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Réfugiés militarisés et attaques hybrides

Par : hervek

Par Binoy Kampmark − Le 07/09/2021 − Source Oriental Review

Réfugiés afghans coincés entre la Pologne et le Belarus

Les réfugiés et les demandeurs d’asile constituent un riche vivier pour les démagogues et les opportunistes politiques. L’approche australienne politise leur détresse en affirmant qu’ils sont illégitimes selon la façon dont ils arrivent, à savoir par bateau. Le vingtième anniversaire de la tentative du MV Tampa d’accoster à l’île Christmas avec plus de 400 de ces individus a inauguré un régime particulièrement vicieux. Intercepté par les forces spéciales australiennes, les SAS, en août 2001, cela a offert au gouvernement Howard une occasion incroyablement cruelle de récolter des voix. Et ce gouvernement les a récoltés avec enthousiasme.

Plusieurs pays européens ont également adopté une approche similaire : les arrivées navales en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique doivent être contenues, détenues et, de préférence, traitées dans des pays tiers par le biais d’une série d’accords. Le thème commun à tous ces accords est la fermeté des contrôles aux frontières et la dissuasion.

Le Belarus a ajouté une autre option à l’arsenal d’utilisation et d’abus des réfugiés. Le pays, sous la direction d’Alexandre Loukachenko, a mis au point un plan bâclé pour harceler les pays sympathisants de ses opposants et responsables de l’imposition de sanctions à son régime : les submerger. Premièrement : inciter les réfugiés et les migrants d’un certain nombre de pays – Irak, Iran, Afghanistan, Syrie et Cameroun – à arriver avec des visas touristiques. Mobiliser ces personnes pour qu’elles franchissent les frontières polonaises, lituaniennes et lettones.

Des descriptions ont été proposées pour cette stratégie. Le ministre lituanien des affaires étrangères, Gabrielius Landsbergis, a considéré les actes de la part du Belarus comme une « opération de guerre hybride » qui menaçait, a-t-il affirmé avec un effet dramatique, « l’ensemble de l’Union européenne ». En juillet, il a déclaré à la Deutsche Welle que les réfugiés concernés étaient utilisés comme des « boucliers humains » et une sorte d’« arme hybride ». Le vice-ministre lituanien de l’Intérieur, Arnoldas Abramavičius, n’a pas apprécié que les gardes-frontières de son pays « agissent comme une sorte d’hôtel d’accueil pour les migrants pendant longtemps. Il fallait que cela cesse ».

Les États membres ont échangé leurs expériences sur la meilleure façon de faire face à la recrudescence de ces arrivées « Loukachenko ». Lors d’une réunion entre M. Landsbergis et son homologue grec Nikos Dendias en juin, une grande solidarité a été ressentie dans la discussion sur la manière de combattre une menace commune. Les droits de l’homme se sont avérés moins importants que l’intégrité territoriale et la défense européenne. Comme l’a déclaré le ministère lituanien des affaires étrangères, les deux ministres « ont souligné l’importance de la solidarité européenne et la nécessité de prêter attention aux processus dans le voisinage de l’UE, ainsi qu’être prêt à répondre aux menaces dangereuses qui émergent au voisinage de l’UE. »

Les gardes le long de la frontière lituanienne avaient, jusqu’en août, intercepté environ 4 100 réfugiés et demandeurs d’asile rien que cette année. L’année dernière, ce nombre n’était que de 81. Ces chiffres ont incité l’État balte à déclarer l’état d’urgence en juillet. Les ressources de Frontex, cet organisme peu transparent également connu sous le nom d’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, ont déployé du personnel à la hâte ce même mois pour aider à maintenir l’ordre à la frontière avec la Lituanie et la Lettonie.

Selon Frontex, le soutien initial comprendrait « la surveillance des frontières et d’autres fonctions de gestion des frontières ». L’opération commencera par le déploiement de 10 agents avec des voitures de patrouille, et leur nombre sera progressivement augmenté.

Le directeur exécutif de l’agence, Fabrice Leggeri, n’a pas tari d’éloges sur les prouesses de l’organisation aux allures militaires, suggérant une aide face à des barbares menaçants à la frontière de l’Europe. « Le déploiement rapide en soutien à la Lituanie et à la Lettonie met en évidence la valeur des troupes permanentes de Frontex, qui permet à l’agence de réagir rapidement à des défis inattendus, en apportant la solidarité européenne pour soutenir les États membres aux frontières extérieures. »

L’humanitarisme est la dernière chose à laquelle pense M. Leggeri lorsqu’il évoque le rôle des « gardes-frontières et patrouilleurs supplémentaires de Frontex », qui « travaillent côte à côte avec leurs collègues lettons et lituaniens » pour « protéger nos frontières extérieures » en faisant cause commune.

Au début du mois, la Pologne a rejoint la Lituanie avec une ferveur alarmiste, en déclarant l’état d’urgence. Cette mesure a eu pour effet de militariser inutilement la situation, tout en faisant appel au jingo intérieur. Il s’agit du premier ordre de ce type depuis l’époque communiste du pays, qui interdit les rassemblements de masse et limite les mouvements de la population dans une bande de 3 km le long de la frontière pendant 30 jours. Marta Anna Kurzyniec, habitante de la ville frontalière polonaise de Krynki, a décrit une atmosphère « généralement violente ». Il y avait « des militaires en uniforme et armés partout… cela me rappelle la guerre ».

À l’utilisation de troupes s’ajoutent des barrières inhospitalières telles que la construction d’une clôture en fil de fer rasoir de 508 km par les autorités lituaniennes. La première ministre lituanienne, Ingrida Simonyte, a estimé qu’il s’agissait d’un élément essentiel de la stratégie de son pays pour repousser les arrivées indésirables. « La barrière physique est vitale pour repousser cette attaque hybride, que le régime biélorusse entreprend contre la Lituanie. »

Des personnalités politiques telles que le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki et le Lituanien Landsbergis ont également encouragé la diffusion de messages sévères de désapprobation à ceux qui tentent d’entrer dans leur pays. « Nous devons informer les gens qu’on leur ment », s’est emporté Landsbergis. « On leur promet un passage facile vers l’Europe, une vie très libre en Europe. Ce n’est pas ce qui va se passer. » Morawiecki, bien que revendiquant une certaine sympathie pour « les migrants qui ont été dans une situation extrêmement difficile », a estimé qu’« il faut clairement dire qu’ils sont un instrument politique. »

La situation a également vu la Cour européenne des droits de l’homme faire une apparition bien nécessaire en demandant à la Pologne et à la Lettonie de « fournir à tous les requérants de la nourriture, de l’eau, des vêtements, des soins médicaux adéquats et, si possible, un abri temporaire ». La Cour a toutefois tenu à faire savoir « que cette mesure ne doit pas être comprise comme exigeant que la Pologne ou la Lettonie laissent les requérants entrer sur leur territoire. »

Le gouvernement polonais, quant à lui, insiste sur le fait que son cœur ne s’est pas endurci, et s’adonne à son propre jeu de dissimulation pour la presse. Comme l’a affirmé une porte-parole du ministère de l’intérieur, « ces personnes se trouvent du côté biélorusse de la frontière ».

La manipulation de ce trafic humain a créé son lot de réalités bestiales ignorant les principes fondamentaux de la Convention des Nations Unies sur les réfugiés et d’un assortiment d’instruments internationaux, dont la Convention de Genève. C’est notamment le cas d’un certain nombre de réfugiés afghans qui se retrouvent bloqués à Usnarz Gorny, à 55 km à l’est de Bialystok. « Ils sont les victimes du jeu politique entre les pays », a déclaré avec justesse Aleksandra Fertlinska, d’Amnesty International Pologne. « Mais ce qui est le plus important, c’est que la source de ce jeu politique n’a pas d’importance. Ce sont des réfugiés, et ils sont protégés par [la] Convention de Genève ; ce que nous devons faire, c’est les accepter. »

Un réfugié irakien du nom de Slemen, se trouvant dans les environs détrempés de Rūdninki, à quelque 38 kilomètres de la capitale lituanienne Vilnius, offre sa propre observation pertinente. « Ce n’est pas parce que nous sommes passés par la Biélorussie que nous sommes de mauvaises personnes », a-t-il expliqué à Der Spiegel. Mais lui, et ses compagnons de voyage, sont présentés comme mauvais par des États qui négligent la compassion du traitement des demandes au profit d’une politique instinctive mettant l’accent sur le déluge et la menace plutôt que sur le salut et l’espoir.

Binoy Kampmark

Note Saker Francophone
Il est assez étonnant de voir que la Biélorussie renvoie la monnaie de leur pièce à la Pologne et aux États Baltes après les déstabilisations récentes, et avec des techniques utilisées par les forces globalistes pour imposer le multiculturalisme en Occident.

Traduit par hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

À partir d’avant-hierVos flux RSS

[Résistance à l’oppression] Analyse des CONTRATS PUBLIC SCANDALEUX signés en notre nom (mais contre l’intérêt général, en secret, sans contrôle et sans recours) par la Commission européenne avec (seulement certains) des industriels du vaccin

Dans la série « Bonnes raisons de ne plus jamais faire confiance à des criminels endurcis », je vous signale cet entretien passionnant, encore une fois publié par France Soir (on dirait qu’il n’y a presque plus qu’eux pour faire le boulot de journaliste dans ce pays, pourtant en plein effondrement des libertés et de l’État de droit), sur les contrats léonins (contrats profondément déséquilibrés, imposés par des lions à leurs victimes) signés en notre nom (mais contre nous et en secret et hors de tout contrôle possible, sans aucun recours) par la Commission européenne avec (certains) des industriels des vaccins.

Je trouve cet entretien très important et je m’étonne qu’aucun de ceux qui se disent « journalistes » dans ce pays n’accepte d’enquêter sur ce scandale, ni même de seulement relayer cet entretien publié par France Soir.

Les agressions dont France Soir fait l’objet sont à la hauteur des services qu’il rend à l’intérêt général en résistant courageusement aux abus de pouvoir.

Étienne.


« Un contrat aussi favorable à l’industriel, cela me paraît anormal » Olivier Frot

Source : https://www.francesoir.fr/videos-les-debriefings/olivier-frot, publié le 10/09/2021


Olivier Frot

Debriefing avec Olivier Frot, diplômé de Saint-Cyr et docteur en droit. Cet entretien porte sur l’analyse des contrats des vaccins passés par l’Union européenne avec les fabricants.

Fort de son expérience dans la haute administration, expert en marchés publics, après une carrière militaire comme officier dans l’Armée de Terre où il passait des marchés nationaux pour l’armée française et des marchés internationaux dans le cadre de l’OTAN, Olivier Frot est également auteur de plusieurs ouvrages sur les marchés publics.

Après avoir fait le constat d’une avalanche de mensonges et d’informations tronquées, il décide de ne pas se fier aux études rapportées sur les contrats et d’aller à la source. Sur un site officiel de la Commission européenne, il trouve les différents contrats passés par la commission et décide de les examiner.

 
Dénonçant des contrats « caviardés », il explique que sur sept contrats, seuls deux sont en clair : le Pfizer-BioNtech et le Moderna. Pour tous les autres, il manque des éléments très importants comme les quantités, les prix, la propriété intellectuelle, la responsabilité. Ce qui est occulté est masqué par des bandes noires afin qu’on ne puisse pas lire.

Puis il se livre à une analyse détaillée dans laquelle il pointe toutes les anomalies, notamment des contrats passés de gré à gré avec les industriels choisis selon des critères que l’on ne connaît pas.

Revenant sur le caractère expérimental du vaccin qui est en phase 3, il rappelle une communication du 15 octobre 2020 qui recommande aux États membres de mettre en place des études indépendantes pour évaluer l’efficacité et l’innocuité de ces vaccins pour la période 2020-2022, une obligation qu’il juge pertinente et qu’il souhaiterait voir appliquée dans les faits.

Après avoir constaté l’opacité qui règne autour de ces questions, il regrette que l’on ait noyé les citoyens dans des informations inutiles qui sont des affirmations péremptoires ou des leçons de morale permanentes alors qu’il n’y a rien de concret et de sourcé. Il souhaiterait également avoir des explications détaillées sur des contrats totalement à l’avantage des industriels qui n’ont aucun risque juridique puisque la responsabilité des effets dommageables est transférée aux Etats membres et s’interroge sur l’existence éventuelle de conflits d’intérêts.

Olivier Frot questionne l’intérêt qu’il y a eu de passer par la Commission européenne en laissant de côté les États membres pour agir dans la stratégie de santé et souhaiterait un rapport d’audit d’une autorité indépendante pour l’évaluation de ces contrats et de la bonne performance. Enfin, devant des situations qu’il juge anormales, le juriste estime que le droit est le dernier rempart de la démocratie pour les citoyens.

Retrouvez sa conclusion dans son debriefing proposé en partenariat avec BonSens.org.

Auteur(s) : FranceSoir

Source : https://www.francesoir.fr/videos-les-debriefings/olivier-frot


Tweet correspondant à ce billet :

"Un contrat aussi favorable à l'industriel, cela me paraît anormal" Olivier Frothttps://t.co/Xr116veWpm

ITW passionnant et important (publié par @france_soir : je trouve incroyable que ceux qui se disent "journalistes" refusent d'enquêter là-dessus, et même de relayer cet ITW).

— Étienne Chouard (@Etienne_Chouard) September 16, 2021

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L’article [Résistance à l’oppression] Analyse des CONTRATS PUBLIC SCANDALEUX signés en notre nom (mais contre l’intérêt général, en secret, sans contrôle et sans recours) par la Commission européenne avec (seulement certains) des industriels du vaccin est apparu en premier sur Étienne Chouard - Blog du Plan C.

Macron prépare un «Blitzkrieg» pour la présidence française de l’UE

Par : Volti
Par Olivier Renault pour Observateur-Continental Le titre de «Blitzkrieg» est sorti du magazine français Le Point. Observateur Continental, intrigué par le choix de ce vocable nazi et liant une terminologie de guerre pour envahir un espace vital (Lebensraum), a décidé de jeter un œil plus proche sur cette guerre éclaire annoncée. Déjà au début de la pandémie, Emmanuel Macron avait lancé que […]

DONBASS – L’UKRAINE MÈNE UNE ATTAQUE TERRORISTE À L’AIDE DE DRONES ET ENDOMMAGE UN RÉSERVOIR DE CARBURANT À DONETSK

Par : Volti
Par Christelle Néant pour Donbass-Insider Le 11 septembre 2021, l’Ukraine a mené une nouvelle attaque terroriste dans le Donbass, en envoyant deux drones larguer des engins explosifs sur le territoire d’un dépôt de produits pétroliers à Donetsk, endommageant un réservoir de carburant. Sans l’action rapide des pompiers de la RPD (République Populaire de Donetsk), l’incendie qui s’est déclenché aurait pu […]

Rapport de situation hebdomadaire du Donbass (Vidéo) – 11 septembre 2021

Par : Volti
Par Christelle Néant pour Donbass-Insider Chaque semaine, nous vous proposons un rapport de situation (militaire, politique, économique et sociale) en vidéo et en français de la semaine écoulée concernant le Donbass, l’Ukraine, et la Russie. Cette semaine, le rapport de situation couvre principalement l’évolution de la situation militaire dans le Donbass et le bilan humain de la semaine suite aux […]

[Abus de pouvoir médical] Le cas d’Israël étudié par Pierre Chaillot (statisticien remarquable)

Chers amis,

Je travaille très attentivement toutes les analyses de Pierre Chaillot depuis presque un an (sur sa formidable chaine Décoder l’éco), et il me semble que sa réflexion — avec ses puissantes démonstrations — est la plus importante de toutes pour résister au coup d’État en cours : la maladie COVID-19, qui sert de fondement unique à toutes les décisions liberticides et catastrophiques sur terre, n’est pas plus grave que d’habitude, elle n’a entraîné nulle part de surmortalité significative. Nous constatons certes plus de morts en valeur absolue parce que nous sommes plus nombreux et parce que nous sommes plus vieux. Mais pas d’hécatombe extraordinaire : en valeurs relatives et par tranches d’âge, presque partout, la mortalité diminue ( !)… La panique dans les hôpitaux ne vient pas d’un virus x ou y mais de la dévastation (volontaire !) des services publics de santé depuis 60 ans, par les politique ultralibérales de ceux-là mêmes qui prétendent aujourd’hui « défendre le service public »…

Les démonstrations de Pierre n’ont jamais été correctement contredites par personne, alors qu’elles détruisent à elles seules tout le narratif terroriste gouvernemental et donc aussi le fondement pseudo-scientifique des décisions liberticides qui nous accablent. Nous devrions tous connaître ce travail de Pierre et l’intégrer dans nos propres analyses.

Ces recherches essentielles de presque un an se prolongent ici avec l’étude (hétérodoxe) du cas exemplaire d’Israël. Accrochez vos ceintures, ça remue.

Étienne.


Des chiffres et des faits : les leçons à tirer d’Israël

ANALYSE

Nous sommes en septembre 2021, cela fait plus de 18 mois que la France, comme beaucoup de pays, vit au rythme des nouvelles mesures dites sanitaires. Pour imposer ces mesures, différents chiffres sont utilisés. Nous en avons beaucoup parlé sur cette chaîne. Nous referons un bilan de la situation française et européenne dans une prochaine vidéo. Les médias français suivent avec beaucoup d’attention la situation en Israël, en particulier concernant les différentes injections et le fameux « passe sanitaire ». Israël fait partie des tout premiers pays à imposer ce passe et à injecter une troisième dose de Pfizer à toute sa population, malgré les réticences de l’OMS et l’absence totale d’étude sur le sujet.

Pour écrire cet article, j’ai téléchargé les données disponibles en ligne sur l’office statistique israélien. Vous trouverez les liens en fin de l’article, et tous mes calculs réalisés et graphiques sont consultables en ligne. Je vous invite évidemment à tout vérifier par vous-même. Il faut télécharger les données et ensuite quelques multiplications et graphiques sur un logiciel comme Excel suffisent à retrouver ces résultats.

Nous allons commencer par voir qu’il n’y a absolument pas de problème de mortalité globale décelable en Israël depuis 2020, c’est-à-dire depuis que l’Occident a commencé à médiatiser les personnes décédées ou malades d’une infection respiratoire et dont la cause est attribuée à la Covid-19. La mortalité a toujours augmenté en Israël en période hivernale et est restée en 2020 à des niveaux comparables aux années précédentes. Ainsi, toutes les mesures prises n’ont jamais pu être motivées par un impact mesurable sur la mortalité. Il n’y a pas plus d’Israéliens qui décèdent qu’avant. Il n’y a jamais eu d’hécatombe.

Dans un deuxième temps, nous verrons ce qu’il se passe au niveau de la mortalité en période vaccinale. Nous verrons qu’en Israël, comme pour tous les pays sur lesquels nous disposons de données (comme nous l’avons montré dans la vidéo ou l’article récapitulant toutes les données européennes), la mortalité augmente pendant les périodes où des injections de masse sont réalisées. Pour les plus âgés, le doute subsiste entre corrélation et causalité, car les injections ont lieu en période hivernale pendant laquelle la mortalité habituelle est élevée également. En revanche, il est très inhabituel d’observer une hausse de mortalité chez les jeunes. Nous verrons que cette mortalité supérieure à l’habitude correspond environ à 3,8 décès pour 100 000 injections complètes sur la période pour les 20-29 ans, 2,3 pour les 30-39 ans et 1,4 pour les 40-49 ans, alors que pour ces tranches d’âges, la mortalité en période Covid-19 est indétectable. Ces travaux ont été repris à la suite de l’analyse réalisée par le Dr A. Henrion-Caude et le Dr S. Ohana et retrouvent les mêmes résultats.

Nous verrons enfin s’il existe un lien entre les injections et le nombre de cas positifs remontés par les tests des laboratoires. D’abord, nous verrons que le nombre de tests varie énormément. Il est donc tout à fait normal d’avoir plus de cas positifs lorsque l’on augmente le nombre de tests. De la même manière, le type de tests a changé cet été avec la stratégie du criblage. En France, comme ailleurs, ce changement de mesure avec plus de variants considérés positifs induit nécessairement que la positivité augmente sans que cela signifie qu’une maladie se propage. Enfin, la mise en place du Green Pass en Israël implique, comme en France, que les personnes n’ayant pas reçu d’injection font bien plus de tests que celles qui ont reçu deux injections. Dès lors, on s’attend à avoir bien plus de cas positifs en proportion chez ceux qui n’ont pas de Green Pass. Nous verrons que si nous prenons en considération ces biais, les données israéliennes ne nous montrent pas de différence notable entre les personnes considérées vaccinées et celles n’ayant pas reçu d’injection. Pour Israël, la part des personnes considérées vaccinées et positives aux tests réalisés pour la Covid-19 est la même que la part des personnes considérées vaccinées dans la population générale.

La mortalité globale en Israël : une situation complètement normale

Israël, comme l’écrasante majorité des pays occidentaux voit sa population augmenter régulièrement et vieillir. Ainsi, début 2011 il y décédait en moyenne 3 300 personnes par mois. Ce nombre a augmenté régulièrement d’environ cinq par mois pour atteindre plus de 4 000 à la mi-2021. Plus de 85 % des décès constatés viennent de personnes de plus de 60 ans.

Pour précision, toute cette analyse a pour but de mesurer les impacts de la maladie Covid-19. Ainsi tous les décès du 30 avril 2021 sont retirés de l’analyse de façon à retirer ceux dus à la tragédie de Méron.

Figure 1 : Nombre de décès mensuels en Israël

Si l’on corrige de l’évolution de la population et de la pyramide des âges, on constate que la situation récente d’Israël, du point de vue de la mortalité est complètement normale.

Figure 2 : Décès en Israël standardisés par âge, en population du 1er janvier 2021

Note de lecture  : sur ce graphique sont représentés les décès chaque mois, ramenés à 30 jours et standardisés en population de janvier 2021. Par exemple, sur 30 jours Israël a comptabilisé 5304 décès en janvier 2021. En ramenant la population de janvier 2017 à celle de janvier 2021, il y aurait eu 5374 décès.

Le détail du calcul d’une standardisation par âge est disponible dans cette vidéo.

Comme tous les autres pays de l’hémisphère nord, Israël constate plus de décès pendant l’hiver que pendant l’été. Pendant cette période froide, tous les pays de l’hémisphère nord voient la mortalité augmenter en même temps. Cette hausse de mortalité ne concerne que les plus de 50 ans. Les jeunes ne sont pas concernés par des hausses de mortalité l’hiver. La mortalité des jeunes n’est pas constante. Elle est tellement faible que le moindre évènement extérieur peut la faire varier. Sur ce graphique sont représentés en bleu pâle, la mortalité mensuelle pour 100 000, avec un lissage à trois mois en bleu foncé. Les pointillés représentent les bornes d’un intervalle de confiance à 99 %, représentant une mortalité considérée « normale ».

À l’inverse, pour les plus anciens, la mortalité est nettement plus importante, stabilisant les statistiques. La forte mortalité hivernale est donc nettement visible et bien supérieure à tout impact extérieur.

Dans toutes nos analyses par âge, nous nous limiterons aux plus de 19 ans. D’une part, les moins de 19 ans ont reçu peu d’injections, mais surtout la mortalité des 0-19 ans est avant tout conditionnée par la mortalité à zéro an. La mortalité à zéro an est de loin la plus élevée dans tous les pays développés jusqu’à arriver aux âges avancés de la vie. Ainsi, c’est le nombre de naissances qui influe sur la mortalité de cette tranche d’âge, bien plus que tout évènement extérieur. Nous n’avons pas de statistiques par âge distinguant les zéro an des autres âges avant 19 ans.

Figure 3 : Taux de mortalité mensuel par tranche d’âge

Nous rappelons comme nous l’avons montré dans l’article analysant tous les pays européens, qu’il n’y a pas de déplacement visible de la mortalité. La hausse des décès l’hiver ne vient en aucun cas de quelque chose qui se déplacerait ou se transmettrait à l’échelle de la planète. Les hausses de mortalité, suédoise, portugaise ou israélienne sont synchronisées.

Cette hausse de mortalité dans l’hémisphère nord peut être décalée de plusieurs semaines ou mois selon les années. Elle semble dépendre des conditions météorologiques, nous reviendrons sur cet aspect dans d’autres travaux. Ce décalage temporel rend inexploitable le découpage des années au 1er janvier car il coupe en deux la période de forte mortalité hivernale, laissant parfois plus de décès l’année précédente, comme en 2011-2012, ou l’année suivante comme en 2016-2017.

Il est alors plus pertinent de comparer les années entre juillet et juin pour englober la totalité de la période hivernale.

Note de lecture : En considérant que la population d’Israël entre juillet 2020 et juin 2021 est restée constante au niveau de janvier 2021, il y a alors 49 979 décès sur la période. En ramenant la population d’Israël entre juillet 2017 et juin 2018, il y a 50 195 décès sur la période.

Ce graphique permet de constater que, malgré l’hécatombe mondiale de Covid-19 annoncée en mars-avril 2020, la mortalité constatée en Israël entre juillet 2019 et juin 2020 correspond à un record absolu de sous-mortalité. La mortalité constatée entre juillet 2020 et juin 2021 n’est pas un record, mais reste basse pour la décennie, comme ce que nous avions constaté pour la totalité des pays d’Europe pour lesquels nous disposons de données.

Ainsi, à aucun moment n’est visible une augmentation significative des décès en Israël. Il n’y a pas d’hécatombe, ni même la moindre augmentation inhabituelle.

Si nous repassons en données brutes et que nous comparons les décès toutes causes aux décès attribués à la Covid-19, nous observons qu’une fraction des décès a été attribuée à la Covid-19, sans pour autant que l’augmentation des décès soit inhabituelle.

Auparavant, ces hausses de mortalité étaient attribuées aux virus grippaux, aujourd’hui, ils sont attribués aux coronavirus. En représentant cette fois-ci le nombre de décès hors Covid-19 et le nombre de décès Covid-19, on découvre que toute la surmortalité hivernale habituelle est dorénavant attribuée à la Covid-19. Nous avions déjà montré ce résultat pour tous les pays que nous avons pu étudier jusqu’à aujourd’hui.

En Israël, comme partout en Europe, on ne peut pas trouver de justification aux politiques restrictives mises en place sur la base d’une augmentation inhabituelle des décès uniquement due à un nouveau virus. Il n’y a pas d’hécatombe.

La mortalité en période vaccinale : une corrélation parfaite

Nous remarquons en Israël, deux périodes distinctes de hausse de mortalité l’hiver dernier.

Une première hausse de décès en octobre, et une deuxième en janvier. Nous avions déjà remarqué que la hausse des décès en octobre a eu lieu en même temps dans tous les pays pratiquant en masse les injections antigrippales. En France, pour laquelle nous avons accès aux données des délivrances de médicaments, nous avions pu voir une proportionnalité quasi parfaite entre le nombre d’injections et la hausse de mortalité.

En Israël, nous pouvons voir que le ministère de la Santé promeut également ces injections, en particulier pour les plus de 65 ans.
On note que cette augmentation n’est visible que pour les âges auxquels l’injection est recommandée : à partir de la tranche des 70-79 ans et toutes celles au-dessus.

Figure 6 : Taux de mortalité par tranche d’âge

Cette période d’octobre 2020 est d’ailleurs la seule pendant laquelle Israël a présenté une mortalité totale standardisée différente de l’habitude. Tout le reste de la période est comparable à la décennie. Nous ne pouvons malheureusement pas explorer plus loin ce sujet, n’ayant pas accès au nombre d’injections antigrippales réalisées sur la période. Nous ne pouvons conclure qu’une corrélation temporelle parfaite pour tous les pays réalisant en masse ces injections. Les pays plus rétifs à ces injections (comme la Finlande) n’ont pas cette hausse de mortalité d’octobre 2020.

Passons maintenant aux injections contre la Covid-19 [la deuxième période de hausse de mortalité].

Les graphiques ci-dessous représentent le nombre d’injections reçues pour chaque tranche d’âge ainsi que le nombre de décès constatés pour chaque mois.

Figure 8 : nombre d’injections et taux de mortalité pour 100 000 par tranche d’âge



Toutes les tranches d’âge, sans exception, ont présenté une hausse de mortalité les mois d’injections. Nous observons que les plus âgés ont reçu massivement des injections en janvier et présentent un pic de mortalité en janvier. Les plus jeunes ont reçu des injections plus tard, à partir du mois de février et présentent un pic de mortalité en février. Ce lien est un fort indice de causalité supplémentaire entre les injections et la hausse de la mortalité.

Pour les personnes âgées de plus de 60 ans, les injections de janvier ont lieu pendant la période de forte mortalité hivernale. Il est ainsi difficile de distinguer une mortalité causée par les injections.

Pour les amateurs de modélisation, si vous représentez le taux de mortalité en fonction du taux d’injection, vous obtenez une corrélation logarithmique quasiment parfaite, avec un R² de 0,95. Cette corrélation quasi parfaite est réalisée en regardant le nombre de décès chaque mois, cinq jours après les injections.

Figure 9 : taux de mortalité pour 100 000 en fonction du nombre d’injections

Il en a fallu bien moins à certains chercheurs peu scrupuleux pour publier un article encore en ligne sur le prestigieux journal Nature, qui vante les mérites du confinement en oubliant sciemment que la mortalité hivernale diminue au printemps avec ou sans confinement. Nous en avons réalisé une analyse dans cette vidéo. Ici c’est comme si nous nous servions de ces graphiques pour prouver qu’en hiver 2020-2021, il n’y avait eu qu’une mortalité post-vaccinale pour les plus de 60 ans.

En revanche, et à l’inverse, la surmortalité observée pour les 20-49 ans ne peut pas être du fait de la mortalité hivernale, car ces derniers n’y sont pas soumis. Les 20-49 ans sont la population permettant de mieux mesurer une potentielle mortalité post-vaccinale. Cela ne signifie pas qu’elle n’existe pas pour les autres tranches d’âge, mais pour les plus âgées elle se confond avec la surmortalité hivernale.

Pour les 20-49 ans, nous allons considérer uniquement la mortalité en dehors de l’intervalle de confiance à 99 %, soit la partie au-dessus ou en dessous des pointillés rouges.

Figure 3 : Taux de mortalité mensuel par tranche d’âge

Cette mortalité sera considérée comme rare ou anormale. Pour les 20-29 ans la mortalité est totalement exceptionnelle. Seule la guerre de 2014 présente une mortalité aussi élevée. Il ne semble pas cependant qu’une guerre ait éclaté en février 2021 en Israël.

Au total, cette surmortalité entre février et avril 2021 correspond au décès de 31 jeunes de 20 à 29 ans (3,8 pour 100 000 doublement injectés), 18 de 30 à 39 ans (2,3 pour 100 000 doublement injectés) et 13 de 40 à 49 ans (1,4 pour 100 000 doublement injectés). Soit 60 décès de personnes d’une population qui n’a jamais connu de surmortalité liée à la Coivd-19.

Cette surmortalité arrive également à une période où ont été relevés par un universitaire, un nombre d’appels aux urgences largement supérieur aux années précédentes pour des arrêts cardiaques et des syndromes coronariens aigus. Si nous considérons que les décès ne sont que la partie visible de problèmes de santé, nous avons un indice de la cause possible de cette surmortalité arrivant en pleine période d’injection de masse de ces mêmes jeunes. Nous constatons qu’enfin l’ANSM admet que les péricardites sont bien rapportées post-injection. L’agence annonce qu’ils sont très rares. Il serait intéressant que l’on nous explique comment le hasard fonctionne pour montrer une si forte élévation des problèmes cardiaques juste après les périodes vaccinales.

Nous rappelons ici que cette possible surmortalité liée aux injections est du même ordre que celle évaluée par Walach et al, utilisant la pharmacovigilance des Pays-Bas. Nous en avons réalisé une vidéo explicative en expliquant au passage les biais de l’étude israélienne vantant les mérites de l’injections Pfizer. Ainsi, quelle que soit la méthode utilisée, pharmacovigilance ou étude de la mortalité toutes causes en période d’injections, les résultats concordent autour de quelques décès pour 100 000 injections. Ce nombre pourrait être entre un et trois pour les plus jeunes et certainement au-dessus pour les plus âgés, ces derniers ayant toujours une mortalité plus élevée quelle que soit la cause.

