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Otan-OCS-AUKUS: «Un monde en recomposition mais surtout en cours de bascule»

Par : Volti
Le point de vue du Général français Dominique Delawarde. Source Observateur-Continental Dans le brouhaha de la querelle entre la France et l’Australie sur le marché des  sous-marins,  un événement majeur  est survenu qui pourrait bien être interprété comme une riposte immédiate sino-russe à la constitution du nouveau pacte de sécurité trilatéral anglo-saxon AUKUS (Australie-UK- USA) ouvertement dirigé contre la Chine. […]
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Un Stalingrad pour le gaz naturel

Par : hervek

Par Dmitry Orlov – Le 15 septembre 2021 – Source Club Orlov

 

Le prix au comptant du gaz naturel en Europe a dépassé les 900 dollars par millier de mètres cubes, le seuil psychologiquement important de 1 dollar par mètre cube n’étant pas loin. Il s’agit d’un prix astronomique qui risque de mettre en faillite un grand nombre de compagnies d’énergie européennes tout en provoquant la mort de leurs clients cet hiver.

Rien qu’au Royaume-Uni, où environ 10 000 personnes meurent de froid au cours d’un hiver normal avec des prix normaux, jusqu’à présent, PfP Energy, MoneyPlus Energy, People’s Energy et Utility Point ont dit adieu au monde, leurs clients étant récupérés par l’organisme de réglementation gouvernemental Ofgem. Agissant avec sagesse, Ofgem a augmenté le plafond annuel des prix pour un ménage type de 139 £ pour le porter à 1 277 £.

Qu’est-ce qui se cache derrière tout ce chaos et cette pagaille ? Appelez ça le salaire de la stupidité.

Le Royaume-Uni a tout misé sur les énergies renouvelables – éoliennes et solaires – en ignorant le fait que « s’asseoir dans un jardin anglais en attendant le soleil », comme le chantaient les Beatles, est une quête futile. Et maintenant, il s’avère qu’il n’y a tout simplement pas assez de vent pour faire tourner les turbines. En conséquence, la demande de gaz naturel, qui est le combustible de prédilection pour combler les trous béants dans l’approvisionnement en énergie renouvelable, dépasse ce qui est disponible, ce qui entraîne des prix exorbitants pour l’électricité. Pour rendre les choses encore plus intéressantes, le câble sous-marin qui fournit de l’électricité au Royaume-Uni depuis la France vient de tomber en panne, privant ainsi le pays d’une puissance de 1 GW sur une liaison de 2 GW.

Dans l’Union européenne, le gaz n’a pas été pompé dans les stockages souterrains en quantité suffisante pour passer un hiver normal et modéré, tandis qu’un vortex polaire arctique forçant l’air froid loin au sud épuiserait les réserves bien avant le printemps. Mais il y a aussi de bonnes nouvelles : La société russe Gazprom vient d’achever la pose du dernier tronçon du gazoduc NordStream2, qui relie la côte baltique dans sa région de Leningrad à la côte allemande. Sous réserve des lenteurs bureaucratiques allemandes et des ingérences américaines, il devrait livrer son premier gaz en décembre.

Les Américains sont, bien sûr, livides et les sénateurs républicains menacent de bloquer les nominations à des postes au sein du département du Trésor parce que l’administration Biden n’a pas réussi à bloquer l’achèvement du gazoduc. Trump voulait vendre du gaz naturel liquéfié américain à l’Europe, mais Biden a fait échouer ce plan et a permis l’achèvement du pipeline. Bien sûr, il n’y a pas assez de gaz naturel liquéfié américain disponible pour faire une différence, et le gaz qu’il y a va en Asie, pas en Europe, car c’est là que les prix sont les plus élevés. « Rien de personnel », comme les Américains aiment à le dire, « juste les affaires ».

Mais la politique est différente des affaires : pour le bien de l’unité politique occidentale, si les Américains ne peuvent ou ne veulent pas vendre suffisamment de gaz à l’Europe, les Européens doivent se taire et se figer lentement dans l’obscurité. Ils ne doivent certainement pas se précipiter et acheter beaucoup de molécules de méthane russes totalitaires pour combler la différence.

En attendant, les entreprises énergétiques européennes voient dans NordStream2 une bouée de sauvetage essentielle. Il est bien moins nuisible sur le plan écologique et plus sain sur le plan économique que ne le serait l’expédition de gaz de schiste liquéfié depuis l’autre côté de l’océan. Le gazoduc est plus court de 2000 km que tous les gazoducs existants vers l’Europe et utilise deux fois moins de stations de pompage. Les Allemands estiment que le lancement de NS2 rendra leur industrie plus écologique et permettra une collaboration avec la Russie dans le domaine des énergies vertes. Plus précisément, à l’avenir, le NS2 pourra transporter une certaine quantité d’hydrogène avec le méthane, qui sera séparé à la livraison et utilisé pour alimenter toutes sortes de choses très dangereuses mais très vertes.

