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L’Europe peut-elle créer sa propre armée ?

Par : Wayan

Par Vladimir Odintsov – Le 9 septembre 2021 – Source New Eastern Outlook

Ces derniers temps, on entend de plus en plus souvent dans l’Union européenne le fait que les Européens ont besoin d’une force armée commune. Le nombre de ces déclarations a sensiblement augmenté, surtout dans le contexte de l’échec des États-Unis et de l’OTAN en Afghanistan.

« L’Amérique quitte l’Afghanistan non seulement vaincue mais humiliée », écrit le quotidien français Le Figaro. La chute de Kaboul a ébranlé le monde qui s’était rassemblé autour de l’Amérique. Le retrait américain d’Afghanistan, et la manière dont il s’est produit, prive les États-Unis de leur capital confiance et enterre l’idée de garanties de sécurité de leur part, souligne le journal. Dans le même temps, les États-Unis sont aujourd’hui en position de faiblesse, sans unité au sein du pays. Le Figaro suggère donc à l’Europe de créer une nouvelle alliance qui contribuerait à défendre la sécurité et les frontières du continent, sans reposer sur les épaules des États-Unis.

Malgré toutes les déclarations du président américain Joe Biden, l’OTAN reste pour l’instant une alliance divisée, selon le Wall Street Journal. En effet, les membres du bloc ne parviennent toujours pas à s’entendre sur des questions telles que les menaces communes et le réarmement de l’Europe. Et comme l’alliance ne parvient jamais à s’entendre sur des objectifs géostratégiques communs, elle reste une coquille vide. Alors que Washington considère la Chine comme un problème militaire et économique personnel, injectant de la sinophobie dans la politique de l’OTAN, l’Europe la considère comme une opportunité économique, percevant au plus l’Empire céleste comme un défi stratégique. Le marché asiatique est considéré comme trop important pour la prospérité de l’Europe, elle ne veut donc pas provoquer le mécontentement de Pékin.

Tandis que la Pologne, la Roumanie et les États baltes considèrent la Russie comme une menace et cherchent délibérément à créer la tension, L’Europe occidentale, très prudente, craint ouvertement de risquer sa croissance économique, la faisant passer avant le bien-être de ses voisins, sur lesquels l’URSS dominait autrefois. Quant à Berlin, elle entend travailler avec la Russie et non s’y opposer avec une approche intégrée de mesures politiques et économiques, souligne le journal. Quant à la France, ses priorités sécuritaires se concentrent sur le sud, vers la Méditerranée et l’Afrique, plutôt que vers l’est. Ces intérêts européens disparates empêchent un consensus à l’échelle de l’OTAN sur les menaces effectives.

Il n’est donc pas surprenant qu’après le retrait d’Afghanistan, les ministres des affaires étrangères et de la défense de l’UE aient commencé à discuter à Brdo, en Slovénie, le 2 septembre, de la meilleure façon d’assurer la sécurité européenne à l’avenir, sans continuer à dépendre des États-Unis. L’Afghanistan a montré que l’Europe était trop dépendante des États-Unis, a noté la chaîne de télévision allemande Das Erste, de sorte que des propositions d’unités européennes communes de réaction rapide placées sous un commandement conjoint sont maintenant examinées. Et pour que l’Europe devienne plus indépendante des États-Unis, Josep Borrell, Haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, exige la création de troupes similaires. Mais aucune date n’a encore été fixée. Nous parlons d’un nombre de militaires allant de 5 000 à 50 000, mais dans tous les cas, il s’agit d’un commandement global. Dans le même temps, il convient de rappeler que l’UE dispose déjà de ce que l’on appelle des « groupes de combat » qui ont été formés à cette fin. Ils sont en état d’alerte depuis 2007. Cependant, ils n’ont jamais été utilisés jusqu’à présent. En partie parce qu’une telle décision ne peut être prise qu’à l’unanimité, et bien sûr, parce qu’ils n’ont pas les mêmes capacités que, par exemple, l’armée américaine.