Il faut enfin rappeler que les décès sont la plupart du temps le dernier stade de la dégradation de l’état de santé. Il est rare de constater qu’un évènement soit complètement binaire entre « bonne santé » et « décès ». Constater une hausse des décès n’est certainement que la seule partie visible d’une hausse beaucoup plus importante de situations intermédiaires. Les AVC, myocardites, embolies pulmonaires ou thromboses non mortelles sont invisibles dans cette étude. Elles sont rapportées en pharmacovigilance et la hausse de mortalité constatée ajoute un haut degré de certitude à la causalité pour les évènements non mortels également.

Efficacité des injections : l’absence de données probantes

Les médias et politiques commentent en permanence le nombre de tests positifs, appelant ces derniers des « cas de Covid-19 ». Nous avons détaillé dans une vidéo le fossé séparant un résultat de test RT-PCR positif et une personne malade de la Covid-19. De plus, ce nombre de « cas » est évidemment dépendant du nombre de tests effectués.

Ainsi, malgré l’absence totale de surmortalité cet été, Israël est passé à plus de 100 000 tests effectués par jour avec une montée en charge progressive. Cette montée en charge a naturellement augmenté le nombre de tests positifs cet été, sans que cela ne signifie la moindre augmentation de malades.

Le changement complet de la mesure avec la stratégie de criblage a également eu pour impact de faire remonter le taux de positivité qui était à moins de 2 % au mois de juillet et à plus de 5 % en août. Les journalistes et politiques en ont conclu à une explosion du nombre de malades, alors qu’il ne s’agit que d’un changement de stratégie de comptage.

Le dernier biais au sujet des tests concerne le public testé. Depuis le début des campagnes d’injections, l’efficacité de ces produits est présupposée. Il serait important de rappeler aux dirigeants et aux médecins, qu’accepter des résultats de l’efficacité de n’importe quel produit, venant de la part de la personne qui souhaite vous vendre le produit, cela s’appelle au mieux de la naïveté. De même qu’accélérer la distribution de ce produit en empêchant d’avoir le temps de revérifier par d’autres études indépendantes si cela fonctionne et que ce n’est pas dangereux.

Le fait de présupposer que ces injections fonctionnent, a lancé un certain nombre de règles et de certitudes chez les gens qui font que les personnes qui n’ont pas reçu les injections sont testées beaucoup plus souvent que les autres.

Vous avez certainement, comme moi, des collègues, des amis qui ont eu des symptômes de maladies post-injection, comme une fatigue intense, des maux de tête ou de la fièvre. Ces symptômes juste après l’injection sont considérés très fréquents par l’ANSM. Cependant, les personnes tout juste injectées et présentant ces symptômes n’ont évidemment pas ou peu fait de tests, puisque leurs maux étaient attribués aux suites de l’injection. Au contraire, sur la même période, les personnes avec les mêmes symptômes, mais qui n’avaient pas fait d’injections, ont beaucoup plus souvent fait des tests.

Pendant les périodes d’injections, parmi les personnes qui font des tests, nous avons donc beaucoup plus de personnes sans injections que de personnes déjà injectées. Par construction, le nombre de positifs va nécessairement être plus important chez les non-injectés puisqu’ils sont bien plus nombreux à faire des tests.

Pour Israël, cette période correspond à janvier-février 2021. Par exemple, pendant la semaine du 21 au 27 février 2021, 25 % des 40-49 ans n’avaient pas reçu d’injection et 24 % avaient reçu leur deuxième injection plus de 20 jours avant et étaient donc considérés pleinement protégés. Du côté des tests, 62 % des tests positifs venaient des personnes n’ayant pas reçu d’injection et 2 % seulement de la part de celles étant considérées protégées. Ces chiffres ont fait couler beaucoup d’encre comme étant une preuve de l’efficacité des injections. Cependant, rien ne prouve qu’il ne s’agit pas juste d’un biais de sélection des personnes testées comme expliqué au-dessus. À savoir que quasiment aucune personne ayant reçu deux injections ne se fait tester et donc ne risque pas d’être considérée positive.

Cette situation a perduré avec la mise en place du Green Pass, le passe sanitaire israélien. Dès le 21 février 2021, des directives limitant la circulation des Israéliens n’ayant pas encore été injectés ont été mises en place. Le Pass vert a duré jusqu’au mois de juin 2021. Durant toute cette période, on constate bien que les cas positifs concernent beaucoup moins souvent ceux qui ont reçu deux injections puisqu’ils ne sont pas obligés de faire de tests pour accéder aux lieux publics. Par exemple, pendant la semaine du 23 au 29 mai 2021, 15 % des 40-49 ans n’avaient pas reçu d’injection et 80 % avaient reçu leur deuxième injection plus de 20 jours avant, et étaient donc considérés pleinement protégés. Du côté des tests, 39 % des tests positifs venaient des personnes n’ayant pas reçu d’injection et 61 % seulement de la part de celles étant considérées protégées. Le fait d’avoir autant de cas positifs chez celles normalement considérées comme totalement immunisées a commencé à faire parler. On a alors commencé à dire que les injections perdaient en efficacité devant les variants, mais que de voir moins de cas chez les doublements injectées que leur part dans la population était la preuve que ces injections fonctionnent. Cependant, nous avons vu à travers le Green Pass, que celles n’ayant pas reçu d’injection sont beaucoup plus testées que les autres.

Le Green Pass a cessé entre mi-juin et début août en Israël. Pendant cette période, celles n’ayant pas reçu d’injection n’avaient pas de raison spécifique de se faire tester. C’est la seule période pendant laquelle en Israël, il n’y a pas ou très peu de biais de sélection des personnes testées. Nous pouvons constater que pendant toute cette période, la part des personnes n’ayant pas reçu d’injection ou la part des personnes étant considérées protégées avec deux injections est la même dans les cas positifs et la population générale. Pour cette raison, les autorités ont conclu à une baisse de l’efficacité en quelques mois et ont donc conseillé une troisième dose, alors qu’il s’agit juste de la fin du biais de comptage. Quand il n’y a plus de biais, aucune efficacité des injections n’est mesurable.

On constate également ensuite, que dès le retour du Green Pass au mois d’août, la part des non-injectées a immédiatement réaugmenté. Cela n’est que le signe que le Green Pass oblige les non-injectées à se faire tester et non celles ayant reçu deux injections. Le gouvernement israélien, ayant déjà commandé les troisièmes doses et contraint sa population à se faire injecter, n’a mystérieusement pas réagi à ces chiffres, en imaginant un rebond d’efficacité vaccinale. Cette situation du mois d’août, identique au mois de mai, prouve qu’il n’y a jamais eu de baisse de l’efficacité des injections, elles bénéficiaient juste d’un biais statistique.

Conclusion

En résumé, nous avons vu qu’Israël est un pays qui n’a jamais connu de hausse de mortalité significative depuis le début de la panique mondiale autour de la Covid-19. Les Israéliens les plus âgés ont connu des hausses de mortalité l’hiver comme les autres années.

Nous avons vu que quelques hausses de mortalité inhabituelles ont été constatées chez les jeunes en période vaccinale. Ces hausses représentent environ 60 décès sur Israël. Ce n’est pas une hécatombe, mais suffisamment important pour être visible sur ces populations qui décèdent très peu. Ces décès sont survenus au moment où étaient enregistrés des records d’urgences cardiaques pour ces mêmes âges.

Enfin, nous avons vu que si l’on enlève les biais de comptage dus aux restrictions comme le Green Pass, les doubles injections ne présentent aucun impact sur les cas positifs. Il n’y a donc aucun bénéfice mesurable pour personne. Seul le fait de tester en énorme majorité des non-injectés permet de maintenir un écart statistique.

Nous avons donc de nombreux décès remontés en pharmacovigilance, des décès visibles même chez les populations jeunes et aucun impact positif mesurable. Pensez-vous réellement qu’il soit raisonnable de continuer à multiplier ces injections ? Pensez-vous réellement que nous allons vous laisser toucher à nos enfants ?

Pierre Chaillot (Décoder l’éco)

____________________
Sources
Données de population israélienne : https://www.cbs.gov.il/he/publications/LochutTlushim/2020/%D7%90%D7%95%D…
Données de décès par âge :
https://www.cbs.gov.il/he/publications/LochutTlushim/2020/p-1.xlsx
Données de vaccination par âge :
https://data.gov.il/dataset/covid-19/resource/57410611-936c-49a6-ac3c-83…
Données de cas par âge :
https://data.gov.il/dataset/covid-19/resource/9b623a64-f7df-4d0c-9f57-09…
Données du nombre de tests :
ourworldindata.com


 

Remarque sur la source de ce texte : le seul journal en France capable de publier cette importante analyse de Pierre Chaillot est France Soir, le journal le plus détesté par les faux journalistes (tous vendus à 9 milliardaires et aux industries pharmaceutiques). On voit là que France Soir est, en fait, composé de vrais journalistes, dignes de ce nom, que c’est (à l’évidence) un des seuls remparts contre la bascule totalitaire scientiste en cours. Je considère la violence dont il fait l’objet (de la part des dominants, qui veulent manifestement asservir la population) comme une sorte de « légion d’honneur » (comme une médaille de bonne résistance aux abus de pouvoir).

Étienne.

PS : je glisse ci-dessous, en complément, la vidéo de la présentation de Pierre au CSI, Conseil Scientifique Indépendant (rendez-vous passionnant et important, tous les jeudi soir, pour bien s’informer sur « la crise sanitaire ») :


https://crowdbunker.com/v/cEageBup

Bonus : démonstration de l’erreur (et de l’escalade d’engagement) par le premier ministre israélien lui-même… :

Israël, le 1er Ministre appelle les doubles vaccinés à la 3ème dose de manière urgente car ce sont les personnes les plus en danger et celles qui remplissent les réanimations. Donc nouvelles doses à vie avec des tonnes d'effets secondaires et de morts ! ! #Manifs11septembre pic.twitter.com/p8gFfUeQS2

— Vivre Sainement (@VSainement) September 11, 2021


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[Abus de pouvoir médical] Le cas d’Israël étudié par Pierre Chaillot (statisticien remarquable)https://t.co/rofykPqaYO

Les démonstrations de Pierre n’ont jamais été correctement contredites par personne, alors qu’elles détruisent tout le narratif terroriste gouvernemental.

— Étienne Chouard (@Etienne_Chouard) September 11, 2021

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RAPPORT DE SITUATION HEBDOMADAIRE DU DONBASS (VIDÉO) – 4 SEPTEMBRE 2021

Par : Volti
Par Christelle Néant pour Donbass-Insider Chaque semaine, nous vous proposons un rapport de situation (militaire, politique, économique et sociale) en vidéo et en français de la semaine écoulée concernant le Donbass, l’Ukraine, et la Russie. Cette semaine, le rapport de situation couvre principalement l’évolution de la situation militaire dans le Donbass et le bilan humain de la semaine suite aux […]

Endurer la terreur pour toujours: d’Al-Qaïda à l’EI-K

Par : Volti
Source Observateur-Continental Une collaboration entre le Pentagone et les talibans est établie; les éternelles guerres de l’ombre de la CIA sont une toute autre paire de manches. C’était, il y a 20 ans aujourd’hui. L’Asia Times a publié Get Osama! Now! Or else… (Attrapez Oussama! Maintenant! Ou bien…). Le reste appartient à l’histoire. Rétrospectivement, cela ressemble à des nouvelles d’une autre galaxie, d’avant la planète du […]

UE : vidéos de la fête de la Démocratie à Paris pour l’anniversaire du Référendum de 2005 le 29 mai 2021

Par : Mira

Mon intervention à la fête de la démocratie

Sélection :

  • Pourquoi ne sommes nous pas en en démocratie ?
  • La trahison de représentants politiques suite à la victoire populaire du « NON » au Traité Constitutionnel européen en 2005
  • Notre impuissance politique est écrite dans la Constitution de la Ve République
  • Comment instaurer une démocratie réelle dans notre pays ?
  • La condition nécessaire à la lutte pour la démocratie : faire converger les citoyens et citoyennes autour de cette cause commune
  • Rejoindre le MCP

En savoir plus sur le Mouvement Constituant Populaire

Voir aussi les autres interventions :

Avec Emmanuelle GAVE, Guillaume BIGOT, Philippe PASCOT, Pierre-Yves ROUGEYRON, Jean-Claude HOURCADE, Joël PÉRICHAUD, Jacques CHEMINADE, Charles GAVE, Fabrice GRIMAL, Roland HUREAUX, Gilles CASANOVA, Dominique BOURSE-PROVENCE, Jacques NIKONOFF, Pierre LÉVY, Philippe MURER, Éric GUÉGUEN, Laurent HERBLAY, David SAFORCADA, Dominique JAMET, Charles-Henri GALLOIS, Deivy MUGERIN, …

À propos de « UE : le référendum »

📝 Signez et faites signer la pétition referendum-ue.org
Les soutiens de la pétition referendum-ue.org lancent un grand appel pour un nouveau référendum sur notre appartenance à l’Union européenne.
Retrouvez leurs discours donnés lors de la Fête de la démocratie qui a eu lieu le 29 mai dernier à Paris
sur leur chaine Youtube

À voir également avec Clara Egger et Charles-Henri Gallois

Débat sur l’EU : la France a-t-elle la souveraineté sur sa Constitution ?

 

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Rendez-vous ce soir, 5 juillet 2021, 21 h, avec Clara Egger et Charles-Henri Gallois 🙂 UE : la France a-t-elle la souveraineté sur sa constitution ?

Lien pour le live : https://www.facebook.com/events/346407523764170/?ref=newsfeed

Notre cause commune, c’est s’instituer NOUS-MÊMES la puissance politique qui nous manque pour vivre en démocratie.

Il faut commencer par le commencement : ne pas compter sur les politiciens pour rendre au peuple le pouvoir qu’ils lui ont volé.

Étienne.

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L’assemblée nationale contre le peuple | 1789 | Révolution française

Description :
La chaîne qui libère

« Le mot peuple a deux sens : la nation en général ou bien la classe pauvre de cette nation. Et nous ne voulons pas représenter le peuple au second sens. »

Extrait de « L’Été de la révolution (partie 1) (Téléfilm, 1989) avec Bruno Crémer / Brigitte Fossey / Bernard Fresson » https://www.youtube.com/watch?v=M7OXuuD6Yww

—–

Parce que ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir : c’est au peuple d’écrire sa constitution http://www.le-message.org/

Notre régime actuel n’est pas du tout une démocratie mais une oligarchie ploutocratique (le régime dans lequel les plus riches ont le pouvoir).
Argumentation ici : http://lavraiedemocratie.fr/

Les Gentils Virus : pour réfléchir et propager le Message de la vraie démocratie http://gentilsvirus.org/


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Comment l’industrie de l’information vient à la rescousse de l’empire en déclin

L’industrie de « l’information » (médias et entreprises de communication) est sur le pied de guerre depuis qu’un média mainstream (New York Times) a donné son aval à la théorie « complotiste » de l’origine militaire du coronavirus SARS-Cov-2, chimère ayant servi de prétexte à dix-huit mois de terreur sanitaire totalitaires. Tout ce qui grenouille et scribouille à propos de cette pandémie bidon se croit maintenant autorisé à se prononcer sur l’origine « naturelle » (chauve-souris-pangolin) ou « artificielle » (en laboratoire) de cette chimère patentée https://www.futura-sciences.com/sante/questions-reponses/virus-six-dangereux-virus-crees-laboratoire-15313/  d’un coronavirus bien connu (SARS-Cov-1). Nous, prolétaires révolutionnaires, sommes toujours sur nos gardes. Si l’industrie de l’information-communication et ses larbins politiciens lancent un leurre dans une direction, c’est forcément pour nous distraire de la cible véritable qu’ils tentent de dissimuler. Nous pensons que la véritable question en jeu dans cette affaire de chimère virale n’est pas l’origine « nationale » de cette arme biologique meurtrière, mais l’origine systémique de ces dizaines de laboratoires militaires de développement d’armes virales à gain de fonctions mortelles.  L’humanité pensante et agissante doit mettre fin à l’industrie de guerre et à ses laboratoires de recherche de  mort. L’économie de guerre – la discipline de fer – les 7 du Québec. Cependant, nous savons pertinemment que cela sera impossible sans abolir le mode de production capitaliste moribond. Faisons le point après dix-huit mois de guerre virale expérimentale – les 7 du Québec.  Vous trouverez ci-dessous deux textes spéculant sur l’origine de ce virus expérimental… « accidentel ou artificiel? ». « Attaque de l’Empire américain en déclin ou exfiltration de l’Empire chinois aux abois? »  Robert Bibeau. Éditeur.

 


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3.06.2021.English-Italiano-Spanish
This article is available in Portuguese on this blogue:
Que o Silêncio dos Justos não Mate Inocentes: Como a indústria da informação vem em socorro do império em declínio (queonossosilencionaomateinocentes.blogspot.com)

L’origine du Sars-Cov-2: retournement orwellien et pétard mouillé

L'origine du Covid: retournement orwellien et pétard mouilléPar Ron Unz

[Ron Unz est désormais convaincu que le Covid était une arme de guerre économique des néo-cons contre la Chine et l’Iran. L’hypothèse qui est brusquement devenue acceptable dans le discours public, celle de la fuite du labo de Wuhan, est un contre-feu tardif pour étouffer la vérité. Les conclusions du professeur Jean-Bernard Fourtillan n’ont pas encore franchi l’Atlantique, mais l’article de Ron Unz donne lieu à des centaines de commentaires extrêmement pertinents, à lire sur le site unz.com en traduction automatique.]

Cela fait des décennies que je n’ai pas relu 1984 de George Orwell, mais certaines parties de ce roman dystopique classique font désormais partie de notre culture politique commune.

 

Il y a cette scène célèbre dans laquelle un orateur prononce un long discours de guerre lors d’un rassemblement politique, faisant l’éloge de l’allié héroïque d’Eurasia et dénonçant l’ennemi juré d’Eastasia, mais on lui remet discrètement une note au milieu du discours et il fait complètement volte-face, vilipendant le premier et saluant le second. « Nous avons toujours été en guerre avec Eurasia. »

 

Au cours des deux dernières semaines, nous avons assisté en temps réel à ce genre de revirement brutal et soudain des positions défendues de longue date en ce qui concerne les origines de l’épidémie mondiale de Covid, qui a dévasté une grande partie du monde. Depuis le début de l’année 2020, le récit dominant était que le virus était complètement naturel, et quiconque suggérait qu’il pouvait être le produit d’un laboratoire fabriqué par l’homme était dénoncé comme un « théoricien du complot », très proche des activistes de QAnon ridiculisés sans cesse dans les médias. Cette ligne de parti officielle était souvent durement appliquée par nos principaux monopoles de médias sociaux, Facebook bannissant sommairement tous les messages suggérant le contraire.

 

Mais la situation a maintenant complètement changé et, ces derniers jours, le Wall Street Journal, le New York Times et nos principaux médias électroniques ont publié des articles traitant de cette ancienne hérésie de manière très respectueuse, et suggérant même que le poids des preuves pourrait la favoriser. Le Sénat a voté en faveur de la déclassification immédiate de tous nos documents des services de renseignement relatifs à l’origine du virus, et une pression politique massive sur le président Joe Biden l’a contraint à ordonner qu’une analyse complète des renseignements soit produite et publiée dans les 90 jours. Il semble qu’un consensus émergeant au sein de l’élite pourrait bientôt favoriser des théories qui étaient auparavant reléguées dans des recoins sulfureux d’Internet.

 

L’événement déclencheur de ce remarquable revirement du sentiment de l’élite américaine a été un article de 11 000 mots, très raisonné et persuasif, du journaliste Nicholas Wade. Bien que l’auteur ait passé plus de quatre décennies comme grand reporter scientifique au New York Times et dans d’autres grands médias, son travail a été discrètement publié le 2 mai sur le site de blogs Medium, sans aucun soutien ni imprimatur prestigieux, puis republié le 5 mai par le site à faible trafic du Bulletin of Atomic Scientists.

 

L’Origine du Covid – Sur la trace des indices. L’homme ou la nature ont-ils ouvert la boîte de Pandore à Wuhan ?

Par Nicholas Wade – Medium – 2 mai 2021 – 11 000 mots

Malgré ces débuts extrêmement peu propices et le ton prudent et modéré de son texte, les conséquences de cette publication ont été dramatiques. Bien que la quasi-totalité des faits et des preuves dont Wade parle aient déjà été accessibles au public pendant la majeure partie de l’année écoulée, son analyse minutieuse et sa crédibilité journalistique considérable ont rapidement transformé le paysage intellectuel. Il commence son long article en expliquant qu’à partir de février 2020, une énorme bulle idéologique avait été gonflée par une propagande politique se faisant passer pour de la science, bulle qui a ensuite été maintenue par une combinaison de lâcheté et d’incompétence journalistiques. Le président Donald Trump avait proclamé que le virus était artificiel, nos médias ont donc insisté sur le fait qu’il devait être naturel, même si toutes les preuves semblaient indiquer le contraire.

 

La présentation soignée de Wade a immédiatement crevé cette bulle et bouleversé le débat public sur une épidémie qui avait tué des millions de personnes dans le monde. Le 28 mai, le Wall Street Journal titrait « Facebook Ends Ban on Posts Asserting Covid-19 Was Man-Made », de sorte qu’en moins d’un mois, un article auto-publié avait déjà changé ce que près de trois milliards d’individus dans le monde étaient autorisés à lire et à écrire. Cela illustre le contrôle totalitaire de l’information sur Internet exercé par les grands monopoles américains de la technologie, qui déterminent les limites des discussions autorisées dans le monde entier en appuyant sur un bouton. Existe-t-il un meilleur exemple du climat ridicule et stalinien de censure intellectuelle actuellement appliqué par ces géants commerciaux ?

 

Bien que l’article de Wade ait servi de catalyseur crucial, quelque chose de similaire avait failli se produire au début du mois de janvier, lorsque le prestigieux New York Magazine a publié un article à 12 000 exemplaires de l’éminent intellectuel public libéral Nicholson Baker, qui arrivait à des conclusions très similaires et aurait pu avoir le même impact. Mais l’article de Baker avait été publié le 4 janvier et, deux jours plus tard, le Capitole de Washington a été soudainement pris d’assaut par une foule de Trumpistes indignés, ce qui a permis de faire oublier rapidement tous les autres sujets pendant les deux mois suivants :


 

L’hypothèse de la fuite d’un laboratoire

Depuis des dizaines d’années, les scientifiques câblent les virus dans l’espoir de prévenir une pandémie, et non de la provoquer. Mais que se passerait-il si… ?

Nicholson Baker – New York Magazine – 4 janvier 2021 – 12 000 mots

Je pense que l’on peut affirmer que l’épidémie de Covid est l’événement mondial le plus important depuis la Seconde Guerre mondiale, et qu’une volte-face journalistique aussi radicale et rapide semble presque sans précédent. Les membres éminents du quatrième pouvoir ont pleinement reconnu l’ampleur de ce revirement et ses conséquences désastreuses pour leur profession, enregistrant leurs réactions, que ce soit avec joie ou avec un embarras résigné.

 

En tant que principal critique de notre establishment médiatique, le célèbre journaliste d’investigation Glenn Greenwald a tweeté son propre verdict sévère :

Glenn Greenwald

@ggreenwald

25 mai

Il est étonnant de voir avec quelle rapidité, dans les secteurs grand public, cette affaire est passée de « théorie de conspiration folle et déséquilibrée qui doit être censurée sur Internet en tant que désinformation nuisible » à « possibilité sérieuse et plausible pour laquelle il existe des preuves rationnelles ».

 

Son allié fréquent Matt Taibbi a fait des remarques similaires:

 

Lorsque le Wall Street Journal a révélé qu’un rapport des services de renseignement américains, jusqu’alors non divulgué, expliquait en détail comment trois chercheurs de Wuhan étaient tombés malades au point d’être hospitalisés en novembre 2019, le dentifrice était complètement sorti du tube : il n’y avait plus moyen de dire que l’hypothèse de « l’origine laboratoire » était trop idiote pour être rapportée. Cela ne veut pas dire que la théorie de « l’origine laboratoire » soit correcte, pas du tout. Mais cela n’a rien à voir avec le sujet qui nous occupe.

 

Ce qui est encore plus remarquable, c’est le long mea culpa de Douglas J. McNeil, Jr, vétéran du New York Times depuis 45 ans, qui a été le fer de lance de la couverture du Covid par son journal dès le début. Peu après avoir lu l’analyse de son ancien collègue et examiné attentivement les nombreuses preuves citées, McNeil a entièrement changé d’avis sur les origines du virus, approuvant une théorie que lui et d’autres journalistes grand public avaient passé plus d’un an à rejeter comme une folie « d’extrême droite », qu’ils avaient, de son propre aveu, regroupée avec « le Pizzagate, la Plandémie, la grippe Kung, Q-Anon, Stop the Steal et l’invasion du Capitole du 6 janvier ».


 

Comment j’ai appris à ne plus m’inquiéter et à aimer la théorie de la fuite en laboratoire

Douglas G. McNeil, Jr. – Medium – 17 mai 2021 – 4 700 mots

Le Covid a-t-il été développé comme une arme biologique ?

Alors que la croyance en une origine naturelle du virus s’estompe rapidement, le consensus de notre élite semble s’orienter vers la position de Wade, Baker et bien d’autres, selon laquelle l’épidémie initiale a probablement résulté d’une fuite accidentelle dans un laboratoire de l’Institut de virologie de Wuhan, connu pour avoir mené des expériences dans ce domaine général de la recherche virale. Les récentes révélations de membres de notre communauté du renseignement qui soutiennent cette théorie ont fait la une du Wall Street Journal et d’autres grands médias, tout en suscitant naturellement un énorme débat sur Internet.

 

Un élément important du débat est la prise de conscience croissante du public du fait que la recherche virale du laboratoire de Wuhan avait reçu une grande partie de son financement récent de nos propres Instituts nationaux de la santé, offrant ainsi un champ d’application majeur pour les récriminations politiques américaines en colère. Ces faits sont bien connus depuis plus d’un an, mais ils n’avaient évidemment que peu d’importance lorsque le virus était supposé être naturel.

 

Même les accidents biologiques les plus horribles peuvent se produire, étant donné la lâcheté et l’incompétence démontrées de nos principaux organes de presse, nous ne devrions pas être surpris que certaines implications plutôt évidentes de cette hypothèse de fuite en laboratoire aient reçu moins d’attention qu’elles ne le méritent.

 

Tout d’abord, il y a le fait important que les principaux chercheurs du laboratoire de Wuhan ont catégoriquement nié que le virus ait été développé là-bas, une position fortement soutenue par le gouvernement national chinois. Donc, si nous acceptons une fuite du laboratoire, alors les chercheurs chinois locaux et les principaux dirigeants politiques du pays ont dissimulé les faits réels de cette catastrophe mondiale massive dès le premier jour. Un tel manque total de franchise n’est peut-être pas entièrement surprenant, mais il jette une ombre sur toutes les autres affirmations de la Chine.

 

L’historique des publications du laboratoire de Wuhan est encore plus suspect. Des scientifiques américains sympathisants qui avaient douté de l’artificialité du virus ont souligné qu’absolument aucun des nombreux articles produits par ces chercheurs chinois n’avait fait mention d’un travail expérimental avec le virus finalement connu sous le nom de Covid-19, qui aurait sûrement nécessité un temps et des efforts considérables pour se transformer en sa forme actuelle, hautement dangereuse. Cela implique que tout travail de développement viral de ce type a été tenu entièrement secret, un fait qui a de sombres implications. La production d’armes biologiques ayant été interdite par les traités internationaux, tout projet viral illégal de ce type serait nécessairement resté secret.

 

Au début de l’année dernière, nous avons publié le point de vue d’un vétéran de quarante ans de la biodéfense américaine, qui s’est concentré sur les caractéristiques épidémiologiques particulières du virus, qui était extrêmement contagieux mais avait un faible taux de létalité de 1 % ou moins. J’ai résumé son analyse en ces termes:

 

Un point important qu’il a soulevé est qu’une létalité élevée est souvent contre-productive dans une arme biologique, car affaiblir ou hospitaliser un grand nombre d’individus peut imposer des coûts économiques bien plus importants pour un pays qu’un agent biologique qui infligerait simplement un nombre égal de décès. Selon lui, « une maladie à forte transmissibilité et à faible létalité est parfaite pour ruiner une économie », ce qui suggère que les caractéristiques apparentes du coronavirus étaient proches de l’optimum à cet égard.

 

Pour des raisons évidentes, la majorité de nos journalistes traditionnels ont été très réticents à relier ces points du scénario de la fuite du laboratoire de Wuhan qu’ils approuvent maintenant de plus en plus, tout comme la quasi-totalité d’entre eux n’avaient pas reconnu auparavant que le virus était probablement artificiel. Même Wade et Baker ont complètement évité de suggérer que le virus libéré accidentellement à Wuhan était une arme biologique illégale.

 

Mais si nous abandonnons cette réticence compréhensible et nous contentons d’énumérer les éléments centraux de l’hypothèse de la fuite du laboratoire de Wuhan, les implications logiques sont assez évidentes :

 

– Le virus a accidentellement fui du centre de recherche biologique le plus avancé de Chine, dont les virologistes de haut niveau ont menti à plusieurs reprises, tant sur la fuite elle-même que sur la création du virus, mensonges repris avec force par les principaux dirigeants du gouvernement chinois.

Comme aucune mention du travail de développement du virus n’est jamais apparue dans les articles publiés, le projet a été gardé entièrement secret. Un tel secret total serait compatible avec la création d’une arme biologique illégale.

Le virus semble avoir les caractéristiques idéales d’une arme biologique anti-économie, destinée à dévaster la société et la vie économique d’un pays ciblé.

Sur la base de ces faits, l' »hypothèse de la fuite du laboratoire de Wuhan » semble n’être qu’un euphémisme pour décrire ce qui est en réalité l' »hypothèse de la fuite du laboratoire d’armes biologiques chinois ».

 

Dès les premiers jours de l’épidémie, les publications et les militants anti-chinois ont régulièrement affirmé que le Covid avait été créé en laboratoire, le décrivant également comme une arme biologique chinoise illégale libérée accidentellement dans le monde. Maintenant que la première affirmation, autrefois stigmatisée, est largement acceptée, la seconde possibilité fera inévitablement partie du débat public, quels que soient les efforts des médias pour l’empêcher.

 

Une fois que le virus a commencé à dévaster de grandes parties de l’Europe et de l’Amérique au cours des premiers mois de 2020, les attaques contre la Chine par le président Trump et d’autres hauts responsables de son administration comme Mike Pompeo sont devenues extrêmement dures, et bien que le terme « arme biologique » n’ait été que rarement prononcé en public, il semblait implicite dans nombre de leurs accusations furieuses et était probablement largement discuté à huis clos. Par exemple, au début de l’année, David Asher, un ancien collaborateur de Pompeo, a publiquement affirmé que le Covid était une arme biologique chinoise lors d’un débat organisé par l’institut néoconservateur Hudson.

 

La destruction mondiale infligée par le virus a été énorme, tant en vies humaines qu’en dommages sociaux et économiques. Si l’on tient compte à la fois des décès et des confinements simultanés, l’Amérique a clairement subi sa pire calamité nationale depuis la Grande Dépression. Plusieurs centaines de milliers de nos citoyens sont morts et, selon l’analyse détaillée des chercheurs en santé publique de l’Université de Washington, le nombre total de décès dus au virus avoisine déjà le million.

 

D’autres régions du monde ont été encore plus durement touchées. L’Inde est actuellement l’épicentre mondial de l’épidémie, et la plupart des observateurs extérieurs considèrent que le nombre officiel de décès est largement sous-estimé. La semaine dernière, une importante enquête du NYT auprès d’experts en santé publique a estimé que le nombre réel de décès en Inde a probablement déjà dépassé 1,5 million et peut-être même plus de 4 millions.