Pendant ce temps, la pauvre Estonie, qui jouxte la région de Leningrad d’où provient le gaz, et qui se trouve à l’extrémité oubliée de ce qui reste de l’Union européenne, a été contrainte de rouvrir sa centrale électrique alimentée par du schiste que les Soviétiques avaient eu la prévoyance de construire pour elle il y a longtemps. Ils l’avaient auparavant fermée parce que la combustion du schiste dégageait de nombreuses molécules de CO2 que Greta pouvait voir depuis Stockholm et qui la mettaient hors d’elle. Mais les prix élevés du gaz naturel ont obligé les Estoniens à oublier le réchauffement climatique et à se ré-soviétiser. De plus, en regardant le golfe de Finlande, large de 80 km, ils ont vu les Finlandais passer un contrat avec la société russe Rosatom pour construire un, voire deux, réacteurs nucléaires, et ils ont pensé : « Oh, eh bien… »

Tout cela est, bien sûr, terrible, mais le Parlement européen est sur le coup, puisqu’il vient d’approuver les détails d’un rapport préparé par Andrius Kubilius, ancien premier ministre de la Lituanie, pays voisin de l’Estonie. Son rapport appelle l’UE à renforcer son potentiel pour contenir la Russie.

À cet égard, les Lituaniens sont un cas exemplaire. Ils ont fermé leur station d’énergie atomique d’Ignalinskaya (comme condition préalable à l’adhésion à l’UE), que les Soviétiques avaient si soigneusement construite pour qu’elle dure jusque dans les années 2030. À la place, ils louent un terminal de regazéification de gaz naturel norvégien, stationné à Klaipeda et appelé « Independence », pour 189 000 dollars par jour. Ils utilisent parfois ce terminal pour acheter du gaz naturel aux Américains… qui à leur tour l’achètent aux Russes, en faisant le plein dans un terminal gazier situé au coin de la rue, dans cette même région de Leningrad, et en le majorant de 100 %. Mais la plupart du temps, ils se contentent d’importer de l’électricité du Belarus voisin, où Rosatom vient d’allumer une nouvelle centrale nucléaire située à proximité de la défunte Ignalinskaya AES.

L'Europe centrale fait bloc contre le projet Nord Stream 2 – EURACTIV.fr

Quoi qu’il en soit, pour en revenir au Parlement européen et à sa lutte contre tout ce qui est russe, le nouveau rapport appelle l’Union européenne à faire pression sur la Russie pour empêcher Moscou de s’immiscer dans les affaires des États membres de l’Est et du Sud de l’UE. À cette fin, Bruxelles devrait devenir le centre unifié unique pour la prise de décisions concernant tout ce qui est anti-russe. En particulier, l’UE devrait être prête à refuser de reconnaître les résultats de l’élection de la Douma d’État russe (qui se tiendra dans les prochains jours), à investir dans des systèmes d’armes qui feraient réfléchir les Russes à deux fois avant de les envahir et, bien sûr, à imaginer de nouvelles sanctions.

Mais, et c’est peut-être le plus important, le rapport invite les institutions européennes à élaborer une stratégie visant à réduire la dépendance de l’Union européenne à l’égard des ressources russes, en particulier les ressources énergétiques, et des technologies russes en matière d’énergie nucléaire. Dans ce contexte, les auteurs du rapport estiment que NordStream2 augmente les risques de « domination russe » et ne devrait pas être mis en service malgré le fait que la situation du gaz naturel en Europe soit des plus catastrophiques, malgré qu’il ait déjà été construit et que Gazprom prévoit sa mise en service en décembre prochain.

C’est tout à fait logique, car l’énorme flambée actuelle du prix du gaz naturel en Europe est évidemment la faute de Gazprom (si ce n’est pas directement celle de Vladimir Poutine), qui n’a pas augmenté volontairement le flux de gaz à l’exportation au-delà du montant convenu par contrat. C’est un argument formidable si la directive première est de blâmer la Russie pour tout ce qui ne va pas dans le monde, mais au-delà de cela, il y a quelques autres raisons à ce chaos.

