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Aujourd’hui — 27 novembre 2022Vos flux RSS

Niger : L’abondant uranium rapporte très peu

Important fournisseur d'uranium de l'UE, le Niger a du mal à vivre de son minerai, entre des cours bas, des réserves difficiles à exploiter et des exploitants internationaux jugés parfois trop gourmands.
Hier — 26 novembre 2022Vos flux RSS

Russie, Inde, Chine, Iran: le Quad oriental concurrent du Quad occidental

par Pepe Escobar.

L’Asie du Sud-Est est au centre des relations internationales pendant toute une semaine, à l’occasion de trois sommets consécutifs : le sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) à Phnom Penh, le sommet du Groupe des vingt (G20) à Bali et le sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) à Bangkok.

Dix-huit nations représentant environ la moitié de l’économie mondiale étaient représentées au premier sommet de l’ANASE en personne au Cambodge depuis la pandémie de Covid-19 : les 10 pays de l’ANASE, le Japon, la Corée du Sud, la Chine, l’Inde, les États-Unis, la Russie, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Avec la politesse asiatique caractéristique, le président du sommet, le Premier ministre cambodgien Hun Sen (ou « colombien », selon le soi-disant « leader du monde libre »), a déclaré que la réunion plénière était quelque peu animée, mais que l’atmosphère n’était pas tendue : « Les dirigeants ont parlé de manière mature, personne n’est parti ».

Il revenait au ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, d’exprimer ce qui était vraiment significatif à l’issue du sommet.

Tout en faisant l’éloge de la « structure inclusive, ouverte et égale de sécurité et de coopération de l’ANASE », Lavrov a souligné comment l’Europe et l’OTAN « veulent militariser la région afin de contenir les intérêts de la Russie et de la Chine dans l’Indo-Pacifique ».

Une manifestation de cette politique est la façon dont « AUKUS vise ouvertement la confrontation en mer de Chine méridionale », a-t-il déclaré.

Lavrov a également souligné que l’Occident, par le biais de l’alliance militaire de l’OTAN, n’accepte l’ANASE « que nominalement » tout en promouvant un programme totalement « flou ».

Ce qui est clair en revanche, c’est que l’OTAN « s’est rapprochée des frontières russes à plusieurs reprises et a déclaré au sommet de Madrid qu’elle avait pris une responsabilité mondiale ».

Ce qui nous amène à l’argument décisif : « L’OTAN déplace sa ligne de défense vers la mer de Chine méridionale ». Et, a ajouté Lavrov, Pékin est du même avis.

Voici, de manière concise, le « secret » de notre incandescence géopolitique actuelle. La priorité numéro un de Washington est l’endiguement de la Chine. Cela implique d’empêcher l’UE de se rapprocher des principaux moteurs de l’Eurasie – la Chine, la Russie et l’Iran – engagés dans la construction du plus grand environnement de libre-échange/connectivité du monde.

S’ajoutant à la guerre hybride menée depuis des décennies contre l’Iran, l’armement infini du trou noir ukrainien s’inscrit dans les étapes initiales de la bataille.

Pour l’Empire, l’Iran ne peut pas profiter de devenir un fournisseur d’énergie bon marché et de qualité pour l’UE. Et en parallèle, la Russie doit être coupée de l’UE. L’étape suivante consiste à forcer l’UE à se couper de la Chine.

Tout cela correspond aux rêves les plus fous et les plus tordus des straussiens et des néocons : pour attaquer la Chine, en enhardissant Taïwan, il faut d’abord affaiblir la Russie, en instrumentalisant (et en détruisant) l’Ukraine.

Et tout au long de ce scénario, l’Europe n’a tout simplement aucun pouvoir.

Poutine, Raïssi et la piste Erdogan

La vie réelle à travers les nœuds clés d’Eurasie révèle une image complètement différente. Prenez par exemple la rencontre détendue qui a eu lieu la semaine dernière à Téhéran entre le haut responsable russe de la sécurité, Nikolaï Patrouchev, et son homologue iranien, Ali Shamkhani.

Ils ont discuté non seulement de questions de sécurité, mais aussi d’affaires sérieuses, notamment d’échanges commerciaux dynamiques.

La National Iranian Oil Company (NIOC) signera le mois prochain un accord de 40 milliards de dollars avec Gazprom, contournant les sanctions américaines, et englobant le développement de deux champs gaziers et de six champs pétroliers, des échanges de gaz naturel et de produits pétroliers, des projets de GNL et la construction de gazoducs.

Immédiatement après la rencontre Patrouchev-Shamkhani, le président Poutine a appelé le président Ebrahim Raïssi pour qu’il poursuive « l’interaction dans les domaines de la politique, du commerce et de l’économie, et notamment du transport et de la logistique », selon le Kremlin.

Le président iranien aurait plus que « salué » le « renforcement » des liens entre Moscou et Téhéran.

Patrouchev a soutenu sans équivoque Téhéran face à la dernière aventure de révolution de couleur perpétrée dans le cadre de la guerre hybride sans fin de l’Empire.

L’Iran et l’UEE négocient un accord de libre-échange (ALE) parallèlement aux accords d’échange de pétrole russe. Bientôt, SWIFT pourrait être complètement contourné. L’ensemble du Sud global observe.

Simultanément à l’appel téléphonique de Poutine, Recep Tayyip Erdogan, de la Turquie, qui mène sa propre surenchère diplomatique et revient tout juste d’un sommet des nations turques à Samarcande, a souligné que les États-Unis et l’Occident dans son ensemble attaquent la Russie « presque sans limites ».

Erdogan a précisé que la Russie était un État « puissant » et a salué sa « grande résistance ».

La réponse est arrivée exactement 24 heures plus tard. Les services de renseignement turcs sont allés droit au but en soulignant que l’attentat terroriste perpétré dans la rue piétonne Istiklal d’Istanbul, perpétuellement animée, avait été conçu à Kobané, dans le nord de la Syrie, qui répond essentiellement aux États-Unis.

Cela constitue un acte de guerre de facto et peut avoir de graves conséquences, notamment une révision profonde de la présence de la Turquie au sein de l’OTAN.

La stratégie à plusieurs voies de l’Iran

Une alliance stratégique Russie-Iran se manifeste pratiquement comme une fatalité historique. Cela rappelle l’époque où l’ex-URSS a aidé militairement l’Iran via la Corée du Nord, après un blocus imposé par les États-Unis et l’Europe.

Poutine et Raïssi passent à la vitesse supérieure. Moscou et Téhéran élaborent une stratégie commune pour faire échec à la militarisation des sanctions par l’Occident collectif.

L’Iran, après tout, a un palmarès absolument exceptionnel pour ce qui est de réduire en miettes les variantes de la « pression maximale ». En outre, il est désormais lié à un parapluie nucléaire stratégique offert par les « RIC » des BRICS (Russie, Inde, Chine).

Téhéran peut donc maintenant envisager de développer son énorme potentiel économique dans le cadre de la BRI, de l’OCS, de l’INSTC, de l’Union économique eurasienne (UEE) et du partenariat pour la Grande Eurasie dirigé par la Russie.

Le jeu de Moscou est de la pure sophistication : s’engager dans une alliance stratégique pétrolière de haut niveau avec l’Arabie saoudite tout en approfondissant son partenariat stratégique avec l’Iran.

Immédiatement après la visite de Patrouchev, Téhéran a annoncé le développement d’un missile balistique hypersonique de fabrication nationale, assez similaire au KH-47 M2 Kinjal russe.

L’autre nouvelle importante concernait la connectivité : l’achèvement d’une partie d’une voie ferrée reliant le port stratégique de Chabahar à la frontière avec le Turkménistan. Cela signifie une connectivité ferroviaire directe imminente avec les sphères d’Asie centrale, de Russie et de Chine.

