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Une « apocalypse stratégique » en Afghanistan : Un bouleversement sismique en préparation depuis des années

Par : Zineb

La Chine est plus déterminée à façonner la région que ne le pensent de nombreux analystes.


Par Alastair Crooke – Le 23 août 2021 – Source Strategic Culture

Un énorme événement géopolitique vient de se produire en Afghanistan : l’implosion d’une stratégie occidentale clé pour gérer ce que Mackinder, au 19ème siècle, appelait le Heartland asiatique. Le fait que cela ait été accompli, sans combat et en quelques jours, est quasiment sans précédent.

Cela a été un choc. Pas seulement un de ces chocs éphémères que l’on oublie vite, mais un choc profondément traumatisant. Contrairement à l’impact psychologique du 11 septembre, le monde occidental traite cette expérience comme le deuil d’un « être cher ». Il y a eu des larmes ministérielles, des bravades et une entrée simultanée dans les trois premières étapes du deuil : tout d’abord, le choc et le déni (un état d’incrédulité et d’engourdissement des sentiments) ; ensuite, la douleur et la culpabilité (pour nos alliés réfugiés à l’aéroport de Kaboul), et enfin, la colère. La quatrième étape est déjà en vue aux États-Unis : la dépression – car les sondages montrent que l’Amérique bascule déjà dans un profond pessimisme à l’égard de la pandémie, de l’économie et des perspectives, ainsi que de la voie sur laquelle la République américaine est engagée.

Les rédacteurs du New York Times ont clairement indiqué qui était cet « être cher » :

[La débâcle afghane est] tragique parce que le rêve américain d’être la « nation indispensable » dans un monde où règnent les valeurs des droits civils, de l’émancipation des femmes et de la tolérance religieuse – s’est avéré n’être qu’un rêve.

Michael Rubin, représentant du think tank belliciste AEI, a prononcé un éloge funèbre de la « dépouille » :

Biden, Blinken et Jake Sullivan pourraient rédiger des déclarations sur les erreurs commises lors des précédents déploiements de l’OTAN, « et sur la nécessité pour Washington de se concentrer sur ses intérêts fondamentaux plus à l’ouest ». Et les responsables du Pentagone et les diplomates pourraient contester avec indignation toute diminution de l’engagement de l’Amérique, mais la réalité est que l’OTAN est un cadavre qui continue de bouger.

Un article antérieur, reflétant la fureur à l’égard de Biden – et le sentiment d’une apocalypse stratégique qui s’est abattue sur Washington – est mieux compris dans ce cri d’agonie, toujours de Michael Rubin :

En permettant à la Chine de promouvoir ses intérêts en Afghanistan, Biden lui permet également de couper l’Inde et d’autres alliés américains de l’Asie centrale. En d’autres termes, l’incompétence de Biden met désormais en péril l’ensemble de l’ordre libéral de l’après-guerre… Que Dieu vienne en aide aux États-Unis.

Rubin dit clairement le rôle que l’Afghanistan a toujours joué réellement : perturber l’Asie centrale, pour affaiblir la Russie et la Chine. Au moins, Rubin nous épargne l’hypocrisie de la sauvegarde de l’éducation des filles (d’autres, proches du complexe militaro-industriel américain, continuent de répéter le mantra de la nécessité de redéployer les troupes en Afghanistan et de la poursuite de la guerre – et donc des ventes d’armes – en Afghanistan, en partie pour « protéger » les droits des femmes). Rubin conclut : « Au lieu de renforcer la position de l’Amérique face à la Chine, Biden l’a plutôt saignée à blanc ».

En Grande-Bretagne également, le président de la commission des affaires étrangères, Tom Tugenhadt, a déploré l’erreur stratégique de Biden et la nécessité de ne pas abandonner, mais de persévérer : « Il ne s’agit pas seulement de l’Afghanistan », écrit-il, « il s’agit de nous tous. Nous sommes engagés dans un conflit sur la façon dont le monde fonctionne. Nous voyons des puissances autocratiques comme la Chine et la Russie contester les règles et rompre les accords que nous avons conclus… ».

Tugenhadt croit que : « Nous pouvons renverser la situation. Nous devons le faire. Il s’agit d’un choix. Jusqu’à présent, nous avons choisi de perdre ». De nombreux faucons à Washington reconnaissent que c’est, bien sûr, impossible. Cette époque est désormais révolue – en effet, ce que les événements des derniers jours en Afghanistan représentent, c’est un paradigme perdu.

Nombreux sont ceux qui en veulent profondément à Biden (bien qu’ils aient des intentions contradictoires), et qui sont également perplexes quant à la façon dont cela a pu se produire. L’explication, cependant, est peut-être encore plus troublante. La situation était devenue intolérable – il y a une limite à la durée pendant laquelle une élite corrompue, coupée de ses racines au sein de son propre peuple, peut être soutenue par une culture étrangère en déclin.

Cependant, les exhortations du Premier ministre britannique lors d’une téléconférence avec Biden, selon lesquelles ce dernier doit préserver « les acquis » des vingt dernières années en Afghanistan, font littéralement rêver.

La question de fond n’est pas seulement celle de la transformation des talibans, mais plutôt celle d’un bouleversement sismique dans la géopolitique. Les services de renseignement occidentaux étaient tellement absorbés par la lutte contre le terrorisme qu’ils n’ont pas vu la nouvelle dynamique en jeu. Cela peut certainement expliquer l’évaluation faite par l’administration Biden des longs mois qu’il faudrait avant que le régime de Ghani ne risque de tomber.

Il y a de nombreuses années, avant le retrait soviétique de l’Afghanistan en 1979, j’étais basé à Peshawar, au Pakistan, près de l’Afghanistan. J’étais responsable des rapports diplomatiques sur la guerre et de l’engagement avec les dirigeants afghans pendant l’ère soviétique. J’ai appris à connaître les talibans, qui venaient d’être forgés par les services secrets pakistanais, sous la direction du général Hamid Gul. Ils étaient alors : intensément bornés, géographiquement et politiquement sectaires, xénophobes, tribaux et rigidement inflexibles.

En tant que descendants de Pachtounes, et aussi plus grand groupe ethnique minoritaire d’Afghanistan, ils tuaient les autres ethnies sans raison : les chiites Hazaras en particulier, en tant qu’apostats, étaient tués. Ils détestaient Ahmad Chah Massoud, le « lion du Panshir » et un héros de la résistance aux Soviétiques, parce qu’il était Tadjik. Une partie de leur fondamentalisme était alimentée par les souches radicalisées de l’islam, le déobandisme et le wahhabisme – exportations d’Arabie saoudite et de Dar al-Islam Howzah en Inde. Mais la plupart du temps, il s’agissait d’anciennes traditions tribales connues sous le nom de Pachtounwali.

