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ALGÉRIE — Interview de René Naba à la Patrie News

Par : René Naba

RENÉ NABA — Ce texte est publié en partenariat avec www.madaniya.info.

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Interview de René Naba à la Patrie News:
  • Le sommet arabe d’Alger a une fonction d’exorcisme.
  • Le Maroc fera profil bas et assurera un service minimum, d’autant plus qu’il doit gérer un scandale diplomatique concernant les galipettes marocaines du chef de la mission israélienne au Maroc.

L’usage de l’arme du pétrole, lors de la guerre d’Octobre 1973, par le renchérissement soudain des principautés du golfe, a entraîné un basculement géo stratégique du centre de gravité du monde arabe, de la rive républicaine de la Méditerranée vers les monarchies du Golfe, de la zone de pénurie populeuse et frondeuse vers la zone d’abondance; Des pays du champ de bataille, qui ont tous mené des guerres d’indépendance vers une zone sous tutelle militaire occidentale.

  • Mahmoud Abbas et Ismail Haniyeh pouvaient difficilement refuser de se serrer la main sous les auspices du président Tebboune en raison du soutien constant et inconditionnel témoigné par l’Algérie à la cause palestinienne.
  • La France marche sur sa tête et réfléchit comme un pied en Algérie.
  • Le Liban a valeur d’exemple de par sa fonction de curseur diplomatique régional.

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1- Question La Patrie News: Après la décision prise par la Syrie de ne pas mettre à profit le sommet d’Alger pour réintégrer légitimement la Ligue arabe, quels autres résultats probants peut-on en attendre encore?

Réponse RN : Le sommet d’Alger aura principalement une fonction d’exorcisme en ce qu’il vise à exorciser l’idée que le Monde arabe est sorti de l’histoire du fait de son immobilisme et de ses divisions, alors que dans la décennie 1950-1960, les Arabes étaient le fer du combat de libération du tiers monde.
Maigre consolation, le fait que ce sommet se tienne après trois ans d’absence est déjà un exploit en soi tant les divisions sont profondes au sein du Monde arabe, tant bon nombre de protagonistes arabes ne souhaitaient pas un succès de l’Algérie.

Le dernier sommet s’est tenu en Tunisie en 2018. Le fait qu’il se tienne à Alger est à mettre au crédit de la diplomatie algérienne, d’autant plus valorisant pour l’Algérie qu’il se tient à la date commémorative du déclenchement de la guerre d’indépendance et au terme d’une longue léthargie diplomatique doublée d’une période de contestation, le Hirak, qui a paralysé toute vie politique, économique et diplomatique du pays.

Le Qatar, par exemple, ne voyait pas d’un bon œil que la Syrie soit réintégrée, alors que c’est sous la présidence de la principauté que la Syrie a été expulsée de la Ligue arabe. Le plus pathétique dans cette affaire est que la Syrie, membre fondateur de l’organisation pan arabe, a livré quatre guerres contre Israël, alors que le Qatar est passé du protectorat britannique au protectorat américain sans coup férir, mais il s’arroge l’outrecuidance d’expulser un pays pivot du Proche-orient, le dernier avec le Liban des pays du champ de bataille à n’avoir pas pactisé avec Israël.

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2 – Question La Patrie News: Particulièrement problématique, la participation du Maroc à ce sommet, pour ne pas dire son niveau de représentativité, continue de susciter le débat. Par quel tour de passe-passe les rapports de force et l’épicentre de cette ligue. Est-il déplacé vers les monarchies du Golfe, l’affaiblissement du front du refus, et le risque d’un plus grand élargissement des accords d’Abraham. Peut-on encore, et comment serait-il possible de mettre un frein définitif à cette machine en train de broyer la cause palestinienne?

Réponse RN : Le Maroc ne voit pas d’un bon œil non plus la tenue d’un sommet arabe à Alger, lui qui fait face déjà à un mécontentement d’une population marocaine qui considère la normalisation avec l’État Hébreu comme un “bradage de la Palestine” de la part du président du Comité Al Qods.
Le Maroc fera profil bas et assurera un service minimum, d’autant plus qu’il doit gérer un scandale diplomatique concernant les galipettes marocaines du chef de la mission israélienne au Maroc. Pas mal pour un début.

