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Les énergies « vertes », une source inédite de chômage ?

par Olivier Renault. Avec le froid de l'hiver sur l'Europe et l'effet boomerang des sanctions contre le gaz et le pétrole de Russie, leurs décisions politiques montrent leurs effets dévastateurs sur l'économie et l'emploi.
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Un état des lieux mondial très différent s’installe

Par : Zineb

La façon dont le monde apparaît dépend du fait que votre regard soit fermement fixé sur le moyeu de la roue.


Par Alastair Crooke – Le 21 novembre 2022 – Source Strategic Culture

La façon dont le monde apparaît dépend du fait que votre regard est fermement fixé sur le moyeu de la roue. Autrement dit, si vous observiez la rotation de la roue autour du moyeu – et sa rotation – vous verriez le monde différemment.

D’un point de vue centré sur Washington, tout est immobile : rien (pour ainsi dire) ne bouge sur le plan géopolitique. Y a-t-il eu des élections aux États-Unis ? Eh bien, il est certain que le jour des élections n’est plus un événement, car la nouvelle mécanique des bulletins de vote contre le vote en personne, qui commence jusqu’à 50 jours plus tôt et se poursuit des semaines plus tard, s’est éloignée de l’ancienne notion d’« élection » et d’un résultat macro global.

De ce point de vue « centré » , les élections de mi-mandat ne changent rien, c’est la stase.

Tant de politiques de Biden étaient de toute façon déjà gravées dans le marbre et au-delà de la capacité de tout Congrès de les changer à court terme.

Toute nouvelle législation, s’il y en avait, pourrait faire l’objet d’un veto. Et si le « mois » électoral se termine avec la Chambre contrôlée par les Républicains et le Sénat contrôlé par les Démocrates, il se peut qu’il n’y ait aucune législation du tout, en raison de la partisanerie et de l’incapacité à faire des compromis.

Plus précisément, Biden peut de toute façon gouverner pendant les deux prochaines années par décret et par inertie bureaucratique et ne pas avoir besoin du Congrès du tout. En d’autres termes, la composition du Congrès n’a peut-être pas tant d’importance que cela.

Mais maintenant, tournez votre regard vers la rotation autour du « moyeu » , et que voyez-vous ? La jante qui tourne à toute allure. Elle s’accroche de plus en plus au sol et a une direction claire.

Le plus grand pivot autour du moyeu ? Probablement le président chinois Xi qui se rend à Riyad pour rencontrer Mohammad ben Salman (MbS). Ici, la jante de la roue s’enfonce profondément pour s’agripper fermement à son socle, alors que l’Arabie saoudite effectue son pivot vers les BRICS. Xi se rendra probablement à Riyad pour régler les détails de l’adhésion de l’Arabie saoudite aux BRICS et les conditions du futur « accord pétrolier » de la Chine avec l’Arabie saoudite. C’est peut-être le début de la fin du système des pétrodollars, car tout ce qui sera convenu en matière de mode de paiement chinois pour le pétrole s’inscrira dans le cadre des plans russo-chinois visant à faire passer l’Eurasie à une nouvelle monnaie commerciale (loin du dollar).

Le fait que l’Arabie saoudite gravite autour des BRICS signifie que d’autres États du Golfe et du Moyen-Orient, tels que l’Égypte, gravitent également autour des BRICS.

Un autre pivot : le ministre turc de l’Intérieur, Süleyman Soylu, a déclaré après l’explosion de cette semaine à Istanbul : « Nous n’acceptons pas le message de condoléances de l’ambassade des États-Unis. Nous avons compris le message qui nous a été transmis, nous avons bien reçu le message qui nous a été transmis » . Soylu a ensuite rejeté les condoléances américaines, les assimilant à « un tueur qui se présente le premier sur la scène du crime » .

Soyons clairs : le ministre vient de dire aux États-Unis d’aller se faire voir. Ce déchaînement de colère brute intervient au moment où la Turquie a accepté de s’associer à la Russie pour établir un nouveau centre gazier en Turquie et participe avec la Russie à un accord massif d’investissement et de coopération dans le domaine du pétrole et du gaz avec l’Iran. La Turquie aussi s’oriente vers les BRICS.

Et, à mesure que la Turquie s’éloigne du « moyeu » , une grande partie de la sphère turque suivra l’exemple de la Turquie.

Ces deux événements – de la réunion de Xi avec MbS, qui fait un pied de nez aux États-Unis, à la fureur de la Turquie face au terrorisme à Istanbul – s’imbriquent clairement pour marquer le pivot stratégique du Moyen-Orient, à la fois en matière d’énergie et de cadres monétaires, vers la sphère de libre-échange eurasienne qui se développe.

Viennent ensuite les nouvelles de jeudi dernier : l’Iran affirme avoir développé un missile hypersonique de haute précision. Le général Hajizadeh a déclaré que le missile balistique hypersonique iranien peut atteindre plus de cinq fois la vitesse du son et, à ce titre, il sera capable de déjouer tous les systèmes actuels de défense antimissile.

En bref, l’Iran est déjà un État au seuil nucléaire (mais pas un État doté d’armes nucléaires). La remarquable réalisation technique que représente la production d’un missile hypersonique de haute précision (technique qui échappe encore aux États-Unis) constitue un changement de paradigme.

Les armes nucléaires stratégiques n’ont aucun sens dans un petit Moyen-Orient à la population très hétérogène – et maintenant, il n’est pas nécessaire que l’Iran devienne un État doté de telles armes. Dès lors, quel serait l’intérêt d’une stratégie d’endiguement compliquée (c’est-à-dire le JCPOA), orientée vers l’entrave d’un résultat qui a été dépassé par les nouvelles technologies ? La capacité des missiles balistiques hypersoniques rend les armes nucléaires tactiques superflues. Et les missiles hypersoniques sont plus efficaces, plus faciles à déployer.

