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Voici la raison pour laquelle l’Australie a annulé son contrat d’achat de sous-marins français

Par : Wayan

Pour se protéger de l’hostilité des États-Unis.


Par Moon of Alabama – Le 16 septembre 2021

Hier, les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie ont annoncé que ce dernier pays achèterait des sous-marins à propulsion nucléaire pour défendre les intérêts des États-Unis contre la Chine :

La prochaine flotte de sous-marins de l'Australie sera à propulsion nucléaire dans le cadre d'un plan audacieux qui mettra au rebut un programme controversé de 90 milliards de dollars visant à construire jusqu'à 12 sous-marins de conception française.

Selon ABC, l'Australie utilisera des technologies américaines et britanniques pour configurer sa prochaine flotte de sous-marins dans le but de remplacer ses sous-marins actuels de classe Collins par d’autres plus adapté à la détérioration de l'environnement stratégique.

Il s’agit d’une victoire énorme mais à court terme pour les États-Unis, avec un prix de consolation pour la Grande-Bretagne et une perte stratégique de souveraineté et de contrôle budgétaire pour l’Australie.

Il s’agit aussi d’une nouvelle gifle des États-Unis à la France et à l’Union européenne. L’accord mettra en colère la Nouvelle-Zélande, l’Indonésie et, bien sûr, la Chine. Il bouleversera le régime international de non-prolifération nucléaire et pourrait conduire à une nucléarisation militaire accrue de la Corée du Sud et du Japon.

L’Australie possède actuellement 6 sous-marins de classe Collins. Il s’agit de sous-marins à moteur diesel basés sur des modèles suédois mais partiellement construits en Australie. Ils sont relativement lents et ont une portée et une endurance moyennes. Ils ont été construits entre 1990 et 2003 et sont principalement destinés à un usage défensif. Il y a eu beaucoup de problèmes pendant la construction car l’Australie n’a pas les capacités techniques et la profondeur industrielle pour fabriquer des produits aussi compliqués. L’histoire opérationnelle de ces sous-marins est également assez mitigée, plusieurs scandales s’étant succédé. Ils doivent être modernisés pour être utilisés pendant une autre décennie.

Dans les années 2010, l’Australie a commencé à chercher une nouvelle génération de sous-marins. Après une longue discussion, elle a décidé de s’en tenir à des engins à propulsion conventionnelle. Les nouveaux sous-marins devaient à nouveau être construits en Australie d’après une conception étrangère.

L’Allemagne, le Japon et la France ont été invités à faire des propositions. Le constructeur naval public français Naval Group (DCNS) avait remporté la commande pour 12 nouveaux bateaux et un contrat de 50 milliards d’euros. Ironie du sort, le modèle français de Shortfin Barracuda à propulsion conventionnelle proposé par la France est basé sur son propre modèle de classe Barracuda à propulsion nucléaire. Pour l’Australie, la France a donc dû concevoir une centrale conventionnelle pour un sous-marin qui a été conçu à l’origine, comme tous les sous-marins français, pour fonctionner avec un réacteur nucléaire à uranium faiblement enrichi (UFE). Il était tout à fait évident que cette conversion inhabituelle se heurterait à des difficultés et à des retards.

En juin dernier, Peter Lee, alias Chinahand, écrivait à propos de ce programme retardé :

Le programme a officiellement "quelques problèmes" et le Premier ministre australien Scott Morrison a eu une entrevue avec le président français Macron pour tenter de remettre le projet sur les rails.

Bien que le contrat ait été signé en 2016, la construction n'a pas encore commencé, et le premier sous-marin du programme ne sera pas lancé avant une autre décennie. Au moins.

Cela ne cadre pas avec l'ambition déclarée de la marine australienne de déployer sa puissance armée contre une invasion de Taïwan par la RPC qui pourrait se produire au cours des prochaines années. On parle donc de dépenser quelques milliards de dollars pour moderniser la flotte actuelle de sous-marins de classe Collins en guise de palliatif, ou même de se procurer en urgence des sous-marins allemands.

Il est également question d'annuler, de menacer d'annuler et/ou de modifier le contrat des sous-marins d'attaque pour faire mieux. Et peut-être orienter le projet vers l'Allemagne ou vers le choix de l'Amérique, le Japon.

Il s’avère que le constructeur choisi par l’Amérique pour les sous-marins australiens n’est pas le Japon mais les États-Unis eux-mêmes.

Nous apprenons maintenant que les discussions sur l’abandon du contrat avec les Français en faveur de la construction de sous-marins nucléaires par les États-Unis avait déjà commencé en avril 2020 et ont été finalisées lors d’un sommet entre les États-Unis, l’Australie et la Grande-Bretagne au début du mois de juin 2021. Cela s’est donc passé avant que le Premier ministre Scott Morrison ne rencontre le Président français Macron pour remettre le projet franco-australien sur les rails !

Ce que le Premier ministre n'a pas dit à Macron au cours de ce long dîner à Paris - et peut-être la raison pour laquelle le président français pourrait être particulièrement fâché - c'est que Morrison avait, un jour ou deux auparavant, déjà conclu un accord informel avec le président américain Joe Biden et le Premier ministre britannique Boris Johnson pour une prolongation d'un accord de partage de la technologie nucléaire.

Cette révélation donne une nouvelle tournure à la réunion tripartite du 12 juin à Carbis Bay, en Cornouailles, entre les deux PM et le président américain. ...