Quant au basculement stratégique du Monde arabe, il s’explique par des raisons économiques, sous tendant des objectifs stratégiques:
L’usage de l’arme du pétrole, par le renchérissement soudain des principautés du golfe, a entraîné un basculement géo stratégique du centre de gravité du monde arabe, de la rive républicaine de la Méditerranée vers les monarchies du Golfe, de la zone de pénurie populeuse et frondeuse vers la zone d’abondance; Des pays du champ de bataille, qui ont tous mené des guerres d’indépendance vers une zone sous tutelle militaire occidentale. L’usage de l’arme du pétrole, lors de la guerre d’octobre 1973, n’avait pas pour fonction première de soutenir le combat des pays du champ de bataille (Égypte, Syrie, OLP, Liban), mais de financer indirectement l’effort de guerre américain au Vietnam en fragilisant les rivaux économiques des États Unis, le Japon et l’Union européenne, dépourvus tous les deux du pétrole.

Corrélativement, le mot d’ordre «Unité Arabe» a cédé la place au mot d’ordre de «Solidarité islamique», diluant ainsi la question palestinienne dans un ensemble plus vaste, polymorphe incluant les grands pays musulmans alliés stratégiques d’Israël: L’Iran du temps du chah d’Iran et la Turquie, le «Muslim de service» de l’Otan.

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3- Question La Patrie News: Après le tour de force du président Tebboune, qui a réussi à se faire serrer la main Mahmoud Abbas et Ismail Haniyeh, est-il encore possible de réconcilier à Alger toutes les factions palestiniennes, sachant que le Hamas place légitimement la barre de plus en plus haute, et que l’Autorité palestinienne donne l’air de se complaire dans les concessions en cascade?

Réponse RN : Mahmoud Abbas et Ismail Haniyeh pouvaient difficilement refuser de se serrer la main sous les auspices du président Tebboune en raison du soutien constant et inconditionnel témoigné par l’Algérie à la cause palestinienne. Cela dit, Mahmoud Abbas est complètement discrédité pour sa collaboration sécuritaire avec la puissante occupante. Au crépuscule de sa vie, il est à bord de l’apoplexie politique et financière. Le Hamas a de nouveau le vent en poupe depuis sa riposte balistique lors de l’offensive israélienne de Mai 2021, -«la bataille de Saif al Qods» – et sa réintégration au sein de l’axe de la contestation à l’hégémonie israélo-américaine dans la zone: une réintégration opérée grâce aux bons offices du Hezbollah libanais.

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4- Question La Patrie News: Que retenez-vous de la visite en Algérie du président Macron, qui refuse encore de parler d’excuses, et qui nous demande de nous tourner vers l’avenir, sic?

Réponse RN : La France marche sur sa tête et réfléchit comme un pied en Algérie. La France a institué au XIX me siècle un “Code de l’indigénat” en Algérie. Elle reconnaissait donc implicitement que l’Algérie appartenait à ses indigènes, c’est-à-dire aux habitants originels du pays.

A contrario, les Français étaient des “exogènes” en Algérie. Dès cette époque, les Français, qui se réclament de la rationalité cartésienne, auraient dû en tirer les conséquences. Au lieu de cela, ils ont été guidés par une sorte de péché d’orgueil, qui s’est traduit par une cécité politique, aboutissant par enchaînements de drames à l’impasse actuelle. Qu’espérer vous d’un pays qui glorifie Adolphe Thiers, le fossoyeur de la commune, qui a acté dans le psychisme français l’idée de capitulation? La France va droit dans le mur en klaxonnant.

