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Europe: une période de demi-vie

Par : jmarti

Par Alexander Cleman − Le 15 novembre 2022 − Source Oriental Review

Les hauts-dirigeants de l’UE multiplient les appels à l’unité et à la solidarité ces derniers temps. Ces appels sont si fréquents que l’on se demande si cette unité existe dans le continent, sous la forme à laquelle celui-ci s’est habitué à fonctionner ces dernières décennies. Et si l’on intègre ces pensées au principe du caractère cyclique de l’histoire, on voit en sortir un étrange schéma.

L’un des résultats de la première guerre mondiale fut l’effondrement de plusieurs empires et de plusieurs coalitions. La seconde guerre mondiale aura donné naissance à de nouveaux blocs et à de nouvelles alliances ; particulièrement à l’OTAN, au pacte de Varsovie, et à la Communauté Économique Européenne. La logique suggère que les hostilités en Ukraine vont tenir lieu de catalyseur à une nouvelle désintégration, et le premier candidat au « démantèlement » est l’Union européenne. Il saute aux yeux que l’euphorie du processus d’intégration de l’UE était fondée sur la prospérité économique, elle-même alimentée par une énergie, des matières premières et des denrées alimentaires bon marché en provenance de Russie, ainsi que des ressources intellectuelles et une main d’œuvre importées du Tiers Monde.

Mais un conflit armé, suivi de sanctions économiques et politiques contre Moscou, s’est produit aux abords d’une Europe prétendument unifiée. Le gaz naturel, le pétrole et ses produits dérivés, les produits alimentaires et les produits de base ont vu leur prix monter brutalement. On a pu constater qu’immédiatement les États membres de l’Union européenne ont entretenu des intérêts strictement nationaux ; chacun a sa propre population, qui subit les privations matérielles et n’est pas prête à subir le froid ou à uriner sous la douche (cela consomme moins d’eau). Et ce n’est pas une blague, il ne s’agit que de l’une des recommandations prodiguées aux citoyens pour économiser des ressources.

Et nonobstant le pathos employé par les dirigeants européens pour parler de solidarité, ce sont des préoccupations économiques, qui intègrent la crise de l’énergie qui se cachent derrière leurs grandes déclarations. Les choses sont telles que même le tandem franco-allemand, qui avait jusqu’alors constitué une sorte de locomotive pour une Europe unifiée, est en panne. Paris, qui jouit d’une meilleure indépendance énergétique, peut se permettre d’appeler encore à une aide militaire substantielle à l’Ukraine. La situation de Berlin est plus compliquée, et Berlin s’oppose à une limite de prix sur l’énergie russe et considère chaque opportunité de sauver son industrie. La récente visite du chancelier allemand Olf Scholz à Pékin l’a démontré. Quant au couple franco-allemand, aucune des rencontres récentes entre Emmanuel Macron et Olf Scholz n’a débouché sur la moindre déclaration ou résolution conjointe. De fait, comme l’a fait remarquer sur le plateau de France 24 Henry Ménudier, professeur émérite à la nouvelle université de la Sorbonne, et expert des relations franco-allemandes, les yeux de l’Europe sont désormais braqués bien plus à l’Est que sur Paris ou Berlin.

Au cours d’une rencontre récente, les ministres de l’énergie de l’UE ne sont pas parvenus à s’accorder sur des mesures de limitation des prix du gaz. Cet état de fait démontre les divergences d’intérêts entre ces partenaires. Dans ce contexte, les appels qui sont lancés à la Hongrie apparaissent comme très cyniques, qui a accepté au grand dam de ses partenaires de payer le carburant russe en roubles ; tout aussi cyniques sont les appels lancés aux autres pays de partager leur gaz avec leurs voisins s’ils gèlent cet hiver.

Guy Mettan, un journaliste suisse réputé, mais également publiciste et homme politique, a fait mention de la situation de l’Europe dans l’un de ces articles avec éclat.

« Quel sens y a-t-il, » demande-t-il, « à nous libérer de la dépendance envers l’énergie russe pour devenir dépendants des Étasuniens avec des prix du gaz quatre ou cinq fois plus élevés ? Que dira l’industrie allemande lorsqu’elle devra régler la note ? D’autant plus que l’Europe ne dispose pas de navire méthanier, ni de port, d’usine de liquéfaction, pas plus que de gazoducs en nombre suffisant. Comment allons-nous livrer le gaz de schiste étasunien aux Slovaques, aux Roumains ou aux Hongrois ? À dos de mule ?

Que vont dire les Verts allemands lorsqu’ils devront accepter la construction de nouvelles centrales nucléaires pour répondre aux demandes énergétiques ? Que vont dire les jeunes et les environnementalistes en Europe lorsqu’ils vont découvrir qu’ils ont été trompés, et que la lutte contre le réchauffement climatique a été sacrifiée au nom de sombres intérêts géopolitiques ? Que vont dire les Français lorsqu’ils verront leur pays amoindri, pas seulement à l’échelle mondiale, mais aussi sur la scène européenne, après avoir constaté le réarmement de l’Allemagne et les achats massifs d’armes étasuniennes par les Polonais, les Baltes, les Scandinaves, les Italiens et les Allemands ? Que va dire l’opinion publique européenne lorsqu’elle devra soutenir des millions de réfugiés ukrainiens en leur offrant des transports gratuits ?

Un autre facteur joue un rôle significatif dans la sape des fondations européennes : la ligne politique suivie par les États-Unis, qui attire le vieux continent dans un vortex extrêmement dangereux. Tellement dangereux, en fait, qu’un groupe de généraux français a estimé nécessaire d’envoyer une lettre ouverte au secrétaire général de l’OTAN. Le texte en a été publié dans l’édition du journal Capital, en date du 11 mars.

L’article analyse le projet 2030 de l’OTAN, et met en lumière ce qui réside derrière ses phrasés éloquents. Selon les généraux, le projet vise à contraindre l’Europe à adopter des mesures qui limitent l’expansion chinoise, en échange d’une protection contre la menace russe, que les États-Unis fabriquent de toutes pièces. L’Union européenne, si elle accepte une telle tromperie, va abîmer aussi bien sa souveraineté géopolitique que ses intérêts économiques.

