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Le « Grand Reset » en miniature : la « défaite par les données » en Afghanistan

Par : Zineb

Il y a peu de mystère sur la raison pour laquelle les talibans ont pris Kaboul si rapidement.


Par Alastair Crooke – Le 30 août 2021 – Source Strategic Culture

La construction de la nation afghane a commencé en 2001. Les interventions occidentales dans l’ancien bloc de l’Est dans les années 1980 et au début des années 1990 avaient été spectaculairement efficaces pour détruire l’ancien ordre social et institutionnel, mais tout aussi remarquables dans leur incapacité à remplacer les sociétés implosées par de nouvelles institutions. La menace des « États défaillants » est devenue le nouveau mantra, et l’Afghanistan – dans le sillage de la destruction causée par le 11 septembre 2001 – a donc nécessité une intervention extérieure. Les États faibles et défaillants étaient le terreau du terrorisme et de sa menace pour l’« ordre mondial », disait-on. C’est en Afghanistan qu’une nouvelle vision libérale du monde devait être mise en place.

À un autre niveau, la guerre en Afghanistan est devenue  un creuset d’un autre type. En termes très concrets, l’Afghanistan s’est transformé en un terrain expérimental pour chaque innovation en matière de gestion de projet technocratique – chaque innovation étant annoncée comme précurseur de notre avenir au sens large. Les fonds ont afflué : des bâtiments ont été construits, et une armée de technocrates mondialisés est arrivée pour superviser le processus. Le big data, l’IA et l’utilisation d’ensembles toujours plus vastes de mesures techniques et statistiques devaient renverser les vieilles idées « indigestes ». La sociologie militaire, sous la forme d’équipes en charge du terrain humain et d’autres créations innovantes, a été libérée pour mettre de l’ordre dans le chaos. Ici, toute la force du monde des ONG, les esprits les plus brillants de ce gouvernement international en devenir, ont reçu un terrain de jeu avec des ressources presque infinies à leur disposition.

Ce devait être une vitrine du managérialisme technique. On supposait qu’une manière technique et scientifique de comprendre la guerre et la construction d’une nation serait capable de mobiliser la raison et le progrès pour accomplir ce que tous les autres ne pouvaient pas faire, et ainsi créer une société post-moderne, à partir d’une société tribale complexe, avec sa propre histoire.

Le « nouveau » est arrivé, pour ainsi dire, dans une succession de cartons d’ONG estampillés « pop-up modernity ». L’homme d’État britannique du 18e siècle, Edmund Burke, avait déjà lancé un avertissement dans ses Réflexions sur la révolution française, alors qu’il voyait les Jacobins démolir leur ancien ordre : « que c’est avec une infinie prudence » que quiconque devrait démolir ou remplacer des structures qui ont bien servi la société au fil des âges. Mais cette technocratie managériale n’avait que peu de temps à consacrer aux vieilles idées « indigestes ».

Ce que la chute du régime institué par l’Occident la semaine dernière a clairement révélé, c’est que la classe managériale d’aujourd’hui, rongée par la notion de technocratie comme seul moyen d’instaurer un régime fonctionnel, a donné naissance à quelque chose de complètement pourri – « une défaite basée sur les données« , comme l’a décrit un vétéran afghan américain – si pourri qu’il s’est effondré en quelques jours. Il écrit à propos des bévues prolongées du « système » en Afghanistan :

Un Navy SEAL à la retraite qui a servi à la Maison Blanche sous Bush et Obama s’est dit que, « collectivement, le système est incapable de prendre du recul pour remettre en question les hypothèses de base. » Ce « système » ne peut être compris simplement comme un organe militaire ou de politique étrangère, mais comme un euphémisme qui désigne les habitudes et les institutions d’une classe dirigeante américaine qui a fait preuve d’une capacité collective presque illimitée à éluder les coûts de l’échec.

Cette classe en général, et les responsables de la guerre en Afghanistan en particulier, ont cru aux solutions informationnelles et de gestion des problèmes existentiels. Ils ont privilégié les données et les indices statistiques pour éviter de choisir des objectifs prudents et d’organiser les stratégies appropriées pour les atteindre. Ils croyaient en leur propre destin providentiel, et en celui de personnes comme eux, de gouverner, indépendamment de leurs échecs.

Tout ce qui n’était pas corrompu avant l’arrivée de l’Amérique l’est devenu dans le maelström des 2 000 milliards de dollars d’argent américain injectés dans le projet. Les soldats américains, les fabricants d’armes, les technocrates mondialisés, les experts en gouvernance, les travailleurs humanitaires, les soldats de la paix, les théoriciens de la contre-insurrection et les avocats ont tous fait fortune.

Le problème est que l’Afghanistan, en tant que vision libérale progressiste, était un canular dès le départ : l’Afghanistan a été envahi, et occupé, en raison de sa géographie. Il s’agissait de la plate-forme idéale pour perturber l’Asie centrale, et donc déstabiliser la Russie et la Chine.

Personne n’était vraiment engagé parce qu’il n’y avait plus vraiment d’Afghanistan dans lequel s’engager. Tous ceux qui pouvaient voler les Américains l’ont fait. Le régime de Ghani s’est effondré en quelques jours parce qu’il n’avait jamais vraiment existé : un village Potemkine, dont le rôle était de perpétuer une fiction, ou plutôt le mythe de la grande vision de l’Amérique en tant que façonneuse et gardienne de « notre » avenir mondial.

La véritable gravité du « moment » psychologique actuel pour l’Amérique et l’Europe ne réside pas seulement dans le fait que la construction de la nation, en tant que projet destiné à défendre les valeurs libérales, s’est révélée n’avoir « rien donné », mais la débâcle de l’Afghanistan a souligné les limites du managérialisme technique d’une manière qu’il est impossible de manquer.

La gravité du « moment » psychologique actuel de l’Amérique – l’implosion de Kaboul – a été bien exprimée lorsque Robert Kagan a soutenu que le projet des « valeurs mondiales » (aussi ténue que soit sa base dans la réalité) est néanmoins devenu essentiel pour préserver la « démocratie » chez nous : car, suggère-t-il, une Amérique qui se retire de l’hégémonie mondiale ne posséderait plus la solidarité de groupe au niveau national pour préserver l’Amérique en tant qu' »idée », chez elle.

Ce que Kagan dit ici est important – cela pourrait constituer le véritable coût de la débâcle en Afghanistan. Chaque classe d’élite avance diverses revendications concernant sa propre légitimité sans laquelle un ordre politique stable est impossible. Les mythes de légitimation peuvent prendre de nombreuses formes et évoluer au fil du temps, mais lorsqu’ils s’épuisent ou perdent leur crédibilité – lorsque les gens ne croient plus au récit ou aux affirmations qui sous-tendent cette « idée » politique – la partie est terminée.

L’intellectuel suédois Malcolm Kyeyune écrit que nous sommes peut-être « témoins de la fin catastrophique de ce pouvoir métaphysique de légitimité qui a protégé la classe dirigeante managériale pendant des décennies » :

Toute personne ayant une connaissance, même sommaire, de l’histoire sait à quel point une telle perte de légitimité représente une boîte de Pandore. Les signes se sont visiblement multipliés depuis de nombreuses années. Lorsque Michael Gove a déclaré : « Je pense que les gens de ce pays en ont assez des experts » lors d’un débat sur les mérites du Brexit, il a probablement tracé les contours de quelque chose de bien plus grand que ce que l’on savait vraiment à l’époque. À l’époque, la phase aiguë de la délégitimation de la classe managériale ne faisait que commencer. Aujourd’hui, avec l’Afghanistan, il est impossible de la rater.

Il y a donc peu de mystère quant à la raison pour laquelle les talibans ont pris Kaboul si rapidement. Non seulement le projet per se manquait de légitimité pour les Afghans, mais cette aura d’expertise revendiquée, d’inévitabilité technologique qui a protégé l’élite de la classe managériale, a été mise à nu par son dysfonctionnement pur et simple, si visible, pendant que l’Occident fuyait frénétiquement Kaboul. Et c’est précisément la façon dont cela s’est terminé qui a vraiment levé le voile, et montré au monde la pourriture qui couvait en dessous.

Lorsque la revendication de légitimité est épuisée, et que les gens ne croient plus aux concepts ou aux revendications qui sous-tendent un système particulier qui a la prétention de gouverner, « l’extinction de cette élite particulière », écrit Kyeyune, « devient une conclusion inévitable ».

Alastair Crooke

Note du Saker Francophone

Cette prise de conscience, d'un effondrement métahistorique, anime les cercles dirigeants russe, chinois et probablement iraniens. Comme l'a dit Dmitry Orlov, ce qui doit éclairer les dirigeants de ces pays, c'est d'aider à la démolition contrôlée de l'Empire Américain ou anglo-saxon ou anglo-sioniste selon les auteurs. Comme pour le 9/11 et les tours, que cet Empire tombe sur lui-même sans trop de dégâts collatéraux.

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

À partir d’avant-hierVos flux RSS

Quelles retombées pour l’accord entre les partenaires de l’AUKUS ?

Par : Wayan

Par Moon of Alabama – Le 20 septembre 2021

L’accord passé entre les membres de l’AUKUS a fait que l’Australie à annuler une commande de sous-marins à propulsion diesel passée à la France, acceptant à la place une offre américaine et britannique d’acquérir à terme des sous-marins à propulsion nucléaire.

Il n’est pas du tout certain que l’Australie puisse trouver l’argent pour réellement se payer des sous-marins nucléaires. Ceux-ci sont 50 à 100 % plus chers que les sous-marins conventionnels. L’Australie veut également s’assurer qu’au moins 60 % du coût soit de fabrication australienne. Mais il n’y a pas d’entreprises en Australie qui aient de l’expérience en technologie nucléaire. Il est également peu probable que les États-Unis ou le Royaume-Uni laissent l’Australie acquérir une telle capacité.

Il y a également peu de chances que l’un des nouveaux sous-marins envisagés soit prêt avant 2040. D’ici là, Taïwan sera probablement déjà sous le contrôle de Pékin et la primauté navale de la Chine en mer de Chine méridionale n’aura fait que croître. Le calendrier et l’objectif déclarés jusqu’à présent sont donc discutables.


Cela pourrait bien être dû au fait que le véritable plan est différent :

Le gouvernement Morrison envisage de louer à court terme des sous-marins à propulsion nucléaire au Royaume-Uni ou aux États-Unis, mais la Coalition insiste sur le fait que les armes nucléaires ne seront pas basées en Australie.

Le ministre des finances, Simon Birmingham, et le ministre de la défense, Peter Dutton, ont confirmé dans des interviews séparées dimanche que la location de sous-marins aux alliés de l’Aukus pourrait être une solution provisoire jusqu'à ce que l'Australie prenne livraison des siens - potentiellement dans les années 2040.

"En bref, la réponse est oui", a déclaré M. Dutton lorsqu'il a été interrogé sur Sky News au sujet de la location de navires.

Birmingham a déclaré que les accords de location n'augmenteraient pas nécessairement "le nombre de sous-marins et la capacité de tous les pays partenaires", mais qu'ils contribueraient à la formation et au partage d'informations.

"Cela pourrait nous donner l'occasion de former nos marins, de leur fournir des compétences et des connaissances sur la façon dont nous opérons", a-t-il déclaré à ABC.

"[Cela permettrait de] fournir les plates-formes nécessaires à la modernisation de l'infrastructure de Perth, qui sera nécessaire à l'exploitation de ces sous-marins. Je m'attends à voir ... des accords de location ou des opérations conjointes plus importantes entre nos marines à l'avenir, nos marins travailleront en plus étroite collaboration et, en effet, potentiellement sur des navires britanniques et américains pour acquérir ces compétences, cette formation et ces connaissances. "

Perth sera ainsi probablement transformée en une base adaptée au stationnement permanent de sous-marins nucléaires américains. Ces derniers transportent des armes nucléaires.

Les bateaux « loués », ou du moins leurs éléments de propulsion, seraient bien sûr toujours équipés de marins américains ou britanniques. Les Australiens ont déjà du mal à conserver les équipages de leurs sous-marins actuels. Les quelques personnes qui seront disponibles pour les bateaux « loués » ne seront pas suffisantes pour les faire fonctionner. Les Australiens paieront donc cher pour avoir le privilège d’être invités à bord de sous-marins sans doute commandés par les États-Unis.

Le gouvernement australien prévoit également d’acheter aux États-Unis un certain nombre de missiles coûteux et d’armes à longue portée. Cela permettra d’intégrer davantage ses forces dans les plans américains de guerre contre la Chine.

Comme je l’ai écrit dans un précédent article :

Il s'agit d'une victoire énorme mais de court terme pour les États-Unis, avec un prix de consolation pour la Grande-Bretagne et une perte stratégique de souveraineté et de contrôle budgétaire pour l'Australie.

La perte de la souveraineté australienne, dans la mesure où elle existait vraiment, est évidente. Ses nouveaux plans, comme les précédentes mesures antichinoises, auront également de mauvaises conséquences économiques. Les pourparlers concernant un accord de libre-échange avec l’UE seront désormais interrompus :

"L'un de nos États membres a été traité d'une manière inacceptable, nous voulons donc savoir ce qui s'est passé et pourquoi", a déclaré [Ursula] von der Leyen, présidente de la Commission européenne, ajoutant que la situation doit être clarifiée "avant de continuer à faire comme si de rien n'était." ...

L'Union européenne était le troisième partenaire commercial de l'Australie en 2020, selon la Commission européenne. Le commerce de marchandises entre les deux s'est élevé à 36 milliards d'euros (42 milliards de dollars) cette année-là, tandis que le commerce des services a représenté 26 milliards d'euros (30 milliards de dollars) en 2019. ...

La menace qui pèse sur un accord commercial avec l'UE survient au moment où l'Australie cherche à développer de nouveaux marchés d'exportation après que les relations avec la Chine, son principal partenaire commercial, se sont récemment envenimées.

Le charbon, le vin, l'orge et le bœuf australiens ont tous déjà été affectés par les tensions commerciales avec la Chine, et les experts affirment que le projet AUKUS a contrarié encore plus Pékin.

La Chine reste le premier partenaire commercial de l’Australie. Le principal produit d’exportation australien vers la Chine est le minerai de fer. Mais ce commerce est aujourd’hui en grande difficulté :

Le prix du minerai de fer, le principal produit d'exportation de l'Australie, a continué à plonger alors que son principal client, la Chine, intensifie ses mesures pour réduire sa production d'acier et ses émissions de carbone pour le troisième mois consécutif.

Après avoir atteint le niveau record de 230 dollars la tonne en mai, la valeur du matériau clé de fabrication de l'acier a été divisée par deux et se négocie désormais à moins de 110 dollars la tonne, ce qui a fait chuter le cours des actions des poids lourds de l'industrie minière cotés à l'ASX, à savoir BHP, Rio Tinto et Fortescue.

Il existe d’autres raisons pour lesquelles les besoins de la Chine en minerai de fer, et donc son prix, vont diminuer. La quasi-crash du groupe immobilier chinois Evergrande, en manque de liquidités, va mettre un terme au boom de la construction en Chine. La Chine recycle également de plus en plus d’acier provenant d’anciennes infrastructures et a donc moins besoin de minerai de fer brut, même si elle continue à construire de nouvelles usines. Le minerai de fer dont la Chine a encore besoin proviendra bientôt d’Afrique :

Le principal objectif de la diversification de la Chine est la Guinée. Un pays d'Afrique de l'Ouest appauvri mais riche en minerais. Une chaîne de collines de 110 km appelée Simandou renfermerait la plus grande réserve mondiale de minerai de fer de haute qualité encore inexploitée. ...

Le projet de développement de Simandou a été divisé en quatre blocs. La Chine détient une participation directe ou indirecte dans chacun d'entre eux. La zone recèle une quantité estimée à 2,4 milliards de tonnes de minerai d'une teneur supérieure à 65,5 %.

"L'extraction des réserves de minerai de fer de Simandou transformerait le marché mondial et ferait de la Guinée une puissance exportatrice de minerai de fer aux côtés de l'Australie et du Brésil", a déclaré à Nikkei Lauren Johnston, chercheur associé au SOAS China Institute de l'université de Londres.

Si la Chine exploite les réserves de Simandou et fait chuter les prix internationaux du minerai de fer, "les marchés sélectifs des produits de base pourraient être de plus en plus régis par la dynamique des pays en développement", a déclaré M. Johnston.

La Chine trouverait ces eaux plus faciles à naviguer que de devoir faire des affaires avec l'Australie, membre de la Quadrilatérale.

(Le récent coup d’État en Guinée ne changera probablement pas ces plans).

Le boom de l’extraction australienne, alimenté par l’essor de la Chine, touche à sa fin. Le pays devra réduire son budget et chercher un nouveau modèle économique.

Mais pourquoi ai-je parlé d’une « victoire énorme mais de court terme » pour les États-Unis ?

C’est une victoire dans la mesure où les États-Unis ont obtenu une base de sous-marins en Australie et seront payés pour l’utiliser. Cela semble avantageux si l’intention est de mener une guerre froide contre la Chine. Il est pourtant douteux que cette stratégie soit nécessaire et il est tout aussi douteux qu’elle puisse réussir. Par contre et bien entendu, les fabricants d’armes continueront à adorer cette stratégie.

Mais ce n’est qu’une victoire à court terme, dans la mesure où les États-Unis perdront nombre de leurs potentiels partenaires, actuels et futurs. Ils ont fait passer leurs partenaires de la Quadrilatérale, l’Inde et le Japon, au second plan. Ils ont accru les soupçons indonésiens, malaisiens et même de Singapour quant à d’éventuels plans malfaisants à leur encontre :

En particulier, l'Indonésie et la Malaisie se sont vivement opposées au projet de l'Australie d'acquérir une flotte de sous-marins à propulsion nucléaire avec l'aide des États-Unis et de la Grande-Bretagne. Même Singapour, l'allié le plus fiable de l'Australie dans la région, a exprimé son inquiétude. ...

En fait, la décision du groupe Aukus a renforcé la perception largement répandue selon laquelle le mantra de l'Australie disant elle fait "partie de la région" n'est en fait qu'un "discours creux". L'Australie a fermement signalé son intention de donner la priorité à ses alliés anglo-saxons, les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Un ancien ambassadeur britannique en France prédit des problèmes pour l’OTAN :

Peter Ricketts a déclaré que la décision de Canberra d'abandonner un contrat avec Paris pour des sous-marins à propulsion diesel en faveur de sous-marins à propulsion nucléaire de Washington a creusé un fossé entre les alliés et affaibli l'alliance transatlantique.

"Je pense que cette décision sape certainement la confiance des Français dans l'OTAN et ses alliés, et renforce donc leur sentiment qu'ils devraient militer pour une autonomie stratégique européenne", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Je pense que cela ne peut que nuire à l'OTAN, car l'OTAN dépend de la confiance. Le travail de restauration de la confiance doit commencer de toute urgence."

Les ministres des Affaires étrangères de l'UE doivent discuter du nouveau pacte de défense signé entre les États-Unis, l'Australie et la Grande-Bretagne, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, lundi. ...

Ricketts, qui a été représentant permanent auprès de l'OTAN de 2003 à 2006, a déclaré que la France considérerait cette dispute comme "un tournant" dans ses relations avec les États-Unis et la Grande-Bretagne.

"Cela a renforcé le sentiment que je perçois à Paris que les Américains tournent de plus en plus le dos aux alliés européens en matière de sécurité et se concentrent sur leur confrontation avec la Chine", a-t-il ajouté.

La France, l’Allemagne et d’autres pays européens veulent être des partenaires économiques de la Chine. Ils considèrent les tentatives des États-Unis de lancer une nouvelle guerre froide comme une diversion totalement inutile par rapport à d’autres problèmes. Il sera de plus en plus difficile pour les États-Unis de faire en sorte que les Européens suivent leurs plans.

Dans l’ensemble, les États-Unis ont gagné une base et un petit partenaire dans leur tentative désespérée de soumettre une Chine quatre fois plus grande, mais ils ont perdu la confiance et le soutien d’une grande partie du reste du monde. Il s’agit d’une erreur stratégique aux conséquences à long terme.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

Une suite insouciante

Par : hervek

Par James Howard Kunstler – Le 30 Août 2021 – Source kunstler.com

Malgré toute la puissance apparente de l’État profond – alias la « communauté du renseignement » – on ne peut qu’être impressionné par sa stupidité et son désespoir. Il ne peut pas garder de secrets ou couvrir ses traces. Quiconque a prêté attention à l’opération RussiaGate a vu les preuves publiées de tous les comportements illicites qu’elle a engendrés et connaît les noms de tous les acteurs. Idem pour les efforts visant à organiser l’élection de 2020 et à installer un larbin-marionnette manifestement sénile à la Maison Blanche. Et idem pour l’effort visant à fabriquer la crise de la Covid-19 en détournant l’appareil de santé publique du gouvernement fédéral.

Pourtant, cette menace de l’État profond est en train de trébucher parce qu’elle n’a pas compris la dynamique de base de l’urgence à long terme : les surinvestissements dans la complexité produisent inexorablement le désordre et l’effondrement. Cela inclut la complexité de l’État profond lui-même, une entreprise tentaculaire étouffée par l’immense flux de données dont elle se nourrit et par les efforts maladroits de ses agents trop humains pour en faire des armes. La question qui se pose maintenant est de savoir si l’État profond va s’effondrer – et peut-être même être battu avec force par les Américains qui s’y opposent – avant que le pays tout entier et tous ses systèmes de soutien ne s’effondrent.

Les événements se succèdent bien au-delà du contrôle de l’État profond. Son homme de paille, « Joe Biden », a scellé son destin la semaine dernière avec la sortie ratée d’Afghanistan. La mort de treize soldats américains n’est peut-être que l’avant-goût d’un Grand-Guignol à venir, alors que les maniaques islamiques victorieux vont pouvoir mettre en scène des atrocités à l’encontre des milliers d’Américains et d’autres Occidentaux laissés sur place. Pourquoi ne le feraient-ils pas ? Pendant des décennies, ils ont promis de vaincre et d’humilier leurs ennemis « infidèles ». Rappelez-vous les décapitations enregistrées sur vidéo de Nicholas Berg, Daniel Pearl et bien d’autres ? Le rôti du pilote syrien capturé dans une cage en acier ?

Il n’est même pas nécessaire de poser la question rhétorique suivante : qui a planifié et exécuté l’évacuation pied-nickelesque de Kaboul ? C’est une évidence : toute la chaîne de commandement. Cela galvanise enfin la moitié du pays qui n’est pas sous l’emprise de l’État profond pour qu’elle s’y oppose, et c’est ce que vous verrez dans les semaines à venir. Ils se débarrasseront de cet imposteur de « Joe Biden » – si l’État profond n’essaie pas de le faire avant – et ensuite ils « annuleront » la tentative de l’État profond de gérer toute succession au poste vacant au sommet.

Pensez-vous que vous n’entendrez pas parler des résultats de l’audit des élections en Arizona simplement parce que l’entreprise s’est tue la semaine dernière lorsque trois membres de l’équipe d’audit sont tombés malades à cause de la Covid-19 ? Le processus n’a pas été arrêté ou écrasé. Le rapport montrera une disparité flagrante et surprenante entre les résultats certifiés et les bulletins réellement comptés. Cela fera voler en éclats les lambeaux de légitimité que portait « Joe Biden », révélant la créature larvaire et aveugle qui se cache à l’intérieur.

Le CDC et ses agences alliées ont fait le plein des Américains prêts à se faire vacciner. La dernière manœuvre de la FDA visant à « approuver » l’agent de thérapie génétique « Comirnaty », qui n’a pas encore été produit (ou testé), avait pour but de faire croire au public que l’actuel « vaccin » Pfizer-BioNTech était également approuvé. Il n’est pas approuvé. Il est toujours administré en vertu de l’autorisation d’utilisation d’urgence. Les médias d’information menteurs mentent encore à ce sujet. Quoi qu’il en soit, la moitié du pays refuse de prendre un cocktail qui n’agit pas comme un véritable vaccin (c’est-à-dire qui prévient la maladie) et qui menace d’attaquer mortellement la paroi des vaisseaux sanguins… cette grande partie du public en a bien assez d’être bousculée par des obligations et des menaces.

Nous ne nous soumettrons pas. Nous approchons de la fin de ce règne de terreur médicale. Le problème, c’est que l’establishment médical n’y survivra pas. Ils ont perverti et sapé ce que l’on appelait autrefois la science – la recherche de la vérité sur ce qui est réel et ce qui ne l’est pas – et, de toute façon, le système médical s’est déjà empoisonné lui-même avec un racket si excentrique et cruel qu’il fait passer l’ancienne mafia pour une organisation caritative. Non seulement les Américains reçoivent un virus Covid dont le développement a été financé et guidé par le principal responsable de la santé publique des États-Unis, Tony Fauci, mais s’il les conduit à l’hôpital, leurs médecins leur refusent un traitement avec des médicaments efficaces et, si les patients survivent à l’épreuve, ils reçoivent des factures de plusieurs millions de dollars. Cette conduite témoigne d’une sorte de sadisme qui va au-delà de la simple addition d’insultes aux blessures.

La moitié du pays prête également attention à l’invasion de « sauteurs de frontières » venant du Mexique avec l’aide de l’État profond. Ils remarquent également que « Joe Biden » ne se conforme pas à la récente décision de la Cour suprême des États-Unis selon laquelle il doit appliquer la procédure permanente pour renvoyer les « demandeurs d’asile » au Mexique en attendant une décision sur leur admissibilité. Beaucoup de ces migrants viennent des coins les plus reculés du monde, notamment d’endroits remplis de gens qui ne nous aiment pas, ni notre pays. Combien d’entre eux viennent ici pour faire exploser des choses et tirer sur des citoyens américains ? Personne ne le sait. L’État profond ne veut pas le savoir et il ne veut pas que vous le découvriez.

Enfin, il y a la question du système financier qui, ces derniers temps, est devenu le mandataire de ce qui était l’économie productive américaine, son faux front Potemkine. Les divers plans visant à dépenser environ 8 000 milliards de dollars d’argent inexistant pour d’autres expériences sociales telles que payer les citoyens pour qu’ils soient oisifs, auraient suffi à couler la monnaie américaine, le dollar américain. Maintenant que le monde a été témoin du retrait humiliant des États-Unis de notre guerre de 20 ans en Afghanistan, le processus va s’accélérer. Le monde voit que l’on ne peut compter sur nous dans aucune crise étrangère. Ils savent que nous ne produisons plus de choses de valeur. A quoi sommes-nous bons, exactement ? Des entreprises absurdes comme la confusion des genres et l’escroquerie raciale ? La drogue et la pornographie ? Est-ce cela qui se cache derrière le dollar ?

L’ancien (depuis hier) lieutenant-colonel Stuart Scheller est revenu sur YouTube hier. Il montre bien à quel point la meilleure moitié de la nation est en colère, la moitié qui refuse de se plier à l’État profond, la moitié qui cherche à l’écraser et à lui demander des comptes pour avoir tenté de détruire le pays de six façons différentes.

James Howard Kunstler

Pour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d’abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statistiques jusqu’au ciel.

Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Briser l’Empire signifie rompre avec les Saoudiens

Par : Zineb

Par Tom Luongo – Le 2 septembre 2021 – Source Gold Goats ‘n Guns

Dire que l’Arabie saoudite a été le pivot des objectifs de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient et en Asie centrale est un euphémisme. Pendant plus de cinquante ans, les Saoudiens ont contribué à soutenir la politique étrangère américaine en exportant leur pétrole dans le monde entier et en ne recevant que des dollars en retour.

Leur monnaie, le Riyal, est indexée au dollar américain depuis que le secrétaire d’État de l’époque du président Nixon, Henry Kissinger, a négocié l’accord qui a donné naissance au système dit des pétrodollars.

