Revue de presse

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Hier — 8 décembre 2022Vos flux RSS

Illusions nécessaires : Même le récit de l’UE en tant qu’acteur géostratégique a maintenant éclaté

par Alastair Crooke. L'Europe est destinée à devenir un marigot économique. Elle a « perdu » la Russie - et bientôt la Chine. Et elle constate qu'elle a également perdu sa place dans le monde.

La Hongrie oppose son veto à une aide de 18 milliards d’euros à l’Ukraine

La Hongrie est actuellement le seul pays de l'UE dont le plan de dépenses n'a pas encore été approuvé – une condition préalable à la réception des fonds.

Les prévisions « choc » de Saxo Bank pour 2023

par Dominique Delawarde. Des scénarios dont les chances de survenir sont jugées sous-estimées et qui pourraient provoquer « une onde de choc » sur « les marchés » ou « dans les cultures politiques et populaires ».

Six pays de l’UE demandent à Bruxelles de lâcher du lest sur les sanctions antirusses

Ces États considèrent que les recommandations édictées par la Commission européenne ne sont pas fondées juridiquement et portent atteinte à la sécurité alimentaire des Vingt-Sept.
À partir d’avant-hierVos flux RSS

La Russie et la Turquie ont porté un coup à l’image de l’Europe

« Aujourd'hui, les Européens ont deux choix : vendre en urgence ce pétrole en mer Noire ou l'assurer auprès d'une compagnie d'assurance russe, ce qui portera un sérieux coup à l'image de l'Union européenne. »

En dépit des sanctions, la Russie reste parmi les principaux partenaires commerciaux de l’UE

Les données d’Eurostat font état d’une croissance de 60,9% des importations de l’UE depuis la Russie pendant les huit premiers mois de 2022, et cela malgré les sanctions. Leur volume s’est établi à 153 milliards d’euros.

Les Lituaniens devraient se préparer à mourir cet hiver

par Adomas Abromaitis. La Commission européenne a appelé le gouvernement lituanien à limiter les dépenses, par exemple en limitant la compensation des prix de l'énergie aux groupes les plus vulnérables.

Sur la déconstruction des constructions

par Batiushka. La possibilité, encore faible, d’un retour de l’Europe à ses racines après ses mille ans de captivité se présente maintenant. Pour ce faire, l’Europe doit se libérer de la dictature de l’élite athée, aujourd’hui basée aux États-Unis.

Christelle Néant : Von der Leyen/UE torpille le récit d’une imminente victoire ukrainienne

par Robin Philpot. En annonçant que l’Ukraine a perdu au moins « 100 000 » soldats, Ursula Von Der Leyen a torpillé le récit officiel d’une imminente victoire de l’Ukraine.

Olga Zinoviev : « L’Occident tout entier est en guerre contre la Russie »

par Jeannie Toschi Marazzani Visconti. « Je suis inquiète pour l’Europe, parce qu’elle perd peu à peu sa propre indépendance déjà compromise par le projet de l’UE qui en réalité était le projet des États-Unis. »

Pétrole et gaz : La Libye et l’Algérie ne sont pas en mesure de compenser le potentiel russe

« L’Algérie observe une position de neutralité dans cette crise. L’Algérie est une source fiable pour le marché européen. C’est une source de gaz. Elle ne veut pas être plus que cela. »

UE : Vers la militarisation

par Leonid Savin. La stratégie de défense nationale de la France se concentre également sur la coopération avec l’UE et l’OTAN, ainsi que sur la cybersécurité, les armes nucléaires et la guerre hybride.

Plafonnement du prix du pétrole russe : La Russie cessera de livrer du pétrole aux pays européens

par Modeste Dossou. Les pays européens ont procédé au plafonnement du prix du pétrole russe, au Kremlin on refuse cette mesure et du côté des représentations c’est la fin des livraisons de brut russe à l’Europe.

Le G20 est mort. Longue vie au G20 !

Par : jmarti

Par M. K. Bhadrakumar − Le 19 novembre 2022 − Source Indian Punchline

M.K. BhadrakumarLe dix-septième sommet du G20, rassemblant chefs d’États et de gouvernements, s’est tenu à Bali, en Indonésie, les 15 et 16 novembre, et à de nombreux égards, il apparaît comme un événement d’importance. Le jeu politique international se trouve à un point d’inflexion, et la transition ne va épargner aucune des institutions héritées d’un passé en cours de flétrissement irréversible.