  1. Au cours des deux dernières années, les banques centrales occidentales ont imprimé beaucoup d’argent, mais les économies occidentales n’ont pas réussi à produire des quantités correspondantes de biens et de services. Par conséquent, quiconque propose une énorme liasse de dollars ou d’euros pour quelque chose de réellement utile, comme du gaz naturel, risque de se faire frapper au visage. Empêcher des Européens innocents de mourir de froid chez eux est une chose, mais contribuer à alimenter une frénésie spéculative sur une monnaie de plus en plus sans valeur en est une autre.
  2. Hélas, l’Union européenne n’est plus une destination privilégiée pour le gaz naturel. Les prix en Asie sont de 10 à 20 % plus élevés et tous les méthaniers se dirigent donc vers les plateformes de gaz naturel asiatiques plutôt qu’européennes. La grande différence n’est même pas le prix, mais le fait que les économies du Sud-Est asiatique ont beaucoup plus à offrir en échange des ressources naturelles qu’elles consomment que l’Union européenne, dont une bonne moitié ne produit presque rien.
  3. Au cours des dernières années, l’Union européenne a exercé diverses discriminations à l’encontre de la Russie en général et de Gazprom en particulier, sous le couvert de la promotion de la libre concurrence, négligeant le fait que lorsqu’il s’agit d’assurer un approvisionnement en gaz fiable et à un prix raisonnable, il n’existe aucune alternative à Gazprom, ce qui en fait un monopole naturel par excellence. Par conséquent, dans leurs efforts pour construire un marché d’acheteurs pour le gaz naturel, les Européens ont réussi à faire exactement le contraire.
  4. Enfin et surtout, la fuite en avant de l’Europe dans les énergies renouvelables s’est traduite par des prix de l’énergie très élevés et a anéanti sa compétitivité sur les marchés mondiaux. Bien sûr, les élites européennes sont incapables d’admettre ce fait, et leur seul recours est donc de blâmer les Russes. Peut-être qu’à un moment donné, une masse critique d’électeurs européens se rendra compte qu’en fait, ce sont les Russes qui tentent de les maintenir en vie alors que leurs propres élites se moquent de savoir s’ils vivent ou s’ils meurent tant que Greta Tunberg est heureuse, et qu’ils votent pour les écolos ; seul le temps nous le dira.

Les Russes, bien sûr, sont loin d’être irréprochables. Au lieu de s’effondrer sous la pression de l’Occident, comme l’attendaient d’eux leurs supérieurs occidentaux autoproclamés, ils ont comploté, manigancé et réussi à organiser pour l’Occident collectif une sorte de Stalingrad du gaz naturel qui ne manquera pas de lui donner une importante leçon, du même genre que celle qu’ils ont donnée à l’Europe sous les chevaliers teutoniques en 1242, à l’Europe sous Napoléon en 1812 et, à nouveau, à l’Europe sous Hitler en 1942. Comme le dit le proverbe, la répétition est la clé de l’apprentissage.

Dmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateurs de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Il vient d’être réédité aux éditions Cultures & Racines.

Il vient aussi de publier son dernier livre, The Arctic Fox Cometh.

Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

RAPPORT DE SITUATION HEBDOMADAIRE DU DONBASS (VIDÉO) – 18 SEPTEMBRE 2021

Par : Volti
Par Christelle Néant pour Donbass-Insider Chaque semaine, nous vous proposons un rapport de situation (militaire, politique, économique et sociale) en vidéo et en français de la semaine écoulée concernant le Donbass, l’Ukraine, et la Russie. Cette semaine, le rapport de situation couvre principalement l’escalade de la situation dans le Donbass, le déploiement massif d’armes lourdes par l’armée ukrainienne près de […]

Le Grand jeu : Rosneft vs Gazprom… ou pas tout à fait

Une épine dans le pied de Poutine : la rivalité entre Rosneft et Gazprom. Mais les euronouilles étaient là pour voler à son secours (à l'insu de leur plein gré)

Observatus Geopoliticus
Le Grand jeu : Rosneft vs Gazprom… ou pas tout à fait
yetiblog

L’enlèvement de Monsieur NEXTA par le Bélarus: Les préparatifs de guerre se poursuivent

Par Israël Adam Shamir.

 

Que pense Loukachenko de lui-même et de son pays ? N’agit-il pas comme le roi d’Israël ? Israël s’autorise à tuer et à kidnapper ses ennemis, où qu’ils se trouvent. Les États-Unis s’autorisent également à faire tout ce qu’ils jugent nécessaire ; enlever des centaines de personnes et les jeter à Guantanamo, ou simplement les abattre, comme ils ont tué Soleimani. Mais d’autres États ? Non, Dieu nous en préserve ! Ils sont censés accepter placidement ce que leurs supérieurs décident et respecter les règles du jeu.