 

Si l’insouciance de scientifiques chinois bien intentionnés a coûté au monde tant de millions de vies et de billions de dollars, cette situation serait déjà assez grave. Mais si toutes ces morts et ces destructions sont dues à la dissémination accidentelle d’une arme biologique illégale, conçue à dessein pour détruire des pays, les conséquences internationales seront certainement bien plus graves.

 

Il y a certaines progressions logiques qui se suivent presque inévitablement, de sorte qu’une fois que nous avons accepté A, nous sommes obligés de passer à B, puis à C et D. Maintenant que nos médias d’élite et notre establishment politique semblent prêts à reconnaître la nature artificielle du virus, il leur sera impossible de supprimer le débat qui en résultera sur la question de savoir si Covid était une arme biologique illégale. En effet, je soupçonne fortement que nombre des premières personnalités qui ont désespérément – et souvent malhonnêtement – cherché à établir que le virus était naturel et à étouffer toute possibilité contraire l’ont fait dans l’espoir de prévenir exactement cette situation. Mais comme le souligne la citation de Taibbi ci-dessus, fin mai, « le dentifrice était complètement sorti du tube ».

 

Un scénario de fuite de laboratoire d’armes biologiques sans fuite de laboratoire ?

Comme nous l’avons vu plus haut, au cours des deux ou trois dernières semaines, nous avons assisté à l’explosion d’une énorme bulle de propagande qui avait dominé notre narration médiatique pendant plus d’un an, construite autour de l’hypothèse selon laquelle le Covid était un virus naturel. Cette bulle a été maintenue par la réticence des journalistes à prendre en compte les défauts évidents de cette théorie et l’absence totale de preuves à l’appui, tout en ignorant complètement des faits importants qui allaient dans une direction totalement différente. En conséquence, cette croyance se trouve rapidement remplacée par l’hypothèse contraire de la fuite en laboratoire promue par les articles de Wade et de Baker. Mais dans ces circonstances, nous devons faire attention à ne pas simplement remplacer une bulle de propagande par une autre.

 

Ensemble, les articles de Wade et Baker totalisent quelque 23 000 mots et, bien qu’ils constituent le principal argument en faveur de l’hypothèse de la fuite de Wuhan, ils semblent étrangement dépourvus de toute preuve significative d’une véritable fuite de laboratoire. Pire encore, à partir d’avril 2020, Trump et Pompeo ont déclaré haut et fort qu’ils possédaient « d’énormes preuves » à l’appui de leurs affirmations concernant une fuite de laboratoire à Wuhan, mais aucune de ces preuves n’est jamais apparue. Avons-nous oublié si vite l’histoire des ADM irakiennes ?

 

Il y a une exception partielle à ces étagères vides. Le long article de Wade contient une brève mention du fait que juste avant que Pompeo ne quitte ses fonctions, il a fait publier par son département d’État une fiche d’information mentionnant que les États-Unis « avaient des raisons de croire » qu’au cours de l’automne 2019, plusieurs chercheurs du laboratoire de Wuhan sont tombés malades avec des symptômes de grippe, et quelques mois plus tard, un ancien haut collaborateur de Pompeo a fait publiquement la même affirmation avec un peu plus de détails.

 

Puis, la semaine dernière, ce petit morceau a refait surface en tant que sujet d’un article entier en première page du WSJ. Selon les informations d’une source tierce anonyme à la fiabilité contestée, trois chercheurs du laboratoire de Wuhan sont tombés gravement malades en novembre 2019, à peu près au moment où l’épidémie a commencé. Taibbi semblait considérer cette bribe comme un appui solide pour une fuite de laboratoire, et l’histoire a été largement promue sur les médias sociaux.

 

Mais cette preuve réelle semble presque invisiblement mince. Les journalistes ont omis de mentionner que le laboratoire de Wuhan comptait plus de 1 000 employés, et est-il vraiment si remarquable que trois d’entre eux aient pu présenter de graves symptômes grippaux au plus fort de la saison de la grippe ? S’agissait-il vraiment de la somme totale des « énormes preuves » revendiquées par Pompeo ? De plus, un blogueur aux yeux aiguisés a remarqué que l’auteur principal de cet article du WSJ n’était autre que Michael R. Gordon, qui avait fait équipe avec Judith Miller pour ses articles notoirement frauduleux sur les ADM irakiennes, un détail important qui soulève certainement d’autres doutes. Et si l’on peut faire crédit aux autorités chinoises, elles affirment avoir testé par la suite tous les employés du laboratoire de Wuhan, dont aucun ne présentait de signes d’infection antérieure.

 

Il est vrai que certains rapports américains suggéraient également que les conditions de sécurité du laboratoire de Wuhan étaient insuffisantes, mais se fier à des indications aussi faibles devient une arme à double tranchant. Au cours de l’année dernière, les activistes de la propagande pro-chinoise ont largement promu la théorie totalement infondée selon laquelle le virus Covid se serait accidentellement échappé de Ft. Detrick, le premier laboratoire américain de guerre biologique, en s’appuyant fortement sur le fait que pendant huit mois de 2019, des parties importantes de l’installation avaient été fermées par le CDC pour de graves violations de la sécurité. Il existe évidemment des preuves circonstancielles bien plus solides d’une fuite d’un laboratoire américain que sur tout ce qui a pu se passer à Wuhan.

 

La principale faiblesse de l’hypothèse d’une fuite de laboratoire à Wuhan est donc qu’il n’y a aucun signe réel de fuite de laboratoire à Wuhan.

 

L’hypothèse d’une attaque américaine de guerre biologique

Il est donc fort probable que le Covid provienne d’un laboratoire et qu’il ait été conçu comme une arme biologique, mais nous n’avons pas d’indications sérieuses d’une quelconque fuite de laboratoire. Ainsi, si l’épidémie initiale de Wuhan était due au déploiement d’une arme biologique puissante, mais pas à une fuite accidentelle d’un laboratoire, la Chine était certainement la cible visée, la victime plutôt que l’auteur. En effet, la RPC n’a évité la dévastation que parce qu’elle a réagi de manière extrêmement rapide et a rapidement imposé des contrôles de santé publique exceptionnellement stricts. Quelque 700 millions de Chinois ont été confinés chez eux pendant des semaines, un confinement probablement plus de mille fois supérieur à tout ce que l’on avait vu auparavant dans l’histoire.

 

Compte tenu de notre confrontation militaire et géopolitique actuelle avec la Chine, l’Amérique semble être la source probable de l’attaque. Cependant, une fois que le virus a fini par atteindre notre propre pays, la réponse totalement apathique du président Trump a démontré qu’il n’avait lui-même absolument aucune idée qu’il pouvait être confronté à la menace d’une dangereuse arme biologique, prouvant ainsi son innocence personnelle. Les suspects les plus probables seraient des éléments dévoyés de notre establishment de sécurité nationale, probablement certains des néoconservateurs de l’État profond que Trump avait placés assez près du sommet de son administration.

 

Cette petite poignée de comploteurs de haut niveau aurait alors fait appel aux ressources de l’appareil de sécurité nationale américain pour mener à bien l’opération. Le virus et ses dispositifs de dispersion auraient pu être obtenus à Ft. Detrick et des agents de la CIA ou des membres des forces spéciales auraient été envoyés à Wuhan pour le diffuser. Cependant, toutes ces personnes auraient cru qu’elles participaient à une frappe militaire secrète pleinement autorisée contre le principal adversaire géopolitique des États-Unis. En fait, ce qui s’est passé est un scénario à la Dr Folamour,  mais dans la réalité.

 

À partir d’avril 2020, j’ai commencé à publier une longue série d’articles et de chroniques qui présentaient les preuves de cette hypothèse d’attaque de guerre biologique. Les liens de trois des articles les plus substantiels figurent ci-dessous, et je suggère à ceux qui sont intéressés de les lire, en particulier le plus récent.

[Note de la traductrice : le site Unz.com permet de choisir la langue dans laquelle on veut lire chaque article, voir la case à cliquer en haut de la page, à droite. Ces traductions automatiques sont peu satisfaisantes, mais ont le mérite d’être accessibles immédiatement]

Pravda américaine : Our Coronavirus Catastrophe as Biowarfare Blowback ? Ron Unz – The Unz Review – avril 21, 2020 – 7,400 Words – 1,638 Commentaires

Pravda américaine : Covid-19, son impact et ses origines après un an. Ron Unz – The Unz Review – 15 mars 2021 – 8,700 Mots – 975 Commentaires

Pravda américaine : « La vérité » et « toute la vérité » sur les origines du Covid-19. Ron Unz – The Unz Review – May 10, 2021 – 6,400 Words – 847 Commentaires

En outre, nous avions précédemment republié deux articles très pertinents, l’un par un vétéran de quarante ans de la biodéfense américaine et l’autre par le journaliste d’investigation Whitney Webb :

Le coronavirus était-il une attaque de guerre biologique contre la Chine ? OldMicrobiologist – The Unz Review – mars 13, 2020 – 3,400 Words – 705 Comments

Chauve-souris, édition de gènes et armes biologiques : Les récentes expériences de la DARPA suscitent des inquiétudes au milieu de l’épidémie de coronavirus. Whitney Webb – The Unz Review – janvier 30, 2020 – 5,700 Words – 297 Comments

Les quelques paragraphes suivants extraits de mes articles fournissent probablement certaines des preuves les plus convaincantes de ma thèse :

Mais les conséquences horribles de notre propre inaction gouvernementale ultérieure étant évidentes, des éléments au sein de nos agences de renseignement ont cherché à démontrer que ce n’étaient pas eux qui dormaient aux commandes. Au début du mois, un reportage d’ABC News citait quatre sources gouvernementales distinctes pour révéler que, dès la fin novembre, une unité spéciale de renseignement médical au sein de notre Defense Intelligence Agency avait produit un rapport avertissant qu’une épidémie hors de contrôle était en train de se produire dans la région de Wuhan en Chine, et avait largement diffusé ce document dans les hautes sphères de notre gouvernement, avertissant que des mesures devaient être prises pour protéger les forces américaines basées en Asie. Après la diffusion du reportage, un porte-parole du Pentagone a officiellement nié l’existence de ce rapport de novembre, tandis que plusieurs autres hauts responsables du gouvernement et des services de renseignement refusaient de faire des commentaires. Mais quelques jours plus tard, la télévision israélienne a mentionné qu’en novembre, les services de renseignement américains avaient effectivement partagé un tel rapport sur l’épidémie de Wuhan avec leurs alliés de l’OTAN et d’Israël, semblant ainsi confirmer de manière indépendante l’exactitude complète de l’histoire originale d’ABC News et de ses nombreuses sources gouvernementales. 

Il apparaît donc que des éléments de la Defense Intelligence Agency étaient au courant de l’épidémie virale mortelle de Wuhan plus d’un mois avant tout responsable du gouvernement chinois lui-même. À moins que nos agences de renseignement n’aient mis au point la technologie de la précognition, je pense que cela a pu se produire pour la même raison que les pyromanes ont la connaissance la plus précoce des futurs incendies. 

Selon ces comptes rendus des médias grand public aux sources multiples, dès « la deuxième semaine de novembre », notre agence de renseignement de la défense préparait déjà un rapport secret mettant en garde contre une épidémie « cataclysmique » à Wuhan. Pourtant, à ce moment-là, il n’y avait probablement pas plus de deux douzaines de personnes infectées dans cette ville de 11 millions d’habitants, et peu d’entre elles présentaient encore des symptômes graves. Les implications sont assez évidentes. En outre :

 Alors que le coronavirus commençait progressivement à se propager au-delà des frontières chinoises, un autre événement est venu renforcer mes soupçons. La plupart de ces premiers cas sont apparus exactement là où on pouvait s’y attendre, dans les pays d’Asie de l’Est limitrophes de la Chine. Mais fin février, l’Iran est devenu le deuxième épicentre de l’épidémie mondiale. De manière encore plus surprenante, ses élites politiques ont été particulièrement touchées, puisque 10 % de l’ensemble du parlement iranien a été infecté et qu’au moins une douzaine de ses fonctionnaires et hommes politiques sont morts de la maladie, dont certains de haut rang. En effet, les activistes néoconservateurs sur Twitter ont commencé à noter avec joie que leurs ennemis iraniens haineux tombaient maintenant comme des mouches.

 Examinons les implications de ces faits. Dans le monde entier, les seules élites politiques qui aient subi des pertes humaines significatives sont celles de l’Iran, et ces personnes sont mortes à un stade très précoce, avant même que des épidémies significatives ne se soient produites presque partout ailleurs dans le monde, en dehors de la Chine. Ainsi, l’Amérique a assassiné le plus haut commandant militaire iranien [le général Qassem Soleimani] le 2 janvier et, quelques semaines plus tard, une grande partie des élites dirigeantes iraniennes se trouvait été infectée par un nouveau virus mystérieux et mortel, qui a entraîné la mort de nombre d’entre elles. Tout individu rationnel pourrait-il considérer cela comme une simple coïncidence ?

 

Le 15 mars 2020, j’avais publié un bref commentaire présentant une simple analogie sur ce qui, selon moi, s’était passé. À ce moment-là, notre pays n’avait subi que quelques dizaines de décès et n’avait pas encore connu son premier confinement, mais je m’en tiens toujours à ces mêmes mots aujourd’hui :

 

Supposons que deux voisins se disputent, et que l’un d’entre eux a un fils adolescent psychopathe, qui sort tard dans la nuit et allume un incendie criminel à côté pour « leur donner une leçon ». 

Mais la famille victime sent la fumée, se réveille et, au prix d’un effort héroïque, éteint le feu en ne subissant que des dégâts mineurs.

 Pendant ce temps, le feu se propage, gagnant la maison de l’adolescent, et comme la famille est trop paresseuse et incompétente pour faire quoi que ce soit, la maison prend feu et brûle, tuant plusieurs membres de la famille et laissant tout le monde sans abri.

 Dans un tel scénario, ne serait-il pas plus raisonnable pour la famille attaquée de se réjouir discrètement et de présenter ses condoléances plutôt que de préparer une nouvelle vengeance ?


 

Les preuves plaident en faveur d’une attaque biologique plutôt que d’une fuite aléatoire en laboratoire.

Mes articles précédents, dont les liens figurent ci-dessus, plaident en faveur d’une attaque américaine de guerre biologique contre la Chine (et l’Iran), mais ils comptent plusieurs milliers de mots. C’est pourquoi je vous propose ci-dessous un bref résumé de ces points principaux, en insistant sur les raisons pour lesquelles le scénario de guerre biologique semble beaucoup plus probable que l’hypothèse concurrente de la fuite en laboratoire :

 

(1) Pendant trois ans, la Chine a été enfermée dans un conflit croissant avec l’Amérique en matière de commerce et de géopolitique, et pendant trois années consécutives, la Chine a été très durement touchée par des virus mystérieux. Un virus de la grippe aviaire a gravement endommagé son industrie de la volaille en 2018 et l’année suivante, un virus de la grippe porcine a détruit plus de 40 % de ses troupeaux de porcs, la principale source de viande de la Chine. La troisième année, le Covid-19 est apparu. Certainement un schéma suspect si le dernier n’était qu’une fuite aléatoire en laboratoire.

 

(2) L’épidémie de Covid-19 est apparue au moment et à l’endroit les plus défavorables pour la Chine, dans le grand centre de transit de Wuhan, presque parfaitement synchronisé pour atteindre des niveaux locaux élevés d’infection, juste au moment où les voyageurs en route pour les vacances du Nouvel An lunaire propageaient la maladie dans toutes les autres parties du pays, produisant ainsi une épidémie imparable. La date d’une fuite accidentelle d’un laboratoire aurait évidemment été aléatoire.

 

(3) 300 militaires américains venaient de se rendre à Wuhan dans le cadre des Jeux militaires mondiaux, ce qui constituait une occasion parfaite pour diffuser une arme biologique virale. Imaginez ce que penseraient les Américains si 300 militaires chinois s’étaient rendus à Chicago et qu’immédiatement après, une mystérieuse maladie virale mortelle se déclarait soudainement dans cette ville. Il s’agirait d’une étrange coïncidence si la visite militaire américaine et une fuite accidentelle de laboratoire sans aucun rapport se produisaient exactement au même moment.

 

(4) Les caractéristiques du Covid-19, notamment une grande capacité de communication et une faible létalité, sont absolument idéales pour une arme biologique anti-économie. Il semble étrange qu’une fuite aléatoire d’un laboratoire puisse libérer un virus si parfaitement conçu pour endommager gravement l’économie chinoise.

 

(5) Dès le début de l’épidémie, des blogueurs américains anti-chinois et le réseau Radio Free Asia financé par les États-Unis ont lancé une puissante offensive de propagande internationale contre la Chine, affirmant que l’épidémie de Wuhan était due à la fuite d’une arme biologique illégale du laboratoire de Wuhan. Il ne s’agissait peut-être que d’une réponse exceptionnellement rapide mais opportuniste de nos organes de propagande, mais ils ont semblé remarquablement rapides pour tirer pleinement parti d’un développement totalement inattendu et mystérieux, qu’ils ont immédiatement identifié comme étant dû à une fuite du laboratoire.

 

(6) Dès « la deuxième semaine de novembre », notre Agence de renseignement de la défense avait déjà commencé à préparer un rapport secret mettant en garde contre une épidémie « cataclysmique » à Wuhan, alors que, selon la chronologie standard, à ce moment-là, seules quelques dizaines de personnes avaient commencé à ressentir des symptômes de maladie dans une ville de 11 millions d’habitants. Comment ont-ils découvert ce qui se passait à Wuhan bien plus tôt que le gouvernement chinois ou quiconque ?

 

(7) Presque immédiatement après, les élites politiques au pouvoir en Iran ont été gravement infectées, et beaucoup de responsables officiels sont morts. Pourquoi la fuite accidentelle du laboratoire de Wuhan s’est-elle propagée aux élites politiques iraniennes si rapidement, avant d’avoir atteint presque tous les autres pays du monde ?

 

Schéma du scénario hypothétique d’une attaque biologique

Compte tenu des conclusions suggérées ci-dessus, je pense également qu’il serait utile que je fournisse mon propre résumé d’un scénario plausible pour l’épidémie de Covid. Bien que j’aie déjà présenté cette esquisse dans un article de septembre 2020, je ne vois pas la nécessité de la réviser. Évidemment, cette reconstruction est assez spéculative, mais je pense que c’est celle qui colle le mieux avec toutes les preuves disponibles, tandis que les éléments individuels peuvent être modifiés, abandonnés ou remplacés sans nécessairement compromettre l’hypothèse globale.

 

(1) Des éléments malveillants au sein de notre vaste appareil de sécurité nationale, probablement affiliés aux néoconservateurs de l’État profond, ont décidé d’infliger de graves dommages à l’énorme économie chinoise en utilisant la guerre biologique. Le plan consistait à infecter le principal centre de transport de Wuhan avec le Covid-19 afin que la maladie se propage de manière invisible dans tout le pays pendant les voyages annuels du Nouvel An lunaire, et ils ont utilisé la couverture des Jeux militaires internationaux de Wuhan pour glisser quelques agents dans la ville afin de libérer le virus. Je pense que seul un nombre relativement faible d’individus a été impliqué dans ce complot.

 

(2) L’agent biologique qu’ils ont libéré a été conçu principalement comme une arme anti-économie plutôt que comme une arme anti-personnelle. Bien que le Covid-19 ait un taux de mortalité plutôt faible, il est extrêmement contagieux, a une longue période infectieuse pré-symptomatique et peut même être propagé par des porteurs asymptomatiques, ce qui le rend parfaitement adapté à cet objectif. Ainsi, une fois qu’elle aurait été istillée dans la majeure partie de la Chine, il  aurait dû être extrêmement difficile de l’éradiquer et les efforts qui en résulteraient pour la contrôler auraient infligé d’énormes dommages à l’économie et à la société chinoises.

 

(3) Comme opération secondaire, ils ont décidé de cibler les élites politiques de l’Iran, en déployant éventuellement un variant un peu plus mortel du virus. Comme les élites politiques ont généralement tendance à être âgées, elles connaîtraient de toute façon un taux de mortalité beaucoup plus élevé.

 

(4) Les épidémies mortelles de SRAS et de MERS en Asie de l’Est et au Proche-Orient ne s’étant jamais propagées de manière significative en Amérique (ou en Europe), les comploteurs ont supposé à tort qu’il en serait de même pour le Covid-19. De toute façon, étant donné que les organisations internationales ont toujours classé les Etats-Unis et l’Europe comme ayant les meilleurs et les plus efficaces systèmes de santé publique pour combattre n’importe quelle épidémie, ils pensaient que tout dommage éventuel en retour serait très mineur.

 

(5) Seul un petit nombre d’individus était directement impliqués dans ce complot, et peu après que la maladie ait été libérée avec succès à Wuhan, ils ont décidé de protéger davantage les intérêts américains en alertant les unités appropriées de la Defense Intelligence Agency, probablement en fabriquant une sorte de prétendue « fuite de renseignements ». En gros, ils se sont arrangés pour que la DIA apprenne que Wuhan souffrait apparemment d’une épidémie « cataclysmique », ce qui a conduit la DIA à préparer et à distribuer un rapport secret avertissant nos propres forces et nos alliés pour qu’ils prennent les précautions nécessaires.

 

(6) Malheureusement pour ces plans, le gouvernement chinois a réagi avec une détermination et une efficacité étonnantes, et a rapidement éradiqué la maladie. Pendant ce temps, le gouvernement américain, apathique et incompétent, choisissait d’ignorer le problème, ne réagissant qu’après que l’épidémie massive dans le nord de l’Italie ait attiré l’attention des médias. Comme le CDC avait bâclé la production d’un kit de dépistage, nous n’avions aucun moyen de reconnaître que la maladie se propageait déjà dans notre pays, ce qui a entraîné des dommages massifs pour l’économie et la société américaines. En fait, l’Amérique a subi exactement le sort qui avait été initialement prévu pour son rival chinois!

 

Articles connexes (voir ci-dessus pour les liens) :

 

Pravda américaine : « La vérité » et « toute la vérité » sur les origines du Covid-19

Pravda américaine : Covid-19, son impact et ses origines après un an

Pravda américaine : La catastrophe du coronavirus, un retour de flamme de la guerre biologique ?

Le coronavirus était-il une attaque de guerre biologique contre la Chine ? par OldMicrobiologist

Chauves-souris, modification génétique et armes biologiques : Les récentes expériences de la Darpa suscitent des inquiétudes dans le contexte de l’épidémie de coronavirus par Whitney Webb

 

Source: https://www.unz.com/runz/american-pravda-george-orwells-virus-lab-leak/

Traduction: MP


 

Quand la Chine éternueQuand la Chine éternue, Cynthia McKinney

Par Kevin Barrett

 

Les livres conspirationnistes sur le COVID de James Perloff et Greg Felton valent vraiment la peine d’être lus. Mais la meilleure et la plus complète enquête en un seul volume sur ce qu’est réellement le COVID-19 et d’où il vient est le recueil d’articles compilé par Cynthia McKinney, When China Sneezes (qui aurait dû s’intituler When DARPA Sneezes) [« Quand la Chine éternue ». DARPA: Defense Advanced Research Projects Agency]

 

L’ancienne députée (qui a été  élue pour six mandats) et candidate à la présidence du Parti vert, Cynthia McKinney, et certains des autres contributeurs ont passé la fin du mois de décembre 2019 et la première moitié du mois de janvier 2020 à parcourir la Chine dans le cadre d’un voyage d’enquête, prenant l’avion quelques jours seulement avant le verrouillage mondial sans précédent. Leur mission initiale était d’enquêter sur les allégations de mauvais traitements infligés aux musulmans chinois. Mais l’explosion soudaine de la pandémie de COVID-19 a changé la donne.

 

Le résultat est un livre qui pourrait changer l’histoire et qui, avec les écrits de Ron Unz sur le sujet, devrait convaincre toute personne rationnelle que le COVID-19 est probablement le résultat d’une guerre biologique menée contre la Chine et l’Iran par les néoconservateurs américains. Le livre de McKinney présente certaines des sources clés qui ont été les premières à alerter les lecteurs et les auteurs de la Unz Review, dont votre serviteur, sur l’hypothèse de la guerre biologique :

 

*Jeff Brown (qui est venu dans mon émission du 8 février 2020 pour déclarer que le COVID était une guerre biologique contre la Chine) fournit des éléments d’introduction sur le SRAS-CoV2 et la guerre biologique ;

 

*Larry Romanoff et un écrivain chinois anonyme (dans un essai bilingue) décrivent comment la Chine, consciente d’avoir été l’objet d’attaques biologiques depuis des décennies, a mis en place l’effort de biodéfense le plus important et le plus réussi de l’histoire ;

 

*Michael Hudson et Peter Koenig expliquent pourquoi les oligarques occidentaux craignent tellement le système bancaire public chinois qu’on peut s’attendre à ce qu’ils s’engagent dans des agressions à haut risque, y compris la guerre biologique ;

 

*William Robinson ajoute des raisons de croire qu’une telle agression ultra-risquée a un sens dans le contexte de la crise financière de l’Occident ;

 

*Whitney Webb met au jour les liens entre la DARPA, le COVID-19 et les vaccins qui ont très certainement été développés en même temps que le virus lui-même ;

 

*Claudio Peretti explique que la guerre biologique est une guerre économique et que les oligarques occidentaux avaient les moyens, le motif et l’opportunité de déclencher le COVID ;

 

*Cynthia McKinney explique pourquoi le contexte historique indique une origine américaine et israélienne de la guerre biologique, en mettant l’accent sur le potentiel ethnique spécifique des coronavirus du SRAS (et peut-être des vaccins mortels similaires) ;

 

*Gary Barnett ajoute encore plus de contexte historique, en expliquant pourquoi « les États-Unis sont l’ennemi du monde en matière de guerre biologique » ;

 

*Helen Buyniski (de False Flag Weekly News) suggère que la dystopie engendrée par le COVID est intentionnelle et non accidentelle.

 

*Alfred Zayas suggère que le remède à la dystopie du COVID serait une conférence mondiale sur le rétablissement du COVID qui mettrait l’accent sur la préservation et l’extension des droits de l’homme.

 

Depuis la publication de When China Sneezes, Cynthia McKinney s’est montrée encore plus méfiante à l’égard des composants éventuellement spécifiques à une ethnie des coronavirus du SRAS utilisés comme armes biologiques. Elle cite l’article intitulé « New insights into genetic susceptibility of COVID-19 : an ACE2 and TMPRSS2 polymorphism analysis« , qui indique que « le COVID-19 est étrangement un virus de la grippe aviaire :

 

« Le COVID-19 est étrangement et tragiquement sélectif… Cette étude suggère que les polymorphismes de l’ADN de l’ACE2 ou du TMPRSS2 sont probablement associés à la susceptibilité génétique du COVID-19… Nous avons constaté que la distribution des variants délétères de l’ACE2 diffère parmi les 9 populations de gnomAD (v3). Plus précisément, 39% (24/61) et 54% (33/61) des variants délétères de l’ACE2 apparaissent dans les populations africaines/afro-américaines (AFR) et européennes non finlandaises (EUR), respectivement (Fig. 1 b). La prévalence des variants délétères parmi les populations latino/mixtes américaines (AMR), est-asiatiques (EAS), finlandaises (FIN) et sud-asiatiques (SAS) est de 2 à 10 %, tandis que les populations amish (AMI) et juives ashkénazes (ASJ) ne semblent pas porter de tels variants dans les régions codantes de l’ACE2 (Fig. 1b). » (c’est moi qui souligne -KB)

 

Étant donné que les Amish constituent près de la moitié de l’oligarchie milliardaire de l’Occident, qu’ils sont surreprésentés dans la R&D en matière de guerre biologique, qu’ils dominent le mouvement néoconservateur et qu’ils nourrissent depuis longtemps un désir messianique-millénariste d’annihilation/de soumission de toutes les autres tribus, le fait qu’ils soient apparemment totalement exempts du facteur génétique clé qui sous-tend la vulnérabilité au COVID-19 en fait des suspects évidents dans ce drame criminel mondial. Alors… méfiez-vous des fermiers barbus portant un chapeau de paille et roulant en charrettes, qui vous soufflent des bises dans des éprouvettes !

Source: https://www.unz.com/audio/kbarrett_cynthia-mckinney-on-when-china-sneezes-the-best-covid-book-yet/y-on-when-china-sneezes-the-best-covid-book-yet/

 

Traduction: MP

 

Faisons le point après dix-huit mois de guerre virale expérimentale

Par Robert Bibeau.

Le capitalisme c’est la guerre virale, bactériologique, chimique et numérique

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Les puissances impérialistes s’affrontent sur tous les fronts dans une  guerre concurrentielle permanente pour la conquête des marchés et le contrôle des ressources – y compris des  ressources humaines (force de travail) – afin de rescaper leur profitabilité déclinante.

 

Dans cette guerre acharnée – désespérée – ces puissances développent de nouvelles armes létales nucléaires – technologiques – spatiales – numériques (Internet) –  bactériologiques et virales  https://les7duquebec.net/archives/257512

 

Les médias d’information alternative diffusent depuis des mois des articles identifiant 42 laboratoires de recherche militaire, soi-disant  de haut  niveau de  sécurité de type P4 – pour la création d’armes de tuerie massive dont le laboratoire de Wuhan (franco-chinois) est un exemple dramatique. Une douzaine de pays hébergent ce type de laboratoires militaires de développement d’armes virales.

 

Depuis le début de l’hystérie pandémique (décembre 2019) nous avons publié une cinquantaine d’articles présentant l’hypothèse que le virus Sars-Cov-2, une arme virologique de faible létalité – se soit échappée ou ait été exfiltrée (???)  du laboratoire P4 de  Wuhan  en Chine: https://les7duquebec.net/?s=laboratoire

 

En décembre 2019, cette « échappée virale« , volontaire ou accidentelle, peu importe, a fourni l’opportunité aux puissances totalitaires, et à leurs États vassaux, de mettre au point leurs stratégies de défense face à une éventuelle guerre virologique mondiale. Depuis, l’humanité tout entière vit les affres de la crise pandémique du coronavirus et ses suites (confinement, couvre-feu, état d’urgence totalitaire, chômage forcée, famine, lois liberticides, désespoir et terreur sanitaire, etc).

Pour comprendre le terrible danger qui pèse sur la tête de milliards d’individus victimes potentielles d’une guerre bactériologique, il importe peu de savoir qui de la Chine, de la France ou des États-Unis, a tiré la première salve de cette guerre totale. Chacun de la douzaine de pays hébergeant un laboratoire de développement d’armes virales à «gains de fonctions» est susceptible un jour «d’échappé ou d’exfiltré» un de ces virus meurtriers que des apprentis sorciers – docteurs Fol-amour et scientifiques démoniaques – auront concoctés.