Ajoutez à cela le rôle prédominant de l’OPEP+, le développement des BRICS+ et la volonté pan-eurasienne de tarifer le commerce, l’assurance, la sécurité, les investissements dans le rouble, le yuan, le rial, etc.

Il y a aussi le fait que Téhéran ne se soucie guère des interminables atermoiements collectifs de l’Occident sur le Plan d’action global conjoint (JCPOA), communément appelé accord sur le nucléaire iranien : ce qui compte vraiment maintenant, c’est l’approfondissement des relations avec les « RIC » des BRICS.

Téhéran a refusé de signer le projet d’accord nucléaire de l’UE à Vienne. Bruxelles était enragée ; aucun pétrole iranien ne « sauvera » l’Europe, remplaçant le pétrole russe en vertu d’un plafond absurde qui sera imposé le mois prochain.

Et Washington a enragé car il pariait sur les tensions internes pour diviser l’OPEP.

Compte tenu de tout ce qui précède, il n’est pas étonnant que le « Think Tankland » américain se comporte comme une bande de poulets sans tête.

La queue pour rejoindre les BRICS

Lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Samarcande en septembre dernier, il était déjà tacite pour tous les acteurs de voir comment l’Empire cannibalise ses alliés les plus proches.

Et comment, simultanément, la sphère de l’OTAN, qui se rétrécit, se tourne vers l’intérieur, en se concentrant sur l’ennemi intérieur, en incitant sans relâche les citoyens moyens à marcher au pas derrière une conformité totale à une guerre à deux volets – hybride et autre – contre les concurrents impériaux pairs, la Russie et la Chine.

Comparez maintenant avec le président chinois Xi Jinping qui, à Samarcande, a présenté la Chine et la Russie, ensemble, comme les principales « puissances mondiales responsables » déterminées à garantir l’émergence de la multipolarité.

Samarcande a également réaffirmé le partenariat politique stratégique entre la Russie et l’Inde (le Premier ministre indien Narendra Modi l’a qualifié d’amitié indéfectible).

Cela a été corroboré par la rencontre entre Lavrov et son homologue indien Subrahmanyam Jaishankar la semaine dernière à Moscou.

Lavrov a fait l’éloge du partenariat stratégique dans tous les domaines cruciaux – politique, commerce et économie, investissements et technologie, ainsi que des « actions étroitement coordonnées » au Conseil de sécurité des Nations unies, aux BRICS, à l’OCS et au G20.

En ce qui concerne les BRICS, Lavrov a confirmé que « plus d’une douzaine de pays » sont candidats à l’adhésion, dont l’Iran : « Nous pensons que le travail de coordination des critères et des principes qui devraient sous-tendre l’expansion des BRICS ne prendra pas beaucoup de temps ».

Mais d’abord, les cinq membres doivent analyser les répercussions révolutionnaires d’un élargissement des BRICS+.

Encore une fois : le contraste. Quelle est la « réponse » de l’UE à ces développements ? Elle propose un énième train de sanctions contre l’Iran, visant les fonctionnaires et les entités « liées aux affaires de sécurité » ainsi que les entreprises, pour leurs prétendues « violences et répressions ».

La « diplomatie », à la manière de l’Occident collectif, ressemble à peine à de l’intimidation.

Pour en revenir à l’économie réelle – comme sur le front du gaz – les intérêts nationaux de la Russie, de l’Iran et de la Turquie sont de plus en plus imbriqués, ce qui ne manquera pas d’influencer l’évolution de la situation en Syrie, en Irak et en Libye, et constituera un facteur clé pour faciliter la réélection d’Erdogan l’année prochaine.

En l’état actuel des choses, Riyad a, à toutes fins utiles, effectué une étonnante manœuvre à 180 degrés contre Washington via l’OPEP+. Cela peut signifier, même de manière tordue, le début d’un processus d’unification des intérêts arabes, guidé par Moscou.

Des choses plus étranges se sont produites dans l’histoire moderne. Il semble que le moment soit venu pour le monde arabe d’être enfin prêt à rejoindre le Quad qui compte vraiment : la Russie, l’Inde, la Chine et l’Iran.

Pepe Escobar

source : Press TV

traduction Réseau International

L’adhésion de l’Union africaine au G20 : Un palier vers la refonte de la gouvernance mondiale

« L’Afrique sera désormais à la table des négociations et pourra ainsi participer en amont à l’élaboration de l’agenda du Groupe. Elle aura la possibilité d’exercer une plus grande influence sur le contenu de cet agenda. »
À partir d’avant-hierVos flux RSS

Les BRICS ont choisi le pays qui va abriter leur siège en Afrique centrale

par Modeste Dossou. « Le siège des BRICS pour l’Afrique centrale sera basé à Bangui, et un programme d’investissement sera mis en place entre l’organisation des BRICS et la République centrafricaine ».

Algérie : Un méga contrat d’armement russe de 11 milliards de dollars

Par : Faouzi Oki
par Faouzi Oki. L'opération militaire algéro-Russe Bouclier du désert se déroule actuellement à Bechar près de la frontière marocaine avec quelque 200 soldats des forces antiterroristes des deux pays.

RD Congo : Pour la paix dans l’est, un accord signé en Angola

par Badylon Kawanda Bakiman. « Les Congolais veulent voire des changements sur terrain et non des accords qui ne vont pas ressusciter plus de 10 millions des Congolais décédés à cause des conflits. »

ONG françaises interdites au Mali : « Le mal de la France en Afrique n’a même pas encore commencé »

« Comme vous pouvez le deviner, ils travaillent à travers ces ONG ici. C’est à dire que ces ONG sont reliées directement au Quai d’Orsay. Officiellement on ne dit pas ça, mais nous sommes au courant. »

La France a « des raisons de s’opposer aux livraisons » d’engrais russes vers l’Afrique

« Macron a explicitement fait part à la Russie de revendications selon lesquelles celle-ci crée une concurrence pour la France. Il est donc clair que les autorités françaises ont des raisons de s'opposer aux livraisons. »

La fin de la guerre entre l’OTAN et la Russie selon un recteur Orthodoxe

Par Batiushka  – Le 18 octobre 2022 – Source The Saker Blog

Même les politiciens occidentaux qui se bercent d’illusions et leurs médias de presse commencent à comprendre que la situation ne peut plus durer. Prenons simplement les titres de l’actualité du 18 octobre.

La publication américaine National Interest rapporte que l’Ukraine ne pourrait tenir qu’un mois sans l’aide américaine.

https://news.mail.ru/incident/53516988/?frommail=1

Le gouverneur de la province de Kherson, Kirill Stremousov, a annoncé sur la chaîne russe Channel One que les forces de Kiev ont perdu 9 800 soldats en six semaines, ainsi que 320 chars, 250 véhicules d’infanterie, 542 voitures blindées, 36 avions et 7 hélicoptères. Elles sont tombées dans le piège des Russes, qui leur ont permis d’avancer en rase campagne.

https://news.mail.ru/incident/53510849/?frommail=1

Des photos du gazoduc Nordstream ont été publiées dans le journal suédois « Expressen ». Il s’agit clairement d’un sabotage. Qui serait intéressé à faire cela ? Peut-être les mêmes que ceux qui ont abattu le MH 17 en 2014 ?

https://news.mail.ru/incident/53519325/?frommail=1

La mobilisation partielle de 300 000 réservistes russes est presque terminée. Leur présence dans le Donbass va libérer les forces régulières pour qu’elles puissent avancer davantage, bien qu’une partie des terres prises par les forces de Kiev en septembre ait déjà été reprise et que d’autres soient libérées chaque jour.