Les talibans que nous voyons aujourd’hui sont une coalition bien plus complexe, multiethnique et sophistiquée, ce qui explique pourquoi ils ont été capables, à une telle vitesse, de renverser le gouvernement afghan installé par les Occidentaux. Ils parlent d’inclusion politique afghane et se tournent vers l’Iran, la Russie, la Chine et le Pakistan pour une médiation et pour faciliter leur place dans le « Grand Jeu ». Ils aspirent à jouer un rôle régional en tant que gouvernement islamiste sunnite pluraliste.

C’est pourquoi ils ont donné des assurances explicites à ces partenaires extérieurs clés que leur accession au pouvoir n’entraînera ni un bain de sang de règlements de comptes, ni une guerre civile. Ils promettent également que les différentes sectes religieuses seront respectées, et que les filles et les femmes pourront être éduquées et le seront.

L’arrivée au pouvoir des talibans a toutefois été préparée pendant des années, et des acteurs extérieurs clés ont joué un rôle crucial dans la supervision de cette métamorphose. Plus concrètement, à mesure qu’un consensus sur l’avenir était atteint avec les talibans, ces puissances extérieures – la Chine, l’Iran, la Russie et le Pakistan – ont amené leurs alliés afghans (c’est-à-dire les autres minorités afghanes, qui sont presque aussi nombreuses) à la table des négociations aux côtés des talibans. Les liens de ces derniers avec la Chine remontent à plusieurs années. L’Iran s’est également engagé auprès des talibans et d’autres composantes afghanes, dans la même veine, depuis au moins deux décennies. La Russie et le Pakistan se sont engagés conjointement, en décembre 2016.

À la suite de cette action concertée, les dirigeants talibans se sont adaptés à la realpolitik de l’Asie centrale : ils voient que l’OCS représente le paradigme stratégique régional à venir, qui peut leur permettre de sortir de l’isolement du à leur statut d’« intouchables » politiques et leur ouvrir la voie pour gouverner et reconstruire l’Afghanistan, avec l’aide économique des États membres de l’OCS.

La guerre civile reste un risque : on peut s’attendre à ce que la CIA tente de dresser une contre-insurrection afghane contre le nouveau gouvernement – la voie n’est pas difficile à prévoir : les actes de violence et les assassinats seront (et sont) attribués aux talibans « terroristes ». Il s’agira probablement d’opérations sous faux drapeau. Et l’on se demande également (surtout en Occident) si l’on peut faire « confiance » aux talibans ou s’ils respecteront leurs engagements.

Il ne s’agit toutefois pas d’une simple question de « confiance ». La différence aujourd’hui réside dans l’architecture géopolitique extérieure qui a donné naissance à cet événement. Ces partenaires régionaux extérieurs diront (et ont dit) aux talibans que, s’ils violent leurs assurances, ils retrouveront leur statut de paria international : ils seront à nouveau classés comme terroristes, leurs frontières se fermeront, leur économie s’effondrera – et le pays sera à nouveau en proie à la guerre civile. En bref, le calcul est fondé sur l’intérêt personnel, plutôt que sur la présomption de confiance.

La Chine est plus déterminée à façonner la région que ne le pensent de nombreux analystes. On dit souvent que la Chine est purement mercantile, qu’elle ne s’intéresse qu’à l’avancement de son programme économique. Pourtant, la province chinoise du Xinjiang – son ventre islamiste – partage une frontière avec l’Afghanistan. Cela touche à la sécurité de l’État, et la Chine aura donc besoin de stabilité en Afghanistan. Elle ne tolérera pas que des insurgés d’origine turque (encouragés par l’Occident) se déplacent de l’Afghanistan vers le Turkménistan ou le Xinjiang. Les Ouïgours sont ethniquement turcs. Nous pouvons nous attendre à ce que la Chine soit ferme sur ce point.

Ainsi, non seulement les États-Unis et l’OTAN ont été contraints de quitter le « carrefour de l’Asie » dans un désarroi extrême, mais ces développements ouvrent la voie à une évolution majeure des plans de corridors économiques et commerciaux régionaux de la Russie et de la Chine. Ils transforment également la sécurité de l’Asie centrale en ce qui concerne les vulnérabilités chinoises et russes dans cette région. (Jusqu’à présent, les États-Unis se sont vus refuser une base militaire alternative en Asie centrale, relocalisant leurs forces en Jordanie).

Pour être juste, Michael Rubin avait « à moitié raison » lorsqu’il a dit que « plutôt que de renforcer la position de l’Amérique face à la Chine, Biden l’a saignée à blanc », mais seulement à moitié. Car l’autre moitié manquante est que Washington a été dépassé par la Russie, la Chine et l’Iran. Les services de renseignement occidentaux n’ont absolument pas réussi à percevoir la nouvelle dynamique intérieure afghane c’est à dire les acteurs extérieurs qui soutenaient les négociations des talibans avec les tribus.

Et ils ne voient toujours pas tous les dominos extérieurs qui se mettent en place autour d’un pivot afghan, ce qui change tout le calcul pour l’Asie centrale.

D’autres pièces de ce puzzle de changement de paradigme sont devenues visibles dans le sillage de l’arrivée au pouvoir des talibans : un domino est tombé avant même la « déroute de Kaboul » : la nouvelle administration iranienne a repositionné stratégiquement le pays en donnant la priorité aux relations avec les autres États islamiques, mais en partenariat avec la Russie et la Chine.

Le Conseil national de sécurité iranien a ensuite refusé d’approuver le projet d’accord de Vienne pour une relance du JCPOA (le deuxième domino à se mettre en place).

Pendant la déroute, la Chine et la Russie ont (« par hasard ») fermé l’espace aérien au-dessus du nord de l’Afghanistan en raison de leurs exercices militaires conjoints qui se déroulaient dans cette région – et, pour la première fois, les deux puissances ont exercé un contrôle militaire conjoint. Cela représente le troisième (et très important) domino, bien qu’il ait été à peine remarqué par l’Occident.

Enfin, le Pakistan s’est lui aussi repositionné stratégiquement, en refusant d’accueillir toute présence militaire américaine sur son territoire.

Et enfin, un dernier domino : l’Iran a été invité officiellement à rejoindre l’OCS (ce qui impliquerait en fin de compte que l’Iran rejoigne l’Union économique eurasienne (UEEA), offrant ainsi au pays un nouvel horizon économique et commercial – à défaut de la levée du siège de son économie par les États-Unis.

Ainsi, non seulement les États-Unis et l’OTAN ont été contraints de se retirer de ce nouveau lieu stratégique, mais ces développements parallèles ouvrent la voie à une évolution majeure du plan de corridor régional économique et commercial de la Russie et de la Chine.

La Chine jouera un rôle clé à cet égard. La Chine et la Russie ont reconnu le gouvernement taliban, et la Chine construira probablement un oléoduc le long du « corridor des cinq nations« , pour acheminer le pétrole iranien vers la Chine, via le nord de l’Afghanistan. Elle poursuivra probablement par un corridor nord-sud, reliant finalement Saint-Pétersbourg, via l’Afghanistan, au port iranien de Chabahar, situé de l’autre côté du détroit d’Oman.