La visite du président Emmanuel Macron, en Août 2022, suivie deux mois plus tard de celle de son premier ministre, Mme Elisabeth Borne, en vue de “renforcer la coopération bilatérale”, selon la formule en vigueur, vise en fait à finaliser une transaction subliminale consistant à ravitailler la France en énergie en contrepartie du rapatriement des milliards d’euros investis par des Algériens en France lors de la phase crépusculaire de l’ère Bouteflika.

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5- Question La Patrie News: A cause du conflit ukrainien, Alger est fortement «courtisée» par le Vieux continent. Comment est-ce possible de tirer le meilleur parti de ce rééquilibrage géo stratégique?

Réponse RN : Pour l’Algérie de continuer dans la même direction. Ne jamais courber l’échine devant l’adversité. Demeurer fidèle à ses amitiés internationales. Cette constance dans l’amitié lui vaut un crédit moral considérable au plan international.

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6- Question La Patrie News: A cause du gaz toujours, un conflit armé semble se profiler entre le Liban (Hezbollah) et l’entité sioniste, qui projette d’entamer des exploitations off-shore dans une zone maritime revendiquée par Beyrouth. La guerre est-elle encore évitable, et quel rôle pour la Ligue arabe dans ce conflit latent?

Réponse RN : La Ligue arabe n’a aucun rôle à jouer. Pas même l’État libanais évanescent. Seul le Hezbollah par sa dissuasion et sa science militaire, peut préserver les droits légitimes du Liban. Israël et les États Unis en sont conscients et manœuvrent pour éviter que les concessions qu’ils devront faire n’apparaissent pas comme une capitulation devant le Hezbollah.

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7- Question La Patrie News: Dans le même ordre d’idées, l’entité sioniste déploie des trésors de «diplomatie» et de «pressions» tous azimuts pour faire échouer l’accord sur le nucléaire iranien. Est-il encore possible de sauver ce dernier?

Réponse RN : L’accord sera sauvé aux conditions iraniennes ou ne sera pas sauvé car ce sont les États Unis qui ont rompu le précédent accord. L’Iran, dans cette affaire, a un avantage moral. De surcroît, au terme de 40 ans d’embargo, l’Iran a accédé au statut de “puissance de seuil” du fait de son autosuffisance technologique. La guerre d’Ukraine a permis à l’Iran de nouer un partenariat stratégique avec la Russie qui va se matérialiser par des investissements de 40 milliards de dollars de la Russie dans la modernisation des infrastructures pétrolières iraniennes, en contrepartie de facilités d’escale à la flotte russe dans les ports iraniens du Golfe persique.

De ce fait, l’Iran est le prochain membre de plein exercice du BRICS, une organisation qu’il importe à l’Algérie de rejoindre sans trop de délai. C’est mon vœu le plus cher pour l’Algérie à l’occasion du 60ème anniversaire de son indépendance.

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8- Question La Patrie News Comment voyez-vous la reconfiguration de l’échiquier géopolitique global à la faveur du conflit ukrainien? Quelle place y aurait-il pour le monde arabe? L’ONU?

Réponse RN : Je serai bref sur ce sujet pour la simple raison que je viens d’accorder une longue interview à un journal malien sur ce thème, qui sera publié en février 2023, à l’occasion du 1 er anniversaire de cette guerre. Je peux vous dire très schématiquement que la guerre d’Ukraine a fracturé le champ économique mondial, mettant un terme à la globalisation économique et au primat de l’Otan dans la gestion des affaires du Monde, favorisant l’émergence d’un monde multipolaire.

Dans cette perspective, il faudra songer à modifier la composition du Conseil de sécurité qui abrite 3 membres de l’Otan, alors que l’Asie (4 puissances nucléaires, la moitié de l’humanité) ne dispose que d’un siège (Chine), que l’Afrique n’en dispose d’aucun, pas plus que le Monde musulman 1,5 milliards de personnes.

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9- Question La Patrie News: Un mot sur la crise libanaise, qui n’en finit plus de s’enliser, ou comment en finir avec le confessionnalisme?