Il convient également de noter que l’idée de forces armées européennes communes est apparue dans le Vieux Continent il y a plus de 70 ans – depuis la création de l’Union de l’Europe occidentale en 1948, une union qui s’occupait de l’organisation de la défense collective européenne. Cependant, cette idée n’a pas été reconnue car les États-Unis, qui n’ont jamais voulu une Europe trop unie, encore moins militairement, ont imposé une alliance nord-atlantique qui leur a permis de dominer le continent. Et la Grande-Bretagne a toujours été opposée à l’émergence d’une armée européenne qui, selon Londres, aurait un impact négatif sur le rôle des États-Unis dans les affaires européennes.

Les discussions sur une politique européenne commune de sécurité et de défense ont repris après l’effondrement de l’Union soviétique, les capitales européennes estimant qu’avec la disparition de l’Union soviétique, le danger d’une confrontation militaire sur le continent avait disparu. De plus, l’Union européenne s’était déjà renforcée politiquement et économiquement. Par conséquent, sa propre force militaire pouvait assumer la responsabilité de l’état des affaires dans le monde avec l’Amérique. Le Brexit a ramené les politiciens européens à réfléchir sur cette idée, puisque l’Angleterre n’était plus un obstacle sur le chemin pour étendre et approfondir la coopération dans la sphère militaire.

Si nous parlons d’aujourd’hui, il est impossible de ne pas mentionner que l’Allemagne a initié l’actualisation de ce processus, ayant fait l’expérience de la pression américaine en premier. Il n’est donc pas surprenant qu’au forum de Davos, Angela Merkel ait sévèrement critiqué les actions américaines contre l’Europe et appelé l’Union européenne à prendre son destin en main. Dans le même temps, elle a souligné l’importance de la création d’un fonds de défense européen, l’Europe ayant pris la mauvaise habitude de « s’en remettre aux États-Unis ».

Le vieux projet de Bruxelles de créer une armée européenne a pris forme en 2017. En décembre 2017, les dirigeants européens ont officiellement lancé le programme de coopération structurée permanente (PESCO) pour la sécurité et la défense. De nombreux experts ne doutent pas qu’Angela Merkel et Jean-Claude Juncker soient les véritables auteurs du projet d’armée européenne et du pacte de défense européen. Il convient également de rappeler à cet égard que Juncker est un ancien partisan de l’idée des « États-Unis d’Europe ». Et une telle structure devrait, bien entendu, être en mesure d’assurer sa propre sécurité en toute indépendance. Avec l’avènement de la PESCO, une image complètement différente est apparue. Selon les experts occidentaux : L’UE, en dépensant de l’argent dans le domaine militaire, peut développer ses propres forces armées et produire ses propres armes.

Quant à l’idée de créer un corps de réaction rapide paneuropéen, ce n’est pas nouveau non plus. Au printemps dernier, 14 nations, dont l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne, ont proposé, sur la base d’un rapport de menace classifié, de créer une unité militaire commune qui serait utilisée dans des « scénarios nécessitant une intervention immédiate ». Selon les plans alors annoncés par les politiciens, à l’avenir, en plus de la force de réaction rapide, une division de l’armée de l’air et un groupe de troupes de soutien au combat devaient faire partie de l’armée paneuropéenne. Toutefois, en raison des désaccords existants au sein de l’UE, la mise en œuvre de cette stratégie a été suspendue au stade des discussions.

De manière générale, la volonté de l’Europe de se protéger sans les États-Unis se heurte depuis longtemps à l’opposition active de Washington. Par exemple, en 2009-2010, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique et les Pays-Bas ont tenté de faire retirer les armes nucléaires américaines de leurs territoires. Mais Washington, avec l’aide de la Pologne et des États baltes, a réussi à faire adopter un nouveau concept stratégique de l’alliance, lors du sommet de l’OTAN à Lisbonne, qui met l’accent sur la nécessité de localiser les armes nucléaires américaines sur le continent européen.