Iran and Afghanistan Inaugurate Cross-Border Railway

Pour l’Occident, cette concaténation de dominos qui tombent a à peine été comprise.

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Un été long, chaud et violent

Par : Zineb

L’idéologie de l’exclusion est en train de se retourner contre elle-même. Au sein des sociétés occidentales, et pas seulement vis-à-vis des adversaires étrangers de l’Occident. Désormais, ce sont des segments clés de la société nationale qui sont réprouvés et exilés de la pleine participation à leurs sociétés.


Par Alastair Crooke – Le 16 août 2021 – Source Strategic Culture

Quelque chose de « grand » se prépare-t-il ? On a l’impression que c’est possible. De graves problèmes se préparent dans les sociétés occidentales et les élites commencent à s’impatienter. Nous pouvons l’observer dans la manière dont l’Establishment tente de préserver la narration relative au virus (« tout le monde doit être vacciné »), tout en agissant simultanément pour la modifier, en imputant toute faille narrative au variant Delta. Sir Andrew Pollard, professeur d’infectiologie et d’immunologie pédiatriques à l’Université d’Oxford, affirme catégoriquement qu’il est « impossible » d’atteindre l’immunité collective, maintenant que le variant Delta circule.

En fait, il affirme que le vaccin ne peut pas faire ce qui a été promis, c’est-à-dire instaurer une immunité collective ; pourtant, le professeur continue d’exhorter tout le monde à se faire vacciner. De même, un conseiller principal du SAGE (Scientific Advisory Group for Emergencies) auprès du gouvernement britannique déclare sans ambages que les mesures d’isolement contre le Covid ne peuvent plus être justifiées.

En bref, leurs arguments vont dans tous les sens. La directrice du CDC, Walensky, a déclaré la semaine dernière que le vaccin ne prévient pas l’infection par le Covid et n’empêche pas non plus la personne vaccinée de transmettre l’infection par le Covid, y compris par le variant Delta ; les données montrent un taux d’infection également réparti, indépendamment du statut vaccinal, ce que reconnaît la directrice Walensky. En tant que tel, c’est un aveu qui sape l’ensemble de l’argument en faveur des vaccins obligatoires. Selon la directrice, le seul avantage du vaccin à l’heure actuelle est vraisemblablement qu’il pourrait réduire la gravité des symptômes.

Si une personne vaccinée et une personne non vaccinée ont la même capacité à porter, excréter et transmettre le virus – avec ou sans symptômes – alors quelle différence un passeport ou une carte de vaccination font-ils ? Selon le CDC, les personnes vaccinées et non vaccinées qui entrent dans un restaurant, un magasin, au sein d’un groupe, un lieu de réunion ou un lieu de travail présentent exactement le même risque pour les autres personnes présentes, alors en quoi la présentation d’une preuve de vaccination fait-elle la différence ?

Les infections (que le récit, encore une fois, attribue au variant Delta) montent en flèche : Israël en est un bon exemple. Il s’agit de la société la plus vaccinée (et, selon l’éminent commentateur israélien Nadav Eyal, elle aurait reçu des vaccins Pfizer de « meilleure qualité » que ceux du Royaume-Uni), et pourtant elle connaît une augmentation spectaculaire des nouveaux cas – les cas graves ont bondi de 70 % en une semaine seulement. Le nombre de cas graves a été multiplié par 10 environ depuis le début du mois de juillet : 90% des cas graves sont des personnes de plus de 50 ans ; et 95% des personnes de plus de 50 ans sont vaccinées.

Le Premier ministre israélien, Naftali Bennett, prévient que les cas pourraient quadrupler en trois semaines et que les autorités se préparent à de nouveaux confinements (même si les confinements se sont avérés inefficaces pour arrêter le virus). La plupart des Israéliens ont pris le vaccin Pfizer à ARNm.

Là encore, les contradictions flagrantes dans le récit établi sont frappantes : les confinements sont-ils justifiés, ou non ? Antony Fauci a déclaré que la récente flambée d’infections était une « pandémie de personnes non vaccinées » et que 99 % des décès concernaient des personnes non vaccinées. Mais ce n’est qu’un mensonge. Les propres données du CDC indiquent que seulement 15% des personnes décédées n’avaient pas été vaccinées.

Il n’est pas surprenant que le public se méfie de plus en plus des affirmations de la « science ».

Que se passe-t-il ? Eh bien, nous ne sommes pas des scientifiques. Cependant, c’est au printemps 2021 que l’on a commencé à entendre dire que les vaccins à ARN messager avaient un sérieux problème d’ADE (facilitation de l’infection par les anticorps). Une fois que la protection initiale des vaccins s’est dissipée (un processus qui dure quelques mois), les personnes qui ont été vaccinées sont beaucoup plus susceptibles de tomber gravement malades en cas de nouvelle exposition au Covid que les personnes qui ne l’ont pas été.

En effet, si cela s’avère exact, les gouvernements américain et européen se retrouvent avec un désastre auto-infligé sur les bras. Le discours a donc, sans surprise, pris une autre tournure : il ne suffisait plus de vacciner 70 % de la population (pour obtenir une « immunité collective »). Non, désormais, tout le monde, sans exception, y compris les personnes ayant une immunité naturelle, devait être vacciné. Après tout, si tout le monde se fait vacciner, il est plus facile de prétendre que ce qui se passe est un nouveau variant désagréable plutôt qu’une ADE induite par le vaccin, puisque personne ne serait en mesure de désigner un groupe témoin non vacciné qui s’avérerait nettement moins vulnérable.

Certains vaccins Covid introduisent de l’ARNm (ARN messager) dans les cellules musculaires. Ces cellules (autrefois saines) sont ainsi conduites par l’action de cet ADN synthétique à fabriquer des protéines synthétiques spike qui constituent la principale arme d’attaque du virus. Il s’agit d’une forme de thérapie génique. Si ces cellules créaient une réponse immunitaire contre la protéine (qu’elles ont elles-mêmes contribué à créer), cela empêcherait en théorie le virus d’infecter l’organisme. La réalité semble toutefois être que les problèmes du système cardiovasculaire, les saignements et la formation de caillots, sont tous associés à la protéine spike du Covid, qui, au lieu de rester dans le tissu musculaire, circule dans tout le système cardio-vasculaire.

Certains scientifiques affirment qu’il est clairement prouvé que les vaccins font que les cellules des muscles du bras fabriquent des protéines spike, qui passent ensuite dans la circulation sanguine, et que cette protéine spike, à elle seule, est presque entièrement responsable des dommages causés au système cardiovasculaire. D’autres scientifiques ne sont pas d’accord.

Un chercheur a observé que le problème central est constitué de caillots microscopiques dans les plus petits capillaires de ses patients. Il a déclaré : « Les caillots sanguins se forment au niveau des capillaires. Cela n’a jamais été observé auparavant. Il ne s’agit pas d’une maladie rare. C’est un phénomène absolument nouveau ». Le Dr Hoffe a surtout souligné que ces micro-caillots sont trop petits pour être visibles sur les tomodensitométries, les IRM et les autres tests conventionnels, et qu’ils ne peuvent être détectés qu’à l’aide du dosage sanguin des D-dimères : « Et donc, nous comprenons finalement que la raison pour laquelle les poumons ne fonctionnent pas, n’est pas due à la présence du virus. C’est parce que des micro-caillots de sang sont là… ».