 

Cependant, Louka (comme on l’appelle affectueusement) est fait d’une matière plus solide. C’est l’homme qui a refusé catégoriquement de confiner sa nation ; il a organisé le défilé du jour de la Victoire en Europe dans sa capitale, Minsk, le 9 mai 2020, alors que le reste du monde avait peur de sortir dans la rue. Et maintenant, il détient le type qui incarne NEXTA, Roman Protassevitch, l’organisateur des manifestations de l’année dernière à Minsk. Roman P. se moquait des demandes d’extradition, depuis son refuge à Varsovie ; sa chaîne sur Telegram, NEXTA, a offert des millions en récompense pour qui arrêterait Louka. Et soudain, surprise, le voilà en prison. Rira bien qui rira le dernier.

 

Les réseaux sociaux russes jubilaient. Ils ont bricolé une photo de leurs James Bonds nationaux, Petrov et Boshirov, célèbres pour leur  [lors de l’affaire Skripal], pilotant l’avion détourné vers Minsk. Bien que les Russes, prudents, ne soient probablement pas impliqués dans l’affaire, le cœur des Russes était tout acquis à Louka, celui qui a arrêté le Hipster.

 

À Sotchi, la station balnéaire de la mer Noire au climat chaud, et résidence secondaire des présidents russes, Poutine a bien reçu Loukachenko, lui a offert une baignade dans la mer et s’est moqué des menaces occidentales. Ce ne sont que des émotions passagères, a-t-il dit, une explosion d’émotions. Cela passera bientôt. Il a fait référence à la recommandation inquiétante de l’UE de fermer le ciel au-dessus du Belarus, une menace directe pour la Russie, un tour de vis supplémentaire, dans l’a mise en place du rideau de fer. Il serait certes inconfortable pour la Russie et coûteux pour le Belarus que ces limitations persistent. Toutefois, grâce au soutien de la Russie, le Belarus n’a pas à s’inquiéter. Et les États-Unis n’ont pas ordonné à leur aviation d’éviter le Belarus, contrairement aux Européens. C’est coûteux d’avoir à contourner le Belarus ; laissons les Européens payer la facture.

 

La Russie s’adapte au nouvel ordre mondial et s’en sort bien. C’est le pays le plus libre du monde aujourd’hui, avec des théâtres, des musées et des églises ouverts, des restaurants pleins de visiteurs, et il y a un vaccin pour tous ceux qui en veulent. Mais cette liberté a été conquise à coup d’efforts considérables, et les alliés de la Russie ne sont pas également capables de résister à l’Occident. Ils sont plus petits, et il est plus facile de faire pression sur eux. La Biélorussie, le balcon russe sur l’Europe, se trouve coincé entre les États satellites des États-Unis, c’est un pays vulnérable. L’encerclement de la Russie et de ses alliés serait devenu une réalité sans la longue et amicale frontière chinoise.

 

Le Belarus s’est positionné comme la plaque tournante occidentale de l’influence chinoise, comme l’allié et l’ami le plus occidental de la Chine. Les nationalistes russes disent que le Belarus est plus pro-chinois que pro-russe. Le Belarus est un État eurasien, affirme M. Loukachenko, reliant ainsi son pays à la fois à la Russie et à la Chine. Si le ciel du Belarus était fermé, l’accès de la Chine à l’Europe en souffrirait. Cela ouvrirait également une brèche pour une attaque soudaine de missiles sur la Russie. Pour cette raison, entre autres, de nombreux analystes russes considèrent l’affaire Ryanair comme une provocation. Ils disent que l’Occident avait amorcé le piège et savait tout à l’avance. Les États occidentaux ont réagi si vite et si massivement qu’une connaissance préalable du déroulement de l’opération semble une conclusion inéluctable.

 

La CIA a joué un coup de poker : elle a sacrifié un jeune homme de peu d’importance pour fragiliser la Chine et la Russie et muscler le poing de Biden, qui doit rencontrer Poutine prochainement. D’autres affirment que c’est tout le contraire : que c’est le KGB du Belarus qui a remporté un grand succès, tandis que l’opposition bélarussienne soutenue par l’Occident a reçu un coup terrible. Des experts encore plus conspirationnistes affirment qu’il s’agissait d’une opération russe visant à renforcer les liens du, trop indépendant, avec son voisin géant.

 

Effectivement, il n’y a pas assez de certitudes sur les événements de Ryanair pour exclure une provocation. M. Loukachenko affirme qu’il aurait exigé que l’avion atterrisse à Minsk s’il avait su que Roman P. était à bord de l’avion. Mais il ne le savait pas, dit-il. Nous savons avec certitude qu’un contrôleur du trafic de l’aéroport de Minsk avait informé le commandant de bord de l’avion Ryanair qu’il avait reçu un courriel (provenant ostensiblement du Hamas) affirmant qu’il y avait une bombe à bord de l’avion, prête à exploser au-dessus de l’aéroport de Vilnius. La menace était douteuse ; le Hamas n’a jamais fait exploser d’avions, mais il a utilisé des kamikazes pour faire sauter des bus en Israël, de sorte que personne ne pouvait garantir qu’il s’agissait d’une blague.