Au cours des décennies qui ont suivi, le pétrodollar a été un mot à la mode que beaucoup, dont moi-même, ont utilisé pour expliquer l’architecture des ambitions impériales des États-Unis. À bien des égards, il a joué un rôle crucial dans ce contexte, à certains moments. Mais il était surtout nécessaire pendant les premières années de la mise en place de l’étalon-dollar, pour aider à légitimer ce nouveau régime monétaire et fournir un marché pour la dette américaine dans le monde entier afin de remplacer l’or.

Après cela, ce ne fut que l’aspect d’un jeu beaucoup plus grand construit sur un schéma de Ponzi en constante expansion de fausse monnaie. En réalité, le système bancaire parallèle des eurodollars est beaucoup plus important que celui des pétrodollars.

Cela dit, je ne l’ignore pas complètement, car je comprends qu’il s’agit d’argent réel qui change de mains pour des biens réels, plutôt que de grandes quantités de dollars qui soutiennent un système financier de plus en plus fragile. Le commerce réel est important et la monnaie avec laquelle il s’effectue l’est tout autant.

Les États-Unis ont défendu avec acharnement le pétrodollar en partant en guerre contre tout pays qui osait offrir du pétrole sur les marchés internationaux dans une autre monnaie que le dollar, comme l’Irak sous Saddam Hussein. Mais les temps changent, tout comme la structure des marchés de capitaux.

Ainsi, lorsqu’on évalue la santé du système des pétrodollars et son importance aujourd’hui, il est important de réaliser que le marché du pétrole est beaucoup plus fragmenté en termes de paiement qu’il ne l’a été depuis le début des années 1970.

En tant que système, le pétrodollar a toujours été voué à une mort lente. Selon moi, les premiers signes de cette évolution ont commencé fin 2012, après que le président Obama a finalement utilisé l’arme nucléaire financière contre l’Iran, à savoir l’expulsion du système de paiement SWIFT, sans pratiquement aucune raison.

Au début de l’année, j’ai écrit un article expliquant pourquoi, dans les négociations, il ne faut jamais recourir au nucléaire et comment Obama a commis la plus grosse erreur stratégique, peut-être dans l’histoire des États-Unis, en menaçant d’abord les Suisses au sujet du secret bancaire, puis l’Iran.

Le fait que l’administration Obama ait politisé SWIFT comme elle l’a fait a mis fin à une ère de la finance internationale. Le système financier mondial a mis fin à toutes les illusions qu’il avait sur qui était en charge et qui dictait les conditions.

Le problème, c’est qu’une fois qu’on y est, on ne peut plus revenir en arrière, comme l’a fait remarquer {Jim} Sinclair il y a plus de dix ans.

Menacer la Suisse de  l’expulser de SWIFT n’était pas un signe de force, mais un signe de faiblesse. Seules les personnes faibles intimident leurs amis pour les soumettre. Cela montrait que les États-Unis n’avaient aucun autre moyen de pression sur la Suisse que SWIFT, un signe clair de désespoir.

Et c’est ce que les États-Unis ont fait en appuyant sur le gros bouton rouge « effacé de l’histoire ».

La Suisse a cédé. Sa fameuse confidentialité bancaire fait désormais partie de l’histoire.

L’Iran, en revanche, en 2012, face à une menace similaire de la part d’Obama, n’a pas cédé et a forcé Obama à mettre sa menace à exécution. Une fois que vous avez débloqué l’arme nucléaire, vous ne pouvez plus menacer avec des armes moins puissantes, elles n’ont aucune influence. C’est une leçon que Donald Trump apprendra à ses dépens en 2018.

L’Iran a fait fi du pétrodollar pour vendre son pétrole en concluant un accord d’échange de biens contre du pétrole avec l’Inde. Les experts américains en politique étrangère se sont moqués de l’Iran à l’époque. Puis nous avons découvert que la Turquie blanchissait les ventes de pétrole pour l’Iran par le biais de ses banques en utilisant de l’or.

Sa monnaie, le Rial, a depuis lors fait l’objet d’attaques constantes de la part des États-Unis, le plus vicieusement sous le président Trump qui a cherché à faire ce qu’Obama n’a pas pu faire, conduire les exportations de pétrole de l’Iran à zéro. L’objectif était un changement de régime.

J’ai chroniqué cela en détail, au cours de ces quatre dernières années, en disant explicitement que la stratégie était stupide et à courte vue. Elle n’a pas fonctionné. Elle ne pouvait pas fonctionner.

La résistance de l’Iran à l’intimidation de Trump n’a fait que renforcer les structures de pouvoir existantes là-bas et endurcir le peuple iranien pour qu’il devienne plus désagréable, plus dédaigneux vis-à-vis de l’Amérique et, probablement, des Américains.

Tout ce que cela a fait, c’est de forcer l’Iran à développer des plans alternatifs et à trouver de nouveaux marchés. Ces alternatives impliquaient de développer de meilleures relations avec la Chine, la Russie et la Turquie, ce que les États-Unis se sont efforcés de saboter. Tant que l’Iran respectait sa parole, fournissait du pétrole et se comportait comme un partenaire fiable en matière de diplomatie, les accords finissaient par se concrétiser.

L’investissement de 400 milliards de dollars sur 20 ans de la Chine l’année dernière est le point culminant de cette résistance et de cette ingéniosité. C’est le tourbillon provoqué par les politiques pro-Israël, anti-Iran et les politiques confuses de Trump à l’égard de la Syrie et de l’Afghanistan.

Dans l’intervalle, les États-Unis ont sanctionné la Russie, qui vend une grande partie de son pétrole dans un certain nombre de devises différentes, dont certaines sont encore des dollars. La Chine a lancé il y a quelques années un contrat à terme sur le pétrole libellé en yuan, qui est finalement convertible en or à Shanghai.

Les États-Unis commercent toujours avec la Chine et la Russie et pourtant, personne n’a eu raison de réclamer la mort du pétrodollar à l’époque. Ces choses sont un processus, pas une étape. Le fait est que le pétrodollar ne dépend pas du fait qu’il soit un monopsone dans le commerce du pétrole. Le système fuit depuis près d’une décennie maintenant.

L’Iran est un exemple de la raison pour laquelle le Davos ne parviendra à rien de plus que la forme la plus limitée de son Grand Reset. La Russie aussi. La nécessité est mère de l’innovation. Poutine ne cesse de le répéter. Et lui, comme les Mollahs en Iran, ont été la risée des experts américains en politique étrangère de K Street.

Mais, cet article ne concerne pas l’Iran, la Russie ou la Chine. Il s’agit de l’Arabie Saoudite.

Maintenant que la situation de l’Afghanistan est pratiquement réglée sur le plan géopolitique, la question est de savoir quelles en seront les retombées. Pendant des années, nous avons vu la coalition qui voulait atomiser la Syrie se diviser, petit à petit. Ce fut d’abord le Qatar, qui a défié le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MbS), isolé tout comme l’Iran. Le Qatar a survécu.

Ensuite, c’était la Turquie, qui fait constamment volte-face sous la direction du président Erdogan en essayant de combler les vides de pouvoir découlant des succès militaires de la Russie en Syrie et des succès diplomatiques dans la région qui ont fait échouer les plans des États-Unis, de l’OTAN et d’Israël dans cette région.

Lentement, petit à petit, la Russie et la Chine se sont installées dans ces espaces pendant qu’Erdogan essayait et échouait…. encore et encore et encore.

Ainsi, la présence américaine en Afghanistan faisant désormais officiellement partie de l’histoire, de grands changements s’opèrent rapidement et furieusement dans toute la région.

Et le plus important est l’accord vague mais significatif de coordination de la défense entre la Russie et l’Arabie Saoudite. Car maintenant, après avoir réussi à contrôler le baril de pétrole marginal produit dans le monde, la Russie contrôle l’OPEP+ 1. C’est un accord nominal de partage du pouvoir avec les Saoudiens, mais en fin de compte, avec Trump hors jeu, les Saoudiens ont réalisé qu’il leur restait très peu d’amis, voire aucun, dans le monde.

J’ai fait cette leçon d’histoire pour vous rappeler que ce moment n’est pas arrivé par hasard. Il s’est construit sur une décennie d’erreurs de politique étrangère américaine. Des erreurs qui ont tenté de faire perdurer les avantages et le récit du pétrodollar bien plus longtemps qu’ils n’auraient dû.

Le système aurait dû mourir il y a des années. Mais il a continué à boiter en cédant à la soif de sang de MbS au Yémen, en Syrie et au Liban. Plutôt que de subventionner les objectifs de politique étrangère des États-Unis, il a subventionné l’illusion continue de la famille royale saoudienne qu’elle était un courtier du pouvoir mondial.

Cela a continué jusqu’à ce que Trump soit renversé et que Biden soit installé. Depuis lors, MbS et le reste de la Maison des Saoud ont compris à quoi ressemblait leur avenir et dans quelles mains il se trouvait.

Celles de la Russie.

Nous avons vu des négociations en coulisses entre Riyad et Téhéran, entre Riyad et Damas. La Syrie revient au sein de la Ligue arabe. L’Iran et les Saoudiens mettent un terme au désastreux conflit au Yémen.

Le moment est venu de réclamer la paix et de trouver une solution garantissant une stabilité relative. Alors, comment le pétrodollar intervient-il dans tout cela ?

Pour l’instant, ce n’est pas le cas. Ceux qui pensent que le pétrodollar est mort à cause de cet accord s’avancent beaucoup. Avec des prix du pétrole aux alentours de 70 dollars (pétrole brut Brent), il n’y a pas de menace immédiate pour l’avenir du gouvernement saoudien. Ils peuvent gérer un léger déficit budgétaire à ces prix pendant longtemps. Il n’y a pas de pression sur le Riyal à ces prix.

Ce qu’ils ne peuvent pas gérer, c’est le pétrole dans les 30 ou 40 dollars pendant un certain temps. C’est ce qui fait exploser le déficit budgétaire.

Donc, pour l’instant, tant que les États-Unis ne se mettent pas davantage à dos MbS, il n’y a aucune raison pour que ce qui reste du pétrodollar ne puisse pas rester en place.

À cette fin, le fléau de l’existence du Davos, Southfront.org, dont la diffusion est fortement censurée par Big Tech, spécule que les États-Unis pourraient sanctionner l’Arabie saoudite pour cet accord avec la Russie.

Les États-Unis exhortent leurs alliés à éviter les grands accords de défense avec la Russie, a déclaré un porte-parole du département d’État, commentant la signature d’un accord de coopération militaire entre la Russie et l’Arabie saoudite.

« Nous continuons d’exhorter tous nos partenaires et alliés à éviter les nouveaux accords majeurs avec le secteur de la défense russe, ce que nous avons clairement indiqué avec … la loi CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act) », a déclaré le porte-parole au média d’État russe RIA.

Bien qu’il s’agisse d’une spéculation, cette déclaration du Département d’État a été faite avant que les Saoudiens ne s’assoient et ne signent un accord avec les Russes au plus fort de la retraite honteuse et désordonnée des États-Unis de Kaboul.

En matière d’insultes géopolitiques, celle-ci était plutôt énorme.

Ce sera donc la prochaine étape à franchir. Si j’ai raison et que l’objectif de ceux qui sont derrière l’administration Biden (dont la date limite d’utilisation est similaire à celle du pétrodollar) est de démanteler les États-Unis autant que possible, alors nous verrons Lindsey Graham et d’autres se tordre les mains ensanglantées en se lamentant sur la nécessité de sanctionner nos amis de longue date en Arabie saoudite.

Ce sera aussi nauséabond que prévisible.

Et ce sera un acte délibéré de destruction d’une partie encore significative de la demande étrangère pour le dollar américain. Bien entendu, cela fait directement le jeu du Davos, qui s’emploie activement à saper la confiance dans les États-Unis sur les plans politique, économique, culturel et social. Parce qu’à la minute où les États-Unis font cela, la seule action rationnelle de MbS est de rompre l’indexation du Riyal au dollar et de le laisser flotter librement.

À 70 dollars le baril, l’effet sur le Riyal sera minime.

Cela dit, cela permettrait une forte baisse des prix du pétrole au niveau international, car les Saoudiens, qui ont besoin d’un prix du pétrole élevé pour financer leur État-providence, n’auront plus besoin d’autant de dollars pour leur pétrole. Il faut donc s’attendre à ce que le Davos tente de favoriser cette évolution. Ils ont déjà essayé lorsque les EAU ont tenté de torpiller la solidarité de l’OPEP+ il y a quelques semaines.

Si le pétrole devait chuter brusquement, disons dans les 40 dollars, cela créerait une inflation massive en Arabie Saoudite en raison d’une forte baisse du Riyal, désormais exposé aux forces du marché. Et les Saoudiens devraient alors procéder au même ajustement douloureux que la Russie a connu en 2015-17, lorsqu’elle a finalement mis fin à sa politique de rouble fort.

C’est pourquoi on dit à Biden de supplier publiquement pour une baisse des prix du pétrole. Cela n’a rien à voir avec le fait d’aider les consommateurs américains et tout à voir avec le fait d’appâter les pays arabes pour qu’ils désindexent leur monnaie du pétrodollar et espèrent faire s’effondrer les prix du pétrole dans la confusion.

Donc, annoncez le variant Mu du COVID-11/09.

Les Saoudiens, pour leur part, ont bien appris les leçons de ce qui se passe quand on se lance dans une guerre des prix avec la Russie. Vous perdez. Donc, au lieu de se battre contre la Russie pour des parts de marché, ils ont décidé de coordonner la production pour que tout le monde y gagne pendant que les États-Unis continuent à se débattre avec la réalité que leur empire n’est pas seulement en train de s’effondrer, mais qu’il est activement démantelé de l’intérieur.

Et vu où nous allons, je dirais que ceux qui rient maintenant ne sont pas au Département d’État.

Tom Luongo

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

  1. En cas d’augmentation de la demande, la Russie, en tant que principal producteur de pétrole à fort coût d’exploitation en provenance de l’Arctique, peut décider du prix du baril de pétrole au niveau mondial, NdT

Extrait du carnet de notes : vers qui le Davos se tournera-t-il après Biden ?

Par : Zineb

Par Tom Luongo – Le 24 août 2021 – Source Gold Goats ‘n Guns

Avec l’effondrement de l’Afghanistan et l’incapacité manifeste de Joe Biden à gérer la situation, le temps presse pour la bande du Davos, qui doit trouver un moyen d’éviter que la situation ne déraille complètement.

L’opposition à la vaccination obligatoire et à l’utilisation publique des données médicales privées augmente bien plus vite que prévu. Elle révèle l’étendue de l’inutilité des personnes qu’ils ont installées dans les lieux de pouvoir du monde entier pour effectuer le Grand Reset.

De la Nouvelle-Zélande au Canada, de la France à la Maison Blanche, la bande du Davos pensait qu’elle pouvait jouer à l’empereur Palpatine et simplement « légaliser le Grand Reset » et que tout s’arrangerait tout seul. Ce n’est clairement pas le cas.

Les histoires qui nous parviennent d’Australie sont aussi profondément troublantes que l’échec du retrait d’Afghanistan de Biden. Elles mettent en évidence la rapidité avec laquelle les petits tyrans se sont transformés en tueurs inhumains d’êtres sans défense, par exemple les chiens de sauvetage en Australie qui ont été abattus et gazés pour avoir été exposés au COVID-11/09.

Mais, là encore, c’est le problème fondamental des collectivistes de tous poil. Ils détestent les choses qu’ils veulent protéger. Les mêmes personnes qui criminalisent la « maltraitance des animaux » font ensuite du lobbying, financent et créent par le biais des impôts des camps de concentration pour chiens au refuge local du comté.

Pour eux, la vie est bon marché. Tellement bon marché qu’ils en réduisent la valeur à zéro afin de justifier leur désir de dominer les autres, en masquant leur peur d’un monde hostile et imprévisible. Ce qui est fait aux chiens en Nouvelle-Galles du Sud va s’étendre aux humains non-vaccinés si cela n’est pas stoppé net.

Une fois que la déshumanisation commence, elle ne s’arrête pas tant que les tyrans ne sont pas renversés et vaincus. De plus, lorsqu’un groupe est poussé au bord de l’extinction, il est en mesure de se défendre plus durement que jamais auparavant.

Les menaces existentielles sont comme ça.

Alors, que le ciel vienne en aide aux tyrans d’outre-mer, car il y a une place spéciale dans le four EZ-Bake de Dante (dédicace à Dennis Miller) pour les personnes qui gazent les chiens de sauvetage.

A chaque saison, Baratte, Baratte, Baratte…

Ce que je veux dire, c’est que cette opposition croissante à la Nouvelle Normalité telle que promue par la bande du Davos force une accélération de leurs plans. J’en ai déjà parlé. Et quand vous voyez un changement à 180 degrés dans un récit médiatique, vous devez le prendre au sérieux.

Parce que cela signifie que quelque chose de significatif a changé.

Les médias et Washington se sont retournés contre Biden dans un virage à 180 degrés, tout comme ils l’ont fait pour la théorie de la fuite du laboratoire COVID-11/09 une fois qu’il est devenu utile pour le Davos de le faire et que le Dr Fauci a été pris en flagrant délit de mensonge au Congrès par Rand Paul.

Maintenant, je crois fermement que le désordre à Kaboul était un chaos planifié. Il a été conçu pour faire passer les États-Unis pour une bande de crétins maladroits. Je laisserai de côté, pour l’instant, le fait que le retrait désordonné de l’Afghanistan était destiné à y semer le chaos, laissant derrière lui des milliards d’armes pour aider l’armée afghane et d’autres à s’en prendre aux talibans et à entraver leur capacité à former un gouvernement.

Biden a été désigné pour porter le chapeau de cette situation. Il n’y est pas préparé et n’est même pas capable de comprendre la vitesse à laquelle cela se passe. C’est presque comme si, comme nous, il était perdu dans La Baratte, comme l’exprime Amos Burton dans la série The Expanse de James S.A. Corey. Un petit rappel …

La Baratte est ce moment où, « les règles du jeu changent ». Quel jeu ?

Amos : {de The Expanse} « Le seul jeu. La survie. Quand la jungle se détruit et se reconstruit autrement. Des gars comme toi et moi, on finit par mourir. Ça ne signifie pas grand chose. Ou alors on survit et ça ne veut rien dire non plus. »

L’idée de la Baratte d’Amos, cependant, est que tandis que les règles changent, la société elle-même continue de fonctionner. En ce moment, beaucoup de gens essaient d’analyser la situation politique en termes de Baratte, le flux et le reflux habituels de la lutte pour le pouvoir.

En fait, je ne crois pas que nous soyons dans la Baratte habituelle des événements. Cela ressemble à quelque chose de très différent.

Revenons à Biden, parce qu’il est clair qu’il ne survivra pas à cette situation. S’il n’avait pas passé toute sa vie au service des pires formes de corruption, j’aurais presque de la peine pour lui, car la maltraitance des personnes âgées fait honte à toute société, tout comme le gazage des chiens de sauvetage. Mais, comme je l’ai dit, nous avons affaire à des gens qui n’ont pas d’âme, pas de cœur et seulement l’envie inextinguible qui habite ceux qui n’ont pas ces choses et qui cherchent un sens à leur existence vide de sens.

Donc, Biden n’est pas fait pour cette vie sur le devant de la scène. Il est rapidement mis à l’écart, tel un autre chien abattu pour ouvrir la voie au servage mondial.

Je crois que l’Europe commence à m’énerver

À l’inverse, avez-vous remarqué que le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne obtiennent tous un laissez-passer pour faire sortir leurs ressortissants de Kaboul, alors qu’ils étaient au courant de la situation là-bas ?

Avez-vous remarqué les bêlements désespérés de gens comme Tony Blair et le ministre des Affaires étrangères de l’UE, Josep Borrell, à propos de la perte de l’Afghanistan ?

De toute évidence, il s’agit de détourner l’attention de l’agitation civile croissante dans notre pays, mais le but réel est de creuser davantage le fossé entre l’Europe et les États-Unis sur tous les sujets.

Dans leur esprit imbibé de pouvoir et de mondialisme, comment les idées du Davos peuvent-elles survivre si elles ne peuvent pas exploiter la vache à lait américaine pour dépenser des milliards de dollars afin de protéger leurs intérêts en Asie centrale ?

Le gouvernement de Boris Johnson vient de voter en faveur de l’outrage à Biden pour sa débâcle en Afghanistan.

L’équipe de Biden a mal géré le retrait d’Afghanistan en sachant très bien ce qui allait se passer. Les couteaux sont déjà sortis pour son conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan, son secrétaire d’État Antony Blinken et son secrétaire à la défense Lloyd Austin.

Macron, Merkel et les Britanniques, qui sont vraiment des incapables, connaissaient tous la situation dans le pays. Admettre l’échec de Biden en Afghanistan est la seule chose sur laquelle les néocons et les néolibéraux sont vraiment d’accord.

Ainsi, le fait qu’ils se retournent contre lui par le biais des médias montre clairement que les règles du jeu ont à nouveau changé.

Dans le même temps, Alex Mercouris a eu raison de dire que Kamala Harris est également mise sur la touche parce qu’elle n’est pas en Afghanistan, ou du moins à l’étranger, pour coordonner avec ces alliés étrangers la gestion de la situation et faire sortir les Américains piégés là-bas.

Elle est à Singapour et au Vietnam, où elle se fait taper dessus par la presse et se moque des Américains laissés pour compte, tout en faisant des déclarations fades et vaguement dociles sur les revendications de la Chine en mer de Chine méridionale.

Ce que l’on voit ici, c’est la vieille rengaine : « Nous faisons tout mieux que les Américains ». Cela contribue également à atténuer le choc de la dissonance cognitive que les gauchistes subissent à mesure que tout s’écroule. Ils arriveront rapidement à la conclusion qu’ils ont « élu » un champignon du dimanche comme président, au lieu d’un type qu’ils détestaient pour la seule raison que les architectes de cette tragédie afghane leur avaient dit qu’il était un nazi.

La programmation est profonde, des deux côtés du spectre politique.

Beaucoup se réveillent, mais ce n’est peut-être pas suffisant avant que tout n’explose.

Nous en sommes aux prémices de la mise en scène du discours de sortie de Biden. Mais comme nous sommes également entrés dans un nouveau jeu, les anciennes règles ne s’appliquent pas nécessairement.

La grande question est maintenant de savoir ce qui va se passer ensuite.

Kamala Caméléon

Je veux croire que le Davos a déjà calculé quelle est sa meilleure ligne de conduite. Je vais commencer par dire que je ne pense pas que Kamala Harris soit la solution pour eux, à moins que l’objectif soit que le prochain président soit tellement détesté par une Amérique en colère et confuse que le pays se déchire littéralement en deux.

Ce n’est pas une hypothèse déraisonnable.

Le problème est qu’elle est peut-être le plus gros problème qu’ils ont maintenant, parce qu’elle n’est dans l’équipe de personne d’autre que l’équipe Harris. Je pense que c’est peut-être pour cela qu’elle est à Singapour maintenant, pour voir si elle peut s’attirer les bonnes faveurs et être autorisée à prendre la relève.

Se débarrasser de Biden ne sera pas difficile à ce stade.

Donc, Harris, bien qu’elle soit détestée par tout le monde, n’est pas non plus qualifiée pour le poste de président. Ceci étant dit, elle n’est pas pour autant dénuée des qualités nécessaires à une comploteuse et une assoiffée de pouvoir. Elle et Obama doivent s’entendre à merveille.

Cela dit, je suis sûr qu’elle a planifié son parcours jusqu’à la présidence, même si le Davos, qui, à mon avis, peut vouloir quelque chose de différent, quelqu’un de plus prévisible en ces temps post-Baratte.

Si l’indignation de l’opinion publique à propos de l’Afghanistan atteint un quelconque pic de fièvre, à cause, disons, d’images semblables à celles de Benghazi montrant des Américains se faisant tirer dessus et traîner dans les rues de Kaboul, diffusées tous les soirs dans ce qui passe pour des informations aux États-Unis, alors Biden devra démissionner.

Alors que Biden se soumet au calendrier de retrait des talibans et que le 20e anniversaire du 11 septembre approche… cela semble-t-il vraiment si irréaliste ?

Ils tirent sur les chiens de sauvetage, n’est-ce pas ?

Si nous ajoutons à cela la preuve définitive par les audits que les Démocrates ont triché lors des élections, alors nous avons le chaos maximum et Harris n’y survit pas non plus. Rappelez-vous, le Davos a utilisé le pivot sur l’origine du COVID-11/09 pour fomenter un sentiment anti-chinois aux États-Unis.

Utiliser les audits pour pivoter et délégitimer Harris en même temps semble à la fois cohérent et très possible.

Maintenant, pourquoi cela ne signifierait-il pas une remise en place de Trump ? Eh bien, la Cour suprême a-t-elle fait quelque chose de notable, en dehors de se recroqueviller, depuis que le Davos a mis la pression l’été dernier ?

Quand je dis que je pense que les États-Unis sont en train d’être liquidés, je suis sérieux.

Je ne vois pas Kamala Harris, l’ultime recrue de la diversité politique, survivre à ça. En fait, les Démocrates seraient en plein désarroi si les audits commençaient à causer de réels troubles au niveau de la base. Les élections de mi-mandat sont déjà une cause perdue. Donc, le temps est essentiel pour mener à bien cette opération.

Peut-être suis-je trop réducteur ici, car Harris a de nombreuses cartes à jouer au sein de l’appareil du parti Démocrate, mais seulement si sa position est considérée comme légitime et seulement si les Démocrates ont plus de deux longueurs d’avance sur la foule en colère.

Crise de nerfs due au 25e amendement

Ceci étant dit, si je me trompe et qu’il s’agit de la Baratte habituelle des événements, nous assistons à une remise en cause de la compétence de Biden par le 25e amendement. Tous les chemins mènent au président Harris, c’est ce que dit le 25e amendement.

… à moins qu’il n’y ait pas de vice-président. Harris devrait d’abord démissionner, et elle n’a rien fait qui puisse provoquer ça.

En fait, son éloignement de l’Afghanistan est le geste le plus intelligent que je l’ai vu faire.

Cela conduit au scénario attendu, à savoir que Harris accède à la présidence et choisit probablement la présidente du parlement Nancy Pelosi comme vice-présidente et présidente du Sénat. Pour faire passer sa désignation, Nancy va passer un accord avec Mitch McConnell et c’est tout. Ce sera un bon accord pour les Républicains.

Nancy décroche le gros lot et deux années supplémentaires à D.C. contre une année restante sur son probable dernier mandat au Congrès. Dans le même temps, McConnell sait qu’il la neutralisera lorsque les Républicains gagneront les élections de mi-mandat (en supposant qu’elles aient lieu). Elle vit le rêve d’être la deuxième femme vice-présidente.

Mais, si Biden se retire en disgrâce à cause de la combinaison de la fraude électorale, de l’Afghanistan et de quelque chose d’autre que nous n’avons pas encore planifié, alors Harris devra le suivre.

A ce moment-là, les choses deviennent bizarres. C’est là que nous savons que nous sommes dans un monde post-Baratte. Passer en revue la liste des Démocrates qui pourraient correspondre au profil disponible dans un tel scénario est problématique car elle est si courte qu’elle est pratiquement inexistante.

Et si Harris doit également démissionner sous la menace d’un impeachment, le dernier acte de Biden en tant que président serait de nommer un nouveau vice-président conformément au 25e amendement.

Voici les parties pertinentes du 25ème amendement.

Section 1. En cas de révocation du président, de sa mort ou de sa démission, le vice-président devient président.

Section 2. En cas de vacance du poste de vice-président, le président nommera un vice-président qui prendra ses fonctions après confirmation par un vote majoritaire des deux chambres du Congrès.

Lorsque Nixon a démissionné, cela relevait normalement de la section 1. Gerald Ford était vice-président. Nixon a démissionné en état de disgrâce pour le Watergate et Ford a pris le pouvoir, a ensuite gracié Nixon et a perdu contre Jimmy Carter en 1976.