Le rôle et la place d’une Europe unifiée sont exposés dans la doctrine de Paul Wolfowitz, développée au début des années 1990 par l’homme politique et sous-secrétaire étasunien aux affaires politiques de la Défense. Cette doctrine laisse entendre que les États-Unis ont peur d’une Union européenne forte et homogène, en mesure de les défier. « Notre objectif premier est d’empêcher la ré-émergence d’un nouveau rival, que ce soit sur le territoire des l’ancienne Union soviétique, ou ailleurs, pouvant menacer l’ordre… Il s’agit d’une considération dominante sous-jacente à la nouvelle stratégie de défense régionale, et cela suppose que nous nous employons à empêcher tout pouvoir hostile de dominer une région dont les ressources, si elles se trouvaient sous un contrôle unifié, suffiraient à générer une puissance mondiale. Ces régions comprennent l’Europe occidentale, l’Asie de l’Est, les territoires de l’Ex Union soviétique, et l’Asie du Sud-Ouest. Enfin, nous devons maintenir les mécanismes servant à dissuader de potentiels concurrents de même aspirer à un rôle régional ou mondial plus important. »

Ainsi, après la formation de l’UE, et malgré toute sa loyauté, les Étasuniens craignent constamment que l’Allemagne puisse jouer un rôle d’importance en Europe, et devenir le principal partenaire de Moscou. La Russie a livré du gaz à l’Allemagne sans interruption depuis les années 1960. La seule occurrence en laquelle ces livraisons ont été interrompues s’est produite après l’ordre donné par Reagan de saboter les importations de gaz au travers des gazoducs menant en Allemagne. À cette époque déjà, les États-Unis ne voulaient pas que les relations entre la Russie et l’Allemagne se développent de manière harmonieuse. Reagan s’était opposé à l’Europe « de l’Atlantique à l’Oural » qui était le rêve de de Gaulle, et après lui, de Gorbatchev. Depuis lors, les Étasuniens ont tout fait pour mettre à bas leurs concurrents, qu’il s’agisse de la Chine, de la Russie, ou même d’une Union européenne pourtant bien loyale. En outre, au fil des deux ou trois décennies passées, les Étasuniens ont réussi à élever une nouvelle génération de dirigeants européens. Ceux-ci ont été élevés dans les idées de globalisme et de multiculturalisme, qui sont très éloignées des problèmes et des besoins véritables d’une société moderne.

Alexander Cleman

Traduit par José Martí, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Terrorists-R-US. Les Etats-Terroristes-Unis

Par : Wayan

Par Kevin Barrett – Le 14 Novembre 2022 – Source Unz Review

Lorsque les électeurs américains ont voté, la semaine dernière, la politique étrangère n’était probablement pas en tête de liste de leurs préoccupations. Mal informés par les médias grand public au point de souffrir de déficience cognitive informationnelle, peu d’Américains [et d’européens, NdT] comprennent le rôle dévastateur et destructeur que joue leur pays sur la scène mondiale. Il y a donc quelque chose de symboliquement significatif dans le spectacle des électeurs de Pennsylvanie qui ont envoyé un sénateur souffrant de déficience cognitive à Washington pour servir sous les ordres d’un président souffrant de déficience cognitive, alors qu’un sous-ensemble de ces électeurs a même élu un homme déjà décédé à un poste d’état. On se croirait dans un film de zombies : L’empire des morts-vivants.

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Les électeurs zombies envoient des représentants zombies à Washington pour prétendre présider au démantèlement d’un empire zombie en état de mort cérébrale. Mais les vrais maîtres de cet empire, bien sûr, sont les apparatchiks néocons et les oligarques qui les rémunèrent grassement. Peu importe qui occupe le Congrès et la Maison Blanche, le gouvernement élu n’a pas vraiment de prise sur les décisions. Même les politologues de l’Ivy League payés pour cacher cette réalité la reconnaissent de plus en plus souvent : Michael Glennon, par exemple, dans « National Security and the Double Government » [Sécurité nationale et le double gouvernement], soutient de manière convaincante que nos dirigeants élus sont, à l’instar des monarques britanniques, de simples figures de proue, et non des décideurs politiques.

Puisqu’ils n’ont aucun rôle à jouer dans la prise de décision, ni les politiciens ni les électeurs qui les élisent n’ont besoin de savoir quoi que ce soit sur ce qui se passe réellement dans le monde. Leur rôle n’est pas de raisonner, mais de régurgiter les « mythes publics » diffusés par la machine de propagande médiatique. C’est pourquoi les électeurs américains ne comprennent pas, pour la plupart, que c’est leur propre gouvernement qui a provoqué la guerre en Ukraine. Ils ne comprennent pas non plus que son objectif est de paralyser l’Allemagne et l’UE, ainsi que la Russie.

Asie de l’Ouest : Les terroristes sont américains

Les électeurs connaissent encore moins l’Asie occidentale, où les États-Unis sont à l’origine d’une vague de terrorisme en Iran, au Pakistan et, plus récemment, en Turquie, où une bombe a explosé dimanche dans un quartier très touristique du centre d’Istanbul, tuant six personnes et en blessant plus de 80. Le gouvernement turc a immédiatement accusé les États-Unis, qui arment, financent, forment et dirigent les militants kurdes syriens liés au PKK, d’être à l’origine de l’attentat.

Pourquoi les dirigeants américains utilisent-ils le terrorisme en Turquie ? Pour punir le gouvernement turc de s’être rapproché de la Russie. (Les attentats à la bombe effraieront les touristes, dont un nombre toujours plus grand est russe, et nuiront à l’économie turque). Du point de vue de Washington, le gouvernement d’Erdogan alimente l’effort de guerre russe en augmentant considérablement son commerce avec la Russie et en payant les importations russes, y compris l’énergie, en roubles. Ces mesures contribuent non seulement à maintenir la Russie à flot, mais menacent également la cohésion de l’OTAN et accélèrent l’arrivée du jour où le dollar perdra son statut de monnaie de réserve mondiale.