 

À compter de décembre 2019, la Chine, première puissance contaminée par l’arme Sars-Cov-2, a imposée l’état d’urgence totalitaire sur son territoire afin de mobiliser toutes ses ressources  humaines et médicales pour faire face à cette menace invisible. L’État totalitaire, première étape de préparation de la guerre bactériologique – les 7 du Québec

 

Puis, la Chine a commencé à organiser son économie de guerre afin de mobiliser toutes ses ressources économiques pour contrer cette attaque non conventionnelle et incontrôlable. En parallèle à  ces efforts politiques, économiques, sociaux et sanitaires, la machine médiatique de propagande ne ménageait pas ses efforts pour diffuser la doxa officielle élaborée par «la police de la pensée». Dans une guerre totale, le moral de la populace, à l’arrière du front, est un facteur déterminant pour la victoire du contingent. D’autant plus que dans cette guerre d’un nouveau genre ce n’est pas la piétaille en uniforme qui est la cible des armes létales, mais la population civile et particulièrement les plus vulnérables. Les guerres modernes, avec leurs armes discrètes (bactériologiques, virales, chimiques, numériques, technologiques) ressemblent à des guerres civiles dont les états-majors ne sauraient déterminer le front de la  confrontation, car une fois la bombe chimique lâchée dans la nature – dans la population cible – l’assaillant n’en contrôle plus la diffusion qui, comme nous avons pu le constater avec la pandémie du Covid-19, se propage sur l’ensemble de la planète, aussi bien chez l’assaillant que chez ses concurrents. https://les7duquebec.net/archives/264043

 

C’est ici que les grandes puissances impériales ont à nouveau recours aux laboratoires de Big Pharma, aux scientifiques, aux chercheurs et aux experts des laboratoires militaires pour développer des armes de défense antivirales appelées «vaccins», une façon de poursuivre la guerre concurrentielle en espérant en réduire les inconvénients pour son propre contingent. Une douzaine de vaccins ont été développés à la hâte par les multinationales du Big Pharma  pour contrer le Covid-19 et ses variants…avec plus ou moins de succès comme chacun sait. https://les7duquebec.net/archives/264183

 

Vous aurez constaté que chacune des grandes puissances totalitaires et la quasi-totalité de leurs  vassaux ont suivi, avec plus ou moins de bonheur, la même stratégie que la Chine dans sa préparation-participation à cette phase Un de la guerre virale mondiale. Les lois de l’économie politique s’appliquent inexorablement à tous les pays capitalistes. Voilà le fil d’Ariane qui relie les organismes mondialistes (OMS, ONU, FMI, OMC, BM, UE) et tous ces pays qui, tout en conspirant entre eux, ne peuvent faire autrement que d’appliquer les lois de l’économie même si cette conjoncture singulière les tétanise.

 

Ce ne sont pas les «complotistes-conspirationnistes» qu’il nous faut démasquer et contrer, mais les fauteurs de guerre virologique ayant pignon sur rue, à commencer par ces politiciens larbins de la gouvernance corrompue et ces charlatans médicaux et sanitaires stipendiés par Big Pharma, et par les GAFAM, ainsi que ces experts des laboratoires militaires dits «à gain de fonctions mortelles» et leurs patrons.

 

 ANNEXE

 

Nouveau développement,  la revue scientifique Science a publié le 13 mai 2021 une lettre signée par une vingtaine de chercheurs américains réclamant une enquête sur les origines du Sars-Cov-2. Les scientifiques sont des apprentis sorciers qui mènent ces recherches démentielles pour créer des armes bactériologiques dont ils ne contrôlent même pas les paramètres et ne connaissent pas le «contrepoison». Le crime n’est pas d’«échapper» le virus maléfique, mais de l’avoir fabriqué. Ces 20 chercheurs demandent aujourd’hui une enquête pour se défausser.  Il serait préférable qu’ils réclament la fermeture de ces 42 laboratoires militaires.   Voilà, selon nous,  le véritable enjeu de la phase Un de cette guerre sanitaire mettant aux prises le grand capital mondialisé et  le prolétariat international à conscientiser.

 


Notes

 

Briser le silence sur les origines du COVID 19 – Les Grosses Orchades, les Amples Thalamèges, le blog (lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr)

Ron Unz écrit : Depuis plus d’un an maintenant, j’ai publié une série d’articles et de chroniques sur les origines de l’épidémie mondiale de COVID-19, y faisant fortement valoir que l’épidémie représentait une attaque américaine de guerre biologique contre la Chine (et l’Iran). Voici des liens vers les trois principaux articles, dont le dernier a paru il y a une semaine.

La Pravda  américaine : Notre catastrophe au coronavirus, retour de flamme d’une guerre biologique ?
Ron Unz • The Unz Review 21 avril 2020 • 7.400 mots • 1.638 commentaires

La Pravda américaine : COVID-19, son impact et ses origines, après un an.
Ron Unz • The Unz Review 15 mars 2021 • 8.700 Mots • 975 commentaires

La Pravda américaine : « La vérité » et « Toute la vérité » sur les origines du COVID-19
Ron Unz • The Unz Review 10 mai, 2021 • 6,400 mots • 847 commentaires

 

 

 

Comment le capital américain prépare sa prochaine guerre

Par Pepe Escobar.

Source The Saker’s Blog

Andrei Martyanov est un cas à part. Ce baby-boomer de la troisième vague, né au début des années 1960 à Bakou, dans le Caucase, qui faisait alors partie de l’ex-URSS, est sans doute le principal analyste militaire de la sphère russe. Il vit et travaille aux États-Unis, écrit en anglais pour un public mondial et excelle toujours dans son blog intitulé Reminiscence of the Future.

J’ai déjà eu le plaisir de faire la critique de ses deux précédents livres. Dans Losing Military Supremacy : The Myopia of American Strategic Planningpublié il y a près de trois ans, il démontrait de manière convaincante que l’écart entre les États-Unis et la Russie en matière de missiles était comparable à un « abîme technologique » et que le Khinzal était « un changement complet de la donne sur les plans géopolitique, stratégique, opérationnel, tactique et psychologique ».

 

Il y cartographiait en détail « l’arrivée définitive d’un paradigme complètement nouveau » dans la guerre et la technologie militaire. Cette critique est incluse dans mon propre livre électronique intitulé Shadow play, disponible sur Asia Times.

Il a ensuite publié The (Real) Revolution in Military Affairs, où il est allé encore plus loin en expliquant comment cette « révolution », introduite au Pentagone par feu Andrew Marshall, alias Yoda, l’inventeur de facto du concept de « pivot vers l’Asie », a en fait été conçue par des théoriciens militaires soviétiques dans les années 1970, sous le nom de MTR (Military-Technological Revolution).

Son nouveau livreDisintegration, complète cette trilogie. Et c’est un final étonnant.

Dans cet ouvrage, Martyanov analyse de façon méticuleuse le déclin impérial, par thèmes, avec des chapitres sur la consommation, la géoéconomie, l’énergie, la perte de la course aux armements, entre autres. Il y dresse un réquisitoire dévastateur, notamment contre les lobbies toxiques de Washington et la médiocrité politique qui prévaut de l’autre côté de la Beltway. Ce qui est révélé au lecteur est l’interaction complexe des forces qui sont à l’origine du chaos politique, idéologique, économique, culturel et militaire américain.

Le chapitre 3, consacré à la géoéconomie, est une véritable promenade de santé. Martyanov montre comment la géoéconomie, en tant que domaine distinct de la guerre et de la géopolitique, n’est rien d’autre qu’un obscur embrouillamini : le bon vieux conflit « enveloppé dans le mince emballage de sciences politiques à l’intellectualisme superficiel «  – l’étoffe dont sont faits les rêves de Huntington, Fukuyama et Brzezinski.

Ce thème est pleinement développé au chapitre 6, consacré aux élites occidentales, avec un démantèlement cinglant du « mythe Henry Kissinger » : Un autre exceptionnaliste américain, faussement qualifié de « réaliste », qui fait partie d’une bande qui « n’est pas conditionnée pour penser de manière multidimensionnelle ». Après tout, ils ne sont toujours pas capables de comprendre le raisonnement et les implications du discours de Poutine à Munich, en 2007, qui déclarait le moment unipolaire – un euphémisme grossier pour dire hégémonie – mort et enterré.

Comment ne pas gagner de guerre

L’une des principales conclusions de Martyanov est qu’après avoir perdu la course aux armements et toutes les guerres qu’elle a déclenchées au XXIe siècle – comme le montre son bilan – la géoéconomie est essentiellement un « euphémisme pour qualifier les sanctions et les tentatives incessantes des États-Unis de saboter l’économie de toute nation capable de rivaliser avec eux » (voir, par exemple, la saga du Nord Stream 2). C’est « le seul outil » (c’est lui qui souligne) que les États-Unis utilisent pour tenter d’enrayer leur déclin.

Dans un chapitre consacré à l’énergie, Martyanov démontre que l’aventure américaine du pétrole de schiste n’est pas viable financièrement et que l’augmentation des exportations de pétrole est essentiellement due au fait que les États-Unis ont « récupéré les quotas libérés principalement à la suite des réductions de production de la Russie et de l’Arabie saoudite au sein de l’OPEP+, réductions faites dans le but d’équilibrer le marché mondial du pétrole ».

Au chapitre 7, intitulé « Losing the Arms Race », Martyanov développe le thème clé dont il est la superstar incontestée : les États-Unis ne peuvent pas gagner de guerres. Infliger une guerre hybride est une toute autre affaire, c’est créer « beaucoup de misère dans le monde, affamer effectivement des gens pour les conduire à leur mort pure et simple ».

Les sanctions économiques « à pression maximale » contre l’Iran en sont un exemple flagrant. Mais le fait est que ces outils – qui incluent également l’assassinat du général Soleimani – font partie de l’arsenal de « propagation de la démocratie » et n’ont rien à voir avec la « géoéconomie », mais ont « tout à voir avec les jeux de pouvoir bruts conçus pour atteindre le principal objectif clausewitzien de la guerre – « contraindre notre ennemi à obéir à notre volonté » ». Et « pour l’Amérique, la majeure partie du monde est l’ennemi ».

Martyanov se sent également obligé de mettre à jour ce sur quoi il excelle depuis des années : le fait que l’arrivée des missiles hypersoniques « a changé la guerre pour toujours ». Le Khinzal, déployé en 2017, a une portée de 2 000 km et « n’est pas interceptable par les systèmes antimissiles américains existants ». Le 3M22 Zircon « change complètement la stratégie de guerre navale et terrestre ». Le retard des États-Unis sur la Russie en matière de systèmes de défense aérienne est « massif, tant sur le plan quantitatif que qualitatif ».

Disintegration est également une critique acerbe du phénomène éminemment post-moderniste – qui se caractérise par une fragmentation culturelle infinie et le refus d’accepter que « la vérité est connaissable et peut faire l’objet d’un accord » – responsable de la réingénierie sociale actuelle des États-Unis, en tandem avec une oligarchie qui « de manière évidente, n’est pas très brillante, malgré sa richesse ».

Et puis il y a la russophobie rampante. Martyanov lance l’alerte rouge définitive : « Bien sûr, les États-Unis sont toujours capables de déclencher une guerre avec la Russie, mais s’ils le font, cela ne signifiera qu’une seule chose : les États-Unis cesseront d’exister, tout comme la majeure partie de la civilisation humaine. Ce qui est horrible, c’est qu’il y a des gens aux États-Unis pour qui même ce prix est trop faible à payer. »

En fin de compte, un intellect scientifique froid ne peut que s’appuyer sur une realpolitik solide : en supposant que les États-Unis évitent une désintégration complète en « territoires séparatistes », Martyanov souligne que la seule façon pour « l’élite » américaine de maintenir une sorte de contrôle « sur des générations de plus en plus éveillées ou désensibilisées par les drogues » est la tyrannie. En fait, la techno-tyrannie. Et cela semble effectivement être le nouveau paradigme dysfonctionnel qui se profile à l’horizon.

 

Pepe Escobar

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone

 

L’Intifada du XXIe siècle (en 7 langues)

Ce texte (septembre 2001) est paru dans la revue , Aufheben, N°10,2002 en anglais.  Ce texte fut aussi traduit en Allemand dans la revue Widcat-zirkular N° 62 , février 2002, et en français en brochure par Échanges et mouvement en octobre 2003. 

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TABLE des matières

Introduction

La domination américaine

Les intérêts économiques de l’Amérique au Moyen-Orient

Le nationalisme panarabe et le prolétariat de l’industrie du pétrole

Le nationalisme palestinien, rejeton bâtard du sionisme travailliste

Histoire de deux mouvements de libération nationale : le sionisme travailliste et le mouvement national palestinien

Le sionisme travailliste et le militantisme de la classe ouvrière juive européenne

Naissance du sionisme travailliste en Palestine

La stratification ethnique sioniste

La résistance de la classe ouvrière juive et l’impératif d’expansion

Le boom d’après 1967

Les colonies et l’accord travailliste sioniste

Les Panthères noires israéliennes

La crise inflationniste de 1978-1985

Les Etats arabes, l’expansion et les Etats-Unis

Colonies et contradictions

La formation de la classe ouvrière palestinienne

Une terre sans peuple ? L’abolition de la bourgeoisie palestinienne locale « Le seul représentant légitime du peuple palestinien »

L’OLP contre l’activité autonome du prolétariat

La Jordanie

Le Liban

L’Intifada (1987 -1993)

Une lutte de « libération nationale » ?

L’Intifada en tant que lutte de classe et les luttes de classe dans l’Intifada

La « révolte des pierres »

La réaction de la bourgeoisie israélienne

Les Islamistes

La guerre du Golfe

La route d’Oslo

Le  » processus de paix  » d’Oslo (1993-2000)

Le rôle policier de l’OLP

Le processus de paix et la restructuration du capital israélien

La classe ouvrière palestinienne

La classe ouvrière juive

L’Intifada du XXIe siècle

Les Arabes israéliens

L’Autorité palestinienne de plus en plus discréditée et la militarisation de la lutte

L’impact de la nouvelle Intifada

Conclusion : de la révolte à la guerre ?

____________________________________________________________________________________________________

Introduction

Alors que nous mettons sous presse* les Etats-Unis font un sérieux effort pour sauvegarder le « processus de paix » d’Oslo, effort qui constitue le cœur de leur stratégie, sous couvert de « guerre contre le terrorisme », pour mobiliser la bourgeoisie mondiale et lui imposer l’union. Ceci après une année pendant laquelle ils ont laissé Israël et les Palestiniens s’enfoncer dans un conflit unilatéral, déprimant et sanglant. La façon dont est perçue la caution américaine accordée au terrorisme d’Etat israélien contre les Palestiniens est une composante importante de la réaction ambivalente, voire même du soutien, de nombreuses personnes au Moyen-Orient et ailleurs à l’égard du terrorisme qui a visé le cœur de la puissance militaire et financière américaine. Ceci a brutalement mis en relief le conflit israélo-palestinien, rendant plus urgente que jamais l’analyse des forces motrices de l’Intifada. Au moment des attentats contre le World Trade Center de New York et le Pentagone à Washington, le 11 septembre 2001, ce que l’on a appelé « l’Intifada Al Aqsa » faisait rage depuis environ un an et semblait avoir réussi à saboter la tentative de paix bourgeoise incarnée par les accords d’Oslo. Elle a coûté très cher au prolétariat palestinien, qui a perdu beaucoup plus de vies et ramassé beaucoup plus de blessés que pendant l’Intifada de 1987-1993. C’est en particulier le nombre élevé de morts parmi la population palestinienne en « Israël proprement dit » qui fait la spécificité de cette Intifada, lorsque des localités comme Jaffa et Nazareth se sont soulevées avec des grèves générales et des émeutes, et lorsque la route principale qui traverse la Galilée du Nord a été semée de pneus enflammés dès les premiers jours du soulèvement. De l’autre côté de la Ligne verte, la politique israélienne d’assassinats a régulièrement ajouté au nombre de morts, chaque jour fournissant des témoignages encore plus choquants sur les horreurs du nationalisme et de la répression.

Pourtant, ce qui différencie vraiment cette dernière Intifada de la précédente est l’existence d’un micro-Etat palestinien, dont le rôle de policier et le statut de client ont été mis en évidence par le soulèvement. L’Etat israélien a commencé à réoccuper les zones contrôlées par l’Autorité palestinienne, à première vue temporairement. Sans présumer des intentions à long terme de l’Etat israélien, ces incursions ont servi à rappeler brutalement à l’Autorité palestinienne qu’elle est la création d’Israël, et que les Israéliens peuvent aussi détruire ce qu’ils ont créé. Le but de ce texte n’est pas de prédire les développements futurs du conflit israélo-palestinien, mais de replacer la dernière Intifada dans son contexte historique et de la comprendre sous l’angle de la lutte de classe.

Beaucoup réagissent au problème palestinien en lançant des appels abstraits à la solidarité entre travailleurs arabes et juifs. En même temps, la gauche léniniste légitime l’idéologie nationaliste qui divise la classe ouvrière, en affirmant « le droit à l’autodétermination nationale » et en offrant son « soutien critique » à l’OLP (1). Au moment où nous écrivons [2001], l’Intifada ne semble pas vraiment à même de détrôner cette idéologie nationaliste. Les travailleurs arabes et juifs « s’unissent et luttent » – apparemment avec leurs bourgeoisies et les uns contre les autres. Cet article soulignera certaines raisons matérielles pour lesquelles les exemples concrets de la solidarité prolétarienne entre Juifs et Arabes sont rares. La classe ouvrière juive a été matériellement avantagée par l’occupation et par la position inférieure des Palestiniens sur le marché du travail, tant en Israël que dans les territoires occupés. Depuis le milieu des années 1970, cet accord (que nous appellerons sionisme travailliste) a régressé, et les travailleurs juifs sont confrontés à l’insécurité économique. L’occupation de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza était nécessaire pour loger la classe ouvrière juive en Israël. Les colonies dans les territoires occupés ont joué le rôle de logement social pour compenser l’insécurité économique croissante des travailleurs juifs, et sont devenues un problème insoluble auquel sont confrontés les architectes de la paix bourgeoise.

Une position typique de la gauche est d’appeler à la création d’un « Etat socialiste démocratique en Palestine dans lequel Juifs et Arabes pourront vivre en paix (2) ». Cela pourrait nous sembler relativement réformiste, mais un tel appel pour « un Etat binational, laïc et démocratique » est considéré en Israël comme une exigence follement révolutionnaire, même par des activistes relativement radicaux. Depuis le début du siècle, les luttes des deux groupes de travailleurs sont de plus en plus réfractées par le prisme du nationalisme. Toutefois, le spectacle désolant de prolétaires qui s’entretuent n’est pas prédéterminé : le nationalisme au Moyen-Orient est apparu et est entretenu pour réagir au militantisme de la classe ouvrière. Pour nous, l’idéologie nationaliste, telle qu’elle se manifeste au Moyen-Orient, ne peut se comprendre qu’en relation avec l’émergence d’un prolétariat pétrolier et avec la domination américaine dans la région. Par exemple, les formes prises par le nationalisme palestinien – particulièrement l’OLP – étaient une réponse concrète de la bourgeoisie palestinienne en exil à un prolétariat palestinien ouvertement rebelle. Le  » processus de paix  » agencé par les Etats-Unis naquit de la reconnaissance du rôle récupérateur de l’OLP dans l’Intifada, alors que l’écroulement d’Oslo et la montée apparemment dramatique de l’hostilité islamiste à l’égard des Etats-Unis est liée à l’incapacité de l’OLP de satisfaire les exigences même les plus basiques du nationalisme palestinien. C’est pourquoi il nous faut d’abord comprendre le contexte international au Moyen-Orient, en particulier le rôle hégémonique des Etats-Unis dans la région.

Intifada. 3. La domination américaine

La domination américaine

La première guerre mondiale, de 1914 à 1918, a démontré la valeur militaire du pétrole. Dans son sillage, l’influence de l’Allemagne au Moyen-Orient se trouva considérablement réduite, et il devint évident pour toutes les grandes puissances que l’Empire ottoman ne pouvait plus se maintenir seul (en partie à cause de la révolte arabe de 1917, favorisée par les Britanniques). La Grande-Bretagne et la France s’entendirent pour diviser le Moyen-Orient en sphères d’influence, la Grande-Bretagne contrôlant la Palestine. Alors que le but affiché était d’empêcher la Russie de pénétrer dans cette région, la Grande-Bretagne avait aussi l’intention de contenir les ambitions françaises en Syrie et au Liban, de garantir l’accès au canal de Suez et de sécuriser l’écoulement du pétrole depuis l’Irak. Dès 1947, la position britannique en Palestine n’était plus tenable, en raison du déclin de la Grande-Bretagne comme puissance impériale. Epuisé par la seconde guerre mondiale, attaqué par les colons militants juifs, et de plus en plus diminué en politique étrangère par les Etats-Unis, le Royaume-Uni maintint une position chancelante jusqu’à ce que son « retrait » soit manigancé en 1948 lors de la création de l’Etat d’Israël.

Cette année-là vit l’expansion et la consolidation de l’Etat israélien par la guerre contre ses voisins arabes, et la domination des Etats-Unis en tant que puissance étrangère dominante dans la région. Les intérêts stratégiques des Etats-Unis étaient triples : stopper l’expansion de l’URSS en Méditerranée, protéger les gisements de pétrole de la péninsule arabique identifiés à l’époque, et enfin entraver toute poursuite de l’influence britannique ou française au Moyen-Orient. Pendant les premières années de l’après-guerre, les Etats-Unis considéraient les vieilles puissances européennes, et non l’URSS, comme leurs principales rivales au Moyen-Orient. En 1953, en Iran, le coup d’Etat de Reza Pahlavi soutenu par la CIA – en réaction à la nationalisation par l’Iran des gisements de pétrole appartenant aux Britanniques* – eut pour effet le transfert de 40 % du pétrole britannique vers les Etats-Unis. Le coup d’Etat transforma l’Iran en Etat-client des Etats-Unis dans le  » ventre mou  » de la frontière sud de l’URSS, en bastion de la  » culture occidentale  » au Moyen-Orient. De même, pendant la crise de Suez de 1956, les Etats-Unis empêchèrent la Grande-Bretagne et la France de réaffirmer leurs intérêts nationaux en Egypte, obligeant ces vieilles puissances impériales à jouer les seconds violons de l’Amérique au Moyen-Orient.

Cependant, une fois l’Egypte dans l’orbite soviétique, à la suite du coup d’Etat des Officiers libres en 1952, et de la signature d’une vente d’armes avec la Tchécoslovaquie en 1955, les Etats-Unis comprirent que l’Union soviétique tentait de jouer les gros bras dans la région. L’endiguement de l’URSS devint alors le mot d’ordre officiel de la politique étrangère américaine, ce qui signifiait placer des obstacles sur la route de l’influence soviétique au Moyen-Orient. La politique sous-jacente était la protection à tout prix des intérêts économiques américains.

Les intérêts économiques de l’Amérique au Moyen-Orient

L’intérêt principal de l’Amérique dans la région est bien entendu le pétrole. En même temps qu’elle plaça les Etats-Unis au sommet de la hiérarchie impérialiste, la seconde guerre mondiale confirma la position centrale du Moyen-Orient comme principale source de pétrole. Un rapport du Département d’Etat de 1945 qualifiait l’Arabie Saoudite de « source prodigieuse de puissance stratégique, et l’une des possessions les plus importantes de l’histoire du monde ». Peu de choses ont changé depuis, sinon que le pétrole acquit une valeur encore supérieure lorsque l’Amérique entra dans sa phase dynamique d’expansion fordiste, au cours des deux décennies qui suivirent la seconde guerre mondiale.

Lorsque la production automobile et l’industrie pétrochimique remplacèrent la construction de voies ferrées comme lieux clés de l’expansion, le capital alla du charbon au pétrole, qui devint la matière première essentielle. Les sources d’approvisionnement en pétrole, surtout le Moyen-Orient avec ses énormes réserves, acquirent une importance cruciale. La valeur du pétrole ayant été soulignée par la crise énergétique des années 1970, les Etats-Unis ont utilisé tous les moyens possibles pour se procurer le pétrole de cette région avant et par-dessus tout le monde. Pour les Etats-Unis, une source de profits secondaires, mais non négligeables, est constituée par l’écoulement des pétrodollars arabes vers l’Amérique du Nord sous forme d’achats de matériel militaire, de projets de construction, de dépôts bancaires et autres investissements, phénomène qui date des années 1970.

Le nationalisme panarabe et le prolétariat de la production pétrolière

Au début, l’Etat d’Israël nouveau-né tenait très peu de place dans les préoccupations américaines. En fait, pendant la crise de Suez, l’Amérique s’était alliée à l’Egypte contre l’expansionnisme d’Israël. Ce ne fut que dans les années 1950, lors de l’émergence d’un nationalisme arabe plus affirmé, que les Etats-Unis commencèrent à saisir le potentiel d’un partenariat stratégique construit avec l’« entité sioniste ». La croissance de la production pétrolière au Moyen-Orient avait amené des société autrefois traditionnelles à se moderniser rapidement. Une nouvelle bourgeoisie émergea de la classe militaire et bureaucratique, au service de l’accumulation nationale, favorable au modèle de développement capitaliste de l’URSS et hostile à l’« impérialisme ».

La forme d’anti-impérialisme la plus cohérente était le nationalisme « panarabe ». Les origines du panarabisme se trouvent dans l’Empire ottoman, qui avait unifié les Arabes sous la férule turque, mais qui s’était écroulé à la suite de la première guerre mondiale. Les puissances impérialistes découpèrent alors le Moyen-Orient dans le but de conquérir et de contrôler de nouveaux marchés et des matières premières d’importance stratégique. Pourtant, ces nouvelles frontières allaient à l’encontre « du langage commun, des coutumes et des traditions » conservés par les habitants de l’ancien Empire ottoman. Dans l’idéologie panarabe, une « communauté naturelle », basée sur l’idéalisation des relations sociales précapitalistes, sert à neutraliser les antagonismes de classe. Au moyen d’un mouvement politique moderniste, le panarabisme a pu utiliser cette « communauté naturelle » imaginaire pour faire avancer son projet de modernisation et pour récupérer la lutte de classe. En tant que mouvement nationaliste, le panarabisme servit à diviser et à coopter la classe ouvrière de la région, favorisant ainsi la promotion du développement capitaliste. Malgré cela, son penchant pour l’URSS et ses tendances au capitalisme d’Etat menaçaient les intérêts du capital occidental (3). Bien que ces intérêts n’aient en aucun cas été semblables pour les différentes capitales occidentales, à long terme, les tendances au capitalisme d’Etat du nationalisme arabe risquaient d’empêcher le capital occidental d’accéder librement aux gisements pétroliers du Moyen-Orient.

Mais le nationalisme arabe, pendant les brèves périodes où il s’est incarné dans un panarabisme combatif, a été réduit en poussière par Israël. Et sur le plan économique, les bourgeoisies des différents pays arabes ont, tôt ou tard, découvert qu’il était difficile de résister à l’énorme soutien économique qu’apporterait un réalignement avec l’Amérique (4). Pour la bourgeoisie arabe (et l’OLP ne fait pas exception), qu’elle soit ou non ouvertement panarabe, la difficulté, si elle ne voulait pas affronter des défis intérieurs, était de s’allier avec l’Amérique de façon crédible tout en paraissant maintenir en vie le rêve de l’indépendance arabe et la destruction d’Israël. En 1973, cette tension se traduisit par la hausse du prix du pétrole décidée par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), ressentie comme une réaction à la guerre d’octobre entre Israël et les Etats arabes. Cependant, les exigences du prolétariat de la production pétrolière signifiaient que, dans certains pays, on dépensait une part disproportionnée des augmentations du prix du pétrole imposées par l’Opep pour répondre aux besoins de la classe ouvrière, plutôt que pour atteindre les niveaux technologiques supérieurs nécessaires au développement industriel (5).

Les impératifs stratégiques de l’Amérique se durcirent autour de deux objectifs : d’abord contenir la menace que représentait l’Union soviétique et, deuxièmement, écraser ou, là où c’était possible, coopter les expressions variées du nationalisme arabe qui déferlaient sur la région.

En plus de sa méthode habituelle d’intervention à l’étranger – c’est-à-dire soutenir avec enthousiasme la faction de la bourgeoisie pro-occidentale la plus crédible, coopter autant que possible tout mouvement populaire, et faire éliminer les provocateurs impénitents – les Etats-Unis inventèrent un moyen raffiné de représenter le Moyen-Orient comme la partie du monde en crise permanente et, de toute façon, impossible à comprendre. La politique américaine devint donc  » gestion de crise  » et  » apport de paix à l’endroit le plus troublé du monde « . Qu’importe la crise, le pétrole et les pétrodollars continuaient à s’écouler d’est en ouest, et les Etats-Unis n’ont pas eu à lutter beaucoup pour faire durer la paix bourgeoise dans la région (6).

Le nationalisme

Intifada. 4. Histoire de deux mouvements de libération nationale

Histoire de deux mouvements de libération nationale : le sionisme travailliste et le mouvement national palestinien

Le sionisme travailliste et le militantisme de la classe ouvrière juive européenne

Le sionisme travailliste s’est traditionnellement construit autour de plusieurs grosses structures institutionnelles, principalement l’Histadrout et le Fonds national juif (FNJ). L’Histadrout est un « syndicat » d’Etat et a aussi toujours été un employeur important. Même avant la création d’Israël, c’était un ministère de l’emploi et de la solidarité embryonnaire, qui remplissait également les fonctions d’un syndicat pour certains secteurs de travailleurs juifs. Le FNJ fut créé en 1903 pour collecter les dons des sionistes. Sa fonction principale est l’administration du territoire national. Il a acheté de grandes quantités de terres au nom de « tous les Juifs », et a contrôlé la plupart des territoires gagnés lors du vol des terres de 1948. Les terres du FNJ ne pouvaient être cédées qu’à des Juifs et travaillées que par des Juifs, et devinrent propriété de l’Etat en 1948. 80 % des Israéliens vivent sur des terres qui appartenaient autrefois au FNJ, et il en contrôle encore une grande partie.

Les premiers sionistes étaient un groupe de pression bourgeois qui passaient leur temps à faire du lobbying auprès de plusieurs dirigeants européens (y compris Mussolini). Contrairement à la plupart des Juifs européens, ces sionistes se déclaraient anticommunistes. Ils reconnaissaient comme alliées des « antisémites honnêtes » qui leur donneraient des terres pour se débarrasser de la « menace révolutionnaire » juive. Ils courtisaient aussi les Juifs européens capitalistes qui voulaient mettre fin à l’immigration des Juifs militants d’Europe de l’Est dans leurs pays respectifs (car ils pensaient que ces militants compromettaient l’assimilation et favorisaient l’antisémitisme) ; ils courtisaient aussi les Etats coloniaux qui leur donneraient ou leur vendraient des terres (ce n’était pas obligatoirement, à ce stade, la Palestine).

Cependant, le sionisme a toujours eu besoin d’être un mouvement de masse, et c’est pourquoi les premiers sionistes étaient volontiers souples dans leurs alliances politiques. A ses débuts, le sionisme était étranger à la plupart des Juifs européens de la classe ouvrière, car ils s’alliaient plutôt au mouvement ouvrier révolutionnaire qui balayait alors le continent (11). Tout comme le prolétariat juif militant, de nombreux Juifs de la classe moyenne en Europe de l’Est pensaient que, face à l’antisémitisme de droite, ils ne pouvaient être qu’à gauche. Afin de plaire à cet électorat, les groupes sionistes furent obligés d’accentuer leurs caractéristiques les plus  » socialistes  » (12).

Ces caractéristiques convergeaient avec le désir, exprimé dans le sionisme, de revenir à des liens communautaires pré-capitalistes, qui formaient la base même de l’ » identité juive « . Les éléments plus sociaux-démocrates de la pensée sioniste devinrent prédominants et s’imposèrent comme la forme dominante du sionisme, et c’est ce qui permit aux groupes sionistes de s’introduire dans le mouvement ouvrier juif.

Naissance du sionisme travailliste en Palestine

Les premières colonies juives étaient plus ou moins des aventures commerciales qui avaient tendance à se terminer par l’emploi de travailleurs arabes (souvent prolétarisés depuis peu, en raison des achats de terres par les sionistes [13]). Les nouveaux immigrés juifs qui cherchaient du travail se retrouvaient souvent à chercher un emploi précaire sur les mêmes bases que les Arabes (14).

Les institutions du sionisme travailliste commencèrent à devenir puissantes dans la communauté juive palestinienne vers les années 1920. Une lutte permanente avait cours depuis 1905, époque à laquelle de nombreux Juifs russes de gauche s’étaient tournés vers le sionisme après l’échec de la révolution de 1905. La seconde vague d’immigration sioniste était principalement composée de Juifs de gauche, jeunes, éduqués, issus de la classe moyenne, qui voulaient revenir à la terre et travailler comme pionniers. Ils furent peu à peu déçus par la colonisation sioniste, qu’ils trouvaient trop capitaliste pour combler leurs espérances. S’opposant aux capitalistes juifs, qui ne voyaient aucun inconvénient à utiliser une main-d’œuvre arabe tant qu’elle coûtait moins cher, ils introduisirent l’idée que seuls des Juifs pouvaient travailler sur les terres et dans les entreprises juives.

