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Présidentielle 2022: opposition contrôlée?

Le 10 avril 2022 aura lieu l’élection présidentielle avec pour l’instant pas moins de 30 candidats. (1) et (2) N’en jetez plus, la cour est pleine ! La course aux 500 parrainages est lancée. Qui va gagner ?

Je ne …

La France humiliée, bernée, sur la scène internationale par son plus grand allié

En l’espace d’une semaine, la France vient de perdre deux contrats importants pour son industrie militaire et aussi pour son prestige. Le président français, Emmanuel Macron, doit faire face à une succession d’échecs qui viennent torpiller sa position sur la

La face cachée de l’alliance américano-australienne AUKUS

Par : Volti
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« Indécrottable pays ! Faillite des usines de masques françaises… On recommence. » L’édito de Charles SANNAT

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Par Charles Sannat pour Insolentiae Mes chères impertinentes, chers impertinents, Bossuet disait que « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. » Ce pays devient une vaste blague même pas drôle. Ce pays devient affligeant. Parfois pathétique. Souvent minable. Presque toujours surréaliste, oscillant entre le pays d’Ubu et les villages « Potemkine ». Nous nous […]

La France, va-t-elle sortir de l’Otan?

Dans le cas d’être réélu Président aux élections présidentielles au printemps 2022, Emmanuel Macron tentera de catalyser le chauvinisme des Français en rétablissant l’atavisme de «La Grandeur», une doctrine qui conjuguerait le culte de l’indépendance économique, politique et militaire de

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La France humiliée, bernée, sur la scène internationale par son plus grand allié

Par : Volti
Source Observateur-Continental En l’espace d’une semaine, la France vient de perdre deux contrats importants pour son industrie militaire et aussi pour son prestige. Le président français, Emmanuel Macron, doit faire face à une succession d’échecs qui viennent torpiller sa position sur la scène internationale. Le pire est que les alliés de la France ont, en fait, fait croire durant des […]

La France est devenue une puissance régionale de second rang

Par : Wayan

Andrei Martyanov – Le 18 septembre 2021 – Source Reminiscence of the future

Eh bien, je vais aussi en parler. Je veux dire toute cette affaire AUKUS et la perte par la France d’un énorme contrat pour fournir des sous-marins à la Royal Australian Navy. À ce stade, je ne suis pas intéressé par les détails techniques de cette histoire, car il est inutile de se concentrer sur les détails techniques de quelque chose qui peut encore changer plusieurs fois, peut-être même ne jamais se concrétiser. En revanche, je m’intéresse, comme toujours, aux facteurs fondamentaux qui définissent le cadre du problème. Le Drian et toute personne au sommet de la politique française peuvent bien exprimer leur frustration et jouer aux jeux géopolitiques qu’ils veulent :

Vendredi, la France a rappelé ses ambassadeurs à Washington et à Canberra après que l'Australie a abandonné un important programme de sous-marins avec la France en faveur de l'acquisition de sous-marins à propulsion nucléaire avec l'aide des États-Unis et du Royaume-Uni. Paris a violemment protesté contre le nouvel accord entre l'Australie, les États-Unis et le Royaume-Uni, connu sous le nom d'AUKUS. Le Drian a qualifié l'abandon du programme franco-australien de "coup de poignard dans le dos".

Cela ne change rien au fait qu’en ces temps de crise grave et terminale de la Pax Americana et du libéralisme occidental, la France n’est plus une superpuissance mondiale et n’est importante que parce qu’elle suit le monde anglo-saxon qui mène une lutte désespérée pour sa survie en tant que puissance mondiale. C’est aussi simple que cela. La France n’est tout simplement pas vraiment importante pour cette lutte existentielle. En fin de compte, D.C. et Londres se préoccupent d’abord d’eux-mêmes, aussi déformée et illusoire que soit cette préoccupation, et Paris est considérée comme une simple « nourriture » qui sera consommée si la nécessité et l’opportunité se présentent. Vous pouvez toujours rétorquer que la France a sa propre dissuasion nucléaire, qu’elle possède Renault et le siège d’Airbus, qu’elle a son propre programme spatial, etc. C’est vrai. Tout cela est un fait, mais n’oublions pas la définition, et non la pseudo-science politique de l’Ouest, de la puissance globale. Bien, la définition est celle des 14 critères de Jeffrey Barnett (à ne pas confondre avec Corelli Barnett) et permettez-moi de vous rappeler ce qu’ils sont. Barnett les a énumérés dans le trimestriel « Paramètres de l’US Army War College », en 1994.  Quelle que soit la façon dont les réalisations de la France sont considérées, dont certaines avec un respect bien mérité, la France ne correspond tout simplement à aucun de ces 14 critères.

La France ne domine pas l’accès à l’espace, les États-Unis, la Russie, la Chine et l’Inde le font ; la France ne contrôle pas les voies de communication maritimes (SLOC), les États-Unis, la Chine et la Russie le font, la France ne fournit certainement pas la majorité des produits finis, la Chine le fait et la France ne domine certainement pas l’industrie de l’armement de haute technologie, les États-Unis et la Russie le font. Même si l’on imagine que demain la Marine Nationale ajoute deux autres porte-avions à propulsion nucléaire à sa flotte, cela ne fera toujours pas de la France une puissance mondiale. Militairement et économiquement, la France est une puissance de second rang, qui a cédé une partie de sa souveraineté à des organisations supranationales telles que l’OTAN et l’UE et qui ne remplit donc pas le critère le plus important définissant une puissance mondiale ou une superpuissance : des politiques mondiales totalement indépendantes et protégées. La France n’est pas non plus capable de créer et de maintenir une quelconque alliance significative par elle-même. Les États-Unis et la Russie le peuvent, tandis que la Chine, en raison de son énormité économique et démographique, est une alliance en soi. De plus, la Chine et la Russie ont des alliances entre elles.

Donc, dans ce cas, étant une puissance régionale de second rang, la France ne peut pas s’attendre à ce que ses intérêts soient sérieusement pris en compte lorsque l’on parle de projets aussi immenses, financièrement parlant, que l’AUKUS. Les alliances sont créées non seulement contre quelqu’un mais aussi pour un accès exclusif aux capitaux et aux marchés, en particulier les marchés d’armes, au sein de ces alliances. Dans ce cas particulier, la France est un outsider et peu importe les hyperboles utilisées par les politiciens français frustrés pour décrire la « trahison » de la France par les Anglo-Saxons, c’est une réalité. Scott Ritter a peut-être raison lorsqu’il décrit l’affaire AUKUS comme une histoire d’achats militaires géopolitiques devenus fous. Mais si l’on considère l’état économique des États-Unis qui est en bout de course, tous les moyens sont bons pour maintenir un flux de trésorerie et la France a simplement été supprimée sur la route de ce flux de trésorerie. C’est aussi simple que cela. A temps désespérés, mesures désespérées. Un truisme, vraiment.

Ainsi, quelques soient les détails techniques de tout ce cirque, certaines leçons sont déjà évidentes et je souscris ici à chaque mot de la conclusion de Ritter :

Mais le fait demeure que les États-Unis n'ont pas de riposte militaire significative face à la Chine, que le Royaume-Uni n'est pas capable de maintenir une présence militaire crédible dans le Pacifique et que l'Australie ne peut pas se permettre d'acquérir et d'exploiter une force de huit sous-marins d'attaque à propulsion nucléaire. Le projet de sous-marin nucléaire australien est une plaisanterie dangereuse qui ne fait qu'exacerber la crise géopolitique existante avec la Chine en y injectant une dimension militaire qui ne servira à rien.