Après sept jours d’attaques aériennes (dont deux jours seulement ont été rapportés par les médias occidentaux) sur les infrastructures ukrainiennes, en particulier sur l’approvisionnement en électricité, même Zelensky a admis aujourd’hui que 30 % des centrales électriques du régime de Kiev ont été détruites dans toute l’Ukraine. Tout cela en réponse à son terrorisme à Zaporozhye, Donetsk, Belgorod, Moscou (Daria Dugina), et contre le Nordstream et le pont de Crimée. A quoi d’autre s’attendait-il ?

La France est en grève.

L’Italie en a assez et veut que les livraisons d’armes aux néo-nazis de Kiev cessent.

Au Royaume-Uni, en faillite, à la stupéfaction générale, Truss est toujours « présente » [Ce n’est plus le cas à ce jour, NdT], mais le site web du Daily Mail rapporte que de nombreux pubs vont devoir fermer pour l’hiver. Les propriétaires n’ont pas les moyens de payer les factures de chauffage.

En Allemagne, le ministre de la santé, Karl Lauterbach, a mis en garde contre le risque que même les hôpitaux doivent fermer à cause de la crise énergétique.

Certains demandent : « Mais pourquoi la Fédération de Russie n’a-t-elle pas commencé la campagne de libération en février dernier en augmentant immédiatement le seuil de douleur ? » La réponse est simple. Ce n’est pas seulement que la Fédération a sous-estimé la stupidité totale de l’OTAN et de la junte de Kiev. C’est bien plus que cela, c’est tout simplement que la Russie n’a jamais voulu infliger de douleur aux Ukrainiens ordinaires et à ses propres soldats de l’Union. Les Ukrainiens ordinaires n’ont JAMAIS été l’ennemi. Les Russes ont toujours visé les militaires de Kiev fournis et entraînés par l’OTAN. Les Russes ne sont pas des Américains qui arrosent les buissons de balles de mitrailleuses et les arbres d’agent orange, ou qui rayent Hambourg et Dresde de la carte comme les Britanniques. Ils ciblent. Ils ne sont pas des terroristes.

N’avez-vous pas lu le discours du président Poutine du 30 septembre ? Écoutez-le à nouveau, s’il vous plaît :

Je veux que les autorités de Kiev et leurs véritables manipulateurs à l’Ouest m’entendent maintenant, et je veux que tout le monde se souvienne de ceci : les personnes vivant à Lougansk et Donetsk, à Kherson et Zaporozhye sont devenues nos citoyens, pour toujours.

…Nous appelons le régime de Kiev à cesser le feu et toutes les hostilités immédiatement ; à mettre fin à la guerre qu’il a déclenchée en 2014 et à revenir à la table des négociations. Nous sommes prêts pour cela, comme nous l’avons dit plus d’une fois. Mais le choix des habitants de Donetsk, Lougansk, Zaporozhye et Kherson ne sera pas discuté. La décision a été prise, et la Russie ne la trahira pas.

…Nous défendrons notre terre avec toutes les forces et les ressources dont nous disposons, et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour assurer la sécurité de notre peuple. C’est la grande mission libératrice de notre nation.

….Aujourd’hui, nous nous battons pour qu’il ne vienne à l’idée de personne que la Russie, notre peuple, notre langue ou notre culture puissent être effacés de l’histoire. Aujourd’hui, nous avons besoin d’une société consolidée, et cette consolidation ne peut être fondée que sur la souveraineté, la liberté, la création et la justice. Nos valeurs sont l’humanité, la miséricorde et la compassion.

Si vous ne croyez pas ces derniers mots sur les valeurs, alors regardez dans les yeux de la grande sainte russe, Sainte Xénia de Saint-Pétersbourg.

Batiushka

Recteur orthodoxe russe d’une très grande paroisse en Europe, il a servi dans de nombreux pays d’Europe occidentale et j’ai vécu en Russie et en Ukraine. Il a également travaillé comme conférencier en histoire et en politique russes et européennes.

Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

 

Maria Zakharova, un regard russe sur la guerre de l’OTAN en Ukraine. Prière de ne pas comparer avec Mélanie Joly

Voici une interview vraiment remarquable de Maria Zakharova, porte parole du ministre des Affaires étrangères russe par le journal français Le Point. Une fois n’est pas coutume, on ne peut qu’être agréablement surpris par la publication d’un tel document dans un hebdomadaire français de niveau national et dans le contexte général d’une véritable hystérie russophobe.

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22.11.2022-ElDiablo-Delepine-Zokharova-English-Italiano-Spanish

Le point de vue russe est enfin mis à la disposition des citoyens de notre pays qui ne sont pas aveuglés par la Propagande de guerre. Difficile de ne pas trouver de nombreux points de convergence avec les propos tenus par Maria Zakharova. Dominique Delawarde

***

Maria Zakharova, 46 ans, est depuis 2015 la porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie. Première femme à occuper ce poste au cœur du pouvoir, elle est connue pour son franc-parler et son infatigable détermination à développer et préciser la vision russe du monde, notamment sur sa chaîne Telegram. La rencontre, sans interprète, a duré plus d’une heure dans une salle de réunion du ministère des Affaires étrangères, en plein centre de Moscou, la veille du départ de la délégation russe pour le G20 de Bali.

Rompue à l’exercice, Maria Zakharova a répondu avec verve, sans consulter les notes qui lui avaient été préparées par ses services. Classée par la BBC, il y a cinq ans, parmi les 100 femmes les plus influentes du monde, elle n’avait pas accordé d’interview à un média occidental depuis plusieurs mois. La traduction de ses propos, effectuée par nos soins, a été validée par le ministère.

Le Point : Qu’est-ce que l’Occident aurait selon vous « raté » dans ses relations avec la Russie ? Et plus particulièrement dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine ?

Maria Zakharova : Tout a commencé à la fin des années 1980 et au début des années 1990. À l’époque, on pouvait encore différencier l’Europe des États-Unis. Avant la dislocation de l’URSS, le monde était bipolaire. Quand les États membres du pacte de Varsovie ont commencé à le quitter – et ce processus a débuté avant la fin de l’URSS –, l’Europe aurait pu affirmer son indépendance. L’URSS était en faveur de l’union des deux Allemagne, les États-Unis étaient contre…

C’est là que l’Europe a commencé à saisir ce que ça signifiait d’être vraiment l’Europe unie, sans ligne de démarcation. Elle a commencé à s’unir. Là aussi, nous étions pour. Nous disions : nous sommes avec vous ! Unissons-nous, intégrons-nous ! Construisons un avenir ensemble ! Mais là, ça a été l’horreur : les États-Unis d’Amérique, les élites, « l’État profond », je ne sais pas vraiment, ont tout d’un coup compris que ça serait un cauchemar. Que si l’Europe s’unissait avec nous, avec nos ressources russes, ça leur ferait non  seulement de la concurrence, mais ça serait même la fin pour eux.

D’abord, ils se sont prononcés contre notre intégration, ont refusé le régime sans visa, ensuite, ils ont commencé le processus de rapprochement de leurs bases militaires, avec des contingents et du matériel, vers nos frontières. Puis ils ont accepté de nouveaux membres dans l’OTAN, mais surtout, ils ont créé ce narratif historique anti-russe.

Le Point : À quel moment cela a-t-il basculé ?

