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C’est la guerre, et l’escalade est à venir

Par : Zineb

« La guerre, c’est la guerre » , et cette guerre va s’intensifier.


Par Alastair Crooke – Le 24 avril 2022 – Source Al Mayadeen

Il s’agit bien d’une guerre. L’OTAN est en guerre contre la Russie. Les juristes allemands diront peut-être que non, mais quand l’Occident arme l’Ukraine, quand les forces spéciales de l’OTAN sont à Kiev (c’est-à-dire les SAS britanniques) et forment les milices sous leur protection à l’utilisation de leurs armes pour tuer des Russes, est-il vraiment pertinent de savoir de quelle épaule est tiré le missile Starstreak (de fabrication britannique) qui abat un hélicoptère russe ? Le sait-on vraiment ?

Quoi qu’il en soit, cette « guerre » (guerre par procuration, si vous préférez) a effectivement été lancée en 2014, et s’est considérablement intensifiée en 2017, lorsque l’OTAN a cessé de s’appuyer sur les forces nationales ukrainiennes (qui s’étaient révélées quelque peu enclines à faire des défections, avec leurs armes, au profit de milices russophones), pour recourir à des internationalistes et des mercenaires, avec l’intention agressive d’affaiblir et d’embourber la Russie.

« La guerre, c’est la guerre » , et cette guerre va s’intensifier.

Personne ne connaît le nombre exact de ces milices d’extrême droite constituées par l’Occident, mais Reuters avance le chiffre de cent mille, ce que constate et approuve Jacques Baud, ancien conseiller principal de l’OTAN. Ces paramilitaires, cependant, ne jouent aucun rôle dans la guerre de terrain normale, mais se concentrent plutôt sur le maintien de « l’ordre » [c’est-à-dire la stricte obéissance] dans les villes. Et c’est exactement ce que vous avez eu à Marioupol et ailleurs. Ces milices de type Azov ne sont pas équipées pour des opérations de terrain. Elles sont équipées pour la guerre urbaine. Pour être clair, ce mode de guerre urbaine impitoyable à la Idlib ne vise pas à vaincre l’armée russe, mais à l’entraîner dans une boue étouffante et enveloppante.

Jusqu’en février de cette année, ce dispositif était essentiellement destiné à alimenter une campagne d’attrition ; un bourbier naissant. Mais soudain, le 16 février, il y a eu une augmentation massive des tirs d’artillerie du côté ukrainien (environ 30 fois plus que par le passé, selon l’OSCE) et cela a coïncidé avec les prédictions de Biden d’une invasion russe imminente. Pour les Russes, et pour le président Poutine en particulier, c’était le signe du début de la guerre d’usure attendue. Et c’est ainsi que le 24 février, l’opération militaire spéciale de la Russie a été lancée.

Pourquoi l’attrition ? Pourquoi pas une guerre ordinaire ? Eh bien, parce que l’OTAN ne voulait pas poser ses « bottes » sur le terrain. Elle voulait une insurrection de faible intensité.

Pourquoi ? Parce qu’il avait été décidé que l’effondrement de la Russie (le but ultime) devait avant tout être obtenu par une guerre financière totale (évitant ainsi les pertes américaines) : des milliers de sanctions ; la saisie des réserves de change russes ; et un effort concerté pour couler le rouble. En mars, Biden se vantait déjà dans son discours sur l’état de l’Union que le rouble s’était effondré de 30% et la bourse russe de 40%. Les combats en Ukraine devaient permettre de renforcer les effets de la guerre financière sur la Russie.

Mais aujourd’hui, nous constatons que les calculs ont changé. En fait, ils doivent changer, car la dynamique et les calendriers s’inversent :

Premièrement, l’économie de la Russie ne s’est pas effondrée. Le rouble est revenu au niveau où il était avant le 24 février. Ensuite, l’Occident a donc déployé sa PSYOP anti-Poutine sans précédent, sur fond d’allégations quasi quotidiennes d’atrocités et de crimes de guerre attribués à la Russie.

La guerre des PSYOPS a complètement imprégné le public européen d’une animosité et d’une haine passionnelles pour Poutine et les russes. Son « succès » à cet égard ne fait aucun doute.

Mais il semble qu’il y ait eu aussi une sous-intrigue anglo-américaine moins remarquée : cette sous-intrigue consiste à affaiblir l’Allemagne et à l’empêcher de s’allier à la Russie, pour au moins une génération. Cette dernière aspiration est bien établie et existait déjà avant la première guerre mondiale.

Comme l’a écrit Ambrose Evans-Pritchard dans le Telegraph cette semaine, « Olaf Scholz doit choisir entre un embargo énergétique sur la Russie et un embargo moral sur l’Allemagne » : « … Le refus de l’Europe occidentale de couper le financement de la machine de guerre de Vladimir Poutine est intenable. Le préjudice moral et politique pour l’UE elle-même devient prohibitif » .

Mais notez le corollaire : pour pousser à cet embargo énergétique de l’UE, la Grande-Bretagne fait monter les enchères en exigeant une « réponse occidentale à la hauteur de la menace existentielle à laquelle l’ordre libéral européen est confronté » .

Voici donc le grand programme révisé : la Russie survit à la guerre financière parce que l’UE continue d’acheter du gaz et de l’énergie à la Russie. L’UE et plus particulièrement l’Allemagne financent, selon le mème, la « guerre grotesque et sans motif » de Poutine. « Pas un euro ne doit parvenir à Poutine » .

Ne s’agit-il pas simplement d’une évolution des objectifs de l’Occident en février ? Non. Car la stratégie du « boycott de l’énergie russe » ne consiste pas à laisser à la « guerre du Trésor » le temps de porter ses fruits, mais plutôt à achever l’Europe, bien sûr, et l’Allemagne en particulier. Et ce sera pour bientôt.

L’Europe n’a aucun moyen de remplacer l’énergie russe par d’autres sources dans les années à venir. Mais les dirigeants européens, consumés par une frénésie d’indignation face à un flot d’images d’atrocités en provenance d’Ukraine – et par le sentiment que le « monde libéral » doit à tout prix éviter une perte dans le conflit ukrainien – semblent prêts à aller jusqu’au bout. L’embargo sur l’énergie pourrait survenir assez rapidement.

Mais voilà le hic : les États-Unis voient bien que leur « guerre » d’usure est un échec. L’armée ukrainienne est encerclée et sera bientôt anéantie (d’une manière ou d’une autre).

Ainsi, la question n’est plus de savoir si la guerre d’attrition peut donner aux sanctions plus de temps pour affecter la population russe. La guerre du Trésor échoue également (pour des raisons complexes liées au fait que la Banque de Russie lie le rouble à l’or et le rouble à l’énergie).

Là encore, ce sont les conséquences économiques/financières qui changent la donne. L’inflation monte en flèche en Europe et va encore augmenter. Et l’opinion publique est en train de changer : « Selon un sondage, le soutien de l’opinion publique aux sanctions contre la Russie diminue à mesure que la crise du coût de la vie commence à se faire sentir. La proportion de l’opinion publique qui accepterait une hausse des prix du carburant en conséquence de sanctions occidentales sévères contre la Russie a chuté de 14 points en un mois, passant de 50 % en mars à 36 % cette semaine » .

Les calendriers ne correspondent plus : les euro-sanctions ont (théoriquement) besoin de plus de temps pour faire effet. Or, l’Occident n’a pas le temps. C’est l’inflation qui frappe « maintenant » (et qui modifie le sentiment européen sur le projet ukrainien). La dernière chose que souhaite l’establishment européen est un « printemps européen » (en référence au printemps arabe).

L’Occident est confronté à un choix difficile : le soutien de l’opinion publique au projet ukrainien est peut-être en train de s’estomper, au moment même où les réalités sur le terrain montrent que l’« ordre libéral européen » ne sera pas sauvé de la désintégration, à travers l’Ukraine.

Pourtant, on a fait croire à l’opinion publique que sans une victoire de l’Ukraine européenne, sans la défaite et l’humiliation totales de la Russie, le monde libéral ne pourrait pas survivre. Ainsi, nous entendons du bout des lèvres du Haut Représentant de l’UE, Borrell, que la situation ukrainienne ne peut être résolue que par des moyens militaires. Ce qu’il veut peut-être dire, c’est que l’Occident doit être maximaliste, avant que l’inflation ne ruine le plan. L’escalade ou l’échec existentiel.

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

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Par : Volti
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Par : Volti
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La dynamique de l’escalade : « Avec l’Ukraine »

Par : Zineb

L’axe Russie-Chine possède de la nourriture, de l’énergie, des technologies et la plupart des ressources clés du monde. L’histoire enseigne que ce sont ces éléments qui font les gagnants dans les guerres.


Par Alastair Crooke – Le 25 avril 2022 – Source Strategic Culture

L’Occident se rend compte qu’alors que les sanctions sont sensées pouvoir mettre les pays à genoux, la réalité est qu’une telle capitulation n’a jamais eu lieu (exemple : Cuba, la Corée du Nord, l’Iran). Et, dans le cas de la Russie, il est possible de dire que cela ne se produira tout simplement pas.

L’équipe Biden n’a pas encore totalement compris les raisons de cette situation. L’une d’elles est qu’ils ont précisément choisi la mauvaise économie : tenter de provoquer un effondrement par le biais de sanctions (la Russie a des lignes d’approvisionnement étrangères minimales et des quantités importantes de matières premières précieuses) s’avérera très difficile. Les collaborateurs de Biden n’ont pas compris toutes les ramifications du jujitsu monétaire de Poutine qui lie le rouble à l’or et le rouble à l’énergie.

Ils considèrent avec condescendance le jujitsu monétaire de Poutine comme une autre attaque désespérée contre le statut de monnaie de réserve « imprenable » du dollar. Ils choisissent donc de l’ignorer et supposent que si seulement les Européens prenaient moins de douches chaudes, portaient plus de pulls en laine, renonçaient à l’énergie russe et soutenaient l’Ukraine, l’effondrement économique se matérialiserait enfin. Alléluia !

L’autre raison pour laquelle l’Occident interprète mal le potentiel stratégique des sanctions est que la guerre Russie-Chine contre l’hégémonie occidentale est assimilée par ses peuples à une guerre existentielle. Pour eux, il ne s’agit pas seulement de prendre moins de douches chaudes (comme pour les Européens), il s’agit de leur survie même. Par conséquent leur seuil de tolérance à la douleur est beaucoup, beaucoup plus élevé que celui de l’Occident. L’Occident ne va pas enfumer ses challengers de manière aussi ridicule.

Au fond, l’axe Russie-Chine possède la nourriture, l’énergie, la technologie et la plupart des ressources clés du monde. L’histoire enseigne que ce sont ces éléments qui font les gagnants dans les guerres.

Le problème stratégique, cependant, est double : premièrement, la fenêtre pour un plan B de désescalade via un accord politique en Ukraine est passée. C’est tout ou rien maintenant (à moins que Washington ne plie). Deuxièmement, bien que dans un contexte légèrement différent, l’Europe et l’équipe Biden ont choisi de faire monter les enjeux en flèche :

La conviction que la vision libérale européenne risque d’être humiliée et méprisée si Poutine venait à « gagner » s’est installée. Et dans le noyau Obama-Clinton-État profond, il est inimaginable que Poutine et la Russie, toujours considérée comme l’auteur du Russiagate par de nombreux Américains, puissent l’emporter.

La logique de cette équation est inexorable : l’escalade.

Pour Biden dont la cote de popularité continue de chuter, le désastre surviendra lors des élections de mi-mandat de novembre. Le consensus parmi les initiés américains est que les Démocrates sont sur le point de perdre 60 à 80 sièges au Congrès, et une petite poignée (4 ou 5 sièges) au Sénat également. Si cela devait se produire, il ne s’agirait pas seulement d’une humiliation personnelle, mais d’une paralysie administrative pour les Démocrates jusqu’à la fin théorique du mandat de Biden.

La seule issue possible à ce cataclysme imminent serait que Biden sorte un lapin du « chapeau » ukrainien (qui, à tout le moins, détournerait l’attention de l’inflation galopante). Les Néo-cons et l’État profond (mais pas le Pentagone) sont tous pour. L’industrie de l’armement apprécie naturellement que Biden blanchisse des armes en Ukraine (avec d’énormes « débordements » qui disparaissent en quelque sorte dans les limbes). De nombreuses personnes à Washington profitent de ce gâchis bien financé.

Pourquoi une telle euphorie face à un plan d’escalade aussi téméraire ? Eh bien, les stratèges suggèrent que si les dirigeants Républicains se montrent bipartisans en matière d’escalade – se rendant complices de la politique belliciste de plus en plus agressive, pour ainsi dire – ils affirment qu’il pourrait s’avérer possible d’endiguer les pertes Démocrates lors des élections de mi-mandat et d’émousser, pendant la campagne de l’Opposition, un assaut axé sur une économie mal gérée.

Jusqu’où Biden pourrait-il aller avec cette escalade ? Eh bien, le déploiement d’armes est une évidence (un autre gâchis), et les forces spéciales sont déjà sur le terrain, prêtes à allumer une mèche à toute escalade ; de plus, la zone d’exclusion aérienne évoquée semble avoir l’avantage supplémentaire de bénéficier d’un soutien européen, en particulier au Royaume-Uni, parmi les Baltes (bien sûr) et chez les « Verts » allemands également. (Alerte spoiler ! Tout d’abord, bien sûr, pour mettre en œuvre une zone d’exclusion aérienne, il est nécessaire de contrôler l’espace aérien, espace que la Russie domine déjà et sur lequel elle met en œuvre une exclusion électronique et magnétique totale).

Cela serait-il suffisant ? Des voix sinistres conseillent de ne pas le faire. Elles veulent une présence au sol. Elles parlent même d’armes nucléaires tactiques. Elles affirment que Biden n’a rien à perdre à « faire le gros dos » , surtout si le GOP est convaincu de devenir complice. En fait, cela pourrait même le sauver de l’ignominie, insistent-ils. Les initiés de l’armée américaine soulignent déjà que l’approvisionnement en armes ne permettra pas de « renverser » la situation. Il faut à tout prix éviter une « guerre perdue » d’ici novembre.

Un tel consensus en faveur d’une escalade est-il réaliste ? Eh bien, oui, c’est possible. Rappelons qu’Hillary (Clinton) a été l’alchimiste qui a fusionné l’aile néoconservatrice des années 1980 avec les néolibéraux des années 1990 pour créer une large structure interventionniste qui pourrait servir tous les goûts : les Européens pouvaient s’imaginer exercer un pouvoir économique d’envergure mondiale pour la première fois, tandis que les néoconservateurs ont ressuscité leur insistance sur l’intervention militaire musclée comme condition préalable au maintien de l’ordre fondé sur des règles. Ces derniers sont fous de joie à l’idée que la guerre financière échoue.

Du point de vue des néo-conservateurs, cela remet l’action militaire sur la table et ouvre un nouveau « front » : aujourd’hui, les Néo-cons remettent précisément en question le postulat selon lequel un échange nucléaire avec la Russie doit être évité à tout prix. Et à partir de cet abandon de l’interdiction des actions susceptibles de déclencher un échange nucléaire, ils affirment que circonscrire le conflit ukrainien sur cette base est inutile et constitue une erreur stratégique – affirmant que, selon eux, il est peu probable que Poutine ait recours aux armes nucléaires.

Comment cette superstructure d’élite interventionniste néoconservatrice et libérale peut-elle exercer une telle influence alors que la classe politique américaine au sens large est historiquement « anti-guerre » ? Les néo-cons sont l’archétype du caméléon. Adorés par l’industrie de la guerre, régulièrement présents dans les réseaux, ils entrent et sortent du pouvoir à tour de rôle, les « faucons de la Chine » se nichant dans les couloirs de Trump, tandis que les « faucons de la Russie » migrent pour peupler le département d’État de Biden.

L’escalade est-elle déjà intégrée ? Il y a peut-être encore une « mouche du coche » iconoclaste : Trump ! – par son acte symbolique de soutien à J.D. Vance pour la primaire sénatoriale du GOP dans l’Ohio, contre la volonté de l’establishment du GOP.

Vance est l’un des nombreux représentants de la tradition populiste de l’Amérique qui cherche à se faire élire lors du prochain « remaniement » du Congrès. Mais le fait marquant ici est que Vance a remis en question le caractère précipité de l’escalade en Ukraine. Beaucoup d’autres prétendants populistes potentiels parmi les nouveaux sénateurs et sénateurs en herbe du GOP ont déjà succombé à la pression du vieil establishment du GOP pour approuver la guerre. (Le gâchis, encore une fois).

Le GOP est divisé sur l’Ukraine à son niveau de représentation supérieur, mais la base populaire est traditionnellement sceptique quant aux guerres étrangères. Avec ce soutien politique, Trump pousse le GOP à s’opposer à l’escalade en Ukraine. Ross Douthat, dans le NY Times, confirme que le soutien de Vance est plus étroitement lié aux sources de la popularité de Trump en 2016, car il a exploité le sentiment anti-guerre parmi les Déplorables, qui se préoccupent davantage du bien-être de leur propre pays.

Peu de temps après l’annonce du soutien, Trump a publié une déclaration :

« Il est insensé que la Russie et l’Ukraine ne s’assoient pas et n’élaborent pas une sorte d’accord. S’ils ne le font pas bientôt, il ne restera rien d’autre que la mort, la destruction et le carnage. C’est une guerre qui n’aurait jamais dû avoir lieu, mais elle a eu lieu. La solution ne pourra jamais être aussi bonne qu’elle l’aurait été avant le début des tirs, mais il y a une solution, et elle doit être trouvée maintenant, pas plus tard, quand tout le monde sera MORT », a déclaré Trump.

Trump écarte effectivement la possible ligne de fracture clé pour les prochaines élections (même si certains gros bonnets du GOP – dont beaucoup sont financés par le complexe militaro-industriel (MIC) – sont favorables à une implication militaire plus robuste).

Et Trump perçoit toujours le point faible de son adversaire : Biden peut être très attiré par l’argument de l’escalade, mais il est connu pour être encore plus affecté à l’idée que des sacs mortuaires rentrent aux États-Unis avant novembre et deviennent son héritage. D’où l’exagération de Trump, qui a déclaré que, tôt ou tard, tout le monde en Ukraine « sera MORT » .

Une fois encore, la crainte des Démocrates ayant des connaissances militaires est que le pont aérien d’armes occidentales aux frontières de l’Ukraine ne changera pas le cours de la guerre et que la Russie l’emportera, même si l’OTAN s’engage. En d’autres termes, « l’impensable » se produira : l’Occident perdra face à la Russie. Ils affirment que l’équipe Biden n’a guère le choix : mieux vaut miser sur l’escalade que de risquer de tout perdre avec une débâcle en Ukraine (surtout après l’Afghanistan).

Le fait d’éviter l’escalade représente un tel défi pour la psyché missionnaire américaine avide de leadership mondial que la prudence innée de Biden ne suffira peut-être pas à vaincre l’élan en sa faveur. Le Washington Post rapporte déjà que « l’administration Biden fait fi des nouveaux avertissements russes contre la fourniture aux forces ukrainiennes d’armes plus perfectionnées et d’un nouvel entraînement – dans ce qui semble être un risque calculé que Moscou n’intensifie pas la guerre » .

Les élites de l’UE, en revanche, ne sont pas seulement persuadées (en dehors de la Hongrie et d’une faction en Allemagne) par la logique de l’escalade, elles en sont franchement intoxiquées. Lors de la conférence de Munich en février, c’était comme si les dirigeants de l’UE avaient l’intention de surenchérir dans leur enthousiasme pour la guerre : Josep Borrell a réaffirmé son engagement en faveur d’une solution militaire en Ukraine : « Oui, normalement, les guerres sont gagnées ou perdues sur le champ de bataille » , a-t-il déclaré à son arrivée à une réunion des ministres des affaires étrangères de l’UE à Luxembourg, lorsqu’on lui a demandé de commenter sa précédente déclaration selon laquelle « cette guerre sera gagnée sur le champ de bataille » .

