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Un état des lieux mondial très différent s’installe

Par : Zineb

La façon dont le monde apparaît dépend du fait que votre regard soit fermement fixé sur le moyeu de la roue.


Par Alastair Crooke – Le 21 novembre 2022 – Source Strategic Culture

La façon dont le monde apparaît dépend du fait que votre regard est fermement fixé sur le moyeu de la roue. Autrement dit, si vous observiez la rotation de la roue autour du moyeu – et sa rotation – vous verriez le monde différemment.

D’un point de vue centré sur Washington, tout est immobile : rien (pour ainsi dire) ne bouge sur le plan géopolitique. Y a-t-il eu des élections aux États-Unis ? Eh bien, il est certain que le jour des élections n’est plus un événement, car la nouvelle mécanique des bulletins de vote contre le vote en personne, qui commence jusqu’à 50 jours plus tôt et se poursuit des semaines plus tard, s’est éloignée de l’ancienne notion d’« élection » et d’un résultat macro global.

De ce point de vue « centré » , les élections de mi-mandat ne changent rien, c’est la stase.

Tant de politiques de Biden étaient de toute façon déjà gravées dans le marbre et au-delà de la capacité de tout Congrès de les changer à court terme.

Toute nouvelle législation, s’il y en avait, pourrait faire l’objet d’un veto. Et si le « mois » électoral se termine avec la Chambre contrôlée par les Républicains et le Sénat contrôlé par les Démocrates, il se peut qu’il n’y ait aucune législation du tout, en raison de la partisanerie et de l’incapacité à faire des compromis.

Plus précisément, Biden peut de toute façon gouverner pendant les deux prochaines années par décret et par inertie bureaucratique et ne pas avoir besoin du Congrès du tout. En d’autres termes, la composition du Congrès n’a peut-être pas tant d’importance que cela.

Mais maintenant, tournez votre regard vers la rotation autour du « moyeu » , et que voyez-vous ? La jante qui tourne à toute allure. Elle s’accroche de plus en plus au sol et a une direction claire.

Le plus grand pivot autour du moyeu ? Probablement le président chinois Xi qui se rend à Riyad pour rencontrer Mohammad ben Salman (MbS). Ici, la jante de la roue s’enfonce profondément pour s’agripper fermement à son socle, alors que l’Arabie saoudite effectue son pivot vers les BRICS. Xi se rendra probablement à Riyad pour régler les détails de l’adhésion de l’Arabie saoudite aux BRICS et les conditions du futur « accord pétrolier » de la Chine avec l’Arabie saoudite. C’est peut-être le début de la fin du système des pétrodollars, car tout ce qui sera convenu en matière de mode de paiement chinois pour le pétrole s’inscrira dans le cadre des plans russo-chinois visant à faire passer l’Eurasie à une nouvelle monnaie commerciale (loin du dollar).

Le fait que l’Arabie saoudite gravite autour des BRICS signifie que d’autres États du Golfe et du Moyen-Orient, tels que l’Égypte, gravitent également autour des BRICS.

Un autre pivot : le ministre turc de l’Intérieur, Süleyman Soylu, a déclaré après l’explosion de cette semaine à Istanbul : « Nous n’acceptons pas le message de condoléances de l’ambassade des États-Unis. Nous avons compris le message qui nous a été transmis, nous avons bien reçu le message qui nous a été transmis » . Soylu a ensuite rejeté les condoléances américaines, les assimilant à « un tueur qui se présente le premier sur la scène du crime » .

Soyons clairs : le ministre vient de dire aux États-Unis d’aller se faire voir. Ce déchaînement de colère brute intervient au moment où la Turquie a accepté de s’associer à la Russie pour établir un nouveau centre gazier en Turquie et participe avec la Russie à un accord massif d’investissement et de coopération dans le domaine du pétrole et du gaz avec l’Iran. La Turquie aussi s’oriente vers les BRICS.

Et, à mesure que la Turquie s’éloigne du « moyeu » , une grande partie de la sphère turque suivra l’exemple de la Turquie.

Ces deux événements – de la réunion de Xi avec MbS, qui fait un pied de nez aux États-Unis, à la fureur de la Turquie face au terrorisme à Istanbul – s’imbriquent clairement pour marquer le pivot stratégique du Moyen-Orient, à la fois en matière d’énergie et de cadres monétaires, vers la sphère de libre-échange eurasienne qui se développe.