Maria Zakharova : Au début des années 2000, quand on a fini par comprendre de quoi il s’agissait, nous leur avons dit : eh, dites donc camarades, quel monde construit-on ? C’est nous qui nous sommes ouverts à l’Occident, et pas l’inverse ! L’Europe, elle, a poursuivi son intégration, notamment économique : création de l’euro, de Schengen ; et pour les États-Unis, ça a été un second choc : le dollar a cessé d’être la seule devise dominante. Or le dollar n’est sécurisé que sur sa propre dette, sur rien d’autre. Alors que l’euro, lui, est sécurisé par le niveau économique élevé d’une vingtaine de pays, sans compter les économies des pays de l’Europe orientale, de l’Europe centrale et du Nord… Pardon, mais c’est une économie puissante, et qui, en plus, à ce moment-là, se nourrissait du fort potentiel des ressources russes !

En face, la devise américaine, c’est une bulle de savon ! Là, ils ont compris qu’il fallait agir, non seulement envers nous, mais aussi envers l’Europe : ils ont commencé à saper nos liens énergétiques avec l’Ukraine qui est devenue le nœud central de cette politique. Les politiques ukrainiens se sont mis à s’écrier qu’on était très dangereux parce qu’on ne leur livrait pas notre gaz gratuitement, les Américains ont répondu aux Européens, mais achetez donc le nôtre ! Les Européens ont rétorqué : il est cher, si on achète plus cher, nos opinions publiques ne comprendront pas… Augmentez donc les impôts, ont-ils répondu ! Problème, parce que les impôts, c’est aussi le peuple, a répondu l’Europe. OK, d’accord, débrouillez-vous, voilà ce qu’on dit les Américains.

Donc, l’Ukraine, c’est juste un instrument, c’est tout ! L’Europe a deux bananes dans les oreilles.

Le Point : Donc, pour vous, cette situation n’est pas une nouveauté ?

Maria Zakharova : Quelle nouveauté ? Que l’Europe a les deux yeux fermés et deux bananes dans les oreilles ? Tout ça, c’est à cause de vos médias qui ne se sont jamais déplacés dans le Donbass pendant toute cette période, à l’exception de quelques-uns. Au moment de Pussy Riot ou de Navalny, en revanche, ils étaient tous là. Mais là-bas, quand des milliers de personnes mouraient, il n’y avait personne. Et savez-vous que depuis 2014, les Criméens n’ont pas eu droit à des visas Schengen ? Pourquoi ? Parce qu’ils auraient pu raconter la situation !

En revanche, il suffisait de venir en Crimée pour s’en rendre compte par soi-même. En 2016, on a organisé des voyages de presse en Crimée, on a demandé aux journalistes ce qu’ils voulaient voir et faire, on a dit OK à tout. Un Français a dit qu’il voulait aller sur la base navale de la flotte de la mer Noire. On a accepté. Mais quand on a lu son article, on n’en croyait pas nos yeux, une telle censure ! Son titre était quelque chose du genre « pour faire peur à l’Europe, la Russie a regroupé des journalistes et leur a montré la flotte de la mer Noire », et vous me demandez pourquoi l’Europe n’est au courant de rien ! Justement à cause de ce genre de journalistes !

Le Point : Depuis neuf mois, la Russie a-t-elle réussi à développer ses relations avec des pays en dehors de la sphère occidentale ?

Maria Zakharova : Nous ne nous impliquons pas dans des coups ou des renversements. Pendant toutes ces années, nous nous sommes vraiment efforcés de nous tourner vers l’Occident. Aujourd’hui, nous souhaitons avoir des relations harmonieuses et équilibrées avec tous ceux avec qui il est possible de construire des relations sur un pied d’égalité, mutuellement  respectueuses et bénéfiques. Une conception « multi vecteurs » avait commencé à être déployée dès l’arrivée de Primakov aux Affaires étrangères (Evgueni Primakov a été ministre des Affaires étrangères de 1996 à 1998 avant de devenir Premier ministre, NDLR). Avant lui, on n’avait d’yeux que pour l’Occident. Kozyrev (Andreï Kozyrev a été ministre des Affaires étrangères de 1990 à 1996, NDLR) avait même prononcé la phrase suivante : « Il est impossible pour la Russie d’avoir des intérêts qui différeraient de ceux des États-Unis » ! Oui, il l’a dit, et aujourd’hui il dit que Lavrov était bien avant, et qu’aujourd’hui, il est terrible…

Mais ce qui est terrible, c’est justement ce qui s’est passé avec Kozyrev, et pas avec Lavrov. Ceux qui ont dirigé la Russie dans ces années 1990 avaient même l’impression qu’ils pouvaient réduire le nombre d’ambassades russes dans le monde, et ils l’ont fait ! Ils ne payaient pas les salaires des fonctionnaires du ministère, ne les envoyaient plus en mission, etc. Primakov, lui, a insisté sur nos intérêts nationaux et sur la nécessité d’une diplomatie forte. Il a tout fait pour qu’on reçoive nos salaires et que nos ambassades ne manquent de rien. C’est depuis ce moment-là que la Russie a commencé à tisser des liens étroits en dehors de l’Occident. Et aujourd’hui, ces pays d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine sont justement ceux qui, contrairement aux exigences des USA, n’adoptent pas de position anti-russe. Et ils représentent la majorité des pays du monde !

L’armement que vous envoyez en Ukraine est déjà en train de se déverser en Europe sur le marché noir.

Le Point : L’Occident mène-t-il, selon vous, une politique anti-russe ?

Maria Zakharova : Ce n’est pas une position anti-russe, c’est une position antinationale vis-à-vis de vos propres peuples. Qu’avons-nous à voir là-dedans ? Bien sûr, nous aimerions être perçus normalement, objectivement et positivement, mais que peut-on y faire ? En premier lieu, c’est vous-même que vous détruisez ! Finalement, vous n’avez plus rien, vous ne disposez plus des ressources ni des possibilités que vous offraient les relations avec la Russie, et vous n’avez même plus la paix en Europe.

L’Ukraine flambe depuis 2014 dans le Donbass et personne ne s’en préoccupait. Vous n’arrivez même pas à comprendre que tout l’armement que vous envoyez en Ukraine est déjà en train de se déverser en Europe sur le marché noir. Vous savez pourquoi ? Parce que ce que vous pensez être la mafia « russe » n’a jamais été « russe », ce sont plutôt des gars de Moldavie et d’Ukraine. Vous avez toujours cru que tous ceux qui venaient de l’ex-URSS étaient des Russes, vous n’avez jamais fait la distinction. Vos ministères de l’Intérieur, vos forces policières et services de renseignements sont au courant, mais l’opinion publique en général ne le sait pas. Je vous félicite, après avoir reçu les « élites » d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, aujourd’hui vous avez remplacé tout ça par des gens qui viennent d’Ukraine, mais ce ne sont pas des gens qui veulent travailler ou étudier…

Le Point : Vous voulez dire, les réfugiés de guerre ?

Maria Zakharova : Oui, vous les appelez comme ça. Beaucoup souffrent de la situation humanitaire, c’est vrai, mais ce ne sont pas des gens qui apporteront leur part personnelle à la vie en Europe, ils vont juste en profiter !

Ils ont besoin d’allocations, de logements et ils utiliseront cette situation politique. Ils ont vu comment en profiter… Nous connaissons leur mentalité, vous non. Vos belles valeurs sur la tolérance ont perdu leur sens : on est passé à la complaisance. La tolérance n’est plus du tout le respect d’un avis différent ou la possibilité d’écouter quelqu’un qui n’a pas la même mentalité que vous, c’est devenu une complaisance vis-à-vis de tous ses actes d’une personne, bons ou mauvais. Du coup, c’est le chaos.

Le Point : Parleriez-vous ainsi si nous étions avant le début de la guerre, en février 2022 ?