 

Dans le monde entier, à l’Est comme à l’Ouest, toutes les alertes à la bombe sont traitées comme si elles étaient réelles, alors qu’il s’agit bien plus souvent de canulars. L’année dernière, la Russie a reçu des milliers de fausses alertes à la bombe, prétendant généralement qu’une école était piégée. Ces fausses menaces sont souvent liées à l’Ukraine, où se trouve un réseau néonazi actif et farouchement anti-russe. Malgré la quasi-certitude qu’il s’agit d’un canular, les autorités russes traitent invariablement ces menaces comme des faits réels. L’Occident aussi. En août de l’année dernière, la RAF britannique a fait décoller deux avions de chasse pour intercepter un avion de ligne Ryanair en raison d’une menace pour la sécurité ; il s’agissait en fait d’un téléphone portable oublié dans les toilettes.

 

Il est donc normal de prendre des mesures de sécurité. Dans tous les cas, c’est le droit et le devoir du commandant de bord de décider. Celui-ci a décidé de dévier vers l’aéroport de Minsk. C’est un fait – il existe un enregistrement des conversations entre l’avion et l’aéroport. Sur le chemin de l’aéroport de Minsk, un avion de chasse biélorusse accompagnait l’avion. Le signal avait été brouillé, conformément à la procédure standard, lorsque l’avion de ligne s’est approché de l’aéroport de Minsk et qu’il est passé près de la centrale nucléaire. Les archives de Ryanair confirment que l’avion de chasse n’a pas intercepté l’avion de ligne, ne l’a pas menacé et n’a pas été perçu par le commandant de bord comme une menace. S’il est possible que le Belarus ait été au courant du canular (ou même qu’il l’ait organisé), il n’y a aucun moyen de le prouver.

 

Après l’atterrissage de l’avion, les passagers sont descendus et ont été conduits au terminal. Pendant qu’ils attendaient l’inspection de l’immigration, Mme Sapega, la petite amie du type qui représentait NEXTA, a pris une photo de lui sur son smartphone et a envoyé la photo à un ami commun. Et celui-ci s’est empressé de poster la photo sur Telegram, en disant que leur chef était à Minsk ! C’est ainsi que les autorités biélorusses ont appris que cette personne, recherchée depuis longtemps par la police, se trouvait sur leur territoire. Il a donc été placé en détention. C’est ce que racontent les autorités biélorusses, et cela pourrait être vrai (ou non). Quoi qu’il en soit, il n’y a pas eu de détournement d’avion, ni d’atterrissage forcé, ni d’autres actes douteux. Que les autorités biélorusses aient su dès le départ qu’un homme recherché se trouvait à bord n’a aucune importance. Après la publication de la photo de l’homme sur Telegram, elles ne pouvaient même pas prétendre qu’elles ne savaient pas.

 

Et s’ils avaient su que le jeune homme était à bord ? Même si c’était le cas, ils ont quand même agi de leur propre chef. Tout pays a le droit de faire atterrir tout avion civil volant dans son propre espace aérien. Cela découle non seulement de l’idée de souveraineté, mais est également confirmé par la pratique.  En 2016, les autorités de Kiev ont fait décoller des jets et, sous la menace, ont forcé un vol de Belavia en route vers Minsk à revenir et à atterrir à Kiev. Après l’atterrissage, elles ont retiré et détenu un passager – l’expert russo-arménien Armen Martirosyan. Pourquoi ? Parce qu’il avait déclaré (en plaisantant, selon lui) par téléphone depuis l’aéroport avant le décollage qu’il transportait avec lui des documents compromettants sur le président ukrainien Porochenko. En fait, il n’avait aucun document ; il a été relâché par la suite, mais le fait de forcer l’avion à atterrir n’avait provoqué aucune réaction internationale.

 

Les États-Unis insistent sur leur droit d’accoster tout navire civil. En 2004, les États-Unis ont fait atterrir de force un avion privé dans lequel se trouvait un membre de la chambre haute du parlement russe et ancien vice-ministre, Andrei Vavilov. Il a été emmené pour interrogatoire directement depuis l’aéroport. Le cas le plus célèbre remonte à 2013. L’avion du président bolivien Evo Morales avait décollé de Moscou. Les services de renseignement américains soupçonnaient Snowden d’être à bord. L’avion du président a été forcé d’atterrir à Vienne, où l’avion a été fouillé. Snowden n’ayant pas été retrouvé, l’avion a été relâché. Ensuite, les États-Unis ont publiquement et officiellement déclaré leur droit sacré de détenir et de fouiller tous les navires civils du monde.