Le problème pour les États-Unis et Israël, c’est que l’Iran l’a fait, il a dépassé la barrière de confinement du JCPOA.

En outre, quelques jours plus tôt, l’Iran annonçait également qu’il avait lancé un missile balistique, emportant un satellite dans l’espace. Si tel est le cas, l’Iran dispose désormais de missiles balistiques capables d’atteindre, non seulement Israël, mais aussi l’Europe. En outre, l’Iran devrait bientôt recevoir 60 avions SU-35, ce qui n’est qu’un élément de l’évolution rapide de ses relations avec la Russie, scellée la semaine dernière par la présence à Téhéran de Nikolai Patrushev (secrétaire du Conseil de sécurité de la Russie).

Encore une fois, pour être clair, la Russie vient de se doter d’un multiplicateur de force cinétique très puissant et d’un partenaire à part entière dans le grand jeu de Moscou visant à faire de l’Eurasie un super-oligopole des matières premières ; et elle a accès au rolodex de contacts et de stratégies pour faire sauter les sanctions sur l’Iran,

En d’autres termes, si l’Iran devient un multiplicateur de force pour l’axe Russie-Chine, l’Irak, la Syrie, le Hezbollah et les Houthis suivront une trajectoire similaire.

Tandis que l’architecture de sécurité européenne reste figée dans l’étroitesse de l’OTAN et la lutte contre la Russie, l’architecture de sécurité de l’Asie occidentale s’éloigne de l’ancienne polarisation dure dirigée par les États-Unis et Israël avec une sphère sunnite dirigée contre l’Iran chiite (c’est-à-dire les accords dits d’Abraham) et se reforme autour d’une nouvelle architecture de sécurité façonnée par la Russie et la Chine.

Cette évolution est logique. La Turquie tient à son héritage civilisationnel turc. L’Iran est clairement un État civilisationnel, et MbS souhaite manifestement que son royaume soit également largement accepté comme tel (et pas seulement comme une dépendance des États-Unis). L’intérêt du format de l’OCS est qu’il est « pro-autonomie » et s’oppose à toute singularité idéologique. En fait, de par son concept civilisationnel, elle devient anti-idéologique et s’oppose aux alliances binaires (avec nous ou contre nous). L’adhésion ne nécessite pas l’approbation des politiques particulières de chaque partenaire, à condition qu’elles n’empiètent pas sur la souveraineté des autres.

En effet, l’ensemble de l’Asie occidentale, à un degré ou à un autre, est en train de s’élever dans ce paradigme économique et sécuritaire eurasien en pleine évolution.

Et, pour dire les choses simplement, puisque l’Afrique est déjà enrôlée dans le camp de la Chine, la composante africaine de la région MENA s’oriente fortement vers l’Eurasie, elle aussi. L’affiliation du Sud collectif peut également être considérée comme allant de soi.

Qu’en est-il de l’ancien « moyeu » ? Il a l’Europe entièrement sous son contrôle. Pour l’instant, oui…

Cependant, une étude publiée par l’École de guerre économique française suggère que, si l’Europe a, depuis la Seconde Guerre mondiale, « vécu dans un état de non-dit » en ce qui concerne sa dépendance totale à l’égard de Washington, alors que les sanctions russes ont un effet catastrophique sur l’Europe, « une situation très différente s’installe » . Par conséquent, les hommes politiques, tout comme le public, ont du mal à identifier « qui est vraiment leur ennemi » .

Eh bien, l’opinion collective, basée sur des entretiens avec des experts du renseignement français (c’est-à-dire l’État profond français) est très claire : 97 % d’entre eux considèrent les États-Unis comme la puissance étrangère qui « menace le plus » les « intérêts économiques » de la France. Et ils considèrent que ce problème doit être résolu.

Bien sûr, les États-Unis ne laisseront pas facilement tomber l’Europe. Néanmoins, si certaines parties de l’Establishment peuvent parler ainsi, c’est que quelque chose bouge et se prépare, sous la surface. Le rapport souligne naturellement que l’UE peut bien avoir un excédent commercial de 150 milliards d’euros avec les États-Unis, mais que ces derniers ne permettront jamais que cela se traduise par une « autonomie stratégique ». Et tout gain d’autonomie est obtenu dans le contexte constant – et plus que compensé – d’une « forte pression géopolitique et militaire » de la part des États-Unis à tout moment.

Le sabotage du Nord Stream aurait-il été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ? En partie, il a été un élément déclencheur, mais l’Europe cache ses diverses vieilles haines et sa vindicte longtemps entretenue sous le « couvercle bruxellois de l’argent facile ». Mais cela ne vaut que tant que l’UE reste un distributeur automatique de billets amélioré – les États insèrent leur carte de débit et retirent de l’argent. Les animosités cachées sont réprimées, et monétairement graissées pour les mener à la quiescence.

Cependant, le distributeur de billets est en difficulté (contraction économique, désindustrialisation et austérité arrivent !) ; et comme la fenêtre des retraits du distributeur se réduit, le couvercle qui retient les vieilles animosités et les sentiments tribaux ne tiendra pas longtemps. En effet, les démons se lèvent et sont déjà facilement visibles.