Maria Zakharova : Bien sûr ! Ça fait des années qu’on le dit, au moins depuis 2014. Et souvenez-vous qu’en 2007, Vladimir Poutine était venu à la conférence de Munich. Il avait dit : « Réfléchissez bien, que voulez-vous de nous ? Que nous soyons ensemble ou pas ? Sachez que nous, on ne peut pas rester impassibles face à vos mensonges ! »

En 2015, sur la Syrie, Poutine déclare à l’Assemblée générale de l’ONU : « Si vous voyez, comme moi, que l’État islamique existe, il faut s’unir pour le contrer. Comme en 1941, quand nous avons tous raté Hitler justement parce que vous ne vous  étiez pas décidé à temps ! Unissons-nous et ensemble, nous vaincrons l’EI. » Une moitié du public s’est moquée, l’autre a hué… Poutine a dit OK, il est rentré à Moscou, et la semaine suivante nos avions partaient pour la Syrie. Il avait raison, en tous points, même si, à l’époque, beaucoup nous ont menacés. Aujourd’hui, les mêmes pays nous remercient et nous disent qu’on les a sauvés ! Qu’est-ce que vous croyez ? Que ça se serait terminé comme ça avec la Syrie ? Pas du tout, « l’Occident collectif » aurait été ailleurs, là où il y a du gaz et du pétrole. Ils ne vont jamais là où règnent la pauvreté, les problèmes et la famine. Uniquement là où il y a des ressources.

Le Point : L’Occident ne se serait réveillé qu’à cause du conflit en Ukraine ?

Maria Zakharova : Qui s’est réveillé ? L’Occident ? Il dort d’un sommeil léthargique. Ce sont les États-Unis d’Amérique les plus actifs à ce jeu. L’Union européenne est un peu comme le /Titanic/, l’eau rentre par tous les côtés, mais l’orchestre continue à jouer !

Dès que la bataille est honnête, les Américains perdent.

Le Point : Les médias et dirigeants politiques occidentaux ont interprété le retrait des troupes russes de Kherson comme une défaite . Pouvez-vous convaincre qu’il en est autrement ?

Maria Zakharova : Nous n’avons aucune intention de convaincre quiconque de quoi que ce soit. L’époque où on essayait de convaincre est passée, c’est leur problème. À eux de voir comment ils vont prendre tout ça ! Certains dorment, ou nous sifflent, mais tous s’occupent de livraisons d’armes, et nous, on a déjà compris que la discussion sous ce format était inutile. On leur a couru après pendant huit ans, on a essayé d’obtenir, via les Occidentaux, que Kiev respecte les accords de Minsk. Pendant huit ans, les Occidentaux ne l’ont pas fait. Et on irait maintenant parler avec eux ?

Je comprendrais que vous n’avez pas pitié de nous, je comprends même que vous n’ayez pas pitié de l’Ukraine, mais enfin, vous n’avez même pas pitié de vous-mêmes, avec toutes ces armes que vous livrez, vous avez oublié tous les actes terroristes commis sur vos sols ? Vous en avez tous subi. Personne n’y prête attention, c’est devenu un problème de politique intérieure. En plus, à la tête des institutions politiques de certains de ces pays se tiennent des personnes liées aux États-Unis parce qu’elles y ont étudié, travaillé… Les États-Unis ne veulent qu’une chose : primo, dominer le monde et être les seuls qui contrôlent tous les processus ; deuzio : ne pas avoir de concurrents…

Or, dès que la bataille est honnête, ils perdent. Technologiquement, ils ont déjà perdu face à la Chine ; économiquement, financièrement et d’un point de vue civilisationnel, ils ont perdu face à l’Europe et au reste du monde ; du point de vue de leur complexe militaro-industriel, ils ont compris qu’ils étaient en retard. Pour ce qui est du cosmos, je suis ravie qu’on puisse y envoyer des voitures, mais ça a été rendu possible grâce à nos fusées de lancement ! Tout ça n’est que de la com. En fait, les États-Unis ont tout perdu à cause de la crise de leur système fondé sur cette suprématie du dollar. Leur dette est gigantesque. Leur économie n’est pas réelle, elle n’est que virtuelle. Il vous faut des preuves ? Écoutez Trump ! Quand il parlait de « Make America Great Again » ça voulait dire qu’il fallait revenir à l’économie réelle !

Souvenez-vous comment le G20 a été créé, en 2008, au moment où le marché américain de l’immobilier avait éclaté, embarquant avec lui toutes les Bourses mondiales. C’était une crise mondiale mais artificielle, à cause  du système hypothécaire américain… Or, là, en 2008, ils avaient besoin de tout le monde pour réanimer le système économique mondial, de l’UE, du Brésil, des pays du Golfe, de la Russie, de la Chine. « Big Brother », pardon pour l’expression, avait fait dans sa culotte, il fallait que tout le monde aide… Ensuite, quand il s’est remis, « Big Brother » a commencé à se mêler de l’Irak, de la Libye, de l’Afghanistan, de la Syrie, et de l’Ukraine…

Le Point : Les relations russo-américaines étaient-elles plus faciles sous Trump que sous Biden ?

Maria Zakharova : Pas du tout, surtout quand, tous les jours, Trump était accusé d’avoir des liens spéciaux avec les Russes… Et qu’est-ce que ça veut dire « plus  facile » ?

Le Point : N’est-ce pas plus compliqué aujourd’hui, avec Biden ?

Maria Zakharova : Aujourd’hui, c’est plus marrant… Non, je plaisante, mais on se rend tous compte que ce qui se passe est absurde. Le scrutin qui a élu Biden en 2020 s’est déroulé de manière sauvage, pas honnête. Les Américains eux-mêmes le disent : lisez les sondages selon lesquels la population ne croit pas en ces résultats ! Et de quelle liberté d’expression parle-t-on quand on ferme le compte Twitter d’un président en exercice, rendez-vous compte, en exercice ! Uniquement parce que c’est le souhait des sphères libérales !

En 2016, Trump a gagné justement parce qu’il avait été capable de s’adresser directement à son public via les médias sociaux. Pendant ces 4 ans, il n’y a pas eu un seul jour où on ne l’accusait pas de liens avec la Russie, mais qu’avons-nous donc à voir là-dedans ? En revanche, nous avons bien vu comment certains dirigeants européens étaient liés, eux, à Hillary Clinton. François Hollande, par exemple, qui l’a félicitée avant même que les résultats soient proclamés, il voulait sans doute être le premier. Le problème est plutôt qu’on a accusé la Russie de soutenir Trump, même si aucun fait ne le prouve, alors que certains soutenaient ouvertement Hillary Clinton et là, c’est encore une fois deux poids, deux mesures. Ils pensent qu’ils ont le droit de le faire et pas nous. Ils expliquent que c’est parce que nous ne serions pas une « vraie » démocratie. Voilà, tout est dit.

Classe ! On leur demande : mais qui définit une « vraie » démocratie ? Nous, « l’Occident collectif », ils répondent. L’Iran ? Non, l’Iran n’est pas une démocratie, le Venezuela ? Non plus… En 2020, Mme Rodriguez, la vice-présidente du Venezuela, a prononcé une phrase géniale lors d’une visite ici à Moscou : « Savez-vous combien de scrutins électoraux nous avons organisés ? Pas un seul n’a plu aux États-Unis ! Pourquoi ? Parce que ce ne sont pas les élections qui les intéressent, mais leurs résultats ! » C’est ainsi : les Américains ne considèrent comme légitimes que les résultats électoraux qui leur conviennent.

Le Point : Le /Wall Street Journal /affirme que, ces dernières semaines, le Kremlin et l’administration présidentielle ont mené des discussions officielles concernant la menace nucléaire. Confirmez-vous ?

Maria Zakharova : Je ne sais pas à quels contacts en particulier vous faites allusion. En revanche, pour ce qui concerne notre position sur l’arme nucléaire, nous essayons de rassurer tout le monde. Nous avons publié une déclaration à ce propos sur le site du ministère des Affaires étrangères. Cessons ces spéculations, cessons d’en parler.