Réponse RN : Le confessionnalisme est une grille de lecture commode qui dispense d’une analyse plus approfondie de la crise libanaise. La religion au Liban n’est pas un facteur de division. Le clivage distingue les reptiles des vertébrés. L’histoire de ce pays en est témoin.

Le Liban, –un pays sans aviation ni marine, le plus petit pays arabe– a réussi néanmoins le considérable exploit, d’abroger un traité de paix avec Israël du fait d’un soulèvement de la population de Beyrouth, en 1985, doublant quinze ans plus tard, en 2000, son exploit en provoquant le retrait militaire israélien de son territoire sans négociation ni traité de paix, cas unique dans les annales des relations internationales. A ce titre, le Liban a valeur d’exemple de par sa fonction de curseur diplomatique régional. En fait, les Américains imposent un blocus illégal au Liban pour inciter la population libanaise à se révolter contre le Hezbollah en vue d’obtenir son désarmement.

Les Occidentaux ne semblent pas avoir pris la mesure de la volonté des peuples à vivre dans la dignité et leur détermination à préserver leur indépendance. Le Hezbollah libanais, les Houthistes du Yémen, le Hamas Palestinien tout comme le Jihad Islamique à Gaza, en apportent quotidiennement la preuve, préservant ainsi les chances de résurrection du Monde arabe.

Palestine : L’Europe aux abonnés absents

Par : René Naba

Texte de l’intervention de René Naba au Colloque Palestine organisé par l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme (SIHR) sur le thème «l’Europe et la Palestine», tenu à Genève en deux sessions: le 14 octobre 2021 et le 30 avril 2022.

LIBYE — Le portable, l’erreur fatale du Colonel Kadhafi

Par : René Naba

RENÉ NABA — Ce texte est publié en partenariat avec www.madaniya.info.

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1 – Kadhafi repéré par son portable

Replié sur Syrte depuis la chute de Tripoli, le 21 août 2011, Mouammar Al Kadhafi tente une sortie de sa ville natale sur la côte méditerranéenne, pour chercher à joindre la province méridionale de la Libye, au-delà vers les zones désertiques des pays limitrophes.

Traqué depuis les airs par l’aviation de l’Otan, encerclé par les forces rebelles soutenues par les mercenaires des pétromonarchies du Golfe, le fugitif s’empare alors de son portable satellitaire pour joindre à Damas (Syrie) une chaîne de télévision syrienne afin de s’adresser au peuple libyen.

Mal lui en prit. L’erreur lui sera fatale. Le mobile est repéré par les satellites géostationnaires américains qui répercutent le signal au commandement français, sous-traitant des Américains dans la Zone. Les hélicoptères français sont lancés à sa trousse.

Centre névralgique de son pouvoir, dont il avait fait la vitrine de sa révolution, Syrte, la ville natale du «guide la révolution libyenne», sera aussi, le lieu de sa mort.

Le récit des derniers instants du Colonel ont été relatés par son ancien ambassadeur en Arabie saoudite, Mohamad Saad Al Kachatte, dans une déclaration reproduite par le site en ligne «Lebanon 24.com», dont le locuteur arabophone pourra prendre connaissance sur ce lien

«Sentant la menace, Kadhafi tente une sortie en compagnie d’une escouade de 70 hommes en armes, dont son fils Mou’tassem et Abou Bakr Jaber, son ministre de la défense. Repérés par les hélicoptères français, le convoi s’engouffre dans une canalisation pour se mettre à l’abri.

…«Des missiles et des projectiles de gaz toxique sont alors lâchés en direction de l’abri de fortune des fugitifs en vue de les neutraliser. Alertés, les rebelles capturent Kadhafi et procède à sa mise à mort dans des conditions épouvantables à Misrata».