Et enfin, le « moyeu » de Washington tiendra-t-il le coup ? Conserve-t-il les ressources nécessaires pour gérer un si grand nombre d’événements stress-tests – financiers, systémiques et politiques – qui arrivent tous de manière synchronisée ? Nous devons attendre pour le savoir.

Rétrospectivement, le « moyeu » n’est pas « en mouvement » . Il a déjà bougé. C’est juste que tant de personnes sont bloquées dans la vision d’un « espace vide » qui était autrefois occupé par quelque chose de passé, mais qui, d’une manière ou d’une autre, persiste encore, dans la mémoire visuelle, comme une « ombre » de son ancienne solidité.

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

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La nationalisation du pétrole en deux temps

Par : Zineb

Par Tom Luongo – Le 4 novembre 2022 – Source Gold Goat’s N Guns

Vous m’avez tous entendu déblatérer sur le « deux temps straussien«  , qui n’est rien d’autre qu’une reprise de la dialectique hégélienne.

Voici la définition officielle :

Une méthode d’interprétation, utilisée à l’origine pour relier des entités ou des événements spécifiques à l’idée absolue, dans laquelle une proposition affirmable (la thèse) est nécessairement opposée à une proposition tout aussi affirmable et apparemment contradictoire (antithèse), la contradiction mutuelle étant réconciliée à un niveau supérieur de vérité par une troisième proposition (synthèse).

En politique moderne, elle est utilisée pour créer une fausse réalité en affirmant quelque chose qui est partiellement vrai (au mieux) ou une vérité que vous avez vous-même créée en tant que personne au pouvoir.

Dans le cas présent, il s’agit d’une crise énergétique fabriquée de toutes pièces en Occident.

Afin de voir le deux temps straussien, vous devez travailler à rebours. Ce processus n’est pas une déduction a priori ou une forme exhaustive de journalisme d’investigation.

Il s’agit plutôt d’une conclusion inductive basée sur la prise de conscience des motivations des personnes au pouvoir et sur la manière dont elles conduisent une masse de personnes à une conclusion préétablie. En d’autres termes, il s’agit d’un post schizophrène.

Thèse

Disons que votre objectif est de légitimer la prise de contrôle d’une industrie par l’État, ou de faire un pas de plus vers la prise de contrôle par l’État. Utilisons le pétrole et le gaz pour la leçon d’aujourd’hui.

La première chose que vous faites est de fabriquer une crise qui va perturber l’approvisionnement du produit que vous voulez contrôler. Dans ce cas, cela a commencé avec le COVID-19, qui a perturbé bien plus que le secteur de l’énergie.

Plus de 2 millions de barils par jour de capacité de raffinage ont été perdus dans le monde entier grâce au COVID-19. Compte tenu de l’hostilité actuelle à l’égard des nouvelles raffineries (nous y reviendrons), ces barils ne reviendront pas.

N’oubliez pas que pour un « deux temps straussien » de cette ampleur, vous devrez laver le cerveau et/ou enfumer deux générations entières pour qu’elles se détestent elles-mêmes parce qu’elles sont riches, gaspilleuses, gâtées, vivantes ou pire, tout simplement blanches.

Ainsi, elles sont déjà prêtes à haïr toutes les choses en jeu ici – le capitalisme, le pétrole, les banques, les vieux hommes blancs (riches ou pauvres) – et à faire enrager vos idiots utiles en poussant leur emprise déjà ténue sur la réalité jusqu’au point de rupture.

« Je ne peux même pas…. »1 n’est pas la phrase la plus souvent prononcée sur Tik-Tok pour rien.

C’est la partie Thèse.

Donc, quand la crise frappe grâce à la pénurie de gaz naturel, vous interdisez l’achat de gaz d’un pays particulier…

– Allô, Vlad ? On est dans un sacré pétrin, ça te dérangerait d’envahir l’Ukraine… ? Nyet… ? Eh bien, nous verrons cela….

– PAGES MANQUANTES DU SCRIPT DE TRAVAIL DU RETOUR DU DR. FOLLEAMOUR.

… vous diabolisez non seulement Vlad, mais aussi l’industrie elle-même, qui pratique des prix exorbitants et s’attaque au petit peuple en temps de guerre.

Il y a un mot pour ça… la chutzpah.

Antithèse

Comme on pouvait s’y attendre, vous permettez ensuite à vos faux opposants politiques…

[Cocaïne Mitch entre depuis la droite de la scène]

… de produire l’argument opposé. Dans ce cas, l’argument opposé est évidemment que nous avons besoin de marchés libres pour produire du pétrole et du gaz. Les raffineurs ne font que répondre au marché.

Cette fausse opposition, bien sûr, accuse également Vlad d’être responsable de cette crise afin que le champion du marché ait l’air non seulement patriote mais aussi convenablement acheté et payé par Big Oil, les vieux mâles blancs, etc.

Les deux côtés de cet argument ont maintenant été orientés à 90 degrés de la véritable source du problème, à savoir l’intrusion du gouvernement dans le flux de pétrole et de gaz jusqu’à vos maisons.

Il s’agit d’une crise qui, si elle était résolue par l’ingéniosité humaine et, oui, par l’application studieuse de la cupidité, serait terminée en quelques semaines, car les raffineries fermées pendant le COVID seraient remises en service, les chaînes d’approvisionnement réorganisées, etc.

Alors que la phase de crise aurait pu rapidement être clôturée, le cycle d’investissement à long terme déclenché dans le raffinage prendra plus de temps pour immuniser structurellement l’industrie contre les futurs chocs d’approvisionnement.