Viennent ensuite les nouvelles de jeudi dernier : l’Iran affirme avoir développé un missile hypersonique de haute précision. Le général Hajizadeh a déclaré que le missile balistique hypersonique iranien peut atteindre plus de cinq fois la vitesse du son et, à ce titre, il sera capable de déjouer tous les systèmes actuels de défense antimissile.

En bref, l’Iran est déjà un État au seuil nucléaire (mais pas un État doté d’armes nucléaires). La remarquable réalisation technique que représente la production d’un missile hypersonique de haute précision (technique qui échappe encore aux États-Unis) constitue un changement de paradigme.

Les armes nucléaires stratégiques n’ont aucun sens dans un petit Moyen-Orient à la population très hétérogène – et maintenant, il n’est pas nécessaire que l’Iran devienne un État doté de telles armes. Dès lors, quel serait l’intérêt d’une stratégie d’endiguement compliquée (c’est-à-dire le JCPOA), orientée vers l’entrave d’un résultat qui a été dépassé par les nouvelles technologies ? La capacité des missiles balistiques hypersoniques rend les armes nucléaires tactiques superflues. Et les missiles hypersoniques sont plus efficaces, plus faciles à déployer.

Le problème pour les États-Unis et Israël, c’est que l’Iran l’a fait, il a dépassé la barrière de confinement du JCPOA.

En outre, quelques jours plus tôt, l’Iran annonçait également qu’il avait lancé un missile balistique, emportant un satellite dans l’espace. Si tel est le cas, l’Iran dispose désormais de missiles balistiques capables d’atteindre, non seulement Israël, mais aussi l’Europe. En outre, l’Iran devrait bientôt recevoir 60 avions SU-35, ce qui n’est qu’un élément de l’évolution rapide de ses relations avec la Russie, scellée la semaine dernière par la présence à Téhéran de Nikolai Patrushev (secrétaire du Conseil de sécurité de la Russie).

Encore une fois, pour être clair, la Russie vient de se doter d’un multiplicateur de force cinétique très puissant et d’un partenaire à part entière dans le grand jeu de Moscou visant à faire de l’Eurasie un super-oligopole des matières premières ; et elle a accès au rolodex de contacts et de stratégies pour faire sauter les sanctions sur l’Iran,

En d’autres termes, si l’Iran devient un multiplicateur de force pour l’axe Russie-Chine, l’Irak, la Syrie, le Hezbollah et les Houthis suivront une trajectoire similaire.

Tandis que l’architecture de sécurité européenne reste figée dans l’étroitesse de l’OTAN et la lutte contre la Russie, l’architecture de sécurité de l’Asie occidentale s’éloigne de l’ancienne polarisation dure dirigée par les États-Unis et Israël avec une sphère sunnite dirigée contre l’Iran chiite (c’est-à-dire les accords dits d’Abraham) et se reforme autour d’une nouvelle architecture de sécurité façonnée par la Russie et la Chine.

Cette évolution est logique. La Turquie tient à son héritage civilisationnel turc. L’Iran est clairement un État civilisationnel, et MbS souhaite manifestement que son royaume soit également largement accepté comme tel (et pas seulement comme une dépendance des États-Unis). L’intérêt du format de l’OCS est qu’il est « pro-autonomie » et s’oppose à toute singularité idéologique. En fait, de par son concept civilisationnel, elle devient anti-idéologique et s’oppose aux alliances binaires (avec nous ou contre nous). L’adhésion ne nécessite pas l’approbation des politiques particulières de chaque partenaire, à condition qu’elles n’empiètent pas sur la souveraineté des autres.

En effet, l’ensemble de l’Asie occidentale, à un degré ou à un autre, est en train de s’élever dans ce paradigme économique et sécuritaire eurasien en pleine évolution.

Et, pour dire les choses simplement, puisque l’Afrique est déjà enrôlée dans le camp de la Chine, la composante africaine de la région MENA s’oriente fortement vers l’Eurasie, elle aussi. L’affiliation du Sud collectif peut également être considérée comme allant de soi.

Qu’en est-il de l’ancien « moyeu » ? Il a l’Europe entièrement sous son contrôle. Pour l’instant, oui…

Cependant, une étude publiée par l’École de guerre économique française suggère que, si l’Europe a, depuis la Seconde Guerre mondiale, « vécu dans un état de non-dit » en ce qui concerne sa dépendance totale à l’égard de Washington, alors que les sanctions russes ont un effet catastrophique sur l’Europe, « une situation très différente s’installe » . Par conséquent, les hommes politiques, tout comme le public, ont du mal à identifier « qui est vraiment leur ennemi » .