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2- La chute de Tripoli et le pillage de l’or libyen

Selon l’ancien ambassadeur libyen, «la chute de Tripoli et la liquidation du Colonel Kadhafi ont marqué le début du pillage de la Libye. Soixante-dix tonnes d’or (70 tonnes) entreposés dans les diverses caches de la Banque centrale libyenne ont été pillées, alors que les capitales occidentales mettaient la main sur les avoirs libyens à l’étranger estimées à 170 milliards de dollars» et que le gigantesque arsenal de la capitale lui aussi sera à son tour pillé par les islamistes libyens pour servir à équiper les groupements terroristes en Syrie et au Sahel

En fait, le Qatar avait voulu, dès le départ, intronisé l’Émir des groupements islamiques combattants libyens en Afghanistan (GIGL), Abdel Hakim Belhadj, comme le chef des révolutionnaires libyens. Transporté par avion par le Qatar de Kaboul à Doha, il a été présenté aux chefs d’état-major de l’Otan lors d’une réunion des chefs militaires de la coalition à Doha, en Août 2011, où il a fait un briefing sur la situation militaire en Libye, en prélude à l’offensive contre Tripoli.

Le quartier général des opérations a été alors transféré de l’Ile de Djerba en Tunisie, (déjà sous l’autorité du parti islamiste An Nahda de Rached Ghannouchi, ami du Qatar) vers Zintane, dans le Djebel Nefoussa, dans le secteur occidental de la Libye.

Finalement l’assaut contre Tripoli a été retardé de plusieurs semaines, en raison du fait que le Qatar avait invoqué l’opposition de l’Otan à une telle opération du fait de son impossibilité à mener à bien dans un tel délai la destruction des défenses majeures de la capitale.

Un faux prétexte pour permettre à son poulain islamiste Abdel Halim Belhadj de s’emparer de Tripoli et de son arsenal. 24 des 28 cibles névralgiques destinées à paralyser les défenses de la Capitale avaient été auparavant détruites. Abdel Karim Belhadj a rallié depuis lors Daech. Du travail d’orfèvre des chancelleries occidentales et de leurs supplétifs pétro-monarchiques.

Sur les circonstances de la chute de Tripoli, ce lien

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3- Hillary Clinton sonne l’hallali

L’hallali avait été sonné par Hillary Clinton, secrétaire d’état américain, trois jours auparavant, qui avait fait de la Libye sa guerre personnelle, bafouant pour ce faire les résolutions du Conseil de l’ONU.

En pleine campagne de Libye, débarquant à l’improviste à Tripoli pour donner le signal de la mise à mort du Colonel Mouammar Al Kadhafi, sans égard pour les destructions qu’elle vient d’imposer à la Libye, Hillary Clinton aura ce terme d’une indécence méprisant à l’égard de sa future victime: «We came, we saw, He died».

La visite surprise d’Hillary Clinton a eu lieu le 18 octobre 2011. Trois jours plus tard, Kadhafi était liquidé.

Six ans après, la malédiction de Kadhafi a frappé Hillary Clinton, qui sera consommée sur le bûcher de ses vanités, avec sa déroute présidentielle américaine en 2016. Tel un effet boomerang, sa victime lui retournera, d’outre-tombe, sa sentence morbide. «We came, We saw, She died».

Triste fin pour Hillary Clinton, en retraite forcée anticipée aux cachetons de ménagère dévalués.

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4 – La bouche d’égout de Kadhafi et la tanière de Saddam Hussein

Le journaliste égyptien Tarek Abbas relate dans le journal «Al Misri Al Yom» (L‘égyptien aujourd’hui) le dernier jour de Mouammar Kadhafi et laisse entendre qu’une mise en scène identique à celle qui avait prévalu au moment de l’arrestation de l’irakien Saddam Hussein s’est produite pour l’arrestation du libyen.

«Mou‘tassem, le fils cadet de Kadhafi, était lucide, conscient que son heure avait sonné, en raison du grand nombre de ses partisans fauchés par la mitraille ennemie et qui gisait autour de lui. Il a néanmoins continué à combattre jusqu’à épuisement de son stock de munitions et que ses forces l’abandonnent. Il perdit connaissance, atteint d’une balle.

Ses assaillants s’en emparèrent sans risque… Il sursauta lorsqu’il entendit quelqu’un insulter son père. Il se dressa, lui répliqua et tenta de le frapper. Un nouveau tir l’immobilisa pour l’éternité.