Et si vous êtes assez stupide pour croire que le gouvernement a planifié ces investissements dans le but de rendre un noble service à l’humanité, je ne peux même pas…[ ]

Les prix ne reviendront peut-être pas à la normale avant des années, mais le marché, sans l’intervention d’abrutis rapaces tant au gouvernement que derrière le rideau, finira par éliminer presque entièrement l’arbitrage dans l’industrie des carburants.

Devinez qui gagne, les amis ? C’est vous. Mais, encore une fois, vous vous détestez d’être, eh bien, vous-même.

Une fois que la crise est là et que les bases rhétoriques sont posées après des mois de répétition de ces mensonges sur la cause de la crise – C’EST LA FAUTE DE PUTLER – il est facile de déplacer la conversation là où vous voulez vraiment qu’elle aille.

Rappelez-vous l’objectif. Détruire les marchés libres, nationaliser le pétrole et le gaz.

Cela signifie qu’il faut également préparer le prochain mouvement pour se débarrasser d’un autre aspect du marché libre tout en se concentrant sur la crise actuelle. Dans ce cas théorique, il s’agit de la propagation massive des cracks de diesel dans les raffineries, alimentant la machine à mouvement perpétuel de l’envie inhérente au marxisme.

De plus, cette situation a explosé à la veille d’une élection cruciale pour faire parler les acteurs de la crise que nous appelons familièrement, « les membres du Congrès » .

Synthèse

Leur solution ? Imposer des taxes sur les bénéfices exceptionnels aux raffineurs qui profitent de l’homme du peuple vulnérable et dans le besoin. Ce sont de méchants « profiteurs » qui acceptent les offres du marché issues du fruit de leur travail, précisément parce qu’ils ont provoqué artificiellement un choc dans le système.

Dans le cas du carburant diesel aux États-Unis, il s’agit clairement d’une crise fabriquée. Le COVID a mis hors service un grand nombre de raffineries dans le Nord-Est (PADD-1). Et étant donné l’hostilité de l’administration Biden et des écologistes à l’égard de l’industrie pétrolière dans son ensemble, comme j’y ai fait allusion plus haut, ces raffineries ne sont pas prêtes de revenir en service.

Ne me croyez pas sur parole, écoutez plutôt ceux qui possèdent les raffineries.

Construire une raffinerie est un investissement de plusieurs milliards de dollars. Cela peut prendre une décennie. Aucune raffinerie n’a été construite aux États-Unis depuis les années 1970. Mon opinion personnelle est qu’il n’y aura plus jamais de raffinerie construite aux États-Unis.

 

Selon Wirth, les compagnies pétrolières et gazières devraient évaluer les avantages d’engager pour dix ans des capitaux qui auront besoin de décennies pour offrir un retour aux actionnaires « dans un environnement politique où les gouvernements du monde entier disent ‘nous ne voulons pas que ces produits soient utilisés à l’avenir’  » .

Pourquoi le feraient-ils ? S’il s’agissait de votre argent, entameriez-vous le processus insensé de construction d’une raffinerie de pétrole aux États-Unis aujourd’hui, même avec des crack spread de plus de 70 dollars par baril ? Bien sûr que non. Au moment où vous déposerez le premier formulaire de demande d’évaluation de l’impact sur l’environnement, les spreads pourraient revenir à 20 dollars, car il est politiquement avantageux pour les adeptes du « deux-temps straussien » de relâcher la pression pendant quelques mois.

Le gouvernement maintient volontairement le marché dans une situation d’inadéquation entre l’offre et la demande. C’est la seule conclusion que vous pouvez tirer. Parce que si « Biden » voulait résoudre ce problème, il ne viderait pas la Réserve stratégique de pétrole, il supprimerait les réglementations sur le raffinage du pétrole ou offrirait une partie de cet « argent des infrastructures » pour aider l’industrie à se reconstruire après le COVID.

Quel que soit votre engagement à sauver la planète du changement climatique, la civilisation est directement liée à la production d’énergie.

S’il voulait faire baisser le prix de l’essence, il n’essaierait pas d’étendre les subventions aux pauvres et d’obtenir leurs votes, il irait à la table des négociations avec Putler et trouverait une solution peu appétissante pour les intérêts de chacun en Ukraine.

L’offre la plus élevée remporte le prix

La demande de carburant diesel est essentiellement inélastique, car il est tout simplement nécessaire à notre vie quotidienne. Toute rupture de l’approvisionnement provoquera une flambée massive des prix, car les gens se jetteront sur les prix des réserves disponibles pour obtenir ce qu’ils peuvent.

C’est la seule chose que ces abrutis gauchistes n’arrivent pas à comprendre. Les producteurs ne retiennent pas l’offre et ne « font pas monter les prix » dans une économie de marché ouverte. C’est de la propagande. La réalité est que les consommateurs font monter les prix pour tout ce qui est demandé ou retiennent ces offres lorsque le coût/bénéfice n’est pas en leur faveur.

Il n’y a aucun besoin de contrôler cela. Les choses qui subissent un choc d’offre iront à ceux qui ont les moyens de les acheter et les producteurs reçoivent le signal qu’il y a de l’argent à faire en augmentant l’offre. C’est ce donnant-donnant qui atténue toujours les pénuries, à moins qu’il ne soit pas autorisé de le faire en raison des « règles » .

Comme le regretté Gary North nous l’a répété à maintes reprises, « tout est à vendre, l’offre la plus élevée gagne » . Si vous voulez quelqu’un à blâmer pour la hausse des crack spread du diesel, il vous suffit de vous regarder dans un miroir. Parce que nous pourrions avoir une capacité de raffinage de réserve à l’heure actuelle si le coût de la remise en service des usines inactives n’était pas prohibitif, même à ces prix.