Les choses deviennent intéressantes avec la section 2. Et celle-ci n’entre en jeu que si Harris est inacceptable au regard du Davos et est contrainte de démissionner avant. Le dernier acte de Biden sera alors de nommer un nouveau vice-président qui assumera alors la présidence avant de démissionner.

Et là, je soutiens que Nancy Pelosi ne deviendra pas la première femme présidente.

Pelosi est exclue parce qu’elle ne survivrait jamais à un vote majoritaire du Sénat. Mitch McConnell, qui verrait là l’occasion ultime de briser les Démocrates pour la prochaine génération, pourrait même sourire.

Ils ont besoin de quelqu’un de compétent pour diriger les choses, suffisamment jeune pour tenir jusqu’à la fin du mandat et, surtout, loyal envers Obama et le Davos. Cette personne ne doit pas susciter la révolte des gens normaux ni être ouvertement partisane pour ceux qui vivent dans le centre du pays.

L’objectif est d’avoir une personne neutre sur laquelle personne n’a d’opinion tranchée, mais qui est bien au fait des choses qui comptent.

Hillary est hors jeu. C’est une marchandise dépréciée. Le Davos n’a pas besoin d’elle.

Je ne la vois même pas vouloir le poste à ce stade. Elle a des rêves de crème glacée.

Alors, qui reste-t-il ? Aucun des candidats à la présidence lors des primaires. Ce sont tous des clowns, à l’exception de Tulsi Gabbard bien sûr, mais elle a quitté la politique dans une rare démonstration d’humanité de la part de quelqu’un qui a passé du temps à D.C. Les autres ont été choisis spécifiquement pour nous amener à un ticket Biden/Harris ou Harris/le lâche.

Cette personne peut, cependant, être totalement inacceptable pour les mêmes catégories de la population américaine déjà classées parmi les « terroristes nationaux » et les « semi-citoyens sous-humains »… c’est-à-dire les libertariens, les constitutionnalistes, ceux qui refusent de se faire vacciner et qui voient le mondialisme comme le cauchemar corporatiste qu’il est vraiment…. en bref, des gens comme vous qui lisez cet article.

Mitch McConnell n’aimerait rien tant que de nous coller au train après ce qui s’est passé le 6 janvier. Il va pouvoir jouer au faiseur de roi avec un candidat « neutre ».

Merde, Janet Davos t’aime !

Alors, qui est cette personne ? La réponse m’est apparue en un éclair alors que je répondais à quelqu’un sur Twitter et j’ai honte d’admettre qu’il m’a fallu tout ce temps pour la trouver.

La réponse, bien sûr, est la secrétaire au Trésor Janet Yellen. Elle remplit toutes les conditions.

Femme, apparemment apolitique, connaissant bien Washington, ancienne directrice de la Fed et troll de Davos jusqu’au bout des ongles.

Et, pour couronner le tout, elle est la seule personne qui pourrait s’opposer de manière crédible à Jay Powell à la Fed, qui a clairement quitté la sphère du Davos en défendant le dollar et la Fed. Selon mon dernier article, si la Fed est vraiment en train de fomenter une crise du dollar pour réaffirmer sa primauté dans le panthéon des banques centrales, alors Yellen serait la seule personne qui achèverait le tour de force du Davos en virant Powell, neutralisant la Fed et mettant fin au chaos.

Le Davos doit réaffirmer son contrôle ici et restaurer notre foi en La Baratte. Yellen est juste la personne qui doit s’assurer que tout cela se produise.

Je sais ce que vous pensez, cependant, qu’il semble exagéré de mettre un banquier central non élu à la tête d’un pays puissant ? Qu’est-ce que tu fumes, Tom ?

Je vous avais dit que les banquiers centraux allaient arriver !

Attendez-vous donc à ce que la présidente Yellen soit nommée dans les six prochains mois par le Davos, comme Mario Draghi a été nommé en Italie. Ils n’ont pas beaucoup de temps pour mettre tout cela en place, et encore moins pour faire partir Biden.

Avec la présidente Yellen, la prise de contrôle de l’Occident par les banques centrales serait complète avec cet arrangement. Je ne sais pas si ça marcherait comme le prévoit le Davos, mais c’est, à mon avis, la solution la plus propre à leur problème actuel.

Pour cette seule raison, je pense que c’est le scénario le plus probable, car les choses s’enveniment rapidement avec Biden.

Si vous n’aimez pas ça, il y a une niche pour chien avec votre code QR dessus.

Tom Luongo

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Les Heebie-Jeebies du mois d’août

Par : hervek

Par James Howard Kunstler – Le 20 Août 2021 – Source kunstler.com

« Joe Biden » va interrompre ses vacances mobiles – pour l’instant, il est de retour à Wilmington, DE – pour s’adresser à la nation en début d’après-midi ce vendredi. Va-t-il s’enfoncer davantage dans le trou dans lequel les talibans l’ont jeté, ou va-t-il simplement jeter l’éponge pour diriger la branche exécutive du gouvernement (si c’est ce qu’il a fait) ?

Note du Saker Francophone

Heebie-Jeebies : sentiment d'anxiété, d'appréhension, de dépression ou de maladie.

Soyons réalistes : Les faits et gestes de « Joe B » à la Maison-Blanche au cours de ces sept mois sont aussi mystérieux que l’attaque éclair des talibans en Afghanistan la semaine dernière. Que fait réellement le vieux Joe Blanc toute la journée après que ses managers aient mis fin à ses fonctions officielles à 8h30 du matin ? Il discute avec Hunter des affaires familiales sur un téléphone sécurisé ? Il regarde Joy Behar et sa bande à la télévision ? Nous, le peuple, ignorons que le « président » a des hobbies ou des loisirs. Du golf ? Apparemment pas. Les timbres ? S’il vous plaît ! Ou bien est-il simplement assis dans un fauteuil confortable au deuxième étage, repensant à ce qui reste de son esprit, à ces jours perdus de son enfance légendaire à Scranton ?

Pouvez-vous vraiment imaginer Kamala Harris dans le bureau ovale ? Je doute que Kamala elle-même le puisse. Quoi qu’il en soit, quelqu’un l’a envoyée à Singapour et au Vietnam cette semaine, comme si c’était le moment (qu’elle quitte la ville, pronto… les choses vont devenir un peu difficiles par ici). On peut supposer qu’elle reviendra aux États-Unis en temps voulu, sans accident fâcheux impliquant Air Force Two. Mais que se passera-t-il si la VIP, pour des raisons qui lui sont propres (disons, les « nerfs »), jette aussi l’éponge ? Qui d’autre est constitutionnellement dans la ligne du commandant en chef au cas où l’ensemble du ticket 2020 se retire ? La présidente de la Chambre des représentants, bien sûr, Mme Nancy Pelosi, le premier modèle mondial de masques faciaux assortis aux tenues. Quel couronnement de carrière cela va être ! Il vaut mieux remplir le congélateur de la Maison Blanche de glaces gourmandes à la mangue et au gâteau au fromage de la marque Jeni’s et se préparer à une rafale d’ordres exécutifs faisant de tous ceux qui vivent entre les chutes du Potomac et l’Embarcadero des hors-la-loi.

Les médias d’information peuvent se demander si l’Afghanistan ne retourne pas au douzième siècle, mais beaucoup d’entre nous ici se demandent si notre pays restera au vingt-et-unième siècle. Les chaînes de télévision câblées crépitent d’angoisse existentielle. Les États-Unis semblent avoir fait de leur pays l’idiot des nations idiotes. Nous sommes si facilement trompés ! Notre armée et nos services de renseignements, qui coûtent des milliards de dollars, se sont fait avoir par des sauvages en sandales, pour l’amour de Dieu ! Dix mille Américains (ou plus !) sont bloqués à Kaboul pendant que des cavaliers pachtounes se promènent au-dessus de la ville dans des hélicoptères Blackhawk volés ! Nous abandonnons nos alliés et nos obligations ! Nous ne sommes pas dignes de confiance (même par nous-mêmes). Que faut-il faire ?

Personne ne le sait, ou s’ils le savent, ils ne le disent pas. On sent une descente vers une saison de désordre national extraordinaire. On entend les chuchotements d’une cabale de l’armée de l’ombre, proche de Trump, qui se cache en marge, attendant de prendre le pouvoir. Qu’y a-t-il d’autre ? Un appel au Pakistan pour qu’il rappelle ses chiens ? Parce qu’après tout, c’est le Pakistan qui a pratiquement créé les Talibans, qui a placé Oussama Ben Laden à Kandahar, puis qui l’a hébergé à Abbottabad après que les Américains soient arrivés dans le coin en 2001 pour le faire sortir d’une grotte mythique (et qu’ils n’y soient pas parvenus, ayant sous-traité la tâche aux gendarmes pachtounes, une équipe qui a certains problèmes de motivation).

Jimmy Carter a été défait par seulement cinquante-deux otages en Iran en 1979, mais ce fiasco est bien plus important. Les talibans pourraient facilement mettre un terme à la question de l’extraction des milliers d’Américains coincés à Af-stan en tirant quelques balles de RPG sur la piste de l’aéroport international Hamid Karzai. Ensuite, ils décapiteront tout Afghan qui aura pris un chewing-gum à un Américain ?

« Le cimetière des empires », en effet. Rome a attendu quelques siècles pour s’effondrer, mais l’Amérique semble démontrer qu’elle peut le faire en quelques années seulement. Et, au-delà de ces questions d’hégémonie mondiale, il y a la question de ce qui se passe ici dans la soi-disant patrie. L’hystérie des vaccins et des masques autour de la Covid-19 arrive à son comble. Les conseils d’administration des écoles se font entendre à propos de tout ce qui est basé sur la race dans les programmes scolaires. Certains gouverneurs et maires semblent déterminés à détruire ce qui reste des petites entreprises. Une mutinerie se prépare contre le nouveau semi-confinement de Bill de Blasio à New York. Gavin Newsom est sur le point d’être jeté dans le gyre du Pacifique Nord. D’un moment à l’autre, l’audit des élections en Arizona publiera un rapport préliminaire, que l’on dit choquant. Les marchés financiers sont dans la zone de flottement. Les lignes d’approvisionnement sont en panne pour de nombreux éléments nécessaires à la vie quotidienne dans ce pays. Et des millions de personnes se demandent maintenant avec anxiété : quels sont vraiment les effets latents de ces piqûres ?

Les choses se bousculent un peu partout. Comme l’a dit un jour Bob Dylan, l’ordre s’estompe rapidement (et il est encore plus vieux que « Joe Biden ».) Tous les gens que je connais ont la chair de poule. Personne n’est aux commandes de cet ensemble alors que nous naviguons dans le brouillard.

James Howard Kunstler

Pour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d’abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statistiques jusqu’au ciel.

Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

L’échange de missiles narratifs intelligents pulvérise les critiques

Par : Zineb

Les narrations sont devenues des missiles de croisière intelligents : dites « l’Iran n’est pas une menace pour l’Amérique » ; dites « les Etats-Unis devraient cesser de recevoir des instructions de l’AIPAC » – et un missile narratif tombera du ciel, vous pulvérisant.


Par Alastair Crooke – Le 26 juillet 2021 – Source Al Mayadeen

Vieux, absurdes et inadaptés – comment décrire autrement les récits de politique étrangère de l’Amérique en ce qui concerne le Russiagate, mais plus particulièrement l’Iran ? Les ambitions nucléaires de l’Iran constituent une « menace » ; l’Iran est un « acteur malveillant », qui sape l’ordre fondé sur des règles, et sa nature est faite de « tromperie et de mensonge ».

Exchange of Smart Narrative Missiles Vaporizes Criticism

Pourtant, l’équipe Biden souhaite un accord avec Téhéran.

Il existe une contradiction évidente entre la narration américaine et l’intérêt actuel des États-Unis à s’engager avec l’Iran. Alors pourquoi Washington s’en tient-il à ces narrations qui sont si manifestement inadaptées ? Pourquoi tout est figé sur des récits anciens et absurdes de l’ère Obama, établis par des faucons néoconservateurs ? Ils entravent la marge de manœuvre de l’Amérique.

Le journaliste américain Matt Taibbi donne une réponse : les États-Unis sont enfermés dans un échange intérieur mortel de « missiles » narratifs intelligents ; l’argumentation ou la stratégie rationnelles sont « exclues ». Quiconque sort la tête de la « tranchée narrative » sera éliminé. La sécurité est dans le récit.

Taibbi écrit :

Voici ce que nous faisons maintenant, au lieu d’argumenter : nous lançons des termes comme « suprémaciste blanc », « transphobe », « théoricien du complot » et « fasciste », sachant que si les mots collent, ils mènent à des résultats : boycotts, licenciements, retrait des plateformes Internet, etc. Lorsque [une personnalité éminente est comparée – disons – à] Alex Jones, ils le font, sachant que Jones a été expulsé d’Internet – c’est donc une façon pas si subtile de voter pour ce même résultat.

C’est devenu notre style d’argumentation politique : asséner à quelqu’un une accusation à laquelle on ne peut pas répondre, puis, comme le dirait Lyndon Johnson, « faire en sorte que ce fils de pute la nie ».

C’est pourquoi tant d’efforts ont été déployés pour dénoncer l' »anxiété économique » comme un « code » pour le racisme, pourquoi Hillary Clinton a accusé Jill Stein et Tulsi Gabbard d’être des agents étrangers… Ce sont toutes des stratégies de préparation au débat. Lorsque Clinton s’en est pris à Gabbard, nous avons cessé de discuter pour savoir si l’intervention militaire en Syrie était une bonne idée ou non, et nous sommes passés à un débat pour savoir si Gabbard était complice d’un génocide. Dès le début, les détracteurs du Russiagate ont dû déterminer leur degré de motivation car ils allaient être accusés de soutenir Poutine ou Trump… Jusqu’où êtes-vous prêt à aller ? Combien pouvez-vous vous permettre d’en prendre ?

C’est devenu la norme, surtout dans la politique du parti Démocrate (mais aussi plus récemment du côté Républicain), d’embrasser cette forme maximaliste de débat au motif qu’elle fonctionne. Le retrait des plates-formes fonctionne, les boycotts fonctionnent, la honte fonctionne. Les deux partis l’ont fait, et le font encore aujourd’hui, sous une forme exacerbée : les Républicains de l’ère Bush parlaient du libéralisme comme d’un « trouble mental », voire d’une « trahison ». Aujourd’hui, les Républicains sont considérés comme la première « menace pour la sécurité nationale de la démocratie américaine ». Cette polarisation radicale n’inclut volontairement aucune vision pour l’autre moitié de l’Amérique – sauf une abjuration digne d’un autodafé, ou une carrière menée au bûcher.

La version la plus puissante, qui prévaut aujourd’hui chez les Démocrates, cherche à mettre en place une politique de non-engagement woke (ou d’annulation) – avec un bâton « raciste »/suprémaciste/« autre » privilégié, en utilisant des outils supplémentaires tels que la censure des plateformes et la surveillance nationale.

Les narrations sont devenues des missiles de croisière intelligents : dites « l’Iran n’est pas une menace pour l’Amérique » ; dites « les États-Unis devraient cesser de recevoir des instructions de l’AIPAC«  – et un missile narratif tombera du ciel, vous pulvérisant.

« L’Iran peut se plier aux exigences de négociation des États-Unis ; l’Iran peut se conformer au JCPOA ; il peut se soumettre aux inspections renforcées de l’AIEA«   – rien ne changera. Le discours restera verrouillé. L’Iran restera une « menace ».

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Faisons le point après dix-huit mois de guerre virale expérimentale

Par Robert Bibeau.

Le capitalisme c’est la guerre virale, bactériologique, chimique et numérique

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27.05.2021-WAR-English-Italiano-Spanish
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Que o Silêncio dos Justos não Mate Inocentes: Façamos um ponto da situação após dezoito meses de guerra viral total (queonossosilencionaomateinocentes.blogspot.com)

Les puissances impérialistes s’affrontent sur tous les fronts dans une  guerre concurrentielle permanente pour la conquête des marchés et le contrôle des ressources – y compris des  ressources humaines (force de travail) – afin de rescaper leur profitabilité déclinante.

 

Dans cette guerre acharnée – désespérée – ces puissances développent de nouvelles armes létales nucléaires – technologiques – spatiales – numériques (Internet) –  bactériologiques et virales  https://les7duquebec.net/archives/257512

 

Les médias d’information alternative diffusent depuis des mois des articles identifiant 42 laboratoires de recherche militaire, soi-disant  de haut  niveau de  sécurité de type P4 – pour la création d’armes de tuerie massive dont le laboratoire de Wuhan (franco-chinois) est un exemple dramatique. Une douzaine de pays hébergent ce type de laboratoires militaires de développement d’armes virales.

 

Depuis le début de l’hystérie pandémique (décembre 2019) nous avons publié une cinquantaine d’articles présentant l’hypothèse que le virus Sars-Cov-2, une arme virologique de faible létalité – se soit échappée ou ait été exfiltrée (???)  du laboratoire P4 de  Wuhan  en Chine: https://les7duquebec.net/?s=laboratoire

 

En décembre 2019, cette « échappée virale« , volontaire ou accidentelle, peu importe, a fourni l’opportunité aux puissances totalitaires, et à leurs États vassaux, de mettre au point leurs stratégies de défense face à une éventuelle guerre virologique mondiale. Depuis, l’humanité tout entière vit les affres de la crise pandémique du coronavirus et ses suites (confinement, couvre-feu, état d’urgence totalitaire, chômage forcée, famine, lois liberticides, désespoir et terreur sanitaire, etc).

Pour comprendre le terrible danger qui pèse sur la tête de milliards d’individus victimes potentielles d’une guerre bactériologique, il importe peu de savoir qui de la Chine, de la France ou des États-Unis, a tiré la première salve de cette guerre totale. Chacun de la douzaine de pays hébergeant un laboratoire de développement d’armes virales à «gains de fonctions» est susceptible un jour «d’échappé ou d’exfiltré» un de ces virus meurtriers que des apprentis sorciers – docteurs Fol-amour et scientifiques démoniaques – auront concoctés.

 

À compter de décembre 2019, la Chine, première puissance contaminée par l’arme Sars-Cov-2, a imposée l’état d’urgence totalitaire sur son territoire afin de mobiliser toutes ses ressources  humaines et médicales pour faire face à cette menace invisible. L’État totalitaire, première étape de préparation de la guerre bactériologique – les 7 du Québec

 

Puis, la Chine a commencé à organiser son économie de guerre afin de mobiliser toutes ses ressources économiques pour contrer cette attaque non conventionnelle et incontrôlable. En parallèle à  ces efforts politiques, économiques, sociaux et sanitaires, la machine médiatique de propagande ne ménageait pas ses efforts pour diffuser la doxa officielle élaborée par «la police de la pensée». Dans une guerre totale, le moral de la populace, à l’arrière du front, est un facteur déterminant pour la victoire du contingent. D’autant plus que dans cette guerre d’un nouveau genre ce n’est pas la piétaille en uniforme qui est la cible des armes létales, mais la population civile et particulièrement les plus vulnérables. Les guerres modernes, avec leurs armes discrètes (bactériologiques, virales, chimiques, numériques, technologiques) ressemblent à des guerres civiles dont les états-majors ne sauraient déterminer le front de la  confrontation, car une fois la bombe chimique lâchée dans la nature – dans la population cible – l’assaillant n’en contrôle plus la diffusion qui, comme nous avons pu le constater avec la pandémie du Covid-19, se propage sur l’ensemble de la planète, aussi bien chez l’assaillant que chez ses concurrents. https://les7duquebec.net/archives/264043

 

C’est ici que les grandes puissances impériales ont à nouveau recours aux laboratoires de Big Pharma, aux scientifiques, aux chercheurs et aux experts des laboratoires militaires pour développer des armes de défense antivirales appelées «vaccins», une façon de poursuivre la guerre concurrentielle en espérant en réduire les inconvénients pour son propre contingent. Une douzaine de vaccins ont été développés à la hâte par les multinationales du Big Pharma  pour contrer le Covid-19 et ses variants…avec plus ou moins de succès comme chacun sait. https://les7duquebec.net/archives/264183

 

Vous aurez constaté que chacune des grandes puissances totalitaires et la quasi-totalité de leurs  vassaux ont suivi, avec plus ou moins de bonheur, la même stratégie que la Chine dans sa préparation-participation à cette phase Un de la guerre virale mondiale. Les lois de l’économie politique s’appliquent inexorablement à tous les pays capitalistes. Voilà le fil d’Ariane qui relie les organismes mondialistes (OMS, ONU, FMI, OMC, BM, UE) et tous ces pays qui, tout en conspirant entre eux, ne peuvent faire autrement que d’appliquer les lois de l’économie même si cette conjoncture singulière les tétanise.

 

Ce ne sont pas les «complotistes-conspirationnistes» qu’il nous faut démasquer et contrer, mais les fauteurs de guerre virologique ayant pignon sur rue, à commencer par ces politiciens larbins de la gouvernance corrompue et ces charlatans médicaux et sanitaires stipendiés par Big Pharma, et par les GAFAM, ainsi que ces experts des laboratoires militaires dits «à gain de fonctions mortelles» et leurs patrons.

 

 ANNEXE

 

Nouveau développement,  la revue scientifique Science a publié le 13 mai 2021 une lettre signée par une vingtaine de chercheurs américains réclamant une enquête sur les origines du Sars-Cov-2. Les scientifiques sont des apprentis sorciers qui mènent ces recherches démentielles pour créer des armes bactériologiques dont ils ne contrôlent même pas les paramètres et ne connaissent pas le «contrepoison». Le crime n’est pas d’«échapper» le virus maléfique, mais de l’avoir fabriqué. Ces 20 chercheurs demandent aujourd’hui une enquête pour se défausser.  Il serait préférable qu’ils réclament la fermeture de ces 42 laboratoires militaires.   Voilà, selon nous,  le véritable enjeu de la phase Un de cette guerre sanitaire mettant aux prises le grand capital mondialisé et  le prolétariat international à conscientiser.

 


Notes

 

Briser le silence sur les origines du COVID 19 – Les Grosses Orchades, les Amples Thalamèges, le blog (lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr)

Ron Unz écrit : Depuis plus d’un an maintenant, j’ai publié une série d’articles et de chroniques sur les origines de l’épidémie mondiale de COVID-19, y faisant fortement valoir que l’épidémie représentait une attaque américaine de guerre biologique contre la Chine (et l’Iran). Voici des liens vers les trois principaux articles, dont le dernier a paru il y a une semaine.

La Pravda  américaine : Notre catastrophe au coronavirus, retour de flamme d’une guerre biologique ?
Ron Unz • The Unz Review 21 avril 2020 • 7.400 mots • 1.638 commentaires

La Pravda américaine : COVID-19, son impact et ses origines, après un an.
Ron Unz • The Unz Review 15 mars 2021 • 8.700 Mots • 975 commentaires

La Pravda américaine : « La vérité » et « Toute la vérité » sur les origines du COVID-19
Ron Unz • The Unz Review 10 mai, 2021 • 6,400 mots • 847 commentaires

 

 

 

Comment le capital américain prépare sa prochaine guerre

Par Pepe Escobar.

Source The Saker’s Blog

Andrei Martyanov est un cas à part. Ce baby-boomer de la troisième vague, né au début des années 1960 à Bakou, dans le Caucase, qui faisait alors partie de l’ex-URSS, est sans doute le principal analyste militaire de la sphère russe. Il vit et travaille aux États-Unis, écrit en anglais pour un public mondial et excelle toujours dans son blog intitulé Reminiscence of the Future.

J’ai déjà eu le plaisir de faire la critique de ses deux précédents livres. Dans Losing Military Supremacy : The Myopia of American Strategic Planningpublié il y a près de trois ans, il démontrait de manière convaincante que l’écart entre les États-Unis et la Russie en matière de missiles était comparable à un « abîme technologique » et que le Khinzal était « un changement complet de la donne sur les plans géopolitique, stratégique, opérationnel, tactique et psychologique ».

 

Il y cartographiait en détail « l’arrivée définitive d’un paradigme complètement nouveau » dans la guerre et la technologie militaire. Cette critique est incluse dans mon propre livre électronique intitulé Shadow play, disponible sur Asia Times.

Il a ensuite publié The (Real) Revolution in Military Affairs, où il est allé encore plus loin en expliquant comment cette « révolution », introduite au Pentagone par feu Andrew Marshall, alias Yoda, l’inventeur de facto du concept de « pivot vers l’Asie », a en fait été conçue par des théoriciens militaires soviétiques dans les années 1970, sous le nom de MTR (Military-Technological Revolution).

Son nouveau livreDisintegration, complète cette trilogie. Et c’est un final étonnant.

Dans cet ouvrage, Martyanov analyse de façon méticuleuse le déclin impérial, par thèmes, avec des chapitres sur la consommation, la géoéconomie, l’énergie, la perte de la course aux armements, entre autres. Il y dresse un réquisitoire dévastateur, notamment contre les lobbies toxiques de Washington et la médiocrité politique qui prévaut de l’autre côté de la Beltway. Ce qui est révélé au lecteur est l’interaction complexe des forces qui sont à l’origine du chaos politique, idéologique, économique, culturel et militaire américain.

Le chapitre 3, consacré à la géoéconomie, est une véritable promenade de santé. Martyanov montre comment la géoéconomie, en tant que domaine distinct de la guerre et de la géopolitique, n’est rien d’autre qu’un obscur embrouillamini : le bon vieux conflit « enveloppé dans le mince emballage de sciences politiques à l’intellectualisme superficiel «  – l’étoffe dont sont faits les rêves de Huntington, Fukuyama et Brzezinski.

Ce thème est pleinement développé au chapitre 6, consacré aux élites occidentales, avec un démantèlement cinglant du « mythe Henry Kissinger » : Un autre exceptionnaliste américain, faussement qualifié de « réaliste », qui fait partie d’une bande qui « n’est pas conditionnée pour penser de manière multidimensionnelle ». Après tout, ils ne sont toujours pas capables de comprendre le raisonnement et les implications du discours de Poutine à Munich, en 2007, qui déclarait le moment unipolaire – un euphémisme grossier pour dire hégémonie – mort et enterré.

Comment ne pas gagner de guerre

L’une des principales conclusions de Martyanov est qu’après avoir perdu la course aux armements et toutes les guerres qu’elle a déclenchées au XXIe siècle – comme le montre son bilan – la géoéconomie est essentiellement un « euphémisme pour qualifier les sanctions et les tentatives incessantes des États-Unis de saboter l’économie de toute nation capable de rivaliser avec eux » (voir, par exemple, la saga du Nord Stream 2). C’est « le seul outil » (c’est lui qui souligne) que les États-Unis utilisent pour tenter d’enrayer leur déclin.

Dans un chapitre consacré à l’énergie, Martyanov démontre que l’aventure américaine du pétrole de schiste n’est pas viable financièrement et que l’augmentation des exportations de pétrole est essentiellement due au fait que les États-Unis ont « récupéré les quotas libérés principalement à la suite des réductions de production de la Russie et de l’Arabie saoudite au sein de l’OPEP+, réductions faites dans le but d’équilibrer le marché mondial du pétrole ».

Au chapitre 7, intitulé « Losing the Arms Race », Martyanov développe le thème clé dont il est la superstar incontestée : les États-Unis ne peuvent pas gagner de guerres. Infliger une guerre hybride est une toute autre affaire, c’est créer « beaucoup de misère dans le monde, affamer effectivement des gens pour les conduire à leur mort pure et simple ».

Les sanctions économiques « à pression maximale » contre l’Iran en sont un exemple flagrant. Mais le fait est que ces outils – qui incluent également l’assassinat du général Soleimani – font partie de l’arsenal de « propagation de la démocratie » et n’ont rien à voir avec la « géoéconomie », mais ont « tout à voir avec les jeux de pouvoir bruts conçus pour atteindre le principal objectif clausewitzien de la guerre – « contraindre notre ennemi à obéir à notre volonté » ». Et « pour l’Amérique, la majeure partie du monde est l’ennemi ».