 

Les États-Unis n’ont pas été les seuls à débarquer des avions. En 2012, la Turquie a forcé un avion Moscou-Damas à atterrir. Mais c’était un avion russe, alors tout le monde s’en fichait.  Qui les Biélorusses ont-ils détenu, au final ? Un citoyen biélorusse nommé Roman Protassevitch, fondateur et responsable de la chaîne Telegram NEXTA, celui-là même qui a organisé les émeutes de Minsk en 2020. J’observais Roman P. en temps réel sur l’écran de mon smartphone alors qu’il dirigeait les émeutes à Minsk lors des événements de 2020 en Biélorussie. J’ai alors pensé qu’Israël aurait immédiatement largué un missile sur ce studio douillet s’il s’était avisé de donner l’ordre aux émeutiers d’attaquer la police israélienne. Si un missile constitue un message peu proportionné, alors plusieurs parachutistes israéliens auraient frappé à sa porte. Une telle ingérence ne peut être tolérée. Ce que NEXTA a fait relevait d’un acte de rébellion et de sédition, et les stations de télévision et de radio rebelles sont susceptibles d’être bombardées. Comme Israël vient de bombarder les bureaux de l’Associated Press et d’Al Jazeera à Gaza. Comme les Américains ont bombardé des stations de télévision à Belgrade, Bagdad et Kaboul.

 

D’une façon ou d’une autre, le Belarus a donc réussi à capturer l’organisateur de NEXTA. Bravo ! Israël a enlevé des civils pour moins que cela, par exemple, le lanceur d’alerte Mordechai Vanunu, qui avait révélé les secrets de l’arsenal nucléaire – enlevé à Rome. Les États-Unis ont récemment forcé l’atterrissage d’un avion pour arrêter un participant présumé aux événements du 6 janvier au Capitole.  Jusqu’au jour de l’arrestation de Roman P, cependant, seul ce camp, celui de l’hégémon israélo-américain, s’était aventuré à agir comme État pleinement souverain. Loukachenko a fait un pas important et audacieux en revendiquant l’égalité avec Israël même et en mettant la Russie sur le même pied que les États-Unis. Il était grand temps. La Russie a désormais bafoué ces restrictions internationales auto-imposées.

 

L’action de M. Loukachenko n’est peut-être pas un grand pas dans la lutte mondiale des titans, mais c’est certainement un petit pas en avant pour le Belarus et la Russie. La rédactrice en chef de RT, Margarita Simonyan, a posté sur Telegram qu’elle enviait le Belarus. Qui ne serait pas envieux d’un leader aussi audacieux ? D’un autre côté, elle peut être fière de la Russie. Sans la protection de Moscou, le Belarus aurait déjà été entièrement « démocratisé », comme la Syrie et l’Irak.

 

Il est grand temps d’appliquer pleinement la symétrie internationale. Récemment, les services spéciaux américains et leurs collègues subalternes de Kiev ont coopéré lors d’une opération. Ils avaient prévu de clouer au sol un avion de ligne en route entre Minsk à Istanbul alors qu’il traversait l’espace aérien ukrainien. Des combattants du Donbass devaient être incités à monter à bord du vol en question à Minsk, soi-disant pour prendre le vol en toute sécurité vers Istanbul, qui serait ensuite débarqué « de force » à Kiev où ils auraient pu être arrêtés et condamnés. Lorsque le complot a été éventé, les gouvernements occidentaux n’ont pas abordé ce qui était techniquement un détournement d’avion ; ils ont seulement regretté que l’opération ait échoué.

 

L’Empire maintient Julian Assange en état d’arrestation depuis des années. Des dizaines d’informaticiens russes (qualifiés de « hackers ») ont été arrêtés dans des pays tiers et extradés vers les États-Unis ; des centaines d’autres ont été enlevés dans le cadre du programme de « restitutions extraordinaires » et emmenés mourir à Guantanamo. Loukachenko a démontré que deux hommes solides pouvaient eux aussi jouer à ce petit jeu.

 

Le détenu de NEXTA, Roman P., a déjà commencé à chanter, et tout de suite, quelques heures après sa détention. Nous nous attendons à apprendre comment la Pologne et les États baltes (et la CIA) se sont ingérés dans les affaires intérieures du Belarus, comment ils ont planifié et tenté une « révolution de couleur » à Minsk. Les photos de son smartphone ont révélé qu’il y a quelques années, ce jeune homme s’est porté volontaire pour servir dans le bataillon néonazi Azov en Ukraine, prenant des selfies sous une croix gammée. Il ne s’agit pas nécessairement d’un crime au Belarus, même si Azov était bien connu pour ses crimes de guerre dans le conflit du Donbass.

