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AUGUSTE RODIN, LA VIE À PLEINES MAINS (Denis Morin)

Par : Ysengrimus — 5 juin 2021 à 06:00

YSENGRIMUS — L’écrivain Denis Morin est à installer le genre, original et exploratoire, de la poésie biographique. En découvrant le présent ouvrage, on prend d’abord la mesure de l’art poétique, en soi, de Denis Morin. Le texte est court, lapidaire quoique très senti. La sensibilité artistique s’ouvrant vers les arts plastiques s’y manifeste d’une façon particulièrement tangible.

Tôt ou tard

La vie émerge
De la matière
En apparence inerte
Comme le plâtre
L’argile
La pierre
Des êtres immobiles
Se faufilent
Sous la surface déserte
Se déroulent des choses
Se jouent des histoires
Que les ciseaux révéleront
Tôt ou tard
(p. 30)

Et alors, dans les replis de cette versification sobre et dépouillée, soudain, Rodin nous parle. Son ton est parfois intimiste, parfois plus professionnel, pas nécessairement dans le bon sens du terme. On est devant une sorte de prosopopée en soliloque. Cela se joue comme si on s’installait tout doucement dans la tête de Rodin, guidés par les discrètes hypothèses biographiques de Denis Morin. Certains faits solidement étayés historiquement (mais toujours mal discernés, au sein de la mytholâtrie dans laquelle on entretient assez ouvertement le grand public sur les artistes éminents) sont mentionnés, comme tout naturellement. On pense par exemple au fait que Rodin faisait travailler une foule de subalternes, dont l’action et le savoir-faire contribuaient anonymement à son art. Le statuaire à la longue barbe et au monocle était littéralement un chef d’atelier.

Chef d’atelier

Je suis devenu peu à peu
Sans le savoir
Chef d’atelier de la Renaissance
On trie les blocs de pierre
On gâche le plâtre
On chauffe l’âtre
Sur les surfaces
Je trace
Une ligne
Une courbe
Je marque des points
«Jeune homme, accentuez ce trait,
Puis polissez-moi cette épaule
Ma main n’apprécie guère
Quand elle s’y frotte…»
(p. 48)

L’analyse du travail collectif des hommes et des femmes de l’atelier de Rodin, parfaitement étayé historiquement donc, se complète d’une hypothèse plus personnelle de Denis Morin sur les conceptions et les tourments intérieurs du statuaire. Littéralement, le poète se fait biographe et, ici, il amène Rodin, sur un ton semi-confidentiel, comme auto-réflexif, à nous narrer certains segments de sa vie. Le personnage-narrateur ne se justifie pas (quoique parfois, c’est bien proche) et ne se décrit pas non plus exhaustivement (comme si, par exemple, la prosopopée imitait une entrevue). C’est plutôt une sorte de réflexion intérieure, de bilan doux-amer, allusif, furtif. Le tout résulte sur une manière de synthèse personnelle (de Rodin? de Morin?) qui se susurre du bout des lèvres.

Le tout entremêlé

Je me suis fait moi-même
Ou presque
Je voulais étudier aux Beaux-Arts
Destinée grotesque
Je me suis retrouvé aux Arts décoratifs
À façonner des objets
Vanité des maîtres
Et savoir faire des artisans

Je joue et déjoue la critique
Rodin doit être pris
Comme il est
Avec ses aspérités et ses rondeurs
Et ses éclats de modernité
Et de classicisme
Le tout entremêlé

Dans la cité
Je n’ai eu que le regard tourné vers Dieu
Les cathédrales
Et une admiration sans borne pour Michel-Ange
Et chair de femme
Retrouvée dans les tourments de marbre
(pp 5-6)

Un certain nombre de questions de philosophie des arts sont ainsi abordées, comme en passant. On peut penser notamment aux intéressantes références au fait que Rodin utilisait, et instrumentalisait dans son travail, une technique toute nouvelle à l’époque et pas encore autonomisée artistiquement: la photographie. Il semble qu’il faisait prendre des clichés de ses pièces et retouchait ensuite ces derniers, au crayon feutre, un peu comme on retoucherait des blueprints, des croquis, ou des plans, avant de retourner à l’œuvre même, le regard investi de ce nouveau traitement visuel. Il s’appuyait sur la technique pour peaufiner son art. Cela nous amène, plus largement, à toute la problématique de la virtuosité en art. Celle-ci est abordée ici, par le biais d’une réflexion sur le fameux scandale de la statue L’âge d’airain qui lança la notoriété de Rodin. Ici, le Rodin de Morin n’avoue rien sur ce fameux dilemme artistique du moulage sur nature. «Notre» Rodin louvoie ici, il reste évasif, mais il formule sans concession les prémices du problème.