Martyanov se sent également obligé de mettre à jour ce sur quoi il excelle depuis des années : le fait que l’arrivée des missiles hypersoniques « a changé la guerre pour toujours ». Le Khinzal, déployé en 2017, a une portée de 2 000 km et « n’est pas interceptable par les systèmes antimissiles américains existants ». Le 3M22 Zircon « change complètement la stratégie de guerre navale et terrestre ». Le retard des États-Unis sur la Russie en matière de systèmes de défense aérienne est « massif, tant sur le plan quantitatif que qualitatif ».

Disintegration est également une critique acerbe du phénomène éminemment post-moderniste – qui se caractérise par une fragmentation culturelle infinie et le refus d’accepter que « la vérité est connaissable et peut faire l’objet d’un accord » – responsable de la réingénierie sociale actuelle des États-Unis, en tandem avec une oligarchie qui « de manière évidente, n’est pas très brillante, malgré sa richesse ».

Et puis il y a la russophobie rampante. Martyanov lance l’alerte rouge définitive : « Bien sûr, les États-Unis sont toujours capables de déclencher une guerre avec la Russie, mais s’ils le font, cela ne signifiera qu’une seule chose : les États-Unis cesseront d’exister, tout comme la majeure partie de la civilisation humaine. Ce qui est horrible, c’est qu’il y a des gens aux États-Unis pour qui même ce prix est trop faible à payer. »

En fin de compte, un intellect scientifique froid ne peut que s’appuyer sur une realpolitik solide : en supposant que les États-Unis évitent une désintégration complète en « territoires séparatistes », Martyanov souligne que la seule façon pour « l’élite » américaine de maintenir une sorte de contrôle « sur des générations de plus en plus éveillées ou désensibilisées par les drogues » est la tyrannie. En fait, la techno-tyrannie. Et cela semble effectivement être le nouveau paradigme dysfonctionnel qui se profile à l’horizon.

 

Pepe Escobar

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone

 

L’Intifada du XXIe siècle (en 7 langues)

Ce texte (septembre 2001) est paru dans la revue , Aufheben, N°10,2002 en anglais.  Ce texte fut aussi traduit en Allemand dans la revue Widcat-zirkular N° 62 , février 2002, et en français en brochure par Échanges et mouvement en octobre 2003. 

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  Que o Silêncio dos Justos não Mate Inocentes: A Intifada do Século XXI (queonossosilencionaomateinocentes.blogspot.com)

TABLE des matières

Introduction

La domination américaine

Les intérêts économiques de l’Amérique au Moyen-Orient

Le nationalisme panarabe et le prolétariat de l’industrie du pétrole

Le nationalisme palestinien, rejeton bâtard du sionisme travailliste

Histoire de deux mouvements de libération nationale : le sionisme travailliste et le mouvement national palestinien

Le sionisme travailliste et le militantisme de la classe ouvrière juive européenne

Naissance du sionisme travailliste en Palestine

La stratification ethnique sioniste

La résistance de la classe ouvrière juive et l’impératif d’expansion

Le boom d’après 1967

Les colonies et l’accord travailliste sioniste

Les Panthères noires israéliennes

La crise inflationniste de 1978-1985

Les Etats arabes, l’expansion et les Etats-Unis

Colonies et contradictions

La formation de la classe ouvrière palestinienne

Une terre sans peuple ? L’abolition de la bourgeoisie palestinienne locale « Le seul représentant légitime du peuple palestinien »

L’OLP contre l’activité autonome du prolétariat

La Jordanie

Le Liban

L’Intifada (1987 -1993)

Une lutte de « libération nationale » ?

L’Intifada en tant que lutte de classe et les luttes de classe dans l’Intifada

La « révolte des pierres »

La réaction de la bourgeoisie israélienne

Les Islamistes

La guerre du Golfe

La route d’Oslo

Le  » processus de paix  » d’Oslo (1993-2000)

Le rôle policier de l’OLP

Le processus de paix et la restructuration du capital israélien

La classe ouvrière palestinienne

La classe ouvrière juive

L’Intifada du XXIe siècle

Les Arabes israéliens

L’Autorité palestinienne de plus en plus discréditée et la militarisation de la lutte

L’impact de la nouvelle Intifada

Conclusion : de la révolte à la guerre ?

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Introduction

Alors que nous mettons sous presse* les Etats-Unis font un sérieux effort pour sauvegarder le « processus de paix » d’Oslo, effort qui constitue le cœur de leur stratégie, sous couvert de « guerre contre le terrorisme », pour mobiliser la bourgeoisie mondiale et lui imposer l’union. Ceci après une année pendant laquelle ils ont laissé Israël et les Palestiniens s’enfoncer dans un conflit unilatéral, déprimant et sanglant. La façon dont est perçue la caution américaine accordée au terrorisme d’Etat israélien contre les Palestiniens est une composante importante de la réaction ambivalente, voire même du soutien, de nombreuses personnes au Moyen-Orient et ailleurs à l’égard du terrorisme qui a visé le cœur de la puissance militaire et financière américaine. Ceci a brutalement mis en relief le conflit israélo-palestinien, rendant plus urgente que jamais l’analyse des forces motrices de l’Intifada. Au moment des attentats contre le World Trade Center de New York et le Pentagone à Washington, le 11 septembre 2001, ce que l’on a appelé « l’Intifada Al Aqsa » faisait rage depuis environ un an et semblait avoir réussi à saboter la tentative de paix bourgeoise incarnée par les accords d’Oslo. Elle a coûté très cher au prolétariat palestinien, qui a perdu beaucoup plus de vies et ramassé beaucoup plus de blessés que pendant l’Intifada de 1987-1993. C’est en particulier le nombre élevé de morts parmi la population palestinienne en « Israël proprement dit » qui fait la spécificité de cette Intifada, lorsque des localités comme Jaffa et Nazareth se sont soulevées avec des grèves générales et des émeutes, et lorsque la route principale qui traverse la Galilée du Nord a été semée de pneus enflammés dès les premiers jours du soulèvement. De l’autre côté de la Ligne verte, la politique israélienne d’assassinats a régulièrement ajouté au nombre de morts, chaque jour fournissant des témoignages encore plus choquants sur les horreurs du nationalisme et de la répression.

Pourtant, ce qui différencie vraiment cette dernière Intifada de la précédente est l’existence d’un micro-Etat palestinien, dont le rôle de policier et le statut de client ont été mis en évidence par le soulèvement. L’Etat israélien a commencé à réoccuper les zones contrôlées par l’Autorité palestinienne, à première vue temporairement. Sans présumer des intentions à long terme de l’Etat israélien, ces incursions ont servi à rappeler brutalement à l’Autorité palestinienne qu’elle est la création d’Israël, et que les Israéliens peuvent aussi détruire ce qu’ils ont créé. Le but de ce texte n’est pas de prédire les développements futurs du conflit israélo-palestinien, mais de replacer la dernière Intifada dans son contexte historique et de la comprendre sous l’angle de la lutte de classe.

Beaucoup réagissent au problème palestinien en lançant des appels abstraits à la solidarité entre travailleurs arabes et juifs. En même temps, la gauche léniniste légitime l’idéologie nationaliste qui divise la classe ouvrière, en affirmant « le droit à l’autodétermination nationale » et en offrant son « soutien critique » à l’OLP (1). Au moment où nous écrivons [2001], l’Intifada ne semble pas vraiment à même de détrôner cette idéologie nationaliste. Les travailleurs arabes et juifs « s’unissent et luttent » – apparemment avec leurs bourgeoisies et les uns contre les autres. Cet article soulignera certaines raisons matérielles pour lesquelles les exemples concrets de la solidarité prolétarienne entre Juifs et Arabes sont rares. La classe ouvrière juive a été matériellement avantagée par l’occupation et par la position inférieure des Palestiniens sur le marché du travail, tant en Israël que dans les territoires occupés. Depuis le milieu des années 1970, cet accord (que nous appellerons sionisme travailliste) a régressé, et les travailleurs juifs sont confrontés à l’insécurité économique. L’occupation de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza était nécessaire pour loger la classe ouvrière juive en Israël. Les colonies dans les territoires occupés ont joué le rôle de logement social pour compenser l’insécurité économique croissante des travailleurs juifs, et sont devenues un problème insoluble auquel sont confrontés les architectes de la paix bourgeoise.

Une position typique de la gauche est d’appeler à la création d’un « Etat socialiste démocratique en Palestine dans lequel Juifs et Arabes pourront vivre en paix (2) ». Cela pourrait nous sembler relativement réformiste, mais un tel appel pour « un Etat binational, laïc et démocratique » est considéré en Israël comme une exigence follement révolutionnaire, même par des activistes relativement radicaux. Depuis le début du siècle, les luttes des deux groupes de travailleurs sont de plus en plus réfractées par le prisme du nationalisme. Toutefois, le spectacle désolant de prolétaires qui s’entretuent n’est pas prédéterminé : le nationalisme au Moyen-Orient est apparu et est entretenu pour réagir au militantisme de la classe ouvrière. Pour nous, l’idéologie nationaliste, telle qu’elle se manifeste au Moyen-Orient, ne peut se comprendre qu’en relation avec l’émergence d’un prolétariat pétrolier et avec la domination américaine dans la région. Par exemple, les formes prises par le nationalisme palestinien – particulièrement l’OLP – étaient une réponse concrète de la bourgeoisie palestinienne en exil à un prolétariat palestinien ouvertement rebelle. Le  » processus de paix  » agencé par les Etats-Unis naquit de la reconnaissance du rôle récupérateur de l’OLP dans l’Intifada, alors que l’écroulement d’Oslo et la montée apparemment dramatique de l’hostilité islamiste à l’égard des Etats-Unis est liée à l’incapacité de l’OLP de satisfaire les exigences même les plus basiques du nationalisme palestinien. C’est pourquoi il nous faut d’abord comprendre le contexte international au Moyen-Orient, en particulier le rôle hégémonique des Etats-Unis dans la région.

Intifada. 3. La domination américaine

La domination américaine

La première guerre mondiale, de 1914 à 1918, a démontré la valeur militaire du pétrole. Dans son sillage, l’influence de l’Allemagne au Moyen-Orient se trouva considérablement réduite, et il devint évident pour toutes les grandes puissances que l’Empire ottoman ne pouvait plus se maintenir seul (en partie à cause de la révolte arabe de 1917, favorisée par les Britanniques). La Grande-Bretagne et la France s’entendirent pour diviser le Moyen-Orient en sphères d’influence, la Grande-Bretagne contrôlant la Palestine. Alors que le but affiché était d’empêcher la Russie de pénétrer dans cette région, la Grande-Bretagne avait aussi l’intention de contenir les ambitions françaises en Syrie et au Liban, de garantir l’accès au canal de Suez et de sécuriser l’écoulement du pétrole depuis l’Irak. Dès 1947, la position britannique en Palestine n’était plus tenable, en raison du déclin de la Grande-Bretagne comme puissance impériale. Epuisé par la seconde guerre mondiale, attaqué par les colons militants juifs, et de plus en plus diminué en politique étrangère par les Etats-Unis, le Royaume-Uni maintint une position chancelante jusqu’à ce que son « retrait » soit manigancé en 1948 lors de la création de l’Etat d’Israël.

Cette année-là vit l’expansion et la consolidation de l’Etat israélien par la guerre contre ses voisins arabes, et la domination des Etats-Unis en tant que puissance étrangère dominante dans la région. Les intérêts stratégiques des Etats-Unis étaient triples : stopper l’expansion de l’URSS en Méditerranée, protéger les gisements de pétrole de la péninsule arabique identifiés à l’époque, et enfin entraver toute poursuite de l’influence britannique ou française au Moyen-Orient. Pendant les premières années de l’après-guerre, les Etats-Unis considéraient les vieilles puissances européennes, et non l’URSS, comme leurs principales rivales au Moyen-Orient. En 1953, en Iran, le coup d’Etat de Reza Pahlavi soutenu par la CIA – en réaction à la nationalisation par l’Iran des gisements de pétrole appartenant aux Britanniques* – eut pour effet le transfert de 40 % du pétrole britannique vers les Etats-Unis. Le coup d’Etat transforma l’Iran en Etat-client des Etats-Unis dans le  » ventre mou  » de la frontière sud de l’URSS, en bastion de la  » culture occidentale  » au Moyen-Orient. De même, pendant la crise de Suez de 1956, les Etats-Unis empêchèrent la Grande-Bretagne et la France de réaffirmer leurs intérêts nationaux en Egypte, obligeant ces vieilles puissances impériales à jouer les seconds violons de l’Amérique au Moyen-Orient.

Cependant, une fois l’Egypte dans l’orbite soviétique, à la suite du coup d’Etat des Officiers libres en 1952, et de la signature d’une vente d’armes avec la Tchécoslovaquie en 1955, les Etats-Unis comprirent que l’Union soviétique tentait de jouer les gros bras dans la région. L’endiguement de l’URSS devint alors le mot d’ordre officiel de la politique étrangère américaine, ce qui signifiait placer des obstacles sur la route de l’influence soviétique au Moyen-Orient. La politique sous-jacente était la protection à tout prix des intérêts économiques américains.

Les intérêts économiques de l’Amérique au Moyen-Orient

L’intérêt principal de l’Amérique dans la région est bien entendu le pétrole. En même temps qu’elle plaça les Etats-Unis au sommet de la hiérarchie impérialiste, la seconde guerre mondiale confirma la position centrale du Moyen-Orient comme principale source de pétrole. Un rapport du Département d’Etat de 1945 qualifiait l’Arabie Saoudite de « source prodigieuse de puissance stratégique, et l’une des possessions les plus importantes de l’histoire du monde ». Peu de choses ont changé depuis, sinon que le pétrole acquit une valeur encore supérieure lorsque l’Amérique entra dans sa phase dynamique d’expansion fordiste, au cours des deux décennies qui suivirent la seconde guerre mondiale.

Lorsque la production automobile et l’industrie pétrochimique remplacèrent la construction de voies ferrées comme lieux clés de l’expansion, le capital alla du charbon au pétrole, qui devint la matière première essentielle. Les sources d’approvisionnement en pétrole, surtout le Moyen-Orient avec ses énormes réserves, acquirent une importance cruciale. La valeur du pétrole ayant été soulignée par la crise énergétique des années 1970, les Etats-Unis ont utilisé tous les moyens possibles pour se procurer le pétrole de cette région avant et par-dessus tout le monde. Pour les Etats-Unis, une source de profits secondaires, mais non négligeables, est constituée par l’écoulement des pétrodollars arabes vers l’Amérique du Nord sous forme d’achats de matériel militaire, de projets de construction, de dépôts bancaires et autres investissements, phénomène qui date des années 1970.

Le nationalisme panarabe et le prolétariat de la production pétrolière

Au début, l’Etat d’Israël nouveau-né tenait très peu de place dans les préoccupations américaines. En fait, pendant la crise de Suez, l’Amérique s’était alliée à l’Egypte contre l’expansionnisme d’Israël. Ce ne fut que dans les années 1950, lors de l’émergence d’un nationalisme arabe plus affirmé, que les Etats-Unis commencèrent à saisir le potentiel d’un partenariat stratégique construit avec l’« entité sioniste ». La croissance de la production pétrolière au Moyen-Orient avait amené des société autrefois traditionnelles à se moderniser rapidement. Une nouvelle bourgeoisie émergea de la classe militaire et bureaucratique, au service de l’accumulation nationale, favorable au modèle de développement capitaliste de l’URSS et hostile à l’« impérialisme ».

La forme d’anti-impérialisme la plus cohérente était le nationalisme « panarabe ». Les origines du panarabisme se trouvent dans l’Empire ottoman, qui avait unifié les Arabes sous la férule turque, mais qui s’était écroulé à la suite de la première guerre mondiale. Les puissances impérialistes découpèrent alors le Moyen-Orient dans le but de conquérir et de contrôler de nouveaux marchés et des matières premières d’importance stratégique. Pourtant, ces nouvelles frontières allaient à l’encontre « du langage commun, des coutumes et des traditions » conservés par les habitants de l’ancien Empire ottoman. Dans l’idéologie panarabe, une « communauté naturelle », basée sur l’idéalisation des relations sociales précapitalistes, sert à neutraliser les antagonismes de classe. Au moyen d’un mouvement politique moderniste, le panarabisme a pu utiliser cette « communauté naturelle » imaginaire pour faire avancer son projet de modernisation et pour récupérer la lutte de classe. En tant que mouvement nationaliste, le panarabisme servit à diviser et à coopter la classe ouvrière de la région, favorisant ainsi la promotion du développement capitaliste. Malgré cela, son penchant pour l’URSS et ses tendances au capitalisme d’Etat menaçaient les intérêts du capital occidental (3). Bien que ces intérêts n’aient en aucun cas été semblables pour les différentes capitales occidentales, à long terme, les tendances au capitalisme d’Etat du nationalisme arabe risquaient d’empêcher le capital occidental d’accéder librement aux gisements pétroliers du Moyen-Orient.

Mais le nationalisme arabe, pendant les brèves périodes où il s’est incarné dans un panarabisme combatif, a été réduit en poussière par Israël. Et sur le plan économique, les bourgeoisies des différents pays arabes ont, tôt ou tard, découvert qu’il était difficile de résister à l’énorme soutien économique qu’apporterait un réalignement avec l’Amérique (4). Pour la bourgeoisie arabe (et l’OLP ne fait pas exception), qu’elle soit ou non ouvertement panarabe, la difficulté, si elle ne voulait pas affronter des défis intérieurs, était de s’allier avec l’Amérique de façon crédible tout en paraissant maintenir en vie le rêve de l’indépendance arabe et la destruction d’Israël. En 1973, cette tension se traduisit par la hausse du prix du pétrole décidée par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), ressentie comme une réaction à la guerre d’octobre entre Israël et les Etats arabes. Cependant, les exigences du prolétariat de la production pétrolière signifiaient que, dans certains pays, on dépensait une part disproportionnée des augmentations du prix du pétrole imposées par l’Opep pour répondre aux besoins de la classe ouvrière, plutôt que pour atteindre les niveaux technologiques supérieurs nécessaires au développement industriel (5).

Les impératifs stratégiques de l’Amérique se durcirent autour de deux objectifs : d’abord contenir la menace que représentait l’Union soviétique et, deuxièmement, écraser ou, là où c’était possible, coopter les expressions variées du nationalisme arabe qui déferlaient sur la région.

En plus de sa méthode habituelle d’intervention à l’étranger – c’est-à-dire soutenir avec enthousiasme la faction de la bourgeoisie pro-occidentale la plus crédible, coopter autant que possible tout mouvement populaire, et faire éliminer les provocateurs impénitents – les Etats-Unis inventèrent un moyen raffiné de représenter le Moyen-Orient comme la partie du monde en crise permanente et, de toute façon, impossible à comprendre. La politique américaine devint donc  » gestion de crise  » et  » apport de paix à l’endroit le plus troublé du monde « . Qu’importe la crise, le pétrole et les pétrodollars continuaient à s’écouler d’est en ouest, et les Etats-Unis n’ont pas eu à lutter beaucoup pour faire durer la paix bourgeoise dans la région (6).

Le nationalisme

Intifada. 4. Histoire de deux mouvements de libération nationale

Histoire de deux mouvements de libération nationale : le sionisme travailliste et le mouvement national palestinien

Le sionisme travailliste et le militantisme de la classe ouvrière juive européenne

Le sionisme travailliste s’est traditionnellement construit autour de plusieurs grosses structures institutionnelles, principalement l’Histadrout et le Fonds national juif (FNJ). L’Histadrout est un « syndicat » d’Etat et a aussi toujours été un employeur important. Même avant la création d’Israël, c’était un ministère de l’emploi et de la solidarité embryonnaire, qui remplissait également les fonctions d’un syndicat pour certains secteurs de travailleurs juifs. Le FNJ fut créé en 1903 pour collecter les dons des sionistes. Sa fonction principale est l’administration du territoire national. Il a acheté de grandes quantités de terres au nom de « tous les Juifs », et a contrôlé la plupart des territoires gagnés lors du vol des terres de 1948. Les terres du FNJ ne pouvaient être cédées qu’à des Juifs et travaillées que par des Juifs, et devinrent propriété de l’Etat en 1948. 80 % des Israéliens vivent sur des terres qui appartenaient autrefois au FNJ, et il en contrôle encore une grande partie.

Les premiers sionistes étaient un groupe de pression bourgeois qui passaient leur temps à faire du lobbying auprès de plusieurs dirigeants européens (y compris Mussolini). Contrairement à la plupart des Juifs européens, ces sionistes se déclaraient anticommunistes. Ils reconnaissaient comme alliées des « antisémites honnêtes » qui leur donneraient des terres pour se débarrasser de la « menace révolutionnaire » juive. Ils courtisaient aussi les Juifs européens capitalistes qui voulaient mettre fin à l’immigration des Juifs militants d’Europe de l’Est dans leurs pays respectifs (car ils pensaient que ces militants compromettaient l’assimilation et favorisaient l’antisémitisme) ; ils courtisaient aussi les Etats coloniaux qui leur donneraient ou leur vendraient des terres (ce n’était pas obligatoirement, à ce stade, la Palestine).

Cependant, le sionisme a toujours eu besoin d’être un mouvement de masse, et c’est pourquoi les premiers sionistes étaient volontiers souples dans leurs alliances politiques. A ses débuts, le sionisme était étranger à la plupart des Juifs européens de la classe ouvrière, car ils s’alliaient plutôt au mouvement ouvrier révolutionnaire qui balayait alors le continent (11). Tout comme le prolétariat juif militant, de nombreux Juifs de la classe moyenne en Europe de l’Est pensaient que, face à l’antisémitisme de droite, ils ne pouvaient être qu’à gauche. Afin de plaire à cet électorat, les groupes sionistes furent obligés d’accentuer leurs caractéristiques les plus  » socialistes  » (12).

Ces caractéristiques convergeaient avec le désir, exprimé dans le sionisme, de revenir à des liens communautaires pré-capitalistes, qui formaient la base même de l’ » identité juive « . Les éléments plus sociaux-démocrates de la pensée sioniste devinrent prédominants et s’imposèrent comme la forme dominante du sionisme, et c’est ce qui permit aux groupes sionistes de s’introduire dans le mouvement ouvrier juif.

Naissance du sionisme travailliste en Palestine

Les premières colonies juives étaient plus ou moins des aventures commerciales qui avaient tendance à se terminer par l’emploi de travailleurs arabes (souvent prolétarisés depuis peu, en raison des achats de terres par les sionistes [13]). Les nouveaux immigrés juifs qui cherchaient du travail se retrouvaient souvent à chercher un emploi précaire sur les mêmes bases que les Arabes (14).

Les institutions du sionisme travailliste commencèrent à devenir puissantes dans la communauté juive palestinienne vers les années 1920. Une lutte permanente avait cours depuis 1905, époque à laquelle de nombreux Juifs russes de gauche s’étaient tournés vers le sionisme après l’échec de la révolution de 1905. La seconde vague d’immigration sioniste était principalement composée de Juifs de gauche, jeunes, éduqués, issus de la classe moyenne, qui voulaient revenir à la terre et travailler comme pionniers. Ils furent peu à peu déçus par la colonisation sioniste, qu’ils trouvaient trop capitaliste pour combler leurs espérances. S’opposant aux capitalistes juifs, qui ne voyaient aucun inconvénient à utiliser une main-d’œuvre arabe tant qu’elle coûtait moins cher, ils introduisirent l’idée que seuls des Juifs pouvaient travailler sur les terres et dans les entreprises juives.

Si une partie de l’antisémitisme moderne est un pseudo anticapitalisme, dans lequel le Juif est assimilé au côté abstrait du système marchand, travail abstrait et non concret, finance et circulation « cosmopolites et sans racines », plutôt que production enracinée dans le sol national (15), d’une certaine façon le sionisme constitue une réponse puisqu’il insiste sur le travail productif et le retour à la terre.

On pensait que dans un Etat exclusivement juif, les Juifs ne seraient pas confinés dans certains métiers et professions, mais joueraient complètement leur rôle dans la division du travail capitaliste. C’est pourquoi leurs slogans disaient : « la conquête de la terre » et la « conquête du travail ». Ceci fut à l’origine d’un conflit entre les anciens colons et les nouveaux immigrés (16). Les syndicats sionistes installaient des piquets de grève devant les entreprises qui continuaient à employer de la main-d’œuvre arabe (17). Le conflit était atténué par l’organisation sioniste, qui utilisait une grande partie de ses fonds pour subventionner les salaires juifs afin qu’employer des Juifs ne soit pas plus coûteux que d’employer des Arabes. Malgré tout, il y avait encore des grèves.

En réaction, l’opposition de droite organisa un « syndicat national » de « jaunes » avec l’aide d’immigrés petits-bourgeois polonais, de riches fermiers et de propriétaires d’usines. Ils s’attaquaient aussi aux organisations de la classe ouvrière (18). Cependant, les sionistes de l’aile gauche « conquête du travail » furent grandement encouragés par les grèves générales palestiniennes de 1936, lorsque des ouvriers juifs brisèrent les grèves palestiniennes. Dès les années 1920, l’Histadrout organisait plus des trois quarts des ouvriers juifs et était le principal employeur après le gouvernement britannique. Il dirigeait aussi les agences pour l’emploi et entretenait des liens très étroits avec les coopératives de production et de vente. Avec une telle structure, l’Histadrout était une base vitale pour les organisations sionistes  » presque gouvernementales  » qui organisaient l’éducation, l’immigration, les affaires économiques et culturelles. Donc, même avant 1948, l’Etat sioniste s’enracinait dans des formes social-démocrates corporatistes (19).

La stratification ethnique sioniste

Après la confiscation massive des terres en 1948, le problème de la pénurie de main-d’œuvre juive apparut pour la première fois. Les bourgeois juifs européens présentaient le sionisme comme la solution au militantisme juif à ceux qui les finançaient et les soutenaient. Pourtant, on s’aperçut que la plupart des Juifs ne voulaient pas aller en Israël et étaient plus attirés par l’Amérique ou l’Europe de l’Ouest. Ce qui dissuadait les Juifs européens était la mauvaise situation territoriale de ce minuscule Etat face à ses voisins arabes hostiles, qui entraînait à son tour l’obligation de s’étendre : contrairement à l’Egypte à l’ouest, et à la Syrie au nord-est, Israël ne pouvait pas se permettre de perdre un seul hectare de terre.

La militarisation logique de la société israélienne décourageait encore plus les immigrants potentiels. Ce problème a été partiellement résolu par l’immigration des Juifs du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Cependant, de nombreux Juifs d’Orient n’avaient aucune envie de s’installer en Israël et s’opposaient même au sionisme parce qu’il rendait leur situation plus précaire, surtout dans les pays arabes. Une grande partie de la bourgeoisie arabe tentait de promouvoir le panarabisme en opposition au sionisme, et bien que les Juifs d’Orient n’aient pas été victimes d’un génocide systématique du niveau de l’Holocauste, il y a eu des pogroms dans certains pays du Moyen-Orient.

La fondation d’Israël, la guerre de 1948 et la montée logique du nationalisme arabe déstabilisèrent encore plus la vie des Juifs d’Orient, et beaucoup d’entre eux émigrèrent en Israël (20). Les Juifs d’Orient furent souvent prolétarisés au cours de leurs migrations. Ceux qui avaient des qualifications professionnelles s’aperçurent qu’elles n’étaient pas reconnues en Israël et que leurs avoirs personnels étaient souvent confisqués à l’arrivée. Les Juifs d’Occident bénéficiaient d’un traitement préférentiel pour le logement et l’emploi et certains pouvaient utiliser comme capital les dédommagements personnels de guerre versés par l’Allemagne, et le contraste était choquant. Et il arrivait aussi souvent que les Juifs d’Orient soient placés dans les camps de transit et les villes des zones de développement les plus proches des frontières, surpeuplées et dangereuses. Dans le cas des Juifs d’Afrique du Nord surtout, abandonnés dans des villes-frontières comme Musrara, l’Etat feignit d’ignorer qu’ils occupaient les maisons des Arabes déplacés par la guerre expropriatrice de 1948. Donc en réalité, les Juifs d’Orient finirent comme gardiens des frontières contre les Arabes.