ABC croit savoir que le gouvernement fédéral a commencé à explorer l'option du sous-marin à propulsion nucléaire il y a environ 18 mois, lorsque Linda Reynolds était encore ministre de la défense.

En outre, le 30 août, les ministres français et australiens des affaires étrangères et de la défense se sont rencontrés et ont publié une déclaration commune sur la coopération bilatérale dans un certain nombre de domaines politiques. La coopération en matière de défense en faisait partie :

Les deux parties se sont engagées à approfondir la coopération dans le domaine de l'industrie de la défense et à renforcer leur avantage capacitaire dans la région. Les ministres ont souligné l'importance du programme de sous-marins du futur. Ils ont convenu de renforcer la coopération en matière de recherche scientifique militaire par le biais d'un partenariat stratégique entre le groupe des sciences et technologies de la défense et la direction générale de l'armement.

Seize jours plus tard, la France apprenait qu’elle avait perdu un énorme contrat de défense en raison d’un revirement à 180 degrés de son « partenaire » australien. Il n’est donc pas étonnant que les Français soient furieux :

Le gouvernement français a réagi à la décision de l'Australie de rompre un contrat de sous-marins avec la France d'une valeur de plus de 50 milliards d'euros pour acquérir des sous-marins à propulsion nucléaire de fabrication américaine.

"C'est un coup de poignard dans le dos. Nous avions établi une relation de confiance avec l'Australie, et cette confiance a été trahie", a déclaré le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian dans un entretien accordé à France Info jeudi matin. Le Drian a ajouté qu'il était "en colère et très amer de cette rupture", ajoutant qu'il avait parlé à son homologue australien il y a plusieurs jours et qu'il n'avait reçu aucune indication sérieuse au sujet de cette démarche.

En vertu d'un accord annoncé mercredi par le président américain Joe Biden, l'Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis formeront une nouvelle alliance appelée AUKUS, dans le cadre de laquelle les trois pays partageront entre eux des technologies avancées. Dans le cadre de ce nouveau pacte, Canberra abandonnera son accord sur les sous-marins avec la France.

Les Français accusent, à juste titre, les États-Unis de cette décision :

Dans une déclaration publiée avant l'interview, Le Drian et la ministre des Armées Florence Parly ont dit : "Cette décision est contraire à la lettre et à l'esprit de la coopération qui prévalait entre la France et l'Australie."

Le communiqué poursuit : "Le choix américain d'écarter un allié et partenaire européen comme la France d'un partenariat structurant avec l'Australie, alors que nous sommes confrontés à des défis sans précédent dans la région indo-pacifique... témoigne d'un manque de cohérence que la France ne peut que constater et regretter."

L’ambassadeur de France aux États-Unis a été un peu moins direct avec cette pique :

Philippe Etienne @Ph_Etienne - 2:43 UTC – 16 Sep 2021

Fait intéressant, il y a exactement 240 ans, la marine française a vaincu la marine britannique dans la baie de Chesapeake, ouvrant la voie à la victoire de Yorktown et à l'indépendance des États-Unis.

Il existe des raisons militaires de préférer les sous-marins nucléaires aux sous-marins à moteur diesel, si l’on envisage d’assiéger une côte étrangère éloignée de la sienne. Les sous-marins nucléaires (SSN) sont plus rapides et peuvent rester en mission beaucoup plus longtemps que ceux à moteur diesel (SSK).

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Mais les bateaux nucléaires présentent également de nombreux inconvénients. Ils sont plus grands et plus chers que les navires conventionnels. Ils coûtent près de 50 % de plus. Ils nécessitent également une infrastructure dédiée et une formation nucléaire très spécialisée pour les équipages. L’Australie ne dispose pas et ne peut pas fournir le combustible nécessaire aux réacteurs nucléaires.

Le prix des nouveaux sous-marins que l’Australie devra payer sera beaucoup plus élevé que celui des sous-marins français. Quelque 3 milliards de dollars ont déjà été engloutis dans le contrat français. La France exigera à juste titre une compensation supplémentaire pour l’annulation. Le nouveau contrat avec les États-Unis ou le Royaume-Uni coûtera plus cher que le contrat français mais ne comprendra que 8 bateaux au lieu de 12. Comme trois bateaux sont nécessaires pour en garder un en mer (pendant que les deux autres sont en formation ou en maintenance), la capacité réelle de patrouille de la marine australienne passera de 4 à 2-3 sous-marins en mer.

Un prix beaucoup plus élevé pour des bateaux moins nombreux et plus compliqués, cela va bouleverser le budget de défense de l’Australie pour les décennies à venir.

Si le passage à la propulsion nucléaire était la seule raison de l’Australie pour changer de cheval, elle aurait pu s’en tenir à la conception originale du Barracuda français. Celui-ci présente l’avantage d’utiliser de l’uranium faiblement enrichi, disponible dans le commerce. L’Australie ne serait pas dépendante de la France pour les nouveaux approvisionnements en combustible. Les bateaux britanniques et américains utilisent des réacteurs nucléaires avec de l’uranium hautement enrichi (HEU 60%). Comme l’Australie a maintenant décidé d’acheter ces bateaux, elle sera à jamais dépendante de ces fournisseurs.

Les partisans de la non-prolifération et l’AIEA vont s’insurger contre cet accord. Quel sera le degré de supervision de l’UHE ? Qui y aura accès ?

Les sous-marins à propulsion nucléaire sont également perçus comme des armes offensives, et non comme des armes défensives raisonnables. Il y a plus de pays sur cette carte que la seule Chine.