C’est compliqué ! Le fait est que les « infections post-vaccinales » sont de plus en plus fréquentes et que, vraisemblablement, plus le pourcentage de la population de la région vaccinée avec l’ARNm est élevé, plus elles seront graves. Les variants, bien sûr, seront accusés. Et les médias grand public essaieront de dire que les variants sont entièrement la faute des non-vaccinés, même si la question ne peut pas être aussi facilement réduite à un mème manichéen pro ou anti-vaxx.

Pourquoi alors les élites s’accrochent-elles autant à leur récit explicitement contradictoire ? Il est clair qu’elles craignent une réaction populaire brutale s’il s’avère que certains vaccins sont préjudiciables à la santé. Mais la raison la plus profonde est que les élites américaines et européennes sont enfermées dans un échange intérieur mortel de « missiles » narratifs intelligents. L’argumentation ou la stratégie rationnelles sont exclues. Quiconque sort la tête de la « tranchée narrative » sera éliminé. Le boycott, la honte et l’exclusion des plateformes fonctionnent et sont les outils de prédilection actuels.

Ce qui est différent aujourd’hui, c’est que cette idéologie d’exclusion est en train de se retourner contre elle-même. Au sein des sociétés occidentales, et pas seulement vis-à-vis des adversaires étrangers de l’Occident. Désormais, ce sont des segments clés de la société nationale (et pas seulement les dirigeants étrangers) qui sont humiliés et exclus de la pleine participation à leurs sociétés – et menacés de sanctions – qui, si elles sont appliquées, pourraient détruire leurs moyens de subsistance.

Ce sont principalement les « non-vaxxés » qui sont jugés moralement inadéquats, mais le champ d’application de la nouvelle idéologie morale s’étend plus largement, et inclut ceux qui n’adhèrent pas sans réserve à l’agenda vert et aux droits des LBGTQ. Les médias de l’Establishment insistent sur le fait que ces récits politiquement orientés sur la vaccination, l’« urgence » climatique et les droits des LBGTQ représentent la nouvelle « ligne de démarcation », qui définit la majorité par rapport à la minorité.

Pourquoi le maintien de la « ligne de démarcation » est-il plus important que la clarification de l’approche politique du virus ? La plupart des membres de l’élite savent que le Covid n’est pas la menace que leur propagande véhicule ; mais le récit leur donne l’occasion d’exercer leur pouvoir par le biais d’un « jugement moral », et donc ils mentent – et ils continuent de mentir sur les données, parce qu’ils pensent que le mensonge sera accepté comme une réalité.

Le « revers de la médaille » de cette approche du mensonge utile n’est pas seulement la protection de la narration, mais plutôt la possibilité pour la « majorité » de se sentir pieuse et supérieure à ceux qu’elle est déterminée à blesser.

Une épidémie persistante, combinée à des pertes d’emplois importantes, à une récession prolongée et à un endettement sans précédent, créera inévitablement des tensions sociales qui se transformeront probablement en une réaction politique brutale – un été long, chaud et furieux. L’implosion de la confiance dans le leadership et la crainte d’un bouleversement social peuvent toutefois implanter une pathologie plus profonde. Elle peut produire l’état spirituel qu’Emile Durkheim appelait « l’anomie » ; le sentiment d’être déconnecté de la société ; la conviction que le monde qui nous entoure est illégitime et corrompu ; que nous sommes invisibles : un « numéro » ; l’objet impuissant d’une répression hostile, imposée par « le système », le sentiment qu’il ne faut faire confiance à personne.

Et pourtant, cela ne s’arrête pas là. L’Establishment, qui sent le désespoir, a réagi à la crise des vaccins en déplaçant ses efforts sur un autre flanc du front de la guerre culturelle : l’idéologie moralisatrice est montée en puissance. Le code rouge de l’« urgence » climatique a été lancé, promettant des conséquences vraiment effrayantes si les nouvelles restrictions de l’utilisation de l’énergie et les « confinements » n’étaient pas acceptés par le public. Le Washington Post a clairement exprimé le sous-texte : le nationalisme et le populisme trumpiste ne peuvent être tolérés dans le cadre de la confrontation avec une urgence climatique mondiale. Le message est truffé de propos empreints de supériorité morale et de piété.

Voilà donc les sujets de tension qui préoccupent la « rue », mais qu’en est-il de ceux de l’élite ? Que se passera-t-il s’ils deviennent encore plus désespérés alors que leurs plans de rééquilibrage s’effondrent, que leurs économies sombrent, que leurs chaînes d’approvisionnement sont perturbées, que les pénuries se répandent et que l’inflation monte en flèche ? Vont-ils « faire le dos rond » et déclencher un nouveau Lehman Brothers ?

Est-ce le moment pour eux d’abandonner le système bancaire commercial existant au profit d’un système de banque centrale centré sur les monnaies numériques émises par la banque centrale, les applications de paiement remplissant la plupart des fonctions des anciennes banques commerciales ? Est-ce la façon de sécuriser les oligarques ? Il est beaucoup plus facile de bloquer d’éventuelles faillites et crises financières lorsque la BC contrôle une monnaie numérique : elle détermine si le déposant peut ou non puiser dans son portefeuille, elle peut bloquer ou même déduire des fonds de celui-ci, et elle peut autoriser ou interdire des dépenses à partir de celui-ci, en appuyant sur un bouton numérique.

Cela fonctionnera-t-il, ou cela risque-t-il de provoquer un retour de bâton intolérable ? Le moment est-il donc venu de faire diversion ? L’Iran s’approche-t-il du seuil nucléaire (il l’a peut-être déjà atteint) ? La Russie menace-t-elle l’Ukraine ? La Chine se prépare-t-elle à envahir Taïwan ? Il existe une panoplie de possibilités de diversion déjà préparées dans la cuisine narrative et qui peuvent être facilement utilisées en cas de besoin.

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

L’horizon s’éclaircit

Par : Zineb

Le discours de Raïssi constitue un défi particulier pour l’Occident, car il est fondé sur les valeurs de la révolution éthique qui sont à la fois étrangères et incompréhensibles pour cette élite métropolitaine.