Dans la pratique, le sionisme travailliste en Israël était basé sur la division ethnique de la classe ouvrière, pas seulement entre Juifs et Arabes, mais aussi entre Juifs d’Orient et d’Occident. Ce fut le travail des Juifs d’Orient, ajouté à celui des quelques Palestiniens qui restaient, qui devint la force motrice de  » l’éclosion du désert « , et sa transformation en Etat capitaliste moderne. Cependant Israël n’a jamais eu une économie capitaliste  » normale  » en raison du rôle disproportionné qu’y joue le soutien financier de l’étranger. Depuis les années 1950, l’Allemagne de l’Ouest a envoyé environ un milliard de marks par an au titre des réparations collectives pour l’holocauste nazi. La contribution des Etats-Unis est plus importante encore.  » En 1983, Israël avec seulement 300 000 habitants, recevait 20 % d’aide exclusivement américaine.  » En d’autres termes, chaque famille israélienne recevait l’équivalent de 2 400 dollars du gouvernement américain. Mais en tant qu’Etat capitaliste le plus développé de la région, la bourgeoisie israélienne avait rassemblé ses propres fossoyeurs potentiels sous la forme d’une classe ouvrière combative.

LA RESISTANCE DE LA CLASSE OUVRIERE JUIVE ET L’IMPERATIF D’EXPANSION

Contrairement à celle de nombreux autres pays du Moyen-Orient, la classe ouvrière israélienne a toujours été concentrée dans un espace réduit. La stratification ethnique a empêché l’émergence d’un prolétariat homogène face au capital israélien. Mais malgré cela, la classe ouvrière israélienne s’est montrée combative. Le trait marquant de la lutte de classe à cette époque fut la contestation par les Juifs orientaux de leur position subordonnée dans la société israélienne. Les années 1950 ont été traversées par des émeutes « pain et travail » dans les camps de transit, en grande partie peuplés de Juifs orientaux qui se retournèrent fréquemment contre la police. En 1959, les « émeutes Wadi Salib » débutèrent dans un quartier pauvre de Haïfa et s’étendirent aussitôt à d’autres endroits où vivait une importante population de Juifs marocains.

Comme dans les Etats d’Europe de l’Ouest, les institutions social-démocrates servaient de médiateurs dans les conflits de classe en Israël. Cependant de nombreux Juifs orientaux militants considéraient l’Histadrout et le Parti travailliste comme des ennemis, et ils s’en prenaient donc souvent à ces institutions. Une fois, en 1953, le bureau de l’Histadrout à Haïfa fut l’objet d’un incendie criminel de la part des manifestants juifs orientaux qui considéraient son pur corporatisme comme l’une des incarnations de leur subordination aux Juifs occidentaux. Au début des années 1960, l’économie israélienne était en récession, en partie à cause du tarissement des réparations de guerre allemandes, qui avaient fourni au capital israélien son élan initial. Beaucoup d’immigrants qui étaient venus en Israël dans l’espoir d’une vie meilleure se retrouvaient maintenant face à un chômage croissant. Les travailleurs juifs continuèrent à mener la vie dure à la bourgeoisie israélienne, avec 277 grèves pour la seule année 1966 (21). En brûlant le drapeau rouge (qui symbolisait l’hégémonie du Parti travailliste), action de routine lors des manifestations de dockers, il était clair que les formes social-démocrates du sionisme travailliste étaient incapables de récupérer les luttes des travailleurs juifs.

Le boom d’après 1967

Après la guerre de 1967, l’Etat israélien se retrouvait non seulement encore entouré d’Etats arabes hostiles, mais aussi dans l’obligation de contrôler la population palestinienne des territoires occupés. Un tiers de la population contrôlée par l’Etat israélien était alors palestinienne. Face à ces menaces internes et externes, la survie permanente de l’Etat sioniste exigeait l’unité de tous les Juifs israéliens, occidentaux et orientaux. Mais unir tous les Juifs derrière l’Etat israélien supposait l’intégration des Juifs orientaux, auparavant exclus, au sein d’une vaste colonie de travail sioniste. Comme par hasard, ces mêmes circonstances qui exigeaient l’expansion de la colonie de travail sioniste offraient aussi les conditions nécessaires pour mener à bien une restructuration sociale de cette importance.

Premièrement, la guerre de 1967 avait obligé les Etats-Unis à s’engager en faveur d’Israël pour faire contrepoids au nationalisme panarabe croissant qui s’alignait sur l’URSS. Deuxièmement, l’occupation de la Cisjordanie fournissait à Israël une réserve importante de main-d’œuvre palestinienne hautement exploitable. Ce furent cette main-d’œuvre palestinienne bon marché ainsi que la perfusion financière de plus en plus conséquente mise en place par les Etats-Unis qui fournirent les conditions préalables vitales pour l’expansion rapide de l’économie israélienne au cours des dix années suivantes. Après 1967, l’Etat israélien eut les moyens de suivre une politique de keynésianisme militaire et les dépenses militaires s’élevèrent à 30 % du PIB dans les années 1970. La hausse des dépenses publiques, financée par un budget gouvernemental en déficit croissant, alimentait le boom économique. C’est ainsi que le gouvernement put créer un abondant réservoir d’emplois, pas seulement directement par l’augmentation du nombre d’emplois dans le secteur public, mais aussi indirectement, car le secteur privé se développait pour satisfaire la demande croissante de l’armée.

Les besoins croissants de l’armée israélienne en armements high-tech offraient des profits sûrs aux cinq principaux conglomérats qui dominaient l’économie d’Israël depuis les années 1950 et qui étaient dominés par la bourgeoisie juive occidentale. Cependant l’armée israélienne exigeait aussi la construction de bases militaires, de casernes et d’installations qui amenaient des affaires à la petite-bourgeoisie juive orientale émergente qui pouvait réaliser d’importants profits en employant la main-d’œuvre palestinienne bon marché. En plus de satisfaire aux besoins domestiques, les armes devinrent l’exportation la plus importante d’Israël. Une grande partie du secteur public étant à présent destinée à l’accumulation militaire, seuls ceux qui étaient éligibles pour le service militaire pouvaient travailler dans ces industries. Même les  » citoyens  » arabes israéliens étaient exclus de ce privilège douteux, sans parler des Palestiniens des territoires, et donc les industries  » stratégiques  » (qui payaient mieux) étaient par définition accessibles aux seuls Juifs (souvent orientaux). Alors que la militarisation de l’économie favorisait l’intégration des Juifs orientaux, elle renforçait la subordination des travailleurs non juifs. En pratique, Israël avait maintenant un marché du travail à deux niveaux : juif et palestinien.

On peut remarquer que l’occupation de ces territoires par Israël s’était arrêté juste avant la pure annexion de droit. Celle-ci aurait supposé qu’on accordât les mêmes droits limités de citoyenneté aux Palestiniens de Cisjordanie et de la Bande de Gaza, droits qui avaient été accordés aux Palestiniens qui avaient réussi à rester dans les frontières de 1948 jusqu’en 1966. L’occupation permettait au capital israélien, surtout dans l’agriculture et la construction, d’utiliser le surplus de main-d’œuvre palestinienne sans compromettre la judéité de l’Etat. Les Palestiniens n’étaient pas intégrés dans la société israélienne : ils travaillaient en Israël le jour, et ils étaient censés retourner dans leurs dortoirs de Cisjordanie et de la Bande de Gaza le soir. Tandis que la main-d’œuvre palestinienne bon marché alimentait le boom de la construction des deux côtés de la Ligne verte, l’économie israélienne était encore renforcée par la subordination des territoires en tant que marché captif pour les produits de consommation israéliens. De plus, grâce au contrôle des contrats gouvernementaux, aux impératifs de sécurité nationale, et au développement militaire et à la construction, l’Etat d’Israël pouvait suivre une politique d’industrialisation rapide et de substitution à l’importation.

Protégé de la concurrence étrangère par des barrières douanières élevées et de généreuses subventions à l’exportation, l’investissement était canalisé vers le développement d’une industrie manufacturière moderne. Ceci permettait à Israël de remplacer les importations de fabrication étrangère par des produits fabriqués localement, politique qui allait faire d’Israël une économie industrialisée relativement avancée dès la fin des années 1970. Les politiques de keynésianisme militaire et d’industrialisation rapide aboutirent à un énorme déficit de la balance des paiements, puisque la demande des consommateurs ainsi que celle de l’industrie précédaient l’offre. Ce déficit de la balance des paiements devait s’élever à 15 % du PIB. Il ne pouvait être financé que grâce à une généreuse aide américaine.

Donc l’expansion économique rapide et le développement d’Israël dans les dix ans qui suivirent la Guerre des Six Jours procurèrent les conditions matérielles nécessaires à l’expansion de la colonie de travail sioniste. Alors qu’en 1966 le chômage en Israël se chiffrait à 11 %, l’économie pouvait presque, à présent, assurer le plein-emploi. L’Etat sioniste pouvait alors offrir du travail et un niveau de vie en hausse dans une économie moderne à l’occidentale à tous les Juifs qui choisissaient d’y vivre.

Les colonies et l’accord travailliste sioniste

Depuis la fin de la Guerre des Six Jours, la politique consistant à établir des colonies juives dans les territoires occupés est un élément important de l’extension de la colonisation travailliste sioniste pour inclure les Juifs orientaux auparavant exclus. Bien entendu, le but immédiat de l’installation des colonies était de consolider le contrôle d’Israël sur les territoires occupés. Cependant, la politique de colonisation offrait aussi aux franges pauvres de la classe ouvrière juive un logement et des emplois qui leur permettaient d’échapper à leur position subordonnée en Israël proprement dit. Ceci était particulièrement important dans les années 1970, quand la pénurie de logements corrects poussait certains Juifs orientaux sans abri à squatter des bâtiments vides dans les faubourgs riches des Juifs occidentaux. Les colonies proposaient une alternative à cette appropriation directe hostile, en dirigeant cette hostilité ailleurs.

Ces colonies plaçaient la classe ouvrière juive en première ligne, dans une relation directe et hostile avec le prolétariat palestinien potentiellement insurrectionnel. Ils étaient ainsi liés à l’Etat sioniste, qui protégeait leurs privilèges récemment acquis des revendications des Palestiniens. En 1971, il y avait déjà 52 colonies.

Les Panthères noires israéliennes

Pourtant, tout le monde n’était pas intégré dans la colonisation du sionisme travailliste, et les luttes de classe continuaient. De nombreux Juifs orientaux jeunes étaient exclus des « bienfaits » de l’occupation parce qu’ils avaient des casiers judiciaires et ne pouvaient donc obtenir le travail bien payé et les logements corrects qui étaient censés être un droit de naissance pour tout Juif en Israël. Le boom de l’après-1967 conduisit à l’embourgeoisement de villes qui, comme Musrara, avaient été des villes-frontières. Ceci en chassa les Juifs pauvres d’Afrique du Nord.

Là était la raison de la naissance d’un nouveau mouvement : les Panthères noires israéliennes. On peut soutenir que leur base sociale était plus marginale que celle des mouvements des années 1960. Pourtant leur manifestation de 1971 contre la répression policière attira des dizaines de milliers de personnes, entraîna 171 arrestations et 35 personnes furent hospitalisées suite à des heurts avec la police. Ils flirtaient aussi avec des antisionistes de gauche, et certains envisagèrent même d’entamer des pourparlers avec l’OLP. Certains tracts étaient écrits par des membres ou des sympathisants du Matzpen (groupe antisioniste peu nombreux mais célèbre) et il y eut parfois des alliances. Le discours des Panthères noires reflète un positionnement de classe en train d’émerger : « Ils ont besoin de nous chaque fois qu’ils font la guerre », « Je ne veux pas penser à ce qui arrivera quand il y aura la paix », « Si les Arabes avaient un peu de bon sens, ils laisseraient les Juifs régler leurs comptes entre eux ».

Cependant leur critique de la société israélienne était affaiblie par certains éléments qui cherchaient une place au sein du sionisme travailliste, et qui n’étaient donc pas d’accord pour tisser des liens avec la gauche antisioniste ou, pire encore, avec ces parias de la société, les Palestiniens. On offrit à plusieurs membres éminents des Panthères noires de meilleurs logements et des emplois et ils quittèrent le groupe, qui fut de plus en plus accaparé par des scissions internes. Mais l’insatisfaction que ressentaient les Juifs orientaux à l’égard de l’establishment travailliste sioniste demeurait forte, et le fait de coopter des Juifs radicaux comme des personnalités influentes des Panthères noires émanait d’un climat dans lequel les travailleurs juifs en général s’attendaient à avoir un meilleur niveau de vie que leurs parents.

La nécessité de garantir le plein-emploi pour tous les Juifs renforçait le rapport de forces en faveur des travailleurs juifs dans les négociations salariales, ce qui commençait à créer des problèmes d’inflation pour l’économie israélienne. Ces problèmes n’affectaient pas seulement Israël : l’Europe de l’Ouest et l’Amérique affrontaient aussi leurs prolétariats qui, au lieu de se contenter des « gains » de l’après-guerre, les utilisaient pour imposer des restrictions supplémentaires à l’accumulation du capital. En Israël, ces problèmes étaient compliqués par les limitations imposées à une accumulation intensive et par les impératifs de sécurité.

Etant donné ce retranchement sur ses positions de la classe ouvrière juive, la politique d’expansion économique intensive basée sur la substitution des importations avait commencé à atteindre les limites des confins étroits de l’économie israélienne dès la fin des années 1970. La croissance économique de plus de 10 % par an du début des années 1970 redescendit à un modeste 3 %. Ce ralentissement devait précipiter une crise inflationniste qui vit les prix grimper de 100 000 % en à peine sept ans. Cette crise ne pouvait se résoudre qu’en affaiblissant sérieusement le pacte social sioniste avec son salaire relativement généreux.

La crise inflationniste de 1978-1980

Le plein-emploi dans une économie dominée par quelques grands conglomérats, protégés de la concurrence étrangère par d’importantes barrières douanières, est une recette classique pour l’inflation. L’indexation de 85 % des contrats salariaux sur l’inflation des prix, ainsi que diverses aides sociales et autres formes de revenu, signifiait que toute augmentation des prix se traduisait rapidement en augmentation des salaires, qui à leur tour entraînaient la hausse des prix, comme le coût des salaires plus élevés se répercutait sur le consommateur. C’est pourquoi l’économie israélienne était hautement sujette à un cercle vicieux salaires/prix. Le keynésianisme militaire avait abouti à un taux d’inflation compris entre 30 % et 40 % pendant la plus grande partie des années 1970.

Cependant, en maintenant le taux de change fixe de la livre israélienne avec le dollar américain (malgré l’effondrement du système de taux de change fixe de Bretton-Woods en 1973), le gouvernement israélien put contenir l’inflation. La hausse des prix intérieurs était compensée par le fait qu’avec un taux de change fixe, les importations demeuraient meilleur marché qu’elles n’auraient dû l’être, ce qui servait à maintenir l’indexation des prix à un niveau bas, puisque l’augmentation des salaires était basée sur elle. Bien entendu, des prix intérieurs en hausse dans un régime de taux de change fixe rendaient l’industrie israélienne peu compétitive, mais cela pouvait être compensé par des barrières douanières plus élevées, en augmentant les subventions à l’exportation et en dévaluant de façon ponctuelle et contrôlée la livre israélienne.

Toutefois, le ralentissement de l’économie, combiné à la situation politique instable au Moyen-Orient, entraîna un changement décisif de politique économique qui allait déclencher une crise économique dans les années 1980. Ce changement survint en 1978 avec l’élection du gouvernement du Likoud, qui mit fin à trente ans de règne du Parti travailliste. Le réalignement de la droite, ainsi que les scissions dans le Parti travailliste, permirent au Likoud de bénéficier électoralement de l’insatisfaction permanente des Juifs orientaux à l’égard des travaillistes. Pourtant, les politiques déflationnistes du Likoud ne pouvaient être mises en œuvre qu’en affrontant la classe ouvrière juive, dont les positions retranchées avaient contribué à la crise inflationniste et au déclin des profits de certaines franges de la bourgeoisie israélienne. Le Likoud affrontait aussi une action d’arrière-garde contre certaines de ses politiques émanant de l’« establishment travailliste » de la bourgeoisie occidentale, alors que l’Histadrout s’efforçait d’étouffer les luttes de la classe ouvrière israélienne, comme par exemple les violents piquets de grève des cantonniers.

Les États arabes, l’expansion et les États-Unis

La victoire décisive d’Israël lors de la guerre de 1973 avait enfin brisé l’unité des Etats arabes. La position d’Israël au Moyen-Orient était maintenant à l’abri d’une menace extérieure en provenance d’une alliance arabe hostile. Toutefois, le réalignement ultérieur de l’Egypte sur les Etats-Unis fit quelque peu douter de l’engagement à long terme des Etats-Unis pour financer Israël. Si les Etats arabes s’alignaient sur les Etats-Unis, pourquoi les Etats-Unis devraient-ils continuer à déverser des milliards de dollars en Israël ? De plus, l’Egypte étant neutralisée au sud, la voie était libre pour l’expansion israélienne vers le nord et l’est. L’annexion des territoires occupés de Cisjordanie et la subordination économique de la Jordanie et du Liban offraient un moyen de sortir des restrictions croissantes imposées à l’accumulation intensive. Mais ces politiques allaient contre les intérêts des Etats-Unis. Alors que ces derniers voulaient faire d’Israël leur chien de garde impérialiste au Moyen-Orient, ils ne voulaient pas que ce chien de garde déstabilise la région et contrarie les riches alliés pétroliers de l’Amérique, comme par exemple l’Arabie Saoudite. La politique du Likoud consistant à créer un Grand Israël nécessitait donc un relâchement des chaînes dorées de l’aide américaine.

La fuite des capitaux des économies occidentales, à la fin des années 1970, et la croissance ultérieure du capital de la finance internationale fournirent l’occasion de réduire la dépendance d’Israël vis-à-vis de l’aide américaine. En suivant une politique économique de libéralisation et de dérégulation, on espérait qu’Israël pourrait puiser dans le flux de capitaux internationaux et réduire ainsi sa dépendance vis-à-vis des Etats-Unis. Cette politique de libéralisation dont se réclamait le Likoud était aussi en phase avec une grande partie de la bourgeoisie israélienne qui, devant la baisse de ses profits, voulait plus de libertés pour trouver des champs d’investissement profitables.

Voilà pourquoi, dans les semaines qui suivirent l’accession au pouvoir du Likoud, Milton Friedman – un des pionniers de ce que l’on connaît à présent sous le nom de « néo-libéralisme » – fut convoqué pour élaborer un programme de libéralisation. Sur les conseils de Friedman, le nouveau gouvernement israélien supprima les droits de douane sur les importations et les subventions à l’exportation, relâcha ses contrôles sur la circulation des devises vers l’extérieur et à l’entrée du pays, et abandonna le taux de change fixe de la livre israélienne avec le dollar américain. Quelques semaines après sa déconnection du dollar, la livre israélienne avait perdu un tiers de sa valeur. Le prix des marchandises importées monta en flèche, élevant l’indexation des prix. En quelques mois, l’indexation des salaires avait fait monter le taux d’inflation à plus de 100 %. A la suite de cette accélération de l’inflation, on remplaça la livre israélienne par le shekel en tant que monnaie d’Israël, à un taux de 10 livres pour 1 shekel.

Cependant, la politique de libéralisation, combinée à une coupe sombre dans les salaires réels dont la cause était l’indexation des salaires à la traîne derrière l’accélération de l’inflation des prix, fit grimper les profits et aboutit à une relance de la croissance (22). A cause de cela, l’année 1981 vit l’économie israélienne renouer avec les taux de croissance du début des années 1970. En vérité, à l’époque, la crise mondiale n’étant pas encore terminée, on pouvait dire que les taux d’inflation élevés d’Israël n’avaient pas d’importance. Comme la valeur extérieure du shekel mesurée en dollars chutait aussi vite que l’inflation grignotait sa valeur intérieure, on pouvait dire qu’en termes du dollar, l’inflation était plus ou moins nulle. En vérité, la nullité du taux d’inflation en termes du dollar, comparée à des taux d’inflation beaucoup plus élevés aux Etats-Unis et ailleurs, impliquait une compétitivité internationale croissante de l’industrie israélienne. Cet optimisme ne dura pas longtemps.

Alors que la croissance économique commençait à faiblir et le déficit public à s’accroître, suite à l’invasion du Liban, on commença à craindre sérieusement que les taux d’inflation élevés ne basculent aisément dans une hyperinflation incontrôlable. C’est pourquoi le gouvernement de Menahem Begin mit en place de nouvelles mesures de politique économique destinées à réduire progressivement le taux d’inflation. On combina des coupes dans les dépenses publiques et une politique de limitation de la chute du taux de change du shekel par rapport au dollar américain à 5 % par mois. En même temps, on tenta de limiter l’indexation des revenus. La politique de limitation de la chute du shekel eut l’avantage, immédiat pour la popularité du gouvernement, de rendre moins chères les importations de biens de consommation. Mais elle rendit aussi les exportations israéliennes non compétitives. Incapables d’être concurrentielles, de plus en plus d’entreprises israéliennes commencèrent à faire faillite et le chômage commença à monter. En même temps, les tentatives d’écraser les salaires entraînèrent de plus en plus de conflits sociaux.

Suite à la démission de Begin à l’automne 1983, la crainte que le gouvernement soit incapable d’empêcher une chute importante de la valeur du shekel conduisit à une ruée sur les banques, car les épargnants cherchaient à changer leurs shekels en dollars. Le gouvernement fut obligé de nationaliser les principales banques et de laisser chuter le shekel par rapport au billet vert. Afin de rassurer les marchés financiers, le gouvernement israélien dut annoncer d’importantes réductions des dépenses publiques et des mesures sévères de politique monétaire. Ces nouvelles mesures se heurtèrent à l’opposition résolue aussi bien de l’Histadrout que des capitalistes influents dans l’« establishment travailliste ». L’Histadrout appela à une succession de grèves qui paralysèrent le pays. Incapable d’écraser les salaires, la torsion de la spirale des prix et des salaires résultant de la chute importante du shekel causa une accélération de l’inflation des prix.

A la veille de l’élection de juillet 1983, le taux d’inflation avoisinait les 400 %. Comme l’augmentation des salaires avait du retard sur l’augmentation des prix, cette accélération de l’inflation avait pour résultat une diminution de 30 % des salaires réels. Le Parti travailliste et le Likoud perdirent tous deux nombre de soutiens lors de l’élection et durent s’allier pour former un gouvernement d’« unité national », avec Shimon Peres, le chef du Parti travailliste, comme Premier ministre. Usant de son influence auprès de l’establishment travailliste, Peres proposa un programme composé de mesures d’urgence. On imposa un prélèvement de 10 % sur les salaires, on devait suspendre l’indexation et on devait imposer un gel de trois mois des salaires et des prix. Ces mesures devaient être soutenues par un programme sans précédent de réduction du déficit budgétaire à partir de 20 % du PIB. Lorsque le programme fut présenté à l’automne 1983, après de longues négociations au cours de l’été, le taux d’inflation avait atteint 1 000 %.

Le programme de Peres se révéla une réussite partielle. Face à la forte opposition de l’Histadrout, le gouvernement du Likoud avait renoncé à toucher à l’indexation des salaires et des autres revenus. Pourtant, intervenir dans l’indexation des salaires semblait plus légitime aux yeux de l’« establishment travailliste » lorsque c’était proposé par une figure de proue influente du Parti travailliste. Dès mai 1985, le taux d’inflation avait été ramené à 400 % tandis que, malgré une opposition croissante, le déficit budgétaire avait été réduit à 15 % du PIB. Peres annonça alors un autre train de mesures. Un gel supplémentaire de trois mois des prix et des salaires allait être accompagné d’une autre série de réductions des dépenses publiques afin de diviser de nouveau par deux le déficit budgétaire du gouvernement. En même temps, on dévaluait le shekel de 19 % et on allait ensuite maintenir un taux de change fixe avec le dollar américain. Toutefois, alors qu’il aurait été possible de rallier l’« establishment travailliste » à ces mesures d’austérité, l’hostilité des travailleurs juifs, sommés de se serrer encore plus la ceinture, menaçait de se libérer des contraintes que lui imposait la récupération de l’Histradrout.

Face à une augmentation des grèves sauvages, l’Histadrout appela à une grève générale qui obligea le gouvernement à autoriser un « rattrapage » limité des salaires avant le gel des prix et des salaires, mais cela n’aida guère à faire passer la perte de 20 % sur les salaires réels et la hausse brutale du chômage issues du premier train de mesures d’austérité de Peres. En fin de compte, les mesures draconiennes du gouvernement de coalition Likoud-Parti travailliste sauvèrent Israël de l’hyper-inflation. Dès 1986, le taux d’inflation était tombé au niveau respectable de 20 %.

Pourtant, en mettant fin à la crise inflationniste, Peres avait sérieusement affaibli le pacte avec le sionisme travailliste. Alors que les salaires réels commencèrent à augmenter lentement après 1986, le chômage avait atteint des niveaux inégalés depuis la récession du début des années 1960 et il resta élevé pendant les années 1980 et le début des années 1990. La poursuite des mesures d’austérité pendant les années 1980 réduisit encore le budget d’aide sociale et rogna les garanties sociales. Ces mesures furent imposées à la classe ouvrière juive, avec l’aide de l’Histadrout. Les hommes politiques des deux principaux partis commencèrent alors à se rallier à des pratiques « néo-libérales », malgré la lenteur initiale de la mise en place effective de la dérégulation et de la privatisation des entreprises nationales, en partie grâce à la résistance de l’Histadrout, propriétaire de bon nombre des gros conglomérats. Mais le chômage, la précarité et la flexibilité des conditions de travail allaient devenir le lot de franges de plus en plus larges de la classe ouvrière israélienne. A cause du démantèlement des aspects les plus sociaux du sionisme travailliste suite à la crise inflationniste des années 1980, la politique d’installation de colonies dans les territoires occupés est devenue un élément de plus en plus important pour souder la classe ouvrière à l’Etat sioniste. En réalité, et le Likoud le reconnaît, les colons ont apporté un soutien populaire à la construction à terme d’un Grand Israël, dans lequel certaines fractions de la bourgeoisie israélienne voient un moyen d’échapper à la stagnation chronique de l’économie israélienne depuis la fin des années 1970.

Jusqu’à un certain point, les colonies ont débarrassé le gouvernement du poids politique de l’occupation, surtout lorsqu’il s’agissait d’un gouvernement travailliste. On pouvait attribuer à l’intransigeance et à l’extrémisme des colons la mauvaise volonté d’Israël à faire des concessions aux Palestiniens. Car les colons étaient obligés d’intégrer les impératifs de sécurité à un degré bien plus élevé que le plus « belliciste » des gouvernements. D’autre part, l’accélération de la construction des colonies représente un compromis secondaire avec les franges de la bourgeoisie israélienne qui préconisent l’annexion de droit des territoires occupés. Parce que la crise ne pouvait se résoudre qu’en détruisant le caractère de salaire social du pacte du sionisme travailliste, les colonies devinrent à la fois une forme de compensation sociale pour les Juifs pauvres, et une forme d’annexion de fait, pour réaliser le rêve d’un Grand Israël par d’autres moyens. Mais Israël n’est toujours pas libéré de sa dépendance envers l’aide américaine et doit donc modérer ses excès expansionnistes.