Si une partie de l’antisémitisme moderne est un pseudo anticapitalisme, dans lequel le Juif est assimilé au côté abstrait du système marchand, travail abstrait et non concret, finance et circulation « cosmopolites et sans racines », plutôt que production enracinée dans le sol national (15), d’une certaine façon le sionisme constitue une réponse puisqu’il insiste sur le travail productif et le retour à la terre.

On pensait que dans un Etat exclusivement juif, les Juifs ne seraient pas confinés dans certains métiers et professions, mais joueraient complètement leur rôle dans la division du travail capitaliste. C’est pourquoi leurs slogans disaient : « la conquête de la terre » et la « conquête du travail ». Ceci fut à l’origine d’un conflit entre les anciens colons et les nouveaux immigrés (16). Les syndicats sionistes installaient des piquets de grève devant les entreprises qui continuaient à employer de la main-d’œuvre arabe (17). Le conflit était atténué par l’organisation sioniste, qui utilisait une grande partie de ses fonds pour subventionner les salaires juifs afin qu’employer des Juifs ne soit pas plus coûteux que d’employer des Arabes. Malgré tout, il y avait encore des grèves.

En réaction, l’opposition de droite organisa un « syndicat national » de « jaunes » avec l’aide d’immigrés petits-bourgeois polonais, de riches fermiers et de propriétaires d’usines. Ils s’attaquaient aussi aux organisations de la classe ouvrière (18). Cependant, les sionistes de l’aile gauche « conquête du travail » furent grandement encouragés par les grèves générales palestiniennes de 1936, lorsque des ouvriers juifs brisèrent les grèves palestiniennes. Dès les années 1920, l’Histadrout organisait plus des trois quarts des ouvriers juifs et était le principal employeur après le gouvernement britannique. Il dirigeait aussi les agences pour l’emploi et entretenait des liens très étroits avec les coopératives de production et de vente. Avec une telle structure, l’Histadrout était une base vitale pour les organisations sionistes  » presque gouvernementales  » qui organisaient l’éducation, l’immigration, les affaires économiques et culturelles. Donc, même avant 1948, l’Etat sioniste s’enracinait dans des formes social-démocrates corporatistes (19).

La stratification ethnique sioniste

Après la confiscation massive des terres en 1948, le problème de la pénurie de main-d’œuvre juive apparut pour la première fois. Les bourgeois juifs européens présentaient le sionisme comme la solution au militantisme juif à ceux qui les finançaient et les soutenaient. Pourtant, on s’aperçut que la plupart des Juifs ne voulaient pas aller en Israël et étaient plus attirés par l’Amérique ou l’Europe de l’Ouest. Ce qui dissuadait les Juifs européens était la mauvaise situation territoriale de ce minuscule Etat face à ses voisins arabes hostiles, qui entraînait à son tour l’obligation de s’étendre : contrairement à l’Egypte à l’ouest, et à la Syrie au nord-est, Israël ne pouvait pas se permettre de perdre un seul hectare de terre.

La militarisation logique de la société israélienne décourageait encore plus les immigrants potentiels. Ce problème a été partiellement résolu par l’immigration des Juifs du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Cependant, de nombreux Juifs d’Orient n’avaient aucune envie de s’installer en Israël et s’opposaient même au sionisme parce qu’il rendait leur situation plus précaire, surtout dans les pays arabes. Une grande partie de la bourgeoisie arabe tentait de promouvoir le panarabisme en opposition au sionisme, et bien que les Juifs d’Orient n’aient pas été victimes d’un génocide systématique du niveau de l’Holocauste, il y a eu des pogroms dans certains pays du Moyen-Orient.

La fondation d’Israël, la guerre de 1948 et la montée logique du nationalisme arabe déstabilisèrent encore plus la vie des Juifs d’Orient, et beaucoup d’entre eux émigrèrent en Israël (20). Les Juifs d’Orient furent souvent prolétarisés au cours de leurs migrations. Ceux qui avaient des qualifications professionnelles s’aperçurent qu’elles n’étaient pas reconnues en Israël et que leurs avoirs personnels étaient souvent confisqués à l’arrivée. Les Juifs d’Occident bénéficiaient d’un traitement préférentiel pour le logement et l’emploi et certains pouvaient utiliser comme capital les dédommagements personnels de guerre versés par l’Allemagne, et le contraste était choquant. Et il arrivait aussi souvent que les Juifs d’Orient soient placés dans les camps de transit et les villes des zones de développement les plus proches des frontières, surpeuplées et dangereuses. Dans le cas des Juifs d’Afrique du Nord surtout, abandonnés dans des villes-frontières comme Musrara, l’Etat feignit d’ignorer qu’ils occupaient les maisons des Arabes déplacés par la guerre expropriatrice de 1948. Donc en réalité, les Juifs d’Orient finirent comme gardiens des frontières contre les Arabes.

Dans la pratique, le sionisme travailliste en Israël était basé sur la division ethnique de la classe ouvrière, pas seulement entre Juifs et Arabes, mais aussi entre Juifs d’Orient et d’Occident. Ce fut le travail des Juifs d’Orient, ajouté à celui des quelques Palestiniens qui restaient, qui devint la force motrice de  » l’éclosion du désert « , et sa transformation en Etat capitaliste moderne. Cependant Israël n’a jamais eu une économie capitaliste  » normale  » en raison du rôle disproportionné qu’y joue le soutien financier de l’étranger. Depuis les années 1950, l’Allemagne de l’Ouest a envoyé environ un milliard de marks par an au titre des réparations collectives pour l’holocauste nazi. La contribution des Etats-Unis est plus importante encore.  » En 1983, Israël avec seulement 300 000 habitants, recevait 20 % d’aide exclusivement américaine.  » En d’autres termes, chaque famille israélienne recevait l’équivalent de 2 400 dollars du gouvernement américain. Mais en tant qu’Etat capitaliste le plus développé de la région, la bourgeoisie israélienne avait rassemblé ses propres fossoyeurs potentiels sous la forme d’une classe ouvrière combative.

LA RESISTANCE DE LA CLASSE OUVRIERE JUIVE ET L’IMPERATIF D’EXPANSION

Contrairement à celle de nombreux autres pays du Moyen-Orient, la classe ouvrière israélienne a toujours été concentrée dans un espace réduit. La stratification ethnique a empêché l’émergence d’un prolétariat homogène face au capital israélien. Mais malgré cela, la classe ouvrière israélienne s’est montrée combative. Le trait marquant de la lutte de classe à cette époque fut la contestation par les Juifs orientaux de leur position subordonnée dans la société israélienne. Les années 1950 ont été traversées par des émeutes « pain et travail » dans les camps de transit, en grande partie peuplés de Juifs orientaux qui se retournèrent fréquemment contre la police. En 1959, les « émeutes Wadi Salib » débutèrent dans un quartier pauvre de Haïfa et s’étendirent aussitôt à d’autres endroits où vivait une importante population de Juifs marocains.

Comme dans les Etats d’Europe de l’Ouest, les institutions social-démocrates servaient de médiateurs dans les conflits de classe en Israël. Cependant de nombreux Juifs orientaux militants considéraient l’Histadrout et le Parti travailliste comme des ennemis, et ils s’en prenaient donc souvent à ces institutions. Une fois, en 1953, le bureau de l’Histadrout à Haïfa fut l’objet d’un incendie criminel de la part des manifestants juifs orientaux qui considéraient son pur corporatisme comme l’une des incarnations de leur subordination aux Juifs occidentaux. Au début des années 1960, l’économie israélienne était en récession, en partie à cause du tarissement des réparations de guerre allemandes, qui avaient fourni au capital israélien son élan initial. Beaucoup d’immigrants qui étaient venus en Israël dans l’espoir d’une vie meilleure se retrouvaient maintenant face à un chômage croissant. Les travailleurs juifs continuèrent à mener la vie dure à la bourgeoisie israélienne, avec 277 grèves pour la seule année 1966 (21). En brûlant le drapeau rouge (qui symbolisait l’hégémonie du Parti travailliste), action de routine lors des manifestations de dockers, il était clair que les formes social-démocrates du sionisme travailliste étaient incapables de récupérer les luttes des travailleurs juifs.

Le boom d’après 1967

Après la guerre de 1967, l’Etat israélien se retrouvait non seulement encore entouré d’Etats arabes hostiles, mais aussi dans l’obligation de contrôler la population palestinienne des territoires occupés. Un tiers de la population contrôlée par l’Etat israélien était alors palestinienne. Face à ces menaces internes et externes, la survie permanente de l’Etat sioniste exigeait l’unité de tous les Juifs israéliens, occidentaux et orientaux. Mais unir tous les Juifs derrière l’Etat israélien supposait l’intégration des Juifs orientaux, auparavant exclus, au sein d’une vaste colonie de travail sioniste. Comme par hasard, ces mêmes circonstances qui exigeaient l’expansion de la colonie de travail sioniste offraient aussi les conditions nécessaires pour mener à bien une restructuration sociale de cette importance.

Premièrement, la guerre de 1967 avait obligé les Etats-Unis à s’engager en faveur d’Israël pour faire contrepoids au nationalisme panarabe croissant qui s’alignait sur l’URSS. Deuxièmement, l’occupation de la Cisjordanie fournissait à Israël une réserve importante de main-d’œuvre palestinienne hautement exploitable. Ce furent cette main-d’œuvre palestinienne bon marché ainsi que la perfusion financière de plus en plus conséquente mise en place par les Etats-Unis qui fournirent les conditions préalables vitales pour l’expansion rapide de l’économie israélienne au cours des dix années suivantes. Après 1967, l’Etat israélien eut les moyens de suivre une politique de keynésianisme militaire et les dépenses militaires s’élevèrent à 30 % du PIB dans les années 1970. La hausse des dépenses publiques, financée par un budget gouvernemental en déficit croissant, alimentait le boom économique. C’est ainsi que le gouvernement put créer un abondant réservoir d’emplois, pas seulement directement par l’augmentation du nombre d’emplois dans le secteur public, mais aussi indirectement, car le secteur privé se développait pour satisfaire la demande croissante de l’armée.

Les besoins croissants de l’armée israélienne en armements high-tech offraient des profits sûrs aux cinq principaux conglomérats qui dominaient l’économie d’Israël depuis les années 1950 et qui étaient dominés par la bourgeoisie juive occidentale. Cependant l’armée israélienne exigeait aussi la construction de bases militaires, de casernes et d’installations qui amenaient des affaires à la petite-bourgeoisie juive orientale émergente qui pouvait réaliser d’importants profits en employant la main-d’œuvre palestinienne bon marché. En plus de satisfaire aux besoins domestiques, les armes devinrent l’exportation la plus importante d’Israël. Une grande partie du secteur public étant à présent destinée à l’accumulation militaire, seuls ceux qui étaient éligibles pour le service militaire pouvaient travailler dans ces industries. Même les  » citoyens  » arabes israéliens étaient exclus de ce privilège douteux, sans parler des Palestiniens des territoires, et donc les industries  » stratégiques  » (qui payaient mieux) étaient par définition accessibles aux seuls Juifs (souvent orientaux). Alors que la militarisation de l’économie favorisait l’intégration des Juifs orientaux, elle renforçait la subordination des travailleurs non juifs. En pratique, Israël avait maintenant un marché du travail à deux niveaux : juif et palestinien.

On peut remarquer que l’occupation de ces territoires par Israël s’était arrêté juste avant la pure annexion de droit. Celle-ci aurait supposé qu’on accordât les mêmes droits limités de citoyenneté aux Palestiniens de Cisjordanie et de la Bande de Gaza, droits qui avaient été accordés aux Palestiniens qui avaient réussi à rester dans les frontières de 1948 jusqu’en 1966. L’occupation permettait au capital israélien, surtout dans l’agriculture et la construction, d’utiliser le surplus de main-d’œuvre palestinienne sans compromettre la judéité de l’Etat. Les Palestiniens n’étaient pas intégrés dans la société israélienne : ils travaillaient en Israël le jour, et ils étaient censés retourner dans leurs dortoirs de Cisjordanie et de la Bande de Gaza le soir. Tandis que la main-d’œuvre palestinienne bon marché alimentait le boom de la construction des deux côtés de la Ligne verte, l’économie israélienne était encore renforcée par la subordination des territoires en tant que marché captif pour les produits de consommation israéliens. De plus, grâce au contrôle des contrats gouvernementaux, aux impératifs de sécurité nationale, et au développement militaire et à la construction, l’Etat d’Israël pouvait suivre une politique d’industrialisation rapide et de substitution à l’importation.

Protégé de la concurrence étrangère par des barrières douanières élevées et de généreuses subventions à l’exportation, l’investissement était canalisé vers le développement d’une industrie manufacturière moderne. Ceci permettait à Israël de remplacer les importations de fabrication étrangère par des produits fabriqués localement, politique qui allait faire d’Israël une économie industrialisée relativement avancée dès la fin des années 1970. Les politiques de keynésianisme militaire et d’industrialisation rapide aboutirent à un énorme déficit de la balance des paiements, puisque la demande des consommateurs ainsi que celle de l’industrie précédaient l’offre. Ce déficit de la balance des paiements devait s’élever à 15 % du PIB. Il ne pouvait être financé que grâce à une généreuse aide américaine.

Donc l’expansion économique rapide et le développement d’Israël dans les dix ans qui suivirent la Guerre des Six Jours procurèrent les conditions matérielles nécessaires à l’expansion de la colonie de travail sioniste. Alors qu’en 1966 le chômage en Israël se chiffrait à 11 %, l’économie pouvait presque, à présent, assurer le plein-emploi. L’Etat sioniste pouvait alors offrir du travail et un niveau de vie en hausse dans une économie moderne à l’occidentale à tous les Juifs qui choisissaient d’y vivre.

Les colonies et l’accord travailliste sioniste

Depuis la fin de la Guerre des Six Jours, la politique consistant à établir des colonies juives dans les territoires occupés est un élément important de l’extension de la colonisation travailliste sioniste pour inclure les Juifs orientaux auparavant exclus. Bien entendu, le but immédiat de l’installation des colonies était de consolider le contrôle d’Israël sur les territoires occupés. Cependant, la politique de colonisation offrait aussi aux franges pauvres de la classe ouvrière juive un logement et des emplois qui leur permettaient d’échapper à leur position subordonnée en Israël proprement dit. Ceci était particulièrement important dans les années 1970, quand la pénurie de logements corrects poussait certains Juifs orientaux sans abri à squatter des bâtiments vides dans les faubourgs riches des Juifs occidentaux. Les colonies proposaient une alternative à cette appropriation directe hostile, en dirigeant cette hostilité ailleurs.

Ces colonies plaçaient la classe ouvrière juive en première ligne, dans une relation directe et hostile avec le prolétariat palestinien potentiellement insurrectionnel. Ils étaient ainsi liés à l’Etat sioniste, qui protégeait leurs privilèges récemment acquis des revendications des Palestiniens. En 1971, il y avait déjà 52 colonies.

Les Panthères noires israéliennes

Pourtant, tout le monde n’était pas intégré dans la colonisation du sionisme travailliste, et les luttes de classe continuaient. De nombreux Juifs orientaux jeunes étaient exclus des « bienfaits » de l’occupation parce qu’ils avaient des casiers judiciaires et ne pouvaient donc obtenir le travail bien payé et les logements corrects qui étaient censés être un droit de naissance pour tout Juif en Israël. Le boom de l’après-1967 conduisit à l’embourgeoisement de villes qui, comme Musrara, avaient été des villes-frontières. Ceci en chassa les Juifs pauvres d’Afrique du Nord.

Là était la raison de la naissance d’un nouveau mouvement : les Panthères noires israéliennes. On peut soutenir que leur base sociale était plus marginale que celle des mouvements des années 1960. Pourtant leur manifestation de 1971 contre la répression policière attira des dizaines de milliers de personnes, entraîna 171 arrestations et 35 personnes furent hospitalisées suite à des heurts avec la police. Ils flirtaient aussi avec des antisionistes de gauche, et certains envisagèrent même d’entamer des pourparlers avec l’OLP. Certains tracts étaient écrits par des membres ou des sympathisants du Matzpen (groupe antisioniste peu nombreux mais célèbre) et il y eut parfois des alliances. Le discours des Panthères noires reflète un positionnement de classe en train d’émerger : « Ils ont besoin de nous chaque fois qu’ils font la guerre », « Je ne veux pas penser à ce qui arrivera quand il y aura la paix », « Si les Arabes avaient un peu de bon sens, ils laisseraient les Juifs régler leurs comptes entre eux ».

Cependant leur critique de la société israélienne était affaiblie par certains éléments qui cherchaient une place au sein du sionisme travailliste, et qui n’étaient donc pas d’accord pour tisser des liens avec la gauche antisioniste ou, pire encore, avec ces parias de la société, les Palestiniens. On offrit à plusieurs membres éminents des Panthères noires de meilleurs logements et des emplois et ils quittèrent le groupe, qui fut de plus en plus accaparé par des scissions internes. Mais l’insatisfaction que ressentaient les Juifs orientaux à l’égard de l’establishment travailliste sioniste demeurait forte, et le fait de coopter des Juifs radicaux comme des personnalités influentes des Panthères noires émanait d’un climat dans lequel les travailleurs juifs en général s’attendaient à avoir un meilleur niveau de vie que leurs parents.

La nécessité de garantir le plein-emploi pour tous les Juifs renforçait le rapport de forces en faveur des travailleurs juifs dans les négociations salariales, ce qui commençait à créer des problèmes d’inflation pour l’économie israélienne. Ces problèmes n’affectaient pas seulement Israël : l’Europe de l’Ouest et l’Amérique affrontaient aussi leurs prolétariats qui, au lieu de se contenter des « gains » de l’après-guerre, les utilisaient pour imposer des restrictions supplémentaires à l’accumulation du capital. En Israël, ces problèmes étaient compliqués par les limitations imposées à une accumulation intensive et par les impératifs de sécurité.

Etant donné ce retranchement sur ses positions de la classe ouvrière juive, la politique d’expansion économique intensive basée sur la substitution des importations avait commencé à atteindre les limites des confins étroits de l’économie israélienne dès la fin des années 1970. La croissance économique de plus de 10 % par an du début des années 1970 redescendit à un modeste 3 %. Ce ralentissement devait précipiter une crise inflationniste qui vit les prix grimper de 100 000 % en à peine sept ans. Cette crise ne pouvait se résoudre qu’en affaiblissant sérieusement le pacte social sioniste avec son salaire relativement généreux.

La crise inflationniste de 1978-1980

Le plein-emploi dans une économie dominée par quelques grands conglomérats, protégés de la concurrence étrangère par d’importantes barrières douanières, est une recette classique pour l’inflation. L’indexation de 85 % des contrats salariaux sur l’inflation des prix, ainsi que diverses aides sociales et autres formes de revenu, signifiait que toute augmentation des prix se traduisait rapidement en augmentation des salaires, qui à leur tour entraînaient la hausse des prix, comme le coût des salaires plus élevés se répercutait sur le consommateur. C’est pourquoi l’économie israélienne était hautement sujette à un cercle vicieux salaires/prix. Le keynésianisme militaire avait abouti à un taux d’inflation compris entre 30 % et 40 % pendant la plus grande partie des années 1970.

Cependant, en maintenant le taux de change fixe de la livre israélienne avec le dollar américain (malgré l’effondrement du système de taux de change fixe de Bretton-Woods en 1973), le gouvernement israélien put contenir l’inflation. La hausse des prix intérieurs était compensée par le fait qu’avec un taux de change fixe, les importations demeuraient meilleur marché qu’elles n’auraient dû l’être, ce qui servait à maintenir l’indexation des prix à un niveau bas, puisque l’augmentation des salaires était basée sur elle. Bien entendu, des prix intérieurs en hausse dans un régime de taux de change fixe rendaient l’industrie israélienne peu compétitive, mais cela pouvait être compensé par des barrières douanières plus élevées, en augmentant les subventions à l’exportation et en dévaluant de façon ponctuelle et contrôlée la livre israélienne.

Toutefois, le ralentissement de l’économie, combiné à la situation politique instable au Moyen-Orient, entraîna un changement décisif de politique économique qui allait déclencher une crise économique dans les années 1980. Ce changement survint en 1978 avec l’élection du gouvernement du Likoud, qui mit fin à trente ans de règne du Parti travailliste. Le réalignement de la droite, ainsi que les scissions dans le Parti travailliste, permirent au Likoud de bénéficier électoralement de l’insatisfaction permanente des Juifs orientaux à l’égard des travaillistes. Pourtant, les politiques déflationnistes du Likoud ne pouvaient être mises en œuvre qu’en affrontant la classe ouvrière juive, dont les positions retranchées avaient contribué à la crise inflationniste et au déclin des profits de certaines franges de la bourgeoisie israélienne. Le Likoud affrontait aussi une action d’arrière-garde contre certaines de ses politiques émanant de l’« establishment travailliste » de la bourgeoisie occidentale, alors que l’Histadrout s’efforçait d’étouffer les luttes de la classe ouvrière israélienne, comme par exemple les violents piquets de grève des cantonniers.

Les États arabes, l’expansion et les États-Unis

La victoire décisive d’Israël lors de la guerre de 1973 avait enfin brisé l’unité des Etats arabes. La position d’Israël au Moyen-Orient était maintenant à l’abri d’une menace extérieure en provenance d’une alliance arabe hostile. Toutefois, le réalignement ultérieur de l’Egypte sur les Etats-Unis fit quelque peu douter de l’engagement à long terme des Etats-Unis pour financer Israël. Si les Etats arabes s’alignaient sur les Etats-Unis, pourquoi les Etats-Unis devraient-ils continuer à déverser des milliards de dollars en Israël ? De plus, l’Egypte étant neutralisée au sud, la voie était libre pour l’expansion israélienne vers le nord et l’est. L’annexion des territoires occupés de Cisjordanie et la subordination économique de la Jordanie et du Liban offraient un moyen de sortir des restrictions croissantes imposées à l’accumulation intensive. Mais ces politiques allaient contre les intérêts des Etats-Unis. Alors que ces derniers voulaient faire d’Israël leur chien de garde impérialiste au Moyen-Orient, ils ne voulaient pas que ce chien de garde déstabilise la région et contrarie les riches alliés pétroliers de l’Amérique, comme par exemple l’Arabie Saoudite. La politique du Likoud consistant à créer un Grand Israël nécessitait donc un relâchement des chaînes dorées de l’aide américaine.

La fuite des capitaux des économies occidentales, à la fin des années 1970, et la croissance ultérieure du capital de la finance internationale fournirent l’occasion de réduire la dépendance d’Israël vis-à-vis de l’aide américaine. En suivant une politique économique de libéralisation et de dérégulation, on espérait qu’Israël pourrait puiser dans le flux de capitaux internationaux et réduire ainsi sa dépendance vis-à-vis des Etats-Unis. Cette politique de libéralisation dont se réclamait le Likoud était aussi en phase avec une grande partie de la bourgeoisie israélienne qui, devant la baisse de ses profits, voulait plus de libertés pour trouver des champs d’investissement profitables.

Voilà pourquoi, dans les semaines qui suivirent l’accession au pouvoir du Likoud, Milton Friedman – un des pionniers de ce que l’on connaît à présent sous le nom de « néo-libéralisme » – fut convoqué pour élaborer un programme de libéralisation. Sur les conseils de Friedman, le nouveau gouvernement israélien supprima les droits de douane sur les importations et les subventions à l’exportation, relâcha ses contrôles sur la circulation des devises vers l’extérieur et à l’entrée du pays, et abandonna le taux de change fixe de la livre israélienne avec le dollar américain. Quelques semaines après sa déconnection du dollar, la livre israélienne avait perdu un tiers de sa valeur. Le prix des marchandises importées monta en flèche, élevant l’indexation des prix. En quelques mois, l’indexation des salaires avait fait monter le taux d’inflation à plus de 100 %. A la suite de cette accélération de l’inflation, on remplaça la livre israélienne par le shekel en tant que monnaie d’Israël, à un taux de 10 livres pour 1 shekel.

Cependant, la politique de libéralisation, combinée à une coupe sombre dans les salaires réels dont la cause était l’indexation des salaires à la traîne derrière l’accélération de l’inflation des prix, fit grimper les profits et aboutit à une relance de la croissance (22). A cause de cela, l’année 1981 vit l’économie israélienne renouer avec les taux de croissance du début des années 1970. En vérité, à l’époque, la crise mondiale n’étant pas encore terminée, on pouvait dire que les taux d’inflation élevés d’Israël n’avaient pas d’importance. Comme la valeur extérieure du shekel mesurée en dollars chutait aussi vite que l’inflation grignotait sa valeur intérieure, on pouvait dire qu’en termes du dollar, l’inflation était plus ou moins nulle. En vérité, la nullité du taux d’inflation en termes du dollar, comparée à des taux d’inflation beaucoup plus élevés aux Etats-Unis et ailleurs, impliquait une compétitivité internationale croissante de l’industrie israélienne. Cet optimisme ne dura pas longtemps.

Alors que la croissance économique commençait à faiblir et le déficit public à s’accroître, suite à l’invasion du Liban, on commença à craindre sérieusement que les taux d’inflation élevés ne basculent aisément dans une hyperinflation incontrôlable. C’est pourquoi le gouvernement de Menahem Begin mit en place de nouvelles mesures de politique économique destinées à réduire progressivement le taux d’inflation. On combina des coupes dans les dépenses publiques et une politique de limitation de la chute du taux de change du shekel par rapport au dollar américain à 5 % par mois. En même temps, on tenta de limiter l’indexation des revenus. La politique de limitation de la chute du shekel eut l’avantage, immédiat pour la popularité du gouvernement, de rendre moins chères les importations de biens de consommation. Mais elle rendit aussi les exportations israéliennes non compétitives. Incapables d’être concurrentielles, de plus en plus d’entreprises israéliennes commencèrent à faire faillite et le chômage commença à monter. En même temps, les tentatives d’écraser les salaires entraînèrent de plus en plus de conflits sociaux.

Suite à la démission de Begin à l’automne 1983, la crainte que le gouvernement soit incapable d’empêcher une chute importante de la valeur du shekel conduisit à une ruée sur les banques, car les épargnants cherchaient à changer leurs shekels en dollars. Le gouvernement fut obligé de nationaliser les principales banques et de laisser chuter le shekel par rapport au billet vert. Afin de rassurer les marchés financiers, le gouvernement israélien dut annoncer d’importantes réductions des dépenses publiques et des mesures sévères de politique monétaire. Ces nouvelles mesures se heurtèrent à l’opposition résolue aussi bien de l’Histadrout que des capitalistes influents dans l’« establishment travailliste ». L’Histadrout appela à une succession de grèves qui paralysèrent le pays. Incapable d’écraser les salaires, la torsion de la spirale des prix et des salaires résultant de la chute importante du shekel causa une accélération de l’inflation des prix.

A la veille de l’élection de juillet 1983, le taux d’inflation avoisinait les 400 %. Comme l’augmentation des salaires avait du retard sur l’augmentation des prix, cette accélération de l’inflation avait pour résultat une diminution de 30 % des salaires réels. Le Parti travailliste et le Likoud perdirent tous deux nombre de soutiens lors de l’élection et durent s’allier pour former un gouvernement d’« unité national », avec Shimon Peres, le chef du Parti travailliste, comme Premier ministre. Usant de son influence auprès de l’establishment travailliste, Peres proposa un programme composé de mesures d’urgence. On imposa un prélèvement de 10 % sur les salaires, on devait suspendre l’indexation et on devait imposer un gel de trois mois des salaires et des prix. Ces mesures devaient être soutenues par un programme sans précédent de réduction du déficit budgétaire à partir de 20 % du PIB. Lorsque le programme fut présenté à l’automne 1983, après de longues négociations au cours de l’été, le taux d’inflation avait atteint 1 000 %.

Le programme de Peres se révéla une réussite partielle. Face à la forte opposition de l’Histadrout, le gouvernement du Likoud avait renoncé à toucher à l’indexation des salaires et des autres revenus. Pourtant, intervenir dans l’indexation des salaires semblait plus légitime aux yeux de l’« establishment travailliste » lorsque c’était proposé par une figure de proue influente du Parti travailliste. Dès mai 1985, le taux d’inflation avait été ramené à 400 % tandis que, malgré une opposition croissante, le déficit budgétaire avait été réduit à 15 % du PIB. Peres annonça alors un autre train de mesures. Un gel supplémentaire de trois mois des prix et des salaires allait être accompagné d’une autre série de réductions des dépenses publiques afin de diviser de nouveau par deux le déficit budgétaire du gouvernement. En même temps, on dévaluait le shekel de 19 % et on allait ensuite maintenir un taux de change fixe avec le dollar américain. Toutefois, alors qu’il aurait été possible de rallier l’« establishment travailliste » à ces mesures d’austérité, l’hostilité des travailleurs juifs, sommés de se serrer encore plus la ceinture, menaçait de se libérer des contraintes que lui imposait la récupération de l’Histradrout.

Face à une augmentation des grèves sauvages, l’Histadrout appela à une grève générale qui obligea le gouvernement à autoriser un « rattrapage » limité des salaires avant le gel des prix et des salaires, mais cela n’aida guère à faire passer la perte de 20 % sur les salaires réels et la hausse brutale du chômage issues du premier train de mesures d’austérité de Peres. En fin de compte, les mesures draconiennes du gouvernement de coalition Likoud-Parti travailliste sauvèrent Israël de l’hyper-inflation. Dès 1986, le taux d’inflation était tombé au niveau respectable de 20 %.

Pourtant, en mettant fin à la crise inflationniste, Peres avait sérieusement affaibli le pacte avec le sionisme travailliste. Alors que les salaires réels commencèrent à augmenter lentement après 1986, le chômage avait atteint des niveaux inégalés depuis la récession du début des années 1960 et il resta élevé pendant les années 1980 et le début des années 1990. La poursuite des mesures d’austérité pendant les années 1980 réduisit encore le budget d’aide sociale et rogna les garanties sociales. Ces mesures furent imposées à la classe ouvrière juive, avec l’aide de l’Histadrout. Les hommes politiques des deux principaux partis commencèrent alors à se rallier à des pratiques « néo-libérales », malgré la lenteur initiale de la mise en place effective de la dérégulation et de la privatisation des entreprises nationales, en partie grâce à la résistance de l’Histadrout, propriétaire de bon nombre des gros conglomérats. Mais le chômage, la précarité et la flexibilité des conditions de travail allaient devenir le lot de franges de plus en plus larges de la classe ouvrière israélienne. A cause du démantèlement des aspects les plus sociaux du sionisme travailliste suite à la crise inflationniste des années 1980, la politique d’installation de colonies dans les territoires occupés est devenue un élément de plus en plus important pour souder la classe ouvrière à l’Etat sioniste. En réalité, et le Likoud le reconnaît, les colons ont apporté un soutien populaire à la construction à terme d’un Grand Israël, dans lequel certaines fractions de la bourgeoisie israélienne voient un moyen d’échapper à la stagnation chronique de l’économie israélienne depuis la fin des années 1970.

Jusqu’à un certain point, les colonies ont débarrassé le gouvernement du poids politique de l’occupation, surtout lorsqu’il s’agissait d’un gouvernement travailliste. On pouvait attribuer à l’intransigeance et à l’extrémisme des colons la mauvaise volonté d’Israël à faire des concessions aux Palestiniens. Car les colons étaient obligés d’intégrer les impératifs de sécurité à un degré bien plus élevé que le plus « belliciste » des gouvernements. D’autre part, l’accélération de la construction des colonies représente un compromis secondaire avec les franges de la bourgeoisie israélienne qui préconisent l’annexion de droit des territoires occupés. Parce que la crise ne pouvait se résoudre qu’en détruisant le caractère de salaire social du pacte du sionisme travailliste, les colonies devinrent à la fois une forme de compensation sociale pour les Juifs pauvres, et une forme d’annexion de fait, pour réaliser le rêve d’un Grand Israël par d’autres moyens. Mais Israël n’est toujours pas libéré de sa dépendance envers l’aide américaine et doit donc modérer ses excès expansionnistes.