C’est pourquoi on peut être sûr que dès que les États-Unis sentiront, ne serait-ce qu’un instant, que l’unification militaire de l’Europe menace leurs positions dans l’Ancien Monde, ils feront tout pour l’empêcher. L’idée de certains pays européens de ne plus dépendre des États-Unis en créant leur propre armée semble donc encore difficile à mettre en œuvre.

Vladimir Odintsov

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

UE : vidéos de la fête de la Démocratie à Paris pour l’anniversaire du Référendum de 2005 le 29 mai 2021

Par : Mira

Mon intervention à la fête de la démocratie

Sélection :

  • Pourquoi ne sommes nous pas en en démocratie ?
  • La trahison de représentants politiques suite à la victoire populaire du « NON » au Traité Constitutionnel européen en 2005
  • Notre impuissance politique est écrite dans la Constitution de la Ve République
  • Comment instaurer une démocratie réelle dans notre pays ?
  • La condition nécessaire à la lutte pour la démocratie : faire converger les citoyens et citoyennes autour de cette cause commune
  • Rejoindre le MCP

En savoir plus sur le Mouvement Constituant Populaire

Voir aussi les autres interventions :

Avec Emmanuelle GAVE, Guillaume BIGOT, Philippe PASCOT, Pierre-Yves ROUGEYRON, Jean-Claude HOURCADE, Joël PÉRICHAUD, Jacques CHEMINADE, Charles GAVE, Fabrice GRIMAL, Roland HUREAUX, Gilles CASANOVA, Dominique BOURSE-PROVENCE, Jacques NIKONOFF, Pierre LÉVY, Philippe MURER, Éric GUÉGUEN, Laurent HERBLAY, David SAFORCADA, Dominique JAMET, Charles-Henri GALLOIS, Deivy MUGERIN, …

À propos de « UE : le référendum »

📝 Signez et faites signer la pétition referendum-ue.org
Les soutiens de la pétition referendum-ue.org lancent un grand appel pour un nouveau référendum sur notre appartenance à l’Union européenne.
Retrouvez leurs discours donnés lors de la Fête de la démocratie qui a eu lieu le 29 mai dernier à Paris
sur leur chaine Youtube

À voir également avec Clara Egger et Charles-Henri Gallois

Débat sur l’EU : la France a-t-elle la souveraineté sur sa Constitution ?

 

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— Étienne Chouard (@Etienne_Chouard) July 29, 2021

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Rendez-vous ce soir, 5 juillet 2021, 21 h, avec Clara Egger et Charles-Henri Gallois 🙂 UE : la France a-t-elle la souveraineté sur sa constitution ?

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Notre cause commune, c’est s’instituer NOUS-MÊMES la puissance politique qui nous manque pour vivre en démocratie.

Il faut commencer par le commencement : ne pas compter sur les politiciens pour rendre au peuple le pouvoir qu’ils lui ont volé.

Étienne.

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L’enlèvement de Monsieur NEXTA par le Bélarus: Les préparatifs de guerre se poursuivent

Par Israël Adam Shamir.

 

Que pense Loukachenko de lui-même et de son pays ? N’agit-il pas comme le roi d’Israël ? Israël s’autorise à tuer et à kidnapper ses ennemis, où qu’ils se trouvent. Les États-Unis s’autorisent également à faire tout ce qu’ils jugent nécessaire ; enlever des centaines de personnes et les jeter à Guantanamo, ou simplement les abattre, comme ils ont tué Soleimani. Mais d’autres États ? Non, Dieu nous en préserve ! Ils sont censés accepter placidement ce que leurs supérieurs décident et respecter les règles du jeu.

 

Cependant, Louka (comme on l’appelle affectueusement) est fait d’une matière plus solide. C’est l’homme qui a refusé catégoriquement de confiner sa nation ; il a organisé le défilé du jour de la Victoire en Europe dans sa capitale, Minsk, le 9 mai 2020, alors que le reste du monde avait peur de sortir dans la rue. Et maintenant, il détient le type qui incarne NEXTA, Roman Protassevitch, l’organisateur des manifestations de l’année dernière à Minsk. Roman P. se moquait des demandes d’extradition, depuis son refuge à Varsovie ; sa chaîne sur Telegram, NEXTA, a offert des millions en récompense pour qui arrêterait Louka. Et soudain, surprise, le voilà en prison. Rira bien qui rira le dernier.