Le Point :  Mais si Vladimir Poutine en parle, les spéculations reprendront…

Maria Zakharova : En parle-t-il maintenant ? Non. C’est nous qui décidons ce qu’on a envie de dire, et vous, vous décidez ce que vous avez envie d’entendre. Nous continuerons à dire ce que nous avons envie de dire. Et pour ce qui est de poursuivre le dialogue, écoutez… Ici, Macron nous a tous fatigués.

Surtout quand on a appris que pendant ses coups de fil avec Moscou, il y avait une caméra derrière lui et que tout était enregistré pour un film (/Un président, l’Europe et la guerre/, 2022, NDLR). Avec qui on parle alors, et de quoi ? Cela fait huit ans qu’on a déjà discuté de tout et pour ce qui est de l’Ukraine, ce sont les États-Unis qui décident.

Rendez-vous compte que l’ambassadeur d’Ukraine en Allemagne a traité le chancelier Scholz de « saucisse offensée » (en mai 2022, NDLR), c’est comme s’il lui disait que son seul boulot était de continuer à donner de l’argent, des armes. Avec qui pourrait-on parler de l’Ukraine dans l’UE? Conseillez-moi. Peut-être avec Borrell ? Ou avec un Italien ? Ou avec l’Allemande Baerbock, spécialiste de l’écologie ? Avec qui parler, et de quoi ? Ils ne savent même pas de quoi ils parlent…

Le Point : Personne en Europe ne pourrait donc influencer la situation ?

Maria Zakharova : Ils le pourraient, s’ils admettaient que le centre des décisions se trouve à Washington qui prend des sanctions, établit des listes, livre des armes, dit qu’il faut accueillir des réfugiés, faire ceci, ou voter cela… Comment les Européens pourraient-ils admettre tout ça, alors qu’ils n’arrivent même pas à être indépendants, c’est-à-dire à agir par eux-mêmes ? Le plus triste, et je le dis sur un ton sarcastique, c’est que chaque État de l’UE pense qu’il est indépendant, en est convaincu, même s’ils sont incapables de dire en quoi ça consiste. Ils sont même  incapables de poser des questions tout doucement, par exemple, celle-ci : qui a fait exploser les gazoducs (Nord Stream, NDLR) au fond de la mer Baltique ? Ils n’ont même pas le droit de la poser. Pourtant, quand un certain Skripal avait été empoisonné (Sergueï Skripal est un agent russe devenu un agent double britannique, qui a survécu en 2018 à une tentative d’empoisonnement au Novitchok, NDLR), toute l’Europe en parlait… mais en quoi cela concernait-il la France, l’Italie, la Grande-Bretagne ? Ils ne savaient même pas ce qui s’était vraiment passé.

Alors que ce projet est celui d’une infrastructure nous concernant tous. Oui, c’est notre gaz et nos tubes, mais pour approvisionner l’Europe ! Il a été détruit et aucun chef d’État ou Premier ministre de l’UE n’ose poser cette question simple : qui a fait ça ? Et vous me parlez de politique indépendante européenne ! Le peuple, lui, est capable de se poser des questions, mais chez lui, pas publiquement. Dès que quelqu’un s’exprime là-dessus, les services spéciaux viennent le voir et l’accusent d’être un agent russe.

Le Point : Vous pensez que ce que vous dites là arrive en France ?

Maria Zakharova : Je ne le pense pas, je le sais…

Le Point : La russophobie existe-t-elle en France ?

Maria Zakharova : Les Français tentent d’y résister parce qu’ils lisent, regardent des films, vont au théâtre et qu’ils sont habitués à penser et réfléchir par eux-mêmes grâce à leur niveau de culture. Mais on essaie de la leur imposer d’en haut. Comme en Espagne, au Portugal et en Grèce.

Le Point : Vous évoquez souvent ce que vous qualifiez de « deux poids, deux mesures » entre la Russie et l’Occident, pouvez-vous expliquer ce que vous entendez par-là en rapport avec l’Ukraine ?

Maria Zakharova : Voici un exemple : en 2012, un groupe de jeunes femmes russes habillées en punk a fait irruption dans une cathédrale de Moscou. Elles s’appelaient les Pussy Riot. Elles ont bondi derrière l’autel, dansé sur fond d’icônes et d’objets saints, fait quelques déclarations et posté ce moment sur les médias sociaux. En Russie, le peuple et les structures de sécurité ont été épouvantés. Cette cathédrale du Christ Sauveur est la plus grande sur le territoire de la Russie, elle a été complètement reconstruite après sa destruction par les communistes qui en avaient fait une piscine. Elle avait été érigée avec l’argent du peuple, d’abord au XIXe siècle pour célébrer notre victoire sur Napoléon en 1812, puis au XXe. Ces filles ont profané en quelques minutes tout ce en quoi les gens de notre pays croient ! Elles voulaient provoquer. Le monde libéral les a défendues et aussi Madonna, Sting, Red Hot Chili Peppers, etc. On nous disait : Comment osez-vous punir des jeunes femmes pour leurs actes civiques ? C’est de l’art !

Aujourd’hui, on voit qu’en différentes parties de l’Europe des activistes, du même âge qu’elles, pénètrent dans les musées et jettent une substance sur des œuvres. Ils protestent contre ce qu’ils estiment être un préjudice infligé à la nature par les industries. Leur but n’est pas de détruire l’œuvre d’art protégée par une vitre, mais d’attirer l’attention sur ce problème. Et que voit-on ?

Personne ne s’exprime en leur faveur. Ni l’Union européenne, ni le président des États-Unis, ni aucun diplomate ne les soutiennent, alors que chacun d’entre eux défend un programme environnemental et que dans tous ces pays, les démocrates considèrent l’écologie comme un thème central. Tout ça pour vous dire que des actions grotesques similaires n’aboutissent pas aux mêmes réactions.

Quand ça se passe en Russie, c’est critiqué, mais dès que ça touche l’Occident, ces personnes sont  considérées comme des hooligans ! Pourquoi ? J’aimerais bien le savoir ! Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Combien de jeunes ont terminé en prison pour avoir participé aux Gilets jaunes en France ou à des protestations en Amérique ? Des centaines, des milliers de gens partis à l’assaut du Capitole ont été pénalement condamnés. Mais dès que c’est chez nous, ça concerne immédiatement les États-Unis, Bruxelles, Paris, Rome, Madrid, Lisbonne ! J’ai envie de dire : eh, les amis, faudrait peut-être avoir les mêmes standards !

Pour ce qui est des élections, c’est la même chose. Aux États-Unis : personne ne comprend ce qui s’est vraiment passé. Des observateurs de l’OSCE se sont exprimés avec grande délicatesse sur les violations. Je le sais, j’ai attentivement lu leur conférence de presse. Alors que pour ces mêmes observateurs occidentaux, pas un seul scrutin ne s’est déroulé tranquillement chez nous. Chaque fois, c’était la même hystérie. Nous ne nous mêlons pas des élections aux États-Unis, alors qu’ils ne se mêlent pas des nôtres ! C’est un second exemple. Et au Venezuela ! Pour les Occidentaux, Maduro n’est pas président. OK mais qui est-ce alors ? Même si aujourd’hui, tout a changé, Macron l’a salué, et aussi Kerry qui, je le rappelle, représente un pays qui le recherche.

Le Point ? Et l’Ukraine ?

