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Hier — 25 novembre 2022Vos flux RSS

Pourquoi les Américains détestent-ils Poutine ?

par Mike Whitney. Ils espéraient, un lèche-bottes prêt à vendre son pays pour s'attirer les faveurs de l'Oncle Sam. Ils ont eu Poutine, un chrétien fervent, un conservateur inébranlable et un patriote russe féroce.

Vous êtes sous contrôle. Les élites françaises craignent, en privé, les États-Unis et une nouvelle étude explique pourquoi

Par : Wayan

Par Felix Livshitz − Le 15 novembre 2022 − Source RT

Une nouvelle étude [en français, NdT] publiée par l’École de guerre économique française a révélé des résultats extraordinaires sur les personnes et les éléments que les services de renseignement français craignent le plus lorsqu’il s’agit de menaces pour l’économie du pays.

Les résultats sont basés sur des recherches approfondies et des entretiens avec des experts du renseignement français, y compris des représentants d’agences d’espionnage, et reflètent donc les positions et la pensée de spécialistes dans le domaine peu étudié de la guerre économique. Leur opinion collective est très claire : 97 % d’entre eux considèrent que les États-Unis sont la puissance étrangère qui « menace le plus » les « intérêts économiques » de Paris.

Qui est votre véritable ennemi ?

L’étude a été menée pour répondre à la question suivante : « que deviendra la France dans un contexte de guerre économique de plus en plus exacerbé ?« . Cette question est devenue de plus en plus urgente pour l’UE car les sanctions occidentales sur les exportations de Moscou, en particulier l’énergie, ont eu un effet catastrophique sur les pays européens, mais n’ont pas eu l’effet prévu sur la Russie. Elles n’ont pas non plus nui aux États-Unis, le pays qui a poussé le plus énergiquement à l’adoption de ces mesures.

Pourtant, la question ne se pose pas dans les autres capitales européennes. C’est précisément l’échec à l’échelle du continent, ou du moins le manque de volonté, de prendre en compte les « répercussions négatives sur la vie quotidienne » des citoyens européens qui a inspiré le rapport de l’École de Guerre Économique.

Comme l’explique l’auteur principal du rapport, Christian Harbulot, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France « vit dans un état de non-dit« , comme d’autres pays européens.

À l’issue de ce conflit, la « peur manifeste » des élites françaises de voir le Parti communiste prendre le pouvoir en France « a fortement incité une partie de la classe politique à placer notre sécurité entre les mains des États-Unis, notamment en réclamant l’établissement de bases militaires permanentes en France. »

« Il va sans dire que tout a un prix. La contrepartie de cette aide venue d’outre-Atlantique a été de nous faire entrer dans un état de dépendance globale – monétaire, financière, technologique – à l’égard des USA« , indique Harbulot. Et à part entre 1958 et 1965, lorsque le général Charles de Gaulle a tenté d’accroître l’autonomie de Paris par rapport à Washington et à l’OTAN, les dirigeants français sont « rentrés dans le rang« .

Cette acceptation signifie qu’à l’exception de rares scandales publics tels que la vente d’actifs français à des entreprises américaines, ou l’annulation par l’Australie de son achat de sous-marins de fabrication française en faveur d’un accord controversé avec les États-Unis et le Royaume-Uni (AUKUS), il y a peu de reconnaissance – et encore moins de discussion – dans le grand public sur la façon dont Washington exerce un degré significatif de contrôle sur l’économie de la France, et donc sur la politique.

Par conséquent, les politiciens et le public ont du mal à identifier « qui est vraiment leur ennemi« . « Dans les sphères de pouvoir » de toute l’Europe, dit Harbulot, « il est d’usage de taire ce genre de problème« , et la guerre économique reste une « confrontation souterraine qui précède, accompagne puis prend le relais des conflits militaires classiques« .

Cela signifie à son tour que tout débat sur « l’hostilité ou la nocivité » des relations entre l’Europe et Washington passe à côté du fait sous-jacent que « les États-Unis cherchent à assurer leur suprématie sur le monde, sans s’afficher comme un empire traditionnel. »

L’UE peut avoir un excédent commercial de 150 milliards d’euros avec les États-Unis, mais ces derniers ne laisseront jamais volontairement cet avantage économique se traduire par une « autonomie stratégique » vis-à-vis d’eux. Et ce gain est obtenu dans le contexte constant – et plus que compensé – d’une « forte pression géopolitique et militaire » exercée par les États-Unis à tout moment.

J’espionne avec mes Five Eyes

Harbulot estime que l' »état de non-dit » est encore plus prononcé en Allemagne, car Berlin « cherche à établir une nouvelle forme de suprématie au sein de l’Europe » fondée sur sa dépendance à l’égard des États-Unis.

Comme la France « n’est pas dans une phase de construction de puissance mais plutôt dans une recherche de préservation de sa puissance » – un état de fait « très différent » – cela devrait signifier que les Français peuvent plus facilement reconnaître et admettre la dépendance toxique vis-à-vis de Washington, et la considérer comme un problème qui doit être résolu.

Il est certainement difficile d’imaginer qu’un rapport aussi éclairant et honnête soit produit par un institut universitaire basé à Berlin, bien que le pays soit le plus durement touché par les sanctions anti-russes. Certains analystes ont parlé d’une possible désindustrialisation de l’Allemagne, car son incapacité à alimenter des secteurs économiques à forte intensité énergétique a détruit son excédent commercial de 30 ans – peut-être pour toujours.

Mais outre le fait que la « dépendance » de la France vis-à-vis de Washington est différente de celle de l’Allemagne, Paris a d’autres raisons de cultiver une « culture du combat économique » et de suivre de très près les « intérêts étrangers » qui nuisent à l’économie et aux entreprises du pays.

Un ordre d’espionnage de l’Agence nationale de sécurité des États-Unis envoyé à d’autres membres du réseau d’espionnage mondial Five Eyes (Australie, Canada, Nouvelle-Zélande et Royaume-Uni), publié par WikiLeaks, montre que, depuis au moins 2002, Washington adresse à ses alliés anglophones des demandes annuelles de « besoin d’information« , afin d’obtenir toutes les informations qu’ils peuvent trouver sur les activités économiques des entreprises françaises, les politiques économiques et commerciales du gouvernement français et les points de vue de Paris sur les sommets annuels du G8 et du G20.

Tout ce qui est découvert est partagé avec les principaux décideurs et départements économiques américains, notamment la Réserve fédérale et le Trésor, ainsi qu’avec les agences de renseignement, comme la CIA. Une autre publication classifiée de WikiLeaks montre que cette dernière – entre novembre 2011 et juillet 2012 – a employé des espions des Five Eyes pour infiltrer et surveiller les campagnes des partis et des candidats à l’élection présidentielle française.

Washington était particulièrement inquiet d’une victoire du Parti socialiste, et a donc cherché à obtenir des informations sur une variété de sujets, « pour préparer les principaux décideurs américains au paysage politique français post-électoral et à l’impact potentiel sur les relations entre les États-Unis et la France. » Un intérêt particulier a été porté à « l’opinion des candidats à la présidence sur l’économie française, les politiques économiques actuelles […] qu’ils considèrent comme ne fonctionnant pas, et les politiques […] qu’ils promeuvent pour aider à stimuler les perspectives de croissance économique de la France […]« .

La CIA était également très intéressée par les « points de vue et la caractérisation » des États-Unis de la part des candidats à la présidence, ainsi que par tout effort de ces derniers et des partis qu’ils représentaient pour « entrer en contact avec les dirigeants d’autres pays« , y compris certains des États qui forment le réseau des Five Eyes lui-même.

Naturellement, ces États n’étaient pas conscients que leurs amis de Washington, et d’autres capitales des Five Eyes, les espionnaient pendant qu’ils espionnaient la France.

Ce n’est manifestement pas pour rien que le vétéran de la grande stratégie américaine et ancien secrétaire d’État Henry Kissinger a fait remarquer un jour : « être un ennemi de l’Amérique peut être dangereux, mais en être un ami est fatal. »

Felix Livshitz

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

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Terrorists-R-US. Les Etats-Terroristes-Unis

Par : Wayan

Par Kevin Barrett – Le 14 Novembre 2022 – Source Unz Review

Lorsque les électeurs américains ont voté, la semaine dernière, la politique étrangère n’était probablement pas en tête de liste de leurs préoccupations. Mal informés par les médias grand public au point de souffrir de déficience cognitive informationnelle, peu d’Américains [et d’européens, NdT] comprennent le rôle dévastateur et destructeur que joue leur pays sur la scène mondiale. Il y a donc quelque chose de symboliquement significatif dans le spectacle des électeurs de Pennsylvanie qui ont envoyé un sénateur souffrant de déficience cognitive à Washington pour servir sous les ordres d’un président souffrant de déficience cognitive, alors qu’un sous-ensemble de ces électeurs a même élu un homme déjà décédé à un poste d’état. On se croirait dans un film de zombies : L’empire des morts-vivants.