Par Alastair Crooke – Le 16 août 2021 – Source Al Mayadeen

Il y a des moments où des lueurs de clarté brillent à travers le brouillard de la guerre narrative. Le discours d’investiture du président Raïssi ce mois-ci a été l’une de ces lueurs d’espoir. L’Iran se repositionne stratégiquement : les années passées à essayer de trouver un modus vivendi avec l’Occident n’ont fait que démontrer aux deux partenaires de cette « liaison » peu romantique qu’une relation n’est tout simplement pas possible. En effet, comme l’a laissé entendre Raïssi, cela a non seulement manqué de couler l’Iran, mais l’a aussi laissé avec une maison en désordre. Raïssi doit d’abord remettre de l’ordre dans sa maison, a-t-il dit, puis ouvrir la diplomatie à un cercle d’interactions plus large et plus diversifié. Les huit dernières années ont été étouffantes. Il faut ouvrir une fenêtre.Shafts of Clarity

Tout cela peut sembler quelque peu banal : une question de réorganisation intérieure. Cela peut donner cette impression, mais ce n’est pas le cas. C’est loin d’être banal. Précédée par le coup d’État de 1953, la révolution de 1979 a été un « os coincé dans la gorge des Américains » ; et la guerre de sept ans avec l’Irak, qui a suivi, n’a pas réussi à déloger cet « os ». Et maintenant, les espoirs américains d’enchaîner l’Iran avec les entraves de fer du JCPOA semblent avoir disparu à l’horizon.

Il s’agit ici du symbolisme plus large de ce moment – et de l’éclairage qu’il renvoie – sur une lacune clé non exprimée : ni les États-Unis, ni « Israël » (et bien sûr l’UE), n’ont la moindre idée d’un plan « B ».

Le caractère symbolique de ce point ne doit cependant pas être occulté par l’absence d’un plan « B » occidental. L’Iran est un « pivot » de la région et un « influenceur » du monde musulman. La Russie à Munich, puis la Chine à Anchorage, se sont lavées les mains de toute tentative de « diplomatie » transactionnelle avec l’Occident. Ce signal iranien d’aliénation – malgré des tentatives répétées – trouve un large écho.

La raison de ce manque de compréhension mutuelle n’est pas difficile à identifier : l’approche sous-jacente, profondément moralisatrice, de l’hyper-libéralisme particulier épousé par les élites occidentales a limité le discours politique à des positions morales simplistes, présentées comme évidentes et jugées moralement impeccables (aux yeux de cette élite métropolitaine).

Aujourd’hui, débattre du pour et du contre de la realpolitik n’est pas loin d’être une entreprise interdite. En effet, les changements dans le paradigme stratégique mondial, ou même les défis plus larges auxquels il est confronté, ne sont pas abordés de manière sérieuse. Car cela exigerait du réalisme et une compréhension stratégique que les leaders d’opinion occidentaux majoritaires rejettent comme défaitiste, voire immorale. Un plan « B » n’a donc jamais été envisagé – tant les élites étaient convaincues que l’Iran devait, bien entendu, choisir de réintégrer l’Ordre occidental.

Le discours de Raïssi constitue un défi particulier pour l’Occident, car il est fondé sur les valeurs de la révolution éthique qui sont à la fois étrangères et incompréhensibles pour cette élite métropolitaine.

Le problème de l’absence de plan « B » (étant donné les capacités de dissuasion de l’Iran) est toutefois crucial. La « guerre de l’ombre » d’Israël, les pressions exercées par les sanctions américaines et ses diverses tentatives de fomenter une « révolution de couleur » ont toutes échoué. Et la « grande guerre » est aujourd’hui au-delà des capacités de chacun. L’Occident en conclura que tout ce qui peut être fait, c’est de renforcer l’application des sanctions et de donner à « Israël » le « feu vert » pour poursuivre son entreprise d’attrition de l’Iran, en dépit de son échec patent.

Voici le dilemme : le repositionnement stratégique de Raïssi ne concerne pas seulement un rééquilibrage vers la Chine et la Russie ; son message était également celui du retour de la République iranienne à l’« indépendance » et à la « résistance » (contre les « puissances tyranniques »). Cela signifie que tout retour d’« Israël » à sa « guerre de l’ombre » contre l’Iran ne sera plus accueilli par une « patience stratégique », mais plutôt par des représailles réciproques calibrées : douleur pour douleur.

Tel est le risque. Un cycle orchestré par les Israéliens d’assassinats ou de sabotages dont ils pourraient nier en être les instigateurs – et auquel l’Iran riposterait – pourrait rapidement dégénérer en guerre.

Bien sûr, l’alternative évidente serait qu’« Israël » négocie une désescalade avec l’Iran. Mais il est peu probable que cela se produise, car l’ancien Premier ministre Netanyahou a poussé « Israël » si loin à droite – à la fois politiquement et culturellement – qu’« Israël » est acculé. Il ne peut plus résoudre la question palestinienne, que ce soit sous la forme de deux ou d’un seul État (après que les Palestiniens de 1948 se soient soulevés pour soutenir le Hamas lors de la récente guerre de Gaza), et encore moins trouver une solution à sa « guerre » avec l’Iran.

Les États-Unis ont un remède facile à proposer : se détourner du Moyen-Orient pour se tourner vers la Chine. Mais que peut faire « Israël » ?

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Alors que l’accord de Vienne s’estompe, l’option militaire est-elle de plus en plus chimérique ?

Par : Zineb

La perspective du JCPOA s’éloignant, l’Occident envisage, comme on pouvait s’y attendre, des options militaires.


Par Alastair Crooke – Le 7 août 2021 – Source Al Mayadeen

Les États-Unis se détournent rapidement du JCPOA. Rob Malley, négociateur en chef américain, a fait part ce week-end de ses doutes croissants quant à la possibilité d’un accord avec l’Iran. Raïssi et sa nouvelle équipe de politique étrangère ont promis d’exiger une « mise en œuvre adéquate » du JCPOA, si les négociations de Vienne reprennent en septembre ou en octobre.As JCPOA Deal Fades, Is the Military Option More a Chimaera?

La perspective du JCPOA s’éloignant, l’Occident envisage, comme on pouvait s’y attendre, des options militaires. Lundi, le ministre israélien de la défense, Gantz, a déclaré qu’« Israël » devait prendre des mesures « dès maintenant » à la suite de l’attaque par drone de la semaine dernière contre un navire exploité par Israël près d’Oman. « Israël », les États-Unis et le Royaume-Uni ont rejeté la faute sur Téhéran, mais l’Iran dément.

L’Establishment américain d’aujourd’hui, cependant, souhaite ardemment laisser derrière lui sa vieille « guerre contre le terrorisme » centrée sur le Moyen-Orient, pour passer à sa nouvelle « menace » flambant neuve : la « concurrence entre grandes puissances » – avec une cible épinglée sur la poitrine de la Chine. Le fait est que les conflits au Moyen-Orient ne suffisent plus à faire sortir un électeur américain de son lit (ces matins-ci), mais que dans un système politique américain radicalement polarisé, la seule chose qui suscite des applaudissements bipartites sur le terrain est de dénigrer la Chine. La Chine est la seule question perçue comme potentiellement capable de rassembler les Américains « en guerre », un jour ou l’autre.