Toute cette histoire d’AUKUS, comme je l’ai déjà dit précédemment, est un excellent indicateur du déclin de la puissance des États-Unis, qui, dans leurs tentatives désespérées de préserver les restes de leur hégémonie mondiale autoproclamée, sont prêts à tout, sauf, espérons-le, à la guerre nucléaire, et s’il faut humilier et « sacrifier » la France, qu’il en soit ainsi. L’Europe occidentale devrait se préparer à l’être aussi, comme je l’écris depuis de nombreuses années (je cite un article d’il y a 2 ans) :

Macron fait une erreur ici. Eh même plusieurs erreurs, en fait. Pour commencer, "pousser la Russie hors d'Europe" n'était pas une "erreur stratégique" - c'était le plan et l'objectif principal de Washington, dirigé à l'époque par Obama et continuellement mis en œuvre maintenant par l'administration Trump. De plus, "chasser la Russie" ne concerne pas seulement la Russie, mais aussi l'Europe elle-même. L'Europe, telle qu'elle existe aujourd'hui, ne présente aucun intérêt pour la Russie dans un sens métaphysique, si ce n'est un intérêt purement économique en tant que marché, mais la majorité des Russes se félicitent aujourd'hui de la réussite de cette "mise à l'écart". L'Europe, pendant ce temps, est un agneau sacrifié pour les États-Unis qui, dans une tentative désespérée de sauver leur peau, vont démolir l'Europe économiquement parce que les élites européennes sont une pathétique parodie de direction politique, certaines d'entre elles sont carrément des imbéciles, sans oublier qu’un certain nombre sont effectivement des produits de la sélection américaine. Donc, non - laissez l'Europe traiter avec les États-Unis, ou vice-versa, et laissez la Russie en dehors de cela.

Alors, ne me dites pas que je ne vous ai pas prévenu. Oh, allez, les États-Unis ont besoin de manger aussi. Au moment où la France a réintégré pleinement l’OTAN en 2009, un processus défendu par le président de l’époque, Sarkozy , tout a été fini pour elle. Dommage qu’elle ne l’ait pas vu venir. Eh bien, elle le voit maintenant. Comme on dit : mieux vaut tard que jamais. Tolstoï l’avait déjà vu il y a longtemps :

Un Français est sûr de lui parce qu'il se considère personnellement, tant dans son esprit que dans son corps, comme irrésistiblement attirant pour les hommes et les femmes. Un Anglais est sûr de lui, car il est citoyen de l'État le mieux organisé du monde, et donc, en tant qu'Anglais, il sait toujours ce qu'il doit faire et sait que tout ce qu'il fait en tant qu'Anglais est indubitablement correct. Un Italien est sûr de lui parce qu'il est excitable et qu'il s'oublie facilement et oublie les autres. Le Russe est sûr de lui parce qu'il ne sait rien et ne veut rien savoir, car il ne croit pas que l'on puisse savoir quoi que ce soit. L'assurance de l'Allemand est la pire de toutes, la plus forte et la plus répugnante de toutes, car il s'imagine connaître la vérité - la science - qu'il a lui-même inventée mais qui est pour lui la vérité absolue.

Eh bien, que dire. Nous sommes au XXIe siècle et la France n’a absolument rien appris depuis le départ de son dernier Titan et Héros, parti en 1969. Ou, plutôt, chassé par ce que beaucoup considèrent encore comme une révolution de couleur organisée par les États-Unis. Il est donc temps de faire face aux conséquences.

Pendant ce temps, la Russie continue de construire ces corvettes à missiles comme s’il n’y avait pas de lendemain, la dernière en date, Grad (Grêle), a été mise à l’eau à Zelenodolsk hier (vidéo en russe).

Avec les nouveaux 3M14M d’une portée de 4 500 km, ces navires peuvent frapper n’importe quel pays d’Europe à partir d’un fleuve ou d’un lac situé au cœur du territoire russe. Au cas où. Autre nouvelle connexe :

TEHRAN (Iran News) - L'Agence fédérale russe du transport aérien (Rosaviatsia) et l'Organisation de l'aviation civile de la République islamique d'Iran ont signé le 6 septembre 2021 un protocole d'accord visant à "créer des conditions favorables à l'approbation de la conception standard des équipements de l'aviation civile russe exportés en Iran". L'accord est le résultat des négociations qui ont eu lieu entre les deux autorités aéronautiques en juin 2021, a expliqué Rosaviatsia dans un communiqué.

L’Iran recevra un grand nombre de SSJ-100R entièrement russifiés. Le MS-21 est en cours, une fois que la Russie aura satisfait ses besoins internes en matière d’aviation commerciale.

Andrei Martyanov

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

Macron prépare un «Blitzkrieg» pour la présidence française de l’UE

Par : Volti
Par Olivier Renault pour Observateur-Continental Le titre de «Blitzkrieg» est sorti du magazine français Le Point. Observateur Continental, intrigué par le choix de ce vocable nazi et liant une terminologie de guerre pour envahir un espace vital (Lebensraum), a décidé de jeter un œil plus proche sur cette guerre éclaire annoncée. Déjà au début de la pandémie, Emmanuel Macron avait lancé que […]

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Alors que 13% de la profession n’est pas encore vaccinée et ne souhaiterait pas l’être, les …

Appel à la grève illimitée des professionnels de la santé du secteur privé

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Le procès historique du plus grand attentat terroriste a débuté à Paris

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Par : Volti
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AUGUSTE RODIN, LA VIE À PLEINES MAINS (Denis Morin)

Par : Ysengrimus

YSENGRIMUS — L’écrivain Denis Morin est à installer le genre, original et exploratoire, de la poésie biographique. En découvrant le présent ouvrage, on prend d’abord la mesure de l’art poétique, en soi, de Denis Morin. Le texte est court, lapidaire quoique très senti. La sensibilité artistique s’ouvrant vers les arts plastiques s’y manifeste d’une façon particulièrement tangible.

Tôt ou tard

La vie émerge
De la matière
En apparence inerte
Comme le plâtre
L’argile
La pierre
Des êtres immobiles
Se faufilent
Sous la surface déserte
Se déroulent des choses
Se jouent des histoires
Que les ciseaux révéleront
Tôt ou tard
(p. 30)

Et alors, dans les replis de cette versification sobre et dépouillée, soudain, Rodin nous parle. Son ton est parfois intimiste, parfois plus professionnel, pas nécessairement dans le bon sens du terme. On est devant une sorte de prosopopée en soliloque. Cela se joue comme si on s’installait tout doucement dans la tête de Rodin, guidés par les discrètes hypothèses biographiques de Denis Morin. Certains faits solidement étayés historiquement (mais toujours mal discernés, au sein de la mytholâtrie dans laquelle on entretient assez ouvertement le grand public sur les artistes éminents) sont mentionnés, comme tout naturellement. On pense par exemple au fait que Rodin faisait travailler une foule de subalternes, dont l’action et le savoir-faire contribuaient anonymement à son art. Le statuaire à la longue barbe et au monocle était littéralement un chef d’atelier.