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Les électeurs zombies envoient des représentants zombies à Washington pour prétendre présider au démantèlement d’un empire zombie en état de mort cérébrale. Mais les vrais maîtres de cet empire, bien sûr, sont les apparatchiks néocons et les oligarques qui les rémunèrent grassement. Peu importe qui occupe le Congrès et la Maison Blanche, le gouvernement élu n’a pas vraiment de prise sur les décisions. Même les politologues de l’Ivy League payés pour cacher cette réalité la reconnaissent de plus en plus souvent : Michael Glennon, par exemple, dans « National Security and the Double Government » [Sécurité nationale et le double gouvernement], soutient de manière convaincante que nos dirigeants élus sont, à l’instar des monarques britanniques, de simples figures de proue, et non des décideurs politiques.

Puisqu’ils n’ont aucun rôle à jouer dans la prise de décision, ni les politiciens ni les électeurs qui les élisent n’ont besoin de savoir quoi que ce soit sur ce qui se passe réellement dans le monde. Leur rôle n’est pas de raisonner, mais de régurgiter les « mythes publics » diffusés par la machine de propagande médiatique. C’est pourquoi les électeurs américains ne comprennent pas, pour la plupart, que c’est leur propre gouvernement qui a provoqué la guerre en Ukraine. Ils ne comprennent pas non plus que son objectif est de paralyser l’Allemagne et l’UE, ainsi que la Russie.

Asie de l’Ouest : Les terroristes sont américains

Les électeurs connaissent encore moins l’Asie occidentale, où les États-Unis sont à l’origine d’une vague de terrorisme en Iran, au Pakistan et, plus récemment, en Turquie, où une bombe a explosé dimanche dans un quartier très touristique du centre d’Istanbul, tuant six personnes et en blessant plus de 80. Le gouvernement turc a immédiatement accusé les États-Unis, qui arment, financent, forment et dirigent les militants kurdes syriens liés au PKK, d’être à l’origine de l’attentat.

Pourquoi les dirigeants américains utilisent-ils le terrorisme en Turquie ? Pour punir le gouvernement turc de s’être rapproché de la Russie. (Les attentats à la bombe effraieront les touristes, dont un nombre toujours plus grand est russe, et nuiront à l’économie turque). Du point de vue de Washington, le gouvernement d’Erdogan alimente l’effort de guerre russe en augmentant considérablement son commerce avec la Russie et en payant les importations russes, y compris l’énergie, en roubles. Ces mesures contribuent non seulement à maintenir la Russie à flot, mais menacent également la cohésion de l’OTAN et accélèrent l’arrivée du jour où le dollar perdra son statut de monnaie de réserve mondiale.

Les États-Unis terrorisent également le Pakistan et l’Iran parce que les dirigeants de ces pays, comme Erdogan en Turquie, ont l’audace de poursuivre leurs propres intérêts nationaux. Au Pakistan, les espions de l’ambassade américaine – des clones de Raymond Davis – étaient la main cachée derrière l’opération de changement de régime qui a renversé le gouvernement d’Imran Khan en avril dernier. Les sbires de l’empire punissaient Khan pour sa visite à Moscou peu après le lancement par la Russie de son Opération Militaire Spéciale en Ukraine, ainsi que pour avoir évité le FMI étasunien en faveur d’une coopération accrue avec l’initiative de « la Nouvelle route de la soie » et l’Organisation de coopération de Shanghai. Depuis le coup d’État électoral orchestré par les États-Unis, le parti de Khan a remporté une victoire écrasante aux élections régionales, et son chef a toutes les chances de revenir au pouvoir lors des prochaines élections nationales… à condition qu’il reste en vie.

Le 3 novembre, Khan a miraculeusement survécu à une tentative d’assassinat inspirée par les États-Unis. Pris entre les tirs croisés d’un « fanatique religieux » du MK-Ultra d’un côté de son véhicule et d’un sniper professionnel qui tirait depuis la fenêtre d’un immeuble de l’autre côté, Khan n’a survécu que parce qu’un spectateur héroïque a attrapé le bras armé du fanatique, de sorte que les balles ont touché la jambe de Khan plutôt que sa tête ou son torse. Sa jambe touchée, Kahn est tombé au sol alors que les balles du sniper sifflaient dans l’espace qu’il venait de quitter.

Tuer des dirigeants pakistanais fait partie du travail quotidien de la CIA et de ses laquais locaux comme le Premier ministre Shabaz Sharif, nommé par les États-Unis, le ministre de l’Intérieur Rana Sanaullah et le général Faisal, le grand manitou de l’ISI, les trois hommes que Khan tient pour responsables de la tentative d’assassinat. La plupart des Pakistanais le pensent aussi. Ils pensent également que plusieurs de leurs anciens dirigeants ont été tués par la CIA, notamment le général Zia ul-Haq, qui tissait des liens avec des forces pro-islamiques mais non approuvées par les États-Unis dans la région lorsqu’il a été tué dans un accident d’avion provoqué.

La guerre terroriste américaine contre l’Iran

Les campagnes de terreur menées par les États-Unis contre les « alliés » hésitants que sont la Turquie et le Pakistan sont sans commune mesure avec la guerre terroriste menée depuis des décennies par Washington contre la République islamique d’Iran. Et lorsqu’il s’agit de l’Iran, les terroristes ne prennent même pas la peine de brouiller les pistes. Lorsque Washington a décidé de tuer la personnalité publique la plus populaire d’Iran, le général Qasem Soleimani qui, comme Imran Khan, était universellement admiré pour son humble religiosité, son honnêteté irréprochable, sa compétence et son charisme, il n’a même pas pris la peine de créer un déni plausible. Au lieu de cela, les Américains ont attiré le général Soleimani à Bagdad avec une offre de paix bidon, avant de l’assassiner ouvertement avec un drone militaire américain.

Aujourd’hui, la guerre terroriste contre l’Iran s’est transformée en une tentative de changement de régime impliquant des meurtriers et des voyous payés par les États-Unis qui sèment le chaos et la terreur sous le faux prétexte qu’il s’agit d’une sorte de manifestation pour les droits de l’homme. Comme je l’ai écrit dans le numéro de Crescent International de ce mois-ci :

Le 15 septembre, l’Iran a signé un accord pour devenir le neuvième membre à part entière de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), un groupe de nations eurasiennes travaillant ensemble sur des projets économiques, de logistique, d’infrastructure et d’énergie, afin de contourner les institutions contrôlées par les États-Unis. Le lendemain, le 16 septembre, des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes iraniennes et ont rapidement dégénéré en émeutes. Bien que les troubles soient apparemment une réponse à la mort de Mahsa Amini, une Iranienne de 22 ans qui s’est soudainement effondrée en garde à vue dans des circonstances peu claires, il est presque certain que les troubles ont été planifiés à l’avance par la CIA et son escadron en charge de mener les révolution de couleur. Sans l’affaire Amini, les spécialistes du changement de régime de l’agence alphabet auraient fabriqué un autre prétexte…

Les voyous de la CIA chargés du changement de régime ne se font pas beaucoup d’amis en Iran.

These are the "heroic peaceful protesters" that western media & politicians glorify. They peacefully shoot at police, slit their throats & burn them alive.

The Iranian police & basij have shown great courage & restraint. If this was in the west, there would be no such restraint. pic.twitter.com/QNjqgzLTYu

— Seyed Mohammad Marandi (@s_m_marandi) November 8, 2022

This is how western backed thugs in Iran work. They're organized from abroad & attack ordinary people. Their cameramen record the "heroic" operations & send them to western/Saudi funded Persian media in London.

Western media & think-tankers glorify these "popular protests." pic.twitter.com/vwjFqodig5

— Seyed Mohammad Marandi (@s_m_marandi) November 8, 2022

This is how western/Saudi funded & trained thugs attack Iranian police. Last Friday these killers attacked 3 officers. As the officers retreated into their police vehicle, they called on the rioters to stop. They were then badly beaten & repeatedly stabbed by these barbarians. pic.twitter.com/bmowvfVc65

— Seyed Mohammad Marandi (@s_m_marandi) November 6, 2022

Les ONG iraniennes affirment qu’environ 17 000 Iraniens ont été tués par des terroristes soutenus par les États-Unis, la majorité par le MEK, un culte de la haine bizarre qui combine les pires caractéristiques d’ISIS et de la Manson Family. De nombreuses personnalités américaines bien connues, dont Pompeo et Bolton, ont accepté des pots-de-vin somptueux pour être vues en public avec les fous du MEK, qui sont actuellement le fer de lance de la vague de violence financée par le contribuable américain en Iran.