Maria Zakharova : En ce qui concerne l’Ukraine, tout a commencé quand les États-Unis, de concert avec l’Union européenne, Bruxelles, Berlin et Paris dans une moindre mesure, Varsovie et les pays Baltes ont commencé à se mêler des affaires internes de ce pays, et ils n’ont pas fait que ça : ils ont carrément modelé la situation sur place en dépensant de l’argent, en multipliant les soutiens politiques, en formant ceux qui, en 2014, avaient fomenté le coup d’État. En 2004, la Révolution orange, c’était quoi ? Le troisième tour des élections ? Alors que tout le monde voyait bien que Ianoukovitch (l’ex-président ukrainien pro-russe entre 2010 et 2014, NDLR) les avait gagnées. Tout le sud-est de l’Ukraine avait voté pour lui. Donc ils ont conçu une Ukraine à leur main, ont été à la source d’un changement gouvernemental et ont transformé les problèmes énergétiques en facteur politique. Ce sont eux qui ont décidé comment l’Ukraine allait nous acheter de l’énergie et que ces tuyaux passeraient à travers leur territoire en transit. Ensuite, il est apparu qu’eux seuls avaient le droit d’agir ainsi, encore un double standard, et ça ne pouvait qu’exploser, car quand on met dehors à deux reprises un président élu, ça ne peut pas bien se passer. Ils l’ont viré comme un malpropre !

Le Point : Pouvez-vous expliciter le terme « Occident collectif » ?

Maria Zakharova : C’est le fait que vous n’avez aucune politique extérieure individuelle !

À de nombreuses reprises, lors de conférences de presse, j’ai été témoin des questions posées par des journalistes à des ministres des Affaires étrangères des pays européens. Tous répondaient qu’ils n’avaient pas le droit de donner leur avis sur des questions internationales globales parce qu’ils suivent une politique collective au sein de l’UE et de l’OTAN. Donc ils ne peuvent que commenter que les relations bilatérales.

Vous êtes l’« Occident collectif » parce que vous êtes unis dans un système administratif de direction au sein de l’OTAN. Depuis les années 1990 et 2000, l’UE a cessé d’être une union politico-économique, elle est devenue une partie de l’OTAN, elle a cessé d’être autonome.

Pourtant, selon certains sondages, la population de tel ou tel pays européen ne soutient pas les sanctions anti-russe, et ce, non par amour pour la Russie, mais parce que ça leur rend la vie plus complexe, mais elle n’a aucun moyen de déléguer son opinion aux dirigeants. On sait très bien qui a pris le premier la décision des sanctions au lendemain de 2014, c’est Biden, alors vice-président, c’est lui qui a influencé la décision de l’UE, c’est de notoriété publique. C’est seulement après que les pays de l’UE ont décidé de nous sanctionner, alors, vous voyez bien ce qu’on veut dire avec l’idée de « l’Occident collectif » ! Il n’y a rien de répréhensible à prendre une décision de façon collective, nous
aussi sommes membres de structures collectives, mais il y a une différence fondamentale : nous décidons avec les autres sur un pied d’égalité.

Sur certaines questions pas vraiment cruciales, les Européens prennent des décisions de concert, mais dès que certains pays sont tentés de prendre des décisions qui leur seraient individuellement bénéfiques, mais qui diffèrent de ce qui est important pour la superstructure, ils sont punis. Regardez ce qui se passe en Pologne, et ça n’a rien à voir avec la Russie, elle a sa propre législation nationale sur la question du genre ou la question nationale, mais si ça ne plaît pas à Bruxelles, ils sont punis ! Et la Hongrie ! Comment on l’a traitée, comment on traite Orban ! Voilà : personne ne peut prendre ses propres décisions si elles ne coïncident pas avec les opinions de « Big Brother ».

 

Source secondaire: Maria Zakharova, une femme au cœur du pouvoir russe (reseauinternational.net)

 

Algérie-Russie : Manœuvres militaires près de la frontière marocaine

par Farid L. Dans un contexte de tensions avec le Maroc et de guerre en Ukraine, a débuté mardi dernier à Béchar, près de la frontière marocaine, l’opération militaire algéro-russe, « Bouclier du désert ».

Vers un retrait des forces françaises du Burkina Faso ? Paris évoque « une révision de sa stratégie »

La Défense française n'écarte pas un départ de ses forces spéciales basées au Burkina Faso, où des manifestations contre la présence française ont déjà eu lieu, alors que Paris met fin à son opération Barkhane au Sahel.

La guerre entre la Chine et les États-Unis est inévitable alors que le G20 vit ses derniers jours. Le BRICS se propose

Par Peter Yermelin.

Les tensions croissantes dans les relations entre la Chine et les États-Unis vont inévitablement dégénérer en conflit. Le G20, en tant qu’organe consultatif international, vit ses derniers jours. Les BRICS+ viendront le remplacer.

Le sommet du G20 s’est ouvert à Bali (Indonésie). Un certain nombre de pays refusent d’accuser la Russie de tous les problèmes auxquels le monde est confronté aujourd’hui. On peut donc supposer que le sommet ne se terminera pas par une résolution finale.

Selon le Financial Times, le sommet du G20 se terminera très probablement soit par une déclaration large et abstraite (l’heure n’est pas à la guerre), soit par une déclaration commune plus stricte de 19 ou 18 membres sans la Russie et/ou la Chine.

La rencontre entre les dirigeants de la Chine et des États-Unis est devenue la seule intrigue du sommet en l’absence du président russe Vladimir Poutine

Joe Biden a déclaré la veille qu’il tenterait de tracer une « ligne rouge » dans ses relations avec Xi Jinping. La ligne a été tracée il y a longtemps – il s’agit de la question de Taïwan.

La Chine a besoin d’une garantie claire de Washington, indiquant que les États-Unis ne soutiennent pas le choix d’indépendance de Taïwan. C’est irréaliste, car les démocrates ne refuseront pas de soutenir le parti séparatiste taïwanais au pouvoir, tandis que les républicains soutiendront les livraisons d’armes à l’île. Par conséquent, un conflit entre Pékin et Washington est inévitable.

À cet égard, les États-Unis disposent de peu de leviers de pression des sanctions sur Xi. Elles auront un effet boomerang sur les États-Unis. Pékin ne peut que se moquer de l’isolement économique et diplomatique de l’Occident : La Chine a une économie autosuffisante et un choix énorme de partenaires auprès desquels Pékin peut s’approvisionner en carburant et en nourriture.

Par conséquent, les sanctions économiques visant à « contenir » la République populaire de Chine échoueront, tout comme l’Occident échoue à écraser la Russie dans le conflit en Ukraine.

« Cette crise ukrainienne dans laquelle nous sommes en ce moment, ce n’est que l’échauffement. La grande crise est à venir. Et il ne va pas falloir attendre très longtemps avant que nous soyons testés d’une manière qui ne l’a pas été depuis longtemps », a écrit l’amiral américain Charles Richard dans une tribune publiée sur le site du Wall Street Journal.

« Lorsque j’évalue notre niveau de dissuasion contre la Chine, le navire coule lentement », a-t-il déclaré. « Il coule lentement, mais il coule, car fondamentalement, ils mettent des capacités sur le terrain plus rapidement que nous », a-t-il ajouté.

Il semble que Pékin et Washington doivent se préparer à la guerre. Il est dans l’intérêt de Xi de voir l’ennemi affaibli par les guerres de sanctions avec la Fédération de Russie. Par conséquent, la Chine appellera à la paix en Ukraine et fera tout pour soutenir la Fédération de Russie sur le plan économique et politique.

La Russie et la Chine comme alternative au G20

D’autres facteurs externes, tels que la coopération entre la Russie, la Chine et l’Arabie saoudite dans le cadre de l’OPEP+, y contribueront également. Xi Jinping se prépare à une visite à Riyad, qui devrait être sans précédent.