Chef d’atelier

Je suis devenu peu à peu
Sans le savoir
Chef d’atelier de la Renaissance
On trie les blocs de pierre
On gâche le plâtre
On chauffe l’âtre
Sur les surfaces
Je trace
Une ligne
Une courbe
Je marque des points
«Jeune homme, accentuez ce trait,
Puis polissez-moi cette épaule
Ma main n’apprécie guère
Quand elle s’y frotte…»
(p. 48)

L’analyse du travail collectif des hommes et des femmes de l’atelier de Rodin, parfaitement étayé historiquement donc, se complète d’une hypothèse plus personnelle de Denis Morin sur les conceptions et les tourments intérieurs du statuaire. Littéralement, le poète se fait biographe et, ici, il amène Rodin, sur un ton semi-confidentiel, comme auto-réflexif, à nous narrer certains segments de sa vie. Le personnage-narrateur ne se justifie pas (quoique parfois, c’est bien proche) et ne se décrit pas non plus exhaustivement (comme si, par exemple, la prosopopée imitait une entrevue). C’est plutôt une sorte de réflexion intérieure, de bilan doux-amer, allusif, furtif. Le tout résulte sur une manière de synthèse personnelle (de Rodin? de Morin?) qui se susurre du bout des lèvres.

Le tout entremêlé

Je me suis fait moi-même
Ou presque
Je voulais étudier aux Beaux-Arts
Destinée grotesque
Je me suis retrouvé aux Arts décoratifs
À façonner des objets
Vanité des maîtres
Et savoir faire des artisans

Je joue et déjoue la critique
Rodin doit être pris
Comme il est
Avec ses aspérités et ses rondeurs
Et ses éclats de modernité
Et de classicisme
Le tout entremêlé

Dans la cité
Je n’ai eu que le regard tourné vers Dieu
Les cathédrales
Et une admiration sans borne pour Michel-Ange
Et chair de femme
Retrouvée dans les tourments de marbre
(pp 5-6)

Un certain nombre de questions de philosophie des arts sont ainsi abordées, comme en passant. On peut penser notamment aux intéressantes références au fait que Rodin utilisait, et instrumentalisait dans son travail, une technique toute nouvelle à l’époque et pas encore autonomisée artistiquement: la photographie. Il semble qu’il faisait prendre des clichés de ses pièces et retouchait ensuite ces derniers, au crayon feutre, un peu comme on retoucherait des blueprints, des croquis, ou des plans, avant de retourner à l’œuvre même, le regard investi de ce nouveau traitement visuel. Il s’appuyait sur la technique pour peaufiner son art. Cela nous amène, plus largement, à toute la problématique de la virtuosité en art. Celle-ci est abordée ici, par le biais d’une réflexion sur le fameux scandale de la statue L’âge d’airain qui lança la notoriété de Rodin. Ici, le Rodin de Morin n’avoue rien sur ce fameux dilemme artistique du moulage sur nature. «Notre» Rodin louvoie ici, il reste évasif, mais il formule sans concession les prémices du problème.

L’âge d’airain

Lors d’une exposition
On expose l’âge d’airain
Le public et les critiques
N’y ont vu que du feu
Certains ont vu trouble
On a caressé les muscles saillants
La taille fine
Remarqué la patine
Effleuré la peau
Longé les veines
Causé une momentanée déveine
En m’accusant d’avoir moulé sur nature
Je les entends crier à l’imposture
Je me souviens
D’avoir vu l’éphèbe nu
Sa posture
Jeunesse revêtue
De sa virile beauté
Toute au printemps
Sans ride aucune
Or la fatigue de la pose
Le faisait frémir
Mais nullement agacé
Par ma présence mature
Il se tenait là, si beau, si pur
Bien étrange rumeur de plagiat
De la nature
Que j’aurais fait en plaquant de la glaise
Sur son corps soumis
Je me suis mérité
À la fois la réputation de falsificateur
Et d’habile sculpteur
(pp 21-22)

Dilemme, tension. Autre tension quand on touche aussi la question de la réception (souvent moralisante et aux vues étriquées) des œuvres commandées à Rodin. Le Monument à Victor Hugo, refusé par ceux qui en passèrent la commande, et surtout le fameux Monument à Balzac, dont le rejet par ceux qui en passèrent la commande et par une portion significative  du grand public accéda à une véritable dimension de crise esthétique en art sculptural.

On joue donc, dans la poésie de Morin sur Rodin, entre ce qui est professionnel et ce qui est personnel, dans la multiforme problématique du maître. Une place importante est aussi donnée aux femmes, notamment Rose Beuret et Camille Claudel. Sans s’appesantir, on passe en revue les différents avatars de la relation de Rodin avec ces deux personnes, cruciales chacune à leur manière. Dans le cas de Camille Claudel, c’est le rapport de force entre les deux statuaires de Giganti. C’est aussi le conflit artistique et les manœuvres avec Paul Claudel pour faire interner sa sœur, à raison ou à tort. Dans le cas de Rose, on pense plutôt aux inattentions matrimoniales du vieil amant qui n’épousera sa femme-servante que quelques mesquines semaines avant que la mort ne les emporte tous les deux. La sensibilité masculine (intérieure toujours) qui s’exprime alors dans le propos du Rodin de Morin ne se formalise pas outre mesure du fait de jouer un petit peu de l’anachronisme. On passe sinueusement de Si Rodin nous confiait ses pensées intérieures à Si Rodin se mettait un petit peu à penser comme un homme de notre temps.

Rose la sage

Rose
Motus et bouche cousue
Témoin
Faisait celle qui n’a rien vu
Rien entendu
Je ne t’ai pas appréciée à ta juste valeur
Pendant que je travaille
Pendant que j’explore
Des corps
Des matières et des manières
Tu m’attends Rose la sage
Dans notre domestique décor
Touillant la soupe ou le potage.
(p. 49)

C’est toujours subtil mais c’est pas nécessairement empêtré dans le factuel conjoncturel que l’on retrouvera, bien en ordre, chez les biographes conventionnels. Au corpus des hypothèses de Denis Morin sur Rodin s’ajoute tout doucement le corpus de ses émotions.

Le recueil est composé de quarante-deux poèmes (pp 5-69). Il se complète d’une chronologie détaillée de la vie de Rodin. (pp 70-82) et d’une liste de références (p. 83). Le CD-ROM, pour sa part, a deux plages. La première plage dure trente-six minutes et est un récitatif de l’intégralité du recueil, en continu (sans formulation des titres). L’ordre des textes de cette version orale diffère légèrement de celui de la version écrite. La prosopopée intérieure de Rodin est assurée par la voix masculine (Jean-Claude Barral) tandis que la voix féminine (Jacqueline Barral) fournit les brefs éléments descriptifs et narratifs des actions de Rodin évoquées et de son contexte physique. De menus bruitages (déclics d’appareils photo, marteaux de sculpteurs) discrets et bien placés, complètent l’ensemble, sobre et très bien produit. La seconde plage du CD-ROM est le récitatif du recueil Camille Claudel, la valse des gestes, aussi de Denis Morin, récitatif assuré principalement par Jacqueline Barral.

On trouvera ICI une autre intéressante recension de l’ouvrage Auguste Rodin, la vie à pleines mains.