 

Les réseaux sociaux russes jubilaient. Ils ont bricolé une photo de leurs James Bonds nationaux, Petrov et Boshirov, célèbres pour leur  [lors de l’affaire Skripal], pilotant l’avion détourné vers Minsk. Bien que les Russes, prudents, ne soient probablement pas impliqués dans l’affaire, le cœur des Russes était tout acquis à Louka, celui qui a arrêté le Hipster.

 

À Sotchi, la station balnéaire de la mer Noire au climat chaud, et résidence secondaire des présidents russes, Poutine a bien reçu Loukachenko, lui a offert une baignade dans la mer et s’est moqué des menaces occidentales. Ce ne sont que des émotions passagères, a-t-il dit, une explosion d’émotions. Cela passera bientôt. Il a fait référence à la recommandation inquiétante de l’UE de fermer le ciel au-dessus du Belarus, une menace directe pour la Russie, un tour de vis supplémentaire, dans l’a mise en place du rideau de fer. Il serait certes inconfortable pour la Russie et coûteux pour le Belarus que ces limitations persistent. Toutefois, grâce au soutien de la Russie, le Belarus n’a pas à s’inquiéter. Et les États-Unis n’ont pas ordonné à leur aviation d’éviter le Belarus, contrairement aux Européens. C’est coûteux d’avoir à contourner le Belarus ; laissons les Européens payer la facture.

 

La Russie s’adapte au nouvel ordre mondial et s’en sort bien. C’est le pays le plus libre du monde aujourd’hui, avec des théâtres, des musées et des églises ouverts, des restaurants pleins de visiteurs, et il y a un vaccin pour tous ceux qui en veulent. Mais cette liberté a été conquise à coup d’efforts considérables, et les alliés de la Russie ne sont pas également capables de résister à l’Occident. Ils sont plus petits, et il est plus facile de faire pression sur eux. La Biélorussie, le balcon russe sur l’Europe, se trouve coincé entre les États satellites des États-Unis, c’est un pays vulnérable. L’encerclement de la Russie et de ses alliés serait devenu une réalité sans la longue et amicale frontière chinoise.

 

Le Belarus s’est positionné comme la plaque tournante occidentale de l’influence chinoise, comme l’allié et l’ami le plus occidental de la Chine. Les nationalistes russes disent que le Belarus est plus pro-chinois que pro-russe. Le Belarus est un État eurasien, affirme M. Loukachenko, reliant ainsi son pays à la fois à la Russie et à la Chine. Si le ciel du Belarus était fermé, l’accès de la Chine à l’Europe en souffrirait. Cela ouvrirait également une brèche pour une attaque soudaine de missiles sur la Russie. Pour cette raison, entre autres, de nombreux analystes russes considèrent l’affaire Ryanair comme une provocation. Ils disent que l’Occident avait amorcé le piège et savait tout à l’avance. Les États occidentaux ont réagi si vite et si massivement qu’une connaissance préalable du déroulement de l’opération semble une conclusion inéluctable.

 

La CIA a joué un coup de poker : elle a sacrifié un jeune homme de peu d’importance pour fragiliser la Chine et la Russie et muscler le poing de Biden, qui doit rencontrer Poutine prochainement. D’autres affirment que c’est tout le contraire : que c’est le KGB du Belarus qui a remporté un grand succès, tandis que l’opposition bélarussienne soutenue par l’Occident a reçu un coup terrible. Des experts encore plus conspirationnistes affirment qu’il s’agissait d’une opération russe visant à renforcer les liens du, trop indépendant, avec son voisin géant.