Rappelez-vous, tout est à vendre et le plus offrant gagne. Tout le monde fait l’analyse coûts/bénéfices.

C’est la dynamique en jeu lorsque j’utilise le terme d‘inflation par les coûts. Une pénurie de l’offre fait grimper les prix des biens de base par nécessité et le fait de verser de l’argent dans le système par le biais de subventions gouvernementales ne fait qu’accélérer cet effet.

Les dollars gratuits ou à bas prix vont vers les biens dont les gens ont le plus besoin et c’est la principale source de notre inflation actuelle.

Ainsi, lorsque vous voyez les gros titres chargés de déclarations alarmistes, comme le fait que les États-Unis n’ont plus que 20 jours de carburant diesel, cela renforce les offres d’approvisionnement limité. Les marchés à terme sont dépouillés de leur pouvoir de coordonner l’offre dans le temps et les producteurs se retrouvent diabolisés par la propagande et l’agitation de basse qualité de gens comme AOC et Lizzie Slapaho.

Nationalisation : La prochaine étape

Des taxes sur les bénéfices exceptionnels sont déjà en place en Allemagne, 90 % de tous les bénéfices étant imposés au profit de l’État. La production d’énergie, lorsque ce projet de loi sera adopté, sera nationalisée en Allemagne. La fin de la tarification rationnelle de l’énergie sera révolue.

L’Allemagne deviendra un autre enfer de subventions énergétiques comme on en voit partout dans le monde.

Les entreprises allemandes du secteur de l’énergie ont maintenant le choix entre le sort d’Uniper, la nationalisation par le biais d’un plan de sauvetage, ou rester « privées » mais selon un modèle commercial de coûts majorés imposé par le gouvernement, modèle dont les profits ne dépasseront jamais la courbe d’amortissement.

Aujourd’hui, ici aux États-Unis, les Démocrates font pression pour la nationalisation pure et simple de toute la production de pétrole et de gaz. C’était l’objectif depuis le début, la thèse. La fausse antithèse est la foule « Drill baby, Drill » au Capitole, qui pleure des larmes de crocodile sur la perte du pipeline Keystone XL depuis plus d’une décennie.

Cette fois-ci, la synthèse consistera à faire passer l’impôt sur les milliardaires qu’ils recherchent depuis longtemps, sous la forme d’un impôt sur les bénéfices exceptionnels, en commençant par le maléfique Big Oil. Même s’ils ne l’obtiennent pas, ce n’est pas comme s’ils n’avaient pas d’autres choses sur leur liste de choses à faire pour y parvenir.

Ils recommencent ici parce qu’ils savent que personne n’envisagera sérieusement une nationalisation pure et simple (la prochaine synthèse) à moins qu’il y ait une guerre contre la Russie…

Tom Luongo

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

  1. « I can’t even… » Morceau de phrase utilisé en tant que tel sur les réseaux sociaux pour signifier la stupeur et l’impossibilité de verbaliser ces émotions.

Europe: une période de demi-vie

Par : jmarti

Par Alexander Cleman − Le 15 novembre 2022 − Source Oriental Review

Les hauts-dirigeants de l’UE multiplient les appels à l’unité et à la solidarité ces derniers temps. Ces appels sont si fréquents que l’on se demande si cette unité existe dans le continent, sous la forme à laquelle celui-ci s’est habitué à fonctionner ces dernières décennies. Et si l’on intègre ces pensées au principe du caractère cyclique de l’histoire, on voit en sortir un étrange schéma.

L’un des résultats de la première guerre mondiale fut l’effondrement de plusieurs empires et de plusieurs coalitions. La seconde guerre mondiale aura donné naissance à de nouveaux blocs et à de nouvelles alliances ; particulièrement à l’OTAN, au pacte de Varsovie, et à la Communauté Économique Européenne. La logique suggère que les hostilités en Ukraine vont tenir lieu de catalyseur à une nouvelle désintégration, et le premier candidat au « démantèlement » est l’Union européenne. Il saute aux yeux que l’euphorie du processus d’intégration de l’UE était fondée sur la prospérité économique, elle-même alimentée par une énergie, des matières premières et des denrées alimentaires bon marché en provenance de Russie, ainsi que des ressources intellectuelles et une main d’œuvre importées du Tiers Monde.

Mais un conflit armé, suivi de sanctions économiques et politiques contre Moscou, s’est produit aux abords d’une Europe prétendument unifiée. Le gaz naturel, le pétrole et ses produits dérivés, les produits alimentaires et les produits de base ont vu leur prix monter brutalement. On a pu constater qu’immédiatement les États membres de l’Union européenne ont entretenu des intérêts strictement nationaux ; chacun a sa propre population, qui subit les privations matérielles et n’est pas prête à subir le froid ou à uriner sous la douche (cela consomme moins d’eau). Et ce n’est pas une blague, il ne s’agit que de l’une des recommandations prodiguées aux citoyens pour économiser des ressources.

Et nonobstant le pathos employé par les dirigeants européens pour parler de solidarité, ce sont des préoccupations économiques, qui intègrent la crise de l’énergie qui se cachent derrière leurs grandes déclarations. Les choses sont telles que même le tandem franco-allemand, qui avait jusqu’alors constitué une sorte de locomotive pour une Europe unifiée, est en panne. Paris, qui jouit d’une meilleure indépendance énergétique, peut se permettre d’appeler encore à une aide militaire substantielle à l’Ukraine. La situation de Berlin est plus compliquée, et Berlin s’oppose à une limite de prix sur l’énergie russe et considère chaque opportunité de sauver son industrie. La récente visite du chancelier allemand Olf Scholz à Pékin l’a démontré. Quant au couple franco-allemand, aucune des rencontres récentes entre Emmanuel Macron et Olf Scholz n’a débouché sur la moindre déclaration ou résolution conjointe. De fait, comme l’a fait remarquer sur le plateau de France 24 Henry Ménudier, professeur émérite à la nouvelle université de la Sorbonne, et expert des relations franco-allemandes, les yeux de l’Europe sont désormais braqués bien plus à l’Est que sur Paris ou Berlin.