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Extrait des fiches descriptives des cyber-libraires:

Une façon inédite de raconter Auguste Rodin! Denis Morin, auteur québécois, a choisi de compter l’artiste par des petites biographies poétiques. Les principales étapes de la vie du sculpteur prennent vie au fil des mots. C’est la pensée de Rodin qui s’exprime ici. Et pourquoi Auguste Rodin, la vie à pleines mains? Bien sûr à cause du sculpteur qu’il était, mais aussi pour son énergie, sa vitalité, sa force, comme si un flux remontait de ses mains vers l’ensemble de son corps. Denis Morin s’est inspiré ici du principe du journal intime pour faire parler Auguste Rodin et ainsi créer ces poèmes biographiques. Rodin raconte ainsi d’abord les «Beaux Arts». Il nous parle de ses amours et aussi de ses œuvres dont il est fier. Rodin est conscient de son génie. Il nous parle aussi de l’Italie qui a vu naître les plus grands sculpteurs.

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Denis Morin, Auguste Rodin, La vie à pleines mains — poésie biographique, Éditions VOolume, 2017, 83 p. et un CD-ROM (textes du recueil lus par Jacqueline Barral et Jean-Claude Barral).

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PERMANENCE DE L’INSTANT — QUE FAIS-TU DE TA VIE? (Jeannine Pioger)

Par : Ysengrimus

Laisse-moi dériver avec toi
Vers ce présent sans futur
Cette source limpide et pure
Ne lâche surtout pas mes doigts…
(p. 88)

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YSENGRIMUS — La poésie et la prose de Jeannine Pioger se présentent comme une suite de courts textes jouant de sobriété et de dépouillement. Les thèmes abordés touchent les émotions fondamentales, la vie perceptive, les causes sociales. Ce sont des poèmes calmes. Une sorte de souffrance inhérente les caractérise. Il s’en dégage une solide harmonie entre poéticité et écriture ordinaire. Mille femmes habitent sereinement cette poétesse. La richesse de leur poésie et de leur philosophie chuinte intensément du texte. Pour ouvrir chacune des sous-sections de ce recueil, la poétesse place un court texte en prose qui opère un petit peu comme une sorte de prologue de la sous-section. Dans l’un de ces textes, justement, elle formule explicitement ses vues sur son art poétique.

Écrire c’est essayer de se comprendre, de comprendre les autres et la vie en général. Pour cela, je regarde d’abord en moi et autour de moi, pour ensuite mettre sur papier, sous forme de mots, mes sentiments et mes émotions. C’est alors que j’ai l’impression d’exister plus intensément parce que je revis l’événement relaté à l’infini.

Écrire, c’est aussi se laisser aller dans un autre monde non visible mais qui n’en est pas moins réel. C’est voyager par l’esprit où l’on veut, rencontrer qui l’on veut, vivre ce que l’on veut. C’est une liberté que personne ne peut nous enlever et qu’on conserve jusqu’à notre dernier souffle.

Par l’écriture, je désire aider le monde à voir l’essentiel. J’aimerais qu’après avoir lu mon livre la vie du lecteur en soit un peu transformée, qu’il ait l’impression d’avoir redécouvert en ma compagnie la nature, l’amour, la création, l’amitié, le travail et la mort.
(p. 55)

L’un des thèmes récurrents de l’œuvre, ce sera le deuil, dans sa dimension lancinante, permanente, presque tranquille. La lutte pour surmonter le deuil se fait en douceur et opère au mieux… mais ça vire un petit peu dans la mélasse aussi, inévitablement, cruellement. Il n’est pas si facile de retrouver le chemin après une si puissante et si douloureuse dérive.

Le chemin du destin

J’ai voulu reprendre le chemin
Juste avant que s’envole ton âme
Le chemin de ton destin

Le temps m’a pris par la main
Pour m’emmener vers le passé
Quand ton âme s’est envolée

Un chemin de roses fanées
Le temps a une couleur rosée
Qu’il est vaste ce ciel embrasé
Me vois-tu de là-haut rouler?

Le moteur est allumé
Entends-tu les oiseaux chanter?
Pourtant le silence est invitant
Dans un monde près de s’effondrer

Mais tu es toujours là
Entre vie et néant
Je suis venue me réconcilier
Dans un instant d’éternité
Avec notre passé.
(p. 82)

Tout —tout simplement tout— dans l’existence ordinaire ramène l’orphelande blessée à la dimension endeuillée de son corps d’émotions. Absolument rien, aucun moment, aucun instant, aucune sensation, aucun petit plaisir, n’échappe à ce cadre d’existence atténué, assombri, condamné désormais à revêtir un caractère densément éternel. Il procède d’une récurrence fatale, ce constant rappel de l’absence.

Absence

Jamais plus le lac
Ne sera aussi bleu
Jamais le soleil aussi caressant
Jamais plus mon cœur ne chantera
Comme ce jour-là

Insouciante du temps qui vole
La présence
Je riais au ciel, aux fleurs, aux oiseaux
À cet instant d’éternité
Toi à mes côtés

Ignorante de l’absence, du vide
De l’immense cri sans écho
Cette soif insupportable de toi
Mon âme erre incomplète

À la recherche du visage aimé
Des bras faits pour serrer
Des maisons pour caresser
Du sourire frondeur
Où s’accrochait ma joie

Ne me répondent que vents furieux
Soleil brillant ma peau tirée
Silence des cieux à mes prières
Tu ne reviendras pas

Cette paix que je réclamais tant
Est devenue l’enfer
(p. 50)

Le recueil de Jeannine Pioger se présente comme une sorte de collection de souvenirs poétiques, comme un cahier de poèmes dont on tiendra à bien documenter et convoyer la genèse ordinaire. Chaque poème est donc suivi d’une courte notule explicative qui —au moins— le date et en résume souvent, fugitivement, les conditions concrètes d’engendrement. La notule explicative du poème À mes amis poètes nous aide à comprendre l’origine tragique de la récurrence du thème du deuil.

Ce texte voit le jour sous le magnifique prunier en fleurs de notre maison de Deux-Montagnes le 19 juin 2001. Mon aîné, Alexandre, est dans la maison et je crois bien le lui avoir fait lire. J’apprécie sa présence sans savoir qu’environ un mois plus tard, elle me sera brutalement retirée. Chaque fois que je relis ce poème il est là, non loin.
(p. 71)

Le deuil fonctionne donc comme un scotome chez Jeannine Pioger. La voici sur un quai au bord de l’eau dans un de nos beaux petits village des Basses Laurentides. Elle avance et formule une capture du moment, gorgée de concrétude et de langueur… c’est pour se faire rattraper et sinueusement envelopper par l’âme de l’être cher perdu qui la hantera toujours. Le terrible scotome qui couve est derechef dévoilé.

Dévoilé

Glisse sur l’eau
Une voile se gonfle
Blanche minuscule
À l’horizon

L’oiseau survole
L’eau frissonnante
Comme une peau
S’étirant vers la mer

Battent les ailes
Vers une terre lointaine
Comme un hymen à l’amour
Que chante l’homme

Sur son voilier léger
Monte en lui
La vague du mystère
À quel port accoster?

Demain sera-t-il là
Ou bien son âme émergera
Dans un monde parallèle
Où vivent les esprits?
(p. 92)

Le travail poétique de Jeannine Pioger est, de fait, amplement gorgé de concrétude. Son passage vers la poésie concrète sait —en toute simplicité— maintenir une touche symboliste élémentaire qui rejoint assez librement la pensée vernaculaire. Un torrent perçu par les sens de la poétesse rappelle ainsi le génie impétueux qui ne transige pas, dans la quête de son cheminement. Le raccord métaphorique s’établit, sans complication.