Les États-Unis terrorisent également le Pakistan et l’Iran parce que les dirigeants de ces pays, comme Erdogan en Turquie, ont l’audace de poursuivre leurs propres intérêts nationaux. Au Pakistan, les espions de l’ambassade américaine – des clones de Raymond Davis – étaient la main cachée derrière l’opération de changement de régime qui a renversé le gouvernement d’Imran Khan en avril dernier. Les sbires de l’empire punissaient Khan pour sa visite à Moscou peu après le lancement par la Russie de son Opération Militaire Spéciale en Ukraine, ainsi que pour avoir évité le FMI étasunien en faveur d’une coopération accrue avec l’initiative de « la Nouvelle route de la soie » et l’Organisation de coopération de Shanghai. Depuis le coup d’État électoral orchestré par les États-Unis, le parti de Khan a remporté une victoire écrasante aux élections régionales, et son chef a toutes les chances de revenir au pouvoir lors des prochaines élections nationales… à condition qu’il reste en vie.

Le 3 novembre, Khan a miraculeusement survécu à une tentative d’assassinat inspirée par les États-Unis. Pris entre les tirs croisés d’un « fanatique religieux » du MK-Ultra d’un côté de son véhicule et d’un sniper professionnel qui tirait depuis la fenêtre d’un immeuble de l’autre côté, Khan n’a survécu que parce qu’un spectateur héroïque a attrapé le bras armé du fanatique, de sorte que les balles ont touché la jambe de Khan plutôt que sa tête ou son torse. Sa jambe touchée, Kahn est tombé au sol alors que les balles du sniper sifflaient dans l’espace qu’il venait de quitter.

Tuer des dirigeants pakistanais fait partie du travail quotidien de la CIA et de ses laquais locaux comme le Premier ministre Shabaz Sharif, nommé par les États-Unis, le ministre de l’Intérieur Rana Sanaullah et le général Faisal, le grand manitou de l’ISI, les trois hommes que Khan tient pour responsables de la tentative d’assassinat. La plupart des Pakistanais le pensent aussi. Ils pensent également que plusieurs de leurs anciens dirigeants ont été tués par la CIA, notamment le général Zia ul-Haq, qui tissait des liens avec des forces pro-islamiques mais non approuvées par les États-Unis dans la région lorsqu’il a été tué dans un accident d’avion provoqué.

La guerre terroriste américaine contre l’Iran

Les campagnes de terreur menées par les États-Unis contre les « alliés » hésitants que sont la Turquie et le Pakistan sont sans commune mesure avec la guerre terroriste menée depuis des décennies par Washington contre la République islamique d’Iran. Et lorsqu’il s’agit de l’Iran, les terroristes ne prennent même pas la peine de brouiller les pistes. Lorsque Washington a décidé de tuer la personnalité publique la plus populaire d’Iran, le général Qasem Soleimani qui, comme Imran Khan, était universellement admiré pour son humble religiosité, son honnêteté irréprochable, sa compétence et son charisme, il n’a même pas pris la peine de créer un déni plausible. Au lieu de cela, les Américains ont attiré le général Soleimani à Bagdad avec une offre de paix bidon, avant de l’assassiner ouvertement avec un drone militaire américain.

Aujourd’hui, la guerre terroriste contre l’Iran s’est transformée en une tentative de changement de régime impliquant des meurtriers et des voyous payés par les États-Unis qui sèment le chaos et la terreur sous le faux prétexte qu’il s’agit d’une sorte de manifestation pour les droits de l’homme. Comme je l’ai écrit dans le numéro de Crescent International de ce mois-ci :

Le 15 septembre, l’Iran a signé un accord pour devenir le neuvième membre à part entière de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), un groupe de nations eurasiennes travaillant ensemble sur des projets économiques, de logistique, d’infrastructure et d’énergie, afin de contourner les institutions contrôlées par les États-Unis. Le lendemain, le 16 septembre, des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes iraniennes et ont rapidement dégénéré en émeutes. Bien que les troubles soient apparemment une réponse à la mort de Mahsa Amini, une Iranienne de 22 ans qui s’est soudainement effondrée en garde à vue dans des circonstances peu claires, il est presque certain que les troubles ont été planifiés à l’avance par la CIA et son escadron en charge de mener les révolution de couleur. Sans l’affaire Amini, les spécialistes du changement de régime de l’agence alphabet auraient fabriqué un autre prétexte…

Les voyous de la CIA chargés du changement de régime ne se font pas beaucoup d’amis en Iran.

These are the "heroic peaceful protesters" that western media & politicians glorify. They peacefully shoot at police, slit their throats & burn them alive.

The Iranian police & basij have shown great courage & restraint. If this was in the west, there would be no such restraint. pic.twitter.com/QNjqgzLTYu

— Seyed Mohammad Marandi (@s_m_marandi) November 8, 2022

This is how western backed thugs in Iran work. They're organized from abroad & attack ordinary people. Their cameramen record the "heroic" operations & send them to western/Saudi funded Persian media in London.

Western media & think-tankers glorify these "popular protests." pic.twitter.com/vwjFqodig5

— Seyed Mohammad Marandi (@s_m_marandi) November 8, 2022

This is how western/Saudi funded & trained thugs attack Iranian police. Last Friday these killers attacked 3 officers. As the officers retreated into their police vehicle, they called on the rioters to stop. They were then badly beaten & repeatedly stabbed by these barbarians. pic.twitter.com/bmowvfVc65

— Seyed Mohammad Marandi (@s_m_marandi) November 6, 2022

Les ONG iraniennes affirment qu’environ 17 000 Iraniens ont été tués par des terroristes soutenus par les États-Unis, la majorité par le MEK, un culte de la haine bizarre qui combine les pires caractéristiques d’ISIS et de la Manson Family. De nombreuses personnalités américaines bien connues, dont Pompeo et Bolton, ont accepté des pots-de-vin somptueux pour être vues en public avec les fous du MEK, qui sont actuellement le fer de lance de la vague de violence financée par le contribuable américain en Iran.