Pourtant, le G20 peut constituer une exception, et tenir lieu de pont entre le temps présent et l’avenir. Les annonces en provenance de Bali laissent un sentiment mitigé entre l’espoir et l’impuissance. Le G20 a été imaginé au départ pour répondre au contexte de la crise financière de 2007 — fondamentalement, une tentative occidentale de redorer un G7 terni, en y faisant entrer les puissance émergentes qui le regardaient fonctionner depuis l’extérieur, et surtout la Chine, en injectant un aspect contemporain aux discours globaux.

Le leitmotiv était l’harmonie. Le point qui est discutable aujourd’hui est de savoir dans quelle mesure le sommet de Bali a répondu à ces attentes. Chose regrettable, le G7 amenait de manière discriminante certains sujets externes dans ses délibérations, et son alter ego, l’Organisation du Traité Atlantique Nord (OTAN), a fait sa première apparition en Asie-Pacifique. Sans doute peut-on considérer cette apparition comme un événement funeste durant le sommet de Bali.

C’est une négation sur l’esprit du G20 qui s’est produite. Si le G7 refuse de laisser de côté sa mentalité de bloc, la cohésion du G20 en est affectée. La déclaration conjointe aurait pu être émise depuis Bruxelles, Washington ou Londres. Pourquoi Bali ?

Xi Jinping, le président chinois, avait affirmé le 17 novembre dans un discours écrit au sommet de l’APEC (Coopération Économique pour l’Asie-Pacifique) que « l’Asie-Pacifique n’est l’arrière-cour de personne et n’a pas vocation à devenir une arène de combat entre grande puissances. Ni les peuples, ni l’époque, ne permettront de lancer une nouvelle guerre froide. »

Xi a émit l’avertissement : « Les tensions géopolitiques et la dynamique économique en évolution ont exercé un impact négatif sur l’environnement de développement et la structure de coopération de l’Asie-Pacifique. » Xi a affirmé que la région de l’Asie-Pacifique a jadis pu constituer un terrain de rivalité entre grandes puissances, et a subi les conflits et la guerre. » L’histoire nous enseigne que la confrontation entre blocs ne peut résoudre aucun problème, et que ce penchant ne peut amener qu’au désastre. »

Rencontre entre le président Joe Robinette Biden et le président chinois Xi Jinping à Bali, le 14 novembre 2022. Biden affirme avoir discuté de leur responsabilité pour empêcher la compétition et trouver des moyens de travailler ensemble.

La règle d’or selon laquelle les sujets de sécurité ne sont pas à discuter dans le périmètre du G20 a été brisée. Au sommet du G20, les pays occidentaux ont soumis à rançon les autres participants au sommet : « Selon nos méthodes, sinon rien ». À moins que l’occident intransigeant ne soit apaisé sur le sujet de l’Ukraine, il ne pouvait exister de déclaration de Bali, si bien que la Russie a cédé. Le drame sordide a montré que l’ADN du monde occidental n’a pas changé. L’intimidation reste son trait distinctif.

Mais de manière ironique, en fin de compte, il en est ressorti que la déclaration de Bali n’a pas dénoncé la Russie sur le problème en Ukraine. Des pays comme l’Arabie Saoudite et la Turquie donnent des raisons d’espérer que le G20 pourrait se régénérer. Ces pays n’ont jamais été des colonies occidentales. Ils sont tournés vers la multipolarité, qui finira par contraindre l’Occident à admettre que l’unilatéralisme et l’hégémonie n’ont rien de tenable.

Ce point d’inflexion a apporté beaucoup de verve dans la rencontre entre le président étasunien Joe Biden et le président chinois Xi Jinping à Bali. Washington a demandé que cette rencontre entre les deux hommes se produise en marge du sommet du G20, et Pékin y a consenti. Chose frappante au niveau de cette rencontre entre les deux hommes, Xi apparaissait sur la scène mondiale après un Congrès du Parti particulièrement réussi.