Au cours d’une rencontre récente, les ministres de l’énergie de l’UE ne sont pas parvenus à s’accorder sur des mesures de limitation des prix du gaz. Cet état de fait démontre les divergences d’intérêts entre ces partenaires. Dans ce contexte, les appels qui sont lancés à la Hongrie apparaissent comme très cyniques, qui a accepté au grand dam de ses partenaires de payer le carburant russe en roubles ; tout aussi cyniques sont les appels lancés aux autres pays de partager leur gaz avec leurs voisins s’ils gèlent cet hiver.

Guy Mettan, un journaliste suisse réputé, mais également publiciste et homme politique, a fait mention de la situation de l’Europe dans l’un de ces articles avec éclat.

« Quel sens y a-t-il, » demande-t-il, « à nous libérer de la dépendance envers l’énergie russe pour devenir dépendants des Étasuniens avec des prix du gaz quatre ou cinq fois plus élevés ? Que dira l’industrie allemande lorsqu’elle devra régler la note ? D’autant plus que l’Europe ne dispose pas de navire méthanier, ni de port, d’usine de liquéfaction, pas plus que de gazoducs en nombre suffisant. Comment allons-nous livrer le gaz de schiste étasunien aux Slovaques, aux Roumains ou aux Hongrois ? À dos de mule ?

Que vont dire les Verts allemands lorsqu’ils devront accepter la construction de nouvelles centrales nucléaires pour répondre aux demandes énergétiques ? Que vont dire les jeunes et les environnementalistes en Europe lorsqu’ils vont découvrir qu’ils ont été trompés, et que la lutte contre le réchauffement climatique a été sacrifiée au nom de sombres intérêts géopolitiques ? Que vont dire les Français lorsqu’ils verront leur pays amoindri, pas seulement à l’échelle mondiale, mais aussi sur la scène européenne, après avoir constaté le réarmement de l’Allemagne et les achats massifs d’armes étasuniennes par les Polonais, les Baltes, les Scandinaves, les Italiens et les Allemands ? Que va dire l’opinion publique européenne lorsqu’elle devra soutenir des millions de réfugiés ukrainiens en leur offrant des transports gratuits ?

Un autre facteur joue un rôle significatif dans la sape des fondations européennes : la ligne politique suivie par les États-Unis, qui attire le vieux continent dans un vortex extrêmement dangereux. Tellement dangereux, en fait, qu’un groupe de généraux français a estimé nécessaire d’envoyer une lettre ouverte au secrétaire général de l’OTAN. Le texte en a été publié dans l’édition du journal Capital, en date du 11 mars.

L’article analyse le projet 2030 de l’OTAN, et met en lumière ce qui réside derrière ses phrasés éloquents. Selon les généraux, le projet vise à contraindre l’Europe à adopter des mesures qui limitent l’expansion chinoise, en échange d’une protection contre la menace russe, que les États-Unis fabriquent de toutes pièces. L’Union européenne, si elle accepte une telle tromperie, va abîmer aussi bien sa souveraineté géopolitique que ses intérêts économiques.

Le rôle et la place d’une Europe unifiée sont exposés dans la doctrine de Paul Wolfowitz, développée au début des années 1990 par l’homme politique et sous-secrétaire étasunien aux affaires politiques de la Défense. Cette doctrine laisse entendre que les États-Unis ont peur d’une Union européenne forte et homogène, en mesure de les défier. « Notre objectif premier est d’empêcher la ré-émergence d’un nouveau rival, que ce soit sur le territoire des l’ancienne Union soviétique, ou ailleurs, pouvant menacer l’ordre… Il s’agit d’une considération dominante sous-jacente à la nouvelle stratégie de défense régionale, et cela suppose que nous nous employons à empêcher tout pouvoir hostile de dominer une région dont les ressources, si elles se trouvaient sous un contrôle unifié, suffiraient à générer une puissance mondiale. Ces régions comprennent l’Europe occidentale, l’Asie de l’Est, les territoires de l’Ex Union soviétique, et l’Asie du Sud-Ouest. Enfin, nous devons maintenir les mécanismes servant à dissuader de potentiels concurrents de même aspirer à un rôle régional ou mondial plus important. »

Ainsi, après la formation de l’UE, et malgré toute sa loyauté, les Étasuniens craignent constamment que l’Allemagne puisse jouer un rôle d’importance en Europe, et devenir le principal partenaire de Moscou. La Russie a livré du gaz à l’Allemagne sans interruption depuis les années 1960. La seule occurrence en laquelle ces livraisons ont été interrompues s’est produite après l’ordre donné par Reagan de saboter les importations de gaz au travers des gazoducs menant en Allemagne. À cette époque déjà, les États-Unis ne voulaient pas que les relations entre la Russie et l’Allemagne se développent de manière harmonieuse. Reagan s’était opposé à l’Europe « de l’Atlantique à l’Oural » qui était le rêve de de Gaulle, et après lui, de Gorbatchev. Depuis lors, les Étasuniens ont tout fait pour mettre à bas leurs concurrents, qu’il s’agisse de la Chine, de la Russie, ou même d’une Union européenne pourtant bien loyale. En outre, au fil des deux ou trois décennies passées, les Étasuniens ont réussi à élever une nouvelle génération de dirigeants européens. Ceux-ci ont été élevés dans les idées de globalisme et de multiculturalisme, qui sont très éloignées des problèmes et des besoins véritables d’une société moderne.