L’âge d’airain

Lors d’une exposition
On expose l’âge d’airain
Le public et les critiques
N’y ont vu que du feu
Certains ont vu trouble
On a caressé les muscles saillants
La taille fine
Remarqué la patine
Effleuré la peau
Longé les veines
Causé une momentanée déveine
En m’accusant d’avoir moulé sur nature
Je les entends crier à l’imposture
Je me souviens
D’avoir vu l’éphèbe nu
Sa posture
Jeunesse revêtue
De sa virile beauté
Toute au printemps
Sans ride aucune
Or la fatigue de la pose
Le faisait frémir
Mais nullement agacé
Par ma présence mature
Il se tenait là, si beau, si pur
Bien étrange rumeur de plagiat
De la nature
Que j’aurais fait en plaquant de la glaise
Sur son corps soumis
Je me suis mérité
À la fois la réputation de falsificateur
Et d’habile sculpteur
(pp 21-22)

Dilemme, tension. Autre tension quand on touche aussi la question de la réception (souvent moralisante et aux vues étriquées) des œuvres commandées à Rodin. Le Monument à Victor Hugo, refusé par ceux qui en passèrent la commande, et surtout le fameux Monument à Balzac, dont le rejet par ceux qui en passèrent la commande et par une portion significative  du grand public accéda à une véritable dimension de crise esthétique en art sculptural.

On joue donc, dans la poésie de Morin sur Rodin, entre ce qui est professionnel et ce qui est personnel, dans la multiforme problématique du maître. Une place importante est aussi donnée aux femmes, notamment Rose Beuret et Camille Claudel. Sans s’appesantir, on passe en revue les différents avatars de la relation de Rodin avec ces deux personnes, cruciales chacune à leur manière. Dans le cas de Camille Claudel, c’est le rapport de force entre les deux statuaires de Giganti. C’est aussi le conflit artistique et les manœuvres avec Paul Claudel pour faire interner sa sœur, à raison ou à tort. Dans le cas de Rose, on pense plutôt aux inattentions matrimoniales du vieil amant qui n’épousera sa femme-servante que quelques mesquines semaines avant que la mort ne les emporte tous les deux. La sensibilité masculine (intérieure toujours) qui s’exprime alors dans le propos du Rodin de Morin ne se formalise pas outre mesure du fait de jouer un petit peu de l’anachronisme. On passe sinueusement de Si Rodin nous confiait ses pensées intérieures à Si Rodin se mettait un petit peu à penser comme un homme de notre temps.

Rose la sage

Rose
Motus et bouche cousue
Témoin
Faisait celle qui n’a rien vu
Rien entendu
Je ne t’ai pas appréciée à ta juste valeur
Pendant que je travaille
Pendant que j’explore
Des corps
Des matières et des manières
Tu m’attends Rose la sage
Dans notre domestique décor
Touillant la soupe ou le potage.
(p. 49)

C’est toujours subtil mais c’est pas nécessairement empêtré dans le factuel conjoncturel que l’on retrouvera, bien en ordre, chez les biographes conventionnels. Au corpus des hypothèses de Denis Morin sur Rodin s’ajoute tout doucement le corpus de ses émotions.

Le recueil est composé de quarante-deux poèmes (pp 5-69). Il se complète d’une chronologie détaillée de la vie de Rodin. (pp 70-82) et d’une liste de références (p. 83). Le CD-ROM, pour sa part, a deux plages. La première plage dure trente-six minutes et est un récitatif de l’intégralité du recueil, en continu (sans formulation des titres). L’ordre des textes de cette version orale diffère légèrement de celui de la version écrite. La prosopopée intérieure de Rodin est assurée par la voix masculine (Jean-Claude Barral) tandis que la voix féminine (Jacqueline Barral) fournit les brefs éléments descriptifs et narratifs des actions de Rodin évoquées et de son contexte physique. De menus bruitages (déclics d’appareils photo, marteaux de sculpteurs) discrets et bien placés, complètent l’ensemble, sobre et très bien produit. La seconde plage du CD-ROM est le récitatif du recueil Camille Claudel, la valse des gestes, aussi de Denis Morin, récitatif assuré principalement par Jacqueline Barral.