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Le fait que l’Australie, qui ne compte que 25 millions d’habitants, achète des sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire ne sera pas bien accueilli par son voisin du nord, l’Indonésie, dix fois plus peuplé. D’autres pays voisins, comme la Nouvelle-Zélande, rejettent toute utilisation de combustible nucléaire et ne laisseront pas entrer dans leurs ports les navires ou bateaux qui en utilisent.

Le nouveau contrat va également bouleverser les plans australiens de fabrication des sous-marins sur son propre sol. Alors que le projet français était prêt à démarrer la phase de construction proprement dite au début de l’année prochaine, l’ensemble du projet de sous-marin va maintenant entrer dans une nouvelle phase de définition de 18 mois, après laquelle des contrats réels devront être négociés et signés. Entre-temps, il faudra s’occuper des centaines d’ingénieurs australiens qui se sont déplacés en France pour aider à la conception et des spécialistes qui ont été engagés par Naval Group en Australie. L’Australie ne dispose pas de beaucoup de personnes possédant ces connaissances. Que vont-ils faire en attendant que le nouveau projet démarre réellement ?

Le Royaume-Uni proposera à l’Australie d’acheter des sous-marins de classe Astute fabriqués en Grande-Bretagne, tandis que les États-Unis offriront probablement la version plus petite de leurs sous-marins de classe Virginia. Étant donné que les deux pays disposent de chaînes de production actives pour ces sous-marins, il ne sera pas judicieux, d’un point de vue économique, de construire en Australie même plus que quelques petites pièces pour ces sous-marins . Les États-Unis exerceront toutes les pressions nécessaires pour s’assurer que leur offre remportera la course. Un indice de cela est que l’Australie a également annoncé qu’elle allait acquérir des missiles américains Tomahawk à longue portée qui seront utilisés avec les sous-marins.

Le premier des bateaux français destinés à l’Australie devait être prêt au début des années 2030. L’Australie devra maintenant attendre une dizaine d’années supplémentaires avant d’obtenir de nouveaux navires.

Sa gamme de Collins actuelle nécessitera plus qu’un simple carénage pour être maintenue aussi longtemps. Cela va coûter cher. Les Allemands pourraient s’engouffrer dans la brèche en proposant leurs sous-marins de type 214 à propulsion par hydrogène. Bien que ces bateaux soient beaucoup plus petits, ils offrent une longue endurance, peuvent être approvisionnés assez rapidement et coûtent beaucoup moins cher que les sous-marins à propulsion nucléaire.

Dans l’ensemble, je ne vois aucun avantage pour l’Australie dans cette décision.

Quelle est alors la raison de cette initiative ?

Cela s’appelle du chantage.

La Chine est de loin le premier partenaire commercial de l’Australie. Les « stratèges » américains et australiens affirment que les sous-marins sont nécessaires pour protéger de la Chine les routes commerciales maritimes de l’Australie avec son principal partenaire commercial…qui est la Chine. Cela n’a, comme le montre cette scène, aucun sens.

La seule raison pour laquelle l’Australie s’est tournée politiquement et militairement contre la Chine est le chantage qu’exercent les États-Unis. Il y a deux ans, le politologue « réaliste » américain John Mearsheimer est venu en Australie pour expliquer aux Australiens (voir la vidéo à 33 minutes) comment cela fonctionne.

Comme le résume Caitlin Johnstone :

"Maintenant, certaines personnes disent qu'il y a une alternative : vous pouvez marcher avec la Chine", a déclaré Mearsheimer. "Exact, vous avez un choix ici : vous pouvez marcher avec la Chine plutôt qu'avec les États-Unis. Il y a deux choses que je dirai à ce sujet. Numéro un, si vous marchez avec la Chine, vous devez comprendre que vous serez notre ennemi. Vous décidez alors de devenir un ennemi des États-Unis. Parce qu'encore une fois, nous parlons d'une compétition sécuritaire intense."

"Vous êtes soit avec nous, soit contre nous", a-t-il poursuivi. "Et si vous faites un commerce important avec la Chine, et que vous êtes amical avec elle, vous sapez les États-Unis dans cette compétition sécuritaire. Vous nourrissez la bête, de notre point de vue. Et cela ne va pas nous rendre heureux. Et quand nous ne sommes pas contents, il ne faut pas sous-estimer à quel point nous pouvons être méchants. Il suffit de demander à Fidel Castro."

Les rires nerveux de l'auditoire du think tank australien ont ponctué les observations incendiaires de Mearsheimer. La CIA est connue pour avoir tenté de nombreuses tentatives d'assassinat contre Castro.

Voilà donc ce qu'il en est. L'Australie ne s'aligne pas sur les États-Unis pour se protéger de la Chine. L'Australie s’aligne sur les États-Unis pour se protéger des États-Unis.

Joe Biden a peut-être oublié le nom du Premier ministre australien. Mais Scott Morrison se souvient pour qui on attend de lui qu’il travaille. En 1975, les États-Unis et le Royaume-Uni ont lancé un coup d’État contre le Premier ministre australien Gough Whitlam, qui faisait avancer son pays vers l’indépendance. Peu de gens aux États-Unis s’en souviennent, mais les politiciens australiens si. Depuis, leur pays a toujours fait ce qu’on lui disait de faire.

C’est ce qui explique toute cette histoire.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

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La Chine met des gardes fous à « l’opium spirituel » que sont les jeux en ligne

Par : Wayan

Par Tom Fowdy – Le 31 aout 2021 – Source Russia Today

Nous vivons une nouvelle ère fascinante de réformes socialistes, très ambitieuses et radicales, qui ne visent qu’un seul résultat : gagner la bataille technologique contre l’Amérique.