Eh bien, l’opinion collective, basée sur des entretiens avec des experts du renseignement français (c’est-à-dire l’État profond français) est très claire : 97 % d’entre eux considèrent les États-Unis comme la puissance étrangère qui « menace le plus » les « intérêts économiques » de la France. Et ils considèrent que ce problème doit être résolu.

Bien sûr, les États-Unis ne laisseront pas facilement tomber l’Europe. Néanmoins, si certaines parties de l’Establishment peuvent parler ainsi, c’est que quelque chose bouge et se prépare, sous la surface. Le rapport souligne naturellement que l’UE peut bien avoir un excédent commercial de 150 milliards d’euros avec les États-Unis, mais que ces derniers ne permettront jamais que cela se traduise par une « autonomie stratégique ». Et tout gain d’autonomie est obtenu dans le contexte constant – et plus que compensé – d’une « forte pression géopolitique et militaire » de la part des États-Unis à tout moment.

Le sabotage du Nord Stream aurait-il été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ? En partie, il a été un élément déclencheur, mais l’Europe cache ses diverses vieilles haines et sa vindicte longtemps entretenue sous le « couvercle bruxellois de l’argent facile ». Mais cela ne vaut que tant que l’UE reste un distributeur automatique de billets amélioré – les États insèrent leur carte de débit et retirent de l’argent. Les animosités cachées sont réprimées, et monétairement graissées pour les mener à la quiescence.

Cependant, le distributeur de billets est en difficulté (contraction économique, désindustrialisation et austérité arrivent !) ; et comme la fenêtre des retraits du distributeur se réduit, le couvercle qui retient les vieilles animosités et les sentiments tribaux ne tiendra pas longtemps. En effet, les démons se lèvent et sont déjà facilement visibles.

Et enfin, le « moyeu » de Washington tiendra-t-il le coup ? Conserve-t-il les ressources nécessaires pour gérer un si grand nombre d’événements stress-tests – financiers, systémiques et politiques – qui arrivent tous de manière synchronisée ? Nous devons attendre pour le savoir.

Rétrospectivement, le « moyeu » n’est pas « en mouvement » . Il a déjà bougé. C’est juste que tant de personnes sont bloquées dans la vision d’un « espace vide » qui était autrefois occupé par quelque chose de passé, mais qui, d’une manière ou d’une autre, persiste encore, dans la mémoire visuelle, comme une « ombre » de son ancienne solidité.

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Poutine invoque l’héritage de Fidel Castro

Par : jmarti

Par M. K. Bhadrakumar − Le 25 novembre 2022 − Source Oriental Review

M.K. BhadrakumarUne statue en bronze, haute de trois mètres, à l’effigie de Fidel Castro a été inaugurée mardi dans le Square Fidel Castro du district de Sokol de Moscou, par le président russe Vladimir Poutine et le président cubain Miguel Diaz-Canel, en mémoire du dirigeant historique de la révolution cubaine.

Fidel était farouchement opposé à la création d’un culte autour de sa personnalité, et à Cuba, aucune rue, aucun bâtiment, aucune institution, aucune localité ne porte son nom. Dans un discours prononcé en 2003, Fidel avait affirmé : « Il n’existe aucun culte de la personnalité autour de l’un ou l’autre des révolutionnaires en vie, que ce soit sous la forme de statues, de photographies officielles, de noms de rues ou d’institutions. Les dirigeant de notre pays sont des êtres humains, pas des dieux. »

Aussi, on ne trouve des monuments ou lieux dénommés en honneur du grand révolutionnaire qu’en dehors de Cuba — un parc au Vietnam, plusieurs rues en Afrique du Sud, en Namibie, en Angola, en Tanzanie, au Mozambique, etc.

L’événement saluant l’héritage de Fidel à Moscou est hautement symbolique. La Russie, jusqu’il y a peu un État partisan du statu quo, endosse rapidement un rôle « révolutionnaire » sur la scène politique mondiale, et met au défi le soi-disant « ordre basé sur des règles » imposé par l’Occident ; le pays se trouve au centre de l’une des plus graves crises de l’ère de l’après Guerre Froide.