Génie impétueux

Le torrent dévale la montagne
Tourbillonne, écume, gronde
Sur les pierres, les troncs, les épaves
Tous ces écueils sur son chemin

Rien ne doit l’arrêter
Dans son désir impérieux
De connaître d’autres rives
De couler jusqu’en bas

Sa fougue le propulse
Sur la pente abrupte
Indifférent même à la biche
Qui brave ses eaux tumultueuses

Superbe et infernal rebelle
Son destin lui fut assigné
Et de tous temps gravé
Dans la roche montagnaise

Génie impétueux
Solitaire et impulsif
Force glacée de la nature
Admiré mais craint de tous.
(p. 60)

Autre cas de poésie symboliste en concrétude: un merveilleux paysage d’hiver canadien imprègne les perceptions de l’artiste. On l’évoquera… mais ce sera non sans faire flotter une petite touche thanatique sur l’ensemble du tableau empirique, teintant ainsi de cette insondable touche de tristesse contenue, la majestueuse présentation de l’expérience sensorielle.

Blancheur matinale

Le soleil courtise la neige
S’allonge vers l’infini
Se prélasse
Sur les branches des conifères

Ma pensée s’étire
Dans le blanc silence où je m’enfonce

La froideur
M’ouvre ses bras immaculés.
(p. 32)

La tristesse contenue est une thématique majeure, dans tout cet exercice. Le drame tranquille mais fatal de la petite tragédie des étapes de vie s’impose comme autant de dalles sur un trottoir, d’ornières dans une route, de nuages dans un ciel. Toute bonne chose a une fin.

Fin d’un amour

Notre amour, tu es mort!
Je ne le voulais pas, mais tu gis là
Je ne savais pas qu’un amour
C’est comme du cristal:
Fragile

Mon gros cœur d’homme
N’a pas su te traiter
Avec la délicatesse
Qu’on apporte aux plus fins joyaux

Quand tu étais là
Tout doux, tout chaud,
Mes nuits étaient des rêves éveillés
Qui débordaient sur mes journées

Je ne savais pas que c’était toi
La brillance des étoiles
La neige bleutée
La renaissance des matins

Maintenant que tu n’es plus
Mon soleil est froid
Mon air, irrespirable
Ma nourriture, sans saveur

Ma vie, un dernier soupir.
(p. 44)

Ou encore: si un jeune, un enfant, un petit bleu est poète. Il n’est pas heureux. C’est la souffrance, la douleur et la frustration qui chez lui sera suprêmement logogène. La poésie de Jeannine Pioger est souvent une parole contrariée. Elle est comme une petite douleur insidieuse, une écharde au doigt de l’existence humaine, autour de laquelle on ne peut que composer sa vie.

L’étudiant-poète

Il en pleure le jour
Il en rêve la nuit
L’étudiant incompris
Qui veut rimer toujours

Un démon enchanteur
Emmène son esprit
Sur des chemins rieurs
Empreints de poésie

Mais la vie est cruelle
Son âme délaissée
Erre dans l’irréel
Pourrait-il être aimé?

Une voix éternelle
Lui souffle ses écrits
Et, inspiré par elle,
Il compose sa vie
(p. 18)

L’évocation de ces étapes nocturne de la vie va voir éclore un autre thème fortement senti chez Jeannine Pioger: la maternité. La maternité est vécue et ressentie ici avant tout comme une expérience organique, intime, charnelle, pulsionnelle. Elle est une de ces étapes de vie mais, elle, on la sent nettement passer.

Nuits de ma vie

Nuit noire
De quand j’étais petite
À couper au couteau
J’ai peur, je crie
Personne ne me répond!

Nuit blanche de mon adolescence
Ma conscience s’élargit
Remplit la nuit
Mais je suis toujours seule
Et j’ai peur du noir

Nuit de plaisir
Où s’épanche l’infini
Je caresse le bonheur
À cœur de nuit
J’ai trouvé un paradis
Dans mes nuits

Nuits d’enfantement
Douleurs rythmées
Au diapason de la joie
Nuit extatique où j’entends
Le premier cri de mon enfant

Nuit de tristesse
Où j’appelle à la tendresse
Me love dans les ténèbres
Jusqu’en plein cœur de la nuit

Nuit d’où je suis issue
Et qui m’appelle à l’infini
Je viens, je viens
Ce ne sera plus très long
Dernière nuit de ma vie
(p. 80)

Et c’est la maternité qui nous ramène directement à l’enfance, notre enfance. C’est comme si l’enfant oublié nous remontait dans les sangs, nous prenait au corps, nous infectait de son triomphe réminiscent. Les entrailles investies de l’invasion fœtale de l’enfant en germe réactivent le cœur d’enfant.

Mon cœur d’enfant

Où t’avais-je perdu mon cœur d’enfant
Toi qui savait jeter sur la vie
Un regard pur,
Qui s’émouvait devant la beauté
Et voulait la chanter

Mon cœur d’enfant savait pleurer
D’un vrai chagrin
Mais rien non plus n’arrêtait
Son rire cristallin

T’avais-je enterré
Dans un recoin obscur
Pour ne plus être dérangé [sic]
Par ta pitié?

Tu as cessé de parler
Quand l’avion et le train
T’ont emmené
Loin de ta source

Comme un arbre déraciné
Un cours d’eau détourné
Tu ne pouvais plus t’égayer

Tu en as vu des pays
Des gens, des continents
Ce n’était pas important

Tu ne savais plus rire ou pleurer
Et je t’avais presque oublié
Jusqu’au moment où dans mon ventre
Un cœur d’enfant s’est mis à battre

Alors je t’ai senti mon cœur d’enfant
De nouveau tu as vu la beauté
Et voulu la chanter
Pour retrouver ce que tu avais perdu
Un pays, un amour.
(p. 63)

L’enfant nous amène inexorablement vers cette portion de la vie qui se configure comme un devoir. Et comme la vie vaut plus qu’une idée dans la tête des autorités (p. 91) un certain nombre des textes de la compagne de vie du Poète Prolétaire revêtent une dimension militante. On évoque par exemple la Journée des sans abris:

La ville s’endort

Dans l’air câlin de ce soir d’octobre
J’attends que mon étoile se lève

Complice de mon destin
Elle m’accompagne ces nuits
Où je n’ai pas de toit.

Repue, la ville s’endort
Et moi je veille…

Où vais-je errant ainsi
Cette planète grain de sable
Dans le cosmos

M’a engendré, être fragile
Qui doit manger et dormir
Pour pouvoir l’habiter
Droit des plus démunis

Repue, la ville s’endort
Et moi je veille…

Demain j’aurai droit à mon soleil

J’emplis mes poumons d’air frais
Car c’est encore gratuit
Je vais boire à la fontaine
Car cette eau est sans prix

Repue, la ville s’endort
Et moi je veille…
(p. 73)

Au moment de l’évocation du Jour de la terre, la poésie mobilise subitement aussi des ressorts militants qui ne se démentirait aucunement en lecture publique. La poétesse intimiste se fait alors pasionaria des causes cruciales de notre temps.