Leur euphorie est centrée sur la croyance que l’UE – pour la première fois – exerce son pouvoir économique d’une manière significative au niveau mondial et, en même temps, permet et arme une guerre par procuration contre la Russie (en imaginant l’UE comme un véritable empire carolingien, gagnant réellement sur le champ de bataille !)

L’euphorie des élites de l’UE – si complètement découplées des identités nationales et des intérêts locaux, et plutôt fidèles à une vision cosmopolite dans laquelle les hommes et les femmes d’importance travaillent en réseau entre eux et se complaisent dans l’approbation de leurs pairs – ouvre une profonde polarisation au sein de leurs propres sociétés.

Le malaise vient de ceux qui ne considèrent pas le patriotisme, ou le scepticisme à l’égard de la russophobie actuelle, comme nécessairement mal placés. Ils craignent que les élites bornées de l’UE qui préconisent des sanctions à l’encontre de la Russie et l’engagement de l’OTAN avec une puissance nucléaire, n’entraînent un désastre pour l’Europe.

Les euro-élites sont en croisade – trop investies dans la charge émotionnelle et l’euphorie de la « cause » ukrainienne pour avoir même envisagé un plan « B ».

Et même si un plan « B » devait être envisagé, l’UE a moins de possibilités d’inverser le mouvement que les États-Unis. Structurellement, l’UE est incapable de s’auto-réformer ou de changer radicalement de cap, et l’Europe élargie manque désormais de « vaisseaux » permettant d’opérer des changements politiques décisifs.

Accrochez-vous à vos chapeaux !

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par, pour le Saker Francophone

Les médias coupables jusqu’à l’ignoble

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L’ile des serpents interesse l’Otan. Tant pis pour eux.

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Le roi est de retour

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Comment expliquer l’attitude de l’Allemagne dans la crise actuelle


Par Wolfgang Streeck – Le 4 mai 2022 – Source New Left Review

Pour ceux qui se demandent qui est le patron en Europe, l’OTAN ou l’Union européenne, la guerre en Ukraine a réglé cette question, du moins pour l’avenir prévisible. Il fut un temps où Henry Kissinger se plaignait qu’il n’y avait pas de numéro de téléphone unique pour appeler l’Europe, qu’il y avait beaucoup trop d’appels à passer pour obtenir quelque chose, que la chaîne de commandement avait besoin d’être simplifiée. Puis, après la fin de Franco et de Salazar, l’extension méridionale de l’UE est arrivée, avec l’adhésion de l’Espagne à l’OTAN en 1982 (le Portugal était membre depuis 1949), rassurant Kissinger et les États-Unis à la fois contre l’eurocommunisme et contre une prise de contrôle militaire autre que par l’OTAN. Plus tard, dans le cadre du nouvel ordre mondial émergeant dans les années 90, l’UE a absorbé la plupart des États membres du défunt Pacte de Varsovie, qui bénéficiaient d’une procédure accélérée d’adhésion à l’OTAN. En stabilisant économiquement et politiquement les nouveaux venus dans le bloc capitaliste et en guidant leur construction nationale et la formation de leur État, la tâche de l’UE, acceptée avec plus ou moins d’empressement, était de leur permettre de faire partie de « l’Occident », dirigé par les États-Unis, et d’un monde désormais unipolaire.

Au cours des années suivantes, le nombre de pays d’Europe de l’Est attendant d’être admis dans l’UE a augmenté, les États-Unis faisant pression pour leur admission. Avec le temps, l’Albanie, la Macédoine du Nord, le Monténégro et la Serbie ont obtenu le statut de candidat officiel, tandis que le Kosovo, la Bosnie-Herzégovine et la Moldavie sont toujours en attente. Pendant ce temps, l’enthousiasme des premiers États membres de l’UE pour l’élargissement a diminué, notamment en France, qui préférait, et préfère toujours, l’« approfondissement » à l’« élargissement ». Cela correspond à la finalité française particulière de « l’union sans cesse plus étroite des peuples d’Europe » : un ensemble d’États relativement homogène sur le plan politique et social, capable de jouer collectivement un rôle indépendant, autodéterminé, « souverain » et surtout dirigé par la France dans la politique mondiale (« une France plus indépendante dans une Europe plus forte », comme aime à le dire son président qui vient d’être réélu).

Les coûts économiques liés à la mise en conformité des nouveaux États membres avec les normes européennes, ainsi que la quantité requise de renforcement des institutions de l’extérieur, devaient rester gérables, étant donné que l’UE était déjà aux prises avec des disparités économiques persistantes entre ses pays membres méditerranéens et du Nord-Ouest, sans parler du profond attachement de certains des nouveaux membres de l’Est aux États-Unis. Ainsi, la France a bloqué l’entrée dans l’UE de la Turquie, membre de longue date de l’OTAN (qu’elle restera même si elle vient d’envoyer l’activiste Osman Kavala en prison, pour une vie en isolement sans possibilité de libération conditionnelle). Il en va de même pour plusieurs États des Balkans occidentaux, comme l’Albanie et la Macédoine du Nord, qui n’ont pas réussi à empêcher l’adhésion, lors de la première vague d’Osterweiterung en 2004, de l’Estonie, de la Lettonie, de la Lituanie, de la Pologne, de la République tchèque, de la Slovaquie, de la Slovénie et de la Hongrie. Quatre ans plus tard, Sarkozy et Merkel ont empêché (pour l’instant) les États-Unis de George Bush le Jeune d’admettre la Géorgie et l’Ukraine dans l’OTAN, anticipant que cela devrait être suivi de leur inclusion dans l’Union européenne.

Avec l’invasion russe de l’Ukraine, la donne a changé. L’allocution télévisée de M. Zelensky devant tous les chefs de gouvernement de l’Union européenne réunis a provoqué une sorte d’excitation très souhaitée mais rarement vécue à Bruxelles, et sa demande d’adhésion totale à l’Union européenne, tutto e subito, a suscité d’incessants applaudissements. Dans son excès de zèle habituel, Von der Leyen s’est rendu à Kiev pour remettre à Zelensky le long questionnaire nécessaire au lancement des procédures d’admission. Alors qu’il faut normalement des mois, voire des années, aux gouvernements nationaux pour rassembler les informations complexes demandées dans le questionnaire, Zelensky, malgré l’état de siège de Kiev, a promis de terminer le travail en quelques semaines, ce qu’il a fait. On ne sait pas encore quelles seront les réponses à des questions telles que le traitement des minorités ethniques et linguistiques, surtout russes, ou l’étendue de la corruption et l’état de la démocratie, par exemple le rôle des oligarques nationaux dans les partis politiques et au parlement.

Si l’Ukraine est admise aussi rapidement que promis, comme son gouvernement et celui des États-Unis l’attendent, il n’y aura plus aucune raison de refuser l’adhésion non seulement aux États des Balkans occidentaux, mais aussi à la Géorgie et à la Moldavie, qui ont posé leur candidature en même temps que l’Ukraine. Quoi qu’il en soit, tous ces pays renforceront l’aile anti-russe et pro-américaine de l’UE, aujourd’hui dirigée par la Pologne, qui, à l’instar de l’Ukraine, avaient participé avec enthousiasme à la « coalition des volontaires » réunie par les États-Unis dans le but de construire activement une nation en Irak. Quant à l’UE en général, l’adhésion de l’Ukraine la transformera encore plus en une école préparatoire ou en un enclos pour les futurs membres de l’OTAN. Et ce, même si, dans le cadre d’un éventuel règlement de la guerre, l’Ukraine devra peut-être être officiellement déclarée neutre, ce qui l’empêchera de rejoindre directement l’OTAN. (En fait, depuis 2014, l’armée ukrainienne a été reconstruite à partir de zéro sous la direction des Américains, au point qu’en 2021, elle a effectivement atteint ce qu’on appelle « l’interopérabilité » dans le jargon de l’OTAN).

Outre la domestication des membres néophytes, une autre tâche découlant du nouveau statut de l’UE en tant qu’auxiliaire civil de l’OTAN consiste à concevoir des sanctions économiques qui font mal à l’ennemi russe tout en épargnant les amis et alliés, autant que nécessaire. L’OTAN contrôlant les canons, l’UE est chargée de contrôler les ports. Von der Leyen, enthousiaste comme toujours, a fait savoir au monde entier, fin février, que les sanctions prises par l’UE seraient les plus efficaces jamais prises et qu’elles permettraient « d’anéantir petit à petit la base industrielle de la Russie » (Stück für Stück die industrielle Basis Russlands abtragen). En tant qu’Allemande, elle avait peut-être à l’esprit quelque chose comme un plan Morgenthau, tel que proposé par les conseillers de Franklin D. Roosevelt, afin de réduire à jamais l’Allemagne vaincue à une société agricole. Ce projet a été rapidement abandonné, lorsque les États-Unis ont réalisé qu’ils pourraient avoir besoin de l’Allemagne (de l’Ouest) dans le cadre de leur « endiguement » de l’Union soviétique pendant la guerre froide.

On ne sait pas qui a dit à von der Leyen de ne pas en faire trop, mais la métaphore abtragen n’a plus été entendue, peut-être parce que ce qu’elle impliquait aurait pu équivaloir à une participation active à la guerre. Quoi qu’il en soit, il s’est rapidement avéré que la Commission, en dépit de ses prétentions à la gloire technocratique, a échoué aussi bien dans la planification des sanctions que dans celle de la convergence macroéconomique. De manière remarquablement eurocentrique, la Commission semblait avoir oublié que certaines parties du monde ne voient aucune raison de se joindre à un boycott de la Russie imposé par l’Occident ; pour elles, les interventions militaires n’ont rien d’inhabituel, y compris les interventions de l’Occident pour l’Occident. En outre, sur le plan interne, l’UE a eu du mal à ordonner à ses États membres ce qu’ils ne doivent pas acheter ou vendre ; les appels lancés à l’Allemagne et à l’Italie pour qu’elles cessent immédiatement d’importer du gaz russe ont été ignorés, les deux gouvernements insistant pour que les emplois et la prospérité nationaux soient pris en considération. Les erreurs de calcul abondent même dans la sphère financière où, malgré les sanctions toujours aussi sophistiquées prises contre les banques russes, y compris la banque centrale de Moscou, le rouble a récemment augmenté d’environ 30 %, entre le 6 et le 30 avril.

Lorsque les rois reviennent, ils lancent une purge, pour rectifier les anomalies qui se sont accumulées pendant leur absence. Les rapports sont présentés et collectés, le manque de loyauté révélé pendant l’absence du roi est puni, les idées désobéissantes et les souvenirs impropres sont extirpés, et les coins et recoins du corps politique sont nettoyés des déviants politiques qui les ont peuplés entre-temps. Les actions symboliques du genre McCarthy sont utiles car elles répandent la peur parmi les dissidents potentiels. Aujourd’hui, dans tout l’Occident, les joueurs de piano, de tennis ou de théorie de la relativité qui sont originaires de Russie et veulent continuer à jouer ce qu’ils jouent sont contraints de faire des déclarations publiques qui, au mieux, rendraient leur vie et celle de leur famille difficiles. Les journalistes d’investigation découvrent un abîme de dons philanthropiques faits par des oligarques russes à des festivals de musique et autres, des dons qui étaient bienvenus dans le passé mais qui s’avèrent maintenant être une atteinte à la liberté artistique, contrairement bien sûr aux dons philanthropiques de leurs homologues occidentaux. Etc.

Dans un contexte de prolifération des serments de loyauté, le discours public est réduit à la diffusion de la vérité du roi, et rien d’autre. Essayer de découvrir les motifs et les raisons, chercher un indice sur la façon dont on pourrait, peut-être, négocier la fin du bain de sang, est assimilé à du Putin verzeihen, ou pardonner Poutine ; Cela « relativise », comme le disent les Allemands, les atrocités de l’armée russe en essayant d’y mettre fin par des moyens autres que militaires. Selon la nouvelle sagesse en cours, il n’y a qu’une seule façon de traiter un fou ; penser à d’autres moyens va à l’encontre de ses propres intérêts et constitue donc une trahison. (Je me souviens d’enseignants qui, dans les années 1950, faisaient savoir à la jeune génération que « la seule langue que le Russe comprend est la langue du poing »). La gestion de la mémoire est capitale : ne mentionnez jamais les accords de Minsk (2014 et 2015) entre l’Ukraine, la Russie, la France et l’Allemagne, ne demandez pas ce qu’ils sont devenus et pourquoi, ne vous souciez pas de la plateforme de règlement négocié du conflit sur laquelle Zelensky a été élu en 2019 par près des trois quarts des électeurs ukrainiens, et oubliez la réponse américaine par la diplomatie du mégaphone aux propositions russes de 2022 pour un système de sécurité européen commun. Surtout, n’évoquez jamais les diverses « opérations spéciales » américaines du passé récent, comme par exemple en Irak, et à Fallujah, Irak (800 victimes civiles rien qu’en quelques jours) ; ce faisant, vous commettez le crime de « whataboutism« , qui, au vu des « images de Bucha et Marioupol », est moralement hors limite.

Dans tout l’Occident, la politique de reconstruction impériale vise tout ce qui s’écarte, ou s’est écarté dans le passé, de la position américaine sur la Russie, l’Union soviétique et l’Europe dans son ensemble. C’est là que se dessine aujourd’hui la ligne de démarcation entre la société occidentale et ses ennemis, entre le bien et le mal, une ligne le long de laquelle il faut purger non seulement le présent mais aussi le passé. Une attention particulière est accordée à l’Allemagne, le pays qui fait l’objet de la suspicion (kissingerienne) américaine depuis l’Ostpolitik de Willy Brandt et la reconnaissance par l’Allemagne de la frontière occidentale de la Pologne d’après-guerre. Depuis lors, l’Allemagne est suspecte aux yeux des Américains de vouloir s’exprimer sur la sécurité nationale et européenne, pour l’instant au sein de l’OTAN et de la Communauté européenne, mais à l’avenir peut-être seule.

Que trois décennies plus tard, Schröder, comme Blair, Obama et tant d’autres, ait monnayé son passé politique après avoir quitté ses fonctions n’a jamais été un problème en soi. Il en a été autrement du refus historique de Schröder, avec Chirac, de se joindre à la troupe dirigée par les Américains pour envahir l’Irak et, ce faisant, de violer exactement le même droit international que celui qui est aujourd’hui violé par Poutine. (Le fait que Merkel, en tant que leader de l’opposition à l’époque, ait déclaré au monde entier, depuis Washington DC, quelques jours avant l’invasion, que Schröder ne représentait pas la véritable volonté du peuple allemand est peut-être l’une des raisons pour lesquelles elle a jusqu’à présent été épargnée des attaques américaines pour ce qui serait une cause majeure de la guerre en Ukraine, sa politique énergétique ayant rendu l’Allemagne dépendante du gaz naturel russe).

Aujourd’hui, en tout cas, ce n’est pas vraiment Schröder, trop visiblement enivré par les millions dont les oligarques russes le gavent, qui est la cible principale de la purge allemande. C’est plutôt le SPD en tant que parti – qui, selon BILD et le nouveau leader de la CDU, Friedrich Merz, un homme d’affaires avec d’excellentes relations américaines, a toujours eu un problème avec la Russie. Le rôle de grand inquisiteur est assumé avec force par l’ambassadeur d’Ukraine en Allemagne, Andrij Melnyk, ennemi juré autoproclamé, notamment de Frank-Walter Steinmeier, aujourd’hui président de la République fédérale, qui est désigné pour incarner la « connexion russe » du SPD. Steinmeier a été de 1999 à 2005 le chef de cabinet de Schröder au cabinet du chancelier, a été deux fois (2005-2009 et 2013-2017) ministre des affaires étrangères sous Merkel, et a été pendant quatre ans (2009-2013) chef de l’opposition au Bundestag.

D’après Melnyk, infatigable twitteur et donneur d’interviews, Steinmeier « a tissé pendant des années une toile d’araignée de contacts avec la Russie », dans laquelle « de nombreuses personnes sont empêtrées et qui sont maintenant à la tête du gouvernement allemand ». Selon Melnyk, pour Steinmeier, « la relation avec la Russie était et reste quelque chose de fondamental, de sacré, quoi qu’il arrive. Même la guerre d’agression de la Russie n’a pas beaucoup d’importance pour lui ». Ainsi informé, le gouvernement ukrainien a déclaré Steinmeier persona non grata à la dernière minute, au moment où il s’apprêtait à monter dans un train de Varsovie à Kiev, en compagnie du ministre polonais des Affaires étrangères et des chefs de gouvernement des États baltes. Alors que les autres ont été autorisés à entrer en Ukraine, Steinmeier a dû informer les journalistes qui l’accompagnaient qu’il n’était pas le bienvenu et rentrer en Allemagne.

Le cas de Steinmeier est intéressant car il montre comment les cibles de la purge sont sélectionnées. À première vue, les références néolibérales et atlantistes de Steinmeier semblent impeccables. Auteur de l’Agenda 2010, en tant que chef de la Chancellerie et coordinateur des services secrets allemands, il a permis aux États-Unis d’utiliser leurs bases militaires allemandes pour recueillir et interroger des prisonniers du monde entier pendant la « guerre contre le terrorisme ». On peut supposer qu’il s’agissait d’une compensation pour le refus de Schröder de participer à l’aventure américaine en Irak. Il n’a pas non plus fait beaucoup de bruit, voire pas du tout, lorsque les États-Unis ont retenu prisonniers à Guantanamo des citoyens allemands d’origine libanaise et turque, qui ont tous été arrêtés, enlevés et torturés après avoir été pris pour d’autres. Les accusations selon lesquelles il n’a pas prêté assistance, comme il aurait dû le faire en vertu de la loi allemande, le suivent jusqu’à ce jour.

Ce qui est vrai, c’est que Steinmeier a contribué à rendre l’Allemagne dépendante de l’énergie russe, même si ce n’est pas tout à fait de quoi on l’accuse. C’est lui qui, en 1999, a négocié la sortie de l’Allemagne de l’énergie nucléaire, au nom du gouvernement rouge-vert de Schröder et comme l’exigeaient, non pas le SPD, mais les Verts. Plus tard, en tant que chef de file de l’opposition, il a accepté, après la catastrophe de Fukushima en 2011, que Merkel, après avoir fait marche arrière sur la sortie du nucléaire 1, fasse à nouveau marche arrière pour faire passer la sortie du nucléaire 2, en espérant toujours aussi astucieusement que cela ouvrirait la porte à une coalition avec les Verts. Quelques années plus tard, lorsqu’elle a, pour la même raison, mis fin au charbon, en particulier au charbon tendre, pour qu’il entre en vigueur à peu près au moment de la fermeture des derniers réacteurs nucléaires, Steinmeier a suivi le mouvement. Pourtant, c’est lui, et non Merkel, qui est blâmé pour la dépendance énergétique allemande et la collaboration avec la Russie, peut-être en raison d’une gratitude américaine durable pour l’aide apportée par Merkel dans la crise des réfugiés syriens après la (demi-)intervention américaine ratée en Syrie. Pendant ce temps, les Verts, le moteur de la politique énergétique allemande depuis Schröder, comme la CDU, parviennent à échapper à la colère américaine en pivotant pour attaquer le SPD et Scholz pour avoir hésité à livrer des  » armes lourdes «  à l’Ukraine.

Et le Nord Stream 2 ? Là encore, Merkel a toujours été aux commandes, notamment parce que l’extrémité allemande du gazoduc devait arriver dans son État, voire dans sa circonscription. Il convient de noter que le gazoduc n’a jamais été mis en service, une grande partie du gaz russe destiné à l’Allemagne étant pompée par un système de gazoducs qui traverse en partie l’Ukraine. Ce qui a rendu Nord Stream 2 nécessaire, aux yeux de Mme Merkel, c’est la situation juridique et politique chaotique de l’Ukraine après 2014, qui soulevait la question de savoir comment assurer un transit fiable du gaz pour l’Allemagne et l’Europe occidentale, une question que le Nord Stream 2 résoudrait élégamment. Il n’est pas nécessaire d’être un Ukrainversteher pour comprendre que cela a dû agacer les Ukrainiens. Il est intéressant de noter qu’après plus de deux mois de guerre, le gaz russe est toujours acheminé par les gazoducs ukrainiens. Alors que le gouvernement ukrainien pourrait les fermer à tout moment, il ne le fait pas, probablement pour permettre à lui-même et aux oligarques associés de continuer à percevoir des droits de transit. Cela n’empêche pas l’Ukraine d’exiger que l’Allemagne et d’autres pays cessent immédiatement d’utiliser le gaz russe, afin de ne plus financer la « guerre de Poutine ».