 

Effectivement, il n’y a pas assez de certitudes sur les événements de Ryanair pour exclure une provocation. M. Loukachenko affirme qu’il aurait exigé que l’avion atterrisse à Minsk s’il avait su que Roman P. était à bord de l’avion. Mais il ne le savait pas, dit-il. Nous savons avec certitude qu’un contrôleur du trafic de l’aéroport de Minsk avait informé le commandant de bord de l’avion Ryanair qu’il avait reçu un courriel (provenant ostensiblement du Hamas) affirmant qu’il y avait une bombe à bord de l’avion, prête à exploser au-dessus de l’aéroport de Vilnius. La menace était douteuse ; le Hamas n’a jamais fait exploser d’avions, mais il a utilisé des kamikazes pour faire sauter des bus en Israël, de sorte que personne ne pouvait garantir qu’il s’agissait d’une blague.

 

Dans le monde entier, à l’Est comme à l’Ouest, toutes les alertes à la bombe sont traitées comme si elles étaient réelles, alors qu’il s’agit bien plus souvent de canulars. L’année dernière, la Russie a reçu des milliers de fausses alertes à la bombe, prétendant généralement qu’une école était piégée. Ces fausses menaces sont souvent liées à l’Ukraine, où se trouve un réseau néonazi actif et farouchement anti-russe. Malgré la quasi-certitude qu’il s’agit d’un canular, les autorités russes traitent invariablement ces menaces comme des faits réels. L’Occident aussi. En août de l’année dernière, la RAF britannique a fait décoller deux avions de chasse pour intercepter un avion de ligne Ryanair en raison d’une menace pour la sécurité ; il s’agissait en fait d’un téléphone portable oublié dans les toilettes.

 

Il est donc normal de prendre des mesures de sécurité. Dans tous les cas, c’est le droit et le devoir du commandant de bord de décider. Celui-ci a décidé de dévier vers l’aéroport de Minsk. C’est un fait – il existe un enregistrement des conversations entre l’avion et l’aéroport. Sur le chemin de l’aéroport de Minsk, un avion de chasse biélorusse accompagnait l’avion. Le signal avait été brouillé, conformément à la procédure standard, lorsque l’avion de ligne s’est approché de l’aéroport de Minsk et qu’il est passé près de la centrale nucléaire. Les archives de Ryanair confirment que l’avion de chasse n’a pas intercepté l’avion de ligne, ne l’a pas menacé et n’a pas été perçu par le commandant de bord comme une menace. S’il est possible que le Belarus ait été au courant du canular (ou même qu’il l’ait organisé), il n’y a aucun moyen de le prouver.

 

Après l’atterrissage de l’avion, les passagers sont descendus et ont été conduits au terminal. Pendant qu’ils attendaient l’inspection de l’immigration, Mme Sapega, la petite amie du type qui représentait NEXTA, a pris une photo de lui sur son smartphone et a envoyé la photo à un ami commun. Et celui-ci s’est empressé de poster la photo sur Telegram, en disant que leur chef était à Minsk ! C’est ainsi que les autorités biélorusses ont appris que cette personne, recherchée depuis longtemps par la police, se trouvait sur leur territoire. Il a donc été placé en détention. C’est ce que racontent les autorités biélorusses, et cela pourrait être vrai (ou non). Quoi qu’il en soit, il n’y a pas eu de détournement d’avion, ni d’atterrissage forcé, ni d’autres actes douteux. Que les autorités biélorusses aient su dès le départ qu’un homme recherché se trouvait à bord n’a aucune importance. Après la publication de la photo de l’homme sur Telegram, elles ne pouvaient même pas prétendre qu’elles ne savaient pas.