La « grande guerre » est également problématique pour des États-Unis divisés. Ainsi, aujourd’hui, l’Amérique suit une stratégie qui consiste à infliger à ses ennemis une douleur par « milliers de coupures ». Cela semble plus facile et moins coûteux pour les États-Unis. La Chine doit être tourmentée par l’occidentalisation de Taïwan, et simultanément « inculpée » pour ses « abus » au Xinjiang et pour le Covid. La Russie est harcelée à propos d’à peu près tout ce qui se passe sous le soleil, et le bourbier ukrainien est maintenu en ébullition (en cas de besoin pour les États-Unis). Mais ces deux États comprennent que les États-Unis – bien que toujours dangereux – ont perdu leur avantage militaire mondial et sont entrés dans l’entropie politique.

Dans ce contexte, que faut-il penser de l’option militaire à l’égard de l’Iran ? Ici, au Moyen-Orient, les États-Unis et « Israël » ont également perdu leur « avantage militaire », cédant la place à des nuées de missiles intelligents et de drones en essaim. Le Dr Uzi Rubin, fondateur et premier directeur de l’Organisation de défense antimissile d’« Israël » au « ministère israélien de la Défense », écrivait en octobre 2019, au lendemain de « la frappe aérienne la plus dévastatrice » sur la raffinerie d’Abqaiq de Saudi Aramco, que « c’était aussi une attaque surprise ressemblant par son audace, sinon par son ampleur, à l’attaque surprise japonaise de 1941 sur Pearl Harbour ». En un sens, on pourrait se souvenir de septembre 2019 comme du « septembre noir » de l’Arabie saoudite. Il a indiqué qu’« Israël » était également vulnérable à ce type d’attaque.

Si une attaque militaire directe contre l’Iran est problématique en raison des nouvelles capacités de dissuasion de l’Iran de type « Pearl Harbour », et si des représailles occidentales pour l’incident du pétrolier sont également problématiques parce que (comme le note le correspondant israélien pour la défense, Ben Caspit) le « prêté pour rendu » dissimulé du pétrolier – entre « Israël » et l’Iran – se poursuit depuis environ deux ans (avec « Israël » en tête d’environ 12 points, contre 5 pour l’Iran). Le résultat final est qu’« Israël » serait le plus vulnérable dans ce « jeu ».

Quelle sera la prochaine étape ? Une balkanisation américano-israélienne de l’Iran multiethnique pour renverser le gouvernement ? C’est une vieille chimère. Comme l’admet un autre Israélien, Raz Zimmt, vétéran de l’observation de l’Iran par les Forces de défense israéliennes, la « balkanisation de l’Iran » relève probablement du « fantasme ». Les manifestations déclenchées par une grave crise de l’eau dans le Khuzestan, dans le sud-ouest de l’Iran (où les MeK seraient implantés), se sont déroulées principalement dans des zones à majorité arabe. (Les ethnies arabes – principalement chiites – représentent environ un tiers de la population de la province).

La réalité, écrit Raz Zimmt, est que l’Iran existe en tant qu’État civilisationnel distinct depuis des siècles, et que le degré d’intégration des minorités au sein de la société iranienne réduit considérablement le risque pour la cohésion nationale de l’Iran.

Par exemple, les Arabes vivant en Iran sont majoritairement chiites, ce qui renforce leur attachement à un pôle civilisationnel chiite et a grandement déjoué les efforts visant à mobiliser leur soutien pendant la guerre Iran-Irak. Des membres de minorités ethniques ont également occupé des postes à responsabilité au fil des ans, notamment le guide suprême Khamenei (à moitié azéri du côté de son père).

Les dirigeants israéliens se sont réjouis de l’intention de la Grande-Bretagne de déployer des forces spéciales contre les auteurs présumés de l’attaque du navire Mercer par un drone, mais ils s’inquiètent également de l’isolement potentiel d’« Israël », alors que les États-Unis tentent de se retirer de la région et que l’évolution négative du sentiment à l’égard d’« Israël » handicape son influence sur la politique intérieure américaine. D’un point de vue réaliste, que peut faire « Israël » ?

La plus grande préoccupation d’« Israël » est ce qu’il appelle le « projet de précision » : l’arsenal de missiles de précision du Hezbollah qui est considéré par « Israël » comme un « briseur d’égalité » stratégique, transformant le Hezbollah en une force capable de paralyser « Israël » pendant une période substantielle, en cas d’affrontement militaire. Et une confrontation avec le Hezbollah, en soi, pourrait déclencher une guerre sur plusieurs fronts. Le Premier ministre Bennett prendra-t-il ce risque ? Rappelons qu’il était le commandant d’artillerie qui a été sanctionné pour avoir ordonné en 1996 des tirs d’artillerie provoquant le massacre de Kufr Kana au Liban, tuant 102 civils et un certain nombre de fonctionnaires des Nations unies. Peut-être l’ancienne blessure est-elle encore présente ?

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

L’échange de missiles narratifs intelligents pulvérise les critiques

Par : Zineb

Les narrations sont devenues des missiles de croisière intelligents : dites « l’Iran n’est pas une menace pour l’Amérique » ; dites « les Etats-Unis devraient cesser de recevoir des instructions de l’AIPAC » – et un missile narratif tombera du ciel, vous pulvérisant.


Par Alastair Crooke – Le 26 juillet 2021 – Source Al Mayadeen

Vieux, absurdes et inadaptés – comment décrire autrement les récits de politique étrangère de l’Amérique en ce qui concerne le Russiagate, mais plus particulièrement l’Iran ? Les ambitions nucléaires de l’Iran constituent une « menace » ; l’Iran est un « acteur malveillant », qui sape l’ordre fondé sur des règles, et sa nature est faite de « tromperie et de mensonge ».

Exchange of Smart Narrative Missiles Vaporizes Criticism

Pourtant, l’équipe Biden souhaite un accord avec Téhéran.

Il existe une contradiction évidente entre la narration américaine et l’intérêt actuel des États-Unis à s’engager avec l’Iran. Alors pourquoi Washington s’en tient-il à ces narrations qui sont si manifestement inadaptées ? Pourquoi tout est figé sur des récits anciens et absurdes de l’ère Obama, établis par des faucons néoconservateurs ? Ils entravent la marge de manœuvre de l’Amérique.

Le journaliste américain Matt Taibbi donne une réponse : les États-Unis sont enfermés dans un échange intérieur mortel de « missiles » narratifs intelligents ; l’argumentation ou la stratégie rationnelles sont « exclues ». Quiconque sort la tête de la « tranchée narrative » sera éliminé. La sécurité est dans le récit.

Taibbi écrit :

Voici ce que nous faisons maintenant, au lieu d’argumenter : nous lançons des termes comme « suprémaciste blanc », « transphobe », « théoricien du complot » et « fasciste », sachant que si les mots collent, ils mènent à des résultats : boycotts, licenciements, retrait des plateformes Internet, etc. Lorsque [une personnalité éminente est comparée – disons – à] Alex Jones, ils le font, sachant que Jones a été expulsé d’Internet – c’est donc une façon pas si subtile de voter pour ce même résultat.

C’est devenu notre style d’argumentation politique : asséner à quelqu’un une accusation à laquelle on ne peut pas répondre, puis, comme le dirait Lyndon Johnson, « faire en sorte que ce fils de pute la nie ».