Alexander Cleman

Traduit par José Martí, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

La visite prochaine de Xi en Arabie Saoudite sera historique

Par : jmarti

Par M. K. Bhadrakumar − Le 11 novembre 2022 − Source Oriental Review

M.K. BhadrakumarC’est un symbole très puissant que le président chinois Xi Jinping ait fait le choix de réserver à l’Arabie Saoudite sa première visite à l’étranger après le Congrès du Parti. À en croire le Wall Street Journal, cette visite devrait se produire début décembre, et des préparations intenses sont en cours en vue de l’événement.

Le quotidien cite des personnes bien au fait des préparations, selon qui « l’accueil [réservé au dirigeant chinois] va sans doute ressembler » à celui accordé à Donald Trump en 2017 de par son faste et son apparat.

Il est aisé de prédire que la rencontre va centrer ses échanges sur la trajectoire à venir de l’« alliance » pétrolière sino-saoudienne — ou plutôt, l’établissement d’une alliance pétrolière comparable au cadre russo-saoudien de l’OPEP Plus. Cela étant dit, le contexte géopolitique de la prochaine visite de Xi est particulièrement riche en réalignements dans la région de l’Asie Mineure, et son impact sur le monde peut amener des conséquences profondes.

Le président chinois Xi Xinping planifierait une visite en Arabie Saoudite au cours de la deuxième semaine du mois de décembre 2022.

Le fait est que la Chine comme l’Arabie Saoudite sont des puissances régionales majeures, et que tout schéma qui les implique de manière bilatérale va porter des conséquences importantes sur le jeu politique international. Le Wall Street Journal affirme que « Pékin et Riyad s’emploient à nouer des liens plus resserrés et promeuvent une vision d’un monde multipolaire dans lequel les États-Unis ne dominent plus l’ordre global. »

Sans doute la guerre en Ukraine apporte-t-elle un contexte immédiat. Il va être extrêmement difficile à court terme pour les États-unis de s’extraire de la guerre sans subir un énorme camouflet et une perte de crédibilité en tant que super-puissance, ce qui va saper leur position de dirigeant transatlantique, et même faire peser un risque sur le système d’alliance occidentale en soi.

La Chine comme l’Arabie Saoudite auront tiré la conclusion que le « consensus bipartisan » sur le thème de la guerre en Ukraine pourrait ne pas survivre à la guerre tribale acharnée qui fait rage au sein de l’élite politique étasunienne, et qu’il est certain que ce consensus va éclater une fois statuées les élections de mi-mandat. Si les Républicains reprennent le contrôle de la Chambre des Représentants, ils vont lancer des démarches en vue d’obtenir la destitution du président Biden.

Une enquête est parue dimanche dans le Guardian, relatant des opinions d’experts, sous le titre Les conditions présentes sont propices à la violence politique : les États-Unis sont-ils au bord d’une guerre civile ? Il s’ensuit logiquement que la Chine comme l’Arabie Saoudite voient le désengagement des États-Unis dans la région de l’Asie Mineure prendre de l’ampleur.

Un sujet de discussion majeur animant la visite de Xi en Arabie Saoudite sera la stratégie de politique étrangère du pays arabe dénommée « Regard vers l’Est », qui aura anticipé le retrait étasunien depuis au moins une demi-décennie. La visite de Xi en Arabie Saoudite en 2016 en avait constitué un des événements jalon.

À n’en pas douter, Pékin a suivi de près la détérioration des relations étasuno-saoudiennes depuis cette date. Et Pékin n’a pas pu manquer le fait que récemment, les Saoudiens ont manigancé une coopération énergétique avec la Chine au milieu des tensions entre le prince héritier, Mohammed bin Salman, et Biden.

Pour preuve la plus flagrante, la rencontre virtuelle du 21 octobre dernier entre le prince Abdulaziz bin Salman bin Abdulaziz, ministre saoudien de l’énergie, et Zhang Jianhua, administrateur national de l’énergie pour la Chine — un homme politique d’expérience (qui fut membre de la 19ème commission centrale de discipline du parti communiste chinois.) Cette réunion s’est déroulée au moment d’une crise profonde dans les relations étasuno-saoudiennes, l’élite étasunienne allant jusqu’à menacer Riyad de sanctions.

Nul ne sera surpris d’apprendre que l’un des sujets clés discutés par les ministres chinois et saoudien a été le marché pétrolier. Selon la déclaration faite par les Saoudiens, les ministres « ont confirmé leur volonté d’œuvrer ensemble pour soutenir la stabilité du marché pétrolier international », et ont insisté sur la nécessité d’un « approvisionnement en pétrole fiable et à long terme pour stabiliser le marché global qui subit diverses incertitudes en raison de situations internationales complexes et mouvantes. » N’est-ce pas plus ou moins ce que l’OPEP Plus (l’alliance pétrolière russo-saoudienne) n’a de cesse d’affirmer ?

Les deux ministres avaient également discuté de coopérations et d’investissements conjoints dans des pays considérés par la Chine comme relevant de la vision stratégique autour de la Nouvelle route de la soie, et ont énoncé leur intention de continuer la mise en œuvre d’un accord sur les utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire (chose à laquelle Washington s’est opposée.)

