroport de Kaboul et que les forces afghanes dirigées par la CIA abattent une foule de réfugiés.

On pourrait aussi considérer cela comme la revanche de l’État profond contre l’ordre du président Biden de se retirer d’Afghanistan.

C’est ce même État profond qui nous a valu quatre années de « Russiagate », lorsqu’un autre président était également enclin à rappeler les troupes américaines à la maison et à limiter ainsi les champs d’opération de la CIA.

Pour que leur point de vue soit parfaitement clair, les auteurs de la CIA s’exprimant dans le NYT émettent, dans leur dernier paragraphe, cette menace pas vague du tout :

Toute attaque terroriste en provenance d'Afghanistan exposerait M. Biden à des critiques féroces de la part de ses adversaires politiques, qui lui reprocheraient d'avoir pris la décision de retirer les troupes américaines du pays - un autre facteur susceptible d'entraîner une pression intense de la Maison-Blanche sur les agences d'espionnage pour qu'elles se concentrent sur l'Afghanistan.

La pression de la Maison-Blanche sur les agences d’espionnage ? Non, plutôt la pression exercée par la CIA sur la Maison-Blanche pour qu’elle puisse continuer ses petites affaires en Afghanistan.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

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