Encore une fois, pourquoi Steinmeier et le SPD, plutôt que Merkel et la CDU, ou les Verts ? La raison la plus importante est peut-être qu’en Ukraine, en particulier sur la droite radicale de l’échiquier politique, le nom de Steinmeier est connu et détesté surtout en raison de ce que l’on appelle « l’algorithme de Steinmeier » ; essentiellement une sorte de feuille de route, ou de liste de choses à faire, pour la mise en œuvre des accords de Minsk élaborés par Steinmeier en tant que ministre des affaires étrangères sous Merkel. Si le Nord Stream 2 était impardonnable du point de vue ukrainien, Minsk était un péché mortel aux yeux non seulement de la droite ukrainienne (entre autres, il aurait accordé l’autonomie aux parties russophones de l’Ukraine) mais aussi des États-Unis, qui avaient été contournés par cet accord, tout comme l’Ukraine allait être contournée par le Nord Stream 2. Si ce dernier était un acte inamical entre partenaires commerciaux, le premier était un acte de haute trahison envers un roi temporairement absent, maintenant de retour pour faire le ménage et se venger.

Dans la mesure où l’UE est devenue une filiale de l’OTAN, on peut supposer que ses fonctionnaires en savent aussi peu que quiconque sur les objectifs de guerre ultimes des États-Unis. Avec la récente visite des secrétaires d’État et de la défense des États-Unis à Kiev, il semble que les Américains aient déplacé les objectifs, passant de la défense de l’Ukraine contre l’invasion russe à l’affaiblissement permanent de l’armée russe. L’ampleur de la prise de contrôle par les États-Unis a été démontrée avec force lorsque, lors de leur voyage de retour aux États-Unis, les deux secrétaires ont fait escale à la base aérienne américaine de Ramstein, en Allemagne, celle-là même que les États-Unis utilisent pour la guerre contre le terrorisme et d’autres opérations similaires. Ils y ont rencontré les ministres de la défense de pas moins de quarante pays, auxquels ils avaient ordonné de se présenter pour promettre leur soutien à l’Ukraine et, bien sûr, aux États-Unis. Il est significatif que la réunion n’ait pas été convoquée au siège de l’OTAN à Bruxelles, un lieu multinational, du moins formellement, mais dans une installation militaire que les États-Unis prétendent être sous leur, et seulement leur, souveraineté, avec le désaccord occasionnel du gouvernement allemand. C’est là, sous la présidence des États-Unis et sous deux immenses drapeaux, américain et ukrainien, que le gouvernement Scholz a finalement accepté de livrer à l’Ukraine les « armes lourdes » réclamées depuis longtemps, sans apparemment avoir son mot à dire sur l’usage exact qui serait fait de ses chars et obusiers. (Les quarante nations ont accepté de se réunir une fois par mois pour déterminer quels autres équipements militaires l’Ukraine aurait besoin). Dans ce contexte, on ne peut que rappeler l’observation d’un diplomate américain à la retraite, au début de la guerre, selon laquelle les États-Unis allaient combattre les Russes « jusqu’au dernier Ukrainien ».

Comme on le sait, la capacité d’attention non seulement du public américain mais aussi de l’establishment de la politique étrangère américaine est courte. Des événements dramatiques survenus à l’intérieur ou à l’extérieur des États-Unis peuvent diminuer de façon critique l’intérêt national pour un pays aussi éloigné que l’Ukraine ; sans parler des prochaines élections de mi-mandat et de la campagne imminente de Donald Trump pour reconquérir la présidence en 2024. D’un point de vue américain, ce n’est pas vraiment un problème, car les risques associés aux aventures étrangères des États-Unis reviennent presque exclusivement aux locaux ; voir l’Afghanistan. Il est d’autant plus important, pourrait-on penser, que les pays européens sachent quels sont exactement les buts de guerre des États-Unis en Ukraine, et comment ils seront actualisés à mesure que la guerre se poursuivra.

Après la réunion de Ramstein, on a parlé non seulement d’un « affaiblissement permanent » de la puissance militaire russe, sans parler d’un accord de paix, mais aussi d’une victoire pure et simple de l’Ukraine et de ses alliés. Cela mettra à l’épreuve la sagesse de la guerre froide selon laquelle une guerre conventionnelle contre une puissance nucléaire ne peut être gagnée. Pour les Européens, le résultat sera une question de vie ou de mort ; ce qui pourrait expliquer pourquoi le gouvernement allemand a hésité pendant quelques semaines à fournir à l’Ukraine des armes qui pourraient être utilisées, par exemple, pour pénétrer sur le territoire russe, d’abord peut-être pour frapper les lignes d’approvisionnement russes, puis pour en obtenir davantage. (Lorsque l’auteur de ces lignes a lu la nouvelle aspiration américaine à une « victoire », il a été pendant un bref mais inoubliable instant frappé par un profond sentiment de peur). Si l’Allemagne a eu le courage de demander à avoir son mot à dire sur la stratégie américano-ukrainienne, rien de tel ne semble avoir été proposé : les chars allemands, semble-t-il, seront livrés carte blanche. Selon les rumeurs, les nombreux wargames commandés ces dernières années à des groupes de réflexion militaires par le gouvernement américain et impliquant l’Ukraine, l’OTAN et la Russie se sont tous terminés, d’une manière ou d’une autre, par un Armageddon nucléaire, du moins en Europe.

Il est certain qu’une fin nucléaire n’est pas ce qui est annoncé publiquement. Au lieu de cela, on entend que les États-Unis partent du principe que la défaite de la Russie prendra de nombreuses années, avec une impasse prolongée, un enlisement dans la boue d’une guerre terrestre, aucune des parties n’étant capable de bouger : les Russes parce que les Ukrainiens recevront sans cesse plus d’argent et de matériel, voire de main-d’œuvre, de la part d’un « Occident » nouvellement américanisé, les Ukrainiens parce qu’ils sont trop faibles pour entrer en Russie et menacer sa capitale. Pour les États-Unis, cela pourrait sembler tout à fait confortable : une guerre par procuration, avec un équilibre des forces ajusté et réajusté par eux en fonction de l’évolution de leurs besoins stratégiques. En fait, lorsque Biden a demandé, dans les derniers jours d’avril, une nouvelle aide de 33 milliards de dollars à l’Ukraine pour la seule année 2022, il a laissé entendre que ce ne sera que le début d’un engagement à long terme, aussi coûteux que l’Afghanistan, mais, a-t-il dit, qui en vaut la peine. À moins, bien sûr, que les Russes ne commencent à tirer davantage de leurs missiles miracles, à déballer leurs armes chimiques et, finalement, à mettre à profit leur arsenal nucléaire, les petites ogives pour champ de bataille en premier.

Existe-t-il, malgré tout cela, une perspective de paix après la guerre, ou moins ambitieuse : une architecture de sécurité régionale, peut-être après que les Américains se seront désintéressés de la question, ou que la Russie estimera qu’elle ne peut ou ne doit pas poursuivre la guerre ? Un règlement eurasien, si nous voulons l’appeler ainsi, présupposera probablement une sorte de changement de régime à Moscou. Après ce qui s’est passé, il est difficile d’imaginer les dirigeants d’Europe occidentale exprimant publiquement leur confiance en Poutine, ou en un successeur poutinien. Dans le même temps, il n’y a aucune raison de croire que les sanctions économiques imposées par l’Occident à la Russie provoqueront un soulèvement populaire qui renversera le régime de Poutine. En fait, si l’on se réfère à l’expérience des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale avec les bombardements destructeurs des villes allemandes, les sanctions pourraient bien avoir l’effet inverse, en amenant les gens à serrer les rangs derrière leur gouvernement.

La désindustrialisation de la Russie, à la von der Leyen, ne sera de toute façon pas possible, car la Chine ne le permettra pas, notamment parce qu’elle a besoin d’un État russe opérationnel pour son projet de nouvelle route de la soie. Les demandes populaires en Occident pour que Poutine et sa camarilla soient jugés par la Cour pénale internationale de La Haye resteront, pour ces seules raisons, lettre morte. Notez en tout cas que la Russie, comme les États-Unis, n’a pas signé le traité établissant la Cour, garantissant ainsi à ses citoyens l’immunité contre des poursuites. Comme Kissinger, Bush Jr. et d’autres aux États-Unis, Poutine restera donc en liberté jusqu’à la fin de ses jours, quelle que soit cette fin. Les pays européens qui, historiquement, ne sont pas vraiment enclins à la russophilie, comme les pays baltes et la Pologne, et certainement aussi l’Ukraine, ont de bonnes chances de convaincre le public de pays comme l’Allemagne ou la Scandinavie que faire confiance à la Russie peut être dangereux pour la santé nationale.

Un changement de régime pourrait toutefois s’avérer nécessaire en Ukraine. Ces dernières années, l’extrémité ultra-nationaliste de la politique ukrainienne, profondément enracinée dans le passé fasciste et même pro-nazi de l’Ukraine, semble avoir gagné en force dans une nouvelle alliance avec les forces ultra-interventionnistes des États-Unis. Une conséquence, parmi d’autres, a été la disparition de Minsk de l’agenda politique ukrainien. Un représentant éminent de l’ultra-droite ukrainienne est l’ambassadeur ukrainien en Allemagne, mentionné plus haut, qui a fait savoir dans une interview accordée au Frankfurter Allgemeine que pour lui, quelqu’un comme Navalny était exactement le même que Poutine lorsqu’il s’agit du droit de l’Ukraine à exister en tant qu’État-nation souverain. Interrogé sur ce qu’il dirait à ses amis russes, il a nié en avoir, voire en avoir eu à un moment de sa vie, car les Russes sont par nature déterminés à anéantir le peuple ukrainien.

La famille politique de Melnyk remonte à l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) dans l’entre-deux-guerres et sous l’occupation allemande, avec laquelle ses dirigeants ont collaboré jusqu’à ce qu’ils découvrent que les nazis ne faisaient pas vraiment de distinction entre Russes et Ukrainiens lorsqu’il s’agissait de tuer et de réduire des gens en esclavage. L’OUN était dirigée par deux hommes, un certain Andrij Melnyk (même nom que l’ambassadeur) et un certain Stepan Bandera, ce dernier étant, dans la mesure du possible, quelque peu à droite du premier. Tous deux auraient commis des crimes de guerre sous licence allemande, Bandera étant chef de la police, nommé par les nazis, à Lviv (Lemberg). Plus tard, Bandera a été écarté par les Allemands et placé en résidence surveillée, comme d’autres fascistes locaux ailleurs. (Les nazis ne croyaient pas au fédéralisme.) Après la guerre, l’Union soviétique ayant été restaurée, Bandera s’est installé à Munich, la capitale d’après-guerre d’une foule de collaborateurs d’Europe de l’Est, dont l’Oustacha croate. C’est là qu’il a été assassiné en 1959 par un agent soviétique, après avoir été condamné à mort par un tribunal soviétique. Melnyk s’est également retrouvé en Allemagne et est mort dans les années 1970 dans un hôpital de Cologne.

Le Melnyk d’aujourd’hui appelle Bandera son « héros ». En 2015, peu après avoir été nommé ambassadeur, il s’est rendu sur sa tombe à Munich où il a déposé des fleurs, rendant compte de cette visite sur Twitter. Cela lui a valu un reproche formel du ministère allemand des Affaires étrangères, dirigé à l’époque par nul autre que Steinmeier. Melnyk s’est également prononcé publiquement en faveur du Bataillon Azov, un groupe paramilitaire armé en Ukraine, fondé en 2014, qui est généralement considéré comme la branche militaire de plusieurs mouvements néofascistes du pays. Pour le non-spécialiste, il n’est pas tout à fait clair de savoir quelle influence le courant politique de Melnyk a dans le gouvernement de l’Ukraine aujourd’hui. Il y a certainement aussi d’autres courants dans la coalition gouvernementale ; il est difficile de prédire à ce stade si leur influence va encore diminuer ou, au contraire, augmenter à mesure que la guerre se prolonge. Les mouvements nationalistes rêvent parfois d’une nation née de la mort sur le champ de bataille des meilleurs de ses fils, d’une nation nouvelle ou ressuscitée, soudée par un sacrifice héroïque. Dans la mesure où l’Ukraine est gouvernée par des forces politiques de ce type, soutenues de l’extérieur par des États-Unis désireux de faire durer la guerre ukrainienne, il est difficile de voir comment et quand l’effusion de sang devrait se terminer, si ce n’est par la capitulation de l’ennemi ou par la prise de son arme nucléaire.

En dehors de la politique ukrainienne, la guerre par procuration américaine en Ukraine pourrait contraindre la Russie à une étroite relation de dépendance vis-à-vis de Pékin, en assurant à la Chine un allié eurasien captif et lui donnant un accès garanti aux ressources russes, à des prix avantageux puisque l’Occident ne serait plus en concurrence pour les obtenir. La Russie, à son tour, pourrait bénéficier de la technologie chinoise, dans la mesure où elle serait mise à disposition. À première vue, une telle alliance pourrait sembler contraire aux intérêts géostratégiques des États-Unis. Elle s’accompagnerait toutefois d’une alliance tout aussi étroite et tout aussi asymétrique, dominée par les Américains, entre les États-Unis et l’Europe occidentale, une alliance qui permettrait de garder l’Allemagne sous contrôle et de supprimer les aspirations françaises à la « souveraineté européenne ». Très probablement, ce que l’Europe peut offrir aux États-Unis dépasserait ce que la Russie peut offrir à la Chine, de sorte qu’une perte de la Russie au profit de la Chine serait plus que compensée par les gains d’un renforcement de l’hégémonie américaine sur l’Europe occidentale. Une guerre par procuration en Ukraine pourrait donc être attrayante pour les États-Unis qui cherchent à construire une alliance mondiale pour leur bataille imminente avec la Chine au sujet du prochain nouvel ordre mondial, monopolaire ou bipolaire, selon des modalités anciennes ou nouvelles, qui se jouera dans les années à venir, après la fin de la fin de l’histoire.

Wolfgang Streeck

Note du Saker Francophone

Dans sa conclusion, l’auteur oublie que le monde ne se résume pas qu’aux 4 grandes puissances que sont la Russie et la Chine d’un coté Vs les États-Unis et l’Europe de l’autre. L’Inde, l’Iran, les pays arabes, l’Asie du sud-est, l’Afrique, une grande partie de l’Amérique du sud basculent déjà doucement vers le bloc Russie/Chine. Ce qui laissera un monde USA/Europe qui se seront, à coup de sanctions et d’agressivité diplomatique, isolés tous seuls du véritable « reste du monde » dont la richesse, non seulement humaine mais surtout en matières premières, leur manquera vivement. Un « rideau de fer » inversé, 40 ans après la chute du précédent.

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

Guerres longues et mobilisation industrielle : Ce ne sera plus la seconde guerre mondiale

Par : hervek

Par Mark Cancian – Le 8 août 2017 – Source War On The Rocks

Après une génération d’absence, l’intérêt pour les guerres longues contre des adversaires de même niveau est revenu et, avec lui, l’intérêt pour la mobilisation. De nombreux observateurs – d’Eliot Cohen aux membres de l’état-major interarmées en passant par David Barno et Nora Bensahel – ont lancé des avertissements à ce sujet. Les guerres longues nécessitent une mobilisation industrielle, et lorsque les stratèges et les planificateurs pensent à ces choses, ils pensent à la Seconde Guerre mondiale et à tout ce qui l’a accompagnée : la conversion de l’industrie civile à un usage militaire, la production de masse, une longue accumulation de forces et, enfin, des armées massives et bien équipées qui écrasent leurs adversaires.

Mais une guerre longue aujourd’hui serait totalement différente. En fait, après environ neuf mois de conflit intense entre pairs, l’attrition réduirait les forces armées américaines à quelque chose qui ressemblerait à l’armée d’une puissance régionale. L’armée, par exemple, serait principalement armée d’armes d’infanterie, la puissance de feu étant fournie par des camions d’artillerie et un petit nombre d’équipements modernes acquis auprès d’une production nationale en difficulté et de tout ce que les logisticiens pourraient dénicher sur le marché mondial. Cet état de choses est dû au fait que le gouvernement américain n’a pas pensé sérieusement à la mobilisation industrielle. Il est bien plus facile de se prélasser dans les souvenirs chaleureux de la Seconde Guerre mondiale que d’affronter les choix difficiles qu’implique la préparation à la mobilisation.

Voici le problème de base : les guerres majeures contre des concurrents de même niveau consomment des armes et des munitions à un rythme féroce, bien au-delà de ce que l’industrie de la défense américaine, hautement consolidée et fragile, peut produire. La base industrielle de la défense américaine est conçue pour l’efficacité en temps de paix, et non pour la production de masse en temps de guerre, car maintenir une capacité inutilisée pour la mobilisation est coûteux. Le Congrès et le Pentagone estiment que les armes sont suffisamment coûteuses sans avoir à payer pour quelque chose qui ne sera peut-être jamais nécessaire.

Prenons l’exemple des chars, mais la même dynamique s’applique aux avions, aux navires et aux munitions (ainsi qu’aux personnes, d’ailleurs, mais c’est un autre article en soi). L’armée américaine compte 15 équipes de combat de brigade blindée dans la force régulière et la réserve, avec un total d’environ 1300 chars (90 par brigade). Derrière ces chars « opérationnels », il y a environ un millier d’autres chars dans les unités d’entraînement, de maintenance et de recherche et développement. Et il y en a des centaines d’autres dans des « cimetières« , à différents stades de dégradation.

Il est difficile de prévoir l’attrition dans les conflits entre pairs car ces conflits sont – heureusement – rares, mais nous pouvons en avoir un aperçu. Par exemple, en 1973, les Israéliens ont perdu 400 chars sur 1 700, soit un taux d’environ 1,1 % par jour pendant les 20 jours de combats de plus en plus déséquilibrés. Les armées arabes en ont perdu beaucoup plus. La grande bataille de chars de 1943 à Koursk a entraîné des pertes de chars très élevées – les Allemands en ont perdu 14 % par jour pendant deux semaines de combat, soit 110 % de leur force initiale – mais il s’agissait d’un engagement court d’une intensité inhabituelle. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le bataillon d’infanterie américain moyen sur la ligne de front a perdu 2,6 % de ses effectifs par jour, même sans combat majeur. Il est donc raisonnable de supposer qu’un conflit intense entre pairs détruirait environ 1 % de la force des chars par jour. Cela inclut les pertes de toutes origines – combat, abandon pendant la retraite, coulé en route vers le théâtre des opérations, et accidents.

Si les 15 brigades blindées étaient engagées, la force blindée perdrait 13 chars par jour en moyenne, soit 390 par mois. En faisant appel aux remplaçants des chars en maintenance et de la base d’entraînement, les équipes de combat des brigades blindées pouvaient rester à pleine puissance pendant environ deux mois. Ensuite, la force diminuera régulièrement : 74% au quatrième mois (960 chars), 55% au cinquième mois (715 chars), 41% au sixième mois (533 chars), et ainsi de suite. Au dixième mois, la force ne compterait plus que 158 chars, soit l’équivalent de deux brigades blindées.

La mobilisation industrielle ne va-t-elle pas fournir des remplacements ? Oui, mais pas suffisamment. Ces dernières années, les États-Unis n’ont construit (en fait, ils ont modernisé des versions plus anciennes) que 20 à 60 chars par an, et un nombre peut-être égal de chars a été vendu à l’étranger. À terme, selon les documents budgétaires de l’armée, la production pourrait passer à 28 par mois. En d’autres termes, une fois pleinement mobilisée, la production de chars remplacerait environ deux jours de pertes par mois. L’inclusion de ces remplacements dans le calcul ci-dessus ajoute un mois au calendrier. Avec plus de temps et d’argent, l’industrie (General Dynamics dans le cas présent) pourrait étendre davantage la production, mais le chemin à parcourir est encore long.