Il se trouve que l’année 2022 est le 60ème anniversaire de la crise des missiles de Cuba, qui avait marqué l’apogée de la Guerre Froide, Moscou se retrouvant alors au centre d’une épreuve de force face à Washington. La discorde de l’époque était étrangement proche de celle que nous connaissons aujourd’hui — il s’agissait des tentatives étasuniennes de pousser des déploiements stratégiques dans le voisinage proche de la Russie, menaçant sa défense nationale et sa sécurité.

La crise de 1962 avait éclaté lorsque les États-Unis avaient détecté la construction de sites de lancement à Cuba en réponse au déploiement par les États-Unis de missiles Jupiter en Turquie. La crise avait été résorbée grâce à des négociations confidentielles pour parvenir à un accord : les missiles soviétiques furent démontés et retirés de Cuba, et de leur côté, les États-Unis avaient levé au mois d’octobre 1962 la quarantaine qu’ils imposaient à Cuba et avait retiré les missiles Jupiter de Turquie au mois d’avril 1963.

Malheureusement, contrairement au président Kennedy, le président Biden refuse de négocier avec la Russie, et une guerre par procuration s’en est suivie en Ukraine. La guerre et la destruction de l’Ukraine auraient pu être évitées si des négociations avaient été tenues pour ressusciter les Accords de Minsk qui permettaient une forme d’autonomie à la région du Donbass au sein d’un pays fédéral gouverné depuis Kiev. Le président Biden a choisi de ne pas suivre cette voie (et bien entendu, le gouvernement ukrainien pro-occidental de Kiev s’est senti encouragé à saper les Accords de Minsk.)

Poutine s’est souvenu avec émotion mardi dernier de sa dernière conversation avec Fidel au mois de juillet 2015, « il parlait de choses qui résonnaient de manière surprenante avec notre époque — le temps du développement d’un monde multipolaire — affirmant que l’indépendance et la dignité ne peuvent pas être mises en vente et que toute nation a droit de se développer comme bon lui semble et de choisir sa propre voie, et qu’un monde véritablement juste ne laisse aucune place à la dictature, au pillage ou au néo-colonialisme. »

La statue de Fidel Castro, la première au monde, a été inaugurée par le président Vladimir Poutine, à Moscou, le 22 novembre 2022

Poutine a par la suite attiré l’attention de Diaz-Canel sur la posture de la statue. « Je ne sais pas si vous l’aimez ou non, mais il me semble que nul ne peut s’empêcher de l’apprécier, » a affirmé Poutine avec le sourire, ajoutant qu’il s’agissait d’un hommage approprié à la mémoire de Fidel et une véritable œuvre d’art. « Elle est dynamique, en mouvement, et elle regarde vers l’avant. Une image parfaite d’un vrai combattant. » Diaz-Canel était d’accord : « Il s’agit d’un monument en mouvement. Je pense que cette statue reflète la personnalité de Fidel au milieu de la lutte, et nous sommes également au cœur d’une lutte de nos jours. » L’échange éloquent portait en soi un message profond.

En vérité, la guerre en Ukraine aura constitué un moment de vérité pour la Russie. Partant d’une politique étrangère étroitement centrée sur ses intérêts nationaux, la Russie revendique désormais son rôle régional et global. Fidel aurait hoché de la tête, car le Cuba qu’il dirigea entretenait une vision internationaliste et avait consenti à des sacrifices immenses en contestant l’hégémonie étasunienne.

L’héritage de Fidel présente une importance exceptionnelle pour la Russie d’aujourd’hui. Poutine a décrit l’amitié entre la Russie et Cuba comme leur « héritage partagé ». Il a souligné que, « conjointement nous continuerons de renforcer notre union et de défendre les grandes valeurs de la liberté, de l’égalité et de la justice. »

Et d’ajouter : « Sur la base de cette solide fondation d’amitié, nous devons bien entendu, en gardant à l’esprit les réalités du moment, aller de l’avant, et renforcer notre coopération. Je suis très heureux qu’une telle opportunité se présente à nous. »

Diaz-Canel a été plus direct et franc. Il a répondu à Poutine :

Nous apprécions tout le travail mené par la Fédération de Russie pour assurer que le monde se dirige vers la multipolarité et progresse dans cette direction. En ce sens, vous tenez la barre de manière critique.