Il n’est pas possible de se tromper sur la teneur de ses propos. Xi a souligné que les États-Unis ont perdu la main, en disant à Biden : « Un homme d’État devrait réfléchir et savoir dans quelle direction amener son pays. Il devrait également réfléchir et savoir comment s’entendre avec les autres pays et le vaste monde. » (ici et ici)

Les résumés fournis par la Maison-Blanche au sujet de la rencontre laissent à penser que Biden s’est montré conciliant. Les États-Unis sont confrontés à un défi d’importance pour isoler la Chine. En l’état des choses, les circonstances œuvrent dans l’ensemble à l’avantage de la Chine. (ici, ici et ici)

La majorité des pays s’est refusée à prendre parti pour l’Ukraine. Le positionnement de la Chine reflète tout à fait ce point. Xi a affirmé à Biden que la Chine est « très préoccupée » par la situation actuelle en Ukraine, et soutient et aspire à une reprise des pourparlers de paix entre la Russie et la Chine [Sic, plutôt l’Ukraine, NdT]. Cela étant dit, Xi a également exprimé l’espoir que les États-Unis, l’OTAN et l’UE « vont conduire des dialogues étendus » avec la Russie.

Les lignes de faille qui sont apparues à Bali pourront prendre de nouvelles formes d’ici au 18ème sommet du G20 qui se tiendra l’an prochain en Inde. On est en droit de se montrer prudemment optimiste. Pour commencer, et avant tout, il est improbable que l’Europe reste sur la stratégie étasunienne consistant à utiliser des armes comme sanctions contre la Chine. L’Europe ne peut pas se permettre une dissociation de la Chine, qui est la plus grande nation commerçante au monde et le principal vecteur de croissance de l’économie mondiale.

Ensuite, même si les cris de bataille en Ukraine ont provoqué le ralliement de l’Europe derrière les États-Unis, on réfléchit intensément en Europe à un repositionnement. L’autonomie stratégique de l’Europe est fortement mise à mal par cet engagement. La récente visite d’Olaf Scholz, chancelier allemand, en Chine, a indiqué cette direction. Il est inévitable que l’Europe finira par prendre ses distances avec les aspirations étasuniennes à la guerre froide. Ce processus est inexorable dans un monde où les États-Unis ne sont pas enclins à consacrer du temps, dépenser de l’argent ou mener des efforts pour leurs alliés européens.

Il s’ensuit qu’à de multiples égards, la capacité étasunienne d’assurer véritablement le rôle de dirigeant économique mondial a diminué de manière irréversible. Ce pays a perdu son statut prééminent de première économie mondiale, et de loin. En outre, les États-Unis ne veulent plus ni ne peuvent investir lourdement pour endosser la responsabilité de mener la barque. Pour dire les choses simplement, ce pays n’a toujours rien à proposer pour répondre au projet de la Ceinture et la Route de la Chine. Cela aurait dû avoir une influence modératrice et amener à un changement d’état d’esprit en faveur d’actions politiques coopératives, mais l’élite étasunienne continue de jouer la même partition comme un disque rayé.

Fondamentalement, le multilatéralisme est donc devenu bien plus dur dans la situation actuelle du monde. Néanmoins, le G20 est la seule instance rassemblant le G7 et les puissances en développement, et pouvant bénéficier d’un ordre mondial démocratisé. Le système d’alliance occidental est enraciné dans le passé. La mentalité du bloc ne présente que peu d’attrait aux pays en développement. La gravitation de la Turquie, de l’Arabie Saoudite et de l’Indonésie autour des BRICS porte le message puissant : la stratégie occidentale de conception du G20 — créer un anneau d’États subalternes autour du G7 — est dépassée.

La dissonance qui s’est fait ouïr à Bali a mis au jour le fait que les États-Unis continuent de s’agripper à leur titre, et restent prêts à gâcher la situation. L’Inde dispose d’une grande opportunité d’orienter le G20 dans une nouvelle direction. Mais cela va également demander de profonds changements de la part de l’Inde — une distanciation vis-à-vis des États-Unis — en matière de politique étrangère, couplée à la culture d’une vision à long terme et de l’audace de forger une relation de coopération avec la Chine, en abandonnant les phobies du passé et en laissant de côté les narratifs auto-entretrenus et, à tout le moins, en évitant toute nouvelles descente dans le jeu politique consistant à mendier auprès de ses voisins.