 

Et s’ils avaient su que le jeune homme était à bord ? Même si c’était le cas, ils ont quand même agi de leur propre chef. Tout pays a le droit de faire atterrir tout avion civil volant dans son propre espace aérien. Cela découle non seulement de l’idée de souveraineté, mais est également confirmé par la pratique.  En 2016, les autorités de Kiev ont fait décoller des jets et, sous la menace, ont forcé un vol de Belavia en route vers Minsk à revenir et à atterrir à Kiev. Après l’atterrissage, elles ont retiré et détenu un passager – l’expert russo-arménien Armen Martirosyan. Pourquoi ? Parce qu’il avait déclaré (en plaisantant, selon lui) par téléphone depuis l’aéroport avant le décollage qu’il transportait avec lui des documents compromettants sur le président ukrainien Porochenko. En fait, il n’avait aucun document ; il a été relâché par la suite, mais le fait de forcer l’avion à atterrir n’avait provoqué aucune réaction internationale.

 

Les États-Unis insistent sur leur droit d’accoster tout navire civil. En 2004, les États-Unis ont fait atterrir de force un avion privé dans lequel se trouvait un membre de la chambre haute du parlement russe et ancien vice-ministre, Andrei Vavilov. Il a été emmené pour interrogatoire directement depuis l’aéroport. Le cas le plus célèbre remonte à 2013. L’avion du président bolivien Evo Morales avait décollé de Moscou. Les services de renseignement américains soupçonnaient Snowden d’être à bord. L’avion du président a été forcé d’atterrir à Vienne, où l’avion a été fouillé. Snowden n’ayant pas été retrouvé, l’avion a été relâché. Ensuite, les États-Unis ont publiquement et officiellement déclaré leur droit sacré de détenir et de fouiller tous les navires civils du monde.

 

Les États-Unis n’ont pas été les seuls à débarquer des avions. En 2012, la Turquie a forcé un avion Moscou-Damas à atterrir. Mais c’était un avion russe, alors tout le monde s’en fichait.  Qui les Biélorusses ont-ils détenu, au final ? Un citoyen biélorusse nommé Roman Protassevitch, fondateur et responsable de la chaîne Telegram NEXTA, celui-là même qui a organisé les émeutes de Minsk en 2020. J’observais Roman P. en temps réel sur l’écran de mon smartphone alors qu’il dirigeait les émeutes à Minsk lors des événements de 2020 en Biélorussie. J’ai alors pensé qu’Israël aurait immédiatement largué un missile sur ce studio douillet s’il s’était avisé de donner l’ordre aux émeutiers d’attaquer la police israélienne. Si un missile constitue un message peu proportionné, alors plusieurs parachutistes israéliens auraient frappé à sa porte. Une telle ingérence ne peut être tolérée. Ce que NEXTA a fait relevait d’un acte de rébellion et de sédition, et les stations de télévision et de radio rebelles sont susceptibles d’être bombardées. Comme Israël vient de bombarder les bureaux de l’Associated Press et d’Al Jazeera à Gaza. Comme les Américains ont bombardé des stations de télévision à Belgrade, Bagdad et Kaboul.

 

D’une façon ou d’une autre, le Belarus a donc réussi à capturer l’organisateur de NEXTA. Bravo ! Israël a enlevé des civils pour moins que cela, par exemple, le lanceur d’alerte Mordechai Vanunu, qui avait révélé les secrets de l’arsenal nucléaire – enlevé à Rome. Les États-Unis ont récemment forcé l’atterrissage d’un avion pour arrêter un participant présumé aux événements du 6 janvier au Capitole.  Jusqu’au jour de l’arrestation de Roman P, cependant, seul ce camp, celui de l’hégémon israélo-américain, s’était aventuré à agir comme État pleinement souverain. Loukachenko a fait un pas important et audacieux en revendiquant l’égalité avec Israël même et en mettant la Russie sur le même pied que les États-Unis. Il était grand temps. La Russie a désormais bafoué ces restrictions internationales auto-imposées.

 

L’action de M. Loukachenko n’est peut-être pas un grand pas dans la lutte mondiale des titans, mais c’est certainement un petit pas en avant pour le Belarus et la Russie. La rédactrice en chef de RT, Margarita Simonyan, a posté sur Telegram qu’elle enviait le Belarus. Qui ne serait pas envieux d’un leader aussi audacieux ? D’un autre côté, elle peut être fière de la Russie. Sans la protection de Moscou, le Belarus aurait déjà été entièrement « démocratisé », comme la Syrie et l’Irak.