La Russie et Cuba ont toutes subi des sanctions unilatérales injustes, et ont un ennemi commun, une source en commun qui est l’empire Yankee, qui manipule une vaste partie de l’humanité… Et notre premier engagement est de continuer de maintenir la position de la Fédération de Russie dans ce conflit qui, nous le pensons, a malheureusement ses origines dans le fait que les États-Unis manipulent la communauté internationale… Nous apprécions tous les efforts menés par la Fédération de Russie et votre rôle pour orienter le monde vers la multipolarité, en l’encourageant à évoluer dans cette direction. En ce sens, vous avez un rôle de premier-plan très fort.

La manière dont se déroulent les relations russo-cubaines dans l’environnement géopolitique complexe méritera d’être suivie de près. La commission intergouvernementale russo-cubaine a tenu une session à Moscou au cours de la visite de Diaz-Canel, au cours de laquelle il a été rapporté que « plusieurs décisions importantes sur des sujets clés » ont été prises pour faire progresser les relations bilatérales. Diaz-Canel a affirmé à Poutine que « nous avons des approches et une vision identiques sur les problèmes globaux. J’aimerais répéter que la Russie pourra toujours compter sur Cuba. »

Quel que soit le dénouement à la guerre en Ukraine, la Russie continuera de devoir faire face à la présence militaire des États-Unis et de l’OTAN à sa porte. Il n’est pas question d’un retour de la position de l’OTAN aux positions qui étaient les siennes en Europe en 1998. Des mercenaires occidentaux se battent par milliers en Ukraine, et des personnalités de premier-plan comme le général David Petraeus demandent une intervention militaire occidentale ouverte en Ukraine pour vaincre la Russie.

De fait, l’initiative menée par les États-Unis pour amener la Finlande à devenir membre de l’OTAN — bien que ce pays ne subisse aucune menace de la part de la Russie — vise à « enfermer » la Russie. Et l’Occident accentue agressivement sa présence partout autour de la Russie. Il est inconcevable que la Russie puisse se permettre de rester passive.

Poutine joue la « carte cubaine » précisément à un point d’inflexion. Chose intéressante, le voyage de Diaz-Canel comprend également la Chine. Diaz-Canel sera le premier chef d’État en provenance d’un pays d’Amérique Latine reçu par Xi Jinping après le 20ème Congrès du Parti Communiste de Chine.

Le ministère chinois des affaires étrangères a pris note qu’« en dépit de vicissitudes internationales, la Chine et Cuba ont forgé ensemble, sur la voie de la construction du socialisme avec des caractéristiques nationales, se sont soutenues l’une l’autre au sujet des intérêts centraux et entretiennent une coordination étroite sur les sujets internationaux et régionaux, ont établi un modèle exemplaire de solidarité et de coopération entre pays socialistes, et une assistance mutuelle sincère entre des pays en développement. »

Dans un commentaire sur la visite à venir de Diaz-Canel, le Global Times a noté que « malgré la longue répression des États-Unis contre les gouvernements de gauche dans la région, l’Amérique Latine connaît désormais un retour de la « marée rose », avec des pays majeurs de la région qui « prennent un virage à gauche ». L’Amérique Latine est fatiguée de l’hégémonie et de la coercition étasuniennes, et les dirigeants qui entretiennent un agenda centré sur le développement intérieur s’attirent le soutien du public. »

M. K. BHADRAKUMAR est un ancien diplomate de nationalité indienne, dont la carrière diplomatique a trois décennies durant été orientée vers les pays de l’ancienne URSS, ainsi que le Pakistan, l’Iran et l’Afghanistan. Il a également travaillé dans des ambassades indiennes plus lointaines, jusqu’en Allemagne ou en Corée du Sud. Il dénonce la polarisation du discours officiel ambiant (en Inde, mais pas uniquement) : « vous êtes soit avec nous, soit contre nous »

Traduit par José Martí, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

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Le G20 est mort. Longue vie au G20 !

Par : jmarti

Par M. K. Bhadrakumar − Le 19 novembre 2022 − Source Indian Punchline

M.K. BhadrakumarLe dix-septième sommet du G20, rassemblant chefs d’États et de gouvernements, s’est tenu à Bali, en Indonésie, les 15 et 16 novembre, et à de nombreux égards, il apparaît comme un événement d’importance. Le jeu politique international se trouve à un point d’inflexion, et la transition ne va épargner aucune des institutions héritées d’un passé en cours de flétrissement irréversible.