On trouvera ICI une autre intéressante recension de l’ouvrage Auguste Rodin, la vie à pleines mains.

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Extrait des fiches descriptives des cyber-libraires:

Une façon inédite de raconter Auguste Rodin! Denis Morin, auteur québécois, a choisi de compter l’artiste par des petites biographies poétiques. Les principales étapes de la vie du sculpteur prennent vie au fil des mots. C’est la pensée de Rodin qui s’exprime ici. Et pourquoi Auguste Rodin, la vie à pleines mains? Bien sûr à cause du sculpteur qu’il était, mais aussi pour son énergie, sa vitalité, sa force, comme si un flux remontait de ses mains vers l’ensemble de son corps. Denis Morin s’est inspiré ici du principe du journal intime pour faire parler Auguste Rodin et ainsi créer ces poèmes biographiques. Rodin raconte ainsi d’abord les «Beaux Arts». Il nous parle de ses amours et aussi de ses œuvres dont il est fier. Rodin est conscient de son génie. Il nous parle aussi de l’Italie qui a vu naître les plus grands sculpteurs.

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Denis Morin, Auguste Rodin, La vie à pleines mains — poésie biographique, Éditions VOolume, 2017, 83 p. et un CD-ROM (textes du recueil lus par Jacqueline Barral et Jean-Claude Barral).

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Québec xéno, no, no…

Par : Ysengrimus — 4 juin 2021 à 06:00

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part!
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part!

Georges Brassens

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Mustiplicite-des--fleur-de-lys
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Chu passablement commotionné
Fak prépare-toé
À te faire brasser.
Québec xéno, no, no…

C’est que j’ai lu, l’aut’jour, dans le chiotte d’une de nos belles universités
En grosses lettres brun foncé:
Vive le Québec libre, dehors les immigrés!
J’ai pas été très impressionné
Par ce genre de haut savoir de complexé.
Pour tout dire, j’trouve que tu t’laisse un peu pas mal entraîner
Dans des dérives qui me purgent, qui me font chier.
Tu trouves pas qu’on a assez dérivé
Depuis l’sommet d’not’butte à fumier?
J’ai pas envie de m’faire encore niaiser
En me laissant
Passivement
Fasciser.
Québec xéno,
Well, it’s a no, no…

Moé, mes enfants sont nés à Toronto
Pis y parle français comme Jean-Jacques Rousseau.
Sauf que c’est parfaitement leur droit
Quand à moi
De la trouver pas pire
La poésie de Shakespeare.
Moé, ma belle-fille, c’est une montréalaise algérienne
Pis ça l’empêche pas d’être la plus pure laine des pures laines,
Une inconditionnelle
De la Sainte Flanelle
Al’a les cheveux fous et longs
Pis est pas mal tannée des stéréotypes aux informations.
Al’a les cheveux libres et lousses
Pis, dans ta rhétorique de burqa, a trouve un peu qu’tu pousses.
Moé, mon épouse, est française
Pis tu sais quoi, c’est pas vrai qu’est arrivée au Québec dans une caisse
Avec des fromages pis des vins importés
Comme a eu le front, un jour, de me l’raconter
Un de tes tit-pits, carré vert de cégep,
Tout pétulant, tout imbu de xéno-pep.
On est pas des importés, cibole.
Rentre-toé ça, une bonne fois, dans bolle.
Pis ton Québec xéno,
It’s a no, no…