Que faire alors ? Tout d’abord, les États-Unis doivent sortir le matériel de l’entrepôt, le remettre en état de marche et l’envoyer au front. Pour les chars, cela signifie utiliser tous les vieux M-1A1, la version non numérisée sans le contrôle de tir amélioré, le blindage amélioré et les ordinateurs intégrés de la version actuelle M-1A2SEP. Finalement, les M-1 originaux du début des années 1980 avec le plus petit canon de 105 mm, au lieu du canon actuel de 120 mm, seraient nécessaires. Il n’y aurait ni le temps ni la capacité de passer à la version la plus récente. Les installations du gouvernement et des entrepreneurs seront débordées pour réparer les dommages causés par les combats et construire de nouveaux chars. L’utilisation d’un équipement aussi ancien va à l’encontre de 50 ans de pratique où l’armée américaine n’a combattu qu’avec les équipements les plus modernes. Le revers de la médaille, cependant, est que les adversaires seraient confrontés à la même dynamique d’attrition et traverseraient leur propre crise de quantité par rapport à la qualité. En d’autres termes, si le conflit se déroulait en Europe, les chars américains ne seraient pas confrontés à des chars russes modernes comme les T-90, mais à des chars plus anciens comme les T-80 ou les T-72. Il s’agirait donc d’un combat à armes égales.

Simultanément, les logisticiens devront se rendre dans l’économie civile et acheter ce qui peut y être adapté. Adapter ne signifie pas faire passer la production civile à une production conforme aux spécifications militaires, car cela prendrait trop de temps. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la mobilisation industrielle a pris des années, commençant par les commandes de guerre françaises et britanniques en 1938, mais ne produisant pas les masses d’équipements nécessaires pour affronter l’Allemagne et le Japon avant 1944. Les mots de Winston Churchill à la Chambre des communes, rappelant le défi de la mobilisation de la Première Guerre mondiale, s’appliquent ici :

Voici l’histoire de la production de munitions : la première année, très peu ; la deuxième année, pas beaucoup, mais quelque chose ; la troisième année, presque tout ce que vous voulez ; la quatrième année, plus que ce dont vous avez besoin.

L’« adaptation » dans une telle situation signifie prendre ce que l’économie civile produit, le peindre en vert et l’envoyer à l’avant. Certains équipements « de type civil » peuvent être produits relativement rapidement. La production de MRAP (Mine Resistant Ambush Protected – essentiellement des camions blindés), par exemple, a bondi en un an pendant la guerre d’Irak. L’adaptation s’applique également à la doctrine nécessaire pour combattre une telle force. Ainsi, après six ou huit mois de combat, le principal véhicule de combat de l’armée pourrait être un camion blindé MRAP, mais c’est mieux que rien.

Enfin, les logisticiens devront acheter tout ce qu’ils peuvent sur le marché mondial, ce que l’armée américaine n’a pas fait de façon majeure depuis la Première Guerre mondiale, lorsque les Français ont équipé le corps expéditionnaire américain mal préparé. Cependant, il existe de nombreux précédents dans d’autres pays. Lorsque la Grande-Bretagne a repris les îles Malouines en 1983, les États-Unis ont fourni des munitions. Lorsque l’Irak et l’Iran se sont livrés une lutte à mort de huit ans, de 1980 à 1988, les deux pays ont fouillé le marché mondial de manière agressive pour trouver des équipements partout où ils le pouvaient. Aussi, lorsque l’industrie américaine sera incapable de produire des équipements en nombre suffisant, les États-Unis devront faire de même. Étant donné que les alliés de l’OTAN sont peut-être engagés eux-mêmes ou qu’ils construisent leurs propres forces armées, les États-Unis devront se tourner vers d’autres pays. Le Brésil serait un bon exemple, puisqu’il possède une industrie de l’armement mature. Des mesures radicales, comme proposer d’acheter les forces de chars égyptiennes et marocaines, seraient justifiées. Cela peut paraître idiot, mais ces pays possèdent de nombreux chars américains qui pourraient être intégrés rapidement à l’armée américaine. [Ces 2 armées n’ont pas ces chars pour la parade mais pour contrer des menaces bien réelles et n’en donneront que de manière symbolique, NdT]

Bien sûr, des hypothèses optimistes peuvent faire disparaître le problème. Par exemple, des investissements de plusieurs milliards de dollars en temps de paix dans la capacité de mobilisation permettraient d’accélérer la production en temps de guerre. Cependant, les services militaires n’ont jamais été disposés à le faire, étant confrontés à de nombreuses demandes budgétaires à court terme et la capacité de mobilisation apparaissant comme une inefficacité dans un système d’acquisition déjà inefficace.

Une longue période d’alerte stratégique, comme ce fut le cas pendant la Seconde Guerre mondiale, faciliterait également la mobilisation, mais il est peu probable que cela se produise dans une guerre future. Il est difficile d’imaginer des événements qui seraient si choquants pour les Américains qu’ils lanceraient un appel d’offres et mobiliseraient totalement l’industrie, mais qui n’entraîneraient pas en même temps les États-Unis dans la guerre.

Quelle est donc la solution ? La première étape consiste à reconnaître le problème. C’est là que nous sommes bloqués aujourd’hui, bien qu’il s’agisse d’un problème connu, ou de ce que Frank Hoffman appelle un « flamant rose« . Penser à ce à quoi pourrait ressembler une longue guerre est extrêmement inconfortable. Les chefs militaires considéreraient probablement que le fait d’équiper les forces américaines avec du matériel plus ancien, étranger ou moins performant est une erreur, voire un acte immoral. Malheureusement, il se peut que nous n’ayons pas le choix. Ce changement culturel sera le plus grand défi d’une future mobilisation. L’étape suivante consiste à élaborer des plans adaptés à un large éventail de circonstances de mobilisation, des plus stressantes aux moins stressantes, car la probabilité et la nature des guerres longues sont très incertaines. Enfin, le ministère de la Défense devra investir de petites sommes d’argent dans la capacité de mobilisation – les gros investissements ne sont tout simplement pas réalistes. Par exemple, l’industrie pourrait atténuer les goulots d’étranglement de la production avec un certain investissement initial. L’évaluation de la base industrielle de la défense récemment ordonnée par le président devrait aider à identifier les opportunités. Le « cimetière » pourrait veiller à ce que les équipements « mis en sommeil » ne se détériorent pas trop afin de pouvoir être réactivés en cas d’urgence. Au final, des investissements intelligents et une planification réaliste pourraient transformer une vulnérabilité stratégique en un avantage stratégique.

Mark Cancian

Colonel, Corps des Marines des États-Unis, retraité, l’auteur est aussi conseiller principal au sein du Programme de sécurité internationale du CSIS. Le colonel Cancian a passé plus de trois décennies dans le corps des Marines des États-Unis, en service actif et de réserve, en tant qu’officier d’infanterie, d’artillerie et d’affaires civiles, et lors de missions à l’étranger au Vietnam, lors de l’opération Desert Storm et en Irak (deux fois). Il a beaucoup écrit sur des sujets de sécurité nationale et dirige actuellement un projet de recherche sur la manière d’éviter les surprises dans un futur conflit entre pairs.

Traduit par Hervé pour le Saker Francophone

Nous ne voulons PAS financer VOTRE guerre en Ukraine contre les Russes

Par : do

http://mai68.org/spip2/spip.php?article11582

Adresse aux membres de la classe dominante occidentale :

Pour financer votre guerre contre la Russie, vous osez augmenter tous les prix. On ne va pas supporter ça longtemps.

Vous nous dites par exemple qu’à cause de votre embargo contre le pétrole russe, le prix de l’essence augmente en France. Vous nous dites que c’est la faute aux Russes ; mais, c’est votre faute ! vous n’avez qu’à cesser immédiatement votre stupide embargo.

Maintenant, je comprends pourquoi depuis des années vous voulez décarboner l’énergie. Ce n’est pas pour sauver le climat dont vous avez rien à foutre. C’est pour faire la guerre à la Russie.

Bien à vous,
do
http://mai68.org/spip2

Commentaire de a_suivre :

Pour être certain et bien comprendre que cette guerre est une connerie monumentale, il faut, Camarades, écouter « La 3e guerre mondiale ? » avec Jacques Baud (vidéo_3h54’) qui est interviewé par « TheSwissBox Conversation » un média Suisse indépendant qui est composé d’une petite équipe d’utopistes, ouverts d’esprit et critiques qui tentent d’appréhender la complexité du monde tout en s’engageant pour ce qu’ils croient juste. Ils proposent pour ce faire des conversations longs formats, libres, puissantes, profondes, honnêtes, nourrissantes et porteuses de sens en libre accès sur Internet.

Voici le lien de l’interview de Jacques Baud :

http://mai68.org/spip2/spip.php?article11578

Jacques Baud, né le 1er avril 1955, est un ancien colonel de l’armée suisse, analyste stratégique, spécialiste du renseignement et du terrorisme.
/../
Entre 1983 et 1990, Jacques Baud est membre du Service de renseignement stratégique suisse, en charge des forces du Pacte de Varsovie à l’est du Rideau de fer et dans le monde1,2.

En 1995, en raison de sa connaissance de l’Afrique et des mines, il est chargé de mission3,4 auprès du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés à Goma (alors au Zaïre), comme responsable de la Sécurité des Camps de réfugiés rwandais au Zaïre5, afin de prévenir l’épuration ethnique.

En 1997, il est chargé de mettre sur pied un projet pour contribuer à la lutte contre les mines antipersonnel. Il est envoyé comme expert6 auprès du Service d’action contre les mines du Département des opérations de maintien de la paix des Nations unies à New York.

En 2002, il est engagé7 au Centre de Politique de Sécurité Internationale (CPSI) au Département fédéral des affaires étrangères, service nouvellement créé.

En 2005, les Nations unies lui demandent8 de diriger9 le premier centre de renseignement civilo-militaire et multidisciplinaire (Joint Mission Analysis Centre (JMAC)) de la Mission des Nations unies au Soudan (Khartoum)10.

En 2009-2011, il est appelé à New York comme chef des Politiques et de la Doctrine11,12,13 auprès du Bureau des Affaires Militaires du Département des opérations de maintien de la paix (DOMP). Il y travaille notamment sur les opérations civilo-militaires, l’amélioration du renseignement opérationnel, l’intégration des femmes dans les opérations de maintien de la paix et la protection des civils.

En 2011, il est appelé par l’Union africaine pour diriger le Département de la Recherche14 de l’International Peace Support Training Centre (IPSTC) à Nairobi (Kenya). À l’issue de son mandat, il est nommé15 chef de la Lutte contre la Prolifération des Armes Légères et contre les Mines16 de la Division des Affaires Politiques et de la Politique de Sécurité auprès de l’OTAN17, à Bruxelles.

 

 

 

 

 

 

 

La RPD fête le Jour de la Victoire à Marioupol

Par : Volti
Par Christelle Néant pour Donbass-Insider Le 9 mai 2022, la RPD (République Populaire de Donetsk) a fêté le Jour de la Victoire à Marioupol, récemment libérée. Si habituellement la RPD fête le Jour de la Victoire (9 mai) selon la tradition russe avec un défilé militaire et celui du Régiment immortel à Donetsk (la capitale de la République), cette année l’opération militaire […]

Les mirages de la guerre : 6 illusions issues de nos récents conflits

Par : hervek

Par David Barno et Nora Bensahel – Le 11 avril 2017 – Source War On The Rocks

Photo de l’armée américaine par le sergent d’état-major Elizabeth Tarr

Plus de 15 ans de combats continus ont profondément façonné la façon dont l’armée américaine pense la guerre. Les conflits en Irak et en Afghanistan ont profondément coloré la façon dont ceux qui y ont servi pensent aujourd’hui au caractère même de la guerre – en particulier parmi les forces de l’armée, des Marines et des opérations spéciales qui ont supporté le plus gros des combats. L’expérience du combat est inestimable pour les dirigeants chargés de mener des guerres et de conseiller les décideurs politiques sur l’usage de la force. Mais elle engendre également des préjugés et des angles morts subconscients, qui peuvent les empêcher de penser clairement et de manière créative aux types de guerres qu’ils mèneront à l’avenir.

Prédire l’avenir – y compris le caractère des guerres futures – est une entreprise incroyablement difficile et souvent infructueuse, car il y a toujours trop d’incertitude et trop peu d’informations. Comme Daniel Kahneman et Amos Tversky l’ont largement documenté, des préjugés systémiques et inconscients affectent la manière dont les gens traitent l’information, en particulier lorsqu’ils tentent de donner un sens à la complexité. L’un des biais les plus importants est appelé (alerte au jargon !) l’heuristique de disponibilité : plus un exemple nous vient facilement à l’esprit, plus nous sommes susceptibles de penser qu’il représente l’avenir. Comme nous nous souvenons généralement plus clairement des expériences récentes que des expériences passées – en particulier des expériences très intenses comme le combat – nous supposons souvent inconsciemment que l’avenir ressemblera à une extension linéaire de ces expériences passées.

Alors que cette génération du temps de guerre continue d’accéder aux rangs les plus élevés de l’armée américaine, elle aura deux responsabilités majeures : fournir des conseils militaires aux décideurs politiques et faire des choix stratégiques sur les armes et la structure des forces qui détermineront comment les États-Unis mèneront leurs futures guerres. Cependant, leur vision de l’avenir peut être profondément affectée par leurs expériences passées, d’une manière dont ils ne sont peut-être même pas conscients. Nous pensons qu’il existe au moins six illusions tirées des guerres récentes qui peuvent sérieusement déformer la façon dont ces dirigeants expérimentés au combat pensent et planifient les conflits futurs.

Illusion 1 : la guerre est centrée sur la terre. Parce que les guerres en Afghanistan et en Irak se sont concentrées sur la conquête du contrôle de vastes masses terrestres et de leurs populations, l’armée de terre et le corps des Marines ont été le centre de l’univers militaire américain depuis 2001. Bien que l’armée de l’air et la marine aient apporté une aide considérable, toute une génération de chefs militaires a grandi en voyant la guerre sous un seul angle : la guerre terrestre avec les troupes terrestres en tête. Dans le langage militaire, l’armée de terre et les Marines (souvent accompagnés des forces d’opérations spéciales) ont été les services d’appui, l’armée de l’air et la marine étant les services de soutien. Pour certains, cela semble maintenant être l’ordre naturel des choses. Récemment, un officier de grade intermédiaire de l’armée de terre a demandé à l’un d’entre nous si les autres services étaient prêts à soutenir l’armée, non seulement dans les missions de contre-insurrection, mais aussi dans les opérations interarmées de haute intensité. Cette question est valable, mais elle suppose implicitement que l’armée de terre restera le service soutenu à l’avenir – et rien ne garantit que ce sera le cas. Une guerre contre la Chine, par exemple, pourrait se dérouler en grande partie dans les airs et en mer, les opérations sur terre n’étant que des escarmouches périphériques. Au-delà de la fourniture d’une logistique de théâtre essentielle, l’armée de terre est-elle prête à jouer un rôle de combat important pour soutenir les forces navales et aériennes ? Cela pourrait l’obliger à développer de nouvelles capacités de combat, telles que des missiles anti-navires terrestres à longue portée, ou à réaffecter ses hélicoptères d’attaque armés de missiles et ses drones à des missions anti-navires ou anti-sous-marines. L’armée de terre examine actuellement de nombreuses capacités de ce type dans le cadre du nouveau concept de bataille multi-domaine, mais cette initiative n’en est qu’à ses débuts et il est loin d’être clair si et comment elle sera mise en œuvre.

Illusion 2 : Il y aura suffisamment de temps pour s’adapter. Les guerres suite au 11 septembre sont de loin les plus longues de l’histoire américaine, et elles ne montrent aucun signe de conclusion [article datant de 2017, NdT]. Pour le meilleur ou pour le pire, cela a donné à l’armée américaine un temps considérable pour s’adapter sur le champ de bataille et corriger ses erreurs. À titre de comparaison, les États-Unis sont entrés, ont combattu et ont gagné la Seconde Guerre mondiale en moins de temps qu’il n’en a fallu aux dirigeants américains pour reconnaître l’échec de leur stratégie en Irak et adopter une approche anti-insurrectionnelle radicalement différente – et plus efficace. Dans les guerres futures contre une grande puissance, les actions sur le champ de bataille et les mouvements et contre-mouvements stratégiques se dérouleront probablement à la vitesse de l’éclair, avec des conséquences immédiates et catastrophiques en cas d’échec. Une adaptation continue et, parfois, quasi instantanée, peut être nécessaire pour éviter une défaite désastreuse. Rien dans notre récente expérience en temps de guerre n’a préparé nos chefs militaires à cette nouvelle réalité de guerres menées à une vitesse stupéfiante. Le temps ne sera pas du côté de l’Amérique.

Illusion 3 : la technologie américaine domine. Aujourd’hui, les forces américaines ne peuvent pas mener d’opérations sans des technologies très avancées telles que le GPS, les capacités de vision nocturne, les armes de frappe de précision, les communications par satellite, les ordinateurs et l’Internet, le tout soutenu en coulisse par des logiciels complexes. Ces technologies fournissent des capacités mondiales inégalées à l’armée américaine, qui les a largement considérées comme acquises lors des dernières guerres parce qu’elles n’ont jamais été sérieusement menacées. La dépendance de l’Amérique à l’égard de ces technologies présente également une grave vulnérabilité. Tout futur adversaire capable sera presque certain d’attaquer et de perturber autant de ces capacités que possible. Des attaques généralisées de réseaux informatiques, l’usurpation de réseaux de commande et de contrôle, la perturbation ou la destruction de satellites clés et des attaques cinétiques sur des drones et autres systèmes sans pilote dégraderaient rapidement ces capacités américaines essentielles. Malgré ces dangers, les forces américaines sont devenues dépendantes aux technologies numériques et ont largement perdu leur capacité à opérer dans un monde analogique de cartes, boussoles, navigation inertielle, radios FM et HF, bombes non guidées et ordres d’opérations sur papier. Lors de la prochaine guerre majeure, les bombes américaines peuvent manquer, les données informatiques peuvent être corrompues, les avions peuvent dévier de leur trajectoire, et personne ne saura pourquoi – ni ne sera préparé à s’adapter rapidement à une guerre sans chiffres fiables.

Illusion 4 : les réserves américaines sont épuisées. Les forces américaines en Irak et en Afghanistan ont été de loin les troupes américaines les mieux approvisionnées de tous les temps. Elles ont opéré au bout d’un énorme pipeline logistique qui livre quotidiennement toutes sortes de provisions, directement des États-Unis et du monde entier. Les fruits et légumes frais (ainsi que les steaks et les homards occasionnels) sont livrés à presque toutes les bases des zones de combat. Même les troupes se trouvant dans des avant-postes éloignés peuvent généralement envoyer des courriels, téléphoner ou utiliser Skype pour communiquer avec leurs familles restées au pays. En revanche, les guerres futures seront probablement menées d’une manière qui rendra impossible la mise en place ou le maintien d’une telle dorsale logistique, car les sites fixes tels que les bases logistiques (sans parler des troupes massées) seront vulnérables. Dans les opérations de haute intensité, les sites fixes comme les bases logistiques (sans parler des troupes massées) seront vulnérables aux tirs de roquettes de précision à longue portée et aux missiles lancés par avion. Les forces américaines, en particulier les forces terrestres, peuvent être amenées à opérer sans ravitaillement adéquat, et à combattre et gagner dans des conditions d’extrême austérité. Le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Mark Milley, a dit aux soldats de s’attendre à peu de soutien dans les futures batailles, au-delà de l’eau, de la nourriture, des munitions, du carburant, de la maintenance et des traitements médicaux. N’étant jamais du genre à mâcher ses mots, Milley a averti que « apprendre à être à l’aise avec le fait d’être sérieusement misérable chaque minute de chaque jour devra devenir un mode de vie pour une armée sur le champ de bataille que je vois venir ».