Colonies et contradictions

Beaucoup de gens dans les classes moyennes israéliennes qui soutenaient Peace Now (La Paix maintenant) s’opposaient à la construction des colonies et cela corsait les problèmes de la bourgeoisie israélienne (23). L’occupation de Gaza et de la Cisjordanie joue un rôle vital dans le compromis de classe en Israël depuis 1967. Grâce à la subordination des travailleurs palestiniens et à l’aide américaine, les Juifs de la classe ouvrière pouvaient exiger de meilleurs salaires que leurs voisins palestiniens et éviter les travaux les plus ingrats. A cause de l’occupation des terres, les Juifs de la classe ouvrière, qui n’avaient pas les moyens de vivre dans les zones urbaines, pouvaient obtenir des logements subventionnés (construits par des travailleurs palestiniens peu payés). Donc, on avait abandonné les Juifs de la classe ouvrière dans ce qui était en fait une zone tampon de sécurité dans les territoires occupés. Ces mesures étaient vitales pour réduire le militantisme du prolétariat juif, mais elles suscitaient la résistance immédiate des classes moyennes libérales et, de façon encore plus significative, des Palestiniens.

A ce moment-là, pour la bourgeoisie israélienne, le problème était de savoir comment préserver le compromis avec la classe ouvrière juive sans trop provoquer les Palestiniens. Parce que la population palestinienne dense était entassée dans un espace de plus en plus encombré par l’empiétement des colonies où nombre de Palestiniens étaient obligés de travailler, le début des années 1970 a connu des révoltes dans les camps de réfugiés de Gaza qui ont été (au sens propre) écrasées par les tanks de Sharon. Depuis lors, Gaza est relativement calme. Mais pour combien de temps ?

La bourgeoisie israélienne a pu faire des concessions aux travailleurs juifs, mais elle n’a utilisé que la répression pour pacifier les Palestiniens. Toute concession accordée aux Palestiniens était susceptible d’affaiblir le pacte du sionisme travailliste. En 1985, les territoires occupés faisaient les frais de la crise. Le sauvetage du capital israélien impliquait le renforcement de la subordination de la bourgeoisie palestinienne, en lui refusant les autorisations « pour étendre toute entreprise agricole ou industrielle susceptible de concurrencer l’Etat d’Israël (24) ». A cause de la hausse du chômage dans les territoires, les travailleurs palestiniens étaient davantage obligés de trouver du travail à l’intérieur de la Ligne verte ou dans la construction des colonies juives qui s’étendaient pour suppléer à la pénurie de logements abordables pour les travailleurs juifs dans les zones urbaines d’« Israël proprement dit ».

Alors que la construction des colonies procurait un revenu aux travailleurs palestiniens, elle était aussi une source de rancœur, et la résistance qu’elle provoquait fournissait au gouvernement militaire la logique qui justifiait un répression accrue. La « Main de fer » de 1985, destinée à contenir la résistance dans les territoires occupés, allait main dans la main avec des mesures d’austérité destinées à contenir la crise en Israël. La « Main de fer » intensifiait les mesures répressives, comme par exemple les « détentions administratives » de militants palestiniens et les punitions collectives contre la population dans son ensemble. Tel était l’arrière-plan de l’Intifada de 1987-1993. Avant de nous en occuper, il faut étudier l’organisation en classes des Palestiniens…

LA FORMATION DE LA CLASSE OUVRIERE PALESTINIENNE

Une terre sans peuple ? Le mythe des pionniers sionistes atterrissant dans un désert dépeuplé et le transformant en vignobles luxuriants masque une transformation plus banale : celle des paysans palestiniens en prolétaires. « Le « paradis » dans le désert du Neguev, la culture florissante des agrumes et des avocats sur la plaine côtière ainsi que le boom industriel (même à l’échelle d’un tout petit pays) présupposent la spoliation totale des paysans palestiniens (25). » Ce processus était déjà en cours lorsque les premiers colons juifs arrivèrent, et il n’est toujours pas terminé. Le développement capitaliste pénétra pour la première fois au Moyen-Orient dans les années qui suivirent la fin des guerres napoléoniennes. L’Empire ottoman qui dominait la région déclinait déjà depuis un siècle, même s’il devait durer un siècle encore, et le réajustement de l’équilibre du pouvoir consécutif à la défaite de la France et de Napoléon, formalisé après le Congrès de Vienne, ouvrit la voie à une nouvelle exploitation de la région, au moment même où la révolution industrielle prenait de la vitesse en Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne et l’Autriche, malgré leurs rivalités ailleurs, se mirent d’accord sur la nécessité de soutenir l’Empire ottoman pour en faire un obstacle à l’expansionnisme russe dans l’Est de l’Europe. Plus tard, l’Allemagne devint le principal soutien de l’Empire ottoman.

A cette époque, certaines parties du Moyen-Orient se retrouvèrent envahies par le nouveau mode de production capitaliste. Dans cette région, l’industrie textile indigène, surtout en Egypte, fut détruite par les textiles anglais bon marché dans les années 1830 et, dès les années 1860, les fabricants britanniques avaient commencé à cultiver le coton le long du Nil. En 1869, on ouvrit le canal de Suez dans le but de faciliter le commerce britannique et français. Conformément à cette modernisation, on peut dater les origines de l’accumulation primitive en Palestine à la loi de l’Empire ottoman de 1858 sur la propriété terrienne qui remplaçait la propriété collective par la propriété individuelle de la terre. Les chefs de village tribaux se transformèrent en classe de propriétaires terriens qui vendaient leurs titres aux marchands libanais, syriens, égyptiens et iraniens. Pendant toute cette période, le modèle de développement fut surtout celui d’un développement inégal, avec une bourgeoisie étrangère qui prenait des initiatives et une bourgeoisie indigène, si l’on peut dire, qui restait faible et politiquement inefficace. En même temps, on laissait à l’abandon de vastes régions du Moyen-Orient dont on ne voyait pas l’intérêt économique, et là, les traditions de cultures de subsistance et le nomadisme perduraient.

Sous le Mandat britannique, de nombreux propriétaires absentéistes furent rachetés par l’Association de colonisation juive, entraînant l’expulsion de métayers et de fermiers palestiniens. Etant donné que « les fellah dépossédés devaient devenir ouvriers agricoles sur leurs propres terres », une transformation décisive des relations de production commençait, conduisant aux premières apparitions d’un prolétariat palestinien (26). Ce processus eut lieu malgré une violente opposition de la part des Palestiniens. Le grand tournant dans une succession de révoltes fut le soulèvement de 1936-1939. Son importance réside dans le fait que « la force motrice de ce soulèvement n’était plus la paysannerie ou la bourgeoisie, mais, pour la première fois, un prolétariat agricole privé de moyens de travail et de subsistance, associé à un embryon de classe ouvrière concentrée principalement dans les ports et dans la raffinerie de pétrole de Haïfa (27) ». Ce soulèvement entraîna des attaques contre des propriétaires palestiniens ainsi que contre des colons anglais et sionistes, et obligea la Grande-Bretagne à limiter l’immigration juive en Palestine pendant quelques années.

Bien que ce soit l’armée britannique qui ait tiré, avec un peu d’aide du Haganah, la milice sioniste de gauche, les chefs tribaux locaux jouèrent aussi un rôle essentiel dans la défaite de la rébellion. On peut considérer que la  » nakba  » (catastrophe) de 1948 – l’exode des Palestiniens et la création d’Israël – comme l’héritage de cette défaite. Bien que le soulèvement de 1936-1939 ait montré l’émergence d’un prolétariat en Palestine, la population palestinienne en Israël était toujours, à cette époque, en grande partie paysanne.

Le nouvel Etat utilisa l’appareil légal du Mandat britannique pour poursuivre l’expropriation des Palestiniens. De par cette loi, les paysans qui fuyaient, ne serait-ce qu’à quelques mètres, pour échapper à un massacre, étaient considérés comme des  » absentéistes  » et on confisquait leurs terres. Cependant, le peu d’entre eux qui réussirent à rester à l’intérieur des frontières de 1948 reçurent des droits de citoyenneté pour compenser leur séparation forcée d’avec leur outil de production. La prolétarisation de la paysannerie palestinienne s’étendit lors de l’occupation de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza en 1967. Cette nouvelle vague d’accumulation primitive ne se fit pas sous la seule forme de l’accaparement des terres. Elle entraîna aussi le contrôle autoritaire des réserves d’eau de la Cisjordanie par le capital israélien, en creusant des puits plus profonds que ceux des Palestiniens. Conséquemment, la population palestinienne réfugiée hors de la juridiction israélienne fut coupée de ses terres, alors que seule une minorité de ceux qui se trouvaient sous la juridiction israélienne possédaient encore de la terre. Dans les deux régions, la population palestinienne est devenue majoritairement prolétaire.

L’abolition de la bourgeoisie palestinienne locale

Alors que l’expropriation de la paysannerie palestinienne entraînait la formation d’un prolétariat, on mettait fin à l’émergence d’une bourgeoisie industrielle indigène. Là où elle existait, elle était désespérément faible et incapable de concurrencer le capital israélien, en dépit du fait que « les salaires que versaient les patrons arabes étaient encore plus misérables que ceux que payaient leurs maîtres sionistes ». Les Palestiniens des territoires avaient le statut le plus bas sur le marché du travail israélien, inférieur même à celui des Palestiniens possédant la citoyenneté israélienne. Suite à la guerre de 1967, les Palestiniens qui travaillaient en Israël furent considérés comme des collaborateurs par les nationalistes palestiniens (28). Cependant, les lois d’Israël interdisaient la création d’entreprises palestiniennes susceptibles de concurrencer les entreprises israéliennes, donc les nationalistes les plus endurcis finirent par reconnaître que la seule source de revenus pour de nombreux Palestiniens était de travailler en Israël.

On peut diviser la bourgeoisie palestinienne en trois groupes (29). Certains des réfugiés les plus riches formaient une bourgeoisie marchande et financière au Liban, en Syrie, en Egypte et dans d’autres pays arabes. La bourgeoisie locale, si l’on peut dire, était composée de petits entrepreneurs, d’artisans propriétaires et de fermiers. La main-mise d’Israël sur le capital productif empêchait la bourgeoisie locale de développer ses forces productives. Ceux qui tentaient l’expérience formaient une petite-bourgeoisie misérable qui partageait les mêmes nombreuses privations quotidiennes et les mêmes humiliations que leurs voisins prolétaires des territoires occupés, sauf une : la séparation d’avec leur outil de production (30). D’autres sont devenus une  » lumpen-bourgeoisie « , enrichie grâce à l’OLP, qui a déversé un demi-milliard de dollars d’aide dans les territoires occupés entre 1977 et 1985. Ils ne dépensaient leur argent que pour leur consommation personnelle, ce qui leur a attiré la rancune du prolétariat et de la petite-bourgeoisie palestinienne. C’est la bourgeoisie déplacée par la diaspora qui a formé la classe de base de l’OLP et de l’« Etat palestinien en exil ».

« Le seul représentant légitime du peuple palestinien »

Même alors que le panarabisme gisait vaincu suite à la guerre de 1967, les germes de sa renaissance (certes sous une forme moins virulente) prenaient naissance dans la nouvelle cohérence et l’organisation du nationalisme palestinien et particulièrement de l’OLP. Cette situation et la première Intifada (1987-1993) entretiennent les flammes de l’anti-américanisme au Moyen-Orient et remettent en cause la légitimité de la bourgeoisie pro-occidentale dans toute la région. Pourtant les actions de l’OLP, représentant la bourgeoisie palestinienne en exil, furent, comme on pouvait s’y attendre, souvent en contraction avec les besoins des prolétaires dont les luttes secouaient les pays producteurs de pétrole.

L’OLP CONTRE L’ACTIVITE AUTONOME DU PROLETARIAT

60 % de la population palestinienne se retrouva dans les camps de réfugiés hors d’Israël et des territoires occupés. Le processus qui avait transformé la plupart d’entre eux en prolétaires les dispersa aussi dans tout le Liban, la Jordanie, le Koweït et la Syrie. Ceux qui émigraient dans les riches Etats du Golfe comme le Koweït pouvaient exiger des salaires élevés, même par rapport à ceux des travailleurs juifs en Israël. La plupart eurent moins de chance et devinrent les catalyseurs des conflits de classe dans toute la région. Ce furent les dirigeants arabes (ainsi que la bourgeoisie marchande et financière palestinienne) qui favorisèrent la création de l’OLP en 1964, comme outil de contrôle de cette diaspora. Parce qu’elle ne put pas empêcher la nakba de 1948 et fut impuissante face à la puissance militaire d’Israël en 1967, la bourgeoisie arabe affronta des révoltes dans les pays qu’elle gouvernait.

La Jordanie

En Jordanie, les réfugiés palestiniens étaient maintenant armés à cause de la guerre, et étaient plus nombreux que la population jordanienne, de faible densité. Bien qu’on ait vu dans l’OLP un Etat dans l’Etat, même elle ne pouvait pas gouverner les réfugiés palestiniens. A la fin des années 1960 et au début des années 1970, les camps de réfugiés étaient armés et indépendants de l’OLP, et la police ne pouvait pas y pénétrer. De plus, l’OLP utilisait la Jordanie comme base pour ses attaques contre Israël et l’Etat jordanien était donc exposé aux représailles d’Israël. Les luttes du prolétariat palestinien en Jordanie se terminèrent par le massacre de 30 000 Palestiniens lors du « Septembre noir » perpétré par l’armée jordanienne à Amman en 1970. Ce massacre fut facilité par l’accord de l’OLP avec le régime hachémite : conformément aux conditions négociées avec l’Etat jordanien, l’OLP se retira d’Amman, autorisant ainsi le massacre des prolétaires restés dans la ville.

Le Liban

Parmi les survivants, beaucoup s’enfuirent au Liban et la bourgeoisie arabe affronta alors un prolétariat combatif concentré dans des camps de réfugiés surpeuplés. 14 000 Palestiniens se retrouvèrent dès 1972 au Liban, à Tel-al-Zaatar, dans une région industrielle qui contenait 29 % de l’industrie libanaise. En 1969 les réfugiés et d’autres prolétaires s’emparèrent d’armes, occupèrent les usines et tentèrent de transformer Tel-al-Zaatar en « zone interdite libérée de l’armée libanaise et de l’Etat » (31). Puisque l’Etat libanais, si l’on peut dire, essaya pendant toutes les années 1970 de casser le pouvoir de la classe ouvrière, les prolétaires syriens, palestiniens et libanais participèrent à des bagarres avec la police libanaise à coups de kalachnikov. « La présence des armes permettait des grèves qui aboutirent à la destruction de la vie industrielle libanaise (32). » Il y eut aussi un mouvement limité de conseils ouvriers. En raison de la faiblesse et de la division de la bourgeoisie libanaise, une grande grève de l’industrie de la pêche culmina dans une guerre civile prolongée, qui devint le champ de bataille des ambitions stratégiques concurrentes des Etats-Unis et de l’URSS, par l’entremise de leurs intermédiaires respectifs, Israël et la Syrie.

Expulsée de Jordanie, l’OLP tentait alors de créer un autre « Etat dans l’Etat » au Liban. Cependant, les luttes autonomes de réfugiés palestiniens pour s’émanciper de l’enfer de leur existence prolétarienne intéressait peu l’OLP qui voulait au contraire maintenir ses liens avec les bourgeoisies libanaise et syrienne. L’instabilité générale et la faiblesse de l’Etat libanais rendirent inévitable l’écrasement de la force du prolétariat par les troupes syriennes et phalangistes, avec l’appui de la marine israélienne (33). S’accrochant toujours à leurs illusions désespérées sur le nationalisme, les Palestiniens appelèrent à l’aide l’OLP.

Bien entendu, l’OLP n’avait aucun intérêt à aider cette lutte qu’elle considérait comme une diversion dans « la lutte contre l’ennemi véritable, Israël ». « Quand les combattants demandèrent de l’aide militaire pour la lutte à Tel-al-Zaatar, la direction du Fatah répondit : « Al Naba’a et Salaf et Harash ne sont pas comme Haga, Haïfa et Jérusalem qui sont occupées » (34) ». En exerçant son « droit à la non-ingérence », l’OLP fit en sorte que la révolte soit écrasée et que la « zone interdite » devienne un cimetière pour prolétaires. Malgré son rôle dans la contre- insurrection à Tel-al-Zaatar, un Etat libanais plus fort était la dernière chose que voulait Israël. Au contraire, Israël et la Syrie cherchaient tous deux à promouvoir la « balkanisation » du pays afin d’améliorer leur position stratégique. Le morcellement de la bourgeoisie libanaise en factions ennemies fournissait le prétexte pour l’intervention dans la guerre civile de ces deux puissances voisines. Dans le cas d’Israël, il y avait un motif supplémentaire d’intervention au Liban : la présence de l’OLP. L’OLP en quête d’un  » Etat dans l’Etat  » ne pouvait pas co-exister avec les impératifs d’Israël au Liban. La présence massive de Palestiniens gênait ses intérêts stratégiques, et le souhait d’Israël de déloger l’OLP conduisit à l’invasion de Beyrouth en 1982.

Ce qui rendait le nationalisme de l’OLP séduisant était sa volonté de s’engager dans une lutte armée contre l’Etat israélien. Mais son expulsion de Jordanie, puis du Liban, montrèrent sa faiblesse face à la puissance militaire israélienne. Son évacuation humiliante de Beyrouth confirma qu’elle avait échoué à concrétiser sa stratégie de lutte armée. On reproduisit ensuite le même scénario qu’en Jordanie, l’expulsion de l’OLP laissant le champ libre pour le massacre des Palestiniens dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila par les Phalangistes, avec l’aide de l’armée israélienne. L’invasion israélienne de Beyrouth fut aussi humiliante pour le « camp anti-impérialiste ». L’Egypte se trouvant alors dans l’orbite américaine, la Syrie était la principale puissance pro-URSS dans la région. Pourtant, non seulement l’OLP fut remise au pas par l’invasion israélienne, mais l’armée syrienne dut se retirer.

Chaque confrontation signifiait de plus en plus clairement que les Palestiniens n’avaient pas grand-chose à attendre des Etats arabes. Les guerres de 1967 et de 1973 avaient efficacement affaibli le panarabisme et confirmé Israël dans le rôle de super-puissance militaire de la région. Les Etats arabes manquaient de volonté politique pour attaquer Israël. Malgré son rapprochement avec Israël, l’Egypte fut mieux reçue que l’OLP au sommet d’Amman de 1987, preuve que les Etats arabes se tournaient de plus en plus vers les Etats-Unis. Le roi Hussein snoba Arafat, et il était clair que la guerre Iran-Irak était plus importante pour les délégués que les Palestiniens. Ceci confirma l’impression très répandue parmi les résidents des territoires occupés qu’ils étaient seuls capables de renverser la domination israélienne.

Intifada. 5. L’Intifada (1987-1993)


L’Intifada (1987-1993)

Les habitants du camp de réfugiés Jabalya à Gaza furent à l’origine de l’Intifada, et non l’OLP, basée en Tunisie et complètement surprise. De la part des résidents de Jabalya, ce fut une réaction de masse spontanée au meurtre de travailleurs palestiniens par un véhicule israélien, réaction qui se propagea rapidement au reste de la bande de Gaza et à la Cisjordanie. A long terme, l’Intifada a permis de parvenir à la réhabilitation diplomatique de l’OLP (35). Après tout, l’OLP pourrait bien être un moindre mal comparée à l’activité autonome du prolétariat. Cependant, la force de négociation de l’OLP dépendait de sa capacité, en tant que « seul représentant légitime du peuple palestinien », à contrôler sa circonscription, ce qui ne pouvait jamais être garanti, surtout alors que sa stratégie de lutte armée s’était révélée infructueuse. Il était donc difficile pour l’OLP de récupérer un soulèvement à l’initiative des prolétaires, peu intéressés par le nationalisme, et qui haïssaient la « lumpen-bourgeoisie » palestinienne presque autant que l’Etat israélien.

UNE LUTTE DE « LIBERATION NATIONALE » ?

Le bulletin n°1 Worldwide Intifada de 1992 tente de contrer l’optique gauchiste conventionnelle à propos de l’Intifada en soulignant les contradictions entre les différentes classes de Palestiniens (36). Alors que l’optique de ce n°1 de Worldwide Intifada est de toute évidence supérieure au soutien de la « libération nationale », sa démonstration fait preuve de certaines faiblesses. Bien que ce bulletin identifie correctement « les germes de la défaite » que renferme le nationalisme de l’Intifada de 1987, il parle du nationalisme comme d’une abstraction, comme s’il s’agissait d’une sorte de farce psychologique jouée à la classe ouvrière palestinienne et à la bourgeoisie palestinienne (37). Il est vrai que le nationalisme est une idéologie. Mais cette idéologie est plus qu’une simple tromperie : elle a du pouvoir parce qu’elle a une base matérielle dans la vie quotidienne. Il est toutefois clair que de nombreux aspects de cette Intifada allaient bien au-delà du nationalisme.

Alors que de nombreux commentateurs considèrent pour acquis que, dès le point de départ, l’Intifada était une campagne en faveur de la création d’un Etat palestinien, les premiers jours du soulèvement suggèrent autre chose. Quand l’IDF (Israeli Defence Force = Force de défense israélienne) interrogea les cent premiers émeutiers qu’elle avait arrêtés, elle découvrit que ces prolétaires étaient « incapables de répéter les slogans les plus courants utilisés par la propagande habituelle de l’OLP, et que même le concept central de la lutte palestinienne – le droit à l’autodétermination – leur était totalement étranger (38) ». Quel scandale !

L’Intifada en tant que lutte de classe et les luttes de classe dans l’Intifada

La subordination de la bourgeoisie palestinienne prit la forme de l’abolition de l’accumulation de capital palestinien par l’Etat israélien, afin que la bourgeoisie palestinienne soit incapable de développer correctement ses forces productives. Si certains Palestiniens étaient employés dans des ateliers palestiniens, dans des fermes ou des petites usines, ces établissements étaient confinés dans des secteurs qui ne concurrençaient pas le capital israélien. Donc une proportion excessive de l’argent de la bourgeoisie palestinienne était dépensé comme un revenu en consommation personnelle, plutôt que comme capital de consommation productive.

La réalité du chômage de masse et de la pauvreté des prolétaires côtoyant la richesse ostentatoire de la « lumpen-bourgeoisie » attisa les antagonismes de classe, qui passèrent au premier plan pendant les premiers jours du soulèvement de 1987. A Gaza, pendant les premiers jours du soulèvement, on vit des milliers de prolétaires piller les récoltes des propriétaires terriens voisins. De nombreux propriétaires durent annoncer des réductions massives des loyers. Les plus riches des gens du coin firent appel à l’IDF pour protéger leurs biens. Le cri de guerre des émeutiers était « d’abord l’armée, ensuite Rimal ! (39) »

Rimal était un riche faubourg palestinien de la ville de Gaza. Quand les autorités israéliennes émirent de nouvelles cartes d’identité afin de désamorcer le soulèvement, c’est l’endroit qu’elles choisirent comme bonne poire pour faire passer leur projet. Heureusement pour l’OLP, elle était suffisamment unie pour prendre pied dans le soulèvement, grâce à l’émergence de l’UNLU (United National Leadership of the Uprising = Direction nationale unitaire du soulèvement). Elle était basée dans les territoires et était donc plus crédible pour récupérer les militants locaux que « l’OLP 5-étoiles » basée en Tunisie. Elle fut donc la mieux placée pour essayer de transformer une attaque contre toutes les formes d’autorité bourgeoise en tentative « nationale » concertée de créer un embryon d’Etat palestinien. Cependant, à cause de l’intransigeance de l’Etat israélien, cela présupposait de rendre les territoires ingouvernables, situation qui pouvait facilement dégénérer. Un mois après le jour du soulèvement, l’UNLU publia son premier communiqué, s’adressant d’abord à « la classe ouvrière palestinienne courageuse », ensuite aux « commerçants militants courageux », et saluant en l’OLP « le seul représentant légitime du peuple palestinien (40) ». Un an plus tard, le prolétariat et la petite-bourgeoisie furent mis dans le même sac et baptisés « les masses héroïques de notre peuple », mais dans tous les communiqués, l’OLP reste « le seul représentant légitime (41) ».

Malgré la soi-disant unité interclasses proclamée par l’UNLU, il fallait souvent intimider la petite-bourgeoisie pour que les magasins ferment les jours de grève. Parfois, il suffisait d’un enfant tenant une allumette enflammée devant un magasin pour rappeler que les magasins pourraient faire l’objet de représailles. Elle subissait aussi la pression des militants prolétaires qui se trouvaient en première ligne et lui déclaraient : « Nous sommes prêts à donner nos vies pour la lutte, est-ce trop vous demander de renoncer à une part de vos profits ? (42) » Il serait pourtant faux de penser qu’il a fallu entraîner la petite-bourgeoisie par la force dans l’Intifada, bien que cela se soit parfois produit. Des propriétaires de magasins et d’ateliers se virent confisquer leurs biens pour avoir refusé de payer l’impôt au gouvernement militaire, et des commerçants de Beit Sahour lancèrent une  » grève commerciale  » de trois mois pour protester contre ces mesures. Pour pouvoir se développer en tant que véritable bourgeoisie, ils avaient besoin de leur propre Etat et d’une quantité de terres adéquate. En pratique, au lieu de favoriser leur évolution vers une bourgeoisie à part entière, les confiscations de biens pour refus de payer l’impôt accélérèrent leur prolétarisation. Les « grèves commerciales » ne servirent qu’à conduire les marchands palestiniens à la faillite.

Bien que, jusqu’à un certain point, toutes les classes aient eu la possibilité de jouer un rôle dans la perturbation de l’économie israélienne, en refusant de payer l’impôt sur le revenu au gouvernement militaire ou en boycottant ses produits, la perturbation la plus tangible de l’économie israélienne fut le fait de la classe ouvrière. Pendant la grève générale sauvage de décembre 1987, 120 000 travailleurs ne se rendirent pas au travail en Israël. Ceci coïncidait avec la récolte des agrumes, qui emploie des Palestiniens pour un tiers de sa main-d’œuvre. Cela coûta 500 000 dollars au service de commercialisation agricole israélien pendant les deux premiers mois du soulèvement, car les commandes destinées au marché britannique furent perdues. De nombreux Palestiniens travaillaient aussi comme journaliers dans un autre secteur clé, l’industrie de la construction des deux côtés de la Ligne verte. Ils purent accomplir ce dont l’OLP et le mouvement pour la paix ne pouvaient que rêver : arrêter d’un seul coup la construction des colonies.

La « révolte des pierres »

Voici un récit de discussion pendant l’Intifada. Quand certaines personnes essayèrent d’affirmer leur autorité en prétendant être des leaders de l’Intifada, un garçon de quatorze ans montra la pierre qu’il tenait et dit : « C’est ça, le leader de l’Intifada. » Tant pis pour l’UNLU ! De soi-disant leaders se faisaient attaquer par les Palestiniens dans les manifestations lorsqu’ils devenaient trop modérés (43). Les tentatives actuelles de l’Autorité palestinienne pour militariser l’Intifada d’aujourd’hui sont une tactique pour éviter que cette « anarchie » ne se reproduise. L’utilisation répandue des pierres comme armes contre l’armée israélienne signifiait qu’on avait compris que les Etats arabes étaient incapables de vaincre Israël au moyen d’une guerre conventionnelle, sans parler de la « lutte armée » de l’OLP. Le désordre civil « désarmé » rejetait obligatoirement « la logique de guerre de l’Etat (44) » (bien qu’on puisse aussi le considérer comme une réaction à une situation désespérée, dans laquelle mourir en « martyr » pouvait sembler préférable à vivre dans l’enfer de la situation présente). Jusqu’à un certain point, le fait de lancer des pierres déjouait la puissance armée de l’Etat d’Israël. Afin de conserver le soutien politique et financier des Etats-Unis, Israël devait respecter les apparences en tant que démocratie en difficulté assiégée par des hordes barbares, et il était dangereux de tuer trop de civils désarmés, au moment où la position pro-américaine de l’Egypte risquait d’affaiblir le rôle d’atout stratégique d’Israël.

Ce qui ne veut pas dire qu’il l’a fait : dès la mi-juin 1988, l’IDF avait déjà tué 300 Palestiniens. Cependant, les cas de conscience personnels que provoquait l’expérience d’affronter, munis d’armes létales, des civils désarmés, s’ajoutaient aux pressions qui s’exerçaient sur le moral des soldats israéliens. Ils étaient censés appartenir à cette puisante armée qui avait vaincu l’Egypte et la Syrie, et voilà qu’on leur ordonnait de tirer à balles réelles sur des gosses armés de pierres ! Ceci contribua à un renouveau dans le mouvement de l’« objection de conscience » (45). Les pierres étaient un facteur égalitariste important, car c’était des armes auxquelles tout le monde pouvait avoir accès. Au sens propre du terme, le prolétariat palestinien était en train de prendre la lutte en main, après des années d’appels déçus pour obtenir l’aide de la bourgeoisie arabe. Une nouvelle génération de jeunes prolétaires, qui avaient grandi sous l’occupation, était en première ligne dans la lutte. Mais, comme un soulèvement prolétaire spontané se transformait en mouvement national sous les auspices de l’UNLU, l’Intifada finit par devenir l’expression d’une alliance précaire entre le prolétariat et la petite-bourgeoisie.

La réactionn de la bourgeoisie israélienne

Dans les années 1970-1980, le gouvernement israélien refusait absolument d’avoir affaire à l’OLP. Ce consensus politique englobait la « gauche » du mouvement La paix maintenant. Pourtant, les « ligues villageoises » de toute évidence fantoches étaient tout à fait incapables d’incarner une direction palestinienne différente de l’OLP avec laquelle ils auraient pu négocier. L’Intifada a poussé le mouvement La Paix maintenant dans une direction plus radicale, parce que des groupes pacifistes plus petits établissaient déjà des contacts avec les Palestiniens, généralement sous forme de soutien « humanitaire ». La stratégie à long terme du camp de la paix avait besoin d’un « partenaire pour la paix », et l’échec des « ligues villageoises » faisait de l’OLP le seul interlocuteur possible.

De plus, la bourgeoisie israélienne commençait à manquer d’options, car celle de transférer les Palestiniens en masse en Jordanie, idée avec laquelle ils jouaient depuis le milieu des années 1980, était irréalisable. La Jordanie avait déjà son propre problème palestinien et, à la fin des années 1980, la dernière chose que voulait le roi Hussein était d’avoir plus de Palestiniens à gérer. Les bureaucrates palestiniens dans les territoires occupés, nommés par la Jordanie ou par Israël, avaient dû démissionner ou affronter la justice révolutionnaire. Au cas où cela exprimerait à quel point ses futurs sujets préféraient le régime jordanien à Israël, le roi Hussein s’empressa d’abandonner son droit sur la Cisjordanie.

Malgré tous ces éléments, l’aile Likoud du gouvernement d’union était intransigeante, mais les Etats-Unis subissaient de plus en plus de pressions internationales pour qu’ils mettent fin à leur boycott diplomatique de l’OLP. Alors que les instincts du Likoud le portaient à la répression ouverte, il y avait des limites à ce qu’on pouvait accomplir par la force brute et par la terreur, étant donné la pression croissante des Etats-Unis et le peu de goût des conscrits israéliens pour une orgie de meurtre. En outre, c’était la « Main de fer » qui avait d’abord contribué à créer les conditions de la révolte.

Quand les Etats-Unis acceptèrent de reconnaître l’OLP à condition que le conflit régresse, ce qui nécessitait que l’OLP reconnaisse Israël, le Premier ministre israélien Yitzhak Shamir dut faire des concessions. Son offre d’« élections libres et démocratiques » aux délégués palestiniens qui « négocieraient pour un intérim assuré par une administration auto-gouvernée » posait aussi la condition de l’apaisement des troubles. Bien que l’OLP ait formellement reconnu  » le droit à l’existence  » d’Israël dès décembre 1988, le processus de reconnaissance de l’OLP par Israël était loin d’être achevé. Le processus pour amener Israël et l’OLP à la table des négociations se retrouva rapidement dans une impasse, ne dépassant jamais les pourparlers au sujet des pourparlers, et la tactique israélienne de manœuvres politiques dilatoires (tout en continuant à assassiner des Palestiniens) semblait payante.