Pourtant, le G20 peut constituer une exception, et tenir lieu de pont entre le temps présent et l’avenir. Les annonces en provenance de Bali laissent un sentiment mitigé entre l’espoir et l’impuissance. Le G20 a été imaginé au départ pour répondre au contexte de la crise financière de 2007 — fondamentalement, une tentative occidentale de redorer un G7 terni, en y faisant entrer les puissance émergentes qui le regardaient fonctionner depuis l’extérieur, et surtout la Chine, en injectant un aspect contemporain aux discours globaux.

Le leitmotiv était l’harmonie. Le point qui est discutable aujourd’hui est de savoir dans quelle mesure le sommet de Bali a répondu à ces attentes. Chose regrettable, le G7 amenait de manière discriminante certains sujets externes dans ses délibérations, et son alter ego, l’Organisation du Traité Atlantique Nord (OTAN), a fait sa première apparition en Asie-Pacifique. Sans doute peut-on considérer cette apparition comme un événement funeste durant le sommet de Bali.

C’est une négation sur l’esprit du G20 qui s’est produite. Si le G7 refuse de laisser de côté sa mentalité de bloc, la cohésion du G20 en est affectée. La déclaration conjointe aurait pu être émise depuis Bruxelles, Washington ou Londres. Pourquoi Bali ?

Xi Jinping, le président chinois, avait affirmé le 17 novembre dans un discours écrit au sommet de l’APEC (Coopération Économique pour l’Asie-Pacifique) que « l’Asie-Pacifique n’est l’arrière-cour de personne et n’a pas vocation à devenir une arène de combat entre grande puissances. Ni les peuples, ni l’époque, ne permettront de lancer une nouvelle guerre froide. »

Xi a émit l’avertissement : « Les tensions géopolitiques et la dynamique économique en évolution ont exercé un impact négatif sur l’environnement de développement et la structure de coopération de l’Asie-Pacifique. » Xi a affirmé que la région de l’Asie-Pacifique a jadis pu constituer un terrain de rivalité entre grandes puissances, et a subi les conflits et la guerre. » L’histoire nous enseigne que la confrontation entre blocs ne peut résoudre aucun problème, et que ce penchant ne peut amener qu’au désastre. »

Rencontre entre le président Joe Robinette Biden et le président chinois Xi Jinping à Bali, le 14 novembre 2022. Biden affirme avoir discuté de leur responsabilité pour empêcher la compétition et trouver des moyens de travailler ensemble.

La règle d’or selon laquelle les sujets de sécurité ne sont pas à discuter dans le périmètre du G20 a été brisée. Au sommet du G20, les pays occidentaux ont soumis à rançon les autres participants au sommet : « Selon nos méthodes, sinon rien ». À moins que l’occident intransigeant ne soit apaisé sur le sujet de l’Ukraine, il ne pouvait exister de déclaration de Bali, si bien que la Russie a cédé. Le drame sordide a montré que l’ADN du monde occidental n’a pas changé. L’intimidation reste son trait distinctif.

Mais de manière ironique, en fin de compte, il en est ressorti que la déclaration de Bali n’a pas dénoncé la Russie sur le problème en Ukraine. Des pays comme l’Arabie Saoudite et la Turquie donnent des raisons d’espérer que le G20 pourrait se régénérer. Ces pays n’ont jamais été des colonies occidentales. Ils sont tournés vers la multipolarité, qui finira par contraindre l’Occident à admettre que l’unilatéralisme et l’hégémonie n’ont rien de tenable.

Ce point d’inflexion a apporté beaucoup de verve dans la rencontre entre le président étasunien Joe Biden et le président chinois Xi Jinping à Bali. Washington a demandé que cette rencontre entre les deux hommes se produise en marge du sommet du G20, et Pékin y a consenti. Chose frappante au niveau de cette rencontre entre les deux hommes, Xi apparaissait sur la scène mondiale après un Congrès du Parti particulièrement réussi.