L’ampleur de la révolution sociale de Xi Jinping s’intensifie chaque jour, et rien ne semble à l’abri de sa portée. En plus de la réorganisation spectaculaire des cours particuliers, de la mise à mal des grandes entreprises technologiques et de la campagne contre la culture des stars, l’État chinois s’intéresse désormais à ce qu’il perçoit comme l’utilisation excessive des jeux en ligne chez les jeunes. De nouvelles réglementations strictes visent à limiter leurs activités sur les plateformes de jeux en ligne à seulement trois heures par semaine, en les décrivant comme un « opium spirituel » et en soulignant qu’elles ont un impact négatif sur la santé mentale des enfants, tout en cherchant à faire en sorte que les enfants se concentrent davantage sur leur éducation.

Il s’agit d’un autre effort pour aligner la société chinoise sur ses priorités nationales, et d’une autre indication que les intérêts des « grandes entreprises » ne représentent pas toujours les intérêts de la société dans son ensemble, comme de nombreux pays occidentaux le supposent. George Soros a récemment exprimé son inquiétude, mais c’est probablement plus un signe que la Chine est sur la bonne voie qu’autre chose.

L’évolution et la croissance des jeux vidéo ont complètement changé nos vies et notre façon de nous divertir. En l’espace d’une quarantaine d’années, les jeux vidéo et les consoles ont transformé les activités récréatives et les passe-temps de millions de personnes, reléguant les jeux de société familiaux classiques au rang d’antiquités. Tous les enfants des années 1990 ont grandi avec différentes consoles, de la Playstation à la Nintendo, en passant par la XBox et des plateformes en ligne comme Steam. Outre son impact sur les modes de vie, le jeu moderne a également donné naissance à une méga industrie qui se chiffre en centaines de milliards.

La Chine possède une énorme part de ce gâteau. Mais c’est là que réside le problème aux yeux de Xi. L’industrie des jeux vidéo s’efforce de perpétuer ses produits et d’accaparer une part toujours plus grande du temps et des ressources des jeunes, même si cela perturbe leur développement social et éducatif. Si les jeux sont amusants et divertissants, ils ne correspondent pas au monde réel. Les efforts qu’on y consacre n’aboutissent jamais vraiment à quelque chose de tangible ou de valable, et c’est pourquoi la Chine s’y oppose fermement, en disant effectivement « ça suffit : Les enfants doivent se concentrer sur les vraies priorités de leur vie ». Et la priorité numéro un est l’éducation, pas l’univers fantastique des jeux.

Il s’agit d’une mauvaise nouvelle pour les plus grands conglomérats de jeux chinois, tels que Tencent, qui ont déjà été frappés par le vaste remaniement de Pékin, mais il y a une sagesse innée dans tout cela, et elle est liée à l’intensification de la lutte technologique de la Chine avec les États-Unis et à sa propre vision du développement.

Cette sagesse est la suivante : La Chine devrait développer de meilleures entreprises de semi-conducteurs, d’intelligence artificielle et de puces technologiques haut de gamme, et non des entreprises de jeux vidéo de plus en plus grosses. S’il y a un message qui ressort des événements de ces derniers mois, c’est que la force économique d’un pays ne se définit pas seulement par le nombre de « Mark Zuckerberg » qu’il possède. Xi articule sans relâche une vision directe et claire de l’économie chinoise et s’appuie sur les principes socialistes pour la défendre. Il a décidé que certaines choses sont plus importantes que d’autres pour l’économie de la Chine et son développement stratégique. Il ne s’agit pas simplement de savoir qui a le plus de milliardaires ou les plus grandes entreprises, mais le défi avec les États-Unis signifie qu’il y a des domaines très spécifiques dans lequel le pays doit exceller, et son avenir stratégique et son succès en dépendent. C’est pourquoi Xi s’est attaqué aux jeunes et aux habitudes de jeu dans le cadre de son approche globale de l’éducation, en mettant également fin au soutien scolaire à but lucratif.

Mais comment cette limite de trois heures va-t-elle être appliquée ? Qui dira aux enfants « tu as eu tes trois heures, éteins maintenant ! », surtout si les parents ne sont pas coopératifs ? La Chine va sans aucun doute faire peser la charge réglementaire sur les sociétés de jeux pour qu’elles l’appliquent, et les punira si elles ne le font pas. Compte tenu de la manière dont la Chine moderne gère l’identité et les données, les gens pourraient être obligés de s’inscrire sur des plateformes de jeux pour vérifier leur âge et leurs documents d’identité, qui limiteront ensuite leur temps en conséquence. Il existe sans doute des moyens de contourner ces limites – il suffit de demander aux centaines de millions de Chinois qui utilisent des VPN (réseaux privés virtuels qui masquent votre identité réelle ou votre localisation) – et l’efficacité de cette mesure n’est pas évidente, elle dépend en grande partie de la volonté des parents d’être responsables et de discipliner leurs enfants.

En résumé, la Chine dit clairement qu’elle ne veut pas, n’a pas besoin et n’apprécie pas les joueurs. Il s’agit d’un passe-temps qui est fondamentalement une distraction, quelque chose qui est acceptable avec modération, mais pas en tant qu’addiction à grande échelle, étant donné qu’il a une faible valeur sociale. En le qualifiant d’« opium spirituel », la Chine évoque métaphoriquement un puissant souvenir historique : elle est enfermée dans une nouvelle « guerre de l’opium » contre l’Occident, avec une série de pays qui veulent imposer leurs préférences idéologiques, économiques et stratégiques à la Chine, tout comme les Britanniques ont cherché à le faire au XIXe siècle avec leurs exportations de drogue depuis le sous-continent indien.