C’est pourquoi tant d’efforts ont été déployés pour dénoncer l' »anxiété économique » comme un « code » pour le racisme, pourquoi Hillary Clinton a accusé Jill Stein et Tulsi Gabbard d’être des agents étrangers… Ce sont toutes des stratégies de préparation au débat. Lorsque Clinton s’en est pris à Gabbard, nous avons cessé de discuter pour savoir si l’intervention militaire en Syrie était une bonne idée ou non, et nous sommes passés à un débat pour savoir si Gabbard était complice d’un génocide. Dès le début, les détracteurs du Russiagate ont dû déterminer leur degré de motivation car ils allaient être accusés de soutenir Poutine ou Trump… Jusqu’où êtes-vous prêt à aller ? Combien pouvez-vous vous permettre d’en prendre ?

C’est devenu la norme, surtout dans la politique du parti Démocrate (mais aussi plus récemment du côté Républicain), d’embrasser cette forme maximaliste de débat au motif qu’elle fonctionne. Le retrait des plates-formes fonctionne, les boycotts fonctionnent, la honte fonctionne. Les deux partis l’ont fait, et le font encore aujourd’hui, sous une forme exacerbée : les Républicains de l’ère Bush parlaient du libéralisme comme d’un « trouble mental », voire d’une « trahison ». Aujourd’hui, les Républicains sont considérés comme la première « menace pour la sécurité nationale de la démocratie américaine ». Cette polarisation radicale n’inclut volontairement aucune vision pour l’autre moitié de l’Amérique – sauf une abjuration digne d’un autodafé, ou une carrière menée au bûcher.

La version la plus puissante, qui prévaut aujourd’hui chez les Démocrates, cherche à mettre en place une politique de non-engagement woke (ou d’annulation) – avec un bâton « raciste »/suprémaciste/« autre » privilégié, en utilisant des outils supplémentaires tels que la censure des plateformes et la surveillance nationale.

Les narrations sont devenues des missiles de croisière intelligents : dites « l’Iran n’est pas une menace pour l’Amérique » ; dites « les États-Unis devraient cesser de recevoir des instructions de l’AIPAC«  – et un missile narratif tombera du ciel, vous pulvérisant.

« L’Iran peut se plier aux exigences de négociation des États-Unis ; l’Iran peut se conformer au JCPOA ; il peut se soumettre aux inspections renforcées de l’AIEA«   – rien ne changera. Le discours restera verrouillé. L’Iran restera une « menace ».

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Les talibans d’aujourd’hui pourraient être véritablement « nouveaux » , et ce changement pourrait transformer le Moyen-Orient

Par : Zineb

Plus important encore, plutôt que d’avoir une perspective limitée à l’étroit territoire de Kandahar, les nouveaux jeunes dirigeants talibans veulent jouer le « Grand Jeu » stratégique.


Par Alastair Crooke – Le 20 juillet 2021 – Source Al Mayadeen

Une brise subtile souffle ; il est trop tôt pour l’appeler « un vent ». Mais un changement frappant s’est produit – et se produit encore. Est-ce suffisant ? Nous devrions être prudents, à juste titre ; cependant, les talibans que j’ai connus, lorsqu’ils ont commencé à se regrouper – une idée du général Hamid Gul des services de renseignement pakistanais – ne sont pas les talibans d’aujourd’hui. Peut-être devons-nous, nous aussi, éviter de nous enfermer dans des récits éculés. Suhail Shaheen, leur porte-parole, l’a fait remarquer en déplorant la « propagande lancée contre nous », et en laissant entendre que le monde devrait admettre que les talibans ont effectivement changé.Today’s Taliban May Be Truly ‘New’, and the Shift Could Transform the Middle East

Plusieurs de ces changements sont à couper le souffle : les talibans étaient un mouvement revanchard pachtoune étriqué, entièrement paralysé par une loi tribale rigide, et influencé par le salafisme saoudien et l’islamisme pakistanais intolérants.

Que voyons-nous aujourd’hui ? Les talibans s’engagent dans une vaste diplomatie avec l’Iran. Téhéran, semble-t-il, n’est plus un apostat, ni un ennemi idéologique et théologique. Les talibans cherchent désormais à intégrer l’Iran dans leurs intérêts stratégiques plus larges. Et plus extraordinaire encore, les Hazaras chiites afghans – à l’origine massacrés et affreusement réprimés par les talibans – sont désormais une composante des talibans ! Il existe également des « talibans tadjiks », alors qu’auparavant, les talibans étaient les ennemis jurés des forces du nord (principalement tadjikes) d’Ahmad Shah Massoud. Les talibans d’aujourd’hui ne sont plus un simple instrument de l’hégémonie pachtoune – peut-être jusqu’à 30 % d’entre eux sont tadjiks, ouzbeks ou hazaras. En d’autres termes, la graine de l’inclusion est déjà plantée.

Plus important encore, au lieu d’avoir une vision étriquée limitée à l’étroit territoire de Kandahar, les nouveaux jeunes dirigeants talibans veulent jouer le « Grand Jeu » stratégique. Leur vision s’est élargie. Ils le disent, de manière très ferme, à Moscou et à Téhéran : ils seront inclusifs, ils essaieront d’éviter les grandes effusions de sang et ils considèrent Moscou et Téhéran comme des médiateurs pour une nouvelle configuration afghane. Et il y a autre chose : l’Arabie saoudite et le Pakistan contrôlaient autrefois le robinet à fric. Maintenant, c’est la Chine. Depuis plusieurs années maintenant, les talibans cultivent la Chine – et la Chine cultive les talibans.

Mais nous devons garder les pieds sur terre. Les talibans ne sont pas autonomes. L’Inde et le Pakistan pèsent sur eux, et les narco-gangs (héritage des tentatives irréfléchies de la CIA d’acheter d’éminents chefs de guerre afghans) peuvent jouer les trouble-fête.

La question qui se pose ici – hormis les mises en garde ci-dessus – est de savoir si cela est suffisant. Suffisant pour quoi ? Suffisant pour que les États-Unis quittent la région, bien sûr. Il y a ici, une inhabituelle constellation d’intérêts importants. Tous les principaux acteurs veulent que les États-Unis quittent la région.

Ce n’est pas de la haute science géostratégique que de comprendre que le retrait américain de l’Irak et de la Syrie dépendra de ce qui se passe en Afghanistan. S’il y a un désordre monstrueux après le 31 août, d’autres retraits américains de la région deviendront beaucoup plus problématiques en raison de l’opposition intérieure américaine. Il est dans l’intérêt des talibans – tout comme de la Russie, de l’Iran et de la Chine – que l’Afghanistan n’humilie pas Biden en sombrant dans une (très possible) guerre civile sanglante.

Une « demande » difficile, mais comme le souligne Pepe Escobar, les poids lourds de l’Organisation de Coopération de Shanghaï, la Chine et la Russie, seront rejoints le 14 juillet à Douchanbé par les quatre « stans » d’Asie centrale, plus l’Inde et le Pakistan (l’Afghanistan et l’Iran participent en tant qu’observateurs).