 

Sa petite amie, Mme Sofia Sapega, la petite jeune fille si maligne qui a pris la malheureuse photo à l’aéroport de Minsk, s’est avérée être rédactrice en chef d’un site qui a dénoncé des policiers biélorusses et les sympathisants du gouvernement ; elle a appelé les rebelles à se venger sur leurs familles et leurs maisons. « Elle est détenue depuis deux mois » [sic].

 

Il est probable que le gouvernement du Belarus découvre beaucoup de choses intéressantes en interrogeant ces deux jeunes gens. En outre, cette arrestation est susceptible de refroidir certaines têtes brûlées en Biélorussie. Jusqu’à présent, ils se croyaient intouchables ; ils ont maintenant appris que le gouvernement peut défendre le pays contre les émeutiers et le fera.

 

En règle générale, je sympathise avec les rebelles. Mais parfois, les rebelles sont trop sûrs d’eux. Ils pensent qu’ils sont des Elfes combattant les Orques. La chaîne NEXTA a mené sa guerre contre les gens de l’économie réelle du Belarus, contre son industrie et son agriculture, pour le nouveau monde numérique. S’ils gagnaient, comme en Ukraine, l’industrie biélorusse serait pillée et vendue pour une bouchée de pain ; comme en Ukraine, les travailleurs biélorusses seraient au chômage, sa grande agriculture serait ruinée. Mais l’Ukraine avait un président faible, M. Ianoukovitch, qui a fui en Russie lorsqu’il était en danger. Loukachenko est taillé dans une autre étoffe. Il ressemble davantage au président syrien Bashar Assad, l’homme qui est toujours au pouvoir après avoir reçu des années durant l’ordre de partir. Son amitié serait très bénéfique pour M. Poutine.

 

https://www.unz.com/ishamir/the-abduction-of-nexta/

joindre l’auteur: adam@israelshamir.net

traduction: Maria Poumier

 

Comment le capital américain prépare sa prochaine guerre

Par Pepe Escobar.

Source The Saker’s Blog

Andrei Martyanov est un cas à part. Ce baby-boomer de la troisième vague, né au début des années 1960 à Bakou, dans le Caucase, qui faisait alors partie de l’ex-URSS, est sans doute le principal analyste militaire de la sphère russe. Il vit et travaille aux États-Unis, écrit en anglais pour un public mondial et excelle toujours dans son blog intitulé Reminiscence of the Future.

J’ai déjà eu le plaisir de faire la critique de ses deux précédents livres. Dans Losing Military Supremacy : The Myopia of American Strategic Planningpublié il y a près de trois ans, il démontrait de manière convaincante que l’écart entre les États-Unis et la Russie en matière de missiles était comparable à un « abîme technologique » et que le Khinzal était « un changement complet de la donne sur les plans géopolitique, stratégique, opérationnel, tactique et psychologique ».

 

Il y cartographiait en détail « l’arrivée définitive d’un paradigme complètement nouveau » dans la guerre et la technologie militaire. Cette critique est incluse dans mon propre livre électronique intitulé Shadow play, disponible sur Asia Times.

Il a ensuite publié The (Real) Revolution in Military Affairs, où il est allé encore plus loin en expliquant comment cette « révolution », introduite au Pentagone par feu Andrew Marshall, alias Yoda, l’inventeur de facto du concept de « pivot vers l’Asie », a en fait été conçue par des théoriciens militaires soviétiques dans les années 1970, sous le nom de MTR (Military-Technological Revolution).

Son nouveau livreDisintegration, complète cette trilogie. Et c’est un final étonnant.

Dans cet ouvrage, Martyanov analyse de façon méticuleuse le déclin impérial, par thèmes, avec des chapitres sur la consommation, la géoéconomie, l’énergie, la perte de la course aux armements, entre autres. Il y dresse un réquisitoire dévastateur, notamment contre les lobbies toxiques de Washington et la médiocrité politique qui prévaut de l’autre côté de la Beltway. Ce qui est révélé au lecteur est l’interaction complexe des forces qui sont à l’origine du chaos politique, idéologique, économique, culturel et militaire américain.

Le chapitre 3, consacré à la géoéconomie, est une véritable promenade de santé. Martyanov montre comment la géoéconomie, en tant que domaine distinct de la guerre et de la géopolitique, n’est rien d’autre qu’un obscur embrouillamini : le bon vieux conflit « enveloppé dans le mince emballage de sciences politiques à l’intellectualisme superficiel «  – l’étoffe dont sont faits les rêves de Huntington, Fukuyama et Brzezinski.