Illusion 5 : Il y aura beaucoup de munitions de haute technologie. Les guerres récentes n’ont pas sérieusement mis à l’épreuve les réserves de munitions des États-Unis, car la plupart des batailles individuelles étaient des engagements relativement petits et courts (bien qu’aigus) contre des ennemis à faible technologie. Pourtant, dans une future guerre majeure contre un adversaire beaucoup plus capable, les munitions – en particulier les munitions de précision avancées – seront probablement consommées à un rythme féroce. Dans une guerre contre la Russie ou la Chine, ou même contre la Corée du Nord ou l’Iran, les États-Unis dépenseraient incontestablement des milliers (voire des dizaines de milliers) de leurs roquettes, missiles et bombes guidées les plus sophistiqués dans les premiers jours. Les stocks de ces armes sont limités, et il sera difficile, voire impossible, d’étendre soudainement les chaînes de production d’une usine pour en produire rapidement davantage en cas de crise. Par conséquent, quelques jours seulement après le début d’une guerre majeure, les forces américaines peuvent être confrontées à des pénuries de missiles avancés, de bombes guidées et d’autres munitions difficiles à remplacer, et il n’est pas du tout certain qu’elles soient en mesure de continuer à combattre efficacement sans ces armes. Pour se prémunir contre ce défi prévisible, les services devraient s’assurer qu’ils développent une doctrine pour combattre et gagner dans de telles conditions dégradées.

Illusion 6 : Les États-Unis n’auront jamais besoin d’un service militaire. Le fait que les États-Unis aient été en mesure de poursuivre deux conflits longs et illimités avec une force entièrement volontaire a rendu la perspective d’un futur service militaire de plus en plus impensable pour les militaires comme pour la population civile. Le récent débat sur l’obligation pour les femmes de s’inscrire au service sélectif a donné lieu à de nombreux arguments (et même à des propositions de loi) selon lesquels les hommes ne devraient pas non plus s’inscrire au service obligatoire. Un éditorial a même affirmé : « Il est difficile d’imaginer un conflit dans le monde d’aujourd’hui dans lequel cette nation ne pourrait pas compter sur ses forces volontaires. » Mais c’est précisément ce que nous devons imaginer. Comme nous l’avons écrit, les États-Unis doivent se préparer à la prochaine grande guerre – le genre de guerre qui pourrait nécessiter jusqu’à des centaines de milliers de soldats, avec des niveaux de destruction et de pertes potentiellement stupéfiants. Dans une telle guerre, l’idée que l’armée américaine disposera toujours d’un nombre suffisant de volontaires qualifiés pourrait rapidement devenir un vœu pieux. Pendant la Première Guerre mondiale, par exemple, seules 300 000 personnes se sont portées volontaires pour s’engager dans l’armée. 2,7 millions de personnes supplémentaires ont été enrôlées par conscription. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les conscrits représentaient plus de 60 % des quelque 18 millions de personnes qui ont servi dans les forces armées américaines. Les futures grandes guerres pourraient connaître un manque similaire de volontaires, surtout si les pertes sont élevées lors des premières batailles. C’est pourquoi les États-Unis ont toujours besoin du service militaire, même si la possibilité de faire la guerre avec la conscription semble lointaine. Bien que le service militaire reste profondément impopulaire, l’opinion publique pourrait changer radicalement après une attaque contre les États-Unis qui tuerait des dizaines ou même des centaines de milliers d’Américains (sans parler de millions).

Les chefs militaires américains doivent toujours trouver un équilibre entre les besoins des combats d’aujourd’hui et les conflits possibles de demain. Pourtant, plus de 15 ans de combats dans des conflits irréguliers de bas niveau ont inévitablement – et souvent inconsciemment – affecté la capacité des chefs militaires américains à penser clairement aux futurs champs de bataille, en particulier pour les opérations de haute intensité contre des adversaires très capables. Ces guerres seront probablement importantes, dangereuses et très destructrices, et elles seront menées selon un calendrier très accéléré qui exigera une adaptation rapide de l’armée américaine. Elles peuvent rapidement réfuter de nombreuses hypothèses profondément ancrées concernant les services qui seront en tête, les technologies et les capacités qui seront disponibles, et la durabilité de la force entièrement volontaire. Dissiper ces illusions de guerre est une étape très importante pour s’assurer que l’armée américaine est prête à combattre et à gagner les guerres du futur.

David Barno et Nora Bensahel

Le lieutenant-général David W. Barno, USA (retraité) est un praticien distingué en résidence, et le Dr Nora Bensahel est une chercheuse distinguée en résidence, à la School of International Service de l’American University. Tous deux sont également associés principaux non résidents à l’Atlantic Council.

Traduit par Hervé pour le Saker Francophone

Guerre mondiale économique : qui en profite et combien de temps reste-t-il ? (Alt Market)

Par : Volti
Source : Alt-Market via Crashdebug Pour inviter à la réflexion et à l’action ; )))) Quelques perspectives de Brandon Smith, je ne ferais pas de commentaire, mais j’espère que vous lirez son billet. Ce qu’ils veulent abattre à tout prix, c’est la souveraineté nationale, et ils se serviront de l’excuse du dollar (comme ayant failli) pour cela. Enfin, tout s’emboîte, et devient […]

Marioupol – Les derniers civils ont évacué Azovstal

Par : Volti
Par Christelle Néant pour Donbass-Insider Les 6 et 7 mai 2022, les derniers civils encore présents dans l’usine Azovstal à Marioupol ont été évacués d’après les informations de l’armée russe et des autorités ukrainiennes. Au total ce sont 51 personnes qui ont évacué le territoire de l’usine ces jours-ci. Les 5, 6 et 7 mai 2022, l’armée russe a relancé […]

La véritable raison de la guerre entre les États-Unis-OTAN et la Russie en Ukraine

Par : Volti
Source Reseau-International Voici un texte qu’il faut absolument lire, et même relire pour ceux qui en ont le temps. Depuis le début de l’intervention russe en Ukraine, des tas de raisons ont été avancées pour expliquer ce conflit, mais aucune d’entre elles ne va réellement jusqu’au fond du problème. Le texte ci-dessous montre à quel point les enjeux sont colossaux, […]

Donbass – L’armée russe bombarde les soldats ukrainiens à Azovstal, l’armée ukrainienne bombarde les civils et un dépôt pétrolier

Par : Volti
Par Christelle Néant pour Donbass-Insider Le 04/02/2022 Pendant le cessez-le-feu mis en place pour évacuer les civils d’Azovstal (à Marioupol), les soldats ukrainiens en ont profité pour se réinstaller sur des positions de tir, poussant l’armée russe et celle de la RPD (République Populaire de Donetsk) à bombarder l’usine afin de les déloger de là. Pendant ce temps, l’armée ukrainienne […]

Henri Guillemin : 15 conférences passionnantes et importantes sur LES DEUX RÉVOLUTIONS FRANÇAISES, 1789–1792 puis 1792–1794 (regroupées par les-crises.fr)

Olivier Berruyer, sur son formidable site les-crises.fr, vient de publier un récapitulatif bien fait et utile (c’est commode de tout présenter au même endroit) sur une série essentielle de notre cher Guillemin, sur la Révolution française.

Je lui pique cette perle sans hésiter, pour l’accueillir ici, sur ce blog qui aime et ressasse Guillemin depuis plus de dix ans (2009, je crois).

Ces conférences sont consignées dans un des livres les plus importants de Guillemin : 1789–1792 1792–1794 Les DEUX révolutions françaises

Étienne.

Henri Guillemin pensif
Henri Guillemin

 


Olivier Berruyer : « Il y a exactement 30 ans, le 4 mai 1992, Henri Guillemin tirait sa révérence à l’âge de 89 ans, après avoir mené une longue et brillante carrière, d’une rare intégrité, laissant une œuvre très conséquente dont le regain d’intérêt ne faiblit pas.
Pour lui rendre hommage, nous republions ci-dessous sa série de vidéos sur la Révolution française. »

Source : https://www.les-crises.fr/il-y-a-30-ans-henri-guillemin-nous-quittait-le-4-mai-1992/

Révolution française #01 : La préparation spirituelle

1789–1794, la Révolution française couvre cinq années de l’histoire de France. Mais que sait-on de cette période ? Henri Guillemin ne se contente pas des versions officielles et convenues.

Pour l’historien français, en 1789, on assiste à une révolution des gens de bien, qui doit permettre à la bourgeoisie d’affaires d’accéder au pouvoir, quitte à le partager avec l’aristocratie dans le respect d’un certain ordre social. La vraie Révolution, populaire, qui se préoccupe réellement des classes pauvres, du Quart État, restait à venir. Elle aura vécu de 1792 à 1794 et sera liquidée avec la mort de Robespierre. C’est donc de ces deux Révolutions françaises que va traiter Henri Guillemin, en bousculant singulièrement, une fois de plus, les idées reçues.

Source : RTS, Henri Guillemin, 22-10-1966

Révolution française #02 : La France en 1789

Henri Guillemin traite des influences et des causes de la révolution qui allait bouleverser l’ordre immuable de l’Europe politique. Deux causes à l’origine de cette prise de conscience sociale : la constitution d’une nouvelle classe, la hausse considérable des prix conjuguée avec une forte augmentation de la population.

Source : RTS, Henri Guillemin, 15-10-1966

Révolution française #03 : Les États généraux

Vizille, dans le Dauphiné. Préfiguration des Etats généraux, cette réunion du 21 juillet 1788 groupe des notables, des aristocrates, des ecclésiastiques et des bourgeois. A la tête des finances françaises, Brienne a remplacé Necker, chassé par le roi. Les Etats généraux n’avaient plus été convoqués depuis 1614. Le 28 août 1788, le roi rappelle Necker, qui occupe à nouveau son poste de chef du Trésor français.

La situation économique est désastreuse, celle du peuple intolérable. Les prix sont en hausse. Artisans et ouvriers n’arrivent presque plus à subsister. Chômage dans la soierie. La situation de la paysannerie n’est guère plus enviable. Elle doit payer de lourdes taxes qui ne profitent qu’à des nobles soucieux de s’enrichir à bon compte. Les émeutes de 1789 vont éclater dans ce climat social détérioré.

Source : RTS, Henri Guillemin

Révolution française #04 : Juillet 1789

Il était huit heures du matin à Versailles, le 15 juillet 1789 lorsque le duc de La Rochefoucauld-Liancourt annonçait à Louis XVI que, la veille, les Parisiens avaient pris la Bastille. Surpris que l’on s’attaque à une prison qui n’avait plus que sept détenus (deux fous, quatre faussaires et un fils de famille enfermé à la demande de ses parents), Louis XVI, on le sait avait demandé si c’était une révolte. « Non, sire, lui répondit le duc, c’est une révolution. »

La révolution avait commencé en réalité quelques mois plus tôt, lorsqu’en 1788, Louis XVI avait décidé de réunir les États Généraux. En faisant ce qu’aucun roi n’avait osé faire avant lui depuis plus de 150 ans, le souverain ouvrait une boîte de Pandore. Le roi avait convoqué les États Généraux pour résoudre une situation financière catastrophique, mais le 5 mai 1789, leurs députés étaient venus à Versailles avec bien d’autres revendications. Celles qu’exprimaient les cahiers de doléances rédigés au printemps, dans toutes les villes et tous les villages de France, juste avant la réunion des États Généraux.

Source : RTS, Henri Guillemin

Révolution française #05 : La grande peur bourgeoise

II faut bien comprendre la signification du 14 juillet, de la prise de la Bastille. Elle va susciter une peur considérable dans la bourgeoisie. La terreur de la populace devient panique. «… Toutes ces âmes lamentables, les spoliés du fisc, les dévalisés par Versailles, toutes les faims, toutes les soifs, toutes les bouches tordues par le sanglot et le blasphème, toutes les poitrines pleines de vengeance, la voilà la populace… C’est la lie du pressoir social, c’est la plaie sociale vivante, une plaie devenue bouche, qui saigne et qui hurle, et qui mord. Avant de s’indigner devant la fureur du souffle, il faut savoir ce qu’était l’horreur du miasme…» Ainsi s’exprime Victor Hugo, commentant la Révolution.

Dès le 11 juillet 1789, le Comité permanent groupant les 307 grands électeurs parisiens, crée une milice citoyenne, l’armement des gens convenables, dirigée en apparence contre la Cour, mais en fait contre cette populace. Ces milices bourgeoises patrouillent dès la nuit du 14 juillet dans la capitale, et s’emparent des armes des révoltés contre quelque argent – il faut quand même manger et nourrir sa famille ! A l’Assemblée nationale, les députés sont épouvantés par ce qui se passe : la grande peur bourgeoise se manifeste ouvertement. Les députés se succèdent auprès du roi pour le supplier de revenir à Paris… Il y revient, il rappelle Necker et retire de la capitale ses troupes inutiles.

Source : RTS, Henri Guillemin

Révolution française #06 : L’affaire religieuse

Un pénible incident déclenche les journées d’octobre. La situation alimentaire de la capitale et de la province est catastrophique. La farine est chère et le pain d’un prix inabordable pour les plus humbles. Le roi a fait venir à Versailles un régiment des Flandres. Lors d’un dîner réunissant les officiers, la cocarde tricolore est piétinée. Le 6 octobre, la foule envahit le Palais de Versailles. Le roi accepte de revenir à Paris. Le 2 novembre, la situation financière du royaume étant catastrophique, l’Assemblée nationale décide la mainmise de la Nation sur les biens de l’Eglise : 3 milliards de francs sont ainsi récupérés.

Source : RTS, Henri Guillemin

Révolution française #07 : L’année 1790

Dans le cadre de la Révolution française, Henri Guillemin aborde l’année 90. Après les événements de juillet 1789, le peuple espère et croit en la Révolution: il peut manger, et la situation s’est améliorée de ce fait. Les biens du clergé saisis en décembre 89 par l’Assemblée sont mis sur le marché en une première tranche de 400 millions. Qui va les acquérir ? Les paysans, comme le prétend Michelet? Non, c’est la bourgeoisie, ce sont les riches qui vont profiter de cette «nationalisation» des biens de l’Eglise.

Situation en ce début de 1790: l’Assemblée constituante dirige la France mais ne représente toujours pas la nation; les aristocrates sont quelque peu dépouillés et les catholiques mécontents à cause de la Constitution civile du clergé – ils tenteront ensemble de s’opposer à la Révolution, mais ne pourront rien faire, ne recevant pas l’aide escomptée de l’étranger. Et l’armée? Que vont faire les généraux? Vont-ils se rallier à la cause révolutionnaire?

Et il y a l’affaire des colonies; la France a perdu l’Empire des Indes, mais restent les Antilles: Saint-Domingue où 30 000 colons vivent du labeur de 300 000 esclaves; la «Déclaration des droits de l’homme» créera quelque confusion: comme tous égaux… Cette année 90 est encore marquée par l’éviction définitive de Necker et la disparition de Mirabeau, qui mourra en avril 1791. Mais un autre personnage fait alors son apparition sur la scène politique: Georges-Jacques Danton, fondateur du Club des cordeliers.

Source : RTS, Henri Guillemin

Révolution française #08 : Septembre 1792

Le Comité du Quatrième État qui, jusqu’alors, n’était pas intervenu, décide dans la nuit du 9 au 10 août 1792, d’empêcher la Garde nationale d’avoir une défense sérieuse. Danton tend un piège au chef de la Garde et convoque Mandat à l’Hôtel de Ville où il est assassiné. La défense des Tuileries est désorganisée.

La foule se rend aux Tuileries où elle essaye de parlementer avec la Garde suisse, mais l’officier qui la commande ordonne soudain d’ouvrir le feu, et c’est le massacre de nombreux citoyens. Se regroupant, le peuple revient à la charge en grand nombre, et le roi, réfugié à l’Assemblée nationale donne l’ordre de cesser le feu. Les Suisses sont massacrés: mille morts contre quatre cents dans la foule.

Le peuple a compris enfin que le roi est de connivence avec l’étranger et que la Cour est un foyer de trahison. Pour la première fois, le Quatrième Etat, c’est-à-dire les pauvres gens, les salariés, les «passifs», prend part à la vie politique française. «C’est l’irruption de la France dans les affaires françaises».

Robespierre dira: «Le peuple est enchaîné dès qu’il dort, il est méprisé dès qu’il né se fait plus craindre, il est vaincu dès qu’il pardonne à ses ennemis avant de les avoir complètement domptés. Observez, dit-il, ce penchant de certains pour qui sont associés comme équivalents, les mots de «pauvre» et les mots de «brigands».

Les vrais brigands, ce sont ceux qui ne veulent constituer la République que pour eux-mêmes et qui suivent, dans tout, l’intérêt des riches. Ils sont les «honnêtes gens», ils sont les «gens comme il faut»… et nous, comme ils disent, nous sommes les «sans culottes», c’est-à-dire la canaille»! Le député Couton réclame l’abolition complète des droits féodaux, abolis depuis 1789 fictivement, mais toujours exigés des paysans.

Source : RTS, Henri Guillemin

Révolution française #09 : La crise de 1793

Le 21 septembre 1792, la Convention se réunit. Mais les élections parisiennes a la Convention ont été partiellement truquées et terriblement dirigées. A Paris c’est donc toute l’extrême-gauche cordelière qui va remporter ces élections. Robespierre, Danton, Marat ils sont tous là. On a beau avoir le suffrage universel, la composition sociale de la Convention est la même que celle de la Constituante et de la Législative. C’est toujours les grands notables, les propriétaires, les possédants qui parviennent à être les délégués de la France. Sur les 750 députés de la Convention, qui est pour la première fois élue au suffrage universel, il y seulement deux ouvriers. Les Girondins sont encore là et ils se placent aux plus hauts postes.

Du côté de la guerre, après Valmy, les Prussiens se sont retirés. Le 1er octobre 1792, le territoire français est libéré. Ceci fait, on peut passer aux choses sérieuses. On va assister à la fin de l’année 92 à trois choses. Premièrement, une mise en scène de la politique de conquête. Deuxièmement la politique de libération s’accompagne d’une idée nouvelle, l’idée des limites naturelles. Troisièmement, il faut que les pays libérés participent aux dépenses. Il n’en faut pas plus pour déchaîner les généraux. C’est l’invasion du Palatinat jusqu’à Francfort, au nord, la Belgique est conquise.

Reste le problème du roi. Pour la plèbe parisienne, le roi est responsable. Le roi est un traître, il faut le tuer. Le 21 janvier 1793 le roi Louis XIV est guillotiné. Jusqu’à la fin il a espéré être sauvé.

Le 1er mars, les coalisés attaquent sur le nord et l’est de la France à l’ouest c’est la Vendée qui prend feu, c’est la grande crise de 93.

Source : RTS, Henri Guillemin

Révolution française #10 : Les Girondins se perdent

Henri Guillemin poursuit son évocation de la Révolution française avec Les Girondins se perdent. Au début de 1793, la situation est assez tragique en France. Les armées françaises ont envahi la Belgique, mais la Convention ne s’en tient pas là. Le 1er février, la guerre est déclarée à l’Angleterre et, le 7, à l’Espagne. Le général Dumouriez décide également d’envahir la Hollande, mais les coalisés se préparent à contre-attaquer maintenant que l’affaire de la Pologne est momentanément liquidée. Le 8 mors, Danton monte à la tribune de la Convention et déclare la patrie en danger ; il décrit une situation plus dramatique qu’elle ne l’est. Il crée des agitations dans Paris pour mettre les e honnêtes gens en situation insupportable et permettre à Dumouriez une opération militaire sur la capitale.

En novembre 1792, les Girondins avaient obtenu la suppression des tribunaux criminels qui n’avaient d’ailleurs guère fonctionné. Le 9 mars, sans raison apparente, Danton réclame la création d’un Tribunal révolutionnaire assorti de Comités de surveillance qui, dans chacune des quarante-huit sections de Paris, désigneront les coupables au Comité de sûreté générale. Le 22 mars, après avoir rencontré Danton, Dumouriez prend contact avec les Autrichiens et, le 5 avril, il essaie d’entraîner ses troupes à la désertion sans toutefois y parvenir. Il se met alors seul au service de l’ennemi. Danton, très compromis pour avoir pris la défense de ce général ‑qui vient de trahir, fait une volte-face totale.