«Mouammar Kadhafi était, lui aussi, dans une situation désespérée. Gravement blessé, encerclé sans la moindre possibilité que des secours lui parviennent. Sa garde combattait vaillamment pour tenter de percer un passage loin de la zone des combats.

«Vaincu par les assaillants en surnombre, et l’intensité des tirs, Kadhafi sera capturé vivant. Puis ses assaillants s’acharneront sur lui, allant jusqu’à ce que l’un d’eux lui plante sa baïonnette dans son postérieur.

«Mais une question intrigante demeure: «Les hommes des tribus, des êtres de grande fierté, consentent-ils à se faufiler aisément dans une bouche d’égout, voire une canalisation d’eaux usées? Ou cette mise en scène répondait-elle à la volonté de ses assaillants de le discréditer auprès de l’opinion publique internationale, de la même manière que les communicants américains ont popularisé l’image de Saddam Hussein dégagé de sa tanière le regard hagard, exorbités, les cheveux ébouriffés?

Ci-joint le lien de ce récit pour le lectorat arabophone

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5 – le Général Khalifa Belkassem Haftar

Le 20 octobre 2011, après deux mois de siège et de combats, Khalifa Belkassem Haftar annonce la mort de l’ex-dirigeant libyen et la libération de la ville de Syrte. Ancien commandant en chef du Front Sud lors de la guerre tchado libyenne, dans la décennie 1980,  Haftar, piètre stratège, a été le grand vaincu des batailles de Wadi Doum et de Faya-Largeau.

Pour les besoins de la cause atlantiste, il sera promu nouveau chef d’état-major de l’armée rebelle, en dépit de son piteux état de service et de la peu flatteuse réputation dont il pâtissait du fait de son long séjour aux États-Unis où il s’était réfugié, vingt-deux ans auparavant pour échapper à la cour martiale de son pays.

Autre état de service glorieux de cet officier félon, le Général dirigeait depuis le Tchad, pour le compte de la CIA, des opérations de déstabilisation contre son pays d’origine; opérations interrompues à la suite du surgissement miraculeux du «printemps arabe» en Libye.

En 2019, assisté par ses deux fils, Saddam et Khaled, chacun à un poste de commandement au sein de son armée, le Maréchal Haftar (75 ans) se lance à la conquête de Tripoli et de l’autorité centrale internationalement reconnue, fort de son butin de guerre, -le pillage de la succursale de la banque centrale de Libye à Benghazi- et d’un arsenal fourni par les Émirats Arabes Unis, les nouveaux incendiaires du Monde arabe. En vain. Son échec devant Tripoli a conformé une fois de plus sa réputation de piètre stratège.

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6- Le précédent d’Abdullah Ocalan

Fondateur et dirigeant du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), Parti des Travailleurs (PKK, Partiya Karkêren Kurdistan), une organisation considérée comme terroriste par la Turquie, les États Unis, et l’Union Européenne, Abdullah Ocalan a été lui aussi capturé, à cause de son portable, au Kenya au cours d’une opération menée conjointement par les services secrets turcs, américains et israéliens le 15 Février 1989.

Voyageant sous passeport grec, et installé à la mission diplomatique de Grèce au Kenya, Abdullah Ocalan a actionné son portable alors qu’il se rendait à l’aéroport de Nairobi pour prendre l’avion vers une destination inconnue. Repéré par les satellites, son avion sera intercepté par une opération commando israélo-américaine et détourné vers la Turquie.

La Turquie et Israël baignaient alors dans une «belle alliance», considérée comme «les deux uniques démocraties du Moyen orient», selon les communicants atlantistes, avant que leurs relations ne s’enveniment.

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7- Le stratagème de Saddam Hussein pour communiquer avec l’extérieur lors de sa clandestinité.

Plus avisé, Saddam Hussein, lui, ne faisait jamais usage du téléphone car il savait que les Américains veillaient à intercepter ses communications. C’était un gros consommateur de livres.