La guerre terroriste américaine fonctionne-t-elle ?

Est-ce que faire exploser des civils en Turquie, comploter pour assassiner le leader le plus populaire de tous les temps au Pakistan et envoyer des voyous dans les rues pour terroriser les Iraniens va permettre de vraiment promouvoir les intérêts nationaux légitimes de l’Amérique ? Apparemment, nos décideurs de l’État profond le pensent. Les néoconservateurs citent constamment, à tort, Machiavel en disant « il vaut mieux être craint qu’être aimé« . Mais grâce aux néoconservateurs, l’Amérique est de moins en moins crainte et de plus en plus méprisée. Toute la région de l’Asie occidentale n’apprécie pas la façon dont les néoconservateurs ont essayé de détruire sept pays en cinq ans à la suite de leur faux drapeau du 11 septembre. L’échec total des guerres américaines inspirées par les néoconservateurs en Afghanistan, en Irak et en Syrie a donné au puissant Empire unipolaire l’apparence d’un tigre de papier et d’un méchant de classe mondiale.

Si faire exploser des magasins en Turquie peut effrayer quelques touristes, si tirer sur Imran Khan peut le surprendre, lui et ses partisans, et si fomenter la violence en Iran peut déstabiliser les Iraniens, en fin de compte, les Turcs, les Pakistanais et les Iraniens sont susceptibles de sortir de la vague actuelle de violence encouragée par les États-Unis avec une rancune durable contre l’Amérique et une forte préférence pour un ordre multipolaire. Une fois encore, les néoconservateurs, qui prétendent être de si ardents patriotes américains, semblent accélérer la disparition de l’empire même qu’ils prétendent défendre.

Kevin Barrett

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

Les « valeurs occidentales » : Un énorme fantasme d’abrutis

Par : Volti
Source :  Arrêt sur Info via Réseau-International Par Caitlin Johnstone C’est quand même drôle que le monde entier, contrôlé par les États-Unis, se soit acharné sur la Russie toute l’année pour avoir fait quelque chose que les États-Unis font couramment. Dans notre civilisation détraquée, « l’individualisme » signifie de plus en plus avoir la liberté d’exprimer son caractère unique en choisissant entre […]

Les « valeurs occidentales » : Un énorme fantasme d’abrutis

par Caitlin Johnstone. C’est quand même drôle que le monde entier, contrôlé par les États-Unis, se soit acharné sur la Russie toute l’année pour avoir fait quelque chose que les États-Unis font couramment.

États-Unis : De l’apparente bienveillance à l’hégémonie

par Jean-Luc Baslé. Le néoconservatisme est l’affirmation d’une hégémonie décomplexée. Le néolibéralisme est un empiétement du marché sur les prérogatives de l’État. Cette mutation est l’une des clés de compréhension des évènements d’aujourd’hui.

Pour les Américains, lors des guerres les humains sont l’équivalent des rats dans les laboratoires

par Caitlin Johnstone. Il semble que la guerre par procuration en Ukraine soit également utilisée pour aiguiser les griffes de la machine de guerre impériale en vue d’une guerre chaude imminente avec la Chine et/ou la Russie.

Expansion de l’OTAN : Les origines de la grave crise actuelle (1/3)

Le problème d’un contact direct avec la Russie devait se poser – situation que cette dernière considère comme inacceptable, puisqu’un incident de frontière pourrait déclencher une confrontation avec l’OTAN.

STOP !

Par : Tutu
STOP ! Le piège mille et mille fois tendu se referme, agitant les grands principes, dénonçant les traitres, accusant l'ennemi, les collabos, les passifs, les indifférents, bref, les autres, des pires crimes justifiant les pires exactions.

Voici comment les ultra-riches contrôlent le gouvernement étasunien

Par : jmarti

Par Eric Zuesse − Le 5 novembre 2022 − Source Oriental Review

Le gouvernement des États-Unis essaye de dissimuler l’obscénité qui caractérise la distribution des richesses de la nation ; mais on en trouve une présentation tout à fait remarquable (la distribution des richesses privées des États-Unis) sur la page web du Board of Governors du système de la Federal Reserve, présentant un « aperçu » de la « distribution des richesses » sur la période s’étendant entre « Q3 1989 » et « Q2 2021 ». (Le présent article en fait une présentation encore plus claire, sur la base des données livrées par cette page.)

Les nombres qui suivent montrent les répartitions des quintiles de richesses — les pourcentages de la richesse détenues par les ménages de la nation, de la tranche des 20% du haut à la tranche des 20% du bas — en « milliers de milliards de dollars » pour chaque cinquième — au cours du dernier trimestre (« Q2 2021 »), tels que présentés sur cette page web :

  • 20 % le plus élevé = 20 % du haut totalise 94 680 Md$ (36 230 Md$ pour le 1% le plus élevé + 58 450 Md$ pour les autres 19 %)
  • 2ème tranche de 20 % = 40 % du haut – 20 % du haut = 20 680 Md$
  • 3ème tranche de 20 % = 60 % du haut – 40 % du haut = 9 620 Md$
  • 4ème tranche de 20 % = 80 % du haut – 60 % du haut = 5 410 Md$
  • dernière tranche de 20 % = Total – 80 % du haut = 3 690 Md$

100% = 94 680 Md$ + 20 680 Md$ + 9 620 Md$ + 5 410 Md$ + 3 690 Md$ = 134 080 Md$ au total.

Donc :

  • La tranche des 20 % les plus aisés détient 70.6 % de la richesse totale.
  • La tranche des 40 % les plus aisés détient 86.0 % de la richesse totale.
  • La tranche des 60 % les plus aisés détient 93.2 % de la richesse totale.
  • La tranche des 80 % les plus aisés détient 97.2 % de la richesse totale.

On a également vu le 1 % des plus aisés :

  • Tranche des 1 % les plus aisés (« 99-100 % ») : 36 230 Md$
  • Tranche des 20 % les plus aisés sans les 1 % les plus aisés = 58 450 Md$

Donc : les 1 % les plus aisés (La tranche des 5 % les plus riches des 20 % les plus riches) détient 38.3 % des 94 680 Md$ détenus par la tranche haute de 20 %.

1 % les plus aisés = 27 % de l’ensemble de la richesse.

(Le 1% du bas n’est pas détaillé.)

  • Tranche des 20 % les moins aisés = 2,8 % de la richesse totale.
  • Tranche des 40 % les moins aisés = 6,8 % de la richesse totale.
  • Tranche des 60 % les moins aisés = 14,0 % de la richesse totale.
  • Tranche des 80 % les moins aisés = 29,4 % de la richesse totale.

En pratique, toutes les personnes disposant d’assez de fonds pour pratiquer des donations significatives aux hommes politiques de leur choix font partie de la tranche des 20 % les plus aisés — les gens qui détiennent 70,6 % de la richesse totale. Ils dominent le jeu financier politique de la nation. Presque tous les pots-de-vin qui emplissent les comptes de campagnes politiques aux États-Unis sont versés par les 20 % Étasuniens les plus riches — et le 1 % du haut comprend l’ensemble des « faiseurs de roi ». Et si vous faites partie des 80 % du bas, vous n’êtes pas du tout représenté par le gouvernement étasunien.

Les 1 % les plus riches ont bien plus à disposition pour donner à leurs hommes politiques préférés que le reste de la tranche haute des 20 % , car ces gens — les membres du 1 % — détiennent les sièges dans les conseils d’administration des entreprises, et choisissent les dirigeants d’entreprises qui embauchent les lobbyistes au Congrès, pour divertir, récompenser et embaucher les membres du Congrès pour servir leurs entreprises, et se tenir au service des 1 % du haut qui contrôlent l’ensemble de ces entreprises. Parmi ces entreprises figurent celles qui contrôlent l’ensemble des grands — et la plupart des petits — groupes médiatiques, si bien qu’ils façonnent ce que « savent » et donc ce que pensent la plupart des électeurs (des deux partis).