Pour se sauver, sentant sa situation personnelle extrêmement dangereuse, il va se retourner avec une violence terrible contre les Girondins et prononcer un effrayant discours, le 10 avril. Il demandera pardon à Marat et rendra hommage à son journal :L’Ami du Peuple ; il dénoncera violemment les Girondins, demandant en fait leur exclusion et leur mort, ainsi que la tête du duc d’Orléans. Des « Comités de salut public sont créés. C’est à ce moment que les forces centre-révolutionnaires se déchaînent, profitant de la situation militaire inquiétante et de l’explosion en Vendée. L’opposition entre les Girondins et la Montagne – que l’on a souvent attribuée à quelques rivalités de personnes – est une opposition idéologique fondamentale. Les Girondins se perdent. Devenus les ennemis publics et les collaborateurs de l’ennemi, ils seront définitivement perdus lors des insurrections de juin.

Source : RTS, Henri Guillemin

Révolution française #11 : La Terreur

En septembre 1793, la Révolution française bascule, la France est menacée à l’extérieur par la guerre contre les plus grandes puissances européennes et à l’intérieur par l’insurrection de plusieurs départements, les députés de la Convention décident de prendre des mesures d’exceptions. La Terreur se caractérise ainsi par un état d’exception destiné à endiguer militairement, politiquement, et économiquement la crise multiple à laquelle le pays est alors confronté.

Mais pour Henri Guillemin, c’est Danton qui est responsable de la Terreur qui va s’organiser à partir du 4 septembre. Tout les jours, Danton monte à la tribune de la Convention pour obtenir une tête par jour.

Source : RTS, Henri Guillemin

Révolution française #12 : Danton contre Robespierre

Le 6 septembre 93, Robespierre fait adjoindre deux nouveaux membres au Comité de salut public, favorable à la Terreur. Alors voilà constitué le grand Comité de salut public qui va être en fonction jusqu’au 9 Thermidor. Parallèlement, il y a la Terreur, inventée par Danton. Mais qui sont ceux qui décident que les gens passent à la guillotine, c’est le Comité de sûreté générale.

Pour Henri Guillemin, le Comité beaucoup plus indépendant que l’histoire ne le prétend est composé d’hommes de Danton. Robespierre avait tenté une épuration de ce comité. Ce même comité décide de tuer la reine, le 16 octobre. Un crime gratuit ? Ces crimes-là ce sont des crimes de Danton, Robespierre n’y est pour rien.

Source : RTS, Henri Guillemin

Révolution française #13 : La ligne droite

L’année 1794, la dernière de la Révolution, commence. Malade et usé, Robespierre fait partie du Comité de salut public, par devoir, après avoir refusé d’y entrer. Il est l’homme de la «ligne droite», il voudrait une cité juste et il est l’objet d’attaques terribles. «Hébertistes» et partisans de Danton sont notamment contre lui et il est remarquable de patience.

Mais les «Hébertistes», ultra-révolutionnaires qui veulent la guerre à outrance et la pleine application de la terreur, accusent les Comités de modérantisme et d’impéritie; en mars 1794, ils pensent même se soulever contre la Convention, mais alors les Comités les font guillotiner, le 24 mars. Le 30, Danton est arrêté à son tour et sera exécuté le 5 avril. Robespierre alors sera chez lui, sombre.

Source : RTS, Henri Guillemin

Révolution française #14 : Le secret de Robespierre

Avril 1794, les hébertistes et les dantonistes ne sont plus là, ils ont été liquidé. Alors la voie est libre pour la ligne droite de Robespierre. Hélas, déjà lorsque l’on avait exclu les Girondins, on avait pu croire que la voie était libre. Mais étaient parvenu de nouveaux obstacles. Mais qui est en scène ? Avant tout la Convention qui a, entre les mains, tous les pouvoirs. Mais la Convention se sont des riches, des notables. Ces gens ne subissent que contraints et forcés, la politique que leur impose le Comité de salut public parce qu’ils ont peur d’une contre-révolution. Ils tolèrent mais ils tolèrent en guettant tout le temps l’occasion de renverser la vapeur.

Et Robespierre dans tout ça. Il sait qu’il n’en a plus pour longtemps. Il se sent malade. Il assiste à toutes ces guillotinades, impuissant face au Comité de sûreté générale. Ils font passer à la guillotine des amis de Robespierre. Mais que veut Robespierre ? Il veut essayer de changer le climat l’humanité. Et surtout et c’est le secret de Robespierre, la religion c’est un contact avec la justice vivante. Robespierre avait bien, en effet, une mystique.

Source : RTS, Henri Guillemin

Révolution française #15 : Le mythe révolutionnaire

Dans ce dernier épisode, Henri Guillemin achève de briser le mythe de la Révolution française. Il s’en prend d’abord aux grandes figures de cette Révolution en les présentent sous un nouvel éclairage. Mirabeau, un lion avec des griffes en caoutchouc, un vendu, un imposteur. Danton une grosse mouche verte et vrombissante. Les Girondins, une oligarchie de beau-parleurs et de bourgeois arrogants. Carnot, un homme qui pensait conservation sociale. Heureusement, à côté de ces visages, d’autres réconfortent l’historien. Les petits curés, le pasteur Jeanbon Saint-André, Saint-Just, un coeur pur et un être noble, Georges Couthon, Marat et bien sûr Robespierre.

Pour l’historien français, il y deux révolutions, deux réalités successives et opposées. D’abord de 1789 à 1792, la prise du pouvoir par l’oligarchie financière. C’est ça la première révolution et ce n’est pas une révolution, c’est une réforme. C’est la monarchie qui subsiste, contrôlée par la bourgeoisie d’affaire. La date capitale c’est le 17 juillet 91 lorsque la bourgeoisie jette le masque et après s’être servie des pauvres, leur tire dessus. Deuxième révolution, la vraie, cette fois, c’est les pauvres, les ouvriers, les paysans qui sont dans le coup. Alors les possédants, n’ont pas de cesse que se termine cet épisode.

Et Guillemin de citer Jacques Godechot à la question de savoir qu’est-ce que finalement la Révolution française : « C’est le passage du système féodal expirant au système capitaliste naissant ».

Source : RTS, Henri Guillemin

 

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EN FRANCE, LA GRANDE COLÈRE QUI VIENT – Importante analyse d’Olivier Berruyer sur le régime Macron (avec Le Média)

 

À la fin de cet entretien (vers la min 22:12), Olivier, pour prouver que, dès son origine, en 1789, notre régime était antidémocratique, cite Sieyes (comme je le faisais dans mon TedX de 2012).

Lire le texte intégral du Dire de l’abbé Sieyès, sur la question du Veto royal, à la séance du 7 septembre 1789
https://fr.wikisource.org/wiki/Dire_de_l%27abb%C3%A9_Siey%C3%A8s,_sur_la_question_du_Veto_royal,_%C3%A0_la_s%C3%A9ance_du_7_septembre_1789

Depuis, des jeunes gens ont cherché à utiliser les méthodes « modernes » du marketing pour capter l’attention des gens sur l’essentiel avec des moyens détournés, et je signale ici ces efforts :

Aveu central de Sieyes vendu par du marketing moderne
Aveu central de Sieyes vendu par du marketing moderne

 

 

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Les canons d’avril – Les États-Unis et les puissances européennes de l’OTAN ont déclenché une chaîne d’événements qui mène à la Troisième Guerre mondiale.

Les canons d’avril
28 avril 2022, WSWS
https://www.legrandsoir.info/les-canons-d-avril.html

Les États-Unis et les puissances européennes de l’OTAN ont déclenché une chaîne d’événements qui mène à la Troisième Guerre mondiale.

Dans son célèbre ouvrage sur le déclenchement de la Première Guerre mondiale, « Les canons d’août » (The Guns of August), Barbara Tuchman explique en détail comment les erreurs de calcul, la croyance omniprésente en un conflit bref et gagnable, et les manœuvres tactiques irréversibles – les « si, les erreurs et les engagements » – s’accumulaient à mesure que les puissances impérialistes entraînaient les travailleurs européens dans les enchevêtrements de tranchées et le massacre de la Grande Guerre.

Une dynamique similaire se développe dans le conflit entre les États-Unis et l’OTAN contre la Russie. Les obusiers fournis par les États-Unis et le déploiement massif d’armes en Ukraine font retentir les canons d’avril.

À la mi-mars, le président américain Joe Biden a déclaré à plusieurs reprises qu’il ne permettrait pas un conflit direct entre les États-Unis et la Russie, car « cela signifierait la troisième guerre mondiale ». Un mois plus tard, c’est précisément ce que fait le gouvernement Biden.

Mardi, le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, et le secrétaire d’État, Antony Blinken, ont présidé une réunion à laquelle assistaient les représentants de quarante nations dans un conseil de guerre réuni par Washington sur sa base aérienne de Ramstein en Allemagne, le siège de l’armée de l’air américaine en Europe et du commandement aérien de l’OTAN.

Les deux hauts responsables américains, tout juste sortis d’une visite à Kiev déchirée par la guerre, ont confirmé que la guerre en Ukraine était une guerre entre les États-Unis et l’OTAN, d’une part, et la Russie, d’autre part. Austin a annoncé que Washington allait réunir chaque mois un groupe international comparable de personnalités militaires de haut rang – qu’il a baptisé « le Groupe de contact ukrainien » – dans le but de « viser la victoire » dans le conflit avec la Russie.

Les objectifs de la guerre sont désormais clairs. L’effusion de sang en Ukraine n’a pas été provoquée pour défendre son droit technique d’adhérer à l’OTAN, mais elle a été plutôt préparée, instiguée et massivement intensifiée afin de détruire la Russie en tant que force militaire importante et de renverser son gouvernement. L’Ukraine est un pion dans ce conflit, et sa population est de la chair à canon.

Le conseil de guerre de Ramstein a été organisé pour préparer la prochaine étape de ce plan. Avant et après la réunion, les États-Unis et d’autres puissances de l’OTAN ont annoncé le déploiement d’armes de pointe en Ukraine, notamment des missiles antichars, des chars et des drones tactiques.

Le Groupe de contact, a déclaré Austin, doit « agir à la vitesse de la guerre ». Conformément à cette orientation, l’Allemagne a annoncé mardi qu’elle livrerait un nombre non précisé de Flakpanzer Gepard « chars antiaériens », tandis que le Canada a signalé qu’il enverrait des véhicules blindés M777. « La distinction qui limitait la surenchère des armes », qui existait dans les premières semaines de la guerre, note Air Force Magazine, « semble avoir fondu comme neige au soleil ».

Le prétexte selon lequel les États-Unis et l’OTAN ne sont pas en guerre contre la Russie a également « fondu comme neige au soleil ». Le commandant de l’armée américaine en Europe, Ben Hodges, a déclaré dimanche que l’objectif des États-Unis dans ce conflit était de « venir à bout » de la Russie.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a répondu en accusant les États-Unis de faire pression sur le gouvernement ukrainien pour saboter les pourparlers de paix et de mener une guerre par procuration en Ukraine. Il a averti qu’un danger « sérieux et réel » existait de guerre nucléaire. Austin a rejeté l’avertissement de Lavrov, le qualifiant de « dangereux et inutile ».

Quelle absurdité ! Washington rassemble un camp de guerre et déclare qu’il vise à « venir à bout » de la Russie. Lorsque la Russie répond qu’un tel langage et de tels objectifs augmentent le danger d’une guerre nucléaire, Washington déclare que cela est… inutile.

Les États-Unis ont clairement indiqué qu’ils visent à écraser la Russie et à renverser son gouvernement. Face à une telle menace existentielle, l’utilisation d’armes nucléaires devient une tactique que la classe dirigeante russe va considérer. Washington est déterminé à gagner la guerre, le gouvernement Poutine est déterminé à empêcher que cela ne se produise. Aucune autre issue n’existe pour les deux parties que l’escalade. Lavrov a en fait raison : la guerre nucléaire est un sérieux et réel danger.

Les véritables forces motrices de la guerre sont apparues au cours du conflit. Les États-Unis et les puissances de l’OTAN ont poussé la Russie à envahir l’Ukraine, refusant de négocier sur la demande de la Russie de ne pas faire de l’Ukraine un membre de l’OTAN. La Russie a qualifié son invasion d’opération spéciale, signalant ainsi qu’elle avait l’intention d’effectuer une manœuvre tactique limitée pour stabiliser sa position dans la région.

Les États-Unis, cependant, n’allaient pas permettre pas un tel réarrangement et allaient chercher soit à enfoncer la Russie dans le bourbier d’une « occupation pénible », soit à organiser sa défaite. À cette fin, Washington s’est efforcé de saper tous les efforts en vue d’un règlement négocié. La rhétorique de Washington qui justifie cette politique a aggravé le conflit. Biden a accusé Poutine de crimes de guerre, puis de génocide, et a appelé à un changement de régime à Moscou. Chaque nouvelle formulation avait un caractère irréversible, d’escalade, un cran de plus dans l’escalade de la guerre.

Malgré l’infusion massive et croissante de matériel militaire en Ukraine – Washington a expédié pour plus de 3,7 milliards de dollars d’armement depuis le début de la guerre – le régime de Kiev n’a pas été en mesure d’orchestrer la défaite décisive de la Russie. Le danger, du point de vue des États-Unis et de l’OTAN, est que la Russie soit en mesure de consolider son contrôle sur l’est de l’Ukraine et la côte de la mer Noire. Si les forces ukrainiennes ne progressent pas, l’avantage, du moins d’un point de vue militaire, passe à la Russie.

Le développement du conflit, mis en branle dans le Bureau ovale et délibéré au Kremlin, est de plus en plus entre les mains des militaires et il atteint un point de non-retour. Une défaite décisive de la Russie dans le conflit exige une implication toujours plus directe des puissances de l’OTAN elles-mêmes, allant jusqu’au déploiement de troupes.

Avec leurs livraisons d’armes, leurs déclarations fracassantes et leurs conseils de guerre, les États-Unis ont misé toute leur crédibilité sur la défaite de la Russie dans ce conflit. « Les enjeux vont au-delà de l’Ukraine et même au-delà de l’Europe », a déclaré Austin mardi. Le sort de l’hégémonie américaine, y compris la crédibilité de ses menaces contre la Chine, est dans la balance. Les décisions imprudentes prises par Washington sont ainsi devenues la prémisse majeure de la logique d’une nouvelle escalade.

Washington entraîne derrière lui les grandes puissances d’Europe, alors qu’il assemble, avec l’orgueil de l’empire, un camp de guerre sur le continent. La Grande-Bretagne a été profondément complice de chaque étape de l’escalade, et l’Allemagne et la France jouent le rôle qui leur a été assigné. Washington rassemble les conspirateurs militaires sur une base aérienne américaine en Allemagne, le pays qui a lancé l’opération Barberousse, les Allemands faisant presque office de témoins, et prépare sa guerre avec la Russie.

Les dirigeants des puissances impérialistes, surtout les États-Unis, agissent avec une insouciance qui frise la folie criminelle. Mais c’est une insouciance qui découle des intérêts de classe et de la logique de la crise capitaliste. L’escalade du conflit est motivée non seulement par des intérêts géopolitiques, mais aussi, et surtout, par la crise économique, sociale et politique insoluble qui sévit dans tous les grands pays capitalistes, en particulier aux États-Unis.

Comme ce fut le cas lors de la Première Guerre mondiale, les mêmes contradictions qui donnent lieu à la guerre impérialiste donnent également l’impulsion à la révolution socialiste mondiale. Alors même que la guerre se développe, des protestations de masse et des luttes de la classe ouvrière éclatent dans le monde entier. Ces luttes sont alimentées par la montée de l’inflation et des niveaux d’inégalité sociale sans précédent dans l’histoire.

Les plans de guerre mondiale sont mis en œuvre entièrement dans le dos de la population. Les travailleurs doivent être alertés du danger, et les luttes grandissantes à travers le monde doivent être fusionnées à la lutte contre la guerre impérialiste et le système capitaliste des États-nations.

(Article paru en anglais le 27 avril 2022)

Source originale (WSWS) : https://www.wsws.org/fr/articles/2022/04/28/pers-a28.html
Source en français (LGS) : https://www.legrandsoir.info/les-canons-d-avril.html

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CHRIS HEDGES : « SEULE LA GRÈVE GÉNÉRALE POURRA SAUVER LES CLASSES POPULAIRES. » sur Élucid

Encore un papier formidable, sur Élucid — à connaître et à faire connaître :

CHRIS HEDGES : « SEULE LA GRÈVE GÉNÉRALE POURRA SAUVER LES CLASSES POPULAIRES. »

« La seule façon de mettre fin à l’attaque mondiale contre les droits humains des travailleurs est de se syndiquer.

Rendons hommage à ces travailleurs qui ont tenu tête à Amazon, tout particulièrement à Chris Smalls, décrit par l’avocat en chef d’Amazon comme « pas très malin et incapable de s’exprimer », qui a organisé un débrayage dans l’entrepôt Amazon de Staten Island JFK8 au début de la pandémie, il y a deux ans, pour dénoncer des conditions de travail dangereuses. Il a été immédiatement licencié.

Les prestigieux avocats d’Amazon ont toutefois eu une surprise. Smalls a réussi à fédérer dans un syndicat le premier entrepôt Amazon du pays. Avec son cofondateur Derrick Palmer, ils ont mis en place leur syndicat, travailleur par travailleur, avec peu de soutien extérieur et sans affiliation à quelque groupe syndical national que ce soit, en récoltant 120 000 dollars sur GoFundMe. Selon des documents fédéraux, Amazon a pour sa part dépensé plus de 4,3 millions de dollars rien que l’année dernière, pour payer des consultants hostiles à la syndicalisation.

Nous ne devons surtout pas sous-estimer cette victoire. Seules la reconstruction des syndicats et la grève générale pourront enrayer la spirale descendante et sauver les classes populaires. Aucun politicien ne le fera pour nous. Aucun des deux partis au pouvoir ne sera notre allié. Les médias seront hostiles. Le gouvernement, redevable aux entreprises et aux riches, utilisera ses ressources, quel que soit le parti au pouvoir à la Maison-Blanche, pour écraser les mouvements ouvriers. Ce sera une lutte longue, douloureuse et solitaire.

Nous pouvons connaître les grandes peurs des oligarques en regardant ce qu’ils cherchent à détruire : les syndicats. Amazon, le deuxième employeur des États-Unis après Walmart, consacre des ressources faramineuses pour bloquer la syndicalisation, exactement comme Walmart. Selon des documents du tribunal, Amazon a formé une cellule de crise composée de 10 équipes, dont un groupe de sécurité composé de vétérans de l’armée, pour empêcher Staten Island de s’organiser, et a élaboré des plans pour briser l’activité syndicale dans son « Protest Response Playbook » (fascicule de réponses aux manifestations) et son « Labor Activity Playbook » (Guide des activités liées à la main‑d’œuvre).

Les équipes de briseurs de grève ont organisé jusqu’à 20 réunions obligatoires par jour, au cours desquelles les superviseurs dénigraient les syndicats. Amazon a utilisé toutes sortes de subterfuges pour rendre impossible tout vote d’un syndicat. Amazon a placé des affiches hostiles aux syndicats dans les toilettes. Amazon a licencié des travailleurs suspectés de vouloir s’organiser. Et Amazon s’est appuyé sur le démantèlement de la législation antitrust et de l’OSHA, ainsi que sur la castration du National Labor Relations Board (NLRB), qui a largement désarmé les travailleurs, même si le NLRB a pris quelques décisions en faveur des organisateurs de syndicats.

« Ils nous ont traités de voyous », a déclaré Smalls aux journalistes après le vote de 2 654 contre 2 131 en faveur de la création d’un syndicat. « Ils ont essayé de répandre des rumeurs racistes. Ils ont essayé de diaboliser nos personnalités, mais ça n’a pas marché ».