La guerre terroriste américaine fonctionne-t-elle ?

Est-ce que faire exploser des civils en Turquie, comploter pour assassiner le leader le plus populaire de tous les temps au Pakistan et envoyer des voyous dans les rues pour terroriser les Iraniens va permettre de vraiment promouvoir les intérêts nationaux légitimes de l’Amérique ? Apparemment, nos décideurs de l’État profond le pensent. Les néoconservateurs citent constamment, à tort, Machiavel en disant « il vaut mieux être craint qu’être aimé« . Mais grâce aux néoconservateurs, l’Amérique est de moins en moins crainte et de plus en plus méprisée. Toute la région de l’Asie occidentale n’apprécie pas la façon dont les néoconservateurs ont essayé de détruire sept pays en cinq ans à la suite de leur faux drapeau du 11 septembre. L’échec total des guerres américaines inspirées par les néoconservateurs en Afghanistan, en Irak et en Syrie a donné au puissant Empire unipolaire l’apparence d’un tigre de papier et d’un méchant de classe mondiale.

Si faire exploser des magasins en Turquie peut effrayer quelques touristes, si tirer sur Imran Khan peut le surprendre, lui et ses partisans, et si fomenter la violence en Iran peut déstabiliser les Iraniens, en fin de compte, les Turcs, les Pakistanais et les Iraniens sont susceptibles de sortir de la vague actuelle de violence encouragée par les États-Unis avec une rancune durable contre l’Amérique et une forte préférence pour un ordre multipolaire. Une fois encore, les néoconservateurs, qui prétendent être de si ardents patriotes américains, semblent accélérer la disparition de l’empire même qu’ils prétendent défendre.

Kevin Barrett

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

Ils règnent sur des ruines dysfonctionnelles, mais ils règnent quand même

Par : Zineb

Depuis 2008, nous vivons dans un monde occidental façonné par l' »État d’urgence permanent » ou par nos technocrates gestionnaires – étiquette au choix.


Par Alastair Crooke – Le 31 octobre 2022 – Source Strategic Culture

Depuis 2008, nous vivons dans un monde occidental façonné par l’« État d’urgence permanent » ou par nos technocrates gestionnaires – étiquette au choix.

Cette « classe créative » (comme elle aime à se considérer) est particulièrement définie par sa position intermédiaire entre la cabale oligarchique contrôlant les richesses, en tant que maîtres ultimes de l’argent, d’une part, et la « classe moyenne » abrutie, d’autre part, dont elle se moque et qu’elle tourne en dérision.

Cette classe intermédiaire n’avait pas l’intention de dominer la politique (disent-ils) ; c’est arrivé comme ça. Au départ, l’objectif était d’encourager les valeurs progressistes. Mais au lieu de cela, ces technocrates professionnels, qui avaient accumulé des richesses considérables et étaient étroitement regroupés en cliques dans les grandes zones métropolitaines américaines, ont fini par dominer les partis de gauche du monde entier, qui étaient auparavant des véhicules pour la classe ouvrière.

Ceux qui convoitaient l’appartenance à cette nouvelle « aristocratie » cultivaient cette image de cosmopolite, d’argent en circulation rapide, de glamour, de mode et de culture populaire ; le multiculturalisme leur convenait parfaitement. Se présentant comme la conscience politique de l’ensemble de la société (si ce n’est du monde), la réalité était que leur Zeitgeist refléte principalement les caprices, les préjugés et de plus en plus les psychopathies d’un segment de la société libérale.

Dans ce contexte, deux événements déterminants sont survenus : en 2008, Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale, a réuni, à la suite de la crise financière mondiale, une salle pleine d’oligarques les plus riches, les « enfermant » jusqu’à ce qu’ils trouvent la solution à la faillite systémique des banques.

Les oligarques n’ont pas trouvé de solution, mais ont tout de même été libérés de leur enfermement. Ils ont choisi, à la place, d’injecter de l’argent dans des problèmes structurels, aggravés par des erreurs de jugement flagrantes en matière de risque.

Et pour financer les pertes massives qui en ont résulté, plus de 10 000 milliards de dollars rien qu’aux États-Unis, les banques centrales du monde ont commencé à imprimer de l’argent. Depuis, elles n’ont jamais cessé !

C’est ainsi qu’a commencé en Occident l’ère où les problèmes profonds ne sont pas résolus, mais simplement traités avec de l’argent fraîchement imprimé. Cette méthode a été adoptée sans hésitation par l’Union européenne, qui l’a baptisée « Merkelisme » (du nom de l’ancienne chancelière allemande). Les contradictions structurelles sous-jacentes ont tout simplement été laissées à l’abandon ; jusqu’à arriver au pied du mur.

Une deuxième caractéristique de cette époque est que, alors que les grands oligarques se retiraient de la production industrielle et se lançaient dans l’hyper-financiarisation, ils ont vu l’avantage d’adopter le programme naissant de l’élite métropolitaine, centré sur des idéaux utopiques de diversité, d’identité et de justice raciale ; des idéaux poursuivis avec la ferveur d’une idéologie millénaire abstraite. (Leurs dirigeants n’avaient presque rien à dire sur la pauvreté ou le chômage, ce qui convenait parfaitement aux oligarques).

Ainsi, voyant l’avantage, les oligarques se sont eux aussi radicalisés. Dirigés par des organisations telles que les fondations Rockefeller et Ford, la grande philanthropie et le monde des affaires, ils ont adopté des codes de pensée et des discours de guerre. Et ont approuvé le fait de mettre de la richesse directement dans les mains de ceux qui ont été systématiquement victimisés, à travers l’histoire. Mais une fois encore, le changement structurel profond de la société a été abordé de manière superficielle, comme un simple transfert d’argent d’une « poche à l’autre » .