Les États-Unis comptent environ mille milliardaires, et ils contrôlent assez d’argent pour amener le Congrès à ne pas adopter la moindre loi à laquelle ces ultra-riches seraient opposés, et à adopter les nombreux projets de loi que ces ultra-riches veulent voir mis en œuvre. Donc, la quasi-totalité des quelque mille individus qui contrôlent le gouvernement étasunien est composée de milliardaires. Ils contrôlent en particulier les entreprises internationales. Ces quelques personnes dominent les deux partis. Mais ils tirent les ficelles depuis l’ombre. Au cours des siècles passés, on connaissait l’identité des aristocrates, qui disposaient de titres formels ; dans les « démocraties » contemporaines, ils se dissimulent autant que possible. Ils ne veulent pas que le public sache que le gouvernement ne représente qu’eux, car si cela devait se savoir, la parole du gouvernement au sujet de telle ou telle « dictature » étrangère, ne posant aucune véritable menace à la sécurité nationale du pays, et des changements de régime nécessaires à l’étranger ; cette parole se verrait remise en question par les citoyens, qui se demanderaient : « Ne serait-ce pas notre propre régime qu’il convient de changer en premier ? » Il suffit de jeter un coup d’œil sur les médias d’« information » pour comprendre qu’ils NE veulent PAS que cette question pénètre l’esprit de quiconque. Le message est, au lieu de cela, systématiquement de promulguer des changements de régimes sur des dirigeants étrangers que les milliardaires des États-unis VEULENT changer. C’est ainsi que le public est amené à accepter de financer (avec ses impôts) le département de la « Défense »). N’est-il pas anti-« patriotique » de vouloir couper dans les dépenses de « défense » ? Qui pourrait bien vouloir une telle chose ?

Eric Zuesse

Traduit par José Martí, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Pour la civilisation américaine, contre l’impérialisme américain

Par : Ysengrimus

James Dean rime pas avec John Wayne,
Saint-Denys Garneau est mort désossé…

Lucien Francoeur

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YSENGRIMUS — Un mot d’abord, pour faire changement, sur mon exergue ici. Ce sont des vers de Lucien Francoeur que l’on peut citer quand la question du recentrage socio-économique et de la déchéance impériale de l’Amérique est en cause. Hector de Saint-Denys Garneau (1912-1943), poète, peintre, homme grand, beau, riche, indolent, ayant tout pour lui, meurt pourtant à 31 ans des complications d’une maladie rhumatismale qui le laisse tout amaigri. Il est la grandeur fondamentale de l’Amérique, hautaine, fugitive, fragile et fatale… James Dean (1931-1955), bien, cela ne rime pas avec John Wayne (1907-1979)… Cela s’entend au son mais aussi au sens. Dean ado révolté mort jeune. Wayne cow-boy réac (genre Reagan) mort vieux. Trois pôles antinomiques du fait américain. La jeune Amérique meurt jeune. La vieille Amérique réactionnaire dure et dure. Sa dimension impériale s’enfle, sa dimension civilisationnelle se désosse. Il est plus que temps d’inverser ça un petit peu. Ça ne rime pas, et ne rime à rien.

Car maintenant, je vais vous dire un truc. Je ne crois pas vraiment à la connerie américaine et je suis aussi pro-américain pour l’intelligence sagace, la rouerie matoise, la lucidité, le réalisme, la richesse ethno-culturelle, la simplicité intellectuelle sans complexe, la saine et fluide cordialité, la langue bien pendue, la vis comica, la sagesse sourde de ce nouveau monde virulent, critique, souple et libre… que je suis anti-impérialiste (ce qui m’oblige à brasser les américains de temps en temps, si tant est qu’ils s’en soucient…). Les impérialistes américains sont fondamentalement bellicistes, militaristes, ploutocrates et bêtes (je vous passe les sempiternelles ritournelles des guerres de théâtres des temps passés et présents, Vietnam, Afghanistan etc…), ce sont leurs moyens titanesques qui, malgré la susdite bêtise et inénarrable incurie, les tiennent en place encore pour un temps. Et, par delà les fausses rédemptions politiciennes, l’intelligence des américains, qui est ailleurs, ne se mesure nullement à l’aune de la sottise épaisse de leur impérialisme… Je suis pour la civilisation américaine, contre l’impérialisme américain et archi-contre l’idée fixiste implicite que ces deux aspects sont inséparables. L’histoire est en train de mettre une cassure de plus en plus nette entre l’Amérique de demain et son impérialisme auto-sanctifié d’hier. Ça fait mal mais ça s’en vient. Nous, et notre bon voisinage tant mondial que panaméricain, nous en porterons tous beaucoup mieux quand ce divorce sera consommé. Un jour viendra…

Le détroit de Taiwan (photo satellite du UCLA Asia Institute)

L’impérialisme américain craque dans tous ses maillons. On nous bassine bien avec le Moyen-Orient mais des maillons faibles de l’impérialisme américain, il y en a d’autres, et pas des petits. Un cas d’espèce peu publicisé, par exemple, c’est celui de Taiwan. La Chine continentale monte en puissance et alors, comme par hasard, la tension taiwanaise rejaillit épisodiquement. Sauf que… attention ici. C’est chinois donc c’est subtil. Simplisme grossier s’abstenir. Lors de la première (1955) seconde (1958 – sous Eisenhower) et troisième (1995 – sous Clinton) crise du détroit de Taiwan, les porte-avions US se sont portés directement et concrètement au secours de la ci-devant République de Chine (Taiwan). De nos jours, on semble plutôt tendre à opter pour une formule plus ambivalente: on vous vend par avance du matos pour soldoques et bruits de bottes (terrestres – ceci N.B.), mes bons taiwanais, et négociez ensuite vos affaire par vous-même… entre vous, ni plus ni moins. Cette fois-ci, c’est cash & carry, donc, en fait. Signal implicite et feutré: ne comptez pas sur nous pour aller faire nager des brasses belliqueuses ou symboliques à nos flottes dans le détroit de Taiwan pour vous tirer de la nasse de ce siècle nouveau. Mon pronostic: sous couvert de les armer (un peu), les USA larguent en fait la République de CHINE ou CHINE nationaliste (Taiwan). Sous l’ergotage et le plastronnage à la Fonzie couve son contraire veule, la concession. Ce n’est pas du Eisenhower, ça. Je vous en passe mon carton. Pourquoi le nom très officiel de cette île est-il CHINE au fait… Demandez aux autorités de Pékin, ils vont bien éclairer votre lanterne sur la question. Chine ça veut dire Chine, non? C’est pas du chinois ça… On ne va pas faire péter la planète pour ça… C’est à suivre attentivement, cette montée toute ordinaire de la vraie de vraie Chine. La subreptice mise en place de l’Amérique post-impériale nage sinueusement, entre autres, dans le détroit de Taiwan… Oh, oh, je le redis. L’impérialisme américain a sauté par-dessus son requin en mer de Chine, et partout ailleurs. TO JUMP THE SHARK (sauter par-dessus le requin), cela fait référence au feuilleton HAPPY DAYS. Comme tous les feuilletons populaires de l’Amérique impériale, HAPPY DAYS s’amplifie, se magnifie, s’hypertrophie, en rajoute. Puis un beau jour de 1977, dans une scène restée iconique, on nous présente justement Fonzie (un des persos les plus populaires du feuilleton) sautant par-dessus un requin en skis nautiques. Fracture, perte subite de magie, yeux qui se dessillent. Là HAPPY DAYS a charrié trop loin et le saut de Fonzie au dessus du requin marque le moment où ce feuilleton, jadis plaisant, crédible et valide, bascule dans la pantalonnade, le ridicule, le grotesque, l’inepte, l‘incohérent. Et c’est le déclin irréversible dont la borne initiale est à jamais marquée par Fonzie sautant par dessus le requin en skis nautiques. Sauter par dessus le requin est aujourd’hui une expression idiomatique américaine encapsulant: «Charrier trop loin, dépasser les bornes du tolérable et entrer en déclin». L’impérialisme américain a sauté par-dessus son requin et c’est la civilisation américaine qui se prend tout le discrédit dans la gueule.