Wang Yi et Lavrov diront probablement au ministre des affaires étrangères de Ghani, « en termes très clairs, qu’il doit y avoir un accord de réconciliation nationale, sans interférence américaine, et que cet accord doit inclure la fin de la filière opium-héroïne ». (La Russie a déjà obtenu des talibans la promesse ferme de ne pas laisser le jihadisme s’envenimer. La finalité : des tonnes d’investissements productifs, l’Afghanistan est incorporé à la Nouvelle route de la soie et – plus tard – à l’Union économique eurasiatique (UEEA).

Pourquoi les talibans devraient-ils accepter ? Eh bien, ils peuvent être les facilitateurs d’un retrait américain plus important (ou, les « gâcheurs »). Mais, s’ils sont patients – et acceptent d’attendre que l’attention des États-Unis se soit déplacée – ils peuvent permettre à Ghani de tomber quelques mois plus tard – en temps voulu. Les talibans pourraient alors prétendre être l’avant-garde d’un nouvel islamisme sunnite plus sophistiqué et plus inclusif, aligné sur un grand projet d’infrastructure de la Nouvelle route de la soie.

Comment cela est-il arrivé ? Le professeur Rabbani sourit peut-être de sa tombe. Il semble que les « nouveaux » talibans aient pris les vêtements politiques du leader tadjik.

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Le carcan du non sens de la narration occidentale

Par : Zineb

Les récits de Biden resteront des fantasmes, qui ne peuvent être mis en œuvre dans la réalité. En d’autres termes, ils ne peuvent être mis en œuvre sans déclencher une guerre majeure au Moyen-Orient – une guerre qui menacerait l’existence même d’ « Israël ».


Par Alastair Crooke – Le 13 juillet 2021 – Source Al Mayadeen


Lorsque le président israélien sortant a rencontré Biden dans le bureau ovale le mois dernier, tous les « récits porteurs » de l’Establishment mondial étaient exposés : l’« ordre mondial » imposé par les États-Unis, le renforcement de l’alliance arabe anti-iranienne, le blocage de la poussée nucléaire iranienne, l’arrêt du développement de l’arsenal militaire iranien – et l’Iran « ne réussira jamais à se doter d’une arme nucléaire sous « mon » mandat (c’est-à-dire celui de Biden) » .The Shackle of Western Non-meaningful Narrative

Cela semble difficile. Cela résonne chez nous, comme si les États-Unis dirigeaient le monde « depuis le front ». Mais tout cela, ce n’est que du bruit, car l’équipe Biden ne peut, en fait, mettre en œuvre aucun de ces récits. Ils restent des fantasmes, qui ne peuvent être mis en pratique dans la réalité : c’est-à-dire qu’ils ne peuvent pas être mis en œuvre sans déclencher une guerre majeure au Moyen-Orient – une guerre qui menacerait l’existence même d’« Israël ».

L’ordre mondial s’est effondré et ses « valeurs » n’appellent plus d’émulation ; l’Iran ne peut plus être forcé à entrer dans une « boîte de restriction nucléaire » – et comment Biden pourrait-il garantir (sans une guerre régionale majeure) qu’il n’y aura pas d’« arme » iranienne durant sa présidence ? Il en va de même pour les autres enjeux régionaux : les États-Unis vont « donner le coup d’envoi » d’une solution à deux États pour les Palestiniens, et Assad doit être tenu pour responsable du « massacre de son propre peuple ».

Comment Biden garantirait-il un État palestinien ? Et, au-delà de la transformation de la Syrie en un désert de fumée, comment va-t-il forcer les Syriens à abandonner leur dirigeant ?

Nous touchons là au cœur du dilemme du Moyen-Orient : la région s’est transformée au cours des quatre dernières années ; le monde prend de nouvelles directions, mais rien de tout cela ne peut être abordé – aucune de ces vérités n’est directement « regardée dans les yeux » dans le discours occidental, en raison du caractère sacré de ces schibboleths éculés. Et puisqu’il est impossible d’en parler, ou d’y réfléchir de manière critique en Occident, la capacité de la région à aller de l’avant est gravement atténuée.

Voici le problème : lorsque l’Establishment a finalement évincé Trump – et que sa « nouvelle normalité » a été proclamée – nous (le monde) étions déjà complètement déboussolés en vivant une réalité dans laquelle les faits n’avaient plus aucune importance, où des choses qui ne se sont jamais produites ont néanmoins eu lieu officiellement. Et d’autres choses qui se sont évidemment produites, ne se sont jamais produites – pas officiellement, du moins. Il s’est avéré que ces dernières n’étaient pas fondées sur la « science », et qu’elles méritaient donc d’être condamnées comme étant de l’extrémisme de droite, des théories du complot, des « fake news » ou autre chose, bien que les gens sachent qu’elles ne sont pas fausses. Et ils pouvaient le voir.

Il ressort clairement du récit de Biden que « ses maîtres » ne veulent absolument pas réfléchir aux nouvelles réalités stratégiques de la région, ni les aborder. Ils n’ont que faire d’un examen approfondi de ces nouvelles circonstances. Ils veulent, au contraire, aller dans la direction opposée à la pureté épistémologique. Ils cherchent à générer un grand nombre de réalités contradictoires, c’est-à-dire non seulement des idéologies contradictoires, mais aussi des réalités qui s’excluent mutuellement, qui ne peuvent pas exister simultanément et qui, bien sûr, ne servent qu’à embrouiller davantage les gens.

L’objectif est de « dévaloriser » toutes les valeurs nationales restantes, d’affaiblir la cohésion nationale – car son objectif logique n’est pas de créer une nouvelle idéologie ou un nouveau récit (il n’en a pas besoin), mais plutôt de prolonger un ordre unique, mondial et mercantile.

Bien sûr, même la Maison Blanche a toujours besoin de son « récit ». Mais le but, ici, de tout récit de l’Establishment, est de tracer une ligne Maginot, une frontière idéologique défensive, entre « la vérité » telle que définie par les classes dirigeantes et toute autre « vérité » qui contredit leur propre récit.

Les « classes dirigeantes » accréditées (telles que celles qui dirigent Bruxelles et travaillent au Congrès) savent que leur succès dans le monde est, en grande partie, le fruit de leur enthousiasme pour les récits officiels. Et leur espoir collectif est que l’adoption du « récit correct » leur assure un espace sûr et durable. D’un côté de cette « ligne Maginot », il y a donc la sécurité et un certain avancement, mais de l’autre côté, il y a la stigmatisation sociale et professionnelle, et la fin d’une carrière.

C’est là que réside le nœud du problème. Le Moyen-Orient (comme d’autres régions) est prisonnier de ce carcan de récits délibérément absurdes. Jusqu’à ce que le méta-récit d’un ordre mondial, soutenu par les « muscles » américains – et le récit subordonné d’un « avantage » israélien garanti sur le monde musulman, se fracture enfin, la région semble condamnée à une crise durable.

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

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