Colonies et contradictions

Beaucoup de gens dans les classes moyennes israéliennes qui soutenaient Peace Now (La Paix maintenant) s’opposaient à la construction des colonies et cela corsait les problèmes de la bourgeoisie israélienne (23). L’occupation de Gaza et de la Cisjordanie joue un rôle vital dans le compromis de classe en Israël depuis 1967. Grâce à la subordination des travailleurs palestiniens et à l’aide américaine, les Juifs de la classe ouvrière pouvaient exiger de meilleurs salaires que leurs voisins palestiniens et éviter les travaux les plus ingrats. A cause de l’occupation des terres, les Juifs de la classe ouvrière, qui n’avaient pas les moyens de vivre dans les zones urbaines, pouvaient obtenir des logements subventionnés (construits par des travailleurs palestiniens peu payés). Donc, on avait abandonné les Juifs de la classe ouvrière dans ce qui était en fait une zone tampon de sécurité dans les territoires occupés. Ces mesures étaient vitales pour réduire le militantisme du prolétariat juif, mais elles suscitaient la résistance immédiate des classes moyennes libérales et, de façon encore plus significative, des Palestiniens.

A ce moment-là, pour la bourgeoisie israélienne, le problème était de savoir comment préserver le compromis avec la classe ouvrière juive sans trop provoquer les Palestiniens. Parce que la population palestinienne dense était entassée dans un espace de plus en plus encombré par l’empiétement des colonies où nombre de Palestiniens étaient obligés de travailler, le début des années 1970 a connu des révoltes dans les camps de réfugiés de Gaza qui ont été (au sens propre) écrasées par les tanks de Sharon. Depuis lors, Gaza est relativement calme. Mais pour combien de temps ?

La bourgeoisie israélienne a pu faire des concessions aux travailleurs juifs, mais elle n’a utilisé que la répression pour pacifier les Palestiniens. Toute concession accordée aux Palestiniens était susceptible d’affaiblir le pacte du sionisme travailliste. En 1985, les territoires occupés faisaient les frais de la crise. Le sauvetage du capital israélien impliquait le renforcement de la subordination de la bourgeoisie palestinienne, en lui refusant les autorisations « pour étendre toute entreprise agricole ou industrielle susceptible de concurrencer l’Etat d’Israël (24) ». A cause de la hausse du chômage dans les territoires, les travailleurs palestiniens étaient davantage obligés de trouver du travail à l’intérieur de la Ligne verte ou dans la construction des colonies juives qui s’étendaient pour suppléer à la pénurie de logements abordables pour les travailleurs juifs dans les zones urbaines d’« Israël proprement dit ».

Alors que la construction des colonies procurait un revenu aux travailleurs palestiniens, elle était aussi une source de rancœur, et la résistance qu’elle provoquait fournissait au gouvernement militaire la logique qui justifiait un répression accrue. La « Main de fer » de 1985, destinée à contenir la résistance dans les territoires occupés, allait main dans la main avec des mesures d’austérité destinées à contenir la crise en Israël. La « Main de fer » intensifiait les mesures répressives, comme par exemple les « détentions administratives » de militants palestiniens et les punitions collectives contre la population dans son ensemble. Tel était l’arrière-plan de l’Intifada de 1987-1993. Avant de nous en occuper, il faut étudier l’organisation en classes des Palestiniens…

LA FORMATION DE LA CLASSE OUVRIERE PALESTINIENNE

Une terre sans peuple ? Le mythe des pionniers sionistes atterrissant dans un désert dépeuplé et le transformant en vignobles luxuriants masque une transformation plus banale : celle des paysans palestiniens en prolétaires. « Le « paradis » dans le désert du Neguev, la culture florissante des agrumes et des avocats sur la plaine côtière ainsi que le boom industriel (même à l’échelle d’un tout petit pays) présupposent la spoliation totale des paysans palestiniens (25). » Ce processus était déjà en cours lorsque les premiers colons juifs arrivèrent, et il n’est toujours pas terminé. Le développement capitaliste pénétra pour la première fois au Moyen-Orient dans les années qui suivirent la fin des guerres napoléoniennes. L’Empire ottoman qui dominait la région déclinait déjà depuis un siècle, même s’il devait durer un siècle encore, et le réajustement de l’équilibre du pouvoir consécutif à la défaite de la France et de Napoléon, formalisé après le Congrès de Vienne, ouvrit la voie à une nouvelle exploitation de la région, au moment même où la révolution industrielle prenait de la vitesse en Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne et l’Autriche, malgré leurs rivalités ailleurs, se mirent d’accord sur la nécessité de soutenir l’Empire ottoman pour en faire un obstacle à l’expansionnisme russe dans l’Est de l’Europe. Plus tard, l’Allemagne devint le principal soutien de l’Empire ottoman.

A cette époque, certaines parties du Moyen-Orient se retrouvèrent envahies par le nouveau mode de production capitaliste. Dans cette région, l’industrie textile indigène, surtout en Egypte, fut détruite par les textiles anglais bon marché dans les années 1830 et, dès les années 1860, les fabricants britanniques avaient commencé à cultiver le coton le long du Nil. En 1869, on ouvrit le canal de Suez dans le but de faciliter le commerce britannique et français. Conformément à cette modernisation, on peut dater les origines de l’accumulation primitive en Palestine à la loi de l’Empire ottoman de 1858 sur la propriété terrienne qui remplaçait la propriété collective par la propriété individuelle de la terre. Les chefs de village tribaux se transformèrent en classe de propriétaires terriens qui vendaient leurs titres aux marchands libanais, syriens, égyptiens et iraniens. Pendant toute cette période, le modèle de développement fut surtout celui d’un développement inégal, avec une bourgeoisie étrangère qui prenait des initiatives et une bourgeoisie indigène, si l’on peut dire, qui restait faible et politiquement inefficace. En même temps, on laissait à l’abandon de vastes régions du Moyen-Orient dont on ne voyait pas l’intérêt économique, et là, les traditions de cultures de subsistance et le nomadisme perduraient.

Sous le Mandat britannique, de nombreux propriétaires absentéistes furent rachetés par l’Association de colonisation juive, entraînant l’expulsion de métayers et de fermiers palestiniens. Etant donné que « les fellah dépossédés devaient devenir ouvriers agricoles sur leurs propres terres », une transformation décisive des relations de production commençait, conduisant aux premières apparitions d’un prolétariat palestinien (26). Ce processus eut lieu malgré une violente opposition de la part des Palestiniens. Le grand tournant dans une succession de révoltes fut le soulèvement de 1936-1939. Son importance réside dans le fait que « la force motrice de ce soulèvement n’était plus la paysannerie ou la bourgeoisie, mais, pour la première fois, un prolétariat agricole privé de moyens de travail et de subsistance, associé à un embryon de classe ouvrière concentrée principalement dans les ports et dans la raffinerie de pétrole de Haïfa (27) ». Ce soulèvement entraîna des attaques contre des propriétaires palestiniens ainsi que contre des colons anglais et sionistes, et obligea la Grande-Bretagne à limiter l’immigration juive en Palestine pendant quelques années.

Bien que ce soit l’armée britannique qui ait tiré, avec un peu d’aide du Haganah, la milice sioniste de gauche, les chefs tribaux locaux jouèrent aussi un rôle essentiel dans la défaite de la rébellion. On peut considérer que la  » nakba  » (catastrophe) de 1948 – l’exode des Palestiniens et la création d’Israël – comme l’héritage de cette défaite. Bien que le soulèvement de 1936-1939 ait montré l’émergence d’un prolétariat en Palestine, la population palestinienne en Israël était toujours, à cette époque, en grande partie paysanne.

Le nouvel Etat utilisa l’appareil légal du Mandat britannique pour poursuivre l’expropriation des Palestiniens. De par cette loi, les paysans qui fuyaient, ne serait-ce qu’à quelques mètres, pour échapper à un massacre, étaient considérés comme des  » absentéistes  » et on confisquait leurs terres. Cependant, le peu d’entre eux qui réussirent à rester à l’intérieur des frontières de 1948 reçurent des droits de citoyenneté pour compenser leur séparation forcée d’avec leur outil de production. La prolétarisation de la paysannerie palestinienne s’étendit lors de l’occupation de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza en 1967. Cette nouvelle vague d’accumulation primitive ne se fit pas sous la seule forme de l’accaparement des terres. Elle entraîna aussi le contrôle autoritaire des réserves d’eau de la Cisjordanie par le capital israélien, en creusant des puits plus profonds que ceux des Palestiniens. Conséquemment, la population palestinienne réfugiée hors de la juridiction israélienne fut coupée de ses terres, alors que seule une minorité de ceux qui se trouvaient sous la juridiction israélienne possédaient encore de la terre. Dans les deux régions, la population palestinienne est devenue majoritairement prolétaire.

L’abolition de la bourgeoisie palestinienne locale

Alors que l’expropriation de la paysannerie palestinienne entraînait la formation d’un prolétariat, on mettait fin à l’émergence d’une bourgeoisie industrielle indigène. Là où elle existait, elle était désespérément faible et incapable de concurrencer le capital israélien, en dépit du fait que « les salaires que versaient les patrons arabes étaient encore plus misérables que ceux que payaient leurs maîtres sionistes ». Les Palestiniens des territoires avaient le statut le plus bas sur le marché du travail israélien, inférieur même à celui des Palestiniens possédant la citoyenneté israélienne. Suite à la guerre de 1967, les Palestiniens qui travaillaient en Israël furent considérés comme des collaborateurs par les nationalistes palestiniens (28). Cependant, les lois d’Israël interdisaient la création d’entreprises palestiniennes susceptibles de concurrencer les entreprises israéliennes, donc les nationalistes les plus endurcis finirent par reconnaître que la seule source de revenus pour de nombreux Palestiniens était de travailler en Israël.

On peut diviser la bourgeoisie palestinienne en trois groupes (29). Certains des réfugiés les plus riches formaient une bourgeoisie marchande et financière au Liban, en Syrie, en Egypte et dans d’autres pays arabes. La bourgeoisie locale, si l’on peut dire, était composée de petits entrepreneurs, d’artisans propriétaires et de fermiers. La main-mise d’Israël sur le capital productif empêchait la bourgeoisie locale de développer ses forces productives. Ceux qui tentaient l’expérience formaient une petite-bourgeoisie misérable qui partageait les mêmes nombreuses privations quotidiennes et les mêmes humiliations que leurs voisins prolétaires des territoires occupés, sauf une : la séparation d’avec leur outil de production (30). D’autres sont devenus une  » lumpen-bourgeoisie « , enrichie grâce à l’OLP, qui a déversé un demi-milliard de dollars d’aide dans les territoires occupés entre 1977 et 1985. Ils ne dépensaient leur argent que pour leur consommation personnelle, ce qui leur a attiré la rancune du prolétariat et de la petite-bourgeoisie palestinienne. C’est la bourgeoisie déplacée par la diaspora qui a formé la classe de base de l’OLP et de l’« Etat palestinien en exil ».

« Le seul représentant légitime du peuple palestinien »

Même alors que le panarabisme gisait vaincu suite à la guerre de 1967, les germes de sa renaissance (certes sous une forme moins virulente) prenaient naissance dans la nouvelle cohérence et l’organisation du nationalisme palestinien et particulièrement de l’OLP. Cette situation et la première Intifada (1987-1993) entretiennent les flammes de l’anti-américanisme au Moyen-Orient et remettent en cause la légitimité de la bourgeoisie pro-occidentale dans toute la région. Pourtant les actions de l’OLP, représentant la bourgeoisie palestinienne en exil, furent, comme on pouvait s’y attendre, souvent en contraction avec les besoins des prolétaires dont les luttes secouaient les pays producteurs de pétrole.

L’OLP CONTRE L’ACTIVITE AUTONOME DU PROLETARIAT

60 % de la population palestinienne se retrouva dans les camps de réfugiés hors d’Israël et des territoires occupés. Le processus qui avait transformé la plupart d’entre eux en prolétaires les dispersa aussi dans tout le Liban, la Jordanie, le Koweït et la Syrie. Ceux qui émigraient dans les riches Etats du Golfe comme le Koweït pouvaient exiger des salaires élevés, même par rapport à ceux des travailleurs juifs en Israël. La plupart eurent moins de chance et devinrent les catalyseurs des conflits de classe dans toute la région. Ce furent les dirigeants arabes (ainsi que la bourgeoisie marchande et financière palestinienne) qui favorisèrent la création de l’OLP en 1964, comme outil de contrôle de cette diaspora. Parce qu’elle ne put pas empêcher la nakba de 1948 et fut impuissante face à la puissance militaire d’Israël en 1967, la bourgeoisie arabe affronta des révoltes dans les pays qu’elle gouvernait.

La Jordanie

En Jordanie, les réfugiés palestiniens étaient maintenant armés à cause de la guerre, et étaient plus nombreux que la population jordanienne, de faible densité. Bien qu’on ait vu dans l’OLP un Etat dans l’Etat, même elle ne pouvait pas gouverner les réfugiés palestiniens. A la fin des années 1960 et au début des années 1970, les camps de réfugiés étaient armés et indépendants de l’OLP, et la police ne pouvait pas y pénétrer. De plus, l’OLP utilisait la Jordanie comme base pour ses attaques contre Israël et l’Etat jordanien était donc exposé aux représailles d’Israël. Les luttes du prolétariat palestinien en Jordanie se terminèrent par le massacre de 30 000 Palestiniens lors du « Septembre noir » perpétré par l’armée jordanienne à Amman en 1970. Ce massacre fut facilité par l’accord de l’OLP avec le régime hachémite : conformément aux conditions négociées avec l’Etat jordanien, l’OLP se retira d’Amman, autorisant ainsi le massacre des prolétaires restés dans la ville.

Le Liban

Parmi les survivants, beaucoup s’enfuirent au Liban et la bourgeoisie arabe affronta alors un prolétariat combatif concentré dans des camps de réfugiés surpeuplés. 14 000 Palestiniens se retrouvèrent dès 1972 au Liban, à Tel-al-Zaatar, dans une région industrielle qui contenait 29 % de l’industrie libanaise. En 1969 les réfugiés et d’autres prolétaires s’emparèrent d’armes, occupèrent les usines et tentèrent de transformer Tel-al-Zaatar en « zone interdite libérée de l’armée libanaise et de l’Etat » (31). Puisque l’Etat libanais, si l’on peut dire, essaya pendant toutes les années 1970 de casser le pouvoir de la classe ouvrière, les prolétaires syriens, palestiniens et libanais participèrent à des bagarres avec la police libanaise à coups de kalachnikov. « La présence des armes permettait des grèves qui aboutirent à la destruction de la vie industrielle libanaise (32). » Il y eut aussi un mouvement limité de conseils ouvriers. En raison de la faiblesse et de la division de la bourgeoisie libanaise, une grande grève de l’industrie de la pêche culmina dans une guerre civile prolongée, qui devint le champ de bataille des ambitions stratégiques concurrentes des Etats-Unis et de l’URSS, par l’entremise de leurs intermédiaires respectifs, Israël et la Syrie.

Expulsée de Jordanie, l’OLP tentait alors de créer un autre « Etat dans l’Etat » au Liban. Cependant, les luttes autonomes de réfugiés palestiniens pour s’émanciper de l’enfer de leur existence prolétarienne intéressait peu l’OLP qui voulait au contraire maintenir ses liens avec les bourgeoisies libanaise et syrienne. L’instabilité générale et la faiblesse de l’Etat libanais rendirent inévitable l’écrasement de la force du prolétariat par les troupes syriennes et phalangistes, avec l’appui de la marine israélienne (33). S’accrochant toujours à leurs illusions désespérées sur le nationalisme, les Palestiniens appelèrent à l’aide l’OLP.

Bien entendu, l’OLP n’avait aucun intérêt à aider cette lutte qu’elle considérait comme une diversion dans « la lutte contre l’ennemi véritable, Israël ». « Quand les combattants demandèrent de l’aide militaire pour la lutte à Tel-al-Zaatar, la direction du Fatah répondit : « Al Naba’a et Salaf et Harash ne sont pas comme Haga, Haïfa et Jérusalem qui sont occupées » (34) ». En exerçant son « droit à la non-ingérence », l’OLP fit en sorte que la révolte soit écrasée et que la « zone interdite » devienne un cimetière pour prolétaires. Malgré son rôle dans la contre- insurrection à Tel-al-Zaatar, un Etat libanais plus fort était la dernière chose que voulait Israël. Au contraire, Israël et la Syrie cherchaient tous deux à promouvoir la « balkanisation » du pays afin d’améliorer leur position stratégique. Le morcellement de la bourgeoisie libanaise en factions ennemies fournissait le prétexte pour l’intervention dans la guerre civile de ces deux puissances voisines. Dans le cas d’Israël, il y avait un motif supplémentaire d’intervention au Liban : la présence de l’OLP. L’OLP en quête d’un  » Etat dans l’Etat  » ne pouvait pas co-exister avec les impératifs d’Israël au Liban. La présence massive de Palestiniens gênait ses intérêts stratégiques, et le souhait d’Israël de déloger l’OLP conduisit à l’invasion de Beyrouth en 1982.

Ce qui rendait le nationalisme de l’OLP séduisant était sa volonté de s’engager dans une lutte armée contre l’Etat israélien. Mais son expulsion de Jordanie, puis du Liban, montrèrent sa faiblesse face à la puissance militaire israélienne. Son évacuation humiliante de Beyrouth confirma qu’elle avait échoué à concrétiser sa stratégie de lutte armée. On reproduisit ensuite le même scénario qu’en Jordanie, l’expulsion de l’OLP laissant le champ libre pour le massacre des Palestiniens dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila par les Phalangistes, avec l’aide de l’armée israélienne. L’invasion israélienne de Beyrouth fut aussi humiliante pour le « camp anti-impérialiste ». L’Egypte se trouvant alors dans l’orbite américaine, la Syrie était la principale puissance pro-URSS dans la région. Pourtant, non seulement l’OLP fut remise au pas par l’invasion israélienne, mais l’armée syrienne dut se retirer.

Chaque confrontation signifiait de plus en plus clairement que les Palestiniens n’avaient pas grand-chose à attendre des Etats arabes. Les guerres de 1967 et de 1973 avaient efficacement affaibli le panarabisme et confirmé Israël dans le rôle de super-puissance militaire de la région. Les Etats arabes manquaient de volonté politique pour attaquer Israël. Malgré son rapprochement avec Israël, l’Egypte fut mieux reçue que l’OLP au sommet d’Amman de 1987, preuve que les Etats arabes se tournaient de plus en plus vers les Etats-Unis. Le roi Hussein snoba Arafat, et il était clair que la guerre Iran-Irak était plus importante pour les délégués que les Palestiniens. Ceci confirma l’impression très répandue parmi les résidents des territoires occupés qu’ils étaient seuls capables de renverser la domination israélienne.

Intifada. 5. L’Intifada (1987-1993)


L’Intifada (1987-1993)

Les habitants du camp de réfugiés Jabalya à Gaza furent à l’origine de l’Intifada, et non l’OLP, basée en Tunisie et complètement surprise. De la part des résidents de Jabalya, ce fut une réaction de masse spontanée au meurtre de travailleurs palestiniens par un véhicule israélien, réaction qui se propagea rapidement au reste de la bande de Gaza et à la Cisjordanie. A long terme, l’Intifada a permis de parvenir à la réhabilitation diplomatique de l’OLP (35). Après tout, l’OLP pourrait bien être un moindre mal comparée à l’activité autonome du prolétariat. Cependant, la force de négociation de l’OLP dépendait de sa capacité, en tant que « seul représentant légitime du peuple palestinien », à contrôler sa circonscription, ce qui ne pouvait jamais être garanti, surtout alors que sa stratégie de lutte armée s’était révélée infructueuse. Il était donc difficile pour l’OLP de récupérer un soulèvement à l’initiative des prolétaires, peu intéressés par le nationalisme, et qui haïssaient la « lumpen-bourgeoisie » palestinienne presque autant que l’Etat israélien.

UNE LUTTE DE « LIBERATION NATIONALE » ?

Le bulletin n°1 Worldwide Intifada de 1992 tente de contrer l’optique gauchiste conventionnelle à propos de l’Intifada en soulignant les contradictions entre les différentes classes de Palestiniens (36). Alors que l’optique de ce n°1 de Worldwide Intifada est de toute évidence supérieure au soutien de la « libération nationale », sa démonstration fait preuve de certaines faiblesses. Bien que ce bulletin identifie correctement « les germes de la défaite » que renferme le nationalisme de l’Intifada de 1987, il parle du nationalisme comme d’une abstraction, comme s’il s’agissait d’une sorte de farce psychologique jouée à la classe ouvrière palestinienne et à la bourgeoisie palestinienne (37). Il est vrai que le nationalisme est une idéologie. Mais cette idéologie est plus qu’une simple tromperie : elle a du pouvoir parce qu’elle a une base matérielle dans la vie quotidienne. Il est toutefois clair que de nombreux aspects de cette Intifada allaient bien au-delà du nationalisme.

Alors que de nombreux commentateurs considèrent pour acquis que, dès le point de départ, l’Intifada était une campagne en faveur de la création d’un Etat palestinien, les premiers jours du soulèvement suggèrent autre chose. Quand l’IDF (Israeli Defence Force = Force de défense israélienne) interrogea les cent premiers émeutiers qu’elle avait arrêtés, elle découvrit que ces prolétaires étaient « incapables de répéter les slogans les plus courants utilisés par la propagande habituelle de l’OLP, et que même le concept central de la lutte palestinienne – le droit à l’autodétermination – leur était totalement étranger (38) ». Quel scandale !

L’Intifada en tant que lutte de classe et les luttes de classe dans l’Intifada

La subordination de la bourgeoisie palestinienne prit la forme de l’abolition de l’accumulation de capital palestinien par l’Etat israélien, afin que la bourgeoisie palestinienne soit incapable de développer correctement ses forces productives. Si certains Palestiniens étaient employés dans des ateliers palestiniens, dans des fermes ou des petites usines, ces établissements étaient confinés dans des secteurs qui ne concurrençaient pas le capital israélien. Donc une proportion excessive de l’argent de la bourgeoisie palestinienne était dépensé comme un revenu en consommation personnelle, plutôt que comme capital de consommation productive.

La réalité du chômage de masse et de la pauvreté des prolétaires côtoyant la richesse ostentatoire de la « lumpen-bourgeoisie » attisa les antagonismes de classe, qui passèrent au premier plan pendant les premiers jours du soulèvement de 1987. A Gaza, pendant les premiers jours du soulèvement, on vit des milliers de prolétaires piller les récoltes des propriétaires terriens voisins. De nombreux propriétaires durent annoncer des réductions massives des loyers. Les plus riches des gens du coin firent appel à l’IDF pour protéger leurs biens. Le cri de guerre des émeutiers était « d’abord l’armée, ensuite Rimal ! (39) »

Rimal était un riche faubourg palestinien de la ville de Gaza. Quand les autorités israéliennes émirent de nouvelles cartes d’identité afin de désamorcer le soulèvement, c’est l’endroit qu’elles choisirent comme bonne poire pour faire passer leur projet. Heureusement pour l’OLP, elle était suffisamment unie pour prendre pied dans le soulèvement, grâce à l’émergence de l’UNLU (United National Leadership of the Uprising = Direction nationale unitaire du soulèvement). Elle était basée dans les territoires et était donc plus crédible pour récupérer les militants locaux que « l’OLP 5-étoiles » basée en Tunisie. Elle fut donc la mieux placée pour essayer de transformer une attaque contre toutes les formes d’autorité bourgeoise en tentative « nationale » concertée de créer un embryon d’Etat palestinien. Cependant, à cause de l’intransigeance de l’Etat israélien, cela présupposait de rendre les territoires ingouvernables, situation qui pouvait facilement dégénérer. Un mois après le jour du soulèvement, l’UNLU publia son premier communiqué, s’adressant d’abord à « la classe ouvrière palestinienne courageuse », ensuite aux « commerçants militants courageux », et saluant en l’OLP « le seul représentant légitime du peuple palestinien (40) ». Un an plus tard, le prolétariat et la petite-bourgeoisie furent mis dans le même sac et baptisés « les masses héroïques de notre peuple », mais dans tous les communiqués, l’OLP reste « le seul représentant légitime (41) ».

Malgré la soi-disant unité interclasses proclamée par l’UNLU, il fallait souvent intimider la petite-bourgeoisie pour que les magasins ferment les jours de grève. Parfois, il suffisait d’un enfant tenant une allumette enflammée devant un magasin pour rappeler que les magasins pourraient faire l’objet de représailles. Elle subissait aussi la pression des militants prolétaires qui se trouvaient en première ligne et lui déclaraient : « Nous sommes prêts à donner nos vies pour la lutte, est-ce trop vous demander de renoncer à une part de vos profits ? (42) » Il serait pourtant faux de penser qu’il a fallu entraîner la petite-bourgeoisie par la force dans l’Intifada, bien que cela se soit parfois produit. Des propriétaires de magasins et d’ateliers se virent confisquer leurs biens pour avoir refusé de payer l’impôt au gouvernement militaire, et des commerçants de Beit Sahour lancèrent une  » grève commerciale  » de trois mois pour protester contre ces mesures. Pour pouvoir se développer en tant que véritable bourgeoisie, ils avaient besoin de leur propre Etat et d’une quantité de terres adéquate. En pratique, au lieu de favoriser leur évolution vers une bourgeoisie à part entière, les confiscations de biens pour refus de payer l’impôt accélérèrent leur prolétarisation. Les « grèves commerciales » ne servirent qu’à conduire les marchands palestiniens à la faillite.

Bien que, jusqu’à un certain point, toutes les classes aient eu la possibilité de jouer un rôle dans la perturbation de l’économie israélienne, en refusant de payer l’impôt sur le revenu au gouvernement militaire ou en boycottant ses produits, la perturbation la plus tangible de l’économie israélienne fut le fait de la classe ouvrière. Pendant la grève générale sauvage de décembre 1987, 120 000 travailleurs ne se rendirent pas au travail en Israël. Ceci coïncidait avec la récolte des agrumes, qui emploie des Palestiniens pour un tiers de sa main-d’œuvre. Cela coûta 500 000 dollars au service de commercialisation agricole israélien pendant les deux premiers mois du soulèvement, car les commandes destinées au marché britannique furent perdues. De nombreux Palestiniens travaillaient aussi comme journaliers dans un autre secteur clé, l’industrie de la construction des deux côtés de la Ligne verte. Ils purent accomplir ce dont l’OLP et le mouvement pour la paix ne pouvaient que rêver : arrêter d’un seul coup la construction des colonies.

La « révolte des pierres »

Voici un récit de discussion pendant l’Intifada. Quand certaines personnes essayèrent d’affirmer leur autorité en prétendant être des leaders de l’Intifada, un garçon de quatorze ans montra la pierre qu’il tenait et dit : « C’est ça, le leader de l’Intifada. » Tant pis pour l’UNLU ! De soi-disant leaders se faisaient attaquer par les Palestiniens dans les manifestations lorsqu’ils devenaient trop modérés (43). Les tentatives actuelles de l’Autorité palestinienne pour militariser l’Intifada d’aujourd’hui sont une tactique pour éviter que cette « anarchie » ne se reproduise. L’utilisation répandue des pierres comme armes contre l’armée israélienne signifiait qu’on avait compris que les Etats arabes étaient incapables de vaincre Israël au moyen d’une guerre conventionnelle, sans parler de la « lutte armée » de l’OLP. Le désordre civil « désarmé » rejetait obligatoirement « la logique de guerre de l’Etat (44) » (bien qu’on puisse aussi le considérer comme une réaction à une situation désespérée, dans laquelle mourir en « martyr » pouvait sembler préférable à vivre dans l’enfer de la situation présente). Jusqu’à un certain point, le fait de lancer des pierres déjouait la puissance armée de l’Etat d’Israël. Afin de conserver le soutien politique et financier des Etats-Unis, Israël devait respecter les apparences en tant que démocratie en difficulté assiégée par des hordes barbares, et il était dangereux de tuer trop de civils désarmés, au moment où la position pro-américaine de l’Egypte risquait d’affaiblir le rôle d’atout stratégique d’Israël.