Amazon, comme la plupart des grandes entreprises, n’a pas plus de respect pour les droits des travailleurs que pour la nation. Elles évitent les impôts grâce à une série de niches élaborées par leurs lobbyistes à Washington et adoptées par le Congrès. En 2021, Amazon a échappé à environ 5,2 milliards de dollars d’impôts fédéraux sur le revenu des sociétés, alors même qu’elle déclarait des bénéfices records de plus de 35 milliards de dollars. Elle n’a payé que 6 % de ces bénéfices en impôt fédéral sur les sociétés.

Amazon a affiché des revenus de plus de 11 milliards de dollars en 2018, mais n’a payé aucun impôt fédéral et a reçu un remboursement d’impôt fédéral de 129 millions de dollars. Jeff Bezos, deuxième homme le plus riche du monde, vaut plus de 180 milliards de dollars. Tout comme Elon Musk, l’homme le plus riche du monde, qui vaut 277 milliards de dollars, s’amuse avec des fusées spatiales comme s’il s’agissait de jouets, et termine à présent les travaux de son yacht qui vaut 500 millions de dollars, le plus grand du monde.

Bezos possède le Washington Post. Le milliardaire bioscientifique Patrick Soon-Shiong possède le Los Angeles Times. Les fonds spéculatifs et autres sociétés financières possèdent la moitié des quotidiens des États-Unis. La télévision est, en gros, entre les mains d’une demi-douzaine de sociétés qui contrôlent 90 % de ce que les Américains regardent. WarnerMedia, actuellement détenue par AT&T, possède CNN et Time WarnerMSNBC est détenue par Comcast, qui est une filiale de General Electric, le 11plus grand entrepreneur de défense des États-Unis. News Corp possède le Wall Street Journal et le New York Post.

Les oligarques au pouvoir ne se soucient pas de ce que nous regardons, tant que nous restons fascinés par les spectacles futiles et chargés d’émotions qu’ils nous offrent. Aucun de ces médias ne remet en cause les intérêts de ses propriétaires, fussent-ils actionnaires ou annonceurs, qui orchestrent l’attaque contre les travailleurs. Plus les travailleurs deviendront puissants, mieux les médias seront armés pour les contrer.

Le premier article que j’ai publié dans un grand journal, le Christian Science Monitor, portait sur la campagne de répression que la société américaine Gulf and Western a menée contre l’organisation d’un syndicat dans sa zone franche industrielle de La Romana, en République dominicaine, campagne qui impliquait l’intimidation, le passage à tabac, le licenciement et l’assassinat d’organisateurs syndicaux dominicains.

L’histoire a initialement été reprise par la section Outlook du Washington Post jusqu’à ce que Gulf and Western, propriétaire de Paramount Pictures, menace de retirer sa publicité cinématographique du journal. Le Monitor, financé par l’Église de la Science Chrétienne, ne contenait pas de publicité. Cette histoire a constitué une première et importante leçon quant aux contraintes sévères imposées par la presse marchande.

Un an plus tôt, le New York Times avait vidé de sa substance un article d’investigation écrit par celui qui est probablement notre plus grand journaliste d’investigation, Seymour Hersh, celui qui a révélé le meurtre par l’armée américaine de quelque 500 civils non armés à My Lai ainsi que la torture perpétrée à Abu Ghraib, travaillant avec Jeff Gerth lorsqu’il s’agissait de Gulf and Western.

Hersh et Gerth ont documenté la manière dont Gulf and Western a pratiqué la fraude, les abus, l’évasion fiscale et ont dénoncé ses liens avec le crime organisé. Charles Bluhdorn, le PDG de Gulf and Western, entretenait des relations avec l’éditeur Arthur « Punch » Sulzberger, qui l’invitait notamment à visionner des films Paramount en avant-première dans la salle de cinéma privée du domicile de Bluhdorn. Bluhdorn s’est servi de ses relations au sein du journal pour discréditer Hersh et Gerth, ainsi que pour assaillir le journal de lettres accusatrices et d’appels téléphoniques menaçants. Il a engagé des détectives privés pour déterrer des ragots sur Hersh et Gerth.

Lorsque les deux reporters ont publié leur article de 15 000 mots, le rédacteur économique en chef, John Lee, et, selon les mots de Hersh, « sa coterie de rédacteurs crétins lèche-cul », peut-être par peur d’être poursuivis, l’ont édulcoré. C’était une chose, selon Hersh, de s’opposer à une institution publique. C’en était une autre de s’attaquer à une grande entreprise. Plus jamais il ne devait être engagé pour travailler régulièrement pour un journal.

Dans son livre de souvenirs, « Reporter », Hersh écrit :

« L’expérience était frustrante et exaspérante. Écrire sur l’Amérique des entreprises avait sapé mon énergie, déçu les rédacteurs en chef et m’avait angoissé. Les entreprises américaines ne seraient jamais contrôlées, telle était ma crainte : la cupidité l’avait emporté. Le sale affrontement avec Gulf and Western avait tellement secoué l’éditeur et les rédacteurs en chef que ceux qui dirigeaient les pages d’économie avaient été autorisés à dénaturer et saper tout le bon travail que Jeff et moi avions fait. Je ne pouvais manquer de me demander si les rédacteurs en chef avaient été informés des liens personnels qui existaient entre Bluhdorn et Punch. Quoi qu’il en soit, il était clair pour Jeff et moi que le courage dont le Times avait fait preuve en affrontant la colère d’un président et d’un procureur général lors de la crise des Pentagon Papers en 1971 ne serait plus de mise face à une bande d’escrocs du monde des affaires… »

Les États-Unis ont connu les guerres ouvrières les plus violentes du monde industrialisé : des centaines de travailleurs ont été assassinés par des hommes de main et les milices des entreprises, des milliers d’autres ont été blessés et des dizaines de milliers ont été mis sur liste noire. Les luttes pour la création de syndicats, et avec ceux-ci pour des salaires décents, des avantages sociaux et la protection de l’emploi, se sont soldés par des rivières de sang ouvrier et d’immenses souffrances. La formation de syndicats, comme par le passé, entraînera une longue et violente guerre de classe. L’appareil de sécurité et de surveillance, y compris le Homeland Security et le FBI, sera déployé, ainsi que des sous-traitants privés et des voyous engagés par les entreprises, pour surveiller, infiltrer et détruire les mouvements en faveur d’une syndicalisation.

Pendant un certain temps, grâce aux syndicats, il a été possible de mettre en place un salaire donnant accès à la classe moyenne aux ouvriers de l’automobile, aux conducteurs de bus, aux électriciens et aux ouvriers du bâtiment. Mais ces avancées ont été réduites à néant. Si le salaire minimum avait suivi le rythme de la hausse de la productivité, comme le souligne le New York Times, aujourd’hui les travailleurs gagneraient au moins 20 dollars de l’heure.

L’organisation naissante chez Amazon, Starbucks, Uber, Lyft, John Deere, Kellogg, l’usine Special Metals de Huntington, en Virginie occidentale, appartenant à Berkshire Hathaway ; REI, le syndicat des charpentiers du Nord-Ouest, Kroger, les enseignants de Chicago, de Sacramento, de Virginie occidentale, d’Oklahoma et d’Arizona ; les travailleurs de la restauration rapide, des centaines d’infirmières à Worcester, dans le Massachusetts, et les membres de l’Alliance internationale des employés de scène de théâtre, sont le signe que les travailleurs découvrent que le seul pouvoir réel dont ils disposent est celui du collectif, bien qu’un maigre 9 % de la main-d’œuvre américaine seulement soit syndiquée. Les 1 400 travailleurs d’une usine Kellogg’s d’Omaha ont obtenu un nouveau contrat prévoyant des augmentations de salaire de plus de 15 % sur trois ans après avoir fait grève pendant près de trois mois l’automne dernier.

La trahison de la classe ouvrière par le Parti démocrate, tout particulièrement pendant l’administration Clinton, s’est traduite par des accords commerciaux qui permettaient aux travailleurs exploités au Mexique ou en Chine de prendre la place des travailleurs syndiqués ici, sur notre territoire. Au nom des grandes entreprises, des lois anti-ouvrières ont été approuvées par des politiciens des deux partis au pouvoir, achetés et soudoyés. La désindustrialisation et la précarité de l’emploi se sont progressivement métamorphosées en une économie de type « gig », une économie qui contraint les travailleurs à vivre avec un salaire de survie, sans avantages sociaux ni sécurité de l’emploi, et avec peu de droits.

Les capitalistes, comme l’a souligné Karl Marx, n’ont que deux objectifs : réduire le coût du travail, ce qui implique appauvrir et exploiter les travailleurs, et augmenter les taux de production, ce qui passe souvent par l’automatisation, bien illustrée par les omniprésents robots trapézoïdes oranges d’Amazon qui transportent des rayonnages jaunes dans des entrepôts qui font un million de mètres carrés. Lorsque les êtres humains interfèrent avec ces deux objectifs capitalistes, on les sacrifie.

La détresse financière des travailleurs, pris au piège de l’esclavage de la dette et exploités par les banques, les sociétés de cartes de crédit, les sociétés de prêts étudiants, les services publics privatisés, la « gig economy », un système de santé à but lucratif qui n’a pas empêché les États-Unis d’avoir environ un sixième de tous les décès par Covid-19 signalés dans le monde – bien que nous ayons moins d’un douzième de la population mondiale – et des employeurs qui paient de maigres salaires et ne fournissent pas d’avantages sociaux, ne cesse d’empirer, en particulier avec l’inflation grandissante.

Biden, tout en dispensant généreusement 13,6 milliards de dollars à l’Ukraine et en portant le budget militaire à 754 milliards de dollars, a piloté la fin de l’extension des allocations de chômage, de l’aide au loyer, de la renégociation des prêts étudiants, des chèques d’urgence, du moratoire sur les expulsions et maintenant la fin de l’extension du crédit d’impôt pour les familles avec enfants. Il a refusé de tenir ne serait-ce que ses promesses de campagne les plus timides, notamment l’augmentation du salaire minimum à 15 dollars de l’heure et l’annulation des prêts étudiants. Son projet de loi « Build Back Better » a été vidé de sa substance et pourrait bien ne pas être relancé.

Les travailleurs d’Amazon, comme de nombreux travailleurs américains, subissent des conditions de travail épouvantables. Ils sont affectés à des postes de travail qui sont obligatoirement de 12 heures. Ils n’ont pas droit à des pauses toilettes et doivent souvent uriner dans des bouteilles. Ils endurent des températures étouffantes dans l’entrepôt en été. Il leur faut scanner un nouvel article toutes les 11 secondes pour atteindre leur quota. L’entreprise sait immédiatement quand ils prennent du retard. Si on ne respecte pas le quota, c’est le licenciement immédiat.

Will Evans, dans un article d’investigation pour Reveal du Center for Investigative Reporting, a découvert que « la course à la vitesse de l’entreprise, véritable obsession, a transformé ses entrepôts en véritables fabriques à blessés ». Will Evans a réuni des rapports concernant les blessures en interne provenant de 23 des 110 « centres d’exécution » de la société dans tout le pays :

« Globalement, le taux de blessures graves dans ces installations était plus de deux fois supérieur à la moyenne nationale constatée dans le secteur des entrepôts : 9,6 blessures graves pour 100 travailleurs à temps plein en 2018, contre une moyenne du secteur cette année-là qui était de 4. »

Ceux qui sont blessés, a constaté Evans, sont « rejetés comme des biens avariés ou réaffectés dans des emplois qui leur infligent davantage de blessures ».

« La procédure interne d’Amazon visant Parker Knight montre la cruelle rigueur du système Amazon, il s’agit d’un vétéran handicapé qui a travaillé à l’entrepôt de Troutdale, dans l’Oregon, cette année. Knight avait été autorisé à travailler sur des périodes plus courtes après avoir été victime de blessures au dos et à la cheville dans l’entrepôt, mais [le programme de suivi du logiciel propriétaire] ADAPT ne l’a pas épargné. En mai, à trois reprises, Knight a été signalé par écrit pour avoir failli à son quota. Les attentes étaient précises. Il devait prélever 385 petits articles ou 350 articles moyens par heure. Une semaine, il a atteint 98,45 % de son taux prévu, mais ce n’était pas suffisant. Ce manque de vitesse de 1,55 % lui a valu son dernier avertissement écrit — le dernier avant  licenciement ».

Le New York Times a révélé l’année dernière que régulièrement, Amazon pénalise aussi les nouveaux parents, les patients confrontés à des problèmes médicaux et autres travailleurs vulnérables en congé :

« Dans tout le pays, des travailleurs confrontés à des problèmes médicaux et à d’autres moments personnels difficiles ont été licenciés lorsque le logiciel de présence les a indiqués par erreur comme absents, selon d’anciens et actuels membres du personnel des ressources humaines, dont certains n’ont voulu parler que sous couvert d’anonymat par crainte de représailles, rapporte le journal. Les rapports des médecins ont disparu dans les trous noirs des bases de données d’Amazon. Les employés avaient du mal à joindre leurs responsables de dossiers, se débattant dans des arborescences téléphoniques automatisées qui acheminaient leurs appels vers des employés administratifs débordés qui se trouvaient au Costa Rica, en Inde et à Las Vegas.

Et l’ensemble du système de gestion des congés était géré par un patchwork de logiciels qui, souvent, n’étaient pas compatibles. Certains travailleurs qui étaient prêts à revenir ont découvert que le système était trop encombré pour traiter leur cas, ce qui leur a fait perdre des semaines voire des mois de revenus. Les employés de l’entreprise mieux rémunérés, qui devaient naviguer dans les mêmes systèmes, ont constaté que l’organisation d’un congé de routine pouvait se transformer en un véritable imbroglio. »

La classe dirigeante, par le biais de gourous du développement personnel comme Oprah, de prédicateurs d’un « évangile de prospérité » et de l’industrie du divertissement, a effectivement privatisé l’espoir. Ils entretiennent le fantasme que la réalité ne serait jamais un obstacle à ce que nous désirons. Si nous croyons en nous-mêmes, si nous travaillons dur, si nous saisissons que nous sommes vraiment exceptionnels, nous pouvons avoir tout ce que nous voulons.

La privatisation de l’espoir est un phénomène pervers et autodestructeur. Lorsque nous ne parvenons pas à atteindre nos objectifs, lorsque nos rêves sont irréalisables, alors on nous inculque que ce n’est pas dû à une injustice économique, sociale ou politique, mais bien à des failles qui nous sont propres. L’histoire a démontré que le seul pouvoir des citoyens passe par le collectif, sans ce collectif nous sommes tondus comme des moutons. C’est une vérité que la classe dirigeante passe beaucoup de temps à occulter.

Toute avancée que nous faisons en matière de justice sociale, politique et économique est immédiatement attaquée par la classe dirigeante. Cette dernière grignote petit à petit les acquis que nous obtenons, c’est ce qui s’est produit après la progression des mouvements de masse dans les années 1930 et plus tard dans les années 1960. Les oligarques cherchent à étouffer ce que le politologue Samuel Huntington avec cynisme a appelé « excès de démocratie ». C’est ce qui a conduit le sociologue Max Weber à qualifier la politique de vocation.

La transformation sociale ne peut être obtenue simplement par le biais du vote. Elle exige un effort soutenu, continuel. Il s’agit d’une lutte sans fin pour un nouvel ordre politique, qui requiert le dévouement de toute une vie, la capacité de s’organiser pour tenir en échec les excès rapaces du pouvoir et le sens du sacrifice. Cette vigilance perpétuelle est la clé du succès.

À l’heure où j’écris, la vaste mécanique d’Amazon est sans doute en train de comploter pour réduire à néant le syndicat de Staten Island. Le groupe ne peut pas permettre que ce soit un exemple de réussite. Amazon possède 109 « centres d’exécution » pour lesquels la société est déterminée à s’assurer qu’il n’y aura jamais de syndicalisation. Mais, si nous ne nous laissons pas aller à la facilité, si nous continuons à nous organiser et à résister, si nous joignons nos forces à celles de nos alliés syndiqués dans tout le pays, si nous sommes capables de faire grève, alors nous avons une chance.

Chris Hedges

Article traduit et reproduit avec l’autorisation de Chris Hedges.
Date de publication originale : 04/04/2022 – Scheerpost

 


 

Cet article de Chris Hedge (que j’aime lire depuis des années, et que nous pouvons tous lire en français grâce au travail formidable d’Olivier Berruyer et de son équipe des crises.fr) me fait penser à deux autres outils d’éducation populaire importants (dont je vous parle depuis longtemps) :

• Le magnifique film de Martin Ritt, « Norma Rae », en 1979 :

Norma Rae Union

(Union signifie Syndicat en français)

Ce film est à voir absolument, à acheter et à montrer à nos enfants et à leurs amis.

• Le livre de Grégoire Chamayou « La société ingouvernable. Généalogie du libéralisme autoritaire », livre essentiel pour la mémoire des luttes, à lire le crayon à la main, pour comprendre en profondeur le travail méthodique (véritable complot contre le bien commun) des patrons contre les travailleurs, ici depuis les années 70 :


https://lafabrique.fr/la-societe-ingouvernable/

Étienne.

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Ukraine: Rencontre entre Sergueï Lavrov et Antonio Guterres à Moscou.

Retour sur la conférence de presse ayant eut lieu aujourd'hui, à Moscou, entre Sergueï Lavrov et Antonio Guterres. Un niveau de réalisme et d'intelligence devenu rarissime sur la scène internationale.

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[Enfermés par nos maîtres dans un piège] Entre deux maux il faut choisir le moindre

Mon ami que j’aime tant,
 
Prisonniers d’un choix cornélien, il me semble que, entre deux maux, il faut choisir le moindre.
 
Ce que nous a fait Macron depuis 5 ans — et ce qu’il va redoubler si on ne le révoque pas, si carrément on en redemande… — est IRRÉVERSIBLE et gravissime : la piqûre obligatoire, surtout des enfants, ou la guerre à la Russie, notamment, ne permettront aucun retour en arrière : ce sont des crimes impardonnables. Il n’y a aucune raison assez grave pour laisser faire ça, pour le légitimer par notre vote.
Par ailleurs, Macron n’aura, comme aujourd’hui, AUCUN CONTRE-POUVOIR, car il les a tous subvertis, il s’est affranchi de tout contrôle, le danger est imminent. C’est notre pays tout entier qui est menacé par un agent de l’étranger, un employé des maîtres anglo-saxons, en mission contre une province de l’empire.
 
Au contraire, tout ce qu’annonce Le Pen est RÉVERSIBLE (d’autres lois pourront défaire ce qu’elle aura fait), sans compter que le programme de Le Pen est à 75% équivalent à celui de Mélenchon (le RIC n’est pas un projet fasciste ou raciste).
Mais surtout, mon frère, elle en pourra PAS faire ce que tu redoutes (légitimement, et que je redoute aussi) parce qu’elle aura contre elle d’innombrables CONTRE-POUVOIRS :
• tous les médias du monde ou presque,
• le Conseil constitutionnel,
• le Conseil d’État,
• le Sénat,
• peut-être même l’Assemblée nationale car il est possible qu’elle n’ait pas la majorité aux législatives,
• d’innombrables magistrats et juristes,
• quasiment tous les syndicats,
• beaucoup d’associations,
• toutes les institutions de l’Union européenne,
• etc.

Ceci est décisif et emporte mon choix : un des deux candidats sera mille fois plus FREINÉ que l’autre dans ses décisions dangereuses. Un candidat est affreusement dangereux, l’autre infiniment moins.
 
Avec Macron, on n’aura aucun moyen de se défendre contre l’horreur totalitaire qui vient. Avec Le Pen, on aura mille moyens de s’opposer à elle, et son projet n’est pas totalitaire.
 
J’ai beaucoup plus peur des abus de pouvoir de Macron (qui a derrière lui tous les ennemis du peuple de l’oligarchie triomphante) que des abus de pouvoir de Le Pen (qui n’a derrière elle quasiment personne de puissant).
 
Et je ne deviens PAS plus «lepeniste» pour ça, de la même façon que ceux qui vont voter Macron parce qu’ils ont affreusement peur de Le Pen ne seront PAS devenus pour autant des «macronistes».
 
C’est un choix cornélien, mon ami, et il ne faut pas se déchirer entre nous sur la décision que vont prendre nos amis si elle n’est pas la même que la nôtre, car c’est un choix de merde, un choix difficile, une trappe, un piège.
 