Mais cette fois, Pékin a décidé que ce type d’asservissement ne pourra plus jamais se reproduire. Xi ne veut pas d’une société de joueurs, il veut une société d’ingénieurs, de scientifiques, de médecins et d’innovateurs ; le genre de personnes qui peuvent faire en sorte que Pékin gagne la course technologique et prenne le dessus dans la lutte avec l’Amérique. Ce faisant, il utilise les principes les plus forts du collectivisme contre la nature individualiste des sociétés occidentales, où les enfants font à peu près ce qu’ils veulent. Il s’agit d’une nouvelle ère de réforme socialiste, très ambitieuse et radicale, sans équivoque. C’est une expérience fascinante.

Tom Fowdy

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

Pour contrer l’hostilité des États-Unis, la Chine prend des décisions politiques axées sur son peuple

Par : Wayan

Par Moon of Alabama – le 1 septembre 2021

En décembre 2001, la Chine est devenue membre de l’Organisation mondiale du commerce. Cela a ouvert de nouveaux marchés pour l’industrie chinoise et a attiré de nombreux investissements étrangers.

La croissance de son PIB depuis lors est époustouflante.

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Ce développement a permis à la Chine de réaliser d’énormes investissements dans les infrastructures. Il a également généré les ressources nécessaires pour éliminer la pauvreté.

Ce n’est pas une coïncidence si ce développement s’est produit alors que les États-Unis gaspillaient leur argent dans des guerres au Moyen-Orient. Alors que les États-Unis se retirent peu à peu de ces guerres pour affronter la Chine, le pays doit se préparer à ce nouvel environnement.

L’introduction de plus en plus de caractéristiques capitalistes dans l’économie chinoise au cours des 20 dernières années a créé des déséquilibres. Les entreprises ont tenté d’ignorer ou d’influencer les structures et réglementations gouvernementales. Les entreprises ont abusé de leurs travailleurs. La spéculation des riches a créé des bulles sur les marchés immobiliers. Les excès culturels qui ont mis l’accent sur l’individualisme ont menacé l’unité nationale.

Ces déséquilibres ont fait que la description de l’économie chinoise en tant que « socialisme aux caractéristiques chinoises » semble vide. À long terme, ils entraîneraient le mécontentement d’une grande partie de la population à l’égard de l’establishment politique au pouvoir. Il était grand temps d’éliminer les excès que le développement ultra rapide avait engendrés.

Le gouvernement devait agir pour éviter de futurs conflits internes. Depuis la fin de l’année dernière, il le fait avec la même efficacité qui lui a permis d’arrêter et d’éliminer les épidémies de Covid-19. Il le fait impitoyablement, sans se soucier de la valeur des actions boursières ou l’intérêt des investisseurs.

Il y a six semaines, je me suis opposé à la position de Stephen S. Roach sur les nouvelles réglementations chinoises et j’ai expliqué pourquoi le grand public chinois ne se soucie pas des « investisseurs » et soutiendra ces mesures.

Depuis lors, la campagne de réglementation s’est poursuivie avec une rapidité et un rythme étonnants. Voici une collection de titres, publiés depuis ma dernière prise de position, qui détaillent le développement et le déluge de nouvelles réglementations et lois destinées à remettre les choses en ordre tout en maintenant la croissance économique de la Chine.

Le nouveau slogan de cette époque est désormais « prospérité commune », une politique qui réduira les grands écarts de richesse tout en maintenant des incitations monétaires raisonnables et l’économie de marché en vie pour permettre la poursuite du développement.

Un pamphlet, rédigé par une figure maoïste mineure, qui justifie ces mesures et les replace dans un contexte politique plus large a été largement publié par les organes du Parti communiste :

Un commentaire largement publié dans les médias d'État chinois décrit la répression réglementaire du président Xi Jinping comme une "révolution profonde" qui balaie le pays et avertit que quiconque résiste s'expose à des sanctions.

"Il s'agit du retour d’une part des capitaux vers les masses populaires, c'est la transformation d’une politique centrée sur le capital à une politique centrée sur le peuple", déclare le commentaire, ajoutant que cela marquait un retour à l'intention initiale du Parti communiste. "Par conséquent, c'est un changement politique, et le peuple redevient le corps principal de ce changement, et tous ceux qui bloquent ce changement centré sur le peuple seront écartés."

L’auteur poursuit en plaçant cette « transformation profonde » dans un contexte géopolitique plus large :

"La Chine est actuellement confrontée à un environnement international de plus en plus sévère et complexe. Les États-Unis ont mis en œuvre des menaces militaires, des blocus économiques et technologiques, des frappes financières et un siège politique et diplomatique contre la Chine", écrit Li.

"Les États-Unis ont également lancé une guerre biologique, une cyberguerre et tourné l'opinion publique contre la Chine."

"Si nous devons encore compter sur les grands capitalistes comme force principale de l'anti-impérialisme et de l'anti-hégémonisme, ou si nous coopérons encore à la stratégie de 'tittytainment' des États-Unis, nos jeunes perdront leurs vibrations fortes et masculines et nous nous effondrerons comme l'Union soviétique, avant même d'être attaqués", a-t-il ajouté, affirmant que les États-Unis avaient lancé une révolution de couleur contre la Chine par différents canaux.