Il n’est pas possible de se tromper sur la teneur de ses propos. Xi a souligné que les États-Unis ont perdu la main, en disant à Biden : « Un homme d’État devrait réfléchir et savoir dans quelle direction amener son pays. Il devrait également réfléchir et savoir comment s’entendre avec les autres pays et le vaste monde. » (ici et ici)

Les résumés fournis par la Maison-Blanche au sujet de la rencontre laissent à penser que Biden s’est montré conciliant. Les États-Unis sont confrontés à un défi d’importance pour isoler la Chine. En l’état des choses, les circonstances œuvrent dans l’ensemble à l’avantage de la Chine. (ici, ici et ici)

La majorité des pays s’est refusée à prendre parti pour l’Ukraine. Le positionnement de la Chine reflète tout à fait ce point. Xi a affirmé à Biden que la Chine est « très préoccupée » par la situation actuelle en Ukraine, et soutient et aspire à une reprise des pourparlers de paix entre la Russie et la Chine [Sic, plutôt l’Ukraine, NdT]. Cela étant dit, Xi a également exprimé l’espoir que les États-Unis, l’OTAN et l’UE « vont conduire des dialogues étendus » avec la Russie.

Les lignes de faille qui sont apparues à Bali pourront prendre de nouvelles formes d’ici au 18ème sommet du G20 qui se tiendra l’an prochain en Inde. On est en droit de se montrer prudemment optimiste. Pour commencer, et avant tout, il est improbable que l’Europe reste sur la stratégie étasunienne consistant à utiliser des armes comme sanctions contre la Chine. L’Europe ne peut pas se permettre une dissociation de la Chine, qui est la plus grande nation commerçante au monde et le principal vecteur de croissance de l’économie mondiale.

Ensuite, même si les cris de bataille en Ukraine ont provoqué le ralliement de l’Europe derrière les États-Unis, on réfléchit intensément en Europe à un repositionnement. L’autonomie stratégique de l’Europe est fortement mise à mal par cet engagement. La récente visite d’Olaf Scholz, chancelier allemand, en Chine, a indiqué cette direction. Il est inévitable que l’Europe finira par prendre ses distances avec les aspirations étasuniennes à la guerre froide. Ce processus est inexorable dans un monde où les États-Unis ne sont pas enclins à consacrer du temps, dépenser de l’argent ou mener des efforts pour leurs alliés européens.

Il s’ensuit qu’à de multiples égards, la capacité étasunienne d’assurer véritablement le rôle de dirigeant économique mondial a diminué de manière irréversible. Ce pays a perdu son statut prééminent de première économie mondiale, et de loin. En outre, les États-Unis ne veulent plus ni ne peuvent investir lourdement pour endosser la responsabilité de mener la barque. Pour dire les choses simplement, ce pays n’a toujours rien à proposer pour répondre au projet de la Ceinture et la Route de la Chine. Cela aurait dû avoir une influence modératrice et amener à un changement d’état d’esprit en faveur d’actions politiques coopératives, mais l’élite étasunienne continue de jouer la même partition comme un disque rayé.

Fondamentalement, le multilatéralisme est donc devenu bien plus dur dans la situation actuelle du monde. Néanmoins, le G20 est la seule instance rassemblant le G7 et les puissances en développement, et pouvant bénéficier d’un ordre mondial démocratisé. Le système d’alliance occidental est enraciné dans le passé. La mentalité du bloc ne présente que peu d’attrait aux pays en développement. La gravitation de la Turquie, de l’Arabie Saoudite et de l’Indonésie autour des BRICS porte le message puissant : la stratégie occidentale de conception du G20 — créer un anneau d’États subalternes autour du G7 — est dépassée.

La dissonance qui s’est fait ouïr à Bali a mis au jour le fait que les États-Unis continuent de s’agripper à leur titre, et restent prêts à gâcher la situation. L’Inde dispose d’une grande opportunité d’orienter le G20 dans une nouvelle direction. Mais cela va également demander de profonds changements de la part de l’Inde — une distanciation vis-à-vis des États-Unis — en matière de politique étrangère, couplée à la culture d’une vision à long terme et de l’audace de forger une relation de coopération avec la Chine, en abandonnant les phobies du passé et en laissant de côté les narratifs auto-entretrenus et, à tout le moins, en évitant toute nouvelles descente dans le jeu politique consistant à mendier auprès de ses voisins.

M. K. BHADRAKUMAR est un ancien diplomate de nationalité indienne, dont la carrière diplomatique a trois décennies durant été orientée vers les pays de l’ancienne URSS, ainsi que le Pakistan, l’Iran et l’Afghanistan. Il a également travaillé dans des ambassades indiennes plus lointaines, jusqu’en Allemagne ou en Corée du Sud. Il dénonce la polarisation du discours officiel ambiant (en Inde, mais pas uniquement) : « vous êtes soit avec nous, soit contre nous »

Traduit par José Martí, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

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