Souviens-toi que, au final, c’est le régime Macron qui compte les voix de ses adversaires (quel scandale quand on y pense), et que tout cette mascarade est manifestement truquée de A à Z. De toutes façons, Macron va probablement gagner en trichant.
 
Avec toute mon amitié.
 
Étienne.


 


 
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Courageuse Tatiana Ventôse (personnalité remarquable de la gauche radicale) : « Choisis ton camp, camarade ! »

Mon commentaire :

Je trouve cette réflexion profonde, et pour tout dire, bouleversante.

APPEL À LA RETRANSCRIPTION :
Ce serait bien de retranscrire cette vidéo et d’en publier le texte écrit, pour nous aider à fixer ses idées et à les discuter une à une.

L’appel de Jean-Luc Mélenchon à voter Macron (indirectement mais clairement) dès le soir du premier tour, sans hésiter, tout de suite et avec même une grande insistance, a été une vraie baffe, la révélation d’une trahison, l’aveu que cette formidable opposition était factice.

On est donc à mille lieues de l’esprit du Conseil National de la Résistance où les gaullistes maurassiens (de l’action française) et les communistes (marxistes) avaient mis l’intérêt général du pays au-dessus de leurs haines mutuelles le temps d’une résistance au pire. Rien de tel ici : ce qu’on appelle « la gauche » nous appelle à voter Macron… Au secours !

Dans ce choix cornélien que nos institutions maudites nous imposent (avec un scrutin uninominal détestable) entre deux personnes qu’on ne veut PAS — et même qu’on redoute particulièrement —, la sagesse populaire conseille : « entre deux maux il faut choisir le moindre ».

Il me semble qu’ici, le moindre mal (entre deux personnes dont tout le monde peut redouter de terribles abus de pouvoir), c’est la personne contre laquelle il y aura le plus de digues, le plus de remparts, le plus de contre-pouvoirs.

Chacun fera bien comme il veut, mais moi je ne m’abstiendrai pas : #ToutSaufMacron.

Et advienne que pourra.

Étienne.


PS : en complément, sur le bilan réel et tangible du candidat le plus extrême que la droite ait jamais promu depuis 1945 — et que « la gauche » nous appelle donc (et violemment) à réélire (!) —, je vous signale ça :

Formulaire d’engagement de responsabilité pour ceux qui votent Macron (directement ou indirectement) :

Conditions générales du vote Macron 17 avril 2022

 

Il manque, à ce bilan (partiel) du passé, des promesses de durcissement pour l’avenir :

  • Retraite promise à 65 ans (!),
    _
  • Injections forcées à vie (« vaccins » obligatoires) de produits dangereux (alors qu’on avait pendu les médecins nazis précisément pour avoir fait ça),
    _
  • Pass arbitraire pour avoir accès à tout,
    _
  • Mort sociale (« suspension ») des opposants politiques,
    _
  • Surveillance générale et « crédit social » arbitraire à la chinoise,
    _
  • Guerre permanente (pour nous enrôler comme des enfants à la manière de la mafia), avec un « Conseil de défense », inconstitutionnel, opaque et invérifiable (pas de liste des présents, pas de compte rendu, pas de verbatim, aucun contrôle possible, aucune responsabilité à craindre, l’arbitraire chimiquement pur),
    _
  • Destruction des services publics (après les avoir asphyxiés financièrement) et de la fonction publique,
    _
  • Endettement public croissant et sans fin, et DONC effondrement de la dépense publique, et DONC chômage,
    _
  • « Libre-échange » endurci et DONC sur-effondrement de la balance commerciale et désindustrialisation, et DONC chômage de masse (outil de domination central),
    _
  • Censure, intimidations, suppression des outils de communication des opposants politiques,
    _
  • « Intelligence avec une puissance étrangère » (art. 411–4 du code pénal) à travers (entre autres) les « cabinets de conseil » à qui les secrets d’État sont livrés en douce (le fait que les cabinets soient ruineux sans rendre de service et qu’ils ne paient pas d’impôts est NÉGLIGEABLE à côté de la haute trahison qui consiste à les mettre au  pouvoir alors que ce sont des étrangers hostiles),
    _
  • Et j’en oublie.

_

Et tout ça SANS AUCUN CONTRE-POUVOIR, même pour résister à d’aussi graves TRAHISONS.

 

Dernière remarque :

Les vrais démocrates, qui se battent encore contre Macron et son monde, vont avoir sur le dos les prétendus « antifas » (les agents de police de la pensée du système de domination), mais on s’en fout : la haine de ces fous furieux est devenue un signe fort qu’on a bien servi l’intérêt général, cette détestation enragée est comme une preuve, une sorte de légion d’honneur (involontaire) de bons services rendus à la résistance.

Étienne.

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Remarquable Jeanne (« Jeanne traduction ») : «Voter pour Macron [directement ou indirectement] c’est voter pour le fascisme corporatiste eugéniste originel»

Remarquable prise de parole (difficile dans cette période de mensonges et de menaces), par une jeune femme, Jeanne, dont le travail quotidien immense nous aide tous beaucoup depuis des années (Jeanne traduit en français une foule d’importantes vidéos).

Je dis moi-même depuis des années (ce qui me vaut les calomnies hystériques d’une fausse « extrême gauche » au service du système de domination parlementaire) que le vrai fascisme est déjà au pouvoir ; qu’il est mis en place durablement et frauduleusement par la procédure de L’ÉLECTION-parmi-des-candidats-qu’on-peut-aider et par la confiscation de TOUS les grands médias par les plus riches (qui étaient tous ouvertement pro-nazis avant la guerre, et plus discrètement depuis : « plutôt Hitler que le Front populaire » ont toujours dit, et pensent encore, les plus riches) ; que l’expression « extrême droite » a été littéralement mise à l’envers par les intellectuels organiques pour diffamer et discréditer les vrais démocrates (dont je fais partie) : l’extrême droite (le fascisme), ce n’est PAS le racisme et la xénophobie (malheureusement universels), l’extrême droite (le fascisme) c’est le projet de domination totale — extrême — de la classe immense des travailleurs (pauvres) par une classe minuscule d’exploiteurs oisifs (richissimes usuriers) ayant pris d’abord le contrôle de la monnaie, puis de la constitution, et donc de la loi et de l’État, puis de toutes les ressources et richesses, et finalement de tout ce qui vit sur terre.

Voici le texte de cette prise de parole :

« Voter pour Macron c’est voter pour le fascisme corporatiste eugéniste originel, voter Macron c’est voter pour la destruction définitive de notre pays, de notre peuple et de notre économie. Hypocrites ou traîtres, ceux qui appellent à voter Macron pour faire barrage au fascisme n’ont rien compris au fascisme, ni à la menace qui pèse sur le monde occidental aujourd’hui. Qui a bombardé la Lybie ? L’Irak ? Le Mali ? L’Afghanistan ? L’extrême droite ? Non, le PS, LR, Obama (qui est noir d’ailleurs, bombarde d’autres noirs, reçoit le « prix Nobel de la paix », tape sur Trump qui n’a pas fait un dixième de ce qu’il a fait).

N’avez-vous pas encore compris qu’on agite l’épouvantail d’extrême droite — à raison sur certains points évidemment — pour mieux faire passer le fascisme originel ? Derrière les deux guerres mondiales, derrière la construction de l’Europe, derrière les plus grandes institutions internationales (OMS, FMI, Banque Mondiale, BRI, CIA, NASA etc) ce sont des nazis, les Rockefeller, les grands pontes de l’industrie (IG Farben, cartel industriel comprenant Bayer, qui ont testé leurs produits expérimentaux sur les communistes, les femmes, les handicapés, les homosexuels, les juifs enfermés dans les camps nazis). Macron, Von der Leyen, Klaus Schwab (Forum Economique Mondial), Albert Bourla (PDG de Pfizer) sont les descendants de ces gens-là, et ils osent nous dire que Le Pen et Trump sont les pires menaces pour nos démocratie ?

Macron, qui a usé du 49.3, qui vous a forcé à vous faire injecter un produit dont 70% d’entre vous ne voulait pas mais qui ont accepté à grand renfort de propagande et de pression, vous le savez très bien au fond du vous, vous ne voulez juste pas vous l’avouer. Macron qui a masqué vos enfants, qui les a torturés pendant des mois… Avez-vous écouté vos enfants ou avez-vous encore une fois plié sous la pression politique et sociale ? Macron, qui a supprimé l’ISF, détruit l’allocation chômage, veut faire travailler 20h par semaine ceux qui sont au RSA, se fait conseiller par McKinsey alors que nous n’avons jamais élu ces gens-là. Macron n’a qu’une idée en tête : détruire ce qu’il reste de notre pays et le vendre à ses amis, instaurer la surveillance de masse et le transhumanisme. En gros, poursuivre ce qu’il a commencé à faire.

Et vous avez peur de Le Pen parce qu’elle veut interdire le voile ? (Ce qui d’ailleurs est assez impossible à appliquer quand on y réfléchit 5 minutes) De mon point de vue c’est inadmissible, chacun doit pouvoir exercer sa religion et être qui il est sans être inquiété et il faut condamner ce discours, mais réfléchissez bien à ce qu’est le fascisme, dépassez vos croyances et heurtez-vous à la contradiction, ne vous trompez pas de fascisme, ne vous trompez pas d’ennemi : l’ennemi de tous les peuples confondus c’est le grand capital, la finance internationale qui veut asservir l’humanité sans distinction de couleurs, d’ethnies ou de culture, celui qui, sous son rouleau compresseur, met les peuples du monde à l’agonie depuis plus d’un siècle, celui qui ne place pas un peuple au dessus d’un autre, mais une caste au dessus des autres (scoop : vous êtes des cafards pour ces gens-là, vous êtes interchangeables, ils pensent d’ailleurs qu’on est trop et veulent supprimer une partie d’entre nous, j’ai toutes les sources à vous fournir).

Oui la « pandémie » de covid-19 a été provoquée et instrumentalisée à des fins économiques et politiques (totalitaires et réellement fascistes), oui j’assume qu’on me traite de « complotiste » car ceux qui le font sont des ignorants et ne se sont jamais intéressés à ces sujets-là, ils ont peur de la pression sociale, de voir s’effondrer les convictions qu’ils n’ont même pas construites eux-mêmes mais qu’on leur a appris à chérir à travers la propagande médiatique, Hollywood, la musique (ça s’appelle le soft power, la guerre culturelle). Si certains sont intéressés par des sources, des preuves, ou des écrits venant appuyer ce que je raconte, vous savez où me trouver, je tiens à rappeler à tous que j’ai dédié les 2 dernières années de ma vie à la compréhension du monde, j’ai traduit des dizaines et des dizaines d’experts, écouté des centaines d’autres et cela m’a valu d’être ignorée, raillée, voire insultée par certains que je ne citerai pas ici car je ne suis pas dans une guerre d’ego stupide.

Le problème est qu’il ne s’agit pas de moi ici, il s’agit de nous tous, de notre pays, de nos pays, l’heure est trop grave, les nazis qui sont à nos portes (ça ne vous rappelle pas l’Ukraine ? Oh non pardon les médias ont dit que Poutine était très méchant et qu’il n’y avait pas nazis en Ukraine, eh bien si, il y en a, on leur envoie des armes et du fric d’ailleurs) font passer les petits fachos pour les grands méchants, ils s’enveloppent dans le voile de l’inclusivité, du droit des femmes, des LGBT, des « minorités » mais sont pires en tout point que ceux qu’ils accusent.

Je ne suis pas ici pour vous dire pour qui voter, vous êtes assez grands, mais pour vous dire de ne pas vous tromper de fascisme et d’aller consulter ce que les vilains complotistes ont à dire plutôt que de les mépriser ouvertement. Pour construire une démocratie réelle, il ne faut pas de tabou, il faut pouvoir parler des sujets qui fâchent calmement et trouver des solutions entre adultes responsables, pas entre adolescents capricieux. Je suis et ai toujours été pour le pouvoir au peuple, pour le pouvoir de chacun de décider ce qu’il souhaite pour sa vie, pour ses enfants, pour sa communauté, pour la paix et l’harmonie entre les êtres humains. Sans dialogue, pas de démocratie, sans adultes responsables non plus. D’ailleurs, Marine le Pen, au delà de sa sincérité, soutient publiquement le RIC et propose de l’intégrer dans son programme, certes limité et critiquable mais elle le promeut, contrairement à Macron qui en a peur.

À bon entendeur, bon effondrement à tous, c’est pas faute d’essayer de vous prévenir.

Jeanne.

La responsabilité de chacun implique deux actes : vouloir savoir et oser dire. L’abbé Pierre.

Version de secours sur Odysee : https://odysee.com/@JeanneTraduction:a/MacronLepen:b

Merci Jeanne, merci pour tout ce que tu fais.

Étienne.

Pour partager :

Remarquable Jeanne (“Jeanne traduction”) : « Voter pour Macron [directement ou indirectement] c’est voter pour le fascisme corporatiste eugéniste originel »https://t.co/HcBhRVG2ob

— Étienne Chouard (@Etienne_Chouard) April 18, 2022

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PS :

Je lis qu’on accuse Jeanne de « complotisme »… (comme on le fait aussi avec moi — c’est une légion d’honneur de la vraie résistance ou quoi ?).

Vous ne devriez pas utiliser l’expression « théorie du complot », car c’est un outil de comploteurs.

Je vous recommande la lecture du livre : «Aux origines de la « théorie du complot », un outil de contrôle de la pensée» de Lance deHaven-Smith, c’est très bien documenté :


https://www.souffledor.fr/societe-civile/3425-aux-origines-de-la-theorie-du-complot-9782364292093.html

 


 

Je lis aussi que je ne serais plus de gauche en relayant des appels à choisir le moindre mal…

Je réponds ceci : Mais ce n’est pas « de gauche » de dire que deux candidats de droite sont ÉQUIVALENTS (et qu’on s’en lave les mains en s’abstenant), alors que l’un est évidemment bien pire que l’autre parce qu’il n’a AUCUN contre-pouvoir, qu’il a même avec lui TOUS les pouvoirs (économiques, bancaires, médiatiques, policiers, institutionnels et même la tête des syndicats et des partis ouvriers…) et qu’il sera DONC à coup sûr un tyran TOTALITAIRE (comme il l’est déjà).

Dans ce choix de merde (pardon) que nous impose (une fois de plus) l’élection, on peut prévoir sans se tromper que les « élus » vont commettre d’abjects ABUS de pouvoir, d’un côté comme de l’autre.

Mais si vous réfléchissez en termes de CONTRE-POUVOIRS, vous verrez que, dans un cas, ce qui arrive c’est un rouleau compresseur totalitaire sans AUCUN contre-pouvoir, et dans l’autre cas, c’est l’inconnu mais avec une infinité de contre-pouvoirs et de résistances qui seront à l’œuvre un peu partout pour empêcher le pire.

Cherchez contre qui il nous sera PLUS FACILE DE RÉSISTER.

Je trouve que, dans ce choix lamentable que nos maîtres  nous imposent à nouveau (et auquel on ne peut pas échapper en s’abstenant ou en votant blanc parce que ça laisse les autres choisir la gravité de la tyrannie qui vient), l’argument des contre-pouvoirs prévisibles est décisif.

Et choisir celui des deux candidats de droite contre lequel il sera plus facile de résister, oui, c’est bien de gauche.

Alors que laisser le pire de droite advenir (en s’abstenant), c’est bien de droite.

Il me semble.


Je lis aussi que Jeanne relaierait parfois des théories de Q‑Anon…

Je réponds : je trouve les « infos » de Q‑Anon presque toujours délirantes et donc dangereuses pour la résistance au fascisme parce qu’elles nous égarent et nous discréditent. Ok.

Mais j’ai plein d’ami(e)s qui sont des gens bien, je l’atteste, mais qui se font parfois embobiner par des sornettes de Q‑Anon et qui y croient.

Cela ne signifie PAS que ces ami(e)s SONT des militants de Q‑Anon : il faut arrêter avec ce racisme qui enferme les gens dans leurs erreurs (comme si nos opinions étaient notre nature, à vie, comme si nos pensées étaient « une race »… et comme si on n’avait plus le droit de se tromper) au lieu de discuter tranquillement.

Jeanne est une fille bien : contestez ses idées une à une, si certaines vous défrisent, plutôt que vous en prendre à sa personne.

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En période de propagande de guerre, lisez Michel COLLON (Investig’Action), tous les jours, pour bien détecter les média-mensonges

Bonjour.

Michel Collon est, selon moi, un des meilleurs résistants à la propagande de guerre.

Son site, Investig’Action, sa chaîne Youtube Investig’Action, et les innombrables livres d’intérêt général qu’il édite depuis des décennies, sont de véritables services publics, et l’on devrait apprendre à s’en servir quotidiennement dans les écoles du monde entier.


Investig’Action, l’outil essentiel de Michel Collon pour aider à la paix dans le monde

Aujourd’hui, alors que tous les « médias de grand chemin » (expression de Slobodan Despot) nous construisent un nouveau monstre abominable (ici, Poutine et les Russes) pour nous conduire à accepter (et même à souhaiter !) la guerre ouverte qui va être lancée contre la Russie, il est de la première urgence de consulter tous les jours les vidéos et les textes publiés par Michel. Je reproduis ci-dessous, quelques vidéos que j’ai trouvées particulièrement utiles depuis le début de cette « crise ukrainienne » (et j’en ajouterai d’autres dans les commentaires de ce billet) :

Michel Collon avec Annie Lacroix-Riz [passionnante] : USA-Ukraine, la relation secrète :


Le médiamensonge du jour – Boutcha: Que s’est-il vraiment passé ?


Théâtre de Marioupol : une mise en scène ? – Le MédiaMensonge du jour :


Faut-il détester les Russes ? Michel Collon avec Jacques Baud :

On trouve d’autres excellentes interventions, pondérées, raisonnables, savantes, de Jacques Baud sur le net ; je les signalerai en commentaires de ce billet.


Etc. (La liste est longue.)

Parmi les livres, il est difficile de choisir, mais il en est un qui est à la fois bouleversant, très dense et facile à lire : il s’intitule « USA, Les cent pires citations » et il récapitule des aveux incroyables et très importants des pires criminels sur terre, à connaître et à faire connaître (et à enseigner à l’école, je crois). Je vous copie ici la fiche du livre :

2022 04 16 13 01 36 USA Les cent pires citations InvestigAction boutique

J’ai aussi beaucoup appris avec les livres suivants (cliquer pour consulter) :

Le site de Michel est une mine insondable d’informations de la première importance. Je vous conseille de vous y abonner, pour recevoir à temps toutes les notifications utiles, et aussi de l’aider, autant que possible, car cet immense travail demande évidemment de l’argent, et nous-seuls pouvons aider ce vrai journaliste : https://dons.michelcollon.info/fr

Bonne lecture.

Étienne.


 

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Démocratie & institutions n°3–1 : les ENJEUX POLITIQUES de la CONSTITUTION 1/5 – Une Nôtre Histoire

Bonjour,

Pour poursuivre mon travail sur « la démocratie et les institutions » avec Louis Fouché, je vous ai préparé une série de 30 petites vidéos sur les enjeux politiques d’une constitution.

L’ensemble dure 50 minutes. Pour respecter le cadre de l’émission Une Nôtre Histoire, j’ai divisé ce point (des enjeux politiques de la constitution) en 5 petits épisodes de 10 minutes. Voici le premier :

0:00 Introduction

03:25 1. C’est dans la Constitution que le pouvoir exécutif peut « déclarer la guerre » sans demander la permission (par référendum) à ceux qui font la faire.

5:48 2. C’est dans la Constitution que les élus n’ont PAS de comptes à rendre,

6:48 3. C’est dans la Constitution que les élus ne sont PAS révocables,

7:39 4. C’est dans la Constitution qu’est défini le mandat (la mission, la charge) des représentants : vont-ils être nos maîtres ou bien vont-ils être nos serviteurs ?

L’émission complète (c’était le 6 avril à 21 h, chez Louis) est là :

 

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