Traduction: «J’ai vu Fonzie sauter par-dessus le requin». Interprétation symbolique: j’ai vu le spectacle impérial US en faire autant…

Aussi, justement, conséquemment, de plus en plus, on va devoir observer l’Amérique avec d’autres lentilles. On va devoir l’appréhender non plus dans sa généralité impériale si flatulente mais bel et bien dans sa spécificité civilisationnelle si truculente. Cela nous obligera, par exemple, à observer mille particularités et curiosités, dont la suivante. L’impérialisme US, bouteur ne faisant habituellement pas dans la dentelle, s’est planté lamentablement dans l’exportation internationale d’un de ses objets culturels pourtant majeurs: ses sports. Le baseball, le football américain, le hockey sur glace, même le basketball, immenses pour les ricains, le reste de la planète s’en tape totalement ou quasi-totalement. Et le foot/soccer, qui est désormais LE sport universel, les ricains y perdent leur latin et s’y mettent tardivement et sans joie réelle. C’est quand même curieux, ça, quand on y songe une minute. Non-impérial en diable aussi, pour faire un peu changement. De fait, une part significative de la spécificité intellectuelle (notez ce mot) américaine se canalise dans ses sports. C’est que ceux-ci sont un trait tellement typiquement US… bien plus que la musique, la littérature et le reste. Le sportif américain est voué à sa non-universalité, ce qui place sa spécificité (folklorique et philosophique inclusivement) en un singulier et saisissant relief. Et j’en veux pour preuve ultime, le remarquable opus suivant: Yogi BERRA, The Yogi Book – I really didn’t say everything I said, Workman Publishing, New York, 1998, 127 p. La civilisation américaine non-impériale est là (entre autres) et nous attend, biscornue, sapientale et clownesque.

Peter Lawrence Berra dit Yogi Berra (1925-2015) fut receveur pour les mythiques Yankees de New York de 1946 à 1963. Il fut un de ces innombrables joueurs en pyjama rayé qui hantent le panthéon des figures incroyables du baseball majeur (il portait le numéro 8, retiré depuis, et, fait crucial, le personnage de dessin animé Yogi Bear fut nommé d’après lui, pas le contraire). Un mot brièvement sur sa fiche. Frappeur, Yogi Berra tint une moyenne au bâton très honorable de .285. Pour obtenir ce chiffre, au fait, vous divisez simplement le nombre de coups de bâtons fructueux par le nombre de présences au marbre. Si un joueur se présente au marbre 20 fois et frappe la balle correctement huit fois (8/20 soit 40%), il se retrouve avec une moyenne au bâton de .400 et… finit catapulté au Temple de la Renommée s’il tient cela en carrière (le monstrueux Babe Ruth, le titan des titans du baseball majeur tint une moyenne globale de .342). De plus, Yogi Berra cogna 359 coups de circuits en carrière (Babe Ruth en cogna 714). Encore une fois: honorable. En défensive, Yogi Berra fut un receveur talentueux qui, entre autres exploits, fut justement le receveur de la fameuse partie parfaite lancée par Don Larsen lors de la Série Mondiale de 1956 contre les Dodgers de Brooklyn. On aura compris qu’une partie parfaite se réalise quand, oh merveille, aucun des 27 frappeurs (3 par manche de jeu avec 9 manches dans une partie) de l’équipe adverse n’arrive à frapper la balle que vous lancez/recevez. Berra fut intronisé au Temple de la Renommée du Baseball Majeur en 1972. Après une carrière de gérant moins fructueuse s’étalant cahin-caha jusqu’en 1989, Yogi Berra prit une retraite paisible et l’affaire aurait pu en rester là, avec un mérite sportif aussi parfaitement incontestable que solidement circonscrit au petit monde des grands stades.

Yogi Berra, receveur de baseball et… réceptacle philosophique

Mais non, cet homme peu instruit, jovial, simple et spontané, allait devenir, presque sans s’en rendre compte et quasiment malgré lui, l’un des héros populaires les plus bizarres et les plus originaux de l’Amérique du 20ième siècle. Et qui plus est un héros intellectuel… En effet, Yogi Berra est à l’origine d’une série d’environ 70 aphorismes populaires (les fameux Yogismes, tous colligés dans le petit ouvrage que je vous mentionne ici) qui font de lui l’un des penseurs (absolument sans ironie) les plus cités par ses compatriotes. Son ami et ancien confrère avec les Yankees Joe Garagiola nous dit ceci, sur cette figure tellement, mais tellement éminement et fondamentalement américaine, dans la préface de l’ouvrage (je traduis – P.L.):

On peut bien rire et se prendre la tête quand Yogi dit quelque chose de curieux comme «Tant que c’est pas fini, c’est pas fini», mais vite on se rend compte que ce qu’il dit est tout à fait cohérent. Et on en vient à utiliser ses paroles nous-mêmes car, finalement, elles s’avèrent un mode d’expression parfaitement adéquat pour les idées spécifiques auxquelles nous pensons.

De fait, la clef du mystère des Yogismes, c’est la logique toute simple de Yogi. Il emprunte peut-être une route distincte de celle que nous emprunterions pour raisonner, mais sa route est la plus rapide et la plus vraie des routes. Ce que vous diriez en un paragraphe. Il le dit, lui, en une seule phrase.
(p. 5)

La transmission populaire des aphorismes de Yogi Berra, via un colportage oral et médiatique s’étalant sur plus d’un demi-siècle, avait, avant la publication de ce petit ouvrage définitif, connu un certain nombre de brouillages et de distorsions regrettables. On imputait à Yogi Berra toutes sortes de citations farfelues, peu cohérentes, souvent excessivement ridicules et clownesques, d’où le sous-titre de l’ouvrage: J’ai pas vraiment dit tout ce que j’ai dit (pour dire: je n’ai pas vraiment dit tout ce qu’on m’impute – mais le fait est que je reste quand même présent aux aphorismes qu’on m’impute et que je n’ai pas textuellement dit – Ouf, Joe Garagiola a raison, la formule de Yogi surprend, mais elle est bien plus rapide). Un petit nombre des aphorismes de Yogi Berra sont intraduisibles parce qu’ils jouent sur des effets de sens spécifiques à la langue anglaise. Mais la majorité d’entre eux se transpose parfaitement en français (ou dans toute autre langue), ce qui garantit sans conteste leur impact de sagesse. Citons-en six, sublimes :

Quand vous arrivez à une croisée des chemins, eh bien, prenez la
(p. 48)

Si le monde était parfait, il ne serait pas
(p. 52)

Si vous ne pouvez l’imiter, évitez donc de le copier
(p. 63)

On arrive à observer énormément simplement en regardant
(p. 95)

L’avenir n’est plus ce qu’il était
(pp. 118-119)

Tant que c’est pas fini, c’est pas fini
(p. 121)

Chacun des quelques 70 aphorismes est cité dans sa formulation propre et replacé dans le contexte verbal qui fut celui de son émergence spontanée initiale. L’ouvrage remarquable que je vous recommande ici se complète de la préface de Joe Garagiola (pp 4-5), d’une introduction très sympathique écrite par les trois fils Berra (pp 6-7), de photos et de commentaires d’amis et d’anciens collègues de ce surprenant philosophe vernaculaire. Et, pour le pur plaisir, une grande photo de famille nous présente (pp 124-125) les enfants et les petits enfant du Sage, avec un aphorisme numéroté par personne. C’est ainsi que l’on apprend qu’une de ses petites filles du nom de Whitney aurait dit un jour:

Comment puis-je la retrouver si elle est perdue?
(p. 125)