Oui, oui, discutons. M’as t’envoyer une coupe de jabbes
Pis laisse moé tranquille avec mon hidjab.
Oui, oui, chu capable de t’en servir une job verbale de bras
Pis crisse moé patience avec ma ménora.
Oui, oui, m’a te brasser le mental, en me jetant à ton cou
Pis m’en va t’les réciter mes sourates, pis mes haïku.
Québec libre, hein, c’est toé qui l’a dit…
Cochon de petit esprit qui s’en dédie.
Parfait. Fak j’me gênerai pas pour me crisser d’ta poire
Pis sak moi’a paix, avec ma face de noir.
Euh… encore un peu de poisson frit, mon hostique?
J’ai droit au soleil, pis chu juste un million d’asiatiques.
Et pis laisse moi donc te placer juste une petite plogue:
Chu pas en train d’t’assimiler simplement parce qu’on parle tagalog
À maison,
Tornon.
Québec xéno,
It’s a no, no…

Maudit batince, ça va tu encor prendre un occupant colonial
Pour te maintenir, aux bras, dans un comportement normal?
Pour te coller dans face une paire de barniques
Séparant
Irrémédiablement
Dans ton vitreux regard,
L’argent du vote ethnique?
Maudit cibole, ça va tu prendre Toronto pis Vancouver
Pour nous montrer de ce qu’on a l’air?
Pour oublier de ce qu’on a l’air
Turlutons cet air de chez nous…
De ce grand pays solitaire
Je cris avant que de me taire
À tous les humains de la terre
Ma maison c’est votre maison…
Te disais Gilles Vigneault, dans la chanson Mon pays.
Listen to the lyrics, pour une fois dans ta vie!

J’parle une langue millénaire, pis j’ai vraiment pas de fun
De me faire étiquetter-statistiquer allophone.
J’ai, au fond de moi, toute la complexité de l’armature
D’une culture
Pis je trouve ça un peu dur dur
De devoir constamment quémander
La permission de la partager.
J’travaille fort, j’paye mes impôts.
Chu pas v’nu icitte pour m’faire er’gârder de haut.
J’ai rien de rien eu à voir, moé, avec les moves à Colborne.
M’y assimiler implicitement, ça dépasse un peu les bornes.
Chu pas mal fatigué que constamment les orteils me jamment
Dans bouette implicite-contrariée-surannée d’la Patente des Plaines d’Abraham…
Pis quand not’belle Madame Bolduc chialait contre les immigrés,
Dans ses chansons
Ben, qu’est-ce tu veux, a partageait la bêtise ambiante du temps
D’un avant-guerre en dépression.
Moé, c’est ceux qui chantent pis qui lirent sa tite toune au jour d’aujourd’hui
Qui me mettent en beau fusil.
Québec xéno,
It’s a no, no…

Fak mets ça dans ta pipe pis fume-les.
J’ai pas un atome de souveraineté
à donner
À un petit ethnocentriste de salle paroissiale
Buté, frappé, inamical
Et, en fait, pas capable de vraiment s’en extirper,
De sa mentalité
Provinciale
Chamarrée de stigmates coloniales.
Arrête donc de singer les tics des partis extrêmes européens.
Décolonise pour vrai un peu, pour une fois, nono, finfin.
Fais preuve d’originalité,
Québec, fais quelque chose avec ta liberté.
Grandis,
Maudit!

En parka, ton petit problème xéno couleur locale,
Si t’es pas capable de le régler
Ben mon p’tit Oui poli, tu vas être obligé
De t’en passer…
Parce que Québec xéno,
It’s a no, no…

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CAMILLE CLAUDEL, LA VALSE DES GESTES (Denis Morin)

Par : Ysengrimus — 22 mai 2021 à 06:00

YSENGRIMUS — L’écrivain Denis Morin est à installer le genre, original et exploratoire, de la poésie biographique. En découvrant le présent ouvrage, on prend d’abord la mesure de l’art poétique, en soi, de Denis Morin. Le texte est court, lapidaire quoique très senti. La sensibilité artistique s’ouvrant vers les arts plastiques s’y manifeste d’une façon particulièrement tangible. Et alors, dans les replis de cette versification sobre et dépouillée, soudain, Camille Claudel (1864-1943) parle. Son ton est parfois rageur, parfois plus professionnel, pas nécessairement dans le bon sens du terme. On est devant une sorte de prosopopée en soliloque. Cela se joue comme si on s’installait tout doucement dans la tête même de Camille Claudel, guidés par les discrètes hypothèses biographiques de Denis Morin. Certains faits solidement étayés historiquement (mais toujours mal discernés, au sein de la mytholâtrie dans laquelle on entretient assez ouvertement le grand public sur les artistes éminents) sont mentionnés, comme tout naturellement. On pense par exemple au fait que le sculpteur et statuaire Auguste Rodin faisait travailler une foule de subalternes dont l’action et le savoir-faire contribuaient anonymement à son art. Le statuaire à la longue barbe et au monocle était littéralement un patron qui tyrannisait des employés. Au nombre de ces employés, il y a eu Camille Claudel (qui fut aussi son modèle et son amante) et elle, devant la postérité et l’histoire, elle n’allait certainement pas se laisser faire.