La "transformation profonde" en cours en Chine vise à répondre aux attaques brutales et féroces des États-Unis ainsi qu'à la situation internationale compliquée actuelle, a-t-il déclaré.

Les restrictions imposées au secteur du divertissement sont loin d'être suffisantes, car les travailleurs et les personnes ordinaires devraient devenir les personnages principaux sur les écrans. Les gens bénéficieront de l'objectif de "prospérité commune" après la réforme des secteurs de l'éducation, de la médecine et de la propriété, a-t-il écrit.

Si cela ressemble à une révolution culturelle 2.0, il est certain qu’il n’y aura pas de saccages d’étudiants maoïstes dans les bibliothèques ou de camps de rééducation pour les membres du parti.

Le capitaliste prédateur George Soros affirme dans le Financial Times que ces mesures vont condamner l’économie chinoise. (Voir ici la réponse de Michael Hudson.) Mais les personnes qui, comme Soros, s’opposent à des réglementations strictes oublient qu’il n’y aurait pas de marché sans elles. Les entreprises qui ne regardent que la valeur des actionnaires ne sont pas saines et ne permettent pas une société saine. Il suffit de regarder Boeing et les camps de sans-abri dans les villes américaines.

En dehors de leur fondement idéologique, les nouvelles mesures réglementaires sont populistes. Les masses vont les apprécier. Elles garantissent la réélection du président Xi Jinping lors du congrès national du parti l’année prochaine.

Elles renforceront l’unité de la Chine dans sa compétition avec les États-Unis.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

Faisons le point après dix-huit mois de guerre virale expérimentale

Par Robert Bibeau.

Le capitalisme c’est la guerre virale, bactériologique, chimique et numérique

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27.05.2021-WAR-English-Italiano-Spanish
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Que o Silêncio dos Justos não Mate Inocentes: Façamos um ponto da situação após dezoito meses de guerra viral total (queonossosilencionaomateinocentes.blogspot.com)

Les puissances impérialistes s’affrontent sur tous les fronts dans une  guerre concurrentielle permanente pour la conquête des marchés et le contrôle des ressources – y compris des  ressources humaines (force de travail) – afin de rescaper leur profitabilité déclinante.

 

Dans cette guerre acharnée – désespérée – ces puissances développent de nouvelles armes létales nucléaires – technologiques – spatiales – numériques (Internet) –  bactériologiques et virales  https://les7duquebec.net/archives/257512

 

Les médias d’information alternative diffusent depuis des mois des articles identifiant 42 laboratoires de recherche militaire, soi-disant  de haut  niveau de  sécurité de type P4 – pour la création d’armes de tuerie massive dont le laboratoire de Wuhan (franco-chinois) est un exemple dramatique. Une douzaine de pays hébergent ce type de laboratoires militaires de développement d’armes virales.

 

Depuis le début de l’hystérie pandémique (décembre 2019) nous avons publié une cinquantaine d’articles présentant l’hypothèse que le virus Sars-Cov-2, une arme virologique de faible létalité – se soit échappée ou ait été exfiltrée (???)  du laboratoire P4 de  Wuhan  en Chine: https://les7duquebec.net/?s=laboratoire

 

En décembre 2019, cette « échappée virale« , volontaire ou accidentelle, peu importe, a fourni l’opportunité aux puissances totalitaires, et à leurs États vassaux, de mettre au point leurs stratégies de défense face à une éventuelle guerre virologique mondiale. Depuis, l’humanité tout entière vit les affres de la crise pandémique du coronavirus et ses suites (confinement, couvre-feu, état d’urgence totalitaire, chômage forcée, famine, lois liberticides, désespoir et terreur sanitaire, etc).

Pour comprendre le terrible danger qui pèse sur la tête de milliards d’individus victimes potentielles d’une guerre bactériologique, il importe peu de savoir qui de la Chine, de la France ou des États-Unis, a tiré la première salve de cette guerre totale. Chacun de la douzaine de pays hébergeant un laboratoire de développement d’armes virales à «gains de fonctions» est susceptible un jour «d’échappé ou d’exfiltré» un de ces virus meurtriers que des apprentis sorciers – docteurs Fol-amour et scientifiques démoniaques – auront concoctés.

 

À compter de décembre 2019, la Chine, première puissance contaminée par l’arme Sars-Cov-2, a imposée l’état d’urgence totalitaire sur son territoire afin de mobiliser toutes ses ressources  humaines et médicales pour faire face à cette menace invisible. L’État totalitaire, première étape de préparation de la guerre bactériologique – les 7 du Québec

 

Puis, la Chine a commencé à organiser son économie de guerre afin de mobiliser toutes ses ressources économiques pour contrer cette attaque non conventionnelle et incontrôlable. En parallèle à  ces efforts politiques, économiques, sociaux et sanitaires, la machine médiatique de propagande ne ménageait pas ses efforts pour diffuser la doxa officielle élaborée par «la police de la pensée». Dans une guerre totale, le moral de la populace, à l’arrière du front, est un facteur déterminant pour la victoire du contingent. D’autant plus que dans cette guerre d’un nouveau genre ce n’est pas la piétaille en uniforme qui est la cible des armes létales, mais la population civile et particulièrement les plus vulnérables. Les guerres modernes, avec leurs armes discrètes (bactériologiques, virales, chimiques, numériques, technologiques) ressemblent à des guerres civiles dont les états-majors ne sauraient déterminer le front de la  confrontation, car une fois la bombe chimique lâchée dans la nature – dans la population cible – l’assaillant n’en contrôle plus la diffusion qui, comme nous avons pu le constater avec la pandémie du Covid-19, se propage sur l’ensemble de la planète, aussi bien chez l’assaillant que chez ses concurrents. https://les7duquebec.net/archives/264043