Jour de la terre

Terre qui m’a fait naître
Aujourd’hui je te fête

J’arrête de te faire souffrir
J’arrête de te faire mourir

Halte aux fumées indisciplinées
Qui encrassent tes poumons
Et les miens

Halte aux tueries injustifiées
De tes animaux si sages
Tes arbres si généreux

Sans eux, sans toi, plus d’avenir
Nos enfants meurent

Nous ne pouvons survivre seuls
Sans ton air pur
Ton eau vivifiante
Tes plaintes nourrissantes

Avec trois cent mille autres
Sur la rue De Maisonneuve
Je te promets…

Un avenir.
(p. 30)

Le deuil personnel, invocation inévitable du passé, cède alors un peu le pas devant la priorité collective cardinale de l’avenir. C’est ça aussi, l’appréhension assagie du présent critique (Laisse-moi dériver avec toi vers ce présent sans futur). On va bien finir par en faire quelque chose de notre vie, vu qu’elle continue de se vivre, elle, imparablement. Le magnifique recueil de poésie Permanence de l’instant — Que fais-tu de ta vie? contient 63 textes (7 miniatures en prose et 56 poèmes). Il se subdivise en six petits sous-recueils: Questionnement (p 15 à 26), Nature (p 27 à 36), Amour (p 37 à 52), Création (p 53 à 66), Amitié (p 67 à 76), et Voyage en soi (p 77 à 93). Les textes sont précédés de remerciements (p 5), d’une dédicace (p 7), d’une citation d’exergue (p 9), d’une courte préface en vers de John Mallette, le Poète Prolétaire (p 11 à 12), et d’une introduction de l’auteure (p 13 à 14). Ils sont suivis d’une table des matières (p 95-98). Le recueil est illustré de deux photographies paysagères en couleur et la page couverture est une très belle photographie en couleur de l’auteure en train de lire Les testaments trahis de Milan Kundera.

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Jeannine Pioger, Permanence de l’instant — Que fais-tu de ta vie?, Jeannine Pioger, 2013, 98 p.

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Extrait de la quatrième de couverture:

L’auteure nous invite à une promenade dans les dédales de son existence car «chacun de nous crée son propre monde». Quand elle lance une plume poétique et philosophique sur ses sentiments et ses émotions, de la puberté à l’âge mur, nous la suivons intrigués de redécouvrir avec elle l’univers où nous baignons. L’essentiel de sa réflexion: éclairer le côté exaltant et miraculeux de toute vie, sans en occulter le côté sombre, parce que «le regard à terre», nous sommes trop souvent «oublieux de l’infini firmament».

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Réflexion sur les fondements interactifs et informatifs du cyber-journalisme

Par : Ysengrimus

YSENGRIMUS — Il y a quelques temps, lors d’un débat sur Les 7 du Québec, deux de nos plus assidus collaborateurs ont eu l’estoc suivant, parmi bien d’autres. C’était au cœur d’un de ces grands élans digressifs dont je me tiens bien loin désormais comme participant mais que je lis toujours très attentivement, car la sagesse y percole souvent. Après que Lambda ait déploré la sempiternelle rudesse des échanges, Epsilon lui dit ceci:

Mais Lambda, vous êtes tout autant rude avec vos interlocuteurs, et ça n’est pas grave. C’est une question de style. Et vous montrez que vous êtes particulièrement sensible à la rudesse d’autrui. Ce qui est bien.

Vous savez, sur internet, il ne faut pas prendre tout ça avec le même sérieux que dans la vie. Car tout est ajouté des émotions fantasmatiques sur le net, parce que nous n’avons pas la vraie personne en face de nous. Vraiment, il ne faut pas se focaliser sur des réponses un peu plus rudes que la coutume. Et ça fait partie du jeu. C’est sans conséquence. Et vous pourriez m’en dire autant que ça ne changerait pas l’opinion que j’ai de vous et mon comportement dans mes réponses à vos rudesses, le cas échéant.

Réponse de Lambda:

Vous parlez d’internet, Monsieur Epsilon, moi je vois un moyen de diffusion d’information, un journal, un magazine, un média d’information. Vous voyez ce site comme étant un média social, une sorte de Facebook où le discours citoyen se vautre dans les mondanités et l’opinion, avec bien entendu les accrochages d’usage. Votre vision ne correspond pas à la mienne.

Si on veut faire du Facebook, soit. Mais si on veut faire de l’information et pousser la réflexion, il faut un minimum de crédibilité et de sérieux. Comment voulez-vous concurrencer en crédibilité avec les médias de masse si on joue avec des clowns? Vous voyez beaucoup de professionnels de l’information insulter les gens? Moi, je n’en ai jamais vu.

Ces deux interventions, surtout la seconde, synthétisent toute la problématique actuelle du journalisme citoyen. Le problème journalistique se formule désormais comme suit, c’est inévitable. Comme suit, je dis bien, c’est à dire dans les termes fort peu anodins d’une crise existentielle. Le journalisme est-il un corps de comportements communicatifs normés, fatalement aseptisés, reçus, stabilisés historiquement, avec une certaine façon ritualisée de colliger l’information, de la synthétiser, de la disposer, de la desservir, qui serait constante. Est-il un comportement produisant un corpus circonscrit?… un peu comme la poésie en vers ou les recettes de cuisine sont constantes et à peu près stabilisables à travers le temps.

Ou alors le journalisme n’est-il pas lui-même rien d’autre qu’une vaste manifestation perfectionnée (une parmi d’autres), justement, de mondanité et de formulation d’opinion, dont les cyber-ressources actuelles ne révèlent jamais que la profonde mutation contemporaine. Le journalisme, malgré ce qu’il voudrait bien faire croire, c’est pas une discipline rigoureuse comme, disons, la géométrie. Cela implique d’importantes questions. Le caractère «professionnel» ou «informé» du journalisme traditionnel est-il jamais autre chose qu’une illusion un peu parcheminée de classe élitaire (bien entretenue par la frilosité classique de l’esprit de corps, lui-même effarouché par le progrès que l’explosion actuelle impose). Les divers journalismes jaunes, la presse poubelle ou potineuse ne sont pas des inventions très récentes. Les élucubrations bobardeuses journalistiques, les diffamations de personnalités politiciennes et les relations de rencontres d’OVNI, sont vieilles comme le journalisme. L’internet est loin, très loin, d’avoir inventé tout ça. L’internet n’a pas inventé non plus le discours polémique, dont en retrouve des traces virulentes jusque chez les Grecs et les Romains.

L’élément nouveau des conditions journalistiques contemporaines ne réside pas vraiment non plus dans le fait que n’importe quel ahuri peut s’improviser diffuseur d’information de presse. Rappelons-nous, un petit peu, de l’époque pas si lointaine où celui qui contrôlait le chantier de coupe de bois contrôlait la pulpe, que celui qui contrôlait la pulpe contrôlait le papier, et que celui qui contrôlait le papier contrôlait à peu près tout ce qui s’écrivait dessus. Le journalisme n’a JAMAIS existé dans un espace intellocratique serein et éthéré. Cela n’est pas. Et l’objectivité de la presse, depuis sa conformité au factuel jusqu’à l’équilibre des opinions qu’elle véhicule, a toujours été un leurre de classe, dont l’unique bonne foi, toute épisodique, fut de se laisser aller parfois à croire à sa propre propagande.

L’opposition entre mes deux intervenants ici pose de facto une triade critique Facebook/média citoyen/média élitaire et, nul ne peux le nier, c’est l’espace intermédiaire, celui du média citoyen, qui se cherche le plus et ce, à cause du poids des deux autres. Un mot sur ces trois facettes du tripode.