Le gant retourné

Rodin, mon gredin,
Je t’ai offert mes plus jeunes années, mon talent, ma féminité
Et tu ne comprends pas mon inimité…
Et le succès, tu as obtenu, ramassé, engrangé, va cossu!
Je ne veux plus des échecs qui me font bifurquer de mon destin.
Va mon filou dodu,
Clamer à tes relations que tu as cultivé mon talent dans ton jardin,
Comme si j’étais une artiste en dormance
N’attendant qu’un maître pour sortir le génie de la somnolence!
Ne cherche plus à m’espionner, à me copier, à m’imiter,
Épargne-moi ton insolence.
Si j’étais toi, je mettrais dans un sac toute ma peine
Que tu lancerais pour moi dans la Seine.
(p. 28)

Claudel ne doit rien à Rodin. Elle ne fut pas une disciple ou une épigone. Elle détenait sa propre force artistique intérieure. L’analyse du travail collectif des hommes et des femmes de l’atelier de Rodin, parfaitement étayé historiquement donc, se complète ensuite d’une hypothèse plus personnelle de Denis Morin sur les conceptions et les tourments intérieurs de la statuaire. Littéralement, le poète se fait biographe et, ici, il amène Camille Claudel, sur un ton semi-confidentiel, comme auto-réflexif, à nous narrer certains segments de sa vie. Le personnage-narratrice ne se décrit pas exhaustivement (comme si, par exemple, la prosopopée imitait une entrevue). C’est plutôt une sorte de réflexion intérieure, de bilan doux-amer, allusif, furtif. Le tout résulte sur une manière de synthèse personnelle qui se susurre du bout des lèvres. Le fait est que Camille Claudel a fait les petites mains pour Rodin (au sens littéral aussi, surtout peut-être, même). En effet, on lui doit notamment les extrémités des membres de la si célèbre statue de groupe Les bourgeois de Calais. Et on parle de cela, comme allusivement. On encore on relate une galerie de souvenirs. Des souvenirs virulents qui, inexorablement, virent à une très aigre énumération en cascade.

Des pieds et des mains

Mademoiselle Camille
Vous ferez des pieds et des mains
Que Rodin me disait sans plaisanter,
L’expression de soi passe souvent par les détails les plus fins.

Mademoiselle Camille
Ne bougez plus, derrière l’œuvre soyez effacée, patientez,
Je saisis votre profil
Ou continuez de travailler en besogneuse à modeler l’argile.

Mademoiselle Camille
Vous avez changé à tout jamais mon destin
Qu’il m’écrivait dans ses lettres enflammées…
En fait, la passion et l’ambition nous ont consumés.

Mademoiselle Say pour Camille, ainsi il débutait souvent ses missives.
À l’époque où je travaillais avec lui à la Porte de l’enfer,
J’étais loin de penser que mon être partirait un jour à la dérive,
En concevant des pieds et des mains, quelle misère!
(p. 6)

Et, oui, l’être de Camille Claudel partira effectivement à la dérive. La folie la guette. Sans s’appesantir, on passe en revue les différents avatars de la relation de Rodin avec Camille Claudel, C’est le rapport de force constant entre les deux statuaires de Giganti. C’est donc aussi tout le conflit artistique et les manœuvres avec Paul Claudel pour faire interner sa sœur, à raison ou à tort. Elle finira en asile et ne sculptera plus jamais. Mais elle continuera de se rebiffer, toujours obsédée de Rodin