 

C’est ici que les grandes puissances impériales ont à nouveau recours aux laboratoires de Big Pharma, aux scientifiques, aux chercheurs et aux experts des laboratoires militaires pour développer des armes de défense antivirales appelées «vaccins», une façon de poursuivre la guerre concurrentielle en espérant en réduire les inconvénients pour son propre contingent. Une douzaine de vaccins ont été développés à la hâte par les multinationales du Big Pharma  pour contrer le Covid-19 et ses variants…avec plus ou moins de succès comme chacun sait. https://les7duquebec.net/archives/264183

 

Vous aurez constaté que chacune des grandes puissances totalitaires et la quasi-totalité de leurs  vassaux ont suivi, avec plus ou moins de bonheur, la même stratégie que la Chine dans sa préparation-participation à cette phase Un de la guerre virale mondiale. Les lois de l’économie politique s’appliquent inexorablement à tous les pays capitalistes. Voilà le fil d’Ariane qui relie les organismes mondialistes (OMS, ONU, FMI, OMC, BM, UE) et tous ces pays qui, tout en conspirant entre eux, ne peuvent faire autrement que d’appliquer les lois de l’économie même si cette conjoncture singulière les tétanise.

 

Ce ne sont pas les «complotistes-conspirationnistes» qu’il nous faut démasquer et contrer, mais les fauteurs de guerre virologique ayant pignon sur rue, à commencer par ces politiciens larbins de la gouvernance corrompue et ces charlatans médicaux et sanitaires stipendiés par Big Pharma, et par les GAFAM, ainsi que ces experts des laboratoires militaires dits «à gain de fonctions mortelles» et leurs patrons.

 

 ANNEXE

 

Nouveau développement,  la revue scientifique Science a publié le 13 mai 2021 une lettre signée par une vingtaine de chercheurs américains réclamant une enquête sur les origines du Sars-Cov-2. Les scientifiques sont des apprentis sorciers qui mènent ces recherches démentielles pour créer des armes bactériologiques dont ils ne contrôlent même pas les paramètres et ne connaissent pas le «contrepoison». Le crime n’est pas d’«échapper» le virus maléfique, mais de l’avoir fabriqué. Ces 20 chercheurs demandent aujourd’hui une enquête pour se défausser.  Il serait préférable qu’ils réclament la fermeture de ces 42 laboratoires militaires.   Voilà, selon nous,  le véritable enjeu de la phase Un de cette guerre sanitaire mettant aux prises le grand capital mondialisé et  le prolétariat international à conscientiser.

 


Notes

 

Briser le silence sur les origines du COVID 19 – Les Grosses Orchades, les Amples Thalamèges, le blog (lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr)

Ron Unz écrit : Depuis plus d’un an maintenant, j’ai publié une série d’articles et de chroniques sur les origines de l’épidémie mondiale de COVID-19, y faisant fortement valoir que l’épidémie représentait une attaque américaine de guerre biologique contre la Chine (et l’Iran). Voici des liens vers les trois principaux articles, dont le dernier a paru il y a une semaine.

La Pravda  américaine : Notre catastrophe au coronavirus, retour de flamme d’une guerre biologique ?
Ron Unz • The Unz Review 21 avril 2020 • 7.400 mots • 1.638 commentaires

La Pravda américaine : COVID-19, son impact et ses origines, après un an.
Ron Unz • The Unz Review 15 mars 2021 • 8.700 Mots • 975 commentaires

La Pravda américaine : « La vérité » et « Toute la vérité » sur les origines du COVID-19
Ron Unz • The Unz Review 10 mai, 2021 • 6,400 mots • 847 commentaires

 

 

 

Comment le capital américain prépare sa prochaine guerre

Par Pepe Escobar.

Source The Saker’s Blog

Andrei Martyanov est un cas à part. Ce baby-boomer de la troisième vague, né au début des années 1960 à Bakou, dans le Caucase, qui faisait alors partie de l’ex-URSS, est sans doute le principal analyste militaire de la sphère russe. Il vit et travaille aux États-Unis, écrit en anglais pour un public mondial et excelle toujours dans son blog intitulé Reminiscence of the Future.

J’ai déjà eu le plaisir de faire la critique de ses deux précédents livres. Dans Losing Military Supremacy : The Myopia of American Strategic Planningpublié il y a près de trois ans, il démontrait de manière convaincante que l’écart entre les États-Unis et la Russie en matière de missiles était comparable à un « abîme technologique » et que le Khinzal était « un changement complet de la donne sur les plans géopolitique, stratégique, opérationnel, tactique et psychologique ».

 

Il y cartographiait en détail « l’arrivée définitive d’un paradigme complètement nouveau » dans la guerre et la technologie militaire. Cette critique est incluse dans mon propre livre électronique intitulé Shadow play, disponible sur Asia Times.

Il a ensuite publié The (Real) Revolution in Military Affairs, où il est allé encore plus loin en expliquant comment cette « révolution », introduite au Pentagone par feu Andrew Marshall, alias Yoda, l’inventeur de facto du concept de « pivot vers l’Asie », a en fait été conçue par des théoriciens militaires soviétiques dans les années 1970, sous le nom de MTR (Military-Technological Revolution).