«Saddam a enregistré plusieurs messages incitant ses partisans à combattre l’occupant américain. Il enregistrait ses messages sur un mini magnétophone, et, sachant que les Américains allaient décrypter ses enregistrements pour y déceler des indices pour sa localisation, Nameq (son aide de camp) se dirigeait en voiture jusqu’à une dizaine de km de Samara, et, là, en bordure de l’autoroute, la voix de Saddam couverte par le trafic autoroutier, il procédait à la diffusion des messages.

«Je voulais plonger les Américains dans la perplexité et la confusion», a expliqué Saddam Hussein à son porte-voix.

Le récit du stratagème de Saddam Hussein pour s’adresser à ses partisans durant sa clandestinité figure sur ce lien «L’ombre de Saddam Hussein pèse sur l’Irak dix ans après sa pendaison»

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8- Les quatre objectifs de Nicolas Sarkozy en Libye

la prédation du pétrole libyen et la neutralisation de l’influence du Colonel Kadhafi dans l’Afrique subsaharienne.

«La France se préoccupait de préserver son emprise sur la monnaie africaine, le Franc CFA, et s’opposait à la création d’une monnaie unique africaine adossée sur l’or, comme le préconisait le dirigeant libyen.

Telle est du moins la substance d’une documentation constituée par 3000 mails échangés entre les responsables américains lors de l’intervention de l’Otan contre la Jamahiriya. Datant du printemps 2011, ces mails portaient principalement sur des échanges entre Hillary Clinton, à l’époque secrétaire d’état, et Samuel Blumenthal, auteur d’une étude sur «l’or de Kadhafi», faisant état d’«intentions malveillantes occidentales» concernant ce sujet.

«L’opération de l’OTAN en Libye, sous la direction de la France, était principalement motivée par le souci de Paris d’obtenir une plus grande part dans la production du pétrole libyen et de brider la marge de manœuvre de Kadhafi dans l’Afrique francophone».

Selon ces mels, Nicolas Sarkozy visait quatre objectifs:

  • Avoir accès au pétrole libyen
  • Préserver l’influence française dans l’Afrique francophone
  • Renforcer le prestige de Nicolas Sarkozy en phase électorale de la reconduction de son mandat présidentiel
  • Brider la marge de manœuvre de Kadhafi dans l’Afrique subsaharienne.

Pour aller plus loin sur ce sujet: L’ECO, une victoire posthume pour le libyen Mouammar Kadhafi

Ci-joint pour le locuteur arabophone, le compte rendu de synthèse des 3000 mels, publié par le site Ar Rai Al Yom», en date du 21 octobre 2019, soit 8 ans après la mort du dirigeant libyen.

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9 – La Libye, point d’évacuation du contentieux para matrimonial entre Nicolas Sarkozy et Bernard Henry Lévy

La Libye a été l’Austerlitz de Nicolas Sarkozy, sans son soleil. La Libye sera, de fait, le point d’évacuation du contentieux para matrimonial entre Nicolas Sarkozy et Bernard Henri Lévy, entre l’époux de la «chipeuse» et le père de la victime.

((NDLR= Carla Bruni, épouse de Nicolas Sarkozy, avait été auparavant la compagne du philosophe Jean Paul Enthoven, ami de BHL. Lors d’un séjour de vacances à Marrakech dans la propriété de BHL, Carla est tombée amoureuse du propre fils de son compagnon, Raphaël Enthoven, à l’époque marié avec la propre fille de Bernard Henry Lévy, Justine Lévy, qui narrera ses déboires conjugaux dans un ouvrage intitulé «Rien de grave». (Éditions Stock 2004). Carla Bruni et Raphaël Enthoven ont eu un enfant, Aurélien, Bernard Henri Lévy, quant à lui, avait soutenu Ségolène Royal, la rivale socialiste de Nicolas Sarkozy, lors des élections présidentielles françaises, en 2007. Fin de la note )).