La lettre cousue

Docteur, je vous écris cette lettre…
Cela fait cinq ans et des poussières
Que je subis la démence des pensionnaires
Les menaces et les pleurs à tue-tête.
Nous en sommes aux antipodes
De monsieur Rodin et de ses personnalités à la mode.
J’ai oublié la joie des kermesses et je ne signale plus les fêtes.
Et si ma mère le veut bien, je lui écrirai que je regrette…
Je regagnerais la maison, à Villeneuve-sur-Fère
Où mon bon papa nous encourageait dans les arts,
Où la bonne cuisait le pain et ma mère, par devoir,
Retenait sa colère.
Je veux sortir de ce purgatoire.
Docteur, j’ai cousu cette lettre
Pour que l’on me dépêtre.
Je vous en prie, libérez-moi de ces longs couloirs.
(p. 32)

Et puis enfin, au bout du bout du rapport de force, de la jalousie, de la gloriole et de la folie, on en arrive enfin à l’art. Camille Claudel transgresse ouvertement Rodin. Chez Rodin (avant qu’il ne se claudélise, notamment de par son Balzac), comme chez maint statuaires ronron pour grands monuments de ville, le matériau se plie veulement aux objectifs figuratifs du contrat. Chez Camille Claudel, au contraire, la représentation du thème est dévorée, boursouflée et corrodée dans la subversion par le matériau. Si Giganti souffre, la glaise le montre et se traîne. Si les amoureux jouissent, les marbres le crient, se dressent et s’emportent. On regarde un tout petit peu Camille Claudel travailler et cela est vraiment le plus beau et le plus sublime. C’est cela, avant tout, et par-dessus tout, la valse des gestes. Ainsi, par exemple, transférer une œuvre de glaise dans le marbre, c’est, avec le matériau en mouvement sous la main, une véritable étreinte.

Étreinte

Rodin se perd dans les soirées mondaines,
Alors qu’elle ne goûte guère toutes ces fredaines
En silence, Camille crée une femme assise en équilibre difficile
Et un homme agenouillé la serrant sous ses seins.
Camille contrôle l’étreinte, rien…
Aucun détail n’échappe à son œil et à ses doigts agiles.
Quelques années plus tard, sur un ciseau elle frappe
Et retire les fragments de marbre inutiles,
En reprenant ce même sujet d’une femme qui attrape
La tendresse et le désir de l’homme quoique fragiles.

D’après Sakountala, 1886-1887, et sa traduction en marbre, Vertumne et Pomone, 1905
(p. 20)

L’amour des chairs et des personnes, la passion des glaises molles et des marbres durs se rejoignent et s’amplifient mutuellement. L’émotion de la statuaire ne se sépare tout simplement pas de sa vie, elle en émane plutôt, s’en extirpe, comme un mystérieux esprit d’alcool. Et Denis Morin nous le donne ici, en poète biographe qui joue, lui aussi de ce matériau complexe dur et labile. C’est toujours subtil mais c’est pas nécessairement empêtré dans le factuel conjoncturel que l’on retrouvera, bien en ordre, chez les biographes conventionnels. Au corpus des hypothèses de Denis Morin sur Camille Claudel s’ajoute tout doucement le corpus de ses émotions. Le recueil est composé de vingt poèmes (pp 5-34), ponctués de dix citations d’exergues. Il se complète d’une chronologie détaillée de la vie de Camille Claudel. (pp 35-68) et d’une liste de références (p. 2). De plus, un CD-ROM, enchâssé dans l’ouvrage de Denis Morin sur Auguste Rodin, a deux plages. La première est un récitatif de l’intégralité du recueil sur Rodin. La seconde plage de ce CD-ROM est le récitatif du recueil Camille Claudel, la valse des gestes, récitatif passionné, assuré principalement par Jacqueline Barral.

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Extrait des fiches descriptives des cyber-libraires:

Le nom de Camille Claudel (1864-1943) évoque inévitablement le personnage d’Auguste Rodin, sculpteur, ou encore son frère, Paul Claudel, diplomate et écrivain. Toutefois, il est de ces personnages qui méritent une sortie de l’oubli. Dans ce recueil, Denis Morin nous exprime ce qui animait cette grande artiste (la création, sa famille, l’amour) et nous décrit son entrée en exil. Camille n’a pas dit son dernier mot…

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Denis Morin, Camille Claudel, la valse des gestes — poésie biographique, Éditions Edilivre, 2015, 68 p.

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