Le véritable problème découlant de la crise de 2008 n’était toutefois pas fondamentalement financier. Certes, les pertes ont été transférées des bilans des institutions défaillantes à celui de la Fed, mais les véritables problèmes structurels n’ont jamais été abordés. Ainsi, les gens ont vite cru que presque tous les problèmes pouvaient être résolus par des techniques de discours et de pensée, associées à la planche à billets.

Les compromis politiques ne devaient plus être considérés comme une nécessité. Les coûts n’étaient plus pertinents. Dans cet environnement, aucun problème n’était trop important pour ne pas pouvoir être résolu par des techniques de gestion comportementale et la banque centrale. Et s’il n’y avait pas de crise pour imposer et « liquéfier » le changement de programme, on pouvait toujours en inventer une. Et, bien sûr, dès que la Fed américaine a commencé à revenir à des politiques « normales » en 2018 et 2019, une nouvelle crise, encore plus importante, a été trouvée.

Il n’est pas surprenant que, dans le contexte de ce qui était considéré comme un échec des réformes des droits civiques et du New Deal, les mouvements activistes financés par les « fonds de richesse » oligarchiques se soient radicalisés. Ils ont adopté un activisme culturel révolutionnaire déployé pour « résoudre les problèmes une fois pour toutes » et visant à provoquer un changement structurel profond au sein de la société.

Cela signifiait que le pouvoir devait à nouveau échapper à la classe moyenne libérale, qui était si souvent blanche et masculine, et faisait donc partie de l’injustice structurelle de la société. En d’autres termes, la classe moyenne occidentale a été considérée par les technocrates comme une plaie.

Ce qu’il faut retenir, c’est que ce qui a été oublié dans tous les discours sur les mesures de « discrimination positive » en faveur des « victimes » , c’est le revers de la médaille : la discrimination négative et préjudiciable pratiquée à l’encontre de ceux qui « bloquent le chemin » , c’est-à-dire ceux qui ne s’écartent pas du chemin.

Le Manifeste du réveil de Scott McKay appelle ce processus discriminatoire hostile, « la militarisation de l’échec du gouvernement » – comme le dysfonctionnement gouvernemental induit dans les villes américaines pour faire fuir la classe moyenne. La « fuite des Blancs fait partie du projet. Ce n’est pas un problème » , prêchaient ses défenseurs. La gauche socialiste urbaine veut un petit noyau de résidents riches et une masse grouillante de pauvres malléables, et rien entre les deux. C’est ce que produit la militarisation de l’échec gouvernemental, et c’est un succès à grande échelle.

La Nouvelle-Orléans vote à 90 % Démocrate, Philadelphie à 80 % Démocrate, Chicago à 85 %. Los Angeles ? 71 %. Aucune de ces villes n’aura à nouveau un maire ou un conseil municipal Républicain, ou du moins pas dans un avenir prévisible. Par contre, le parti Démocrate existe à peine en dehors des ruines que ces machines urbaines produisent.

Le message le plus important est que la « dysfonctionnalité induite » peut produire une société qui peut être dirigée (rendue docile par le désagrément et la douleur) – sans qu’il y ait besoin de la gouverner (c’est-à-dire de faire fonctionner les choses !).

Ce processus est également évident dans l’UE d’aujourd’hui. L’UE est en crise parce qu’elle a fait un gâchis de sa gouvernance en ce qui concerne les sanctions sur l’énergie russe. La classe dirigeante pensait que les effets des sanctions de l’UE sur la Russie seraient « sans appel » : la Russie plierait en quelques semaines, et tout redeviendrait comme avant. Les choses reviendraient à la « normale » . Au lieu de cela, c’est l’Europe qui risque de s’effondrer.

Pourtant, certains dirigeants européens – zélateurs de l’Agenda vert – poursuivent néanmoins une approche parallèle à celle des États-Unis – celle de « la militarisation de l’échec », conçu comme un atout stratégique pour atteindre les objectifs du « Net zéro vert » .

Parce que… cela oblige leurs sociétés à se lancer dans la désindustrialisation, à accepter le contrôle de l’empreinte carbone et la transition verte, et à en supporter les coûts. Yellen et certains dirigeants de l’UE ont célébré la douleur financière comme une accélération de la transition, que vous le vouliez ou non, même si elle vous pousse hors de l’emploi, en marge de la société. Les aéroports européens dysfonctionnels sont un exemple pour décourager les Européens de voyager et ajouter à la charge de carbone !

En bref, il s’agit d’un autre trait nocif qui a émergé avec le « tournant » de 2008. La sociopathie désigne un ensemble de comportements et d’attitudes antisociaux, notamment la manipulation, la tromperie, l’agressivité et un manque d’empathie pour les autres, qui s’apparente à un trouble mental. La caractéristique principale du sociopathe est un profond manque de conscience – une amoralité qui peut cependant  être cachée par un comportement extérieur charmant.

La nouvelle façon de gouverner consiste à nous pousser par le « nudge » à la conformité par le biais du coût ou en nous rendant la vie intolérable. Mais notre monde se fracture rapidement en zones de « vieilles normalités » et en bassins de désintégration.

Ce qui nous amène à la grande question : alors que l’Occident contourne à nouveau l’échec systémique économique, pourquoi ne pas réunir les oligarques milliardaires, comme en 2008, et les enfermer dans une pièce, jusqu’à ce qu’ils trouvent une solution ?

Oui, les oligarques peuvent se tenir en haute estime (étant si riches), mais leur dernier effort n’a donné aucune solution,et a été plutôt un exercice d’auto-préservation, réalisé en jetant de l’argent fraîchement imprimé sur de larges problèmes structurels, facilitant ainsi la transition de leurs empires vers leur nouvelle identité financiarisée.