Ce qui ne veut pas dire qu’il l’a fait : dès la mi-juin 1988, l’IDF avait déjà tué 300 Palestiniens. Cependant, les cas de conscience personnels que provoquait l’expérience d’affronter, munis d’armes létales, des civils désarmés, s’ajoutaient aux pressions qui s’exerçaient sur le moral des soldats israéliens. Ils étaient censés appartenir à cette puisante armée qui avait vaincu l’Egypte et la Syrie, et voilà qu’on leur ordonnait de tirer à balles réelles sur des gosses armés de pierres ! Ceci contribua à un renouveau dans le mouvement de l’« objection de conscience » (45). Les pierres étaient un facteur égalitariste important, car c’était des armes auxquelles tout le monde pouvait avoir accès. Au sens propre du terme, le prolétariat palestinien était en train de prendre la lutte en main, après des années d’appels déçus pour obtenir l’aide de la bourgeoisie arabe. Une nouvelle génération de jeunes prolétaires, qui avaient grandi sous l’occupation, était en première ligne dans la lutte. Mais, comme un soulèvement prolétaire spontané se transformait en mouvement national sous les auspices de l’UNLU, l’Intifada finit par devenir l’expression d’une alliance précaire entre le prolétariat et la petite-bourgeoisie.

La réactionn de la bourgeoisie israélienne

Dans les années 1970-1980, le gouvernement israélien refusait absolument d’avoir affaire à l’OLP. Ce consensus politique englobait la « gauche » du mouvement La paix maintenant. Pourtant, les « ligues villageoises » de toute évidence fantoches étaient tout à fait incapables d’incarner une direction palestinienne différente de l’OLP avec laquelle ils auraient pu négocier. L’Intifada a poussé le mouvement La Paix maintenant dans une direction plus radicale, parce que des groupes pacifistes plus petits établissaient déjà des contacts avec les Palestiniens, généralement sous forme de soutien « humanitaire ». La stratégie à long terme du camp de la paix avait besoin d’un « partenaire pour la paix », et l’échec des « ligues villageoises » faisait de l’OLP le seul interlocuteur possible.

De plus, la bourgeoisie israélienne commençait à manquer d’options, car celle de transférer les Palestiniens en masse en Jordanie, idée avec laquelle ils jouaient depuis le milieu des années 1980, était irréalisable. La Jordanie avait déjà son propre problème palestinien et, à la fin des années 1980, la dernière chose que voulait le roi Hussein était d’avoir plus de Palestiniens à gérer. Les bureaucrates palestiniens dans les territoires occupés, nommés par la Jordanie ou par Israël, avaient dû démissionner ou affronter la justice révolutionnaire. Au cas où cela exprimerait à quel point ses futurs sujets préféraient le régime jordanien à Israël, le roi Hussein s’empressa d’abandonner son droit sur la Cisjordanie.

Malgré tous ces éléments, l’aile Likoud du gouvernement d’union était intransigeante, mais les Etats-Unis subissaient de plus en plus de pressions internationales pour qu’ils mettent fin à leur boycott diplomatique de l’OLP. Alors que les instincts du Likoud le portaient à la répression ouverte, il y avait des limites à ce qu’on pouvait accomplir par la force brute et par la terreur, étant donné la pression croissante des Etats-Unis et le peu de goût des conscrits israéliens pour une orgie de meurtre. En outre, c’était la « Main de fer » qui avait d’abord contribué à créer les conditions de la révolte.

Quand les Etats-Unis acceptèrent de reconnaître l’OLP à condition que le conflit régresse, ce qui nécessitait que l’OLP reconnaisse Israël, le Premier ministre israélien Yitzhak Shamir dut faire des concessions. Son offre d’« élections libres et démocratiques » aux délégués palestiniens qui « négocieraient pour un intérim assuré par une administration auto-gouvernée » posait aussi la condition de l’apaisement des troubles. Bien que l’OLP ait formellement reconnu  » le droit à l’existence  » d’Israël dès décembre 1988, le processus de reconnaissance de l’OLP par Israël était loin d’être achevé. Le processus pour amener Israël et l’OLP à la table des négociations se retrouva rapidement dans une impasse, ne dépassant jamais les pourparlers au sujet des pourparlers, et la tactique israélienne de manœuvres politiques dilatoires (tout en continuant à assassiner des Palestiniens) semblait payante.

L’économie israélienne, soutenue par l’aide américaine, put absorber le premier choc de la perturbation économique ; mais plus cela durait, plus l’Intifada s’épuisait. Avec le temps, ce qui subsistait de l’économie palestinienne fut détruit. Pendant ce temps, le capital israélien pouvait rechercher d’autres sources de main-d’œuvre bon marché, pour contourner les Palestiniens et les exclure du marché de l’emploi israélien.

Les Islamistes

On vit aussi le début d’un âpre conflit pour le contrôle d’un territoire et pour savoir qui allait être le chien de garde en chef dans les rues palestiniennes. Les bandes nationalistes répétaient déjà leur futur rôle de gardiens de la loi, de l’ordre bourgeois et de la propriété privée. Avec l’épuisement du soulèvement, le prolétariat des territoires occupés était décimé par des combats entre factions et des « meurtres de collaborateurs », et au printemps 1990, plus de Palestiniens étaient tués par d’autres Palestiniens que par les forces israéliennes. Beaucoup de ces « collaborateurs » étaient des pilleurs ou des militants de la lutte de classe. D’autres participants appartenaient à des groupes relativement nouveaux, le Hamas et le Jihad Islamique. Pour essayer de mettre en place un contrepoids à l’OLP authentiquement palestinien, Israël avait encouragé la croissance de la confrérie musulmane au début des années 1980. La confrérie ayant fait preuve de ses sentiments anti-classe ouvrière en brûlant une bibliothèque qu’elle jugeait être un  » foyer communiste « , Israël commença à leur fournir des armes (46). Parce qu’ils croyaient qu’on ne pourrait renverser la domination israélienne que lorsque tous les Palestiniens seraient de vrais croyants musulmans, il semblait que leur croissance pourrait étouffer la résistance à l’occupation. Toutefois, c’est pendant l’Intifada que les Islamistes se politisèrent, en tant que Hamas et Jihad Islamique.

Pour essayer d’être visibles, et pour contester l’OLP, les Islamistes organisèrent des jours de grève qui ne suivaient pas le calendrier de l’UNLU. Ces « grèves contre le processus de paix » les confirmaient dans leur rôle d’« opposition de masse authentique et indigène (47) » à l’OLP. Pourtant, si le Hamas voulait affaiblir l’OLP, il ne voulait pas la remplacer. Sa concurrence « je suis plus militant que toi » avec le Fatah (l’aile militaire de l’OLP) était plutôt destinée à lui assurer un rôle décisionnel dans la nature du futur Etat palestinien. Il rejetait non seulement le « processus de paix » et ses compromis avec Israël, mais aussi l’idée même d’un Etat laïc bourgeois. En dépit de sa position « de rejet », le Hamas finit par rechercher un compromis avec l’OLP, parce qu’il voulait agir sur la forme de l’Etat palestinien.

Les phases initiales de l’Intifada comportaient une part de révolte contre l’institution de la famille patriarcale. Les femmes palestiniennes avaient refusé leur invisibilité sociale et avaient affronté l’armée. A Ramallah, un groupe de filles lapidèrent leurs parents qui voulaient les empêcher de participer à l’émeute ! Pour le Hamas, un Etat palestinien devait être musulman, ce qui supposait d’imposer la charia pour restaurer ces mêmes formes de « contrôle social basse intensité » que l’Intifada avait remises en question.

La guerre du Golfe

Le « processus de paix » traîna encore en longueur à cause de la crise du Golfe, qui mit en doute les loyautés opposées d’Arafat. Alors qu’une grande partie de la bourgeoisie arabe était du côté des Etats-Unis, Arafat ne pouvait pas se le permettre à cause de la position propalestinienne de l’Irak et du soutien palestinien massif dans son conflit avec les Etats-Unis. Finalement, la guerre du Golfe ébranla les illusions relatives à un « nationalisme progressiste » soutenu par l’URSS, qui n’existait plus. En même temps, les attaques de Scud sur Israël renforcèrent en Occident son image publique de bastion de la démocratie entouré d’« Etats voyous » agressifs.

En dépit de la nouvelle réalité mondiale résultant de l’écroulement de l’URSS, Israël reste un atout stratégique vital pour le capital américain. Les quelques Etats arabes qui s’étaient tournés vers Moscou avaient dû entre-temps entreprendre un réalignement hésitant sur l’Occident pour trouver un nouveau sponsor. Presque simultanément, une occasion de faire preuve de leur compréhension du « nouvel ordre mondial » s’offrit aux bourgeoisies arabes récalcitrantes, avec la possibilité de prendre le parti de la coalition contre l’Irak. Presque toutes les capitales arabes de quelque poids politique firent ce choix. De plus en plus, la guerre du Golfe apparaît comme une occasion pour l’Amérique, tout à coup libérée des contraintes de la guerre froide, de démontrer de la façon la plus brutale et la plus arbitraire l’étendue de sa domination sur les puits pétroliers du Moyen-Orient. Et, à la minute où l’« Etat voyou client » se trouva réellement menacé par un soulèvement kurde au nord et par une révolte chiite au sud, les Etats-Unis relâchèrent leur pression, préférant un régime arabe qu’ils pouvaient diaboliser et punir périodiquement à l’éventualité de devoir eux-mêmes écraser une révolution sociale, ce qui aurait pu intensifier les sentiments anti-américains au Moyen-Orient.

La guerre du Golfe participa à la recomposition générale de la classe ouvrière de la région. L’expulsion massive des travailleurs palestiniens du Koweït contribua à l’appauvrissement général du prolétariat palestinien, dont une partie avait bénéficié d’un niveau de vie supérieur même à celui de leurs voisins juifs, grâce aux salaires virés par des membres de leurs familles établis au Koweït. Le couvre-feu intégral imposé par Israël pendant la guerre accrut les difficultés économiques dans les territoires. Il offrit aux patrons israéliens l’occasion de licencier de nombreux travailleurs palestiniens parce qu’ils avaient respecté le couvre-feu, ou parce qu’ils ne l’avaient pas fait ou devraient le faire dans l’avenir. Ceci, à son tour, exacerba les antagonismes de classe dans les territoires, entraînant le vol et l’illégalité généralisée. Pendant le couvre-feu, les magasins surpris à gonfler leurs prix étaient attaqués et contraints de les baisser.

LA ROUTE D’OSLO

Puisque les Etats-Unis jouissaient d’une position hégémonique absolue sur le Moyen-Orient suite à la guerre du Golfe, et puisque la menace du militantisme islamiste était pour le moment endiguée par les bourgeoisies indigènes, notamment en Egypte et en Syrie, le seul problème des Etats-Unis était les Palestiniens. Le soutien populaire à la première Intifada menaçait sans aucun doute les intérêts américains, et le « processus de paix » d’Oslo, à un niveau rhétorique, n’était rien moins qu’un coup d’arrêt aux années de conflit et à une gestion de la crise que les administrations américaines successives avaient été obligées d’entreprendre.

Puisque les alliés arabes de l’Amérique avaient passé avec succès le test de loyauté crucial de la guerre du Golfe, le « nouvel ordre mondial » ouvrait la perspective de la mise au rancart d’Israël en tant que principal atout stratégique des Etats-Unis dans la région, alors qu’une bonne partie de la bourgeoisie arabe était consentante, et que l’incapacité d’Israël à résoudre le problème palestinien menaçait cette nouvelle ère de paix bourgeoise qu’on annonçait partout.

Pour l’Etat israélien, faire des concessions aux Palestiniens impliquait l’éventualité de devoir affronter sa propre classe ouvrière. Mais, comme l’économie du pays n’était pas encore remise de la crise et de l’Intifada, les Israéliens avaient encore besoin de l’aide américaine, qui pouvait servir de moyen de pression pour que l’Etat israélien signe un accord avec les Palestiniens. En 1989, les Etats-Unis se montraient de plus en plus agacés par la stagnation dans le dénouement de l’Intifada. Israël était censé être l’un de leurs gendarmes régionaux. Mais Israël avait un soulèvement intérieur sur les bras qui menaçait de déstabiliser la région, à cause de la diaspora palestinienne. Le Premier ministre Yitzhak Shamir n’était pas en mesure de résoudre le problème, surtout parce qu’à ce moment-là l’union gouvernementale s’était écroulée et qu’il subissait les pressions de ses partenaires de la coalition d’extrême droite.

Avec l’élection d’un gouvernement travailliste qui s’engageait à accélérer le « processus de paix », le Hamas voulut consolider sa base en tant que principale alternative « de rejet » à l’OLP. Le meurtre de six soldats israéliens en décembre 1992 par les guérilleros du Hamas était la preuve que l’entretien de l’Islam politique par Israël comme contrepoids à l’OLP avait été payant, mais pas comme il l’avait espéré. Si la montée du Hamas avait des effets secondaires mortels, elle fournit aussi un prétexte à l’IDF pour exercer de dures répressions au printemps 1993. Ce fut Gaza qui essuya le plus fort de l’attaque, car elle était considérée comme une « base du Hamas ». A l’occasion de cette vague de répression générale, Israël imposa aussi la fermeture des territoires « pour une période indéterminée », au prétexte d’« antiterrorisme ». Cela signifiait l’impossibilité d’aller travailler en Israël pour 189 000 Palestiniens.

La politique de fermeture avait été utilisée sporadiquement pendant les années 1990, comme « punition collective » après des attentats suicides ou d’autres attaques. Après la fermeture des territoires occupés en mars 1993, qui créa des pénuries de main-d’œuvre dans la construction et l’agriculture, le gouvernement donna le feu vert à l’emploi de travailleurs immigrés. C’est ainsi que l’Intifada obligea la bourgeoisie israélienne à mettre fin au monopole des Palestiniens au bas de l’échelle du marché du travail, et à trouver une source de main-d’œuvre bon marché moins volatile. A cause de leur position retranchée, il serait problématique de forcer les travailleurs juifs à occuper cette place. Au début de l’Intifada, des chantiers de construction à Jérusalem avaient tenté sans succès de recruter de la main-d’œuvre juive pour le double du salaire normal palestinien. De toute évidence, les travailleurs juifs ont tendance à être plus loyaux envers l’Etat, et auraient tendance à épouser les impératifs de sécurité. Mais, pour les pousser au bas de l’échelle du marché du travail, il faudrait renégocier le compromis de classe de l’après-1967, et il y avait déjà une pénurie de main-d’œuvre juive. Dans les années 1980, les Juifs quittaient Israël en plus grand nombre qu’ils n’y entraient. L’écroulement de l’URSS semblait fournir la solution, sous la forme d’une nouvelle vague d’immigrés potentiels. Cela n’allait pas sans problèmes, car les nouveaux immigrés avaient désiré aller en Amérique et pour se dédommager d’être coincés en Israël, ils exigeaient leur part du gâteau sioniste. Le bas de l’échelle du marché du travail était bien loin des carrières professionnelles que beaucoup d’entre eux avaient eues en URSS.

De plus, Israël avait besoin de l’aide américaine pour absorber les nouveaux immigrants, et parce que les atermoiements d’Israël sur les colonies agaçaient la bourgeoisie américaine, Bush père avait menacé de ne pas renouveler les prêts en 1991, et déclara clairement qu’Israël ne pourrait pas absorber les nouveaux immigrants sans progresser sérieusement dans la résolution de l’Intifada. Les immigrants russes sont devenus une pomme de discorde dans la société israélienne, car on pense généralement qu’ils ont trouvé leur place aux dépens des autres travailleurs juifs. On relie les augmentation de loyers dans les  » zones désirables « , qui mettent à la rue les Juifs les plus pauvres et accroissent la demande d’extension des colonies, à la nécessité d’intégrer l’afflux d’immigrants russes. Ce ressentiment, auquel s’ajoute une inquiétude générale au sujet de la détérioration du caractère exclusivement juif de l’Etat, a nourri des rumeurs concernant le manque d’authenticité de l’« identité juive » des nouveaux immigrants.

Ces inquiétudes sont encore alimentées par l’emploi de plus en plus généralisé de travailleurs immigrés non juifs d’Europe de l’Est et du Pacifique. Originaires surtout de Roumanie et des Philippines, quoique certains d’entre eux viennent de Jordanie et d’Egypte, ces travailleurs immigrés sont généralement employés par l’intermédiaire d’agences comme Manpower. Ils subissent de très mauvaises conditions de travail et de logement et il y a de nombreux cas de maltraitance physique par les employeurs (48). L’agence conserve systématiquement les passeports des travailleurs, ce qui les lie à leur travail s’ils veulent rester dans le pays. Beaucoup d’employeurs retiennent leurs salaires, et font reconduire leurs employés à la frontière s’ils essaient de les exiger. Récemment, on a obligé des travailleurs à payer une caution aux agences, qu’ils ne récupèrent que s’ils terminent leurs contrats. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que de nombreux travailleurs migrants décident qu’il vaut mieux travailler illégalement (49).

La plupart des ouvriers migrants de sexe masculin travaillent dans la construction et dans l’agriculture, mais surtout dans la construction. L’industrie de la construction a constamment besoin de plus de travailleurs immigrés et le gouvernement limite sans cesse le nombre de visas accordés, créant ainsi un marché pour les travailleurs immigrés illégaux. Les travailleurs immigrés travaillent pour moins cher que les Palestiniens d’Israël et des territoires, et, dans un cas, ce fut la cause d’un pogrom dans une ville palestinienne de Galilée contre des travailleurs squatters jordaniens et égyptiens.

Le chômage palestinien massif, la remise en cause de l’Autorité par le Hamas et l’isolement d’Arafat en raison de son soutien à l’Irak pendant la guerre du Golfe, tous ces éléments contribuèrent à l’affaiblissement de la force de négociation de l’OLP. Alors que la montée du Hamas représentait la politique de rejet de la petite-bourgeoisie locale, les capitalistes marchands et financiers de la diaspora étaient alors plus enclins à accepter l’offre d’un mini-Etat palestinien appauvri. Après tout, ils n’avaient pas besoin de terres pour faire des profits et, contrairement à la petite-bourgeoisie locale, ils n’affrontaient pas les réalités quotidiennes de la domination israélienne. D’autre part, ils auraient pu mettre en danger la sécurité relative de leur position en s’engageant trop avant contre le « nouvel ordre mondial ».

INTIFADA 6. Le « processus de paix » d’Oslo (1993-2000)

Le « processus de paix » d’Oslo (1993-2000)

D’abord connus comme les « accords Gaza-Jéricho », les accords d’Oslo étaient une reprise des transactions que l’OLP rejetait depuis des années. On offrit à l’OLP d’administrer Gaza et Jéricho, dans un premier temps. Bien qu’on ait accordé, avec mauvaise grâce, un territoire plus étendu, Israël contrôle toujours les frontières, la politique étrangère, etc. Toutefois, la transaction était si humiliante pour l’OLP que même Israël s’inquiétait d’avoir eu la main trop lourde. Au Caire, le ministre de l’environnement israélien a prévenu qu’une OLP « vaincue » n’était pas plus dans l’intérêt d’Israël qu’une OLP victorieuse. « Quand on tord le bras d’Arafat au nom de la sécurité, il faut faire attention de ne pas le casser. Avec un bras cassé, Arafat ne pourra pas garder le contrôle de Gaza et de Jéricho (50).»

On a souvent comparé cet accord au système des « bantoustans » qui existaient en Afrique du Sud. La poursuite de la colonisation et la construction de routes réservées aux seuls colons ont renforcé cette similitude. La plupart des groupes nationalistes palestiniens s’opposèrent aux accords d’Oslo dès le départ mais décidèrent de s’en tenir à leur rôle d’« opposition loyale ». Le Hamas poursuivit ses attaques contre les Israéliens mais pas contre l’Autorité palestinienne. Au début du règne de l’Autorité palestinienne, le Hamas déclara : « Nous accueillons les forces de sécurité palestiniennes comme des frères » et jura de « réduire les jours d’appel à la grève séparée pour alléger le fardeau économique de notre peuple. » Des groupes léninistes, principalement le FDLP (Front démocratique pour la libération de la Palestine) et le FPLP (Front populaire de libération de la Palestine) reçoivent moins de soutien que le Hamas et semblent inefficaces. Ils s’opposent à Oslo mais n’ont pas préconisé une lutte active contre l’Autorité palestinienne ou même contre Israël, du moins jusqu’au début de l’Intifada.

Le rôle policier de l’OLP

Malgré son rôle d’« opposition loyale », la résistance en Cisjordanie et à Gaza ne disparut pas lorsque l’Autorité palestinienne arriva au pouvoir. L’arrivée d’Arafat à Gaza le 1er juillet 1994 ne fut pas l’accueil triomphal réservé à un héros, comme il l’avait espéré, et l’Autorité palestinienne se démena désespérément pour exciter la joie des masses à son retour d’exil. Les prolétaires de Gaza s’intéressaient plus au prix des nécessités de base. Les prix des légumes avaient grimpé de 250 % en raison des conditions relativement libres d’exportation vers le marché israélien accordées aux produits agricoles palestiniens sous l’égide du Protocole de Paris en 1994.

Israël contribua à envenimer la situation en fermant immédiatement la Bande de Gaza et en tuant des Palestiniens lors des émeutes qui s’ensuivirent (51). Pour se venger, le Hamas tua des Israéliens et la nouvelle Autorité palestinienne dénonça les attaques contre Israël et jura de coopérer avec Israël pour s’opposer à toute attaque future. Ceci entraîna immédiatement de grands rassemblements pour protester contre la position de l’Autorité palestinienne. Pour Israël, l’Autorité palestinienne dans les zones les plus peuplées voulait dire faire passer le poids politique du maintien de l’ordre public sur les épaules de la bourgeoisie palestinienne, qui ne s’encombrait pas des contrôles mutuels (entre la police et la justice) que les formes démocratiques occidentales de style européen imposaient à Israël. L’Autorité palestinienne dépense la plus grosse partie de son budget pour la sécurité, avec un policier pour trente Palestiniens, la plus grande partie de l’argent destinée aux réformes économiques « s’est perdue » grâce à une Autorité palestinienne notoirement corrompue (52). L’Autorité palestinienne a rétabli la peine de mort, utilisée pour mettre en scène des exécutions publiques de « collaborateurs » pendant la nouvelle Intifada, et a emprisonné de très nombreuses personnes sans procès, généralement ses adversaires politiques.

Malgré la répression exercée dans les zones contrôlées par l’Autorité, il y eut des manifestations et des grèves générales pour protester contre la manière dont étaient traités les militants du Hamas. Dans les camps de réfugiés de Gaza, dont tout le monde sait qu’Arafat n’avait aucune envie de les visiter, il y eut plusieurs bagarres pendant l’été 2000 avec la sécurité de l’Autorité ; des opposants furent arrêtés et emprisonnés sans procès. 200 enseignants quittèrent leur syndicat, trop proche de l’Autorité palestinienne, organisèrent un nouveau syndicat, fermèrent les écoles et s’engagèrent dans une longue grève reconductible (53). Beaucoup d’entre eux sont en prison. Dernièrement aussi, vingt universitaires et membres des professions libérales qui vivent dans les zones contrôlées par l’Autorité ont publié et distribué un manifeste critiquant l’Autorité palestinienne.

LE PROCESSUS DE PAIX

ET LA RESTRUCTURATION DU CAPITAL ISRAELIEN

Pour cette partie de la bourgeoisie israélienne qui cherchait un compromis avec les Palestiniens, Oslo représentait une troisième voie, entre l’accumulation intensive des années 1970 et les rêves expansionnistes d’un Grand Israël. Si ce n’était pas par la conquête, ce serait par une plus grande intégration dans l’économie de la région que le capital israélien chercherait de nouveaux centres d’investissement. Il fallait cesser de contrôler les importations, augmenter la concurrence, et privatiser les grands conglomérats détenus par l’Etat, en étendant le rôle des sous-traitants et des agences de placement privés. Pour l’Etat israélien, cela signifiait mettre la classe ouvrière israélienne au pas, tout en se débarrassant du fardeau politique du contrôle social de la classe ouvrière palestinienne au profit du nouveau mini-Etat palestinien.

Mais la panacée d’Oslo se heurta à l’opposition des prolétaires israéliens et palestiniens. En 1996, trois ans après que Yasser Arafat et Yitzhak Rabin se furent serré la main sur la pelouse de la Maison Blanche, les tentatives du gouvernement du Likoud pour introduire la privatisation entraînèrent une vague de troubles sociaux, tandis que la construction d’un tunnel à Jérusalem déclencha des émeutes, ce qui causa le plus grand nombre de morts palestiniens en vingt ans d’occupation. Cependant, ces luttes n’étaient pas reliées, et les tentatives de rationalisation économique que représentait Oslo continuèrent dans l’indifférence générale.

La classe ouvrière palestinienne

Grâce à Oslo, la bourgeoisie israélienne avait gagné du temps pour remplacer la main-d’œuvre palestinienne, bon marché mais peu disciplinée, par une main-d’œuvre moins chère et moins volatile. Des milliers de Palestiniens furent licenciés pendant la guerre du Golfe. Cela fut possible parce qu’on pouvait les remplacer par des travailleurs immigrés, comme on l’a vu précédemment. L’utilisation d’une main-d’œuvre migrante a permis à Israël de mettre en place un blocus des territoires bien plus efficace que lors de la précédente Intifada. Les barrages imposés lorsque l’Autorité palestinienne arriva au pouvoir rendirent difficile voire impossible pour les Palestiniens d’aller travailler en Israël. Cela contribua à créer les conditions d’un chômage massif à Gaza, car les travailleurs devaient réussir à passer à travers les barrages pour se rassembler sur les « marchés aux esclaves » à un carrefour de Jaffa, au lieu que les employeurs aillent chercher les travailleurs dans les « marchés aux esclaves » des territoires (54). Mais, comme Peres l’a dit en novembre 1994, trois mois après les émeutes du check-point d’Erez, « si les Palestiniens ne peuvent plus travailler en Israël, nous devons créer les conditions qui amèneront des emplois aux travailleurs (55) ».

Ceci se fait de deux manières. Certains Palestiniens travaillent dans les nouvelles zones industrielles, et on en prévoit d’autres juste en deçà des frontières jordanienne et libanaise. (56) Beaucoup d’autres Palestiniens travaillent pour des sous-traitants palestiniens. Les sous-traitants importent des matières premières israéliennes et versent des salaires très bas. Les marchandises produites sont vendues au détail par des entreprises israéliennes, permettent aux patrons israéliens d’accroître leurs profits grâce aux niveaux des salaires palestiniens. Cette nouvelle coopération entre les bourgeoisies arabe et israélienne n’a pas seulement détérioré les conditions de travail du prolétariat palestinien, elle a aussi étendu la prolétarisation de la petite-bourgeoisie palestinienne. Par exemple, les investisseurs israéliens et palestiniens sont en train de monter une grande zone industrielle pour fabriquer des produits laitiers juste à l’intérieur de la frontière, du côté de l’Autorité palestinienne, avec Tnuva, une des plus grandes entreprises agroalimentaires israéliennes. Ceci affaiblira et mettra sans doute en faillite la plupart des éleveurs laitiers palestiniens, qui emploient actuellement 13 % des travailleurs palestiniens dans les territoires.