Ce thème est pleinement développé au chapitre 6, consacré aux élites occidentales, avec un démantèlement cinglant du « mythe Henry Kissinger » : Un autre exceptionnaliste américain, faussement qualifié de « réaliste », qui fait partie d’une bande qui « n’est pas conditionnée pour penser de manière multidimensionnelle ». Après tout, ils ne sont toujours pas capables de comprendre le raisonnement et les implications du discours de Poutine à Munich, en 2007, qui déclarait le moment unipolaire – un euphémisme grossier pour dire hégémonie – mort et enterré.

Comment ne pas gagner de guerre

L’une des principales conclusions de Martyanov est qu’après avoir perdu la course aux armements et toutes les guerres qu’elle a déclenchées au XXIe siècle – comme le montre son bilan – la géoéconomie est essentiellement un « euphémisme pour qualifier les sanctions et les tentatives incessantes des États-Unis de saboter l’économie de toute nation capable de rivaliser avec eux » (voir, par exemple, la saga du Nord Stream 2). C’est « le seul outil » (c’est lui qui souligne) que les États-Unis utilisent pour tenter d’enrayer leur déclin.

Dans un chapitre consacré à l’énergie, Martyanov démontre que l’aventure américaine du pétrole de schiste n’est pas viable financièrement et que l’augmentation des exportations de pétrole est essentiellement due au fait que les États-Unis ont « récupéré les quotas libérés principalement à la suite des réductions de production de la Russie et de l’Arabie saoudite au sein de l’OPEP+, réductions faites dans le but d’équilibrer le marché mondial du pétrole ».

Au chapitre 7, intitulé « Losing the Arms Race », Martyanov développe le thème clé dont il est la superstar incontestée : les États-Unis ne peuvent pas gagner de guerres. Infliger une guerre hybride est une toute autre affaire, c’est créer « beaucoup de misère dans le monde, affamer effectivement des gens pour les conduire à leur mort pure et simple ».

Les sanctions économiques « à pression maximale » contre l’Iran en sont un exemple flagrant. Mais le fait est que ces outils – qui incluent également l’assassinat du général Soleimani – font partie de l’arsenal de « propagation de la démocratie » et n’ont rien à voir avec la « géoéconomie », mais ont « tout à voir avec les jeux de pouvoir bruts conçus pour atteindre le principal objectif clausewitzien de la guerre – « contraindre notre ennemi à obéir à notre volonté » ». Et « pour l’Amérique, la majeure partie du monde est l’ennemi ».

Martyanov se sent également obligé de mettre à jour ce sur quoi il excelle depuis des années : le fait que l’arrivée des missiles hypersoniques « a changé la guerre pour toujours ». Le Khinzal, déployé en 2017, a une portée de 2 000 km et « n’est pas interceptable par les systèmes antimissiles américains existants ». Le 3M22 Zircon « change complètement la stratégie de guerre navale et terrestre ». Le retard des États-Unis sur la Russie en matière de systèmes de défense aérienne est « massif, tant sur le plan quantitatif que qualitatif ».

Disintegration est également une critique acerbe du phénomène éminemment post-moderniste – qui se caractérise par une fragmentation culturelle infinie et le refus d’accepter que « la vérité est connaissable et peut faire l’objet d’un accord » – responsable de la réingénierie sociale actuelle des États-Unis, en tandem avec une oligarchie qui « de manière évidente, n’est pas très brillante, malgré sa richesse ».

Et puis il y a la russophobie rampante. Martyanov lance l’alerte rouge définitive : « Bien sûr, les États-Unis sont toujours capables de déclencher une guerre avec la Russie, mais s’ils le font, cela ne signifiera qu’une seule chose : les États-Unis cesseront d’exister, tout comme la majeure partie de la civilisation humaine. Ce qui est horrible, c’est qu’il y a des gens aux États-Unis pour qui même ce prix est trop faible à payer. »

En fin de compte, un intellect scientifique froid ne peut que s’appuyer sur une realpolitik solide : en supposant que les États-Unis évitent une désintégration complète en « territoires séparatistes », Martyanov souligne que la seule façon pour « l’élite » américaine de maintenir une sorte de contrôle « sur des générations de plus en plus éveillées ou désensibilisées par les drogues » est la tyrannie. En fait, la techno-tyrannie. Et cela semble effectivement être le nouveau paradigme dysfonctionnel qui se profile à l’horizon.

 

Pepe Escobar

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone

 

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