Cependant, quelque chose semble avoir changé vers 2015-2016 – une réaction a commencé. Celle-ci ne provient pas des oligarques mais de certains milieux du système américain qui craignent les conséquences, si la dépendance psychologique de masse à l’égard de l’impression de toujours plus d’argent n’était pas abordée. Leur crainte est que le glissement vers un conflit sociétal, alors que les distorsions de richesse et de bien-être explosent, devienne imparable.

Cependant, la Fed pourrait tenter de mettre en œuvre une démolition contrôlée de la bulle économique américaine en augmentant les taux d’intérêt. Les hausses de taux ne tueront pas le « dragon » de l’inflation (il faudrait qu’elles soient beaucoup plus élevées pour cela). L’objectif est de rompre une « habitude de dépendance » généralisée à l’égard de l’argent gratuit.

La seule question que se posent tous les acteurs du marché est de savoir quand la Fed va pivoter (revenir à l’impression)… quand ? Ils veulent leur « dose » et la veulent rapidement.

Beaucoup sont « accros » : l’administration Biden en a besoin ; l’UE en dépend ; le Reset a besoin de la planche à billets. L’agenda Vert en a besoin ; le soutien au « Camelot » ukrainien en a besoin. Le complexe militaro-industriel en a également besoin. Tous ont besoin d’une « dose » d’argent gratuite.

Peut-être la Fed peut-elle briser cette dépendance psychologique avec le temps, mais la tâche ne doit pas être sous-estimée. Comme l’a dit un stratège du marché : « Le nouvel environnement opérationnel est totalement étranger à tout investisseur vivant aujourd’hui. Nous devons donc nous dés-ancrer d’un passé qui n’est plus et procéder avec un esprit ouvert » .

Cette période de taux zéro, d’inflation zéro et d’assouplissement quantitatif était une anomalie historique tout à fait extraordinaire. Et elle se termine (pour le meilleur ou pour le pire).

Un petit « cercle intérieur » de la Fed peut avoir une bonne compréhension de ce que signifiera le nouvel environnement opérationnel, mais toute mise en œuvre détaillée ne peut tout simplement pas être appliquée fidèlement par une longue chaîne de commandement orientée vers le paradigme inverse de la « croissance » qui demande un « pivot » . Parmi les personnes actuellement impliquées dans cette transition, combien en comprennent toute la complexité ? Combien sont d’accord avec cela ?

Qu’est-ce qui peut mal tourner ? Commencer le changement au sommet est une chose. Mais le remède au « dysfonctionnement induit de la gouvernance » en tant que stratégie opérationnelle dans un « État d’urgence permanent » composé de sociopathes de guerre froide et de technocrates sélectionnés pour leur conformité n’est pas évident. Les plus sociopathes peuvent dire au public américain : F*** you ! Ils ont l’intention de « régner », même sur des ruines.

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

L’OTAN est-elle en train de s’effondrer ?

Par : Wayan

Par The Saker – Le 22 novembre 2022 – Source The Saker’s Blog

Une chose assez étonnante vient de se produire. Après l’attentat terroriste à Ankara qui a tué 34 personnes et en a blessé 125 autres, les autorités turques ont d’abord déclaré qu’elles n’accepteraient pas les condoléances américaines. Puis les Turcs ont lancé une opération militaire contre les « terroristes kurdes dans le nord de la Syrie« . La Turquie a ensuite affirmé avoir neutralisé 184 terroristes.

Ce qui n’est pas mentionné dans ces articles, c’est que la cible de la frappe turque est le centre géré par les États-Unis pour l’entraînement et la formation des militants du PKK au Rojava. Selon certaines rumeurs, les Turcs auraient donné aux États-Unis suffisamment de temps pour évacuer la plupart de leur personnel.

Cela vous rappelle-t-il quelque chose ?

Si oui, c’est parce que c’est très similaire à ce que les Iraniens ont fait lorsqu’ils ont frappé les bases américaines en Irak après le meurtre du général Solemani par une frappe de drone américain.

Si ce qui précède est vrai, et les rumeurs sont des « si » et ne peuvent être considérées comme des faits avérés, cela signifie qu’un État membre de l’OTAN (la Turquie) vient d’attaquer une base américaine et, comme l’Iran, s’en est tiré à bon compte : la « plus grande force de combat de l’histoire » vient d’être frappée durement et humiliée pour la deuxième fois et n’a absolument rien pu faire pour se défendre ou même sauver la face.

Quelle est l’ampleur de la gifle reçue par l’oncle Shmuel cette fois-ci ? Selon le ministre turc de la défense, Hulusi Akar :

« Les abris, bunkers, grottes, tunnels et entrepôts des terroristes ont été détruits avec succès », a déclaré Akar, ajoutant que « le soi-disant quartier général de l’organisation terroriste a également été touché et détruit. » Dans l’ensemble, le ministère de la défense a affirmé que les frappes ont touché près de 90 cibles qui, selon lui, étaient liées au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et aux Unités de défense du peuple kurde (YPG).

Même en tenant compte d’une certaine « exagération patriotique« , il est assez clair que la frappe de vengeance d’Ergodan fut à la fois substantielle et, apparemment, plutôt efficace.

Alors, qu’avons-nous ici ? Un État membre de l’OTAN a pratiquement accusé les États-Unis d’une attaque terroriste majeure contre sa capitale, puis cet État membre de l’OTAN a ouvertement attaqué une installation gérée par les États-Unis (n’appelons pas cela une base, ce serait inexact).

L’affirmation d’Erdogan est-elle crédible ? Absolument ! Non seulement les États-Unis ont déjà tenté de renverser et de tuer Erdogan, qui a été sauvé in extremis par les forces spéciales russes (tout comme Ianukovich), mais nous savons également que les États-Unis ont renversé le général de Gaulle en 1968-1969 et que les forces secrètes de l’OTAN ont été utilisées pour organiser des attaques sous faux drapeau contre des alliés de l’OTAN (notamment l’Italie) dans le cadre de l’opération GLADIO.

L’OTAN n’est pas une alliance défensive, elle ne l’a jamais été, elle est un outil de domination coloniale des États-Unis.