L’économie israélienne, soutenue par l’aide américaine, put absorber le premier choc de la perturbation économique ; mais plus cela durait, plus l’Intifada s’épuisait. Avec le temps, ce qui subsistait de l’économie palestinienne fut détruit. Pendant ce temps, le capital israélien pouvait rechercher d’autres sources de main-d’œuvre bon marché, pour contourner les Palestiniens et les exclure du marché de l’emploi israélien.

Les Islamistes

On vit aussi le début d’un âpre conflit pour le contrôle d’un territoire et pour savoir qui allait être le chien de garde en chef dans les rues palestiniennes. Les bandes nationalistes répétaient déjà leur futur rôle de gardiens de la loi, de l’ordre bourgeois et de la propriété privée. Avec l’épuisement du soulèvement, le prolétariat des territoires occupés était décimé par des combats entre factions et des « meurtres de collaborateurs », et au printemps 1990, plus de Palestiniens étaient tués par d’autres Palestiniens que par les forces israéliennes. Beaucoup de ces « collaborateurs » étaient des pilleurs ou des militants de la lutte de classe. D’autres participants appartenaient à des groupes relativement nouveaux, le Hamas et le Jihad Islamique. Pour essayer de mettre en place un contrepoids à l’OLP authentiquement palestinien, Israël avait encouragé la croissance de la confrérie musulmane au début des années 1980. La confrérie ayant fait preuve de ses sentiments anti-classe ouvrière en brûlant une bibliothèque qu’elle jugeait être un  » foyer communiste « , Israël commença à leur fournir des armes (46). Parce qu’ils croyaient qu’on ne pourrait renverser la domination israélienne que lorsque tous les Palestiniens seraient de vrais croyants musulmans, il semblait que leur croissance pourrait étouffer la résistance à l’occupation. Toutefois, c’est pendant l’Intifada que les Islamistes se politisèrent, en tant que Hamas et Jihad Islamique.

Pour essayer d’être visibles, et pour contester l’OLP, les Islamistes organisèrent des jours de grève qui ne suivaient pas le calendrier de l’UNLU. Ces « grèves contre le processus de paix » les confirmaient dans leur rôle d’« opposition de masse authentique et indigène (47) » à l’OLP. Pourtant, si le Hamas voulait affaiblir l’OLP, il ne voulait pas la remplacer. Sa concurrence « je suis plus militant que toi » avec le Fatah (l’aile militaire de l’OLP) était plutôt destinée à lui assurer un rôle décisionnel dans la nature du futur Etat palestinien. Il rejetait non seulement le « processus de paix » et ses compromis avec Israël, mais aussi l’idée même d’un Etat laïc bourgeois. En dépit de sa position « de rejet », le Hamas finit par rechercher un compromis avec l’OLP, parce qu’il voulait agir sur la forme de l’Etat palestinien.

Les phases initiales de l’Intifada comportaient une part de révolte contre l’institution de la famille patriarcale. Les femmes palestiniennes avaient refusé leur invisibilité sociale et avaient affronté l’armée. A Ramallah, un groupe de filles lapidèrent leurs parents qui voulaient les empêcher de participer à l’émeute ! Pour le Hamas, un Etat palestinien devait être musulman, ce qui supposait d’imposer la charia pour restaurer ces mêmes formes de « contrôle social basse intensité » que l’Intifada avait remises en question.

La guerre du Golfe

Le « processus de paix » traîna encore en longueur à cause de la crise du Golfe, qui mit en doute les loyautés opposées d’Arafat. Alors qu’une grande partie de la bourgeoisie arabe était du côté des Etats-Unis, Arafat ne pouvait pas se le permettre à cause de la position propalestinienne de l’Irak et du soutien palestinien massif dans son conflit avec les Etats-Unis. Finalement, la guerre du Golfe ébranla les illusions relatives à un « nationalisme progressiste » soutenu par l’URSS, qui n’existait plus. En même temps, les attaques de Scud sur Israël renforcèrent en Occident son image publique de bastion de la démocratie entouré d’« Etats voyous » agressifs.

En dépit de la nouvelle réalité mondiale résultant de l’écroulement de l’URSS, Israël reste un atout stratégique vital pour le capital américain. Les quelques Etats arabes qui s’étaient tournés vers Moscou avaient dû entre-temps entreprendre un réalignement hésitant sur l’Occident pour trouver un nouveau sponsor. Presque simultanément, une occasion de faire preuve de leur compréhension du « nouvel ordre mondial » s’offrit aux bourgeoisies arabes récalcitrantes, avec la possibilité de prendre le parti de la coalition contre l’Irak. Presque toutes les capitales arabes de quelque poids politique firent ce choix. De plus en plus, la guerre du Golfe apparaît comme une occasion pour l’Amérique, tout à coup libérée des contraintes de la guerre froide, de démontrer de la façon la plus brutale et la plus arbitraire l’étendue de sa domination sur les puits pétroliers du Moyen-Orient. Et, à la minute où l’« Etat voyou client » se trouva réellement menacé par un soulèvement kurde au nord et par une révolte chiite au sud, les Etats-Unis relâchèrent leur pression, préférant un régime arabe qu’ils pouvaient diaboliser et punir périodiquement à l’éventualité de devoir eux-mêmes écraser une révolution sociale, ce qui aurait pu intensifier les sentiments anti-américains au Moyen-Orient.

La guerre du Golfe participa à la recomposition générale de la classe ouvrière de la région. L’expulsion massive des travailleurs palestiniens du Koweït contribua à l’appauvrissement général du prolétariat palestinien, dont une partie avait bénéficié d’un niveau de vie supérieur même à celui de leurs voisins juifs, grâce aux salaires virés par des membres de leurs familles établis au Koweït. Le couvre-feu intégral imposé par Israël pendant la guerre accrut les difficultés économiques dans les territoires. Il offrit aux patrons israéliens l’occasion de licencier de nombreux travailleurs palestiniens parce qu’ils avaient respecté le couvre-feu, ou parce qu’ils ne l’avaient pas fait ou devraient le faire dans l’avenir. Ceci, à son tour, exacerba les antagonismes de classe dans les territoires, entraînant le vol et l’illégalité généralisée. Pendant le couvre-feu, les magasins surpris à gonfler leurs prix étaient attaqués et contraints de les baisser.

LA ROUTE D’OSLO

Puisque les Etats-Unis jouissaient d’une position hégémonique absolue sur le Moyen-Orient suite à la guerre du Golfe, et puisque la menace du militantisme islamiste était pour le moment endiguée par les bourgeoisies indigènes, notamment en Egypte et en Syrie, le seul problème des Etats-Unis était les Palestiniens. Le soutien populaire à la première Intifada menaçait sans aucun doute les intérêts américains, et le « processus de paix » d’Oslo, à un niveau rhétorique, n’était rien moins qu’un coup d’arrêt aux années de conflit et à une gestion de la crise que les administrations américaines successives avaient été obligées d’entreprendre.

Puisque les alliés arabes de l’Amérique avaient passé avec succès le test de loyauté crucial de la guerre du Golfe, le « nouvel ordre mondial » ouvrait la perspective de la mise au rancart d’Israël en tant que principal atout stratégique des Etats-Unis dans la région, alors qu’une bonne partie de la bourgeoisie arabe était consentante, et que l’incapacité d’Israël à résoudre le problème palestinien menaçait cette nouvelle ère de paix bourgeoise qu’on annonçait partout.

Pour l’Etat israélien, faire des concessions aux Palestiniens impliquait l’éventualité de devoir affronter sa propre classe ouvrière. Mais, comme l’économie du pays n’était pas encore remise de la crise et de l’Intifada, les Israéliens avaient encore besoin de l’aide américaine, qui pouvait servir de moyen de pression pour que l’Etat israélien signe un accord avec les Palestiniens. En 1989, les Etats-Unis se montraient de plus en plus agacés par la stagnation dans le dénouement de l’Intifada. Israël était censé être l’un de leurs gendarmes régionaux. Mais Israël avait un soulèvement intérieur sur les bras qui menaçait de déstabiliser la région, à cause de la diaspora palestinienne. Le Premier ministre Yitzhak Shamir n’était pas en mesure de résoudre le problème, surtout parce qu’à ce moment-là l’union gouvernementale s’était écroulée et qu’il subissait les pressions de ses partenaires de la coalition d’extrême droite.

Avec l’élection d’un gouvernement travailliste qui s’engageait à accélérer le « processus de paix », le Hamas voulut consolider sa base en tant que principale alternative « de rejet » à l’OLP. Le meurtre de six soldats israéliens en décembre 1992 par les guérilleros du Hamas était la preuve que l’entretien de l’Islam politique par Israël comme contrepoids à l’OLP avait été payant, mais pas comme il l’avait espéré. Si la montée du Hamas avait des effets secondaires mortels, elle fournit aussi un prétexte à l’IDF pour exercer de dures répressions au printemps 1993. Ce fut Gaza qui essuya le plus fort de l’attaque, car elle était considérée comme une « base du Hamas ». A l’occasion de cette vague de répression générale, Israël imposa aussi la fermeture des territoires « pour une période indéterminée », au prétexte d’« antiterrorisme ». Cela signifiait l’impossibilité d’aller travailler en Israël pour 189 000 Palestiniens.

La politique de fermeture avait été utilisée sporadiquement pendant les années 1990, comme « punition collective » après des attentats suicides ou d’autres attaques. Après la fermeture des territoires occupés en mars 1993, qui créa des pénuries de main-d’œuvre dans la construction et l’agriculture, le gouvernement donna le feu vert à l’emploi de travailleurs immigrés. C’est ainsi que l’Intifada obligea la bourgeoisie israélienne à mettre fin au monopole des Palestiniens au bas de l’échelle du marché du travail, et à trouver une source de main-d’œuvre bon marché moins volatile. A cause de leur position retranchée, il serait problématique de forcer les travailleurs juifs à occuper cette place. Au début de l’Intifada, des chantiers de construction à Jérusalem avaient tenté sans succès de recruter de la main-d’œuvre juive pour le double du salaire normal palestinien. De toute évidence, les travailleurs juifs ont tendance à être plus loyaux envers l’Etat, et auraient tendance à épouser les impératifs de sécurité. Mais, pour les pousser au bas de l’échelle du marché du travail, il faudrait renégocier le compromis de classe de l’après-1967, et il y avait déjà une pénurie de main-d’œuvre juive. Dans les années 1980, les Juifs quittaient Israël en plus grand nombre qu’ils n’y entraient. L’écroulement de l’URSS semblait fournir la solution, sous la forme d’une nouvelle vague d’immigrés potentiels. Cela n’allait pas sans problèmes, car les nouveaux immigrés avaient désiré aller en Amérique et pour se dédommager d’être coincés en Israël, ils exigeaient leur part du gâteau sioniste. Le bas de l’échelle du marché du travail était bien loin des carrières professionnelles que beaucoup d’entre eux avaient eues en URSS.

De plus, Israël avait besoin de l’aide américaine pour absorber les nouveaux immigrants, et parce que les atermoiements d’Israël sur les colonies agaçaient la bourgeoisie américaine, Bush père avait menacé de ne pas renouveler les prêts en 1991, et déclara clairement qu’Israël ne pourrait pas absorber les nouveaux immigrants sans progresser sérieusement dans la résolution de l’Intifada. Les immigrants russes sont devenus une pomme de discorde dans la société israélienne, car on pense généralement qu’ils ont trouvé leur place aux dépens des autres travailleurs juifs. On relie les augmentation de loyers dans les  » zones désirables « , qui mettent à la rue les Juifs les plus pauvres et accroissent la demande d’extension des colonies, à la nécessité d’intégrer l’afflux d’immigrants russes. Ce ressentiment, auquel s’ajoute une inquiétude générale au sujet de la détérioration du caractère exclusivement juif de l’Etat, a nourri des rumeurs concernant le manque d’authenticité de l’« identité juive » des nouveaux immigrants.

Ces inquiétudes sont encore alimentées par l’emploi de plus en plus généralisé de travailleurs immigrés non juifs d’Europe de l’Est et du Pacifique. Originaires surtout de Roumanie et des Philippines, quoique certains d’entre eux viennent de Jordanie et d’Egypte, ces travailleurs immigrés sont généralement employés par l’intermédiaire d’agences comme Manpower. Ils subissent de très mauvaises conditions de travail et de logement et il y a de nombreux cas de maltraitance physique par les employeurs (48). L’agence conserve systématiquement les passeports des travailleurs, ce qui les lie à leur travail s’ils veulent rester dans le pays. Beaucoup d’employeurs retiennent leurs salaires, et font reconduire leurs employés à la frontière s’ils essaient de les exiger. Récemment, on a obligé des travailleurs à payer une caution aux agences, qu’ils ne récupèrent que s’ils terminent leurs contrats. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que de nombreux travailleurs migrants décident qu’il vaut mieux travailler illégalement (49).

La plupart des ouvriers migrants de sexe masculin travaillent dans la construction et dans l’agriculture, mais surtout dans la construction. L’industrie de la construction a constamment besoin de plus de travailleurs immigrés et le gouvernement limite sans cesse le nombre de visas accordés, créant ainsi un marché pour les travailleurs immigrés illégaux. Les travailleurs immigrés travaillent pour moins cher que les Palestiniens d’Israël et des territoires, et, dans un cas, ce fut la cause d’un pogrom dans une ville palestinienne de Galilée contre des travailleurs squatters jordaniens et égyptiens.

Le chômage palestinien massif, la remise en cause de l’Autorité par le Hamas et l’isolement d’Arafat en raison de son soutien à l’Irak pendant la guerre du Golfe, tous ces éléments contribuèrent à l’affaiblissement de la force de négociation de l’OLP. Alors que la montée du Hamas représentait la politique de rejet de la petite-bourgeoisie locale, les capitalistes marchands et financiers de la diaspora étaient alors plus enclins à accepter l’offre d’un mini-Etat palestinien appauvri. Après tout, ils n’avaient pas besoin de terres pour faire des profits et, contrairement à la petite-bourgeoisie locale, ils n’affrontaient pas les réalités quotidiennes de la domination israélienne. D’autre part, ils auraient pu mettre en danger la sécurité relative de leur position en s’engageant trop avant contre le « nouvel ordre mondial ».

INTIFADA 6. Le « processus de paix » d’Oslo (1993-2000)

Le « processus de paix » d’Oslo (1993-2000)

D’abord connus comme les « accords Gaza-Jéricho », les accords d’Oslo étaient une reprise des transactions que l’OLP rejetait depuis des années. On offrit à l’OLP d’administrer Gaza et Jéricho, dans un premier temps. Bien qu’on ait accordé, avec mauvaise grâce, un territoire plus étendu, Israël contrôle toujours les frontières, la politique étrangère, etc. Toutefois, la transaction était si humiliante pour l’OLP que même Israël s’inquiétait d’avoir eu la main trop lourde. Au Caire, le ministre de l’environnement israélien a prévenu qu’une OLP « vaincue » n’était pas plus dans l’intérêt d’Israël qu’une OLP victorieuse. « Quand on tord le bras d’Arafat au nom de la sécurité, il faut faire attention de ne pas le casser. Avec un bras cassé, Arafat ne pourra pas garder le contrôle de Gaza et de Jéricho (50).»

On a souvent comparé cet accord au système des « bantoustans » qui existaient en Afrique du Sud. La poursuite de la colonisation et la construction de routes réservées aux seuls colons ont renforcé cette similitude. La plupart des groupes nationalistes palestiniens s’opposèrent aux accords d’Oslo dès le départ mais décidèrent de s’en tenir à leur rôle d’« opposition loyale ». Le Hamas poursuivit ses attaques contre les Israéliens mais pas contre l’Autorité palestinienne. Au début du règne de l’Autorité palestinienne, le Hamas déclara : « Nous accueillons les forces de sécurité palestiniennes comme des frères » et jura de « réduire les jours d’appel à la grève séparée pour alléger le fardeau économique de notre peuple. » Des groupes léninistes, principalement le FDLP (Front démocratique pour la libération de la Palestine) et le FPLP (Front populaire de libération de la Palestine) reçoivent moins de soutien que le Hamas et semblent inefficaces. Ils s’opposent à Oslo mais n’ont pas préconisé une lutte active contre l’Autorité palestinienne ou même contre Israël, du moins jusqu’au début de l’Intifada.

Le rôle policier de l’OLP

Malgré son rôle d’« opposition loyale », la résistance en Cisjordanie et à Gaza ne disparut pas lorsque l’Autorité palestinienne arriva au pouvoir. L’arrivée d’Arafat à Gaza le 1er juillet 1994 ne fut pas l’accueil triomphal réservé à un héros, comme il l’avait espéré, et l’Autorité palestinienne se démena désespérément pour exciter la joie des masses à son retour d’exil. Les prolétaires de Gaza s’intéressaient plus au prix des nécessités de base. Les prix des légumes avaient grimpé de 250 % en raison des conditions relativement libres d’exportation vers le marché israélien accordées aux produits agricoles palestiniens sous l’égide du Protocole de Paris en 1994.

Israël contribua à envenimer la situation en fermant immédiatement la Bande de Gaza et en tuant des Palestiniens lors des émeutes qui s’ensuivirent (51). Pour se venger, le Hamas tua des Israéliens et la nouvelle Autorité palestinienne dénonça les attaques contre Israël et jura de coopérer avec Israël pour s’opposer à toute attaque future. Ceci entraîna immédiatement de grands rassemblements pour protester contre la position de l’Autorité palestinienne. Pour Israël, l’Autorité palestinienne dans les zones les plus peuplées voulait dire faire passer le poids politique du maintien de l’ordre public sur les épaules de la bourgeoisie palestinienne, qui ne s’encombrait pas des contrôles mutuels (entre la police et la justice) que les formes démocratiques occidentales de style européen imposaient à Israël. L’Autorité palestinienne dépense la plus grosse partie de son budget pour la sécurité, avec un policier pour trente Palestiniens, la plus grande partie de l’argent destinée aux réformes économiques « s’est perdue » grâce à une Autorité palestinienne notoirement corrompue (52). L’Autorité palestinienne a rétabli la peine de mort, utilisée pour mettre en scène des exécutions publiques de « collaborateurs » pendant la nouvelle Intifada, et a emprisonné de très nombreuses personnes sans procès, généralement ses adversaires politiques.

Malgré la répression exercée dans les zones contrôlées par l’Autorité, il y eut des manifestations et des grèves générales pour protester contre la manière dont étaient traités les militants du Hamas. Dans les camps de réfugiés de Gaza, dont tout le monde sait qu’Arafat n’avait aucune envie de les visiter, il y eut plusieurs bagarres pendant l’été 2000 avec la sécurité de l’Autorité ; des opposants furent arrêtés et emprisonnés sans procès. 200 enseignants quittèrent leur syndicat, trop proche de l’Autorité palestinienne, organisèrent un nouveau syndicat, fermèrent les écoles et s’engagèrent dans une longue grève reconductible (53). Beaucoup d’entre eux sont en prison. Dernièrement aussi, vingt universitaires et membres des professions libérales qui vivent dans les zones contrôlées par l’Autorité ont publié et distribué un manifeste critiquant l’Autorité palestinienne.

LE PROCESSUS DE PAIX

ET LA RESTRUCTURATION DU CAPITAL ISRAELIEN

Pour cette partie de la bourgeoisie israélienne qui cherchait un compromis avec les Palestiniens, Oslo représentait une troisième voie, entre l’accumulation intensive des années 1970 et les rêves expansionnistes d’un Grand Israël. Si ce n’était pas par la conquête, ce serait par une plus grande intégration dans l’économie de la région que le capital israélien chercherait de nouveaux centres d’investissement. Il fallait cesser de contrôler les importations, augmenter la concurrence, et privatiser les grands conglomérats détenus par l’Etat, en étendant le rôle des sous-traitants et des agences de placement privés. Pour l’Etat israélien, cela signifiait mettre la classe ouvrière israélienne au pas, tout en se débarrassant du fardeau politique du contrôle social de la classe ouvrière palestinienne au profit du nouveau mini-Etat palestinien.

Mais la panacée d’Oslo se heurta à l’opposition des prolétaires israéliens et palestiniens. En 1996, trois ans après que Yasser Arafat et Yitzhak Rabin se furent serré la main sur la pelouse de la Maison Blanche, les tentatives du gouvernement du Likoud pour introduire la privatisation entraînèrent une vague de troubles sociaux, tandis que la construction d’un tunnel à Jérusalem déclencha des émeutes, ce qui causa le plus grand nombre de morts palestiniens en vingt ans d’occupation. Cependant, ces luttes n’étaient pas reliées, et les tentatives de rationalisation économique que représentait Oslo continuèrent dans l’indifférence générale.

La classe ouvrière palestinienne

Grâce à Oslo, la bourgeoisie israélienne avait gagné du temps pour remplacer la main-d’œuvre palestinienne, bon marché mais peu disciplinée, par une main-d’œuvre moins chère et moins volatile. Des milliers de Palestiniens furent licenciés pendant la guerre du Golfe. Cela fut possible parce qu’on pouvait les remplacer par des travailleurs immigrés, comme on l’a vu précédemment. L’utilisation d’une main-d’œuvre migrante a permis à Israël de mettre en place un blocus des territoires bien plus efficace que lors de la précédente Intifada. Les barrages imposés lorsque l’Autorité palestinienne arriva au pouvoir rendirent difficile voire impossible pour les Palestiniens d’aller travailler en Israël. Cela contribua à créer les conditions d’un chômage massif à Gaza, car les travailleurs devaient réussir à passer à travers les barrages pour se rassembler sur les « marchés aux esclaves » à un carrefour de Jaffa, au lieu que les employeurs aillent chercher les travailleurs dans les « marchés aux esclaves » des territoires (54). Mais, comme Peres l’a dit en novembre 1994, trois mois après les émeutes du check-point d’Erez, « si les Palestiniens ne peuvent plus travailler en Israël, nous devons créer les conditions qui amèneront des emplois aux travailleurs (55) ».

Ceci se fait de deux manières. Certains Palestiniens travaillent dans les nouvelles zones industrielles, et on en prévoit d’autres juste en deçà des frontières jordanienne et libanaise. (56) Beaucoup d’autres Palestiniens travaillent pour des sous-traitants palestiniens. Les sous-traitants importent des matières premières israéliennes et versent des salaires très bas. Les marchandises produites sont vendues au détail par des entreprises israéliennes, permettent aux patrons israéliens d’accroître leurs profits grâce aux niveaux des salaires palestiniens. Cette nouvelle coopération entre les bourgeoisies arabe et israélienne n’a pas seulement détérioré les conditions de travail du prolétariat palestinien, elle a aussi étendu la prolétarisation de la petite-bourgeoisie palestinienne. Par exemple, les investisseurs israéliens et palestiniens sont en train de monter une grande zone industrielle pour fabriquer des produits laitiers juste à l’intérieur de la frontière, du côté de l’Autorité palestinienne, avec Tnuva, une des plus grandes entreprises agroalimentaires israéliennes. Ceci affaiblira et mettra sans doute en faillite la plupart des éleveurs laitiers palestiniens, qui emploient actuellement 13 % des travailleurs palestiniens dans les territoires.

La bourgeoisie palestinienne accepte sa subordination au capital israélien, d’abord parce qu’elle en profite, ensuite parce qu’un désengagement complet de l’économie israélienne l’exposerait à la concurrence de capitaux voisins ayant accès à une main-d’œuvre moins chère. Cela entraînerait d’autres affrontements avec la classe ouvrière. Toutefois, les bourgeoisies israélienne et palestinienne (ainsi que la bourgeoisie jordanienne) ont toutes un intérêt commun à maintenir l’énorme réserve de main-d’œuvre bon marché des territoires pour attirer l’investissement israélien, palestinien et international.

La classe ouvrière juive

Bien que les Palestiniens soient peu à peu exclus du marché du travail israélien, les travailleurs immigrés ne sont pas la solution idéale. Idéalement, il faudrait que le capital israélien fasse empirer les conditions de travail de la classe ouvrière juive. Mais quand le Likoud essaya d’engager plus de privatisations, en 1996, il y eut une recrudescence des troubles dans la classe ouvrière juive. Oslo représente une tentative supplémentaire pour continuer à fractionner l’économie israélienne en emplois bien rémunérés et en emplois précaires mal payés, et pour renégocier le compromis de classe de l’après-1967. La tentative d’Oslo pour « normaliser » les relations commerciales avec le monde arabe ne peut qu’exposer la classe ouvrière en Israël à la concurrence des travailleurs moins bien payés dans les Etats voisins. C’est très rentable puisque leurs salaires sont encore plus bas que ceux des Palestiniens israéliens. L’accord de paix avec la Jordanie comportait des dispositions prévoyant la libre circulation des capitaux, donc les entreprises israéliennes délocalisèrent immédiatement en Jordanie pour utiliser la main-d’œuvre moins chère. Ce qui augmenta le chômage des ouvriers juifs dans des zones comme Dimona, et des travailleuses arabes du textile dans le Nord, dont le taux de chômage, de 8 %, est en augmentation.

En même temps qu’il favorise les licenciements dans le secteur privé, l’accord d’Oslo entraîne une insécurité économique croissante pour les travailleurs du secteur public. Un bon nombre de travailleurs juifs du secteur public ont maintenant des contrats à durée déterminée, particulièrement les femmes, les jeunes et les nouveaux immigrants, et la sous-traitance existe aussi dans le secteur public où elle dégrade les conditions de travail. Les Juifs au chômage doivent prendre n’importe quel travail, une expérience que nous connaissons bien ici*. L’Histadrout couvre de moins en moins de travailleurs, s’appelle maintenant la « Nouvelle Histadrout », et effectue des sondages pour savoir pourquoi les gens ne lui font pas confiance. Récemment, un syndicat des chemins de fer indépendant a organisé une grande grève pour exiger que l’Histadrout le reconnaisse. Les travailleurs intérimaires aussi ont tenté d’organiser un syndicat (57).

Pour tenter de faire taire la classe ouvrière juive, on a accompagné ces mesures d’une accélération du rythme de construction des colonies dans les territoires occupés. Bien que chaque nouvel accord conclu par l’entremise de l’Amérique comporte une promesse israélienne d’arrêter la construction des colonies, la bourgeoisie israélienne n’a pas d’autre choix que d’ignorer ces promesses pour tenir compte des besoins des travailleurs juifs. Pour le moment, Israël essaie de contourner le problème en « judaïsant » des zones arabes à l’intérieur de la Ligne verte, politique directement responsable de l’engagement des Arabes israéliens dans l’Intifada actuelle.

Intifada. 8. Conclusion. De la révolte à la guerre ?

Conclusion.

De la révolte à la guerre ?

Le « processus de paix » mettait en évidence la prise de conscience par la bourgeoisie israélienne de la nécessité de l’OLP pour contrôler le prolétariat palestinien. L’OLP se retrouvait donc coincée entre la récompense qu’elle pouvait espérer en faisant le sale boulot et son besoin de conserver sa capacité idéologique de récupérer les luttes prolétariennes. L’éruption de la nouvelle Intifada a montré son échec sur ces deux points.

En Israël, les manifestations de la résistance de la classe ouvrière à la rationalisation économique des années 1990 étaient plus feutrées qu’ailleurs., Egypte et Tunisie par exemple. Cependant, pour compenser l’insécurité accrue des travailleurs juifs, il fallait accélérer la construction des colonies, et donc, cela entraînait l’intransigeance de l’Etat israélien dans ses négociations avec les Palestiniens. La construction de colonies en Cisjordanie se déroulait parallèlement à la « judaïsation » de la Galilée en Israël proprement dit. Cela signifiait l’intensification du harcèlement contre les chômeurs et des démolitions des maisons des Palestiniens israéliens pendant la période qui a débouché sur une nouvelle éruption de l’Intifada en 2000.

Les signes d’une escalade de l’Intifada jusqu’à ce qu’elle devienne un conflit militaire rangé n’ont pas entraîné la disparition totale des soulèvements civils. Certaines sections de la bourgeoisie palestinienne veulent imposer à nouveau des formes de lutte civile de masse pour essayer de désamorcer l’Intifada. Pourtant jusqu’à présent, elles n’ont pas réussi. L’Intifada a conduit à l’abandon par la bourgeoisie israélienne du « processus de paix » ; mais la dépendance de cette bourgeoisie à l’égard des Etats-Unis, qui ont d’autres préoccupations au Moyen-Orient, a limité ses possibilité d’intensification de la répression du soulèvement. Alors, dans quelle mesure l’Intifada est-elle l’expression modérée d’une guerre de classe, et dans quelle mesure est-elle une lutte de libération nationale ? Et si les travailleurs n’ont pas de pays, pourquoi les travailleurs continuent-ils à soutenir le nationalisme ?

Souligner les attaques récentes des Palestiniens contre les formes établies de représentation politique n’est qu’une partie de la réponse, car on a souvent dit que ces représentants n’étaient pas assez nationalistes. Dans ce scénario, la crise de légitimité de l’OLP n’implique pas le rejet de toutes les formes de représentation, mais conduit plutôt à un soutien de masse pour une forme de représentation nationaliste plus militante, par exemple le Hamas.

En raison de la subordination de la bourgeoisie palestinienne, de nombreux Palestiniens ont été obligés de travailler pour le capital d’Israël, soit à l’intérieur de la Ligne verte, soit dans la construction des colonies. Pour eux, le visage du patron est le gouvernement militaire israélien. Il leur serait donc possible de s’identifier aux commerçants petit-bourgeois en tant que Palestiniens plutôt qu’en tant que prolétaires, car ces derniers subissent les mêmes nombreuses humiliations et privations quotidiennes imposées par Israël. En l’absence d’une révolution, leurs vies de tous les jours en tant que travailleurs pourraient s’améliorer s’il existait une bourgeoisie palestinienne fonctionnelle, capable d’investir dans des industries et de leur donner du travail, procurant ainsi un revenu aux deux classes.

Pour conclure, les appels rituels à une solidarité abstraite entre travailleurs juifs et palestiniens démontrent l’ignorance des divisions très concrètes dont les deux groupes font l’expérience quotidiennement.

Le « processus de paix » avait l’air prêt à s’attaquer partiellement à ces divisions, en intégrant l’Etat israélien dans le reste du Moyen-Orient. Implicitement, ce processus était une agression contre la position retranchée des travailleurs juifs qui les obligerait à se fondre dans le reste de la classe ouvrière de la région, quoique dans une position relativement privilégiée. Ceci s’est heurté à la résistance de la classe ouvrière, comme dans cette grève chez Tempo Beers déclenchée par des Arabes et des Juifs israéliens, que la gauche israélienne a salué comme un exemple rare de solidarité de classe entre Juifs et Palestiniens. Comme nous l’avons fait remarquer dans le numéro 2 d’Aufheben, le soutien de masse en faveur du nationalisme exprime une « identité superficielle » d’intérêts de classe contradictoires (63).

Dans le cas des travailleurs juifs en Israël, la position privilégiée qu’ils occupent par rapport aux Palestiniens est née de leur combativité. La place des travailleurs juifs exige la domination du capital israélien sur les territoires occupés. La subordination de la bourgeoisie palestinienne a aiguisé les antagonismes de classe dans les territoires, c’est pourquoi elle doit retourner la colère prolétarienne exclusivement contre Israël. Parce que les deux classes palestiniennes partagent l’expérience de la répression par les autorités israéliennes, il semble que l’alliance nationale entre les prolétaires et la petite-bourgeoisie soit plus forte que les liens de solidarité de classe entre travailleurs palestiniens et juifs. Les attaques des nationalistes palestiniens visent de plus en plus souvent toutes les manifestations de la domination israélienne, surtout les colons eux-mêmes, et même des civils en Israël. Le danger physique dans lequel se trouvent les travailleurs juifs les pousse à soutenir les impératifs de sécurité de l’Etat israélien.