Il ne fait pas de doute que la réunion tenue entre les ministres a constitué une remontrance claire et nette visant Washington, et ayant pour objectif de rappeler à l’administration Biden que l’Arabie Saoudite dispose d’autres relations importantes dans le domaine de l’énergie, et que la politique pétrolière saoudienne n’est plus écrite à Washington. Plus important, le calcul qui est fait ici est que Riyad recherche un équilibre entre Pékin et Washington. Les paroles creuses prononcées par Biden au sujet d’une « lutte entre autocratie et démocratie » sont de nature à gêner l’Arabie Saoudite, alors que la Chine n’entretient pas d’agenda idéologique.

Chose notable, les ministres saoudien et chinois ont convenu d’approfondir leur coopération sur la chaîne d’approvisionnement en établissant un « nœud régional » pour que les producteurs chinois installés dans le royaume Saoudien puissent profiter de l’accès à trois continents dont jouit l’Arabie Saoudite.

Le résultat net en est que les élites saoudiennes, dans les milieux politiques et les milieux d’affaires, perçoivent de plus en plus la Chine comme une superpuissance et s’attendent à un engagement global de nature commerciale, suivant la méthode habituellement employée par la Chine et la Russie dans le monde. Les Saoudiens sont convaincus que leur « partenariat stratégique étendu«  de 2016 avec la Chine peut améliorer l’importance géopolitique croissante de leur royaume dans la guerre menée par la Russie en Ukraine, et que celle-ci souligne le fait que Riyad dispose désormais d’un nombre accru d’options, et va donc continuer de rechercher un équilibrage.

L’Arabie Saoudite noue également des liens de plus en plus étroits avec la Chine. Avec un pied sous la tente de l’OCS (le pays a obtenu le statut d’observateur), elle essaye désormais de joindre l’alliance des BRICS. Ces actions sont complémentaires, mais le format BRICS œuvre également à un système monétaire alternatif, chose qui attire Riyad.

Coïncidence ou non, l’Algérie et l’Iran, deux autres pays producteurs de pétrole de premier plan qui maintiennent des relations étroites avec la Russie essayent également de rejoindre l’alliance des BRICS, pour les mêmes raisons. Le fait même que l’Arabie Saoudite en fasse autant et se montre prête à contourner les institutions occidentales et à réduire le risque d’interaction avec elles, tout en explorant des voies parallèles pour nouer des relations financières, économiques et commerciales sans dépendre d’instruments contrôlés par les États-Unis ou l’Union européenne, est porteur d’un message très fort à destination du système international.

Le paradoxe réside en ce que la poussée menée par les Saoudiens vers l’autonomie stratégique va rester fragile tant que le pétrodollar continuera d’attacher le pays au système bancaire occidental. Par conséquent, l’Arabie Saoudite a une grande décision à prendre à l’égard de son engagement de 1971, entérinant le dollar étasunien comme « monnaie mondiale » (à la place de l’or), et de sa décision de ne vendre le pétrole qu’en échange de dollar — une décision qui a permis aux administrations étasuniennes successives d’imprimer des billets à volonté durant un demi-siècle, d’en tirer parti en blanchissant l’argent — et enfin d’utiliser le dollar comme leur arme la plus puissante pour imposer au niveau mondial une hégémonie étasunienne.

Le Wall Street Journal, en annonçant la visite prochaine de Xi en Arabie Saoudite, ajoute que la « re-calibration stratégique de la politique étrangère saoudienne est plus importante que l’explosion récente avec l’administration Biden au sujet de la production de pétrole… Plus récemment leur parade nuptiale (celle des Chinois et des Saoudiens) s’est intensifiée, avec des discussions sur la vente d’une participation à Saoudi Aramco, avec des contrats futurs labellisés en yuan dans le modèle de prix d’Aramco, ainsi que la possibilité d’utiliser le yuan comme monnaie d’échange pour les ventes de pétrole saoudien à la Chine. »

On avait l’habitude de voir les choses évoluer très lentement dans les décisions politiques saoudiennes. Mais Salman, le prince héritier, est pressé de recalibrer la boussole saoudienne, et peut prendre des décisions difficiles, comme en témoigne la création de l’OPEP Plus en alliance avec la Russie. La probabilité que l’Arabie Saoudite change son fusil d’épaule et se mette à vendre une partie de sa production de pétrole en yuan est plus élevée que jamais.

Si les choses finissent par évoluer dans cette direction, c’est bien un changement tectonique qui sera en marche — une re-calibration géo-stratégique majeure — de quoi positionner la visite menée par Xi en Arabie Saoudite comme un événement d’importance historique.

M. K. BHADRAKUMAR est un ancien diplomate de nationalité indienne, dont la carrière diplomatique a trois décennies durant été orientée vers les pays de l’ancienne URSS, ainsi que le Pakistan, l’Iran et l’Afghanistan. Il a également travaillé dans des ambassades indiennes plus lointaines, jusqu’en Allemagne ou en Corée du Sud. Il dénonce la polarisation du discours officiel ambiant (en Inde, mais pas uniquement) : « vous êtes soit avec nous, soit contre nous »

Traduit par José Martí, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Chroniques du 8 novembre 2022.

Où l'on parle du G20 de novembre, des élections de mid-term aux USA, de la vax Covid, de la COP27, de la fusion nucléaire, du marché du GNL, et de l'Ukraine.

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Winter is coming, comme ils disent…

La politique de l'UE et des USA face à la situation en Ukraine impacte négativement l'Europe et l'avenir du continent. L'hiver arrive, le temps d'un tour d'horizon.

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