Eh bien… la sagesse inouïe de Yogi Berra, elle, n’est plus perdue. Ce petit ouvrage délicieux la retrouve. Et, justement, oh que justement, c’est toute l’Amérique cogitante qui y percole. Ne cherchons plus ses philosophes, ils sont à se courailler, en ricanant comme des sagouins et en pensant à leur manière, autour de tous les losanges de baseball, connus et méconnus, de ce continent incroyable… Alors? Alors, quand leurs grandes bourgeoisies criminelles et véreuses auront fini de tuer des gens inutilement pour engraisser leurs consortiums de pétrole et d’armes, les modestes représentants de la civilisation américaine ne vont pas se pulvériser. On saura bien les retrouver, pimpants, sagaces, toniques, naturels, contemplativement braqués sur le Field of dreams, apaisé et post-impérial, vers lequel, comme les Britanniques, comme les Français avant eux, NOS Américains se dirigent inexorablement. L’apophtegme Les USA peuvent ENCORE faire de grandes choses (Barack Obama dixit), affirmé ici sur les questions intérieures, rejoint le plus souffreteux Les USA peuvent ENCORE indiquer la voie (Barack Obama toujours dixit), affirmé par le premier président américain du 21ième siècle, dans plusieurs rencontres internationales. C’est comme ma vieille maman, hein, elle peut ENCORE s’alimenter seule… Sentez-vous la conscience post-hégémonique exprimée par ce tout petit ENCORE? J’approuve ET le déclin impérial ET la continuité civilisationnelle que formule ce Sweet Encore… Le président Obama manifeste d’ailleurs un autre exemple vraiment patent de cette dualité du déclin bourgeois et de la continuité de masse de sa civilisation, quand il affirme qu’il veut se remettre à taxer les millionnaires, milliardaires et autres proriétaires d’avions à réaction privés. En effet, ce faisant, Obama prive ouvertement ses commettants de la doctrine économique sous-tendant ce nouveau type de choix politiques. Il subjectivise l’analyse en mettant un focus excessif sur les milliardaires, les Lex Luthor, les propiétaires d’avions à réaction privés, les individus riches (qu’on rabroue). Or, dans le mouvement, Obama nous annonce aussi qu’il va priver TOUTE l’industrie pétrolière de la pause fiscale de l’ère Bush/Chevron. Cela signifie que cette administration ne croit plus que ce segment industriel majeur utilise ses profits colossaux pour réinvestir productivement (la fonction habituelle d’une pause fiscale). Flagornage populiste à part, c’est toute une analyse critique du capitalisme industriel privé qui se profile ici. Ah, Obama fait explicitement l’annonce de la fin des niches fiscales du secteur pétrolier mais, adroit orateur, il la noie dans le rabrouage des Lex Luthor, en gardant ses conséquences profondes encore bien cachées. Je vous le dis, grands et petits, les indices de ce genre se multiplient. C’est que la civilisation américaine ne s’avoue tout simplement pas encore à elle-même qu’elle oeuvre ouvertement à la dissolution de son impérialisme. Et c’est aussi que, ben, que voulez-vous… l’avenir n’est plus ce qu’il était (Yogi Berra).

Yogi BERRA, The Yogi Book – I really didn’t say everything I said, Workman Publishing, New York, 1998, 127 p.

La position de l’Allemagne dans le nouvel ordre mondial étasunien

Par : Wayan

Par Michael Hudson – Le 2 novembre 2022 – Source The  Saker’s Blog

L’Allemagne est devenue un satellite économique de la nouvelle guerre froide entre les États-Unis et la Russie, la Chine et le reste de l’Eurasie. L’Allemagne et d’autres pays de l’OTAN ont été invités à s’imposer des sanctions commerciales et d’investissement, sanctions qui survivront à la guerre par procuration menée aujourd’hui en Ukraine. Le président américain Biden et les porte-parole de son département d’État ont expliqué que l’Ukraine n’est qu’une première étape dans une dynamique beaucoup plus large qui divise le monde en deux ensembles opposés d’alliances économiques. Cette fracture mondiale promet d’être une lutte durant dix ou vingt ans pour déterminer si l’économie mondiale sera une économie unipolaire dollarisée centrée sur les États-Unis, ou un monde multipolaire et multidevise centré sur le cœur de l’Eurasie avec des économies mixtes publiques/privées.

Le président Biden caractérise cela comme une division entre les démocraties et autocraties. Cette terminologie est un double langage typiquement orwellien. Par « démocraties« , il entend les États-Unis et les oligarchies financières occidentales alliées. Leur objectif est de retirer la planification économique des mains des gouvernements élus pour la confier à Wall Street et à d’autres centres financiers sous contrôle américain. Les diplomates américains utilisent le Fonds monétaire international et la Banque mondiale pour exiger la privatisation de l’infrastructure mondiale et la dépendance à l’égard de la technologie, du pétrole et des exportations alimentaires des États-Unis.

Par « autocratie« , Biden entend les pays qui résistent à cette prise de contrôle par la financiarisation et la privatisation. Dans la pratique, la rhétorique américaine consiste à promouvoir sa propre croissance économique et son propre niveau de vie, en maintenant la finance et la banque comme des services publics. Il s’agit essentiellement de savoir si les économies seront planifiées par les centres bancaires pour créer de la richesse financière – en privatisant les infrastructures de base, les services publics et les services sociaux tels que les soins de santé pour en faire des monopoles – ou si elles augmenteront le niveau de vie et la prospérité en maintenant la banque et la création monétaire, la santé publique, l’éducation, les transports et les communications entre les mains du public.

Le pays qui subit le plus de « dommages collatéraux » dans cette fracture mondiale est l’Allemagne. En tant qu’économie industrielle la plus avancée d’Europe, l’acier, les produits chimiques, les machines, les automobiles et autres biens de consommation allemands sont les plus fortement dépendants des importations de gaz, de pétrole et de métaux russes, de l’aluminium au titane et au palladium. Pourtant, malgré les deux gazoducs Nord Stream construits pour fournir à l’Allemagne de l’énergie à bas prix, l’Allemagne a été invitée à se couper du gaz russe et à se désindustrialiser. Cela signifie la fin de sa prééminence économique. La clé de la croissance du PIB en Allemagne, comme dans d’autres pays, est la consommation d’énergie par travailleur.

Ces sanctions anti-russes rendent la nouvelle guerre froide d’aujourd’hui intrinsèquement anti-allemande. Le secrétaire d’État américain, Anthony Blinken, a déclaré que l’Allemagne devrait remplacer le gaz russe livré à bas prix par gazoduc par du gaz américain GNL à prix élevé. Pour importer ce gaz, l’Allemagne devra dépenser rapidement plus de 5 milliards de dollars pour construire des capacités portuaires permettant de traiter les méthaniers. L’effet sera de rendre l’industrie allemande non compétitive. Les faillites se multiplieront, l’emploi diminuera, et les dirigeants allemands pro-OTAN imposeront une dépression chronique et une baisse du niveau de vie.

La plupart des théories politiques supposent que les nations agissent dans leur propre intérêt. Sinon, ce sont des pays satellites, qui ne sont pas maîtres de leur destin. L’Allemagne subordonne son industrie et son niveau de vie aux diktats de la diplomatie américaine et à l’intérêt personnel du secteur pétrolier et gazier américain. Elle le fait volontairement – non pas à cause de la force militaire, mais par conviction idéologique que l’économie mondiale doit être dirigée par les planificateurs américains de la guerre froide.

Il est parfois plus facile de comprendre une dynamique en cours en s’éloignant de sa propre situation immédiate pour examiner des exemples historiques ressemblant au type de diplomatie politique que l’on voit diviser le monde d’aujourd’hui. Le parallèle le plus proche que je puisse trouver est la lutte, au temps de l’Europe médiévale, entre la papauté romaine et les rois allemands – les empereurs romains germaniques – au 13e siècle. Ce conflit a divisé l’Europe selon des lignes très semblables à celles d’aujourd’hui. Une série de papes ont excommunié Frédéric II et d’autres rois allemands et ont mobilisé des alliés pour lutter contre l’Allemagne et son contrôle de l’Italie du Sud et de la Sicile.

L’antagonisme entre l’Occident et l’Orient a été suscité par les croisades (1095-1291), tout comme la guerre froide actuelle est une croisade contre les économies qui menacent la domination des États-Unis sur le monde. La guerre médiévale contre l’Allemagne avait pour but de déterminer qui devait contrôler l’Europe chrétienne : la papauté, les papes devenant des empereurs mondains, ou les dirigeants laïques de royaumes individuels en revendiquant le pouvoir de les légitimer et de les accepter moralement.

L’analogue de l’Europe médiévale à la nouvelle guerre froide de l’Amérique contre la Chine et la Russie fut le Grand Schisme de 1054. Exigeant un contrôle unipolaire sur la chrétienté, Léon IX excommunia l’Église orthodoxe centrée à Constantinople et toute la population chrétienne qui en faisait partie. Un seul évêché, Rome, s’est coupé de l’ensemble du monde chrétien de l’époque, y compris des anciens patriarcats d’Alexandrie, d’Antioche, de Constantinople et de Jérusalem.

Cette rupture a créé un problème politique pour la diplomatie romaine : Comment maintenir tous les royaumes d’Europe occidentale sous son contrôle et revendiquer le droit à des subventions financières de leur part. Cet objectif nécessitait de subordonner les rois séculiers à l’autorité religieuse papale. En 1074, Grégoire VII, Hildebrand, annonça 27 diktats papaux décrivant la stratégie administrative permettant à Rome de verrouiller son pouvoir sur l’Europe.

Ces exigences papales présentent un parallèle frappant avec la diplomatie américaine d’aujourd’hui. Dans les deux cas, les intérêts militaires et mondiaux nécessitent une sublimation sous la forme d’un esprit de croisade idéologique pour cimenter le sentiment de solidarité que requiert tout système de domination impériale. La logique est intemporelle et universelle.