Médias journalistiques élitaires. Ils sont foutus en terme de crédibilité fondamentale et plus personne de sérieux ne cultive la moindre illusion au sujet de leur partialité de classe. En plus, ils se détériorent qualitativement, en misant de plus en plus sur des pigistes et des gloses et traductions-gloses d’agences de presse. L’électronique les tue lentement comme distributeurs d’un objet (commercial) matériel traditionnel, ce qui les compromet avec une portion significative de leurs lecteurs d’antan. L’éditorial d’autrefois, donnant péremptoirement la ligne d’un quotidien ou d’un hebdomadaire, n’est plus. Il a été remplacé par des chroniques de francs-tireurs vedettes portés plus par leur succès d’audimat que par une base doctrinale effective. À cause de tout cela, un temps, on croyait vraiment les journaux conventionnels condamnés. Mais ils ont manifesté une notable résilience. Mobilisant leurs ressources, ils se sont adaptés, étape par étape, aux différents cyber-dispositifs et, en s’appuyant sur des ressorts empiriques (apprentissage collectif graduel du fonctionnement des blogues journalistiques, menant à leur noyautage) et juridiques (intimidation de plus en plus virulente des formes de discours et de commerce alternatif), ils on refermé un par un les différents verrous de la liberté d’expression et d’action, tout en restant de solides instruments de diffusion de la pensée mi-propagandiste mi-soporifique de la classe bourgeoise. Une fois de plus on observe qu’une solution technique ne règlera jamais une crise sociale, elle s’y coulera comme instrument et la crise continuera de se déployer, dans ses contradictions motrices, sans moins, sans plus. Les médias élitaires n’ont donc pas perdu tant que ça leur aptitude à tout simplement faire taire. Ceci est la confirmation du fait que la qualité intrinsèque, l’adéquation factuelle ou la cohérence intellectuelle, ne sont pas du tout des obligations très nettes quand ton journal est le bras de la classe dominante.

Facebook (et tous ses équivalents tendanciels). L’immense espace où le discours citoyen se vautre dans les mondanités et l’opinion avec bien entendu les accrochages d’usage n’est pas déplorable à cause de l’empoigne qui y règne mais bien à cause de sa dimension de vaste soupe de plus en plus gargantuesque et inorganisée. Qui relit du stock émanant de ces dispositifs? Qui prend la mesure de la censure mécanique par mots-clés qui y sévit de plus en plus nettement. Et, malgré cette dernière, c’est fou l’information qui nous attend, en percolant, dans un corpus de type Facebook (ou équivalents). In magma veritas, si vous me passez le latin culinaire! Sauf que, allez la pêcher… Je me prends parfois à fantasmer une sorte de gros agrégateur hyper-fin (car il serait tributaire de la fulgurance de cette intelligence artificielle authentique qui est encore à être). J’entrerais, mettons «Croyance aux OVNI» ou «Arguments dénonçant la corruption politique» et mon super-agrégateur plongerait dans Facebook (et équivalents) et y pêcherait ces développements et les organiserait, les convoquerait, les corderait, par pays, par époques, par tendances politiques ou philosophiques. Le corpus informatif magnifique que ça donnerait. On s’en fiche un peu pas mal que ces gens se chamaillent entre eux. Ils parlent, ils s’informent, ils amènent des nouvelles, comme autrefois sur les places des villages et dans les grands chemins. Molière a appris la mort de Descartes d’un vagabond venant de Paris monté temporairement sur l’arrière d’un des charriots de son théâtre ambulant. Je peux parfaitement me faire enseigner les prémisses de la dissolution effective du capitalisme pas un gogo méconnu dont le texte dort en ce moment sur Facebook, MySpace ou myobscurewittyblog.com. Ne médisons pas trop des ci-devant médias sociaux. Ils sont la tapisserie du Bayeux de notre époque. Les historiens ne les jugeront absolument pas aussi sévèrement que nous le faisons.

Médias journalistiques citoyens. Entre les deux, il y a les médias citoyens. Un cadre présentatif journalistique un peu à l’ancienne, quoique «pour tous» (commentateurs et auteurs) sur lequel se déverse la tempête interactive, sabrée du cinglant blizzard de toutes les digressions, redites et empoignes. De fait, entre la redite-télex et l’édito de choc, les médias journalistiques citoyens cherchent encore leur formule, et maintes figures d’hier ont jeté la serviette, les concernant. Ces médias alternatifs, où tout est encore â faire, sont principalement cybernétiques bien évidemment. Et ils s’alimentent de deux héritages. Ce sont justement les deux héritages, complémentaires et interpénétrés, qui, bon an mal an, se rencontrent et se confrontent ici, dans mes deux citations d’ouverture: l’interactif et l’informatif. Il ne faut pas se mentir sur les médias citoyens, dont l’exaltation des débuts s’estompe. Les manifestations verbales et conversationnelles de la lutte des classes la plus aigüe y font rage. Rien n’est badin ici, rien n’est formel, rien n’est comportemental (courtois ou discourtois). Tout concerne la lutte des forces progressistes et des forces réactionnaires de notre société pour se positionner et se maintenir dans l’espace, secondaire certes, subordonné mais toujours sensible, de le communication de masse.

La lutte des classes se bridait pesamment, sous les piles de papier encré du journalisme conventionnel. Dans le journalisme citoyen, elle se débride allègrement dans les pixels. Pour le moment, cela ne rend pas la susdite lutte des classes nécessairement plus méthodique, avisée ou systématique mais subitement, ouf, quelle visibilité solaire!

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Extra-Extra

CAMILLE CLAUDEL, LA VALSE DES GESTES (Denis Morin)

Par : Ysengrimus

YSENGRIMUS — L’écrivain Denis Morin est à installer le genre, original et exploratoire, de la poésie biographique. En découvrant le présent ouvrage, on prend d’abord la mesure de l’art poétique, en soi, de Denis Morin. Le texte est court, lapidaire quoique très senti. La sensibilité artistique s’ouvrant vers les arts plastiques s’y manifeste d’une façon particulièrement tangible. Et alors, dans les replis de cette versification sobre et dépouillée, soudain, Camille Claudel (1864-1943) parle. Son ton est parfois rageur, parfois plus professionnel, pas nécessairement dans le bon sens du terme. On est devant une sorte de prosopopée en soliloque. Cela se joue comme si on s’installait tout doucement dans la tête même de Camille Claudel, guidés par les discrètes hypothèses biographiques de Denis Morin. Certains faits solidement étayés historiquement (mais toujours mal discernés, au sein de la mytholâtrie dans laquelle on entretient assez ouvertement le grand public sur les artistes éminents) sont mentionnés, comme tout naturellement. On pense par exemple au fait que le sculpteur et statuaire Auguste Rodin faisait travailler une foule de subalternes dont l’action et le savoir-faire contribuaient anonymement à son art. Le statuaire à la longue barbe et au monocle était littéralement un patron qui tyrannisait des employés. Au nombre de ces employés, il y a eu Camille Claudel (qui fut aussi son modèle et son amante) et elle, devant la postérité et l’histoire, elle n’allait certainement pas se laisser faire.