M. K. BHADRAKUMAR est un ancien diplomate de nationalité indienne, dont la carrière diplomatique a trois décennies durant été orientée vers les pays de l’ancienne URSS, ainsi que le Pakistan, l’Iran et l’Afghanistan. Il a également travaillé dans des ambassades indiennes plus lointaines, jusqu’en Allemagne ou en Corée du Sud. Il dénonce la polarisation du discours officiel ambiant (en Inde, mais pas uniquement) : « vous êtes soit avec nous, soit contre nous »

Traduit par José Martí, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Europe: une période de demi-vie

Par : jmarti

Par Alexander Cleman − Le 15 novembre 2022 − Source Oriental Review

Les hauts-dirigeants de l’UE multiplient les appels à l’unité et à la solidarité ces derniers temps. Ces appels sont si fréquents que l’on se demande si cette unité existe dans le continent, sous la forme à laquelle celui-ci s’est habitué à fonctionner ces dernières décennies. Et si l’on intègre ces pensées au principe du caractère cyclique de l’histoire, on voit en sortir un étrange schéma.

L’un des résultats de la première guerre mondiale fut l’effondrement de plusieurs empires et de plusieurs coalitions. La seconde guerre mondiale aura donné naissance à de nouveaux blocs et à de nouvelles alliances ; particulièrement à l’OTAN, au pacte de Varsovie, et à la Communauté Économique Européenne. La logique suggère que les hostilités en Ukraine vont tenir lieu de catalyseur à une nouvelle désintégration, et le premier candidat au « démantèlement » est l’Union européenne. Il saute aux yeux que l’euphorie du processus d’intégration de l’UE était fondée sur la prospérité économique, elle-même alimentée par une énergie, des matières premières et des denrées alimentaires bon marché en provenance de Russie, ainsi que des ressources intellectuelles et une main d’œuvre importées du Tiers Monde.

Mais un conflit armé, suivi de sanctions économiques et politiques contre Moscou, s’est produit aux abords d’une Europe prétendument unifiée. Le gaz naturel, le pétrole et ses produits dérivés, les produits alimentaires et les produits de base ont vu leur prix monter brutalement. On a pu constater qu’immédiatement les États membres de l’Union européenne ont entretenu des intérêts strictement nationaux ; chacun a sa propre population, qui subit les privations matérielles et n’est pas prête à subir le froid ou à uriner sous la douche (cela consomme moins d’eau). Et ce n’est pas une blague, il ne s’agit que de l’une des recommandations prodiguées aux citoyens pour économiser des ressources.

Et nonobstant le pathos employé par les dirigeants européens pour parler de solidarité, ce sont des préoccupations économiques, qui intègrent la crise de l’énergie qui se cachent derrière leurs grandes déclarations. Les choses sont telles que même le tandem franco-allemand, qui avait jusqu’alors constitué une sorte de locomotive pour une Europe unifiée, est en panne. Paris, qui jouit d’une meilleure indépendance énergétique, peut se permettre d’appeler encore à une aide militaire substantielle à l’Ukraine. La situation de Berlin est plus compliquée, et Berlin s’oppose à une limite de prix sur l’énergie russe et considère chaque opportunité de sauver son industrie. La récente visite du chancelier allemand Olf Scholz à Pékin l’a démontré. Quant au couple franco-allemand, aucune des rencontres récentes entre Emmanuel Macron et Olf Scholz n’a débouché sur la moindre déclaration ou résolution conjointe. De fait, comme l’a fait remarquer sur le plateau de France 24 Henry Ménudier, professeur émérite à la nouvelle université de la Sorbonne, et expert des relations franco-allemandes, les yeux de l’Europe sont désormais braqués bien plus à l’Est que sur Paris ou Berlin.

Au cours d’une rencontre récente, les ministres de l’énergie de l’UE ne sont pas parvenus à s’accorder sur des mesures de limitation des prix du gaz. Cet état de fait démontre les divergences d’intérêts entre ces partenaires. Dans ce contexte, les appels qui sont lancés à la Hongrie apparaissent comme très cyniques, qui a accepté au grand dam de ses partenaires de payer le carburant russe en roubles ; tout aussi cyniques sont les appels lancés aux autres pays de partager leur gaz avec leurs voisins s’ils gèlent cet hiver.

Guy Mettan, un journaliste suisse réputé, mais également publiciste et homme politique, a fait mention de la situation de l’Europe dans l’un de ces articles avec éclat.

« Quel sens y a-t-il, » demande-t-il, « à nous libérer de la dépendance envers l’énergie russe pour devenir dépendants des Étasuniens avec des prix du gaz quatre ou cinq fois plus élevés ? Que dira l’industrie allemande lorsqu’elle devra régler la note ? D’autant plus que l’Europe ne dispose pas de navire méthanier, ni de port, d’usine de liquéfaction, pas plus que de gazoducs en nombre suffisant. Comment allons-nous livrer le gaz de schiste étasunien aux Slovaques, aux Roumains ou aux Hongrois ? À dos de mule ?