Sur les malheurs du peuple libyen, Nicolas Sarkozy a donc scellé sa réconciliation avec le théoricien de la guerre humanitaire, purgeant un contentieux souterrain para matrimonial, à la faveur d’un indécent ballet diplomatique, couvrant de ridicule la France, en contournant le ministre des Affaires étrangères, le gaulliste Alain Juppé, supposé restaurer le prestige terni de la diplomatique française après la calamiteuse prestation de Michèle Alliot Marie, promotrice immobilière en Tunisie, en pleine révolte populaire.

Instrumentalisant l’opposition libyenne sur fond de gesticulation médiatique, au risque de la dé légitimer, au risque de replacer le peuple libyen sous la tutelle de pays occidentaux qui se sont forts peu préoccupés de sa liberté sous la mandature Kadhafi, le tandem Sarkozy BHL a fait du théâtre libyen une kermesse, distribuant des satisfactions d’amour propre aux principautés pétrolières en compensation de gracieusetés dont elle a bénéficié de sa part.

L’implication d’un des chefs de file majeurs de la stratégie médiatique israélo-américaine sur le théâtre européen dans le changement démocratique en Libye a bridé l’adhésion populaire arabe à l’opposition anti Kadhafi et quelque peu obéré sa crédibilité.

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10- Le tropisme sélectif occidental à l’égard de l’Islam

Le tropisme sélectif occidental à l’égard de l’Islam conduira en France chaque notabilité intellectuelle à disposer de sa minorité protégée, comme la marque de la bonne conscience chronique de la mauvaise conscience, comme une sorte de compensation à un trop grand désintérêt pour les Palestiniens, compensant une hostilité aux revendications du noyau central de l’Islam, la Palestine et le Monde arabe, par un soutien à l’Islam périphérique.

Il en est ainsi du philosophe André Glucksmann pour les Tchétchènes, quand bien même son nouvel ami le président Nicolas Sarkozy, est devenu le meilleur ami occidental du président russe Vladimir Poutine. Il en est aussi de Bernard Kouchner, pour les Kurdes, ces supplétifs des Américains dans l’invasion de l’Irak, pour le Darfour, le Biafra et la Birmanie. Il en est enfin de l’héritier Raphaël Glucksmann pour les Ouïghours

Au point qu’un journaliste anglais Christopher Caldwell en déduira dans la prestigieuse revue London Review of Books que cette prédilection pour les zones pétrolifères stratégiques de «l’humanitarisme transfrontière asservit les intérêts de la politique étrangère française à ceux des États-Unis et que l’humanitarisme militarisé du transfuge sarkozyste n’est qu’une forme de néo conservatisme larvé».

Il en est enfin de même de Bernard Henry Lévy, pour le Darfour, quand bien même son entreprise familiale est mentionnée dans la déforestation de la forêt africaine. Le fait de privilégier le Darfour et non l’enclave palestinienne de Gaza, -un cas de figure en tout point transposable à la province sécessionniste du sud Soudan-, trouverait sa justification médiatique et non morale par le fait que le Darfour a fait office de contre feu médiatique au prurit belligène d’Israël contre le Liban et la Palestine.

La Libye, l’Austerlitz du tandem, sera aussi leur Waterloo, au vu des pitoyables résultats de leur exposition médiatique du printemps: Mobiliser l’OTAN, le Charles de Gaulle, les Rafales, pour instaurer la Charia.

Démembrer le Soudan et mettre la main sur la Libye afin de couper le ravitaillement énergétique de la Chine pour finir par mendier à cette même Chine cinquante milliards de dollars pour renflouer l’Euro…. Point n’est besoin de faire «normal sup» pour parvenir à un tel résultat calamiteux

Imprecator tout au long de sa mandature présidentielle, «le sang mêlé» et son comparse philosophe du botulisme s’est dévoilé Matamore en fin de carrière.

Hillary Clinton n’aura pas été l’unique victime de la vengeance posthume de Kadhafi. Nicolas Sarkozy fera, à son tour, les frais de sa vindicte «avec les compliments du guide».

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RÉFÉRENCES
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