 

Il est grand temps d’appliquer pleinement la symétrie internationale. Récemment, les services spéciaux américains et leurs collègues subalternes de Kiev ont coopéré lors d’une opération. Ils avaient prévu de clouer au sol un avion de ligne en route entre Minsk à Istanbul alors qu’il traversait l’espace aérien ukrainien. Des combattants du Donbass devaient être incités à monter à bord du vol en question à Minsk, soi-disant pour prendre le vol en toute sécurité vers Istanbul, qui serait ensuite débarqué « de force » à Kiev où ils auraient pu être arrêtés et condamnés. Lorsque le complot a été éventé, les gouvernements occidentaux n’ont pas abordé ce qui était techniquement un détournement d’avion ; ils ont seulement regretté que l’opération ait échoué.

 

L’Empire maintient Julian Assange en état d’arrestation depuis des années. Des dizaines d’informaticiens russes (qualifiés de « hackers ») ont été arrêtés dans des pays tiers et extradés vers les États-Unis ; des centaines d’autres ont été enlevés dans le cadre du programme de « restitutions extraordinaires » et emmenés mourir à Guantanamo. Loukachenko a démontré que deux hommes solides pouvaient eux aussi jouer à ce petit jeu.

 

Le détenu de NEXTA, Roman P., a déjà commencé à chanter, et tout de suite, quelques heures après sa détention. Nous nous attendons à apprendre comment la Pologne et les États baltes (et la CIA) se sont ingérés dans les affaires intérieures du Belarus, comment ils ont planifié et tenté une « révolution de couleur » à Minsk. Les photos de son smartphone ont révélé qu’il y a quelques années, ce jeune homme s’est porté volontaire pour servir dans le bataillon néonazi Azov en Ukraine, prenant des selfies sous une croix gammée. Il ne s’agit pas nécessairement d’un crime au Belarus, même si Azov était bien connu pour ses crimes de guerre dans le conflit du Donbass.

 

Sa petite amie, Mme Sofia Sapega, la petite jeune fille si maligne qui a pris la malheureuse photo à l’aéroport de Minsk, s’est avérée être rédactrice en chef d’un site qui a dénoncé des policiers biélorusses et les sympathisants du gouvernement ; elle a appelé les rebelles à se venger sur leurs familles et leurs maisons. « Elle est détenue depuis deux mois » [sic].

 

Il est probable que le gouvernement du Belarus découvre beaucoup de choses intéressantes en interrogeant ces deux jeunes gens. En outre, cette arrestation est susceptible de refroidir certaines têtes brûlées en Biélorussie. Jusqu’à présent, ils se croyaient intouchables ; ils ont maintenant appris que le gouvernement peut défendre le pays contre les émeutiers et le fera.

 

En règle générale, je sympathise avec les rebelles. Mais parfois, les rebelles sont trop sûrs d’eux. Ils pensent qu’ils sont des Elfes combattant les Orques. La chaîne NEXTA a mené sa guerre contre les gens de l’économie réelle du Belarus, contre son industrie et son agriculture, pour le nouveau monde numérique. S’ils gagnaient, comme en Ukraine, l’industrie biélorusse serait pillée et vendue pour une bouchée de pain ; comme en Ukraine, les travailleurs biélorusses seraient au chômage, sa grande agriculture serait ruinée. Mais l’Ukraine avait un président faible, M. Ianoukovitch, qui a fui en Russie lorsqu’il était en danger. Loukachenko est taillé dans une autre étoffe. Il ressemble davantage au président syrien Bashar Assad, l’homme qui est toujours au pouvoir après avoir reçu des années durant l’ordre de partir. Son amitié serait très bénéfique pour M. Poutine.

 

https://www.unz.com/ishamir/the-abduction-of-nexta/

joindre l’auteur: adam@israelshamir.net

traduction: Maria Poumier

 

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