Cela a toujours été vrai, d’où les célèbres paroles prononcées dans les années 1950, aujourd’hui lointaines, lorsque le premier secrétaire général de l’OTAN, le général britannique Hasting Ismay, a admis sans ambages que le véritable objectif de l’OTAN était de garder « Russes à l’extérieur, les Américains à l’intérieur, les Allemands à terre« .  Prenons ces éléments un par un, en commençant par le dernier :

  • « Garder les Allemands à terre » : ici, le mot « Allemands » est un substitut désignant tous les dirigeants ou pays européens qui voulant garder une véritable souveraineté et le pouvoir de décision qui va avec. Traduction : asservir les Européens
  • « Garder les américains à l’intérieur » : afin d’écraser tout mouvement de libération européen. Traduction : placer des suzerains pro-américains à la tête de toutes les nations de l’UE.
  • « Garder les russes à l’extérieur » : s’assurer que la Russie ne libère pas l’Europe.  Traduction : diaboliser la Russie et faire tout et n’importe quoi pour empêcher la paix sur le continent européen.  Si possible, faire éclater, soumettre ou détruire la Russie.

Besoin d’une preuve ? Que diriez-vous de l’acte de guerre indéniable contre l’Allemagne (et, je dirais, toute l’UE) lorsque les Anglos ont fait exploser NS1/NS2 ?  N’est-ce pas une preuve suffisante ?

Dans ce contexte, nous devons nous demander ce que signifie être un État membre de l’OTAN en 2022.

La vérité est que l’OTAN est une pure création de la guerre froide et que, dans le monde réel de 2022, elle est un anachronisme total. Être un État membre de l’OTAN signifie vraiment très peu de choses. Non seulement certains sont « plus égaux que d’autres » au sein de l’OTAN, mais il existe également des États non membres de l’OTAN qui sont bien plus « otanisés » que les États membres actuels de l’OTAN (je pense à Israël ou, bien sûr, à l’Ukraine occupée par les nazis). Et le fait d’être membre de l’OTAN ne vous protège de rien, ni des attaques extérieures, ni des attaques intérieures.

Selon le colonel (retraité) MacGregor, la guerre en Ukraine pourrait bien entraîner l’effondrement de l’OTAN et de l’UE. Je suis tout à fait d’accord avec lui. Je dirais qu’un tel effondrement ne sera pas tant le résultat de défaites embarrassantes que celui des profondes contradictions internes des deux organisations.

Soit dit en passant, ce n’est pas notre sujet aujourd’hui, mais je pense que l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) a en grande partie les mêmes problèmes et contradictions que l’OTAN.  Alors, ce que nous observons est-il un  » problème de l’OTAN  » ou un problème d’alliances artificielles et généralement obsolètes ? Je pencherais pour la seconde hypothèse.

Mais laissons la discussion sur l’OTSC pour un autre jour.

Dans le cas de la Turquie, ce problème est encore aggravé par l’incompatibilité totale entre l’islam et l’idéologie woke désormais ouvertement promue (et appliquée) par les États-Unis et l’OTAN.

Ensuite, il y a la géographie. La Turquie a des voisins régionaux assez puissants, dont non seulement la Grèce ou Israël, mais aussi l’Iran, l’Arabie saoudite, l’Égypte, l’Azerbaïdjan, l’Irak, la Syrie et, bien sûr, la Russie. La Turquie peut-elle compter sur une quelconque « protection » des États-Unis et de l’OTAN face à des voisins aussi puissants ?

Demandez aux Saoudiens avec quelle force les États-Unis/OTAN les aident face aux Houthis !

Demandez aux Israéliens à quel point les États-Unis et l’OTAN les aident face au Hezbollah.

Les frappes iraniennes sur les bases du CENTCOM ont démontré que les États-Unis n’ont pas les tripes pour affronter directement l’Iran. En revanche, l’intervention russe et iranienne en Syrie a mis en échec les plans américains pour un « nouveau Moyen-Orient » ou, dirons-nous autrement, elle a donné naissance à un « nouveau Moyen-Orient« , mais certainement pas celui que les néoconservateurs américains espéraient !

Si l’on ajoute à cela la détérioration majeure des relations entre les États-Unis et l’Arabie saoudite de MBS, on obtient une image étonnante : les États-Unis et l’OTAN (que les États-Unis ont entraînés dans la région) perdent progressivement leur importance au Moyen-Orient. Au lieu de cela, de nouveaux « grands acteurs » comblent progressivement le vide, notamment la Russie et l’Iran, qui autorisent même progressivement l’Arabie saoudite à participer à un dialogue régional indispensable sur l’avenir de la région.

La faiblesse phénoménale des États-Unis/OTAN/CENTCOM est parfaitement illustrée par la réaction américaine aux frappes turques : L’oncle Shmuel a approuvé (sans blague !!!) les frappes turques 🙂

C’est absolument pathétique pour une prétendue superpuissance.

Ce processus aura-t-il un impact sur la guerre de l’OTAN contre la Russie ?

Eh bien, imaginons que la Russie frappe réellement une cible à l’intérieur de la Pologne (c’est ce que les Ukies ont prétendu, tout comme les Polonais jusqu’à ce que l’oncle Shmuel leur dise de se calmer). Que se passerait-il ensuite ?

Quelqu’un se souvient-il encore de ce qui s’est passé lorsque Erdogan s’est rendu à Mons pour implorer la protection de l’OTAN contre la Russie (après avoir abattu un Su-24 russe au-dessus du nord de la Syrie par une opération conjointe américano-turque, peut-être exécutée à l’insu d’Erdogan, du moins c’est ce qu’il a affirmé). Qu’a promis ou donné l’OTAN aux Turcs ? Absolument rien (à part des « consultations« ).

Maintenant, les Polonais peuvent délirer au point de penser qu’un président américain pourrait ordonner une attaque de représailles contre la Russie si celle-ci frappait la Pologne, mais ceux d’entre nous qui connaissent les États-Unis et leurs élites dirigeantes savent que cela n’a aucun sens. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’une contre-attaque des États-Unis et de l’OTAN contre les forces russes entraînerait une réponse immédiate de la Russie.