La bourgeoisie palestinienne accepte sa subordination au capital israélien, d’abord parce qu’elle en profite, ensuite parce qu’un désengagement complet de l’économie israélienne l’exposerait à la concurrence de capitaux voisins ayant accès à une main-d’œuvre moins chère. Cela entraînerait d’autres affrontements avec la classe ouvrière. Toutefois, les bourgeoisies israélienne et palestinienne (ainsi que la bourgeoisie jordanienne) ont toutes un intérêt commun à maintenir l’énorme réserve de main-d’œuvre bon marché des territoires pour attirer l’investissement israélien, palestinien et international.

La classe ouvrière juive

Bien que les Palestiniens soient peu à peu exclus du marché du travail israélien, les travailleurs immigrés ne sont pas la solution idéale. Idéalement, il faudrait que le capital israélien fasse empirer les conditions de travail de la classe ouvrière juive. Mais quand le Likoud essaya d’engager plus de privatisations, en 1996, il y eut une recrudescence des troubles dans la classe ouvrière juive. Oslo représente une tentative supplémentaire pour continuer à fractionner l’économie israélienne en emplois bien rémunérés et en emplois précaires mal payés, et pour renégocier le compromis de classe de l’après-1967. La tentative d’Oslo pour « normaliser » les relations commerciales avec le monde arabe ne peut qu’exposer la classe ouvrière en Israël à la concurrence des travailleurs moins bien payés dans les Etats voisins. C’est très rentable puisque leurs salaires sont encore plus bas que ceux des Palestiniens israéliens. L’accord de paix avec la Jordanie comportait des dispositions prévoyant la libre circulation des capitaux, donc les entreprises israéliennes délocalisèrent immédiatement en Jordanie pour utiliser la main-d’œuvre moins chère. Ce qui augmenta le chômage des ouvriers juifs dans des zones comme Dimona, et des travailleuses arabes du textile dans le Nord, dont le taux de chômage, de 8 %, est en augmentation.

En même temps qu’il favorise les licenciements dans le secteur privé, l’accord d’Oslo entraîne une insécurité économique croissante pour les travailleurs du secteur public. Un bon nombre de travailleurs juifs du secteur public ont maintenant des contrats à durée déterminée, particulièrement les femmes, les jeunes et les nouveaux immigrants, et la sous-traitance existe aussi dans le secteur public où elle dégrade les conditions de travail. Les Juifs au chômage doivent prendre n’importe quel travail, une expérience que nous connaissons bien ici*. L’Histadrout couvre de moins en moins de travailleurs, s’appelle maintenant la « Nouvelle Histadrout », et effectue des sondages pour savoir pourquoi les gens ne lui font pas confiance. Récemment, un syndicat des chemins de fer indépendant a organisé une grande grève pour exiger que l’Histadrout le reconnaisse. Les travailleurs intérimaires aussi ont tenté d’organiser un syndicat (57).

Pour tenter de faire taire la classe ouvrière juive, on a accompagné ces mesures d’une accélération du rythme de construction des colonies dans les territoires occupés. Bien que chaque nouvel accord conclu par l’entremise de l’Amérique comporte une promesse israélienne d’arrêter la construction des colonies, la bourgeoisie israélienne n’a pas d’autre choix que d’ignorer ces promesses pour tenir compte des besoins des travailleurs juifs. Pour le moment, Israël essaie de contourner le problème en « judaïsant » des zones arabes à l’intérieur de la Ligne verte, politique directement responsable de l’engagement des Arabes israéliens dans l’Intifada actuelle.

Intifada. 8. Conclusion. De la révolte à la guerre ?

Conclusion.

De la révolte à la guerre ?

Le « processus de paix » mettait en évidence la prise de conscience par la bourgeoisie israélienne de la nécessité de l’OLP pour contrôler le prolétariat palestinien. L’OLP se retrouvait donc coincée entre la récompense qu’elle pouvait espérer en faisant le sale boulot et son besoin de conserver sa capacité idéologique de récupérer les luttes prolétariennes. L’éruption de la nouvelle Intifada a montré son échec sur ces deux points.

En Israël, les manifestations de la résistance de la classe ouvrière à la rationalisation économique des années 1990 étaient plus feutrées qu’ailleurs., Egypte et Tunisie par exemple. Cependant, pour compenser l’insécurité accrue des travailleurs juifs, il fallait accélérer la construction des colonies, et donc, cela entraînait l’intransigeance de l’Etat israélien dans ses négociations avec les Palestiniens. La construction de colonies en Cisjordanie se déroulait parallèlement à la « judaïsation » de la Galilée en Israël proprement dit. Cela signifiait l’intensification du harcèlement contre les chômeurs et des démolitions des maisons des Palestiniens israéliens pendant la période qui a débouché sur une nouvelle éruption de l’Intifada en 2000.

Les signes d’une escalade de l’Intifada jusqu’à ce qu’elle devienne un conflit militaire rangé n’ont pas entraîné la disparition totale des soulèvements civils. Certaines sections de la bourgeoisie palestinienne veulent imposer à nouveau des formes de lutte civile de masse pour essayer de désamorcer l’Intifada. Pourtant jusqu’à présent, elles n’ont pas réussi. L’Intifada a conduit à l’abandon par la bourgeoisie israélienne du « processus de paix » ; mais la dépendance de cette bourgeoisie à l’égard des Etats-Unis, qui ont d’autres préoccupations au Moyen-Orient, a limité ses possibilité d’intensification de la répression du soulèvement. Alors, dans quelle mesure l’Intifada est-elle l’expression modérée d’une guerre de classe, et dans quelle mesure est-elle une lutte de libération nationale ? Et si les travailleurs n’ont pas de pays, pourquoi les travailleurs continuent-ils à soutenir le nationalisme ?

Souligner les attaques récentes des Palestiniens contre les formes établies de représentation politique n’est qu’une partie de la réponse, car on a souvent dit que ces représentants n’étaient pas assez nationalistes. Dans ce scénario, la crise de légitimité de l’OLP n’implique pas le rejet de toutes les formes de représentation, mais conduit plutôt à un soutien de masse pour une forme de représentation nationaliste plus militante, par exemple le Hamas.

En raison de la subordination de la bourgeoisie palestinienne, de nombreux Palestiniens ont été obligés de travailler pour le capital d’Israël, soit à l’intérieur de la Ligne verte, soit dans la construction des colonies. Pour eux, le visage du patron est le gouvernement militaire israélien. Il leur serait donc possible de s’identifier aux commerçants petit-bourgeois en tant que Palestiniens plutôt qu’en tant que prolétaires, car ces derniers subissent les mêmes nombreuses humiliations et privations quotidiennes imposées par Israël. En l’absence d’une révolution, leurs vies de tous les jours en tant que travailleurs pourraient s’améliorer s’il existait une bourgeoisie palestinienne fonctionnelle, capable d’investir dans des industries et de leur donner du travail, procurant ainsi un revenu aux deux classes.

Pour conclure, les appels rituels à une solidarité abstraite entre travailleurs juifs et palestiniens démontrent l’ignorance des divisions très concrètes dont les deux groupes font l’expérience quotidiennement.

Le « processus de paix » avait l’air prêt à s’attaquer partiellement à ces divisions, en intégrant l’Etat israélien dans le reste du Moyen-Orient. Implicitement, ce processus était une agression contre la position retranchée des travailleurs juifs qui les obligerait à se fondre dans le reste de la classe ouvrière de la région, quoique dans une position relativement privilégiée. Ceci s’est heurté à la résistance de la classe ouvrière, comme dans cette grève chez Tempo Beers déclenchée par des Arabes et des Juifs israéliens, que la gauche israélienne a salué comme un exemple rare de solidarité de classe entre Juifs et Palestiniens. Comme nous l’avons fait remarquer dans le numéro 2 d’Aufheben, le soutien de masse en faveur du nationalisme exprime une « identité superficielle » d’intérêts de classe contradictoires (63).

Dans le cas des travailleurs juifs en Israël, la position privilégiée qu’ils occupent par rapport aux Palestiniens est née de leur combativité. La place des travailleurs juifs exige la domination du capital israélien sur les territoires occupés. La subordination de la bourgeoisie palestinienne a aiguisé les antagonismes de classe dans les territoires, c’est pourquoi elle doit retourner la colère prolétarienne exclusivement contre Israël. Parce que les deux classes palestiniennes partagent l’expérience de la répression par les autorités israéliennes, il semble que l’alliance nationale entre les prolétaires et la petite-bourgeoisie soit plus forte que les liens de solidarité de classe entre travailleurs palestiniens et juifs. Les attaques des nationalistes palestiniens visent de plus en plus souvent toutes les manifestations de la domination israélienne, surtout les colons eux-mêmes, et même des civils en Israël. Le danger physique dans lequel se trouvent les travailleurs juifs les pousse à soutenir les impératifs de sécurité de l’Etat israélien.

Aussi bien chez les Palestiniens que chez les Israéliens, on note des tendances à résister à leur incorporation dans les machines étatiques opposées et leur logique de guerre. Mais en fin de compte, il est impossible de trouver, dans les limites de ce conflit étudié isolément, une transformation de ces tendances en mouvement social capable de sortir de l’impasse de deux nationalismes qui se renforcent mutuellement. Ou plutôt, une telle transformation est liée à la généralisation des luttes prolétariennes au Moyen-Orient, et de façon vitale, en Occident. Selon l’intensité de la résistance de classe qu’elle générera, surtout à une époque de récession mondiale,  » la guerre contre le terrorisme  » ouvre au moins la perspective de cette généralisation.


 

Notes

 

* Ce texte est paru en 2002 en Grande-Bretagne. (NDE.)

(1) Elle a aussi tendance à nier le statut de « véritable » nationalisme du sionisme, en se concentrant sur son racisme d’exclusion. Bien que cela soit vrai du sionisme, elle oublie que le nationalisme est toujours basé sur l’exclusion et n’a donc rien à voir avec le communisme.

(2) The New Intifada : Israel, Imperialism and Palestinian Resistance (La Nouvelle Intifada, Israël, l’impérialisme et la résistance palestinienne), brochure du Socialist Worker, janvier 2001.

* En 1951, le Premier ministre iranien Mossadegh décida la nationalisation du pétrole. Opposé à cette politique, le chah Reza Pahlavi le destitua et le fit arrêter en 1953 (NDE).

(3) « Somalia and the « Islamic Threat » to Global Capital » (La Somalie et la « menace islamiste » pour le capital mondial), Aufheben n°2, été 1993.

(4) Contrairement à l’URSS qui, à cette époque, avait très peu à offrir à ses clients potentiels. Il lui était impossible d’offrir les gigantesques encouragements financiers des Américains, et au lieu des mille et une manières d’aider un état arabe dont disposait le capital, l’Union soviétique ne pouvait offrir qu’une aide militaire et une assistance technique limitée. Contrairement aux Etats-Unis, la politique russe au Moyen-Orient était rudimentaire, ne pouvant apporter qu’une protection extrêmement limitée, même à son plus proche allié, la Syrie.

(5) « Somalia and the « Islamic Threat » to Global Capital », Aufheben, Op. cit. Voir aussi : « When crusaders and assassins unite, let the people beware » (Quand les croisés et les assassins s’unissent, que le peuple prenne garde), Midnight Notes, 1990.

(6) En 1979, le traité de paix israélo-égyptien ne faisait que souligner à quel point l’Egypte était entrée dans l’orbite américaine depuis la mort de Nasser.

(7) Voir : « Capistalist Carnage in the Middle East » (Carnage capitaliste au Moyen-Orient), Wildcat n°6, 1983.

(8) Tellement anti-occidental que le régime baasiste d’Irak, panarabe mais antichiite, dut être utilisé pour neutraliser l’Iran dans les années 1980.

(9) Bien sûr, il s’agit là d’un arrangement réciproque : le nationalisme israélien est renforcé par l’impression que « les Arabes veulent nous balancer dans la mer ».

(10) « La contradiction fondamentale du sionisme était de vouloir sauver le Juif en tant que Juif, c’est-à-dire les relations communautaires datant de bien avant le capitalisme moderne, en l’intégrant dans le monde le plus moderne du capitalisme. » (« Avenir d’une révolte », Le Brise-Glace, 1988.) Ainsi que nous le verrons, la logique contradictoire de cette idéologie revêt en pratique la forme de tendances qui sapent cette même identité, par exemple dans le cas où Israël s’intégrerait plus au Moyen-Orient.

(11) L’une des principales organisations juives était le Bund (syndicat général des travailleurs juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie), créé en 1898 pour relier différents groupes de travailleurs juifs de l’empire tsariste. Il fit brièvement partie du POSDR, le Parti ouvrier social-démocrate russe, qui scissionna plus tard en deux groupes : les mencheviks et les bolcheviks. En 1903, le Bund comptait 40 000 adhérents. Il était « une avant-garde dans le mouvement ouvrier russe » et « un soutien de la classe ouvrière beaucoup plus sincère » que tous les autres groupements de travailleurs d’Europe de l’Est (voir Nathan Weinstock, Le Sionisme, faux messie, Paris, 1969). Bien qu’ardemment opposé au sionisme organisé, le Bund connut toujours en son sein un débat pour savoir jusqu’à quel point il devrait soutenir ou encourager le nationalisme juif. Il s’agissait de savoir si l’exigence d’un état juif briserait la solidarité de la classe ouvrière et l’éloignerait de la lutte de classe, et si les travailleurs juifs devaient s’organiser à l’écart des autres travailleurs. Tout en organisant les luttes ouvrières, le Bund réussit aussi à organiser la défense contre les pogroms en s’associant avec des non-Juifs. Mais lorsque ses adhérents chutèrent de 40 000 à 500, il devint de plus en plus nationaliste.

(12) On dit même que David Ben Gourion (le premier Premier ministre d’Israël) avait un buste de Lénine sur son bureau, mettant en évidence l’influence du bolchévisme sur la classe ouvrière juive européenne.

(13) Le baron de Rothschild, qui était d’avis que la colonisation juive était une bonne façon de servir les intérêts français, parraina la première immigration sioniste en Palestine à la fin du XIXe siècle. Il avait sa propre administration qui pouvait vaincre l’insubordination par la force. Les colons devaient signer un contrat par lequel ils s’engageaient à n’appartenir à aucune organisation non autorisée et à reconnaître qu’ils n’étaient que des tâcherons sur les terres du baron qui produisaient principalement du vin. Ce projet très coûteux exigeait plusieurs milliers de livres pour installer chaque famille de colon (Nathan Weinstock, Le Sionisme, faux messie (Op. cit.).

(14) « Des centaines d’Arabes se rassemblent sur la place du marché, près de la résidence des travailleurs, ils attendent ici depuis l’aube. Ce sont des ouvriers saisonniers… il y en a à peu près 1 500 chaque jour, et nous, quelques dizaines de travailleurs juifs, restons souvent sans travail. Nous aussi venons au marché pour trouver une offre d’emploi pour la journée » (Ibid.).

(15) Voir le pamphlet de Moshe Postone : Anti-sémitisme et national-socialisme.

(16) « Ce problème fut le principal conflit dans la communauté des colons pendant les trois premières décennies du siècle. » (Op. cit,. p. 71.)

(17) Ce genre d’action était courant chez les sionistes de gauche, par exemple ceux qui travaillaient dans les compagnies ferroviaires appartenant aux Britanniques dans la Palestine sous mandat (une des plus grosses industries de Palestine à cette époque). Parmi ces Juifs de gauche, on parlait de solidarité de la classe ouvrière et on essayait de créer des syndicats juifs et arabes unitaires. Pourtant, en même temps, ils faisaient partie des piquets de grève et faisaient pression sur les employeurs britanniques pour qu’ils n’utilisent que de la main-d’œuvre juive.

(18) L’Irgoun Zwaï Leumi fut créée en 1931 par la milice de droite alors que la gauche était de plus en plus sous le contrôle de l’Haganah (la milice principale).

(19) Nous n’utilisons pas ici le mot « corporatistes » comme les « antimondialisation » dans le sens de « domination de l’entreprise », etc. (voir « Anticapitalism as ideology… and as movement ? » (L’anticapitalisme en tant qu’idéologie… et en tant que mouvement ?), Aufheben n° 10. Nous faisons allusion à des pratiques social-démocrates telles que les accords tripartites entre l’Etat, les syndicats et les employeurs. Bien sûr, dans le cas du sionisme travailliste, l’Histadrout jouait en grande partie les trois rôles.

(20) Là où ce n’était pas le cas, l’Etat d’Israël y pourvoyait de diverses manières, y compris en s’arrangeant pour qu’une bombe explose dans une synagogue en Irak et en payant le gouvernement irakien pour chaque émigrant Juif en Israël.

(21) Voir « Deux guerres locales », Internationale situationniste n° 11, p. 13, avril 1967.

(22) La plupart des salaires étaient réévalués tous les six mois. Une augmentation du taux d’inflation signifiait une diminution du salaire réel jusqu’à ce que les salaires soient relevés. Ce décalage dans la ré-évaluation des salaires avait donc tendance à transférer un revenu des salaires vers les profits.

(23) En 1978, l’opposition au Likoud des classes moyennes travaillistes sionistes se concentrait sur la construction des colonies. La « lettre des officiers » s’opposait à cette expansion car elle menaçait le « caractère juif et démocratique de l’Etat ». Cet « écart croissant entre les pratiques démocratiques occidentales et celles d’Israël » constituait la base idéologique du Mouvement pour la paix. Celui-ci oubliait un peu vite que les colonies avaient commencé alors que le Parti travailliste était au pouvoir. Cette disparité, sur laquelle il avait facilement fermé les yeux avant 1967, devenait de plus en plus visible avec l’occupation. Les éléments plus radicaux du Mouvement pour la paix étaient confrontés à quelque chose de presque impensable dans la société israélienne : le refus frontal du service militaire. En raison du caractère essentiel du service militaire obligatoire dans la reproduction de la société israélienne, ce refus créait des divisions très importantes dans le mouvement. Son aile dominante, La Paix maintenant, dénonça une lettre envoyée par des réservistes au ministère de la Défense, dans laquelle ils menaçaient de refuser de défendre les colonies. L’« objection de conscience » gagna en légitimité en 1982, car l’invasion du Liban remettait en cause ce que de nombreux sionistes travaillistes considéraient comme le rôle exclusivement défensif de l’IDF (Israeli Defence Force, Force de défense israélienne). 160 soldats furent condamnés pour avoir refusé de prendre part à l’invasion. Pourtant, la consommation de marijuana dans l’armée et la crise économique menaçaient bien plus l’effort de guerre au Liban que l’« objection de conscience ». Jusqu’à un certain point, on pouvait intégrer cette dernière en autorisant le nombre relativement réduit de refuseniks à plaider la folie et en les retirant des zones de combat. La manifestation de 400 000 personnes contre les massacres de Sabra et Chatila en 1982 est généralement considérée comme l’empreinte la plus importante du mouvement israélien contre la guerre. La guerre au Liban n’avait pas été la victoire rapide qu’on attendait, et beaucoup de parents devaient envisager de voir revenir leurs enfants dans des sacs mortuaires.

(24) Le ministre de la Défense israélien, Yitshak Rabin, en 1985.

(25) « The agonizing transformation of the Palestinian peasants into proletarians » (La douloureuse transformation des paysans palestiniens en prolétaires), p. 1, International Library of the Communist Left, http://www.sinistra. net/lib/upt/compro/liqe/liqemcibue.html

(26) Op. cit. p. 3  » Fellah  » signifie paysan.

(27) Op. cit., p. 3.

(28) En 1973, 52 % travaillaient dans la construction et 19 % dans l’agriculture, les secteurs les plus mal payés.

(29) Voir « The Palestinian proletariat is spiling its blood for a bourgeois state » (Le prolétariat de Palestine verse son sang pour un Etat bourgeois), Revolutionary Perspectives n° 20, hiver 2001 (revue de la CWO, Communist Workers’ Organization).

(30) Ibid.

(31)  » In memory of the proletarian uprising in Tel-Al-Zatar  » (En mémoire du soulèvement prolétarien de Tel-al-Zaatar) : Worldwide Intifada n°1, été 1992.

(32) Ibid.

(33) Les Phalangistes étaient des milices chrétiennes, soutenues par Israël.

(34) « In memory of the proletarian uprising in Tel-Al-Zatar », op. cit..

(35) A peu près à cette époque, les différentes factions nationalistes s’étaient unies, avec l’aide de médiateurs russes, et le PCP (Parti communiste palestinien) était membre à part entière de l’OLP. Il faut remarquer à ce stade que cette réconciliation a eu lieu sous la pression des Palestiniens des territoires, de plus en plus assiégés par les nouvelles colonies.

(36) Voir : « Palestinian autonomy ? Or the autonomy of our class struggle ? » (Autonomie palestinienne ? Ou l’autonomie de notre lutte de classe ?), Worldwide Intifada n° 1, 1992.

(37) Voir :  » Intifada : uprising for nation or class ?  » (L’Intifada : soulèvement nationaliste ou de classe ?), Op. cit.

(38) Rapport de l’IDF, cité dans Op. cit.

(39) Ibid.

(40) D’après « Call no 2. The united national leadership for escalating the uprising in the occupied territories, January 10, 1988 » (Appel n°2. La direction nationale unitaire pour l’extension du soulèvement dans les territoires occupés, 10 janvier 1988), No voice is louder than the voice of the uprising, Ibal Publishing Ltd, 1989.

(41) D’après « Call no 32. The call of revolution and continuation, January 8, 1989 » (Appel n° 32. L’appel à la révolution et à sa poursuite, 8 janvier 1989), Op. cit.

(42) Cité par Andrew Rigby, Living Intifada (Vivre l’Intifada), Zed Books 1991.

(43) Par exemple en partageant la tribune avec Meretz (parti israélien du centre gauche).

(44) Voir : « Avenir d’une révolte » (Le Brise-glace, 1988).

(45) On peut exagérer, et c’est souvent le cas, l’importance ou la taille de ce mouvement, qui a toujours été assez réduit.

(46) Voir Andrew Rigby, op. cit. L’islamisme est un mouvement politique moderniste, mais qui se réfère à des formes précapitalistes. Ainsi, comme le fascisme, il peut se positionner à la fois contre le communisme et contre le capitalisme (son opposition au capitalisme est en réalité une opposition morale à  » l’« usure » : l’intérêt). Comme certaines formes d’antisémitisme et d’anti-américanisme, c’est un faux anticapitalisme.

(47) D’après Graham Usher. Palestine in crisis : the struggle for peace and political independence after Oslo (La Palestine en crise : la lutte pour la paix et l’indépendance après Oslo), Pluto Press, 1995.

(48) Voir Kav la Oved (Workers’Hotline) http://www.kavlaoved. org.il//index_en.html).

(49) Il y a environ 100 000 travailleurs étrangers en Israël. Plus de 66 000 travaillent dans la construction (sur un total de 160 000 ouvriers du bâtiment). Dans la construction, environ 51 000 de ces travailleurs étrangers sont déclarés et 15 000 sont illégaux.

(50) Graham Usher, op. cit.

(51) Beaucoup d’émeutes, surtout au passage d’Erez, furent déclenchées par les milliers de Palestiniens qui ne pouvaient pas aller travailler dans la zone industrielle, de l’autre côté de ce passage. Au cours d’une de ces émeutes, une station d’essence fut brûlée, des bus flambèrent sur un parking, 65 ouvriers agricoles palestiniens furent blessés et 2 tués. La nouvelle police palestinienne échangea des tirs avec l’armée israélienne et 25 soldats furent blessés. Le même mois, des travailleurs de Gaza se heurtèrent à l’IDF pendant des émeutes pour le pain.

(52) Une des raisons d’insister sur la sécurité est de faire de la place pour les cadres du Fatah, en leur donnant un travail.

(53) Les enseignants dans les zones sous Autorité palestinienne sont plus prolétarisés qu’en Occident en général, car leur salaire n’est pas suffisant pour vivre, et ils doivent travailler comme ouvriers agricoles, etc. pendant les vacances.

(54) Pendant les premiers jours de l’Autorité palestinienne, le taux de chômage à Gaza avait atteint 60 %, et seuls 21 000 des 60 000 Palestiniens travaillant en Israël étaient autorisés à y entrer. Après des émeutes, Israël ferma la Bande de Gaza pour une période indéterminée. Le taux de chômage s’aggrava lorsque Khadafi expulsa tous les Palestiniens de Lybie, dans un geste de solidarité avec l’OLP !

(55) Cité dans Graham Usher, op. cit. Ces mesures sont particulièrement utiles puisqu’elles permettent aux entreprises israéliennes de vendre leurs produits, par l’intermédiaire de sous-traitants arabes, aux Etats arabes qui ne veulent pas avouer qu’ils commercent avec Israël.

(56) Dès le début de cette Intifada, le gouvernement jordanien a demandé officieusement que le ministre de l’Industrie et du Commerce établisse deux autres zones industrielles en Jordanie.

* En Grande-Bretagne, NDT.

(57) Cela concerne Kav la Oved (Workers’Hotline), l’un des nombreux groupes issus de la scission de Matzpen. Ils soutiennent les travailleurs vulnérables devant les tribunaux, ils s’occupent surtout des prud’hommes politicards. Ils publient aussi dans la presse des informations telles que les reconduites à la frontière des travailleurs immigrés et les licenciements abusifs de travailleurs palestiniens.

(58) Graham Usher :  » Palestine : the Intifada this time  » (Palestine : l’Intifada actuelle), Race & Class, vol. 42 n° 4.

* National Intifada Force, NDT.

(59) La participation des Arabes à l’intérieur d’Israël ne s’est pas limitée aux Palestiniens israéliens. Il y eut aussi une vague de démissions de soldats druzes (secte arabe, ils sont censés servir dans l’armée israélienne) de l’IDF. Le village de l’un de ces soldats refusa de l’inhumer après sa mort dans des affrontements avec les Palestiniens.

(60) C’est-à-dire dans les zones où sont généralement abandonnés les immigrants juifs d’Ethiopie.

(61) Et pendant l’été 2000, un MK arabe fut accueilli par une pluie de pierres quand il vint parler au camp de réfugiés d’Al Baqaa (Jordanie).

(62) Et la majorité du mouvement pour la paix a rendu l’âme parce que « sans partenaire pour la paix ».

(63) « Yugoslavia unravelled : class decomposition in the « New World Order » » (La Yougoslavie effilochée : la décomposition des classes dans le nouvel ordre mondial), Aufheben n° 2, été 1993 : « Le nationalisme reflète l’identité superficielle des intérêts qui existent entre une bourgeoisie nationale donnée et le prolétariat de son pays tant que les relations sociales capitalistes perdurent. Identité d’intérêts, parce que la valorisation et la réalisation du capital fournissent à la fois aux capitalistes et aux travailleurs une source de revenus grâce auxquels, en tant que sujets indépendants sur le marché légalement séparé des moyens de production, on peut acheter des marchandises pour satisfaire ses besoins (quoique sous une forme aliénée). Superficielle, parce que, alors qu’il ne se présente pas spontanément comme tel, ce processus est celui de l’exploitation de classe et donc de l’antagonisme de classe. Dans la mesure où la bourgeoisie s’organise à un niveau national, et dans la mesure où parler d’économies nationales a encore du sens, le prolétariat se retrouve inclus dans une classe universelle divisée par les séparations nationales. Tant que nous demeurerons dans la défaite, c’est-à-dire tant que la forme de la valeur existera, alors le nationalisme se nourrira de cette division. Le capital est peut-être un, mais c’est un « un » différencié dont l’unité se construit grâce à la concurrence à un niveau international. Comme la concurrence sur le marché mondial est basée sur des produits moins chers, accepter « l’intérêt national » et consentir des sacrifices à la bourgeoisie nationale peut entraîner plus d’exploitation pour la classe ouvrière, la résignation à une vie de mort-vivant ou une véritable vie de chair à canon, mais cela augmente aussi la compétitivité du capital national sur le marché mondial, rendant sa réalisation plus probable, et contribuant ainsi à assurer aux deux classes un revenu futur. »

(31 janvier 2006)

 

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