Les diktats papaux étaient radicaux à deux égards. Tout d’abord, ils élevaient l’évêque de Rome au-dessus de tous les autres évêchés, créant ainsi la papauté moderne. La clause 3 stipulait que seul le pape avait le pouvoir d’investiture pour nommer des évêques, les déposer ou les réintégrer. Renforçant ce principe, la clause 25 donnait le droit de nommer (ou de déposer) les évêques au pape, et non aux souverains locaux. Et la clause 12 donnait au pape le droit de déposer les empereurs, à la suite de la clause 9, obligeant « tous les princes à baiser les pieds du pape seul » afin d’être considérés comme des souverains légitimes.

De même, aujourd’hui, les diplomates américains revendiquent le droit de désigner qui doit être reconnu comme le chef d’État d’une nation. En 1953, ils ont renversé le dirigeant élu de l’Iran et l’ont remplacé par la dictature militaire du Shah. Ce principe donne aux diplomates américains le droit de parrainer des « révolutions de couleur » pour un changement de régime, comme leur parrainage des dictatures militaires latino-américaines créant des oligarchies clientes pour servir les intérêts commerciaux et financiers des États-Unis. Le coup d’État de 2014 en Ukraine n’est que le dernier exercice de ce droit américain de nommer et de déposer des dirigeants.

Plus récemment, les diplomates américains ont nommé Juan Guaidó comme chef d’État du Venezuela à la place de son président élu, et lui ont remis les réserves d’or de ce pays. Le président Biden a insisté pour que la Russie renvoie Poutine et mette à sa place un dirigeant plus pro-américain. Ce « droit » de choisir les chefs d’État est une constante de la politique des États-Unis dans leur longue histoire d’ingérence politique dans les affaires politiques européennes depuis la Seconde Guerre mondiale.

La deuxième caractéristique radicale de ces diktats du pape était l’exclusion de toute idéologie et politique qui divergerait de l’autorité papale. La clause 2 stipulait que seul le pape pouvait être qualifié d' »universel« . Tout désaccord était, par définition, hérétique. La clause 17 stipule qu’aucun chapitre ou livre ne peut être considéré comme canonique sans l’autorité papale.

Une demande similaire est faite par l’idéologie américaine actuelle des « marchés libres » financiarisés et privatisés, ce qui signifie la dérégulation du pouvoir gouvernemental pour façonner les économies dans des intérêts autres que ceux des élites financières et corporatives centrées sur les États-Unis.

La demande d’universalité dans la nouvelle guerre froide d’aujourd’hui est dissimulée dans le langage de la « démocratie« . Mais la définition de la démocratie dans la nouvelle guerre froide d’aujourd’hui est simplement « pro-États-Unis« , et plus précisément la privatisation néolibérale en tant que nouvelle religion économique parrainée par les États-Unis. Cette éthique est considérée comme une « science« , comme dans le quasi prix Nobel des sciences économiques. C’est l’euphémisme moderne pour l’économie néolibérale de l’école de Chicago, les programmes d’austérité du FMI et le favoritisme fiscal pour les riches.

Ces diktats du pape ont défini une stratégie pour verrouiller le contrôle unipolaire sur les royaumes séculiers. Ils affirmaient la préséance du pape sur les rois du monde, en particulier sur les empereurs romains germaniques. La clause 26 donne aux papes le pouvoir d’excommunier quiconque n’est « pas en paix avec l’Église romaine« . Ce principe impliquait la clause conclusive 27, permettant au pape d' »absoudre les sujets de leur fidélité à des hommes méchants« . Cela encourageait la version médiévale des « révolutions de couleur » pour provoquer un changement de régime.

Ce qui unissait les pays dans cette solidarité était l’antagonisme envers les sociétés non soumises au contrôle papal centralisé – les infidèles musulmans qui tenaient Jérusalem, mais aussi les cathares français et toute autre personne considérée comme hérétique. Par-dessus tout, il y avait une hostilité envers les régions suffisamment fortes pour résister aux demandes papales de tribut financier.

Aujourd’hui, l’équivalent d’un tel pouvoir idéologique d’excommunier les hérétiques qui résistent aux demandes d’obéissance et de tribut serait l’Organisation mondiale du commerce, la Banque mondiale et le FMI, qui dictent les pratiques économiques et fixent les « conditions » que tous les gouvernements membres doivent suivre, sous peine de sanctions américaines – la version moderne de l’excommunication des pays qui n’acceptent pas la suzeraineté des États-Unis. La clause 19 des diktats stipulait que le pape ne pouvait être jugé par personne – tout comme aujourd’hui, les États-Unis refusent de soumettre leurs actions aux jugements de la Cour mondiale. De même, aujourd’hui, les diktats des États-Unis via l’OTAN et d’autres organismes (tels que le FMI et la Banque mondiale) sont censés être suivis par leurs satellites sans poser de questions. Comme Margaret Thatcher l’a dit à propos de sa privatisation néolibérale qui a détruit le secteur public britannique, There Is No Alternative (TINA).

Mon propos est de souligner l’analogie avec les sanctions que les États-Unis imposent aujourd’hui à tous les pays qui ne suivent pas leurs propres exigences diplomatiques. Les sanctions commerciales sont une forme d’excommunication. Elles inversent le principe du traité de Westphalie de 1648 qui rendait chaque pays et ses dirigeants indépendants de toute ingérence étrangère. Le président Biden caractérise l’ingérence américaine comme assurant sa nouvelle division du monde entre « démocraties » et « autocraties« . Par démocratie, il entend une oligarchie cliente sous contrôle américain, créant des richesses financières en réduisant le niveau de vie de la main-d’œuvre, par opposition à des économies mixtes publiques/privées visant à promouvoir le niveau de vie et la solidarité sociale.

Comme je l’ai mentionné, en excommuniant l’Église orthodoxe centrée à Constantinople et sa population chrétienne, le Grand Schisme a créé la fatidique ligne de démarcation religieuse qui sépare « l’Occident » de l’Orient depuis le dernier millénaire. Cette division était si importante que Vladimir Poutine l’a citée dans son discours du 30 septembre 2022 pour décrire la rupture actuelle avec les économies occidentales centrées sur les États-Unis et l’OTAN.

Aux 12e et 13e siècles, les conquérants normands de l’Angleterre, de la France et d’autres pays, ainsi que les rois allemands, ont protesté à plusieurs reprises, ont été excommuniés à plusieurs reprises, mais ont finalement succombé aux exigences papales. Il a fallu attendre le 16e siècle pour que Martin Luther, Zwingli et Henri VIII créent enfin une alternative protestante à Rome, rendant ainsi la chrétienté occidentale multipolaire.

Pourquoi cela a-t-il été si long ? La réponse est que les croisades ont fourni une gravité idéologique organisatrice. C’était l’analogie médiévale avec la nouvelle guerre froide d’aujourd’hui entre l’Est et l’Ouest. Les croisades ont créé un foyer spirituel de « réforme morale » en mobilisant la haine contre « l’autre » – l’Orient musulman, et de plus en plus les Juifs et les chrétiens européens dissidents du contrôle romain. C’était l’analogie médiévale avec les doctrines néolibérales actuelles du « libre marché » de l’oligarchie financière américaine et son hostilité envers la Chine, la Russie et d’autres nations qui ne suivent pas cette idéologie. Dans la nouvelle guerre froide actuelle, l’idéologie néolibérale de l’Occident mobilise la peur et la haine de « l’autre« , diabolisant les nations qui suivent une voie indépendante en les traitant de « régimes autocratiques« . Le racisme pur et simple est encouragé à l’égard de peuples entiers, comme le montrent la russophobie et la « Cancel Culture » qui sévissent actuellement en Occident.

Tout comme la transition multipolaire de la chrétienté occidentale a nécessité l’alternative protestante du 16e siècle, la rupture entre le cœur de l’Eurasie et l’Occident de l’OTAN centré sur les banques doit être consolidée par une idéologie alternative concernant la manière d’organiser des économies mixtes publiques/privées et leur infrastructure financière.

Les églises médiévales de l’Occident ont été vidées de leurs aumônes et de leurs dotations pour contribuer au Denier de Pierre et à d’autres subventions à la papauté pour les guerres qu’elle menait contre les souverains qui résistaient aux exigences papales. L’Angleterre a joué le rôle de grande victime que l’Allemagne joue aujourd’hui. D’énormes impôts anglais, prélevés ostensiblement pour financer les croisades, ont été détournés pour combattre Frédéric II, Conrad et Manfred en Sicile. Ce détournement a été financé par des banquiers papaux du nord de l’Italie (Lombards et Cahorsins), et s’est transformé en dettes royales transmises à l’ensemble de l’économie. Les barons d’Angleterre ont mené une guerre civile contre Henri II dans les années 1260, mettant fin à sa complicité dans le sacrifice de l’économie aux exigences papales.