Son nouveau livreDisintegration, complète cette trilogie. Et c’est un final étonnant.

Dans cet ouvrage, Martyanov analyse de façon méticuleuse le déclin impérial, par thèmes, avec des chapitres sur la consommation, la géoéconomie, l’énergie, la perte de la course aux armements, entre autres. Il y dresse un réquisitoire dévastateur, notamment contre les lobbies toxiques de Washington et la médiocrité politique qui prévaut de l’autre côté de la Beltway. Ce qui est révélé au lecteur est l’interaction complexe des forces qui sont à l’origine du chaos politique, idéologique, économique, culturel et militaire américain.

Le chapitre 3, consacré à la géoéconomie, est une véritable promenade de santé. Martyanov montre comment la géoéconomie, en tant que domaine distinct de la guerre et de la géopolitique, n’est rien d’autre qu’un obscur embrouillamini : le bon vieux conflit « enveloppé dans le mince emballage de sciences politiques à l’intellectualisme superficiel «  – l’étoffe dont sont faits les rêves de Huntington, Fukuyama et Brzezinski.

Ce thème est pleinement développé au chapitre 6, consacré aux élites occidentales, avec un démantèlement cinglant du « mythe Henry Kissinger » : Un autre exceptionnaliste américain, faussement qualifié de « réaliste », qui fait partie d’une bande qui « n’est pas conditionnée pour penser de manière multidimensionnelle ». Après tout, ils ne sont toujours pas capables de comprendre le raisonnement et les implications du discours de Poutine à Munich, en 2007, qui déclarait le moment unipolaire – un euphémisme grossier pour dire hégémonie – mort et enterré.

Comment ne pas gagner de guerre

L’une des principales conclusions de Martyanov est qu’après avoir perdu la course aux armements et toutes les guerres qu’elle a déclenchées au XXIe siècle – comme le montre son bilan – la géoéconomie est essentiellement un « euphémisme pour qualifier les sanctions et les tentatives incessantes des États-Unis de saboter l’économie de toute nation capable de rivaliser avec eux » (voir, par exemple, la saga du Nord Stream 2). C’est « le seul outil » (c’est lui qui souligne) que les États-Unis utilisent pour tenter d’enrayer leur déclin.

Dans un chapitre consacré à l’énergie, Martyanov démontre que l’aventure américaine du pétrole de schiste n’est pas viable financièrement et que l’augmentation des exportations de pétrole est essentiellement due au fait que les États-Unis ont « récupéré les quotas libérés principalement à la suite des réductions de production de la Russie et de l’Arabie saoudite au sein de l’OPEP+, réductions faites dans le but d’équilibrer le marché mondial du pétrole ».

Au chapitre 7, intitulé « Losing the Arms Race », Martyanov développe le thème clé dont il est la superstar incontestée : les États-Unis ne peuvent pas gagner de guerres. Infliger une guerre hybride est une toute autre affaire, c’est créer « beaucoup de misère dans le monde, affamer effectivement des gens pour les conduire à leur mort pure et simple ».

Les sanctions économiques « à pression maximale » contre l’Iran en sont un exemple flagrant. Mais le fait est que ces outils – qui incluent également l’assassinat du général Soleimani – font partie de l’arsenal de « propagation de la démocratie » et n’ont rien à voir avec la « géoéconomie », mais ont « tout à voir avec les jeux de pouvoir bruts conçus pour atteindre le principal objectif clausewitzien de la guerre – « contraindre notre ennemi à obéir à notre volonté » ». Et « pour l’Amérique, la majeure partie du monde est l’ennemi ».

Martyanov se sent également obligé de mettre à jour ce sur quoi il excelle depuis des années : le fait que l’arrivée des missiles hypersoniques « a changé la guerre pour toujours ». Le Khinzal, déployé en 2017, a une portée de 2 000 km et « n’est pas interceptable par les systèmes antimissiles américains existants ». Le 3M22 Zircon « change complètement la stratégie de guerre navale et terrestre ». Le retard des États-Unis sur la Russie en matière de systèmes de défense aérienne est « massif, tant sur le plan quantitatif que qualitatif ».

Disintegration est également une critique acerbe du phénomène éminemment post-moderniste – qui se caractérise par une fragmentation culturelle infinie et le refus d’accepter que « la vérité est connaissable et peut faire l’objet d’un accord » – responsable de la réingénierie sociale actuelle des États-Unis, en tandem avec une oligarchie qui « de manière évidente, n’est pas très brillante, malgré sa richesse ».

Et puis il y a la russophobie rampante. Martyanov lance l’alerte rouge définitive : « Bien sûr, les États-Unis sont toujours capables de déclencher une guerre avec la Russie, mais s’ils le font, cela ne signifiera qu’une seule chose : les États-Unis cesseront d’exister, tout comme la majeure partie de la civilisation humaine. Ce qui est horrible, c’est qu’il y a des gens aux États-Unis pour qui même ce prix est trop faible à payer. »

En fin de compte, un intellect scientifique froid ne peut que s’appuyer sur une realpolitik solide : en supposant que les États-Unis évitent une désintégration complète en « territoires séparatistes », Martyanov souligne que la seule façon pour « l’élite » américaine de maintenir une sorte de contrôle « sur des générations de plus en plus éveillées ou désensibilisées par les drogues » est la tyrannie. En fait, la techno-tyrannie. Et cela semble effectivement être le nouveau paradigme dysfonctionnel qui se profile à l’horizon.

 

Pepe Escobar

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone

 

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