Le gant retourné

Rodin, mon gredin,
Je t’ai offert mes plus jeunes années, mon talent, ma féminité
Et tu ne comprends pas mon inimité…
Et le succès, tu as obtenu, ramassé, engrangé, va cossu!
Je ne veux plus des échecs qui me font bifurquer de mon destin.
Va mon filou dodu,
Clamer à tes relations que tu as cultivé mon talent dans ton jardin,
Comme si j’étais une artiste en dormance
N’attendant qu’un maître pour sortir le génie de la somnolence!
Ne cherche plus à m’espionner, à me copier, à m’imiter,
Épargne-moi ton insolence.
Si j’étais toi, je mettrais dans un sac toute ma peine
Que tu lancerais pour moi dans la Seine.
(p. 28)

Claudel ne doit rien à Rodin. Elle ne fut pas une disciple ou une épigone. Elle détenait sa propre force artistique intérieure. L’analyse du travail collectif des hommes et des femmes de l’atelier de Rodin, parfaitement étayé historiquement donc, se complète ensuite d’une hypothèse plus personnelle de Denis Morin sur les conceptions et les tourments intérieurs de la statuaire. Littéralement, le poète se fait biographe et, ici, il amène Camille Claudel, sur un ton semi-confidentiel, comme auto-réflexif, à nous narrer certains segments de sa vie. Le personnage-narratrice ne se décrit pas exhaustivement (comme si, par exemple, la prosopopée imitait une entrevue). C’est plutôt une sorte de réflexion intérieure, de bilan doux-amer, allusif, furtif. Le tout résulte sur une manière de synthèse personnelle qui se susurre du bout des lèvres. Le fait est que Camille Claudel a fait les petites mains pour Rodin (au sens littéral aussi, surtout peut-être, même). En effet, on lui doit notamment les extrémités des membres de la si célèbre statue de groupe Les bourgeois de Calais. Et on parle de cela, comme allusivement. On encore on relate une galerie de souvenirs. Des souvenirs virulents qui, inexorablement, virent à une très aigre énumération en cascade.

Des pieds et des mains

Mademoiselle Camille
Vous ferez des pieds et des mains
Que Rodin me disait sans plaisanter,
L’expression de soi passe souvent par les détails les plus fins.

Mademoiselle Camille
Ne bougez plus, derrière l’œuvre soyez effacée, patientez,
Je saisis votre profil
Ou continuez de travailler en besogneuse à modeler l’argile.

Mademoiselle Camille
Vous avez changé à tout jamais mon destin
Qu’il m’écrivait dans ses lettres enflammées…
En fait, la passion et l’ambition nous ont consumés.

Mademoiselle Say pour Camille, ainsi il débutait souvent ses missives.
À l’époque où je travaillais avec lui à la Porte de l’enfer,
J’étais loin de penser que mon être partirait un jour à la dérive,
En concevant des pieds et des mains, quelle misère!
(p. 6)

Et, oui, l’être de Camille Claudel partira effectivement à la dérive. La folie la guette. Sans s’appesantir, on passe en revue les différents avatars de la relation de Rodin avec Camille Claudel, C’est le rapport de force constant entre les deux statuaires de Giganti. C’est donc aussi tout le conflit artistique et les manœuvres avec Paul Claudel pour faire interner sa sœur, à raison ou à tort. Elle finira en asile et ne sculptera plus jamais. Mais elle continuera de se rebiffer, toujours obsédée de Rodin

La lettre cousue

Docteur, je vous écris cette lettre…
Cela fait cinq ans et des poussières
Que je subis la démence des pensionnaires
Les menaces et les pleurs à tue-tête.
Nous en sommes aux antipodes
De monsieur Rodin et de ses personnalités à la mode.
J’ai oublié la joie des kermesses et je ne signale plus les fêtes.
Et si ma mère le veut bien, je lui écrirai que je regrette…
Je regagnerais la maison, à Villeneuve-sur-Fère
Où mon bon papa nous encourageait dans les arts,
Où la bonne cuisait le pain et ma mère, par devoir,
Retenait sa colère.
Je veux sortir de ce purgatoire.
Docteur, j’ai cousu cette lettre
Pour que l’on me dépêtre.
Je vous en prie, libérez-moi de ces longs couloirs.
(p. 32)

Et puis enfin, au bout du bout du rapport de force, de la jalousie, de la gloriole et de la folie, on en arrive enfin à l’art. Camille Claudel transgresse ouvertement Rodin. Chez Rodin (avant qu’il ne se claudélise, notamment de par son Balzac), comme chez maint statuaires ronron pour grands monuments de ville, le matériau se plie veulement aux objectifs figuratifs du contrat. Chez Camille Claudel, au contraire, la représentation du thème est dévorée, boursouflée et corrodée dans la subversion par le matériau. Si Giganti souffre, la glaise le montre et se traîne. Si les amoureux jouissent, les marbres le crient, se dressent et s’emportent. On regarde un tout petit peu Camille Claudel travailler et cela est vraiment le plus beau et le plus sublime. C’est cela, avant tout, et par-dessus tout, la valse des gestes. Ainsi, par exemple, transférer une œuvre de glaise dans le marbre, c’est, avec le matériau en mouvement sous la main, une véritable étreinte.

Étreinte

Rodin se perd dans les soirées mondaines,
Alors qu’elle ne goûte guère toutes ces fredaines
En silence, Camille crée une femme assise en équilibre difficile
Et un homme agenouillé la serrant sous ses seins.
Camille contrôle l’étreinte, rien…
Aucun détail n’échappe à son œil et à ses doigts agiles.
Quelques années plus tard, sur un ciseau elle frappe
Et retire les fragments de marbre inutiles,
En reprenant ce même sujet d’une femme qui attrape
La tendresse et le désir de l’homme quoique fragiles.

D’après Sakountala, 1886-1887, et sa traduction en marbre, Vertumne et Pomone, 1905
(p. 20)

L’amour des chairs et des personnes, la passion des glaises molles et des marbres durs se rejoignent et s’amplifient mutuellement. L’émotion de la statuaire ne se sépare tout simplement pas de sa vie, elle en émane plutôt, s’en extirpe, comme un mystérieux esprit d’alcool. Et Denis Morin nous le donne ici, en poète biographe qui joue, lui aussi de ce matériau complexe dur et labile. C’est toujours subtil mais c’est pas nécessairement empêtré dans le factuel conjoncturel que l’on retrouvera, bien en ordre, chez les biographes conventionnels. Au corpus des hypothèses de Denis Morin sur Camille Claudel s’ajoute tout doucement le corpus de ses émotions. Le recueil est composé de vingt poèmes (pp 5-34), ponctués de dix citations d’exergues. Il se complète d’une chronologie détaillée de la vie de Camille Claudel. (pp 35-68) et d’une liste de références (p. 2). De plus, un CD-ROM, enchâssé dans l’ouvrage de Denis Morin sur Auguste Rodin, a deux plages. La première est un récitatif de l’intégralité du recueil sur Rodin. La seconde plage de ce CD-ROM est le récitatif du recueil Camille Claudel, la valse des gestes, récitatif passionné, assuré principalement par Jacqueline Barral.

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Extrait des fiches descriptives des cyber-libraires:

Le nom de Camille Claudel (1864-1943) évoque inévitablement le personnage d’Auguste Rodin, sculpteur, ou encore son frère, Paul Claudel, diplomate et écrivain. Toutefois, il est de ces personnages qui méritent une sortie de l’oubli. Dans ce recueil, Denis Morin nous exprime ce qui animait cette grande artiste (la création, sa famille, l’amour) et nous décrit son entrée en exil. Camille n’a pas dit son dernier mot…

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Denis Morin, Camille Claudel, la valse des gestes — poésie biographique, Éditions Edilivre, 2015, 68 p.

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