Ce qui a mis fin au pouvoir de la papauté sur les autres pays, c’est la fin de sa guerre contre l’Orient. Lorsque les croisés ont perdu Acre, la capitale de Jérusalem, en 1291, la papauté a perdu son contrôle sur la chrétienté. Il n’y avait plus de « mal » à combattre, et le « bien » avait perdu son centre de gravité et sa cohérence. En 1307, le Français Philippe IV (« le Bel ») s’empare de la richesse du grand ordre bancaire militaire de l’Église, celle des Templiers du Temple de Paris. D’autres souverains nationalisent également les Templiers, et les systèmes monétaires sont retirés des mains de l’Église. Sans un ennemi commun défini et mobilisé par Rome, la papauté avait perdu son pouvoir idéologique unipolaire sur l’Europe occidentale.

L’équivalent moderne du rejet des Templiers et de la finance papale serait que les pays se retirent du système financier étasunien, en rejetant l’étalon dollar et le système bancaire et financier américain. C’est ce qui est en train de se produire, car de plus en plus de pays considèrent la Russie et la Chine non pas comme des adversaires, mais comme présentant de grandes opportunités d’avantages économiques mutuels.

La promesse brisée d’un gain mutuel entre l’Allemagne et la Russie

La dissolution de l’Union soviétique en 1991 promettait la fin de la guerre froide. Le Pacte de Varsovie a été dissous, l’Allemagne a été réunifiée et les diplomates américains ont promis la fin de l’OTAN, car la menace militaire soviétique n’existait plus. Les dirigeants russes se sont laissés aller à l’espoir que, comme l’a exprimé le président Poutine, une nouvelle économie paneuropéenne serait créée de Lisbonne à Vladivostok. L’Allemagne, en particulier, devait prendre l’initiative d’investir en Russie et de restructurer son industrie selon des principes plus efficaces. La Russie paierait ce transfert de technologie en fournissant du gaz et du pétrole, ainsi que du nickel, de l’aluminium, du titane et du palladium.

Il n’était pas prévu que l’OTAN soit élargie au point de menacer une nouvelle guerre froide, et encore moins qu’elle soutienne l’Ukraine, reconnue comme la kleptocratie la plus corrompue d’Europe, pour qu’elle soit dirigée par des partis extrémistes s’identifiant aux insignes nazis allemands.

Comment expliquer que le potentiel apparemment logique de gain mutuel entre l’Europe occidentale et les anciennes économies soviétiques se soit transformé en un parrainage de kleptocraties oligarchiques. La destruction du gazoduc Nord Stream résume cette dynamique en un mot. Pendant près d’une décennie, les États-Unis ont constamment demandé à l’Allemagne de ne plus dépendre de l’énergie russe. Ces demandes ont été combattues par Gerhardt Schroeder, Angela Merkel et les chefs d’entreprise allemands. Ils ont souligné l’évidente logique économique d’un échange mutuel de produits manufacturés allemands contre des matières premières russes.

Le problème des États-Unis était de savoir comment empêcher l’Allemagne d’approuver le gazoduc Nord Stream 2. Victoria Nuland, le président Biden et d’autres diplomates américains ont démontré que le moyen d’y parvenir était d’inciter à la haine de la Russie. La nouvelle guerre froide a été présentée comme une nouvelle croisade. C’est ainsi que George W. Bush avait décrit l’attaque américaine contre l’Irak pour s’emparer de ses puits de pétrole. Le coup d’État de 2014 parrainé par les États-Unis a créé un régime ukrainien fantoche qui a passé huit ans à bombarder les provinces russophones de l’Est. L’OTAN a donc incité une réponse militaire russe. La provocation a réussi, et la réponse russe souhaitée a été dûment qualifiée d’atrocité non provoquée. Sa protection des civils a été décrite dans les médias parrainés par l’OTAN comme étant si offensante qu’elle méritait les sanctions commerciales et d’investissement qui ont été imposées depuis février. Voilà ce que signifie une croisade.

Le résultat est que le monde se divise en deux camps : l’OTAN centrée sur les États-Unis et la coalition eurasienne émergente. L’un des effets secondaires de cette dynamique a été de laisser l’Allemagne dans l’incapacité de poursuivre la politique économique de relations commerciales et d’investissement mutuellement avantageuses avec la Russie (et peut-être aussi avec la Chine). Le chancelier allemand, Olaf Sholz, se rend en Chine cette semaine pour exiger que celle-ci démantèle son secteur public et cesse de subventionner son économie, faute de quoi l’Allemagne et l’Europe imposeront des sanctions commerciales contre la Chine. Il n’y a aucune chance que la Chine puisse répondre à cette demande ridicule, pas plus que les États-Unis ou toute autre économie industrielle ne cessent de subventionner leur propre secteur des puces électroniques et d’autres secteurs clés 1. Le Conseil allemand des relations étrangères est un bras néolibéral de l’OTAN qui exige la désindustrialisation de l’Allemagne et sa dépendance vis-à-vis des États-Unis pour son commerce, en excluant la Chine, la Russie et leurs alliés. Cela promet d’être le dernier clou du cercueil économique de l’Allemagne.

Un autre sous-produit de la nouvelle guerre froide américaine a été de mettre fin à tout plan international visant à endiguer le réchauffement de la planète. L’une des clés de voûte de la diplomatie économique américaine est que ses compagnies pétrolières et celles de ses alliés de l’OTAN contrôlent l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz – c’est-à-dire qu’elles réduisent la dépendance aux carburants à base de carbone. C’est le but de la guerre de l’OTAN en Irak, en Libye, en Syrie, en Afghanistan et en Ukraine. Ce n’est pas aussi abstrait que « Démocraties contre Autocraties« . Il s’agit de la capacité des États-Unis à nuire à d’autres pays en perturbant leur accès à l’énergie et à d’autres besoins fondamentaux.

Sans le récit du « bien contre le mal » de la nouvelle guerre froide, les sanctions américaines perdront leur raison d’être dans cette attaque américaine contre la protection de l’environnement, et contre le commerce mutuel entre l’Europe occidentale et la Russie et la Chine. C’est dans ce contexte que s’inscrit le combat d’aujourd’hui en Ukraine, qui ne doit être que la première étape d’une lutte durant 20 ans que les États-Unis prévoient de mener pour empêcher le monde de devenir multipolaire. Ce processus enfermera l’Allemagne et l’Europe dans la dépendance des approvisionnements américains en GNL.

L’astuce consiste à essayer de convaincre l’Allemagne qu’elle est dépendante des États-Unis pour sa sécurité militaire. Ce dont l’Allemagne a vraiment besoin d’être protégée, c’est de la guerre des États-Unis contre la Chine et la Russie qui marginalise et « ukrainise » l’Europe.

Aucun appel n’a été lancé par les gouvernements occidentaux pour une fin négociée de cette guerre, car aucune guerre n’a été déclarée en Ukraine. Les États-Unis ne déclarent la guerre nulle part, car cela nécessiterait une déclaration du Congrès en vertu de la Constitution américaine. Alors les armées des États-Unis et de l’OTAN bombardent, organisent des révolutions de couleur, s’ingèrent dans la politique intérieure (rendant obsolètes les accords de Westphalie de 1648) et imposent les sanctions qui déchirent l’Allemagne et ses voisins européens.

Comment des négociations peuvent-elles « mettre fin » à une guerre qui n’a jamais été déclarée et qui est une stratégie à long terme de domination unipolaire totale du monde ?

La réponse est qu’il ne peut y avoir de fin tant qu’une alternative à l’ensemble actuel d’institutions internationales centrées sur les États-Unis n’a pas été mise en place. Cela nécessite la création de nouvelles institutions reflétant une alternative à la vision néolibérale centrée sur les banques, selon laquelle les économies doivent être privatisées avec une planification centrale par les centres financiers. Rosa Luxemburg a caractérisé ce choix comme étant entre le socialisme et la barbarie. J’ai esquissé la dynamique politique d’une alternative dans mon récent livre, The Destiny of Civilization.

Michael Hudson

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

  1. Voir Guntram Wolff, « Sholz devrait transmettre un message explicite pendant sa visite à Pékin », Financial Times, 31 octobre 2022. Wolff est le directeur et CE du Conseil allemand des relations étrangères.

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