Que vont dire les Verts allemands lorsqu’ils devront accepter la construction de nouvelles centrales nucléaires pour répondre aux demandes énergétiques ? Que vont dire les jeunes et les environnementalistes en Europe lorsqu’ils vont découvrir qu’ils ont été trompés, et que la lutte contre le réchauffement climatique a été sacrifiée au nom de sombres intérêts géopolitiques ? Que vont dire les Français lorsqu’ils verront leur pays amoindri, pas seulement à l’échelle mondiale, mais aussi sur la scène européenne, après avoir constaté le réarmement de l’Allemagne et les achats massifs d’armes étasuniennes par les Polonais, les Baltes, les Scandinaves, les Italiens et les Allemands ? Que va dire l’opinion publique européenne lorsqu’elle devra soutenir des millions de réfugiés ukrainiens en leur offrant des transports gratuits ?

Un autre facteur joue un rôle significatif dans la sape des fondations européennes : la ligne politique suivie par les États-Unis, qui attire le vieux continent dans un vortex extrêmement dangereux. Tellement dangereux, en fait, qu’un groupe de généraux français a estimé nécessaire d’envoyer une lettre ouverte au secrétaire général de l’OTAN. Le texte en a été publié dans l’édition du journal Capital, en date du 11 mars.

L’article analyse le projet 2030 de l’OTAN, et met en lumière ce qui réside derrière ses phrasés éloquents. Selon les généraux, le projet vise à contraindre l’Europe à adopter des mesures qui limitent l’expansion chinoise, en échange d’une protection contre la menace russe, que les États-Unis fabriquent de toutes pièces. L’Union européenne, si elle accepte une telle tromperie, va abîmer aussi bien sa souveraineté géopolitique que ses intérêts économiques.

Le rôle et la place d’une Europe unifiée sont exposés dans la doctrine de Paul Wolfowitz, développée au début des années 1990 par l’homme politique et sous-secrétaire étasunien aux affaires politiques de la Défense. Cette doctrine laisse entendre que les États-Unis ont peur d’une Union européenne forte et homogène, en mesure de les défier. « Notre objectif premier est d’empêcher la ré-émergence d’un nouveau rival, que ce soit sur le territoire des l’ancienne Union soviétique, ou ailleurs, pouvant menacer l’ordre… Il s’agit d’une considération dominante sous-jacente à la nouvelle stratégie de défense régionale, et cela suppose que nous nous employons à empêcher tout pouvoir hostile de dominer une région dont les ressources, si elles se trouvaient sous un contrôle unifié, suffiraient à générer une puissance mondiale. Ces régions comprennent l’Europe occidentale, l’Asie de l’Est, les territoires de l’Ex Union soviétique, et l’Asie du Sud-Ouest. Enfin, nous devons maintenir les mécanismes servant à dissuader de potentiels concurrents de même aspirer à un rôle régional ou mondial plus important. »

Ainsi, après la formation de l’UE, et malgré toute sa loyauté, les Étasuniens craignent constamment que l’Allemagne puisse jouer un rôle d’importance en Europe, et devenir le principal partenaire de Moscou. La Russie a livré du gaz à l’Allemagne sans interruption depuis les années 1960. La seule occurrence en laquelle ces livraisons ont été interrompues s’est produite après l’ordre donné par Reagan de saboter les importations de gaz au travers des gazoducs menant en Allemagne. À cette époque déjà, les États-Unis ne voulaient pas que les relations entre la Russie et l’Allemagne se développent de manière harmonieuse. Reagan s’était opposé à l’Europe « de l’Atlantique à l’Oural » qui était le rêve de de Gaulle, et après lui, de Gorbatchev. Depuis lors, les Étasuniens ont tout fait pour mettre à bas leurs concurrents, qu’il s’agisse de la Chine, de la Russie, ou même d’une Union européenne pourtant bien loyale. En outre, au fil des deux ou trois décennies passées, les Étasuniens ont réussi à élever une nouvelle génération de dirigeants européens. Ceux-ci ont été élevés dans les idées de globalisme et de multiculturalisme, qui sont très éloignées des problèmes et des besoins véritables d’une société moderne.

Alexander Cleman

Traduit par José Martí, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

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