Et alors quoi ?

La vérité est très dure dans sa simplicité :

  • Les États-Unis et l’OTAN n’ont pas les effectifs ni la puissance de feu nécessaires pour affronter la Russie dans une guerre conventionnelle à armes combinées.
  • Toute utilisation d’armes nucléaires entraînera des représailles immédiates qui aboutiront très probablement à une guerre nucléaire totale impossible à gagner.

Voici donc la situation : que les politiciens occidentaux le comprennent ou non, les professionnels de l’armée connaissent tous la vérité : l’OTAN ne peut défendre AUCUN de ses membres contre une armée véritablement moderne. Pourquoi ?

Examinons les capacités dont disposent réellement les États-Unis et l’OTAN :

  • L’US Navy dispose d’une superbe force sous-marine (SSN et SSBN) capable de tirer un grand nombre de missiles de croisière relativement obsolètes (et de nombreux SLBM).
  • Une triade nucléaire encore très performante, bien qu’assez ancienne.
  • Un avantage conventionnel quantitatif (seulement !) sur la Russie
  • De superbes (mais très vulnérables !) capacités C4ISR
  • Une presse à imprimer permettant l’impression quasi infinie de dollars
  • Une élite compradore régnant sur tous les pays de l’OTAN/UE
  • La plus formidable machine de propagande de l’histoire

Que manque-t-il donc à l’OTAN pour être une force militaire crédible ?

De toute évidence, des « bottes sur le terrain« . Et je ne parle pas de quelques sous-unités de la 101ème ou de la 82AB ou des forces spéciales américaines ou même d’une soi-disant « brigade blindée » qui, en réalité, ne dispose pas des outils et de l’organisation adéquate pour être qualifiée de telle. Je parle d’une force de « guerre terrestre » capable de combattre un ennemi moderne et extrêmement déterminé.

[Aparté : si ce sujet vous intéresse, je me permets de vous recommander mon article « Déboulonner les clichés populaires sur la guerre moderne » écrit en 2016 mais qui reste majoritairement pertinent].

Les États-Unis, Israël et l’Arabie saoudite sont tous tombés dans le même piège : l’illusion qu’en dépensant des milliards et des milliards de dollars dans du matériel militaire massivement surévalué et massivement sous-performant, vous pourrez vaincre un ennemi supposé être « moins sophistiqué« . D’où la nécessité de recourir à :

  • Des forces proxy
  • Des compagnies privées de mercenaires
  • Des opérations psychologiques
  • La corruption

Tous ces éléments font partie intégrante de toute guerre moderne, mais dans le cas des États-Unis et de l’OTAN, ils ne font pas seulement partie d’un plan plus vaste, ils sont au cœur de toute opération des États-Unis et de l’OTAN, ce qui réduit considérablement leurs capacités réelles sur le terrain. En revanche, des pays comme la Russie ou l’Iran peuvent déployer des « bottes sur le terrain« , et des bottes très performantes (n’oubliez pas que les Iraniens sont ceux qui ont formé le Hezbollah !)

Que signifie tout cela en pratique ?

Cela signifie que même si les Russes décidaient de frapper un pays de l’OTAN, les tensions monteraient en flèche, mais il est hautement improbable qu’un président américain autorise une action susceptible d’entraîner une guerre nucléaire à grande échelle ! N’oubliez pas que pour la Russie, il s’agit d’une guerre existentielle, au même titre que la Seconde Guerre mondiale, alors qu’aucun dirigeant anglo-saxon n’oserait jamais lancer une attaque suicidaire contre les forces russes, qui entraînerait très probablement l’anéantissement total des États-Unis, du Royaume-Uni et de tout autre pays y participant (par exemple en hébergeant des armes à distance déployées à l’avant).

Cela signifie-t-il que nous devons anticiper une attaque russe contre la Pologne, la Roumanie ou le Royaume-Uni ?

Non, pas du tout. En fait, il serait très dangereux pour les Russes de ne laisser qu’un choix brutal à l’Hégémon : admettre la défaite ou se suicider. Et puisque les Russes ont la maîtrise de l’escalade (c’est-à-dire qu’ils ont des capacités équilibrées depuis le niveau de feu des armes légères jusqu’à une guerre nucléaire intercontinentale complète, avec toutes les étapes entre ces deux extrêmes), ils ne sont pas, contrairement aux États-Unis et à l’OTAN, coincés entre le choix de la capitulation ou du suicide.

Cela étant dit, il serait également erroné de supposer que la Russie « n’oserait jamais frapper un État membre de l’OTAN« . Les Polonais seraient peut-être prêts à parier leur avenir, voire leur existence, sur une telle déduction invalide, mais pas les gens du Pentagone ou d’autres centres de décision de l’Hégémon.

Conclusion

Douglas MacGregor a raison, la guerre de l’OTAN contre la Russie pourrait très bien aboutir à l’effondrement de l’OTAN et de l’UE qui, à leur tour, planteront un « dernier clou » officiel dans le cercueil d’un Hégémon déjà mort depuis longtemps et qui n’existe encore que grâce à son élan et à sa machine de propagande.

Je dirais que l’OTAN est déjà en train de s’effondrer sous nos yeux, un processus que les crises économiques, sociales, politiques et spirituelles qui frappent l’ensemble de l’UE ne feront qu’accélérer. Et, bien sûr, le plus étonnant dans tout cela, c’est que cet effondrement n’est pas le résultat d’un plan machiavélique concocté par les Russes, les Chinois ou les Iraniens, mais la conséquence directe de décennies de politiques véritablement suicidaires : ils l’ont fait eux-mêmes !

Maintenant, les Russes, les Chinois et les Iraniens attendent, observent (probablement en souriant) et planifient le monde multipolaire sans hégémonie qu’ils veulent créer, avec ou sans la participation des États-Unis et de l’Europe.

Andrei

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

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