Pékin fera pression pour que l’Arabie saoudite rejoigne les BRICS. L’alternative du G20 se développera dans le cadre de l’alliance BRICS+ qui ne cessera d’ajouter des acteurs plus influents.

L’Arabie saoudite possède 19% des réserves mondiales de pétrole, 12% de la production mondiale et plus de 20% des ventes de pétrole sur le marché mondial, ainsi qu’une capacité de raffinage de plus de 5 millions de barils par jour.

« L’Arabie saoudite dispose également d’énormes réserves d’or et de devises étrangères. Elles ont atteint 465,49 milliards de dollars en septembre

Riyad a également le plus haut statut spirituel et religieux du monde islamique. L’Arabie saoudite attirera donc tous les États du Golfe et de nombreux pays musulmans d’Asie dans des organisations et des alliances alternatives.

La domination de l’Occident a prouvé au monde entier que les pays répréhensibles et déloyaux ne peuvent être isolés et détruits très rapidement. La Russie en est un bon exemple.

source : France Pravda

 

Haïti : Quand les États-Unis et le Canada jouent aux pompiers pyromanes dans la crise haïtienne

Il n’existe pas encore de bilan exhaustif sur les conséquences néfastes des missions militaires américaines et onusiennes en Haïti depuis les trente dernières années. Les rapports les plus conservateurs font état de plusieurs centaines de milliers de victimes. L’introduction du virus du choléra par les troupes onusiennes fait à lui seul plus de 10 000 morts et 800 000 contaminés. Les opérations militaires dans les quartiers populaires ont causé presqu’autant de victimes mais les rapports en parlent très peu. À l’époque, les forces d’occupation pouvaient massacrer les pauvres des bidonvilles sans trop attirer l’attention des organismes des droits humains (1).

Soulignons que les États-Unis ont toujours joué un rôle de premier plan dans la déstabilisation justifiant les interventions militaires en Haïti. Pendant la décennie 1990, tout a été mis en œuvre pour transformer en cauchemar la volonté des masses populaires de choisir leurs propres dirigeants. (sic)  De concert avec les classes dominantes haïtiennes, les services secrets américains se sont servis du commandement de l’armée pour renverser le gouvernement démocratiquement élu d’Aristide. En 1994, Bill Clinton a ramené Aristide avec 20 000 marines. Après avoir déstabilisé le pays en instrumentalisant les militaires, (sic) les États-Unis interviennent pour apporter « la démocratie », sous la menace des mitrailleuses. Ce retour de la démocratie a été en fait une nouvelle imposition des mesures d’ajustements structurels implémentés successivement par les gouvernements d’Aristide et de Préval.

En 2004, avec l’appui du Canada, les États-Unis ont de nouveau renversé un gouvernement élu. L’armée d’Haïti étant dissoute, les armées étrangères intervenaient directement pour séquestrer le président. Cela a ouvert la voie à une nouvelle occupation militaire du pays entrainant des conséquences néfastes pour les masses populaires. Les viols et les assassinats massifs n’ont été que la fine pointe de l’iceberg. Pourtant, avec leurs milliers de tanks, les missions militaires étrangères prétendaient une fois de plus apporter « la démocratie » aux « nègres » d’Haïti. Dans les faits, l’analyse de ces expériences d’ingérence permet de voir que les États-Unis s’en moquent de la démocratie même formelle dans la mesure où ils mobilisent toujours l’ensemble de ses agences pour déstabiliser le pays.

Par ailleurs, sur le plan institutionnel, les conséquences de ces interventions sont incommensurables. La gouvernance du pays tombe désormais sous l’égide des ambassades occidentales. En renforçant leur mainmise sur le pays, celles-ci s’octroient le droit de choisir le président, de décider de la liste des élus, voire même d’imposer des dirigeants de facto, etc. Les rares institutions fonctionnelles sont sous la coupe réglée des ambassades occidentales notamment celles des États-Unis. C’est en ce sens que le régime néoduvaliste PHTK a été minutieusement sélectionné et institué pour diriger le pays après le séisme. Ces ambassades arrivaient même à exiger le changement des résultats des urnes en utilisant la force des baïonnettes de la MINUSTAH en 2010.

Depuis deux semaines, les ambassades occidentales notamment les États-Unis et le Canada se livrent à une véritable propagande systématique en vue de préparer l’opinion publique pour une énième intervention militaire en Haïti. Ils se basent sur l’existence d’une crise humanitaire sévissant dans le pays. Cela sous-entend que ces ambassades seraient des bons samaritains qui courent au secours des pauvres dans le monde ! Certains intellectuels, dont Jean Marie Théodat, Frédéric Boisrond, Georges Michel montent au créneau pour justifier une telle idée (2).

Le bilan catastrophique des invasions militaires ne se circonscrit pas seulement à Haïti. Rappelons que les États-Unis et ses alliés viennent d’occuper militairement l’Afghanistan pendant 20 ans. Cette occupation a causé l’une des plus importantes crises humanitaires dans la région. Dans plusieurs villes du pays, les Afghans se trouvent dans l’obligation de vendre leurs reins pour s’acheter de la nourriture alors que le gouvernement Biden a gelé des fonds d’une valeur de plusieurs milliards de dollars appartenant à l’État afghan (3).

Dans le continent africain, les interventions militaires ont entrainé l’effondrement de l’État libyen en transformant le territoire en théâtre de guerres fratricides depuis une décennie. Plus près de nous, dans le cadre d’un projet d’intervention avorté, le gouvernement étatsunien a imposé des sanctions économiques au peuple vénézuélien depuis plusieurs années. À cause de ses sanctions, plusieurs millions de Vénézuéliens ont sombré dans la pauvreté la plus abjecte au point que la migration devienne un acte de survie. Mais une fois atteints la frontière américaine, ces migrants vénézuéliens sont massivement déportés.

Dans le cas d’Haïti où les bons samaritains occidentaux s’apprêtent à envoyer leurs missions militaires, le cynisme s’associe à l’hypocrisie éhontée. Pour l’année 2021-2022, l’administration américaine a déporté plus de 20 000 haïtiens en moins d’un an (4). Alors que ces migrants fuyaient la crise humanitaire et la violence des gangs, les bons samaritains étasuniens ne leur reconnaissaient même pas le droit de formuler une demande d’asile sur leur territoire.


Notes

1- Voir l’article du philosophe James Darbouze sur les interventions des forces onusiennes dans le bidonville de Cité-Soleil : https://www.alterpresse.org/spip.php?article3788

2- Voir les liens suivants, https://www.la-croix.com/Debats/Comment-communaute-internationale-peut-elle-aider-Haiti-2022-10-12-1201237259
https://www.lenational.org/post_article.php?pol=2731
https://lenouvelliste.com/article/238525/cest-une-force-armee-etrangere-qui-doit-venir-nettoyer-le-terrain-parce-que-nous-ne-pouvons-pas-le-faire-tranche-georges-michel
https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/tout-un-matin/segments/entrevue/420358/crise-haiti-aide-militaire-intervention-canada-etats-unis

3- Voir les liens suivants pour plus de précision, https://www.slate.fr/story/222695/afghanistan-certains-vendent-rein-filles-pour-nourrir
https://www.lapresse.ca/international/etats-unis/2022-02-11/banque-centrale-afghane/joe-biden-ordonne-la-saisie-de-7-milliards-de-dollars.php

4- Voir les liens suivants, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1825493/migrants-haiti-texas-del-rio-riviere-pont-expulses-avions
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1825326/etats-unis-immigration-politique-expulsions-texas-pont


Source: Haïti : Quand les États-Unis et le Canada jouent aux pompiers pyromanes dans (…) – Presse-toi à gauche ! Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche (pressegauche.org)

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