Aussi bien chez les Palestiniens que chez les Israéliens, on note des tendances à résister à leur incorporation dans les machines étatiques opposées et leur logique de guerre. Mais en fin de compte, il est impossible de trouver, dans les limites de ce conflit étudié isolément, une transformation de ces tendances en mouvement social capable de sortir de l’impasse de deux nationalismes qui se renforcent mutuellement. Ou plutôt, une telle transformation est liée à la généralisation des luttes prolétariennes au Moyen-Orient, et de façon vitale, en Occident. Selon l’intensité de la résistance de classe qu’elle générera, surtout à une époque de récession mondiale,  » la guerre contre le terrorisme  » ouvre au moins la perspective de cette généralisation.


 

Notes

 

* Ce texte est paru en 2002 en Grande-Bretagne. (NDE.)

(1) Elle a aussi tendance à nier le statut de « véritable » nationalisme du sionisme, en se concentrant sur son racisme d’exclusion. Bien que cela soit vrai du sionisme, elle oublie que le nationalisme est toujours basé sur l’exclusion et n’a donc rien à voir avec le communisme.

(2) The New Intifada : Israel, Imperialism and Palestinian Resistance (La Nouvelle Intifada, Israël, l’impérialisme et la résistance palestinienne), brochure du Socialist Worker, janvier 2001.

* En 1951, le Premier ministre iranien Mossadegh décida la nationalisation du pétrole. Opposé à cette politique, le chah Reza Pahlavi le destitua et le fit arrêter en 1953 (NDE).

(3) « Somalia and the « Islamic Threat » to Global Capital » (La Somalie et la « menace islamiste » pour le capital mondial), Aufheben n°2, été 1993.

(4) Contrairement à l’URSS qui, à cette époque, avait très peu à offrir à ses clients potentiels. Il lui était impossible d’offrir les gigantesques encouragements financiers des Américains, et au lieu des mille et une manières d’aider un état arabe dont disposait le capital, l’Union soviétique ne pouvait offrir qu’une aide militaire et une assistance technique limitée. Contrairement aux Etats-Unis, la politique russe au Moyen-Orient était rudimentaire, ne pouvant apporter qu’une protection extrêmement limitée, même à son plus proche allié, la Syrie.

(5) « Somalia and the « Islamic Threat » to Global Capital », Aufheben, Op. cit. Voir aussi : « When crusaders and assassins unite, let the people beware » (Quand les croisés et les assassins s’unissent, que le peuple prenne garde), Midnight Notes, 1990.

(6) En 1979, le traité de paix israélo-égyptien ne faisait que souligner à quel point l’Egypte était entrée dans l’orbite américaine depuis la mort de Nasser.

(7) Voir : « Capistalist Carnage in the Middle East » (Carnage capitaliste au Moyen-Orient), Wildcat n°6, 1983.

(8) Tellement anti-occidental que le régime baasiste d’Irak, panarabe mais antichiite, dut être utilisé pour neutraliser l’Iran dans les années 1980.

(9) Bien sûr, il s’agit là d’un arrangement réciproque : le nationalisme israélien est renforcé par l’impression que « les Arabes veulent nous balancer dans la mer ».

(10) « La contradiction fondamentale du sionisme était de vouloir sauver le Juif en tant que Juif, c’est-à-dire les relations communautaires datant de bien avant le capitalisme moderne, en l’intégrant dans le monde le plus moderne du capitalisme. » (« Avenir d’une révolte », Le Brise-Glace, 1988.) Ainsi que nous le verrons, la logique contradictoire de cette idéologie revêt en pratique la forme de tendances qui sapent cette même identité, par exemple dans le cas où Israël s’intégrerait plus au Moyen-Orient.

(11) L’une des principales organisations juives était le Bund (syndicat général des travailleurs juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie), créé en 1898 pour relier différents groupes de travailleurs juifs de l’empire tsariste. Il fit brièvement partie du POSDR, le Parti ouvrier social-démocrate russe, qui scissionna plus tard en deux groupes : les mencheviks et les bolcheviks. En 1903, le Bund comptait 40 000 adhérents. Il était « une avant-garde dans le mouvement ouvrier russe » et « un soutien de la classe ouvrière beaucoup plus sincère » que tous les autres groupements de travailleurs d’Europe de l’Est (voir Nathan Weinstock, Le Sionisme, faux messie, Paris, 1969). Bien qu’ardemment opposé au sionisme organisé, le Bund connut toujours en son sein un débat pour savoir jusqu’à quel point il devrait soutenir ou encourager le nationalisme juif. Il s’agissait de savoir si l’exigence d’un état juif briserait la solidarité de la classe ouvrière et l’éloignerait de la lutte de classe, et si les travailleurs juifs devaient s’organiser à l’écart des autres travailleurs. Tout en organisant les luttes ouvrières, le Bund réussit aussi à organiser la défense contre les pogroms en s’associant avec des non-Juifs. Mais lorsque ses adhérents chutèrent de 40 000 à 500, il devint de plus en plus nationaliste.

(12) On dit même que David Ben Gourion (le premier Premier ministre d’Israël) avait un buste de Lénine sur son bureau, mettant en évidence l’influence du bolchévisme sur la classe ouvrière juive européenne.

(13) Le baron de Rothschild, qui était d’avis que la colonisation juive était une bonne façon de servir les intérêts français, parraina la première immigration sioniste en Palestine à la fin du XIXe siècle. Il avait sa propre administration qui pouvait vaincre l’insubordination par la force. Les colons devaient signer un contrat par lequel ils s’engageaient à n’appartenir à aucune organisation non autorisée et à reconnaître qu’ils n’étaient que des tâcherons sur les terres du baron qui produisaient principalement du vin. Ce projet très coûteux exigeait plusieurs milliers de livres pour installer chaque famille de colon (Nathan Weinstock, Le Sionisme, faux messie (Op. cit.).

(14) « Des centaines d’Arabes se rassemblent sur la place du marché, près de la résidence des travailleurs, ils attendent ici depuis l’aube. Ce sont des ouvriers saisonniers… il y en a à peu près 1 500 chaque jour, et nous, quelques dizaines de travailleurs juifs, restons souvent sans travail. Nous aussi venons au marché pour trouver une offre d’emploi pour la journée » (Ibid.).

(15) Voir le pamphlet de Moshe Postone : Anti-sémitisme et national-socialisme.

(16) « Ce problème fut le principal conflit dans la communauté des colons pendant les trois premières décennies du siècle. » (Op. cit,. p. 71.)

(17) Ce genre d’action était courant chez les sionistes de gauche, par exemple ceux qui travaillaient dans les compagnies ferroviaires appartenant aux Britanniques dans la Palestine sous mandat (une des plus grosses industries de Palestine à cette époque). Parmi ces Juifs de gauche, on parlait de solidarité de la classe ouvrière et on essayait de créer des syndicats juifs et arabes unitaires. Pourtant, en même temps, ils faisaient partie des piquets de grève et faisaient pression sur les employeurs britanniques pour qu’ils n’utilisent que de la main-d’œuvre juive.

(18) L’Irgoun Zwaï Leumi fut créée en 1931 par la milice de droite alors que la gauche était de plus en plus sous le contrôle de l’Haganah (la milice principale).

(19) Nous n’utilisons pas ici le mot « corporatistes » comme les « antimondialisation » dans le sens de « domination de l’entreprise », etc. (voir « Anticapitalism as ideology… and as movement ? » (L’anticapitalisme en tant qu’idéologie… et en tant que mouvement ?), Aufheben n° 10. Nous faisons allusion à des pratiques social-démocrates telles que les accords tripartites entre l’Etat, les syndicats et les employeurs. Bien sûr, dans le cas du sionisme travailliste, l’Histadrout jouait en grande partie les trois rôles.

(20) Là où ce n’était pas le cas, l’Etat d’Israël y pourvoyait de diverses manières, y compris en s’arrangeant pour qu’une bombe explose dans une synagogue en Irak et en payant le gouvernement irakien pour chaque émigrant Juif en Israël.

(21) Voir « Deux guerres locales », Internationale situationniste n° 11, p. 13, avril 1967.

(22) La plupart des salaires étaient réévalués tous les six mois. Une augmentation du taux d’inflation signifiait une diminution du salaire réel jusqu’à ce que les salaires soient relevés. Ce décalage dans la ré-évaluation des salaires avait donc tendance à transférer un revenu des salaires vers les profits.

(23) En 1978, l’opposition au Likoud des classes moyennes travaillistes sionistes se concentrait sur la construction des colonies. La « lettre des officiers » s’opposait à cette expansion car elle menaçait le « caractère juif et démocratique de l’Etat ». Cet « écart croissant entre les pratiques démocratiques occidentales et celles d’Israël » constituait la base idéologique du Mouvement pour la paix. Celui-ci oubliait un peu vite que les colonies avaient commencé alors que le Parti travailliste était au pouvoir. Cette disparité, sur laquelle il avait facilement fermé les yeux avant 1967, devenait de plus en plus visible avec l’occupation. Les éléments plus radicaux du Mouvement pour la paix étaient confrontés à quelque chose de presque impensable dans la société israélienne : le refus frontal du service militaire. En raison du caractère essentiel du service militaire obligatoire dans la reproduction de la société israélienne, ce refus créait des divisions très importantes dans le mouvement. Son aile dominante, La Paix maintenant, dénonça une lettre envoyée par des réservistes au ministère de la Défense, dans laquelle ils menaçaient de refuser de défendre les colonies. L’« objection de conscience » gagna en légitimité en 1982, car l’invasion du Liban remettait en cause ce que de nombreux sionistes travaillistes considéraient comme le rôle exclusivement défensif de l’IDF (Israeli Defence Force, Force de défense israélienne). 160 soldats furent condamnés pour avoir refusé de prendre part à l’invasion. Pourtant, la consommation de marijuana dans l’armée et la crise économique menaçaient bien plus l’effort de guerre au Liban que l’« objection de conscience ». Jusqu’à un certain point, on pouvait intégrer cette dernière en autorisant le nombre relativement réduit de refuseniks à plaider la folie et en les retirant des zones de combat. La manifestation de 400 000 personnes contre les massacres de Sabra et Chatila en 1982 est généralement considérée comme l’empreinte la plus importante du mouvement israélien contre la guerre. La guerre au Liban n’avait pas été la victoire rapide qu’on attendait, et beaucoup de parents devaient envisager de voir revenir leurs enfants dans des sacs mortuaires.

(24) Le ministre de la Défense israélien, Yitshak Rabin, en 1985.

(25) « The agonizing transformation of the Palestinian peasants into proletarians » (La douloureuse transformation des paysans palestiniens en prolétaires), p. 1, International Library of the Communist Left, http://www.sinistra. net/lib/upt/compro/liqe/liqemcibue.html

(26) Op. cit. p. 3  » Fellah  » signifie paysan.

(27) Op. cit., p. 3.

(28) En 1973, 52 % travaillaient dans la construction et 19 % dans l’agriculture, les secteurs les plus mal payés.

(29) Voir « The Palestinian proletariat is spiling its blood for a bourgeois state » (Le prolétariat de Palestine verse son sang pour un Etat bourgeois), Revolutionary Perspectives n° 20, hiver 2001 (revue de la CWO, Communist Workers’ Organization).

(30) Ibid.

(31)  » In memory of the proletarian uprising in Tel-Al-Zatar  » (En mémoire du soulèvement prolétarien de Tel-al-Zaatar) : Worldwide Intifada n°1, été 1992.

(32) Ibid.

(33) Les Phalangistes étaient des milices chrétiennes, soutenues par Israël.

(34) « In memory of the proletarian uprising in Tel-Al-Zatar », op. cit..

(35) A peu près à cette époque, les différentes factions nationalistes s’étaient unies, avec l’aide de médiateurs russes, et le PCP (Parti communiste palestinien) était membre à part entière de l’OLP. Il faut remarquer à ce stade que cette réconciliation a eu lieu sous la pression des Palestiniens des territoires, de plus en plus assiégés par les nouvelles colonies.

(36) Voir : « Palestinian autonomy ? Or the autonomy of our class struggle ? » (Autonomie palestinienne ? Ou l’autonomie de notre lutte de classe ?), Worldwide Intifada n° 1, 1992.

(37) Voir :  » Intifada : uprising for nation or class ?  » (L’Intifada : soulèvement nationaliste ou de classe ?), Op. cit.

(38) Rapport de l’IDF, cité dans Op. cit.

(39) Ibid.

(40) D’après « Call no 2. The united national leadership for escalating the uprising in the occupied territories, January 10, 1988 » (Appel n°2. La direction nationale unitaire pour l’extension du soulèvement dans les territoires occupés, 10 janvier 1988), No voice is louder than the voice of the uprising, Ibal Publishing Ltd, 1989.

(41) D’après « Call no 32. The call of revolution and continuation, January 8, 1989 » (Appel n° 32. L’appel à la révolution et à sa poursuite, 8 janvier 1989), Op. cit.

(42) Cité par Andrew Rigby, Living Intifada (Vivre l’Intifada), Zed Books 1991.

(43) Par exemple en partageant la tribune avec Meretz (parti israélien du centre gauche).

(44) Voir : « Avenir d’une révolte » (Le Brise-glace, 1988).

(45) On peut exagérer, et c’est souvent le cas, l’importance ou la taille de ce mouvement, qui a toujours été assez réduit.

(46) Voir Andrew Rigby, op. cit. L’islamisme est un mouvement politique moderniste, mais qui se réfère à des formes précapitalistes. Ainsi, comme le fascisme, il peut se positionner à la fois contre le communisme et contre le capitalisme (son opposition au capitalisme est en réalité une opposition morale à  » l’« usure » : l’intérêt). Comme certaines formes d’antisémitisme et d’anti-américanisme, c’est un faux anticapitalisme.

(47) D’après Graham Usher. Palestine in crisis : the struggle for peace and political independence after Oslo (La Palestine en crise : la lutte pour la paix et l’indépendance après Oslo), Pluto Press, 1995.

(48) Voir Kav la Oved (Workers’Hotline) http://www.kavlaoved. org.il//index_en.html).

(49) Il y a environ 100 000 travailleurs étrangers en Israël. Plus de 66 000 travaillent dans la construction (sur un total de 160 000 ouvriers du bâtiment). Dans la construction, environ 51 000 de ces travailleurs étrangers sont déclarés et 15 000 sont illégaux.

(50) Graham Usher, op. cit.

(51) Beaucoup d’émeutes, surtout au passage d’Erez, furent déclenchées par les milliers de Palestiniens qui ne pouvaient pas aller travailler dans la zone industrielle, de l’autre côté de ce passage. Au cours d’une de ces émeutes, une station d’essence fut brûlée, des bus flambèrent sur un parking, 65 ouvriers agricoles palestiniens furent blessés et 2 tués. La nouvelle police palestinienne échangea des tirs avec l’armée israélienne et 25 soldats furent blessés. Le même mois, des travailleurs de Gaza se heurtèrent à l’IDF pendant des émeutes pour le pain.

(52) Une des raisons d’insister sur la sécurité est de faire de la place pour les cadres du Fatah, en leur donnant un travail.

(53) Les enseignants dans les zones sous Autorité palestinienne sont plus prolétarisés qu’en Occident en général, car leur salaire n’est pas suffisant pour vivre, et ils doivent travailler comme ouvriers agricoles, etc. pendant les vacances.

(54) Pendant les premiers jours de l’Autorité palestinienne, le taux de chômage à Gaza avait atteint 60 %, et seuls 21 000 des 60 000 Palestiniens travaillant en Israël étaient autorisés à y entrer. Après des émeutes, Israël ferma la Bande de Gaza pour une période indéterminée. Le taux de chômage s’aggrava lorsque Khadafi expulsa tous les Palestiniens de Lybie, dans un geste de solidarité avec l’OLP !

(55) Cité dans Graham Usher, op. cit. Ces mesures sont particulièrement utiles puisqu’elles permettent aux entreprises israéliennes de vendre leurs produits, par l’intermédiaire de sous-traitants arabes, aux Etats arabes qui ne veulent pas avouer qu’ils commercent avec Israël.

(56) Dès le début de cette Intifada, le gouvernement jordanien a demandé officieusement que le ministre de l’Industrie et du Commerce établisse deux autres zones industrielles en Jordanie.

* En Grande-Bretagne, NDT.

(57) Cela concerne Kav la Oved (Workers’Hotline), l’un des nombreux groupes issus de la scission de Matzpen. Ils soutiennent les travailleurs vulnérables devant les tribunaux, ils s’occupent surtout des prud’hommes politicards. Ils publient aussi dans la presse des informations telles que les reconduites à la frontière des travailleurs immigrés et les licenciements abusifs de travailleurs palestiniens.

(58) Graham Usher :  » Palestine : the Intifada this time  » (Palestine : l’Intifada actuelle), Race & Class, vol. 42 n° 4.

* National Intifada Force, NDT.

(59) La participation des Arabes à l’intérieur d’Israël ne s’est pas limitée aux Palestiniens israéliens. Il y eut aussi une vague de démissions de soldats druzes (secte arabe, ils sont censés servir dans l’armée israélienne) de l’IDF. Le village de l’un de ces soldats refusa de l’inhumer après sa mort dans des affrontements avec les Palestiniens.

(60) C’est-à-dire dans les zones où sont généralement abandonnés les immigrants juifs d’Ethiopie.

(61) Et pendant l’été 2000, un MK arabe fut accueilli par une pluie de pierres quand il vint parler au camp de réfugiés d’Al Baqaa (Jordanie).

(62) Et la majorité du mouvement pour la paix a rendu l’âme parce que « sans partenaire pour la paix ».

(63) « Yugoslavia unravelled : class decomposition in the « New World Order » » (La Yougoslavie effilochée : la décomposition des classes dans le nouvel ordre mondial), Aufheben n° 2, été 1993 : « Le nationalisme reflète l’identité superficielle des intérêts qui existent entre une bourgeoisie nationale donnée et le prolétariat de son pays tant que les relations sociales capitalistes perdurent. Identité d’intérêts, parce que la valorisation et la réalisation du capital fournissent à la fois aux capitalistes et aux travailleurs une source de revenus grâce auxquels, en tant que sujets indépendants sur le marché légalement séparé des moyens de production, on peut acheter des marchandises pour satisfaire ses besoins (quoique sous une forme aliénée). Superficielle, parce que, alors qu’il ne se présente pas spontanément comme tel, ce processus est celui de l’exploitation de classe et donc de l’antagonisme de classe. Dans la mesure où la bourgeoisie s’organise à un niveau national, et dans la mesure où parler d’économies nationales a encore du sens, le prolétariat se retrouve inclus dans une classe universelle divisée par les séparations nationales. Tant que nous demeurerons dans la défaite, c’est-à-dire tant que la forme de la valeur existera, alors le nationalisme se nourrira de cette division. Le capital est peut-être un, mais c’est un « un » différencié dont l’unité se construit grâce à la concurrence à un niveau international. Comme la concurrence sur le marché mondial est basée sur des produits moins chers, accepter « l’intérêt national » et consentir des sacrifices à la bourgeoisie nationale peut entraîner plus d’exploitation pour la classe ouvrière, la résignation à une vie de mort-vivant ou une véritable vie de chair à canon, mais cela augmente aussi la compétitivité du capital national sur le marché mondial, rendant sa réalisation plus probable, et contribuant ainsi à assurer aux deux classes un revenu futur. »

(31 janvier 2006)

 

L’État totalitaire, la première étape de préparation de la guerre bactériologique

Par Philippe Huysmans. Sur  

 

 

Mars 2020, une majorité des pays les plus riches, mais aussi les plus endettés de la planète basculaient dans la dictature sanitaire.  Incarcération domiciliaire en dehors de tout cadre constitutionnel, décrets et arrêtés toujours plus liberticides, absurdes, humiliants, contradictoires, contraires au bon sens et à l’évidence scientifique.  Tout ça pour quoi?  Pour un virus qui ne tue pas plus qu’une mauvaise grippe.

 

Lassé de courir après la baballe en attendant le prochain train de mesures quasi-dictatoriales décidées dans le confortable entre soi d’un quarteron de pourritures et claironnées le lendemain par tous les médias de grands chemins, j’ai décidé de m’arrêter un instant pour réfléchir.  Eh oui, la vraie question à se poser c’est comment des pays réputés démocratiques ont-ils pu basculer simultanément dans la dictature sanitaire, et donc comment l’ensemble des politiques aux pouvoir dans ces pays ont-ils pu s’affranchir du droit pour imposer des mesures dont on se rend parfaitement compte aujourd’hui qu’elles ont tué par centaines de milliers?

 

Prenons l’exemple d’Olivier Véran, Ministre français de la Santé.  Le 28 mars 2020 était publié le fameux décret Rivotril, pour « soulager » les patients covid en état de détresse respiratoire.  En pratique le Rivotril les a « soulagés » comme l’avaient été les handicapés mentaux victimes du tristement célèbre programme Aktion T4 des nazis2.  On les a piqués comme des chiens.  Or en France, l’euthanasie est illégale, elle est assimilée à un meurtre.  Logiquement donc, en cas de retour à la normale, Olivier Véran devrait être mis en examen en tant que responsable de plusieurs milliers de meurtres, voire de crimes contre l’humanité, ce qui lui vaudrait une condamnation à perpétuité.  Pourtant, aucun de ces hommes de pouvoir ne semble craindre un seul instant l’éventualité d’être traduit en justice un jour, et ils se vautrent  toujours plus avant dans l’abjection et la tyrannie3.  Comment cela est-il possible?

 

Ce qui suit est une opinion, une tentative d’expliquer ce qui est apparemment inexplicable si l’on ne prend pas la peine d’articuler les causes et les événements qui nous ont amenés là.  C’est une étape cruciale pour savoir qui est à la manoeuvre, et pour savoir précisément jusqu’où ces gens sont prêts à aller.  À la lumière de ce qui précédait, vous devez déjà vous en douter un peu, non?

En règle générale, les hommes politiques sont d’une prudence de Sioux, ne s’engageant qu’à coup sûr, s’assurant que leur responsabilité n’est jamais engagée au point que l’on pourrait ultérieurement les poursuivre en justice sur base de leurs actions, et le timide docteur Véran ne fait pas exception à la règle.  Comment transforme-t-on des paisibles chapons4 en sociopathes prêt à tuer sans l’ombre d’une hésitation?

 

Au commencement était l’effondrement

En 1991, la chute du bloc soviétique était consommée, le « communisme » avait vécu (du moins, le soi-disant communisme tel que présenté par le système capitaliste soviétique adoubé par le système capitaliste  étatsunien-Atlantique. NDÉ).  Ca s’est passé sans un bruit, sur fond de déclarations insipides des dirigeants de l’époque qui évoquaient la question comme s’il s’agissait d’une simple formalité.  En pratique c’était le principal opposant au bloc capitaliste qui disparaissait brutalement de la carte, laissant libre cours au néolibéralisme le plus débridé.

 

Ce qu’on a oublié de vous dire à l’époque, c’est que le système capitaliste était lui-aussi en phase d’effondrement, et que c’était inéluctable.  L’usure ayant tout dévoré, les pays les plus riches, écrasés par le service de la dette détruisirent méticuleusement ce qu’il restait du tissu industriel, pour le convertir en actions plus lucratives, mais ne reposant que sur la spéculation.   Le crash qui se produisit en 2008 signa l’arrêt de mort de l’économie capitaliste.  La seule chose qui a pu retarder l’échéance jusqu’à présent, c’est que tant les États-Unis que l’Europe se sont mis à faire tourner la planche à billets à un rythme toujours plus vertigineux.

 

Par des mécanismes douteux, la FED s’est mise à racheter la quasi-totalité des actifs boursiers américains, afin d’éviter l’effondrement total de l’économie, mais au prix d’endetter toujours plus les citoyens américains, et en diluant leur pouvoir d’achat.  La diplomatie de la canonnière trouvant ses limites dans le fait que désormais, tous les pays étaient plongés dans les mêmes difficultés.

 

Ainsi l’Europe n’était pas en reste pour produire par tombereaux de la fausse monnaie ultimement destinée à maintenir les banques systémiques sous perfusion.  Vous avez sérieusement cru qu’il s’agissait d’aider les États? Ayant atteint le bout du bout, craignant par-dessus tout un effondrement généralisé qui serait inévitablement cause de révoltes un peu partout, et donc de leur disparition, les vrais dirigeants de ce monde ont décidé de prendre les choses en main.

 

À qui profite le crime?

Dans l’hypothèse normale d’un système failli, et sachant que personne ne pourra jamais rembourser la dette colossale des États, la question logique à se poser aurait été celle de l’effacement de la dette.  C’est bien ainsi que cela se passe dans le monde de l’entreprise, pourquoi devrait-il en être autrement s’agissant du système capitaliste dans son ensemble?  Eh bien tout simplement parce que les détenteurs de la dette, une toute petite brochette de fonds requins, de multinationales et de banques ne l’entendent pas de cette oreille.  Ils veulent le beurre et l’argent du beurre, et n’ont pas l’intention de rien lâcher de ce qui constitue leur pouvoir de domination sur le monde.

 

J’entends d’ici les pleureuses opposer que l’effacement de la dette signifierait aussi la disparition des fonds de pension qui reposent largement sur des produits financiers basés sur la dette, mais c’est un faux problème, les pensions pourraient être financées sans aucun problème en y consacrant seulement quelques pourcents des moyens aujourd’hui consacrés au service de la dette.

 

Magistrature de collusion, corruption et technique des petits pas

Maintenant que nous avons identifiés les donneurs d’ordre, reste à comprendre comment ils ont pu prendre le contrôle total des leviers du pouvoir dans tous les pays concernés, soit l’ensemble des pays les plus endettés et les plus soumis aux diktats du FMI, de la Commission Européenne et de l’État profond américain.

 

On pourrait d’abord parler de magistrature de collusion, puisque l’ensemble de ces donneurs d’ordre, même s’ils ne représentent pas un corps social homogène, même s’ils ne partagent pas forcément la même vision politique, sont les représentants d’une petite élite ultra-minoritaire qui forme à elle seule une classe au sens marxiste du terme.  C’est par sa cohésion autour d’un projet (préserver leur domination à tout prix), ses moyens illimités, et son réseau de contacts s’étendant dans toutes les strates du pouvoir autour du globe —tels les tentacules d’une pieuvre gigantesque— qu’ils ont pu mettre en place leurs hommes de paille : nos dirigeants.  Ceux qu’ils ne peuvent acheter, ils les font chanter5.

 

  • eur : on évoque une pandémie gravissime, qui pourrait bien être la cause de millions de morts, mais dans le même temps on présente ça comme une fenêtre d’Overton6 qui permettrait l’instauration d’une société plus contrôlée, dans laquelle il serait plus facile d’empêcher l’émergence des inévitables mouvements sociaux que la crise ne manquera pas d’engendrer dans les mois et années à venir.  Pour instaurer cette société largement amputéeLa technique mise en oeuvre recouvre plusieurs méthodes de manipulations visant à mettre leurs obligés dans l’impossibilité de reculer.
    • La p

    de ses attributs démocratiques, il faut nécessairement en passer par la violation des garde-fous que sont les constitutions.  Le passage en force s’impose désormais partout comme la nouvelle norme7.

  • Brûler ses vaisseaux : on pousse les dirigeants à tout fermer, quitte à écraser pour de bon ce qui restait de la classe moyenne, et dans le même temps, on incite les États à s’endetter toujours plus pour distribuer de l’argent hélicoptère afin d’indemniser les entreprises lésées.  On parle là de centaines de milliards de dette qui étrangleront toujours plus les États, les rendant d’autant plus tributaires des donneurs d’ordre.
  • L’intérêt supérieur : on présente l’ensemble des mesures comme une sorte d’opération de la dernière chance qui viserait justement à minimiser l’impact de la crise8, et de son cortège de victimes.  Certes on va faire très mal, mais c’est pour éviter des maux bien plus grands encore.  Les tortionnaires se verront ainsi en sauveurs et il ne subsistera plus l’ombre d’une prévention dans leur esprit puisqu’ils croiront agir dans l’intérêt de la population.
  • Liés par le crime : on poussera les dirigeants à commettre, et à faire commettre par leurs subalternes des actions passibles de poursuites pénales, ce qui leur fermera ensuite toute possibilité de retraite.  C’est une méthode mafieuse qui a fait ses preuves.
  • Les petits pas : les hommes de paille n’ont aucune connaissance du plan et le découvrent au fur et à mesure au travers des feuilles de route qui leur sont transmises par d’obscurs cabinets conseils américains à la solde des donneurs d’ordre.   Finalement, ces hommes politiques sont tout aussi manipulés que nous, mais à un autre niveau.  C’est un peu l’histoire de la grenouille qu’on met à cuire doucement dans la casserole.  Se rendent-ils compte de ce vers quoi ils se dirigent, et comment ça se terminera?  Peu importe, en fait, parce qu’il ne leur sera pas donné le choix de revenir en arrière.
    .

Ne vous y trompez pas, ce que vous vivez actuellement n’a rien à voir avec une crise sanitaire, c’est un coup d’État planétaire visant à asseoir le pouvoir absolu des donneurs d’ordre sur une dictature féroce.  Vous aurez le pire du communisme (pour les masses) (le soi-disant « communisme » tel que le présente la gauche bourgeoise opportuniste et électoraliste, associant – communisme et goulag au grand plaisir de la CIA  NDÉ) et le pire du capitalisme (le seul bénéfice étant réservé à l’élite).

 

Quand comprendrez-vous que vous êtes victime d’une guerre psychologique visant à briser la résistance des peuples avant de les mettre en esclavage?  Si j’ai réussi à exprimer correctement mes idées, vous devriez avoir réalisé à présent que non seulement ce cauchemar ne s’arrêtera jamais, mais qu’on en est qu’aux préliminaires, et qu’ils ne reculeront devant rien.

 

NOTES


  1. Connais ton ennemi et connais-toi toi-même; eussiez-vous cent guerres à soutenir, cent fois vous serez victorieux. Si tu ignores ton ennemi et que tu te connais toi-même, tes chances de perdre et de gagner seront égales.  Si tu ignores à la fois ton ennemi et toi-même, tu ne compteras tes combats que par tes défaites.  – Sun Tzu, l’Art de la Guerre.
  2. Aktion T4 est le nom donné, après la Seconde Guerre mondiale, à la campagne d’extermination d’adultes handicapés physiques et mentaux par le régime nazi, de 1939 à août 1941, et qui fait de 70 000 à 80 000 victimes.  Fondée sur un terreau idéologique fertile prônant une politique eugéniste active, antérieure au nazisme mais exacerbée par celui-ci, favorisée par une intense campagne de propagande en faveur de la stérilisation et de l’euthanasie des handicapés, elle est le fruit d’une décision personnelle d’Adolf Hitler.  Source : Wikipedia
  3. Clin d’oeil à Pierre-Yves Rougeyron qui, dans sa dernière émission avec Pierre Jovanovic avait reconnu avoir mésestimé le pouvoir de nuisance des politiques (il ne croyait pas qu’ils pourraient aller aussi loin), mais sans parvenir à expliquer ce glissement inexorable vers toujours plus de tyrannie et de violence.
  4. L’ensemble des dirigeants politiques des pays ayant réduit drastiquement les libertés, incarcéré leur population à domicile, détruit l’économie et poussé les gens au suicide soi-disant pour lutter contre une pseudo-pandémie qui n’était pas —on le sait aujourd’hui— plus mortelle que la grippe de 2015.
  5. Cfr. affaire Epstein
  6. La fenêtre d’Overton, aussi connue comme la fenêtre de discours, est une allégorie qui désigne l’ensemble des idées, opinions ou pratiques considérées comme acceptables dans l’opinion publique d’une société. […] Selon la description d’Overton, sa fenêtre comprend une gamme de politiques considérées comme politiquement acceptables au regard de l’opinion publique existante, et qu’un politicien peut donc proposer sans être considéré comme trop extrême, pour gagner ou conserver une fonction publique.   Source : Wikipedia
  7. La majorité des décrets et arrêtés concernant le confinement, le port du masque, et bientôt le passeport sanitaire sont parfaitement insconstitutionnels et contraire au droit.
  8. Ce qui est un faux dilemme puisqu’à aucun moment on ne tirera les conséquences de la faillite du système, on entend juste se dispenser d’